"Les Derniers Parisiens" : en peine capitale

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Photo : © Haut et Court


En probation, Nas est employé par son frère Arezki, tenancier d'un bar à Pigalle. Si Nas déborde d'ambitions pour animer les nuits, son aîné les tempère sèchement, causant leur rupture. Alors, le cadet se tourne vers un investisseur prêt à l'écouter…

Représentants de La Rumeur, Hamé & Ekoué signent une ode nostalgique quasi élégiaque au Pigalle de jadis, à ses troquets populaires s'effaçant peu à peu du paysage : Les Derniers Parisiens est scandé de saynètes montrant la faune de la rue dans son quotidien — clochard pittoresque, joueurs de bonneteau embobinant les passants, etc. Une manière d'inscrire l'aventure/mésaventure de Nas, caïd en carton, dans une perspective bien actuelle, car ses rêves appartiennent au passé ; à un idéal façonné entre les années 1950 et 1980. Pas étonnant, avec ses codes périmés qu'il se fasse si facilement enfumer par une nouvelle génération sans feu… ni lieu.

Reda Kateb et Slimane Dazi composent une fratrie a priori surprenante, mais en définitive plutôt convaincante. L'authenticité du film doit beaucoup à la complémentarité de ces deux personnages, et au désarroi qu'ils éprouvent devant les mutations de leur Paris. Urban saudade


Les derniers parisiens

De Hamé Bourokba, Ekoué Labitey (Fr, 1h45) avec Reda Kateb, Slimane Dazi...

De Hamé Bourokba, Ekoué Labitey (Fr, 1h45) avec Reda Kateb, Slimane Dazi...

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Tout juste sorti de prison, Nas revient dans son quartier, Pigalle, où il retrouve ses amis et son grand frère Arezki, patron du bar Le Prestige. Nas est décidé à se refaire un nom et Le Prestige pourrait bien lui servir de tremplin…


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Kakfa à la Méditerranée : "Terminal Sud"

Thriller | Un pays méditerranéen indéfini de nos jours, en proie à un conflit civil et religieux. Non aligné, un médecin tente d’exercer son métier malgré les tracasseries ordinaires et les incitations de ses proches à migrer en sûreté. Un jour, sa situation s’envenime malgré lui…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Kakfa à la Méditerranée :

Porté un Ramzy Bedia inspiré (comme il l’est souvent lorsqu’on lui confie un rôle dramatique), Rabah Ameur-Zaïmeche signe sans doute son film le plus abouti. Celui dont le récit s’avère le plus linéaire, mais surtout celui dont l’histoire est la plus universelle. Le contexte méditerranéen, l’évocation d’une guerre de décolonisation, la Nation déchirée et la question de la trahison… Autant de thèmes qui font écho à l’œuvre de Camus dont le cinéaste offre ici une forme de continuation contemporaine. Jusqu’à l’absurdité d’une séquence de torture qui, elle, renvoie moins à la pensée camusienne qu’à l’absurdité tchèque des procès de Prague (voir L’Aveu), quand des trésors de raffinements staliniens étaient mis en œuvre pour que des innocents s’accusent de forfaits dont ils ne connaissaient même pas l’existence. Terminal Sud Un film de Rabah Ameur-Zaïmeche (Fr-Alg, avec avert. 1h36) avec Ramzy Bedia, Amel Brahim-Djelloul, Slimane Dazi…

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Pas sages mais protégés : "Hors Normes"

Comédie | Au sein de leurs associations respectives, Bruno et Malik accueillent ou accompagnent des adolescents et jeunes adultes autistes mettant en échec les circuits institutionnels classiques. Quelques jours dans leur vie, alors qu’une enquête administrative frappe la structure de Bruno…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Pas sages mais protégés :

Ceux qui connaissent un peu Nakache & Toledano savent bien que la réussite (et le succès) de leurs meilleurs films ne doit rien au hasard, plutôt à une connaissance intime de leurs sujets ainsi qu’à une envie sincère de partage : Nos jours heureux, puis Intouchables, puisaient ainsi à des degrés divers dans leur vécu commun et complice. Ainsi, Hors Normes “n’exploite pas un filon“ en abordant à nouveau la question du handicap, mais souligne l’importance que les deux auteurs accordent aux principes d’accueil et d’entraide sous-tendant (en théorie) notre société ; cet idéal républicain décliné au fronton des bâtiments publics qu’ils célèbrent film après film dans des fables optimistes et humanistes. Hors Normes est construit sous cette forme de chronique “loachienne“, tenant davantage du manifeste que de la comédie à gags : au fur et à mesure s’impose le caractère indispensable des associations investissant le secteur sanitaire et social, ainsi que leur rôle dans l’insertion. Le dernier quart d’

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Fear West : "Le Déserteur"

Thriller | Une époque indéfinie, dans l’Ouest étasunien. C’est là que Philippe s’est expatrié pour fuir son Canada et une probable mobilisation. Tirant le diable par la queue, il survit en participant à des concours de sosies de Charlie Chaplin. Mais le diable ne s’en laisse pas compter et le rattrape.

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Fear West :

N’était son image en couleur, le film de Maxime Giroux pourrait pendant de longues minutes passer pour contemporain des Raisins de la colère (1940), avec son ambiance post-Dépression poussant les miséreux à l’exil et transformant les malheureux en meute de loups chassant leurs congénères. Et puis l’on se rend compte que le temps du récit est un artifice, une construction — comme peut l’être le steampunk —, un assemblage évoquant une ambiance plus qu’il ne renvoie à des faits précis ; une ambiance qui semble ô combien familière. Aussi ne tombe-t-on pas des nues lorsque l’on assiste, après sa longue errance entre poussière et villes fantômes, à la capture de Philippe par un réseau de trafiquants de chair humaine pourvoyant de pervers (et invisibles) commanditaires. Fatalité et ironie du sort : fuir le Charybde d’une guerre pour échouer dans ce Scylla censément pacifique. Craindre d’être tué et risquer la mort plus souvent qu’à son tour ; refuser de prendre les armes pour finir par être contraint de s’en servir… Ingrédi

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Maxime Giroux : « On n’a pas appris de nos erreurs, on répète l’Histoire »

ECRANS | Après "Felix & Meira", le réalisateur québécois Maxime Giroux signe une parabole sur la férocité cannibale de la société capitaliste, qui conduit l’Homme à exploiter son prochain. Entretien avec un cinéaste guère optimiste sur le devenir de notre monde…

Vincent Raymond | Lundi 26 août 2019

Maxime Giroux : « On n’a pas appris de nos erreurs, on répète l’Histoire »

Pourquoi le titre original, La Grande Noirceur, n’a-t-il pas survécu à sa traversée de l’Atlantique ? Maxime Giroux (rires) Il faudrait poser la question à mon distributeur. Quand je fais des films, j’aime bien qu’on laisse la liberté de les faire comme je veux. Alors, quand des distributeurs me demandent de changer le titre pour sortir dans un pays X, je dis oui (rires). Je pense que La Grande Noirceur était peu trop négatif ; et puis c’était surtout une référence à une époque au Québec qui ne parlait pas au public européen. Votre histoire est une uchronie située un territoire immense, indéfini (l’Ouest sauvage tel qu’on le fantasme). Ce double flou spatio-temporel, est-ce pour atteindre à l’universel, à la métaphore ? Tout à fait. Mon but n’était pas de parler d’une époque, d’une situation ou d’une guerre précise, mais plutôt d’un système qui est inabordé à travers l’Histoire — qu’on pourrait appeler le système capitaliste ou d’un autre nom — qui est basé sur la violence, le pouvoir. Comment le début de l’écriture a correspondu à l’élection de Trump, il fall

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« Ce film est une tragédie grecque dans un sous-marin aujourd’hui »

Le Chant du loup | Auteur et scénariste de "Quai d’Orsay", Antonin Baudry s’attaque à la géopolitique fiction avec un thriller de guerre aussi prenant que documenté, à regarder écoutilles fermées et oreilles grandes ouvertes. Rencontre avec le cinéaste et ses comédiens autour d’une apocalypse évitée.

Vincent Raymond | Lundi 25 février 2019

« Ce film est une tragédie grecque dans un sous-marin aujourd’hui »

Pour une première réalisation de long-métrage, vous vous êtes imposé un double défi : signer un quasi huis clos en tournant dans des sous-marins, mais aussi donner de la visibilité au son… Antonin Baudry : C’était l’une des composantes, dans l’idée de créer un espace immersif. Il fallait d’abord reproduire le son et ensuite avoir une représentation visuelle des choses qu'on entend, et une représentation dans le son des choses qu'on voient. C’est envoûtant : on a essayé de recréer des écrans à la fois beaux et réalistes, qui jouent narrativement, politiquement également. Cela fait partie du décor, du rapport entre les êtres humains et les machines, les sonars, donc de la problématique du film. Le terme “Chant du Loup“ préexistait-il ? AB : C'est le nom que l’on donne souvent à des sonars ennemis, parce qu’il reflète cette notion de danger. Une fois, quand j'étais à bord d’un sous marin à moitié en exercice et en mission, une espèce de sirène a retenti et j'ai vu que tout le monde se crispait un peu. J’ai entendu quelqu'un qui disait : « Arrêtez ! C'est le chant du loup ! » C

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La mort dans les oreilles : "Le Chant du loup"

Drame | De Antonin Baudry (Fr, 1h55) avec François Civil, Omar Sy, Reda Kateb, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

La mort dans les oreilles :

L'ouïe hors du commun de Chanteraide lui permet d’identifier grâce à sa signature sonore n’importe quel submersible ou navire furtif. Mais à cause d’une hésitation, l’infaillibilité du marin est remise en cause. Une crise nucléaire sans précédent va pourtant le rendre incontournable… Scénariste sous le pseudonyme d’Abel Lanzac de la série BD et du film Quai d’Orsay, le diplomate Antonin Baudry change de “corps“ mais pas d’état d’esprit en signant ici son premier long-métrage : une nouvelle fois en effet, c’est une certaine idée du devoir et de la servitude à un absolu qu’il illustre. Les sous-mariniers forment un “tout“ dévoué à leur mission, comme le ministre des Affaires étrangères l’était à sa “vision“ d’une France transcendée par sa propre geste héroïque. Mais s’il s’agit de deux formes de huis clos (l’un dans cabinets dorés du pouvoir, l’autre parmi les hauts fonds), tout oppose cinématographiquement les projets. Le Chant du loup assume l’audace rare dans le paysage hexagonal de conjuguer intrigue de géopolitique-fiction f

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En v’là du noir, en v’là : " Galveston"

Policier | de Mélanie Laurent (É-U, 1h31) avec Ben Foster, Elle Fanning, Lili Reinhart…

Vincent Raymond | Lundi 8 octobre 2018

En v’là du noir, en v’là :

Crachant ses poumons, Roy s’imagine condamné par la maladie. En attendant, le caïd de la Nouvelle-Orléans dont il est l’homme de main cherche à le descendre. Alors Roy s’enfuit avec la jeune Rocky, une de ses prostituées et des papiers sensibles. Commence une cavale nerveuse… Au crédit de Mélanie Laurent réalisatrice, il faut tout d’abord placer son choix courageux de ne pas avoir engagé la comédienne Mélanie Laurent — et pourtant, elle aurait pu aisément caler un second rôle à l’accent franchie dans ce décor louisianais. L’ambiance poisseuse d’un motel dépeuplé, l’anti-héros hard boiled lessivé par son absence de perspective et défiguré par les bourre-pifs, la femme fatale pour laquelle il est prêt à se sacrifier… On peut cocher un à un les items du film noir, le contrat est globalement respecté et Mel L. s’en tirerait honnêtement s’il n’y avait cette aberrante scène où le personnage d’Elle Fanning se croit obligé d’avouer avec force détails ses traumatismes d’enfance (façon Chinatown) que tout un chacun a déduit des silences et des regards échang

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Affaires de familles : "Frères Ennemis"

Polar | de David Oelhoffen (Fr-Bel, 1h51) avec Matthias Schoenaerts, Reda Kateb, Sabrina Ouazani...

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Affaires de familles :

Capitaine des stups, Driss a grandi dans une cité où il a conservé quelques contacts. Dont Imrane, qui le tuyaute sur un gros coup à venir. Quand celui-ci se fait descendre, et que tout accuse Manuel, Driss tente de renouer avec cet ancien pote dont la tête semble mise à prix… S’il ne l’avait déjà choisi en 2006 pour un excellent thiller, David Oelhoffen aurait pu prendre Nos retrouvailles pour ce polar nerveux et immersif, dont le mouvement général tranche avec celui communément observé dans ce genre auquel il se rattache. Bien souvent en effet, les films traitant de la criminalité et des bandes organisées dans les cités de banlieue s’inscrivent dans un schéma de réussite fanstamée et d’extraction du milieu originel : le banditisme semblant la seule voie pour s’en sortir vite et gagner de l’argent, ainsi que les territoires respectables de la ville. Dans Frères ennemis, ce n’est pas la sortie qui est prohibée, mais l’entrée : les personnages ne peuvent que rarement pénétrer normalement dans un logis (y compris

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Le sang des liens : "Mon garçon" de Christian Carion

ECRANS | de Christian Carion (Fr, 1h23) avec Guillaume Canet, Mélanie Laurent, Olivier De Benoist…

Vincent Raymond | Mardi 19 septembre 2017

Le sang des liens :

Brusquement rappelé à ses devoirs lorsqu'il apprend la disparition de son fils, un père divorcé et absent mène en parallèle de la police une enquête aussi désespérée que désordonnée. Malgré son désespoir et ses entorses à la loi, ses efforts le mènent à une piste. Sera-t-elle la bonne ? Familier ces dernières années de lourdes fresques historiques, Christian Carion ose ici un dispositif plus expérimental rappelant démarche de Steven Soderbergh pour Full Frontal : il dirige un comédien tenu à l’écart du scénario (ainsi que de l’ensemble de l’équipe) histoire de miser sur sa spontanéité d’individu plutôt que sur son “métier” d’interprète — le tournage en six jours dans les hauteurs du Vercors ajoutant à son conditionnement psychologique. La démarche, ambitieuse et louable, donne lieu à de surprenantes envolées de Canet qu’on ne supposait pas être aussi physique — sortir de sa zone de confiance, ça a du bon — ainsi qu’à des séquences difficiles à soutenir pour qui est en empathie avec son personnage. Dommage que l’intrigue

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"Django" : Étienne Comar donne corps au grand guitariste manouche

ECRANS | Pour sa première réalisation, le producteur et scénariste Étienne Comar s’offre rien moins qu’un portrait du plus fameux des guitaristes jazz manouche, Django Reinhardt. De belles intentions lourdes comme un pavé…

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Producteur inspiré de Timbuktu ou Des Hommes et des dieux, Étienne Comar passe ici à la réalisation pour un bien étrange biopic inspiré par sa fascination pour l’œuvre, la musique et la personnalité de Django Reinhardt — campé par un Reda Kateb appliqué, impeccable aux six-cordes durant le premier quart d’heure (le meilleur du film). Ce portrait au classicisme suranné se focalise en effet sur la période de l’Occupation et donne l’impression de chercher à exonérer le guitariste jazz de son insouciance d’alors en le transformant en proto-résistant, voire en héros de survival. C’est se livrer à de sérieuses extrapolations au nom de la fiction et/ou de l’admiration. Étienne Comar a beau jeu de justifier sa démarche par les béances de l’histoire officielle, une question éternelle se pose : jusqu’où un cinéaste peut-il laisser voguer son imagination sans travestir la vérité, fût-ce en invoquant une licence artistique ? Sur l’écran d’argent, une légende dor

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La Rumeur enfle

Hip-Hop | Les Derniers Parisiens sont en ville : non contents d'avoir attisé les regards avec leur tout premier film distribué en salles, un polar pigallien de (...)

Sébastien Broquet | Mardi 4 avril 2017

La Rumeur enfle

Les Derniers Parisiens sont en ville : non contents d'avoir attisé les regards avec leur tout premier film distribué en salles, un polar pigallien de haute volée qu'ils présenteront en ouverture de cette Ninkasi Urban Week (au Comœdia le lundi 11 avril), les gars de La Rumeur en profitent pour reprendre la scène dès le lendemain, du côté du Kao le mardi 12 avril. Soit deux soirées aguicheuses avec les lyricists les plus palpitants de leur génération, totalement multi-supports puisqu'ils éditent aussi un Webzine éponyme. Ekoué, Hamé et Philippe Le Bavar refusent toujours tout diktat, quel qu'il soit, enquillent les punchlines sans qu'elles masquent l'absence de fond, bien au contraire car les trois acolytes sont profondément ancrés dans une société qu'ils observent avec minutie et auscultent au scalpel pour mieux la commenter et la dévoiler au fil de leurs plumes acérées. Du grand art.

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"L'Attrape-rêves" : glace et attrapes

ECRANS | de Claudia Llosa (Esp-Fr-Can, 1h33) avec Cillian Murphy, Jennifer Connelly, Mélanie Laurent…

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

On était prêt à se montrer bienveillant envers Claudia Llosa. Pas parce que L’Attrape-rêves (quelle substance a donc ingéré le distributeur pour proposer un titre français aussi moisi et déconnecté du film ?) exile Mélanie Laurent au-delà du Cercle polaire, mais en souvenir de Fausta (2009), son œuvre précédente. Alors, on tient bon bravement devant cette fable new age gentiment sans objet, construite pour faire genre dans l’alternance de deux époques. D’accord, il y a Jennifer Connelly à l’écran, et la voir est toujours un plaisir, même si l’évolution de son personnage laisse dubitatif : d’abord mère d’un enfant malade allant voir un guérisseur mystique sans conviction aucune, elle se transforme — ‘cadabra ! — en guérisseuse mystique au look de Patti Smith hallucinée, incapable d’user de son don pour elle. C’est un peu l’histoire des cordonniers mal chaussés, ou de ces devins totalement myopes sur leur propre situation. Et c’est parfois pesant, quand Ci

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La Rumeur court toujours

Hip-Hop | Vingt ans maintenant que les six larrons de La Rumeur sont dans le paysage. Vingt ans qu'Ekoué, Hamé, Mourad, Philippe, Kool M et Soul G s'efforcent de (...)

Gabriel Cnudde | Mardi 11 octobre 2016

La Rumeur court toujours

Vingt ans maintenant que les six larrons de La Rumeur sont dans le paysage. Vingt ans qu'Ekoué, Hamé, Mourad, Philippe, Kool M et Soul G s'efforcent de lutter contre l'injustice, loin des canaux traditionnels : pas de promo radio, pas de passage à la télévision. Mais un rap juste et authentique, un magazine et, depuis le début de l'année, une société de production (La Rumeur Filme). Pour souffler toutes ces bougies, La Rumeur se lance dans une nouvelle tournée pour présenter un cinquième album, dont la sortie est prévue en avril 2017, et un premier long-métrage, Les Derniers Parisiens. Autant de plateformes pour diffuser leur message, leur peine et surtout leurs paroles subversives. Eux-mêmes désireux de ne pas être inclus dans ce qu'on appelle le rap français, trop calibré à leur goût, ces rappeurs qui propagent La Rumeur font dans le hip-hop old school aux instrumentaux sombres. La bonne nouvelle, c'est qu'ils seront au Marché Gare le 15 octobre prochain, en compagnie de JP Manova.

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15 concerts où emmener votre amant/e, votre petit cousin ou même votre maman

Sélection | Sortez vos agendas, montez le volume : voici 15 concerts où choper des acouphènes, siroter des mousses et accessoirement, parfaire votre culture musicale ; de la sono mondiale au hip-hop américain, en passant par l'underground finlandais, point de répit pour les esgourdes.

Gabriel Cnudde | Mardi 20 septembre 2016

15 concerts où emmener votre amant/e, votre petit cousin ou même votre maman

HD Been Dope À peine 20 ans, une dégaine d'adolescent et il est pourtant l'un des poids lourds de la scène hip-hop new-yorkaise. Lui, c'est HD Been Dope, adulé par la critique et par ses confrères depuis sa première mixtape, sortie à 16 ans seulement. Avec son flow calé sur des instrumentaux très 90's, le jeune MC veut aller chercher ce qui se faisait de meilleur pendant l'âge d'or du rap de la Big Apple. Pour le moderniser, le modeler à sa sauce et en faire de l'unique. Au Périscope le jeudi 22 septembre Ibrahima Cissokho Cet inépuisable Sénégalais chante en anglais, en wolof et en mandingue, comme pour transcender les frontières du monde. Influencé par les musiques traditionnelles sénégalaises aussi bien que par toutes les musiques qui ont un jour croisé sa route (jazz, salsa, rock), Ibrahima Cissokho livre à ses auditeurs une musique que l'on pourrait bien qualifier "d'autour du monde" tant ses prestations sont des invitations à l'ouverture. Au Périscope le jeudi

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Les Chevaliers blancs

ECRANS | S’inspirant de l’affaire de l’Arche de Zoé, Joachim Lafosse confie à un Vincent Lindon vibrant un rôle d’humanitaire exalté prêt à tout pour exfiltrer des orphelins africains. L’année 2016 pourrait bien être aussi faste que la précédente pour le comédien récompensé à Cannes avec "La Loi du marché".

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Les Chevaliers blancs

Qu’il situe ses histoires dans le cadre intime d’une famille en train de se disloquer (Nue Propriété, À perdre la raison) ou, comme ici, au sein d’un groupe gagné par le doute et miné par les tensions, Joachim Lafosse suit film après film des shémas psychologiques comparables : il décrit des relations excessives, où un dominateur abusif exerce une subjugation dévastatrice sur son entourage. Cette figure charismatique n’est pas toujours ab initio animée d’intentions malveillantes : le personnage que joue Lindon dans Les Chevaliers blancs est mu par une mission humanitaire qu’il considère comme supérieure à toute autre considération, toute contingence, y compris la sécurité des membres de son équipe. La poursuite orgueilleuse de son idéal va le faire glisser dans une spirale perverse. Hors de tout manichéisme, Lafosse ne réduit pas ce mentor déviant aux seuls effets de sa malignité : sans chercher à l’exonérer, il le montre dévoré par de sincères souffrances ; pareil au Drogo du Désert des Tartares, écrasé par la chaleur, l’attente, l’impatience — plus éprouvé et manipulé en s

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Demain

ECRANS | En salles alors que se tient la COP21, ce documentaire fait le tour d’initiatives, aujourd’hui couronnées de succès, permettant d’engager le monde dans une voie alternative. Hélas, la forme torpille le fond…

Vincent Raymond | Mardi 1 décembre 2015

Demain

Demain est l’un de ces films qui font enrager. Parce qu’il s’empare d’une cause juste, en fait quasiment un objet à la mode revendiqué par des "icônes" du star-system, des "égéries" du showbiz. En la traitant de surcroît d’une manière maladroite, superficielle, naïve, sans continuité esthétique. Pourtant, la vulgarisation de concepts comme la propagation d’un message militant via le documentaire ne passent pas forcément par un amenuisement du style, une altération de la forme ni un renoncement artistique — Wagenhofer, Wenders, Welles ou Guzmán, si l’on veut un cinéaste dont l’initiale n’est pas W, l’ont largement prouvé. Le propos ici, c’est la dénonciation des graves changements climatiques (et leur conséquences, actuelles ou à venir) liés au fonctionnement de notre société industrielle, à nos habitudes de sur-production et consommation. Pour éviter une extinction du vivant à brève échéance, la solution serait d’agir massivement sur divers axes : alimentation, transports, énergie, politique, éducation, etc. Cyril Dion (ancien responsable du mouvement Colibris) et Mélanie Laurent ont donc collecté des témoignages d’acteurs associatifs ou de p

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L’Astragale

ECRANS | De Brigitte Sy (FR, 1h37) avec Leïla Bekhti, Reda Kateb…

Aurélien Martinez | Mardi 7 avril 2015

L’Astragale

Leïla Bekhti est une actrice fascinante qui, film après film (des comédies populaires, du cinéma d’auteur, des pubs pour du colorant à cheveux…), impose une présence magnétique. Dans L’Astragale, elle forme un duo efficace avec Reda Kateb, autre nouvelle figure remarquée du cinéma français. Le charme du deuxième long métrage de Brigitte Sy, ancienne compagne de Philippe Garrel, découle aussi bien de la rencontre entre les deux comédiens que de l’amour fou qui réunira les deux personnages. Elle vient de s’évader de prison à tout juste 19 ans (et, dans sa fuite, s’est cassé l’astragale, os du pied qui donne son titre au film) ; lui, repris de justice, la recueille mais ne peut rester à ses côtés. Leur romance sera donc en pointillé, alors qu’elle ne rêve que de le retrouver. Basé sur le roman autobiographie d’Albertine Sarrazin, L’Astragale se place délibérément du côté des sentiments avec en point d’ancrage ce personnage de femme libre que la société de la fin des années 1950 veut faire taire. Pourquoi pas. Mais malgré un joli noir et blanc, des décors d’époque et un maximum de clopes fumées en 1h30, Brigitte Sy peine à in

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Lost River

ECRANS | Après un petit tour en salle de montage, le premier long de Ryan Gosling arrive sur les écrans dans une version sensiblement plus digeste que celle vue à Cannes. Et s’avère un objet singulier, dont la poésie noire se distille au gré de ses fulgurances visuelles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Lost River

À Cannes, ce premier long métrage de Ryan Gosling nous était tombé des yeux. Le hiatus entre une narration bordélique et l’envie flagrante de copier ses modèles tel un étudiant d’art passant sa journée au Louvre, donnaient à Lost River une dimension à la fois prétentieuse et vaine. À peine pouvait-on décerner à son chef opérateur, le brillant Benoît Debie, un satisfecit pour avoir créé une matière visuelle parfois fulgurante. Probablement refroidi par l’accueil glacial réservé au film, Gosling est donc retourné en salle de montage pour mettre un peu d’ordre dans ce foutoir et enlever dix-sept minutes qui ne manquent pas, loin de là, à la version définitive. On cerne donc enfin son propos qui, à défaut d’être particulièrement novateur, a maintenant le mérite de la clarté : un adolescent, Bones — référence sans doute au bouquin de Russell Banks — traîne dans les ruines industrielles de Detroit à la recherche de tuyaux en cuivre qu’il revend pour se faire un peu d’argent de poche. Sa mère — la rousse Christina Hendricks, échappée de Mad Men — se voit proposer par un patron de club lubrique de devenir danseuse dans un cabaret macabre e

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Loin des hommes

ECRANS | Adapté d’Albert Camus, le deuxième film de David Oelhoffen plonge un Viggo Mortensen francophone dans les premiers feux de la guerre d’Algérie, pour une œuvre classique et humaniste dans le meilleur sens du terme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Loin des hommes

Il serait regrettable de faire à David Oelhoffen, dont on avait déjà apprécié le premier film, le polar Nos retrouvailles, un faux procès déjà à l’origine du rejet de The Search : voilà un réalisateur qui ose transporter le cinéma français ailleurs, via le genre ou grâce à un voyage plus littéral hors de nos frontières. Quoique, à l’époque où se déroule Loin des hommes (1954), l’Algérie est encore un territoire français, et c’est justement sur les premières fissures de la guerre d’indépendance que se bâtit le récit. Mais, là aussi, tout est affaire de dépaysement : l’instituteur Daru est une forme d’apatride, enseignant le français à des enfants algériens, mais dont les origines sont à chercher du côté de la Catalogne. Grande idée de David Oelhoffen : confier le rôle à Viggo Mortensen, lui-même sorte "d’acteur du monde" comme on le dit de certains citoyens, qui l’interprète avec son charisme habituel en mélangeant le français et l’

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Hippocrate

ECRANS | Dans une séquence élégamment distanciée, les personnages d’Hippocrate, tous médecins ou infirmiers, internes, externes ou chefs de service, se retrouvent (...)

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Hippocrate

Dans une séquence élégamment distanciée, les personnages d’Hippocrate, tous médecins ou infirmiers, internes, externes ou chefs de service, se retrouvent devant un poste de télé diffusant un épisode de Dr House, dont ils commentent les incohérences. Manière pour Thomas Lilti, lui-même médecin de formation, de marquer le fossé entre son approche, volontiers réaliste et dépourvue de toute tentation iconique, et celle des séries médicales américaines, en quête de héros bigger than life et d’intrigues à tiroirs. Pourtant, la structure d’Hippocrate est bien celle, très américaine, d’un buddy movie : entre l’interne Benjamin, en stage dans le service de son père, maladroit et peu sûr de lui, et le médecin algérien "FFI" (Faisant Fonction d’Interne) Abdel, plus expérimenté et au diapason de la souffrance des patients, c’est un long processus de domestication, de malentendus et de fraternisation qui s’installe. Cette amitié complexe se noue autour de deux cas : celui d’un SDF alcoolique, mort suite à une négligence de Benjamin camouflée par sa hiérarchie, et celui d’une vieille dame en phase terminale d’un cancer, pour laquelle Abdel va outrep

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Enemy

ECRANS | Tournée dans la foulée de "Prisoners" avec le même Jake Gyllenhaal, cette adaptation de José Saramago par Denis Villeneuve fascine et intrigue, même si sa mise en scène atmosphérique se confond avec une lenteur appuyée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Enemy

Coïncidence des sorties : à quelques jours d’intervalle, deux films s’attaquent au thème du double. Celui de Richard Aoyade transpose Dostoievski dans un quotidien gris et bureaucratique ; Denis Villeneuve s’est lui inspiré de L’Autre comme moi de José Saramago pour prolonger sa collaboration avec Jake Gyllenhaal, entamée avec le brillant Prisoners. Villeneuve est peut-être encore plus abstrait qu'Aoyade dans son traitement d’une ville déshumanisée, réduite à une salle de fac et à quelques appartements anonymement coincés dans des barres d’immeuble rappelant la Défense filmée par Blier dans Buffet froid. Un monde glacial dans lequel Adam répète sans cesse la même routine : il donne un cours, rentre chez lui, reçoit un coup de fil de sa mère (Isabella Rossellini), puis sa copine lui rend visite (Mélanie Laurent), ils font l’amour, elle rentre chez elle et il finit sa nuit seul. Routine brisée après une discussion anodine avec un de ses collègues, qui le conduit à louer dans un vidéoclub une comédie «locale» où un homme lui ressemblant trait po

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Insaisissables

ECRANS | Un piteux exercice de manipulation, hypocrite et rutilant, avec un casting de luxe que Louis Leterrier n’arrive jamais à filmer, trop occuper à faire bouger n’importe comment sa caméra. Nullissime. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 5 août 2013

Insaisissables

De son apprentissage chez EuropaCorp comme yes man pour les scénarios torchés à l’arraché par Luc Besson, Louis Leterrier a visiblement retenu plusieurs leçons, toutes mauvaises : d’abord, confondre montage et rythme, mouvements incessants de caméra et retranscription de l’action. Il faut voir l’introduction d’Insaisissables, sorte de bouillie filmique d’une laideur visuelle à pleurer de dépit, pour saisir l’étendue du désastre. Aucun élément ne semble attirer le regard de Leterrier : ses plans n’enregistrent rien, s’annulent les uns les autres et chaque présentation d’un des magiciens se fait dans une hystérie de vulgarité putassière là encore bien bessonienne : les filles se foutent à poil — un peu — mais le sexe n’a jamais lieu, et lorsque le mentaliste de la bande hypnotise un couple, c’est avant tout pour fustiger l’infidélité du mari. Là où Insaisissables devient franchement insupportable, c’est quand ce grand barnum que l’on peine à qualifier de mise en scène finit par atteindre le casting lui-même, pourtant prestigieux. Leterrier ne s’intéresse absolument jamais à ces acteurs, ne leur donnant aucun espace pour jouer, les filmant à moitié dans l’obscurité

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Pêche originelle

MUSIQUES | Il a dix ans. On sait, cela ne semble pas vrai, mais le festival L'Original a dix ans. Et il n'a, en dépit d'une programmation 2013 manquant un peu de lustre, rien perdu de l'esprit «festif, fédérateur, rassembleur, défricheur et prescripteur» qui l'anime depuis sa fondation. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Vendredi 22 mars 2013

Pêche originelle

A chaque type de musique son festival. Les musiques électriques ont La Route du Rock, Rock en Seine ou Le Rock dans tous ses États. Les musiques électroniques ont Nuits Sonores, Astropolis ou le tout nouveau Weather Festival. Et l'on pourrait, toujours en se cantonnant au territoire français, filer la démonstration avec les musiques (plus ou moins) improvisées, les musiques du monde, les musiques sacrées, les musiques contemporaines, les musiques extrêmes... Mais les musiques dites urbaines ? Sans doute trop indisciplinées, comme est venue le rappeler la volonté récemment affichée par le ministre de l'Intérieur Manuel Valls de «lutter contre les paroles [de rap] agressives», elles n'ont peu ou prou que L'Original. A cette aune, le fait que ce rendez-vous dédié à la promotion des valeurs originelles du mouvement hip hop (respect, camaraderie...) et à sa pluralité créative (rap donc, mais aussi graff, DJing, danse et beatboxing), s'apprête à souffler sa dixième bougie mérite qu'on tire notre casquette équilibriste à son fondateur, le breakdancer Jean-Marc Mougeot (qui comme tant d

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Rengaine

ECRANS | De Rachid Djaïdani (Fr, 1h15) avec Slimane Dazi, Stéphane Soo-Mongo…

Christophe Chabert | Mercredi 7 novembre 2012

Rengaine

L’accueil critique délirant réservé à Rengaine à Cannes laisse perplexe lorsqu’on le découvre aujourd’hui, loin du buzz festivalier. Que voit-on à l’écran ? Une longue rengaine (le titre n’est pas trompeur) très mal filmée qui, loin d’offrir une critique du repli communautaire actuel, le conforte sournoisement. On s’explique : au départ, une jeune femme d’origine arabe parfaitement intégrée décide de se marier avec un comédien noir. Un de ses 49 frères (Slimade Dazi, l’inoubliable Brahim Latrache d’Un prophète) l’apprend et considère la chose comme une insulte à sa famille ; il fait donc le tour de ses frangins pour les rallier à sa cause. La répétition de la situation ne produit aucun vertige, mais donne l’impression qu’on enfonce un clou à coups de burin dans le crâne du spectateur. Au cas où, toutefois, on n’ait pas compris où il voulait en venir, Djaïdani retourne par deux fois la question pour y apporter la même réponse : d’abord avec la mère du black, qui s’offusque qu’il veuille épouser une arabe ; puis avec l’amante du frère, qui l

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Grands brûlés

MUSIQUES | Depuis une quinzaine d'années qu'elle gronde (ses pairs rappeurs, les autorités), La Rumeur a été sujette à bien des flatteries de la part des commentateurs (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 19 octobre 2012

Grands brûlés

Depuis une quinzaine d'années qu'elle gronde (ses pairs rappeurs, les autorités), La Rumeur a été sujette à bien des flatteries de la part des commentateurs musicaux. Ici comme ailleurs, on a salué l'intransigeance de ses propos, le punch de ses productions, l'intensité de ses prises de paroles, sa constance, son mordant, sa combativité, sa jugeote, son intégrité... Mais le plus beau compliment qu'elle ait reçu, c'est la Cour de cassation qui le lui a adressé lorsque, au tout début de l'été 2010, elle a estimé que ses propos ne relevaient pas de la diffamation mais participaient au débat d'idées, mettant un terme à huit ans de lutte judiciaire contre le très chatouilleux Ministère de l'Intérieur. Une décision de justice qui n'a, c'est heureux, en rien entamé le mojo du groupe, attendu au Kao mercredi 24 octobre : son quatrième album, Tout brûle déjà, bien qu'il accuse par moments le poids des années (difficile, arrivé à quarante piges, d'éviter la redite) et de l'hyperactivité de ses auteurs (Hamé et Ekoué, les plus visibles, ont notamment réalisé le téléfilm De l'encre, présenté par ailleurs cette semaine au Comœdia), met la p

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À moi seule

ECRANS | De Frédéric Videau (Fr, 1h31) avec Agathe Bonitzer, Reda Kateb…

Christophe Chabert | Jeudi 29 mars 2012

À moi seule

S’inspirant de l’affaire Natascha Kampusch, qu’il transpose librement en France aujourd’hui, Frédéric Videau raconte comment Gaëlle, enfermée pendant huit ans par Vincent, un homme dont les motivations resteront jusqu’au bout mystérieuses (besoin d’amour ou envie de paternité ?), échappe à son ravisseur et tente de retrouver ses marques dans la vie réelle. Sujet passionnant, bien entendu, que le cinéaste gâche à force d’auteurisme. Plutôt que de se concentrer sur les rapports entre Gaëlle et Vincent (et laisser toute la place à l’excellent Reda Kateb, comédien physique et nerveux qui écrase littéralement la pauvre Agathe Bonitzer, au jeu statique et psychologique), il filme d’interminables séquences entre Gaëlle et sa mère (Noémie Lvovsky), son père (Bonaffé, dont la présence dans le film reste une énigme), sa psy (Hélène Fillières). L’ennui est total, l’obstination du personnage à garder pour elle ses sentiments vis-à-vis de son geôlier s’apparentant à regarder un mur pendant une heure. Ce cinéma d’auteur, qui ne s’intéresse qu’aux creux, refuse le spectacle et préfère le dialogue à l’action, les points de suspension aux points d’exclamation, est resté bloqué des années en arri

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Beginners

ECRANS | De Mike Mills (ÉU, 1h44) avec Ewan MacGregor, Christopher Plummer, Mélanie Laurent…

Christophe Chabert | Vendredi 10 juin 2011

Beginners

Pour son premier film, Mike Mills tente de contourner la relative banalité de son argument (les hésitations d’Oliver, presque quadragénaire endeuillé et amoureux) par deux moyens. Le premier est peu concluant : il s’agit de multiplier les gimmicks (les photos racontant les années, le chien qui parle en sous-titres, les dessins sur «l’histoire de la tristesse») et de déconstruire temporellement l’histoire. Mills s’enfonce alors dans le cliché que les Américains se font du cinéma européen (le casting franco-anglais en est une autre preuve) : un mélange sophistiqué entre légèreté de ton et gravité des sujets abordés. En revanche, le film est assez beau quand il laisse ses acteurs prendre le contrôle du film. Une spontanéité très «nouvelle vague» irrigue les scènes entre Oliver et son père, et plus encore celles avec Anna, partiellement improvisées. MacGregor, Plummer et même Mélanie Laurent (si !) sont tous trois excellents, et contribuent grandement au petit charme de Beginners.Christophe Chabert

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Et soudain tout le monde me manque…

ECRANS | De Jennifer Devoldere (Fr, 1h38) avec Mélanie Laurent, Michel Blanc…

Christophe Chabert | Mercredi 13 avril 2011

Et soudain tout le monde me manque…

Le matérialisme dans lequel évoluent les personnages du deuxième film de Jennifer Devoldere vaut métaphore de sa production. Une fois de plus, voilà une comédie air du temps, mais qu’on pourrait qualifier sans injure de banale (doit-on faire semblant de n’avoir jamais vu un film sur les angoisses d’une trentenaire parisienne et célibataire ?), qui s’est laissée grignoter par son mode de financement. Une star dans le premier rôle ? Mélanie Laurent tient plutôt de la starlette, refusant sans raison crédible de montrer ses seins dans une scène d’amour… Mais elle est bankable ! Des marques à presque tous les plans, et même dans les dialogues ? Ce n’est pas de la pub, voyons, c’est du réalisme urbain chic ! Des chansons branchées pour illustrer toutes les dix minutes les clips censés résumer les récits parallèles ? Ça ne dissipe pas le déjà vu. Reste Michel Blanc ; après Une petite zone de turbulences, on sent bien qu’il cherche à parler de son angoisse face au temps qui passe et à la mort qui rôde. Dommage qu’il le fasse dans des comédies sans envergure, car il le fait franchement bien. CC

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Requiem pour une tueuse

ECRANS | De Jérôme Le Gris (Fr, 1h31) avec Mélanie Laurent, Clovis Cornillac…

Christophe Chabert | Mercredi 16 février 2011

Requiem pour une tueuse

Classique instantané du nanar, "Requiem pour une tueuse" est un film héroïque. Dès les cinq premières minutes, rien n’y est crédible, et tout y est risible : la perruque blonde de Mélanie Laurent, les lunettes rondes de Tchéky Karyo, la guitare du super-espion Cornillac, la tronche du jardinier… Ce Nikita new-look est en fait le thriller le plus cheap et neurasthénique jamais tourné : passée l’intro, l’action ne sort plus d’un château en Suisse dans lequel on a construit au sous-sol un théâtre à l’italienne (félicitations à l’architecte) pour y organiser un festival de musique lyrique. Du coup, les personnages se courent après dans les couloirs et dans les jardins pendant une heure vingt. Avec le même scénario, les mêmes dialogues, des acteurs un peu plus âgés et Pascal Thomas derrière la caméra, il y avait matière à une comédie old school plaisante. Jérôme Le Gris, lui, a choisi de prendre tout cela au sérieux, et c’est encore plus fendard, comme un remake sérieux des "Barbouzes" (Karyo et son bonnet en laine grise ressemble d’ailleurs furieusement à Francis Blanche). Un joyeux naufrage à consommer sans modération, à l’image de la scène déjà culte du vin empoisonné.Christ

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La Rafle

ECRANS | De Rose Bosch (Fr, 1h55) avec Mélanie Laurent, Jean Reno, Gad Elmaleh…

Christophe Chabert | Lundi 8 mars 2010

La Rafle

Rose Bosch a choisi de raconter de tous les points de vue la rafle du Vel d’hiv’, des familles juives déportées aux Justes qui les ont aidés en passant par Hitler lui-même. Tout cela finit par s’annuler, car la mise en scène ne se pose jamais les bonnes questions : du côté des victimes, elle jongle avec le pathos comme avec de la dynamite — exemple, ce travelling à la steadycam assez obscène où un enfant court à travers le camp pour retrouver ses parents, et tombe sur un convoi entouré d’officiers allemands. Quant aux Justes, Bosch les met tellement en avant qu’elle oublie qu’ils ne sont que des exceptions dans une population silencieuse qui a cautionné l’horreur — le film étant une superproduction, il s’obstine à donner au spectateur des personnages positifs auxquels s’identifier. Enfin, La Rafle dérange vraiment quand il représente Hitler et les dignitaires nazis en villégiature bucolique dans le Tyrol. Ces images maintes fois montrées d’un dictateur gentil avec les animaux et avec les enfants sont de la pure propagande. Bosch ne filme pas leur mise en scène, mais les reproduit en prenant la place du cameraman nazi, créditant ainsi un mensonge pour soutenir sa thèse —

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Le Concert

ECRANS | De Radu Mihaileanu (Fr, 2h) avec Aleksei Guskov, Mélanie Laurent…

Dorotée Aznar | Lundi 2 novembre 2009

Le Concert

Surnommé le maestro au summum de sa gloire, le chef d’orchestre Andrei Filipov a payé cher sa résistance à Brejnev, au point de se retrouver aujourd’hui homme de ménage du Bolchoï. Lorsque le fameux orchestre russe décroche un engagement au Théâtre parisien du Châtelet, Filipov court-circuite l’invitation et rameute ses anciens musiciens pour honorer l’engagement à sa façon… C’est peu dire que Radu Mihaileanu était attendu au tournant après le plébiscite du beau Va, Vis et deviens. Aussi, le voir s’attaquer à un pur feel good movie, demandant une colossale suspension d’incrédulité de la part du spectateur, peut inquiéter. Et de fait, Le Concert enchaîne les péripéties toutes plus incroyables les unes que les autres avec un enthousiasme dévastateur, fait évoluer des personnages délicieusement too much vers un dénouement tout aussi jouissif qu’attendu. Mais, et c’est là ce qui fait toute la différence, il le fait avec une générosité cinématographique trop rare pour être antipathique. Bien aidé par le casting de trognes brisées de ses musiciens russes (qui tranche violemment avec le côté lisse des acteurs français – la comparaison est sans appel…

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Inglourious basterds

ECRANS | Fidèle à lui-même et pas à la caricature qu’on veut donner de son cinéma, Quentin Tarantino enthousiasme avec cette comédie de guerre dont l’enjeu souterrain est de repenser l’Histoire récente à partir de ses représentations cinématographiques. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 9 juillet 2009

Inglourious basterds

«Il était une fois dans la France occupée…» C’est le titre du premier chapitre d’Inglourious basterds. Comme le reste du film, ce chapitre est une séquence entière, ce qui représente en cinéma d’avant une «bobine» ; comme si Tarantino prenait comme rythme celui d’un projectionniste pour qui chaque passage d’une bobine à l’autre ouvrait sur un nouveau modèle de cinéma. Dans une ferme française, un nazi polyglotte (Christoph Waltz, immense révélation d’un casting fourni en talents) interroge un paysan pour obtenir des informations sur une famille juive. L’échange commence en Français, puis se poursuit en Anglais au prix d’un subtil dialogue qui renvoie avec malice aux conventions du «cinéma hollywoodien à l’étranger». Dans cette introduction brillante, Tarantino joue donc sur les codes du cinéma classique et sur leur relecture ironique par Sergio Leone, le tout appliqué à un sujet sérieux. Le triomphe du cinéma Dans le chapitre suivant, où l’on fait connaissance avec les «basterds» du sergent Raine (Brad Pitt), des juifs scalpeurs de nazis, Tarantino retrouve un territoire plus familier : un cinéma bavard mais badass. Va-t-il su

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