Tête de classe : "Les Grands Esprits" de Olivier Ayache-Vidal

ECRANS | Un film de Olivier Ayache-Vidal (Fr, 1h46) avec Denis Podalydès, Léa Drucker, Zineb Triki…

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

Photo : © Michaël Crotto


Un agrégé de lettres sentencieux exerçant dans un lycée prestigieux se trouve victime de sa forfanterie et muté pour un an dans un collège difficile de banlieue. Arrivant coincé comme un chien dans un jeu de quilles, il fera l'unanimité en juin auprès de ses collègues et ouailles…[bâille]

Remix entre Le plus beau métier du monde, L'École pour tous et Entre les murs, ce premier longmétrage d'Olivier Ayache-Vidal ne peut décemment pas revendiquer l'originalité ; aimable, il reste bien naïf dans sa vision des choses : dans la vraie vie, ça finit rarement aussi bien.

Reposant grandement sur l'aptitude naturelle de Denis Podalydès à porter du velours côtelé et à citer des grands textes (bien sûr, Luchini aussi aurait pu convenir, mais il devait avoir conseil de classe), cette comédie qui prétend se jouer des présupposés aligne les clichés comme un cancre des bulles. Vision rousseauiste des élèves, atténuation de la réalité, sauvetages-miracles, il n'y a guère que l'évocation des filandreuses procédures internes qui soit drôle, car elle paraît pour le coup en-deçà de la réalité. Doit faire ses preuves en salles.


Les Grands esprits

De Olivier Ayache-Vidal (Fr, 1h46) avec Denis Podalydès, Léa Drucker... François Foucault, la quarantaine est professeur agrégé de lettres au lycée Henri IV, à Paris. Une suite d’évènements le force à accepter une mutation d’un an dans un collège de banlieue classé REP +. Il redoute le pire. A juste titre.
UGC Ciné-Cité Confluence 121 cours Charlemagne Lyon 2e
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Kervern, Delépine & Gardin : « les films, ça sert à montrer le pire »

Effacer l’historique | Sortant en salle alors qu’ils assurent chacun “la demi-présidence“ du Festival d’Angoulême — « trop content parce qu’on adore la présidence et les demis » — le neuvième long-métrage du duo Kervern & Delépine accueille une nouvelle convive, Blanche Gardin. Les trois ont la parole.

Vincent Raymond | Jeudi 27 août 2020

Kervern, Delépine & Gardin : « les films, ça sert à montrer le pire »

Effacer l’historique est-il un film intemporel ? Benoît Delépine : J’espère qu’il l’est ! Il est contemporain dans le sens où l'on parle de choses qui arrivent en ce moment… et qui seront bien pire plus tard. Quelle a été l’idée première ? BD : On s’était juré il y a quinze ans d’essayer de faire dix films ensemble et de commencer en Picardie pour finir à l’île Maurice. À chaque film, on essaie de placer l’île Maurice, à chaque fois ça a merdé, c’est compliqué — et là on en a fait dix si on compte le court-métrage avec Brigitte Fontaine. Il suffit qu’on trouve une idée à la con qui nous fasse rire pour qu’on reparte sur un nouveau projet ; on aura au moins réussi ça. Elle nous hantait l’île Maurice avec l’histoire du dodo… Le jour où l'on s’est rendu compte d'à quel point on se fait pigeonner par l’ensemble des GAFAM réunis, qu’on a appris que génétiquement c’était un cousin du pigeon moderne, c’était trop beau ! Il y a dix ans, on avait failli écrire un scénario avec Gérard Depardieu tout seul à l’île Maurice qui avait revendu sa société en France et qui se f

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Contrôle, hâte, suppression : "Effacer l’historique" de Kervern & Delépine

Comédie | Bienvenue dans un monde algorithmé où survivent à crédit des banlieusards monoparentaux et des amazones pas vraiment délivrées. Bienvenue face au miroir à peine déformé de notre société où il ne manque pas grand chose pour que ça pète. Peut-être Kervern & Delépine…

Vincent Raymond | Jeudi 27 août 2020

Contrôle, hâte, suppression :

Un lotissement, trois voisins anciens Gilets jaunes, une somme de problèmes en lien avec l’omniprésente et anonyme modernité d’Internet. Au bout du rouleau, les trois bras cassés unissent leurs forces dans l’espoir de remettre leur compteur numérique à zéro. Faut pas rêver ! L’évaporation de l’humain et sa sujétion aux machines… Ce que la science-fiction, l’horreur ou le techno-thriller avaient déjà traité, est désormais une pièce jouée dans vie quotidienne de chacun. Une histoire à la Ionesco ou à la Beckett dont Effacer l’historique pourrait constituer une manière d’adaptation. Est-ce la présence de Blanche Gardin et de Denis Podalydès qui confère un cachet de théâtralité à ce film ? Il ne se démarque pourtant guère des autres réalisations du duo grolandais, suivant une mécanique de film à saynètes ou à tableaux (plus qu’à sketches) déclinant ce thème confinant à celui l’ultra-solitude contemporaine. Et dé

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Ministère à mère : "La Sainte Famille"

Comédie Dramatique | Sa femme s’éloigne, son frère se sépare, son aristocrate de mère le fait tourner en bourrique, sa grand-mère n’est plus très vaillante, sa cousine lui fait de l’œil ; il a du mal avec ses filles… Malgré cet environnement intime bancal, le novice en politique Jean est nommé ministre de la Famille…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Ministère à mère :

La particule de son patronyme laisse supposer que l’auteur-interprète principal a pioché dans un décor, disons, familier : celui d’une lignée enracinée dans l’aristocratie ou la grande bourgeoisie, habituée aux parquets point de Hongrie des beaux quartiers parisiens, prenant ses quartiers de campagne dans quelque gentilhommière d’Île-de-France ; où l’usage veut que les enfants voussoient leurs parents. Un contexte où sa silhouette mi-guindée, mi-ébahie, évolue visiblement en pays de connaissance. Si on ne peut dire qu’on n’a jamais vu de films avec des familles de bourges en crise — c’est même le fonds de commerce d’un certain cinéma français —, ce qui tranche ici, c’est « la pudeur des sentiments », pour reprendre Gainsbourg : les situations se résolvent davantage dans l’écoute et l’étreinte que dans l’hystérie collective, tout mucus sorti. Et la fin, d’une infinie tendresse, s’avère un modèle de douceur. Mais La Sainte Famille sonne aussi le glas de ce “monde ancien“, conscient de sa désuétude, qui anticipe sa dissolution en même temps que la disparition de ses aînées : le pa

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Que de promesses ! : "Le Meilleur reste à venir"

Comédie dramatique | Arthur découvre par hasard que son meilleur ami César est condamné par un cancer. Celui-ci l’ignorant, Arthur s’apprête à lui annoncer la funeste nouvelle mais un quiproquo amène César à croire que c’est son pote qui est perdu. Déstabilisé, Arthur ne va pas le détromper. Et s’enferrer…

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Que de promesses ! :

Le succès du Prénom (2012) — leur précédente coréalisation — a très certainement endormi la méfiance des producteurs, appâté les comédiens autant qu’il allèchera les curieux. Pourtant, la mécanique bien huilée de ladite pièce filmée (jouée auparavant un an sur les planches) et dialoguée sans surprise mais avec adresse n’a pas grand chose à voir avec ce succédané de Sans plus attendre (2008) : Le Meilleur reste à venir est une comédie molle bo-beauf de plus, célébrant le nombrilisme d’assujettis aux tranches fiscales supérieures, où les comédiens s’abandonnent à leurs penchants — c’est-à-dire à leurs travers — à la première occasion. Et les occasions ne manquent pas. Lorgnant le cinéma de Nakache & Toledano, Delaporte & La Patellière en offrent une version dégriffée avec les envolées classicomorphes de leur B.O., les séquences tendresse de leurs protagonistes, les personnages secondaires prétextes inutiles ou mal exploités. Interchangeable et dispensable. Le Meilleur re

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Prenez garde ! : "Je promets d'être sage"

Comédie | Lassé par ses années d’échec au théâtre, Franck se fait recruter comme gardien vacataire dans un musée. Sa présence suscite l’hostilité de Sibylle, une consœur rigide, mais complète le staff et permet au conservateur de lancer un inventaire des collections. Au grand dam de Sibylle…

Vincent Raymond | Samedi 17 août 2019

Prenez garde ! :

Imaginez ce que peut donner la rencontre d’un chien fou et d’une minette sauvage dans un magasin de porcelaine : à peu de choses près, voilà à quoi équivaut l’association entre Franck et Sibylle ; deux caractères tellement dissonants qu’ils sont fatalement faits pour s’entendre. Cette comédie trépidante s’inscrit dans la droite ligne du cinéma de Pierre Salvadori, où prédominent fantaisie des situations, dialogue parsemés d’absurdités cocasses et courses-poursuites. Ronan Le Page laisse quelques zones d’ombre bienvenues sur le passé de Sibylle et donc la latitude de l’imaginer ou le déduire de ses actes. Quel plaisir : rien n’est plus agaçant qu’un scénario où la moindre intention a besoin d’être justifiée. Couronnée cette année pour une prestation dramatique — un registre dans lequel elle excelle (la voir face au regretté Maurice Bénichou dans la pièce Blackbird suffisait à s’en persuader) —, Léa Drucker possède également le rythme et l’abattage nécessaires pour camper un personnage de comédie aussi imprévisible que Sibylle, dont la mythomanie (un brin kleptomane) évoque l’héroïne de …C

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Guillaume de Tonquédec : « Quand on choisit un rôle, il y a toujours une résonance avec sa propre vie »

Roxane | Révélé au grand public par "Le Prénom" ou la série "Fais pas ci, fais pas ça", le comédien se glisse pour "Roxane" dans le bleu de travail d’un éleveur de poules amoureux de théâtre. Et se révèle convainquant dans ce premier film. Conversation lors des Rencontres du Sud.

Vincent Raymond | Lundi 26 août 2019

Guillaume de Tonquédec : « Quand on choisit un rôle, il y a toujours une résonance avec sa propre vie »

Avez-vous tourné dans une authentique exploitation ? Guillaume de Tonquédec : La réalisatrice, Mélanie Auffret, est petite-fille d’agriculteurs. Or il n’y a rien de plus beau que quelqu’un qui parle d’un sujet qui le touche — surtout dans un premier film. Sa nécessité de raconter m’a embarqué. Et je me suis laissé imposé avec plaisir une semaine de préparation : pour moi qui suis un citadin, c’était important de voir la vie des agriculteurs dans les fermes. Souvent, elle prétextait des décors à trouver pour me laisser seul avec eux sur un gros tracteur en rase campagne, ou avec des vaches ou des haricots à planter… J’ai appris b eaucoup de trucs ! Mais honnêtement, ce qui m’a le plus touché, c’est l’amour des agriculteur pour leur patrimoine, pour la terre, les animaux, leur travail… Tous ceux que j’ai rencontrés mon dit : « je ne voudrais pas faire autre chose ». Ça résonnait en moi, en tant qu’acteur, ce qui est de l’ordre de la passion, du sacerdoce, presque du sacrifice. Et quand l’un d’entre eux, qui a 55 ans et qui bosse du lundi au dimanche, m’a dit « cette année, je vai

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Les œufs de la rampe : "Roxane"

Comédie | De Mélanie Auffret (Fr, 1h28) avec Guillaume de Tonquédec, Léa Drucker, Lionel Abelanski…

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Les œufs de la rampe :

La coopérative du village ayant mis un terme au contrat le liant à son exploitation avicole, Raymond tente le tout pour le tout pour sauver ses poules : lui, le passionné de théâtre, se filme sur Internet en train de déclamer des vers à ses gallinacés. Au cas où ça ferait un buzz… Pas très éloigné en thématique (ni sur la carte) du pathétique Normandie nue, ce premier long-métrage de Mélanie Auffret touche infiniment plus juste que la pantalonnade téléfilmesque de Philippe Le Gay. Oh, il y aura bien des esprits forts pour dénigrer par principe une comédie sociale s’inscrivant dans la ruralité ou moquer certains raccourcis. N’empêche : Roxane parle avec une appréciable fraîcheur de sujets aussi profonds que ceux abordés par Hubert Charuel dans Petit paysan : le cynisme des gros agro-industriels organisant la disparition des petites exploitations, le manque de soutiens accordés aux paysanneries non productivistes, l’avidité des banques “spécialisées“, l’absence de solidarité inter-professionnelle ou cette désespérance chroni

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Un peu, pas du tout et avec de bonnes chaussures : "Plaire, aimer et courir vite"

ECRANS | Pour raconter ses jeunes années entre Rennes et Paris, quand le sida faisait rage, Christophe Honoré use de la fiction. Et les spectateurs, avec un pensum dépourvu de cette grâce parfois maladroite qui faisait le charme de ses comédies musicales. En compétition Cannes 2018.

Vincent Raymond | Lundi 14 mai 2018

Un peu, pas du tout et avec de bonnes chaussures :

Paris, 1993. Écrivain dans la radieuse trentaine, célibataire avec un enfant, Jacques a connu beaucoup de garçons. Mais de ses relations passées, il a contracté le virus du sida. Lors d’une visite à Rennes, il fait la connaissance d’Arthur, un jeune étudiant à son goût. Et c’est réciproque… Il faudrait être d’une formidable mauvaise foi pour taxer Christophe Honoré d’opportunisme parce qu’il situe son nouveau film dans les années 1990 à Paris — ces années de l’hécatombe pour la communauté homosexuelle, ravagée par le sida —, quelques mois après le triomphe de 120 battements par minute. Car Plaire, aimer et courir vite s’inscrit dans la cohérence de sa filmographie, dans le sillage de Non, ma fille tu n’iras pas danser (2009) pour l’inspiration bretonne et autobiographique et des Chansons d’amour (2007) ou d’Homme au bain (2010) pour la représentation d’étreintes masculines. L’ego lasse

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Jean-Pierre Bacri & Agnès Jaoui : « le danger du pouvoir, c’est d’oublier ce qu’on s’était promis »

Place Publique | En moralistes contemporains, Bacri et Jaoui cernent depuis plus d’un quart de siècle les hypocrisies et petites lâchetés ordinaires face à la notoriété ou à l’illusion du pouvoir. Conversation croisée avec un duo osmotique.

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Jean-Pierre Bacri & Agnès Jaoui : « le danger du pouvoir, c’est d’oublier ce qu’on s’était promis »

Avec l’expérience, votre manière de collaborer a-t-elle changé ? Agnès Jaoui : Le temps est arrêté : quand on écrit, on reprend nos stylos. On garde les même méthodes. Quel a été le point de départ de l’écriture de Place Publique ? AJ : C’est très difficile pour nous de dire quand et par quoi cela a commencé : plusieurs thèmes à la fois, des idées, des personnages… Et comme souvent, quand on commence l’écriture, on se dit : « tiens, peut-être que ce sera une pièce… » L’unité de temps et de lieu faisait partie de notre cahier des charges personnel, au contraire du film précèdent, Au bout du conte qui avait cinquante-trois décors. Jean-Pierre Bacri : On a des thèmes préférés, comme les rapports de pouvoirs entre les gens — parce qu’il y en a forcément entre deux personnes, c’est comme ça, c’est la nature humaine et ça nous passionne de jouer ça. Avec le désir d’en égratigner certains ? JPB : Si vous observez avec honnêteté, quand v

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L’essence de la défaite : "Place Publique"

Garden Party | Entre cuisine, dépendance et grand jardin, le nouveau ballet orchestré par Jaoui et Bacri tient de la comédie de caractères, s’inscrivant dans la lignée du théâtre de Molière, au point de tendre à respecter la triple unité classique. Une féroce et mélancolique vanité.

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

L’essence de la défaite :

Pendaison de crémaillère chez Nathalie, productrice télé über-parisienne qui s’est trouvé un château à la campagne. S’y croisent Castro, star du petit écran en perte de vitesse, son ex- Hélène, leur fille, et une foule de convives plus ou moins célèbres. Ça promet une bonne soirée… D’un côté de petits maîtres cyniques torpillés par leur acrimonie, des jaloux vieillissants renvoyés à leur verte bile, des fats décatis punis par où ils ont péché ; de l’autre une valetaille issue du bas peuple qui finit par s’affranchir de cette caste prétentieuse en s’acoquinant au passage avec sa progéniture… Que d’êtres factices aux egos majuscules ; que d’individus attachants, portant leur misère pathétique en sautoir. Jaoui et Bacri bousculent une nouvelle fois les lois de la chimie en changeant le vinaigre en nectar — mais, après tout, d’aucuns racontent qu’un mage d’antan changeait l’eau en vin… Le buffet des vanités À peine vécue par celle qui l’organise (Léa Drucker, parfaite en Gatsby moderne vissée à

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Graines d’Éluard : "Liberté 13 films-poèmes de Paul Éluard"

Animation | de 13 réalisateurs (Fr, 0h42) animation avec les voix de Isabelle Carré, Denis Podalydès, Christian Pfohl

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Graines d’Éluard :

Ils sont 13 jeunes cinéastes achevant leur formation dans les plus prestigieuses écoles d’animation, et toutes et tous ont planché sur quelques vers de Paul Éluard (1895-1952), livrant leur vision originale de son univers poétique. En tout liberté, bien entendu. S’inscrivant dans la suite des programmes de courts-métrages dédiés à Prévert et Apollinaire, ce nouveau florilège de la série En sortant de l’école met en lumière l’œuvre d’un “apparenté surréaliste” dont la notoriété est souvent, hélas, réduite au seul — et incontournable — Liberté… Sa délicatesse, en amour comme en fantaisie, s’avère un combustible merveilleux pour de jeunes illustrateurs dont l’inspiration carbure à l’éclectisme. Et si le tableau final tient du coq-à-l’âne stylistique, des grandes lignes thématiques s’y répondent comme ce sentiment indicible qu’est l’attachement (moins grandiloquent que la passion et plus profond) ou la fascination pour la mer. On notera également quelques stupéfiantes réussites graphiques, tels Poisson de A

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Entre la mère et le pire de famille : "Jusqu’à la garde"

Le Film de la Semaine | Drame familial anxiogène, au réalisme brut et à l’interprétation terrifiante de vérisme, le premier long-métrage de Xavier Legrand offre à Denis Ménochet un rôle de monstre ordinaire le faisant voisiner avec le Nicholson de Shining au rayon des pères perturbés.

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Entre la mère et le pire de famille :

L’an dernier, il fallait en remontrer au jury de la Mostra pour se distinguer sur la Lagune : la sélection vénitienne était en effet aussi éclectique qu’éclatante, comptant notamment Three Billboards…, Mother!, The Shape of Water, Downsizing et L’Insulte. Face à une telle concurrence, qui aurait misé sur le premier long-métrage de Xavier Legrand ? Qui aurait imaginé qu’il figurerait doublement au palmarès, meilleur réalisateur et meilleur premier film ? Au moins le public de son court-métrage Avant que de tout perdre, prologue de ce film résonant aussi fort qu’un uppercut. Jusqu’à la garde s’ouvre dans l’intranquillité d’une audience de séparation entre les époux Besson. Elle, frêle, craintive mais décidée de s’éloigner de lui, massif, menaçant au regard lourd. Entre eux, la garde de leurs enfants. Une fille bientôt majeure et un fils, revendiqué par chacun… Legrand, comme son nom l’indique Xavier Legrand réussit à prolong

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"La Mécanique de l'ombre" : Affaires intérieures

ECRANS | de Thomas Kruithof (Fr-Bel, 1h33) avec François Cluzet, Denis Podalydès, Sami Bouajila…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Solitaire, chômeur et buveur repenti, un comptable est recruté par un discret commanditaire pour retranscrire à la machine à écrire des écoutes téléphoniques enregistrées sur cassettes magnétiques. Sans le savoir, il va pénétrer dans les sordides coulisses de l’appareil d’État… Un thriller politique s’inscrivant dans le contexte de ces officines supposées gripper ou fluidifier les rouages de notre république, bénéficie forcément d’un regard bienveillant. Pas parce qu’il alimente la machine à fantasmes des complotistes — fonctionnant sans adjonction de carburant extérieur — mais parce qu’elles recèlent autant de mystères et d’interdits que les antichambres du pouvoir américaines, si largement rebattues. Comme un creuset où se fonderaient entre elles les affaires Rondot, Squarcini, Snowden et Takieddine, cette première réalisation de Thomas Kruithof est à la fois très concrète et pétrie de symboles (tel celui du puzzle, l’objet fétiche du héros ; une structure complexe rendue inopérante dès lors que la plus misérable pièce fait défaut). Esthétiquement composé en Scope, ce film à la lisière de l’enquête intérieure et de l’actualité rappelle aut

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François Cluzet : « Le rôle de l’interprète, c’est uniquement d’être vivant »

3 questions à... | La Mécanique de l’ombre est aussi l’occasion d’explorer celle du comédien en compagnie de François Cluzet. Cours magistral sur son métier qu’il résume ainsi : « Un acteur, c’est d’abord un corps dans une situation. »

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

François Cluzet : « Le rôle de l’interprète, c’est uniquement d’être vivant »

Comment ressent-on la question de la surveillance d’une manière générale lorsqu’on exerce un métier où l’on est constamment scruté ? François Cluzet : À dire vrai, je ne m’occupe pas trop d’être scruté ; c’est le problème des spectateurs. Nous, les acteurs, on est des exhibitionnistes ; il faut qu’on se se méfie du narcissisme, de l’ego hypertrophié. Le rôle de l’interprète, c’est uniquement d’être vivant — j’ai beaucoup réfléchi à cela parce que je suis passionné et que j’essaie de faire mon boulot le mieux possible. Alors, depuis très longtemps, je ne joue plus : j’essaie de vivre les situations sans ramener mon grain de sel. Bien sûr, elles sont vécues sur commandes, car reliées au script, mais finalement j’aime bien cette idée. Longtemps ça m’a fait peur, je pensais qu’il ne se passerait rien. Je me suis rendu compte que c’était le contraire. Je me sens proche de cet acteur américain à qui un metteur en scène avait demandé s’il pouvait jouer plus expressif, et qui avait répondu : « — Non, mais toi tu peux rapprocher un peu plus ta caméra. » (rires) Quelles sont les exigences d’un tel rôle ?

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Bis repetita

SCENES | Dans une extension du grandiose "Clôture de l'amour", l'auteur et metteur en scène Pascal Rambert disserte sur les rapports humains et le théâtre. Mais ses quatre stars, pourtant au meilleur de leur forme, ne parviennent à empêcher ce spectacle, pertinent autant qu’abscons, de patiner dans la prétention. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 27 janvier 2015

Bis repetita

Elle attaque, elle mord. Audrey balance ses sentences brute de décoffrage contre Denis, qui a regardé un peu trop tendrement Emmanuelle. Presque terroriste, la déflagration dure pas moins de 45 minutes. Scandant sa colère d'adverbes («oui parfaitement, très clairement»), elle demande si l'on peut «décrire ce qui a eu lieu.» Puis extrapole : «est-ce qu'on peut décrire le monde ? Est-ce que le langage est la description du monde ?». Car s'entremêlent ici, dans un gymnase dédié à une répétition de théâtre, le travail sur une pièce (sur la vie de Staline) et les rapports intimes des quatres personnes, amis, amants ou ex, qui la montent. Avec Clôture de l'amour, où déjà Aurdey Bonnet et Stanislas Nordey s'entredéchiraient,  Pascal Rambert avait produit un chef-d'oeuvre. Il reprend avec Répétition le même dispositif d'un théâtre où le dialogue est une addition de longs monologues et où les personnages fictionnels se confon

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Podalydès express

SCENES | D’une nouvelle de Tchekhov qui se lit en une quinzaine de minutes, Denis Podalydès fait une pièce d’une heure. Bien sûr, ce résumé chiffré est fort malhonnête, (...)

Nadja Pobel | Mardi 6 janvier 2015

Podalydès express

D’une nouvelle de Tchekhov qui se lit en une quinzaine de minutes, Denis Podalydès fait une pièce d’une heure. Bien sûr, ce résumé chiffré est fort malhonnête, Les Méfaits du tabac relatant une conférence d'un certain Nioukhine qui, selon les vœux de sa femme, vient tenter d’expliquer en quoi la cigarette est nocive dans un cercle de province, ici une école de musique. De quoi justifier la présence de Floriane Bonanni (violon), Muriel Ferraro (soprano) et Emmanuelle Swiercz (piano), toutes drapées de robes inutilement signées – ou plutôt ciglées, tels des placements de produit – Christian Lacroix. Assez rapidement, la musique baroque prend même toute la place, le comédien n’ayant qu’une portion congrue à jouer. A la place, il erre, et c’est en partie ce que Tchekhov a écrit : l’histoire d’un vieux monsieur qui se demande lui-même ce qu’il fait là et digresse sur ses états d'âme. Coup de chance, le comédien en question est Michel Robin, 84 ans, qui fort de son incroyable expérience tient parfaitement son rôle. Ancien pensionnaire puis sociétaire de la Comédie-Française, il a joué sous la direction des plus grands, dont Alain Françon dans La Cerisaie

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La Chambre bleue

ECRANS | Comme un contre-pied à "Tournée", Mathieu Amalric livre une adaptation cérébrale, glacée et radicale d’un roman de Simenon, où l’exhibition intime se heurte au déballage public, laissant dans l’ombre le trouble d’un amour fou et morbide. Intrigant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 mai 2014

La Chambre bleue

Que s’est-il passé dans la chambre bleue ? Le film fait d’abord semblant de ne rien cacher des ébats auxquels se sont livrés Julien et Esther, qui se sont connus au lycée et se retrouvent, quadras et mariés, pour vivre une passion adultère. Mathieu Amalric filme leurs corps nus dans des compositions ouvertement picturales et fragmentées, soulignées par une image au format carré et un usage méticuleux des longues focales : une lèvre mordue, un sexe féminin, une main qui caresse un ventre ; et au milieu une goutte de sang sur un drap immaculé, qui trouvera un écho plus tard dans un éclat de confiture qui tombe sur un sol blanc. Cette déconstruction de l’espace s’accompagne d’une déconstruction du temps : un crime a été commis et Julien se retrouve devant des policiers, un avocat, un psychologue… Qui a tué qui et pourquoi ? La Chambre bleue n’a pourtant rien d’un polar et ce qui intéresse Amalric dans le roman de Simenon, c’est un tout autre mystère : celui qui unit deux amants dont le secret est soudain dévoilé aux yeux de tous. C’est ce mystère qui rôde dans les interstices des plans, au carrefour d’une mise en scène faussement exhibitionniste et du déballage méd

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Du vent dans mes mollets

ECRANS | De Carine Tardieu (Fr, 1h29) avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Isabelle Carré…

Christophe Chabert | Vendredi 13 juillet 2012

Du vent dans mes mollets

Depuis ses courts-métrages, Carine Tardieu s’applique à regarder le monde avec les yeux des enfants, en général confrontés à des drames qui bouleversent leur naïveté. Avec Du vent dans mes mollets, l’affaire vire au procédé, et on ne voit plus que les gimmicks et les formules à l’écran. Le ripolinage général, la brocante vintage 80 qui sert de direction artistique ou le jeu sur les différents régimes d’image, tout cela distrait sans cesse de l’histoire racontée, il est vrai pas palpitante en soi. Non seulement le film est surproduit, mais il est aussi surécrit, de la voix-off singe savant de sa jeune héroïne au jeu lassant sur les dialogues en franglais entre les parents Jaoui et Podalydès, ou encore une galerie de seconds rôles stéréotypés à souhait. Même quand le film aborde des rivages plus troubles, notamment sexuels, il s’avère d’un grand puritanisme, sur la forme comme sur le fond. Et en devient, du coup, assez irritant. Christophe Chabert

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Adieu Berthe !

ECRANS | De et avec Bruno Podalydès (Fr, 1h40) avec Denis Podalydès, Isabelle Candelier, Valérie Lemercier…

Christophe Chabert | Jeudi 14 juin 2012

Adieu Berthe !

Berthe est morte, mémé n’est plus. C’est ce qu’apprend Armand Lebrec (Denis Podalydès), la tête dans une boîte transpercée de sabres factices. Son affliction à l’annonce du décès est, elle aussi, purement factice : cette grand-mère était si discrète que tout le monde l’avait oubliée dans la famille (son père en particulier, atteint d’une forme de démence burlesque ; un numéro aussi bref que grandiose pour Pierre Arditi). De toute façon, Armand a d’autres chats à fouetter : une femme qu’il tente vainement de quitter, une autre avec qui il essaie de trouver un modus vivendi, une pharmacie appartenant à une belle-mère intrusive… Après l’inégal Bancs publics, Bruno Podalydès revient à des territoires plus familiers de son cinéma : la comédie de l’indécision sentimentale, sur un mode plus grave et plus mature, âge des protagonistes oblige. La première moitié est effectivement hilarante, notamment la peinture de pompes funèbres délirantes, l’une tenue par une sorte de gourou new age (Michel Vuillermoz, génial), l’autre par un tax

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Omar m’a tuer

ECRANS | De Roschdy Zem (Fr, 1h25) avec Sami Bouajila, Denis Podalydès…

Christophe Chabert | Mardi 14 juin 2011

Omar m’a tuer

Projet porté par Rachid Bouchareb qui en a finalement confié la réalisation à Roschdy Zem, Omar m’a tuer conserve toutefois la marque du cinéaste de Hors la loi. Ennemi de la dialectique et partisan d’un cinéma à thèse dont le but est d’avoir un écho sur les bancs de l’assemblée, Bouchareb traite l’affaire Omar Radad selon deux points de vue qui enfoncent le même clou : l’enquête menée par Jean-Marie Rouard (dont le nom a mystérieusement été changé dans le film) pour disculper Omar, et la reconstitution des mois qui suivirent l’arrestation du jardinier accusé d’homicide. Dans les deux cas, aucune ambiguïté : Radad est un coupable fabriqué par la justice et la police (on ne voit rien à l’écran de cette mécanique-là, et on le regrette), un brave type pris dans une machination dont le film se garde bien de révéler les commanditaires. Au-delà de ce parti-pris discutable, Omar m’a tuer frappe par son manque de souffle, ses fausses bonnes idées (la narration alternée est laborieuse) et la prestation gênante de Sami Bouajila, acteur lettré qui fait ici de visibles efforts pour baragouiner un français approximatif. La faiblesse de la mise en scène fait que l’u

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8 fois debout

ECRANS | De Xabi Molia (Fr, 1h40) avec Julie Gayet, Denis Podalydès…

Dorotée Aznar | Vendredi 9 avril 2010

8 fois debout

Elsa est mal. Mal dans sa vie sentimentale (inexistante depuis la rupture avec son ex mari), mal avec son fils (elle ne sait comment se comporter avec lui), mal du fait de l’absence de boulot stable (d’où l’expulsion de son appartement qui la contraint à vivre dans sa voiture)… "8 fois debout" suit ainsi les déboires de cette jeune trentenaire qui semble porter sur elle tous les malheurs du monde (le choix de l’actrice Julie Gayet est, à ce titre, très judicieux). Est-ce suffisant pour en faire un film ? Xabi Molia semble le penser ; et pourquoi pas. Sauf qu’ici, on est très loin de l’univers des Dardenne et consorts, à savoir des cinéastes qui savent filmer ceux que la société considère comme des ratés sans tomber dans la complaisance démagogique ou la leçon de morale. Un travers dans lequel Molia saute à pieds joints ("sept fois à terre, mais huit fois debout" comme dirait le proverbe qui offre son titre au film), ce qui donne un résultat insipide finalement très vite oublié. AM

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Bancs publics (Versailles rive droite)

ECRANS | De Bruno Podalydès (Fr, 1h55) avec Denis Podalydès, Florence Muller…

Christophe Chabert | Vendredi 3 juillet 2009

Bancs publics (Versailles rive droite)

En réunissant le plus incroyable casting de l’histoire du cinéma français, Bruno Podalydès enfonce tout ce qui a pu se faire ici en matière de film-chorale. Mais Bancs publics, dernier volet de sa trilogie versaillaise, se refuse à en singer les scories. Plutôt que de créer des chassés-croisés entre ses soixante-dix personnages, il les isole dans trois espaces distincts : une entreprise, un square et un magasin de bricolages. Ces tranches de vie sont en fait des instantanés de solitude (une banderole «homme seul» attachée sous une fenêtre lance le récit), d’angoisses, de doutes, de névroses, de ratages… De fait, Bancs publics traduit un glissement vers la mélancolie jusqu’ici absent du cinéma de Podalydès. S’il conserve son sens si plaisant du détail comique pris au vif de l’absurdité quotidienne, et s’il se refuse à aller au bout de la dépression qui couve pendant tout le film, le cinéaste réussit à se renouveler. Du coup, on a envie de passer l’éponge sur les défauts criants de Bancs publics (les scènes sont franchement inégales, les acteurs ne sont pas tous à l’aise avec cet univers) pour en vanter la joyeuse tristesse. Christophe Ch

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Mots de gorge

CONNAITRE | Autoportrait / Denis Podalydès représente, dans le cinéma contemporain, ce parfait trait d’union entre un cinéma populaire et des auteurs singuliers, de (...)

Christophe Chabert | Samedi 28 février 2009

Mots de gorge

Autoportrait / Denis Podalydès représente, dans le cinéma contemporain, ce parfait trait d’union entre un cinéma populaire et des auteurs singuliers, de Desplechin à Haneke. Son statut de sociétaire de la Comédie française, où il mis en scène une version acclamée de Cyrano de Bergerac, achève de brouiller les pistes d’un acteur à la fois cérébral et drôle, ce que son frère Bruno a exploité à la perfection dans Dieu seul me voit. Avec Voix off, première œuvre en tant qu’auteur, entre autobiographie et galerie de portraits, tout devient clair : s’il a trouvé sa voie, c’est par les voix des autres. Autrement dit : c’est par l’écoute attentive, fascinée, envieuse ou admirative des comédiens et metteurs en scène qu’il a croisés que sa sensibilité personnelle s’est façonnée. Le livre est donc constitué d’une cinquantaine de «portraits vocaux», des membres de sa famille jusqu’à ses camarades de conservatoire, en passant par les acteurs qu’il a d’abord entendu interpréter sur des livres-disques les œuvres classiques (Dussollier prêtant sa voix à Proust pour un marathon autour de la Recherche, en particulier) avant de les rencontrer sur les plateaux ou sur les scènes de théâtre. Ce «Je me s

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Cyprien

ECRANS | De David Charhon (Fr, 1h38) avec Elie Semoun, Léa Drucker…

Christophe Chabert | Mercredi 18 février 2009

Cyprien

Bien sûr, on pourrait se contenter de considérer ce produit de con-sommation pour ce qu’il est : un accident industriel grandiloquent et franchement gênant pour tous ses protagonistes. Le problème, avec ce décalque vaseux de Dr Jerry et Mister Love, c’est qu’il s’agit probablement du plus gros doigt d’honneur jamais fait en direction de la communauté geek. Une communauté dont on peut reconnaître l’élitisme stérile, le communautarisme forcené ou l’aveuglement théorique, mais de là à traiter ses membres de «losers et d’attardés mentaux» (dixit le personnage principal dans son monologue final), il y a quand même un pas que ce médiocre navet, du haut de sa condescendance crasse, n’hésite pas une seconde à franchir dans toute sa matoise inconscience. Pour vous confronter au sujet avec autrement plus de pertinence et de sincérité, on vous conseillera plutôt la vision de la très bonne sitcom américaine The Big Bang Theory. FC

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Denis Podalydès Voix off

CONNAITRE | Mercure de France

Aurélien Martinez | Vendredi 28 novembre 2008

Denis Podalydès
Voix off

Il ne fait aucun doute que le deuxième livre de Denis Podalydès (après Scènes de la vie d’acteur) méritait une des distinctions automnales. Mais pourquoi diable aller donner le Prix Fémina de l’essai à ce texte purement (et hautement) littéraire que le comédien vient de publier dans l’excellente collection «Traits et portraits» de Colette Fellous aux éditions du Mercure de France ? Mystère… De portrait, ou plus précisément d’autoportrait, il est donc question dans Voix off. Mais d’un portrait pas comme les autres, puisque Denis Podalydès choisit ici de revisiter son parcours intime et professionnel par un prisme peu commun : celui des voix. Celle de ses proches (les frères, les parents et grands parents, mais aussi l’oncle, le parrain), celles de ses mentors ou amis (Michel Bouquet, Antoine Vitez, Roland Barthes, Charles Denner), celles des personnages qui ont marqué son enfance (un professeur oublié, Léon Zitrone à la télévision…), mais aussi celles de Rufus Wainwright, Coluche, Pierre Mendès-France ou de la doublure française de Clint Eastwood ! Pour chacune d’entre elles, des mots qui disent le ton, la profondeur, la puissance, et qui rappellent à celui qui les déc

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Coluche

ECRANS | D’Antoine De Caunes (Fr, 1h43) avec François-Xavier Demaison, Léa Drucker, Olivier Gourmet…

Christophe Chabert | Mercredi 8 octobre 2008

Coluche

Coluche ressemble exactement à ce que l’on pouvait attendre de la part d’Antoine De Caunes : la copie sans rature d’un élève ayant si peur de mal faire qu’il ne fait pas grand chose. Tous ses films sont ainsi, et celui-ci peut-être plus que les autres… Plutôt qu’une bio filmée, Coluche évoque un moment de la vie de l’acteur, quand il décide de se présenter aux présidentielles en 1981. Décision intéressante, mais dont on ne trouvera jamais de justification à l’écran. La période ? Juste un décorum folklorique… La politique selon Coluche ? Un poujadisme irresponsable mais finalement salutaire. Sa vie privée ? Des fêtes et de la came, mais pas vraiment de drame à l’horizon. Ce qu’il manque à tout ça, c’est un point de vue qui donnerait du relief aux événements qui se succèdent à l’écran. Film plat agité par d’agaçants gimmicks de réalisation et plombé par le syndrome Patrick Sébastien (Demaison transparent, Drucker enlaidie…), Coluche laisse indifférent ; un comble vu le côté polémique du personnage… CC

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En mode majeur

SCENES | Théâtre / Léa Drucker et Maurice Bénichou s'avancent sur scène et saluent pour la quatrième fois, les spectateurs sont debout. Quelques instants auparavant, au (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 21 mai 2008

En mode majeur

Théâtre / Léa Drucker et Maurice Bénichou s'avancent sur scène et saluent pour la quatrième fois, les spectateurs sont debout. Quelques instants auparavant, au moment où les lumières se sont éteintes, une émotion palpable avait gagné les rangs. Certes il y a le texte de Davis Harrover, tranchant, sans concession. Certes le thème de la pièce (une jeune femme retrouve un homme avec qui elle a eu des rapports sexuels alors qu'elle avait douze ans et lui quarante) est de nature à troubler le public. Mais une simple lecture ne suffit pas à s'en convaincre. Il fallait mettre ces mots dans la bouche de Maurice Bénichou, faire jaillir cette violence de la frêle Léa Drucker pour réaliser à quel point Blackbird est une œuvre forte et subtile. Claudia Stavisky, à la mise en scène, a choisi de se conformer scrupuleusement aux descriptions données par l'auteur, la rencontre entre Una et Ray se fait donc dans une usine, dans une grande pièce encombrée de déchets où les employés ont l'habitude de déjeuner. Cette sobriété permet de laisser tout l'espace aux personnages, et de souligner l'ambiguïté de la relation qui a existé entre Una et Ray. Il l'a aimé alors qu'il n'en avait pas l

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Acteur sans alibi

SCENES | Maurice Bénichou partage avec Léa Drucker l’affiche de «Blackbird» aux Célestins et celle du «Grand Alibi» de Pascal Bonitzer au cinéma. Rencontre avec un acteur exigeant et habité par ses rôles et par son métier. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 24 avril 2008

Acteur sans alibi

Petit Bulletin : Comment avez-vous été contacté pour ce rôle dans Blackbird ? Connaissiez-vous le texte de David Harrower ? Maurice Bénichou : Je l’ai découvert à cette occasion. Léa Drucker et Claudia Stavisky m’ont demandé si je souhaitais jouer le rôle masculin, j’ai lu le texte qui m’a beaucoup plus, et j’ai accepté. C’est très simple. Qu’est-ce qui vous a intéressé ? Le personnage ? Le sujet ? La langue ? Tout. Le personnage, bien sûr, mais pas seulement. Je trouve qu’il y a une forme tout à fait remarquable, que l’on retrouve dans la traduction. Il y a une réflexion sur le langage qui est étonnante. Ce sont des gens perdus dans leurs souvenirs et dans l’impossibilité de communiquer ; il doivent attendre la fin de la pièce pour pouvoir communiquer normalement. L’argument est très simple : c’est l’histoire d’un homme qui a une vingtaine d’années de plus qu’une jeune femme. Ils se sont connus alors qu’elle avait douze ans et lui quarante, il y a eu acte de pédophilie, mais en vérité ils étaient amoureux l’un et l’autre, et on le découvre à l’occasion de leurs retrouvailles. C’est une histoire d’a

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Coupable

ECRANS | de Laetitia Masson (Fr, 1h45) avec Hélène Fillières, Jérémie Rénier, Denis Podalydès…

Dorotée Aznar | Mercredi 20 février 2008

Coupable

Après un déjà pénible Pourquoi (pas) le Brésil, c’est la chute libre pour Laetitia Masson. Dès le prégénérique, ça sent le roussi : Michel Onfray donne en voix-off un cours de philo, les personnages parlent face caméra sur un ton sentencieux d’un fait-divers auquel on ne comprend rien, Jean-Louis Murat pianote quelques mélodies pour payer ses factures… Le reste, heureusement plus linéaire, n’en est pas moins gonflant. Un riche bourgeois a été tué, sa femme sombre dans la dépression, sa jeune et opaque maîtresse jette de l’huile sur le feu, un avocat en tombe amoureux et délaisse son épouse, pendant qu’un flic solitaire rode nonchalamment autour de ce manège. Masson cherche un ton tragi-comique à ce polar des sentiments, mais n’arrive qu’à une forme arty et prétentieuse, dont on se demande sans arrêt si elle vise une quelconque vérité humaine — si c’est le cas, c’est raté. Masson se prendrait-elle alors pour Godard, comme on le redoute à la vision du film ? Caramba ! Encore raté, car Coupable moissonne de la psychologie de bazar derrière son avant-gardisme de façade, à la manière de la littérature qui encombre les rayons des libraires à

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