Lorsque l'enfant paraît : "Sofia"

Drame | de Meryem Benm’Barek (Fr-Qat, 1h20) avec Maha Alemi, Lubna Azabal, Faouzi Bensaïdi…

Vincent Raymond | Lundi 3 septembre 2018

Photo : © Memento Films Distribution


Casablanca, de nos jours. Sa famille s'apprêtant à conclure une belle transaction, Sofia se trouve mal. Conduite à l'hôpital par sa cousine, la jeune femme accouche, totalement sidérée. Mère non mariée, la voilà donc hors-la-loi ; Sofia dispose d'une journée pour présenter le père. Qui est-il ?

N'eût-il abordé que la délicate question du déni de grossesse chez les adolescentes, ce premier long-métrage sans apprêt, cru et réaliste aurait déjà mérité la vision. Mais il s'insère dans le contexte particulier de la société marocaine — un carcan où les relations sexuelles sont strictement circonscrites au mariage. Des règles férocement archaïques, modulables en fonction du niveau de revenus des contrevenants (et du montant des bakchichs qu'ils sont capables de verser aux forces de l'ordre).

Ici, l'entourage de Sofia orchestre des magouilles d'arrière-boutique non pour préserver la jeune mère de la prison, mais pour sauvegarder l'honneur familial : un scandale risquant de compromettre la juteuse affaire en tractation. Cette vénalité assortie d'une marchandisation sans vergogne des femmes s'avère d'autant plus brutale qu'elle est le fait de la mère et de la tante de Sofia, séides des règles patriarcales. Si la cousine est la seule à exprimer une parole clairement contestataire, Sofia tente d'affirmer maladroitement son individualité dans l'aliénation d'un mariage qu'elle choisit contre son clan.

Venant en complément d'autres films sur le Maghreb contemporain — tel La Belle et la Meuteou sur l'Égypte, ce long-métrage nous rappele qu'un mode de pensée binaire à l'occidentale ne suffit pas pour comprendre cette société aux contours plus flous, à bien des égards paradoxale : la liberté s'y acquiert parfois dans l'enfermement traditionnel…


Sofia

De Meryem Benm’Barek (Fr-Quat-Mar, 1h20) avec Maha Alemi, Lubna Azabal... Sofia, 20 ans, vit avec ses parents à Casablanca. Suite à un déni de grossesse, elle se retrouve dans l’illégalité en accouchant d’un bébé hors mariage. L’hôpital lui laisse 24h pour fournir les papiers du père de l’enfant avant d’alerter les autorités…
Cinéma Mourguet 15 rue Deshay Sainte-Foy-lès-Lyon
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Les délices de Casa : "Adam"

Drame | Samia erre dans la Médina, en quête d’un travail. Mais sa situation de jeune femme enceinte seule lui ferme toute les portes. Jusqu’à ce qu’elle arrive chez Abla, veuve revêche qui l’héberge à contrecœur sur l’insistance de sa fille de 8 ans. Les talents de pâtissière de Samia feront le reste…

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Les délices de Casa :

Le chemin du cœur passe par l’estomac, dit la sagesse populaire, qui n’a certes jamais dû ouvrir un manuel d’anatomie. Tout aussi absurde semble l’assertion selon laquelle la gourmandise serait transmissible par le regard… Et pourtant ! Combien nombreux sont les films qui, exaltant les plaisirs du palais, suscitent d’irrépressibles réflexes de salivation pavloviens chez leurs spectateurs ! Adam appartient à cette succulente catégorie d’œuvres où l’art culinaire sert de méta-langage entre les individus, de truchement social et sentimental ainsi que de vecteur nostalgique. Comme dans Le Festin de Babette, La Saveur des ramen ou Les Délices de Tokyo, le miracle qui se produit en bouche redonne vie à des cœurs secs ; la sensualité de la dégustation et la complicité de la préparation des mets (ici, des rz

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Soap qui peut ! : "Tel Aviv on Fire"

Le Film de la Semaine | Un apprenti scénariste palestinien peu imaginatif se fait dicter les rebondissements de la série politico-sentimentale sur laquelle il trime par un gradé israélien. Sameh Zoabi répond à l’absurdité ambiante par une comédie qui ne l’est pas moins… À hurler de réalisme et de rire.

Vincent Raymond | Mercredi 3 avril 2019

Soap qui peut ! :

Trentenaire velléitaire, Salam vient de trouver un job sur la série de propagande Tel Aviv on fire que produit son oncle. Comme il réside à Jérusalem et que le tournage s’effectue à Ramallah, il doit chaque jour passer par un checkpoint dirigé par Assi, un officier israélien qui devient conseiller occulte de la série, avant de tenter d’en infléchir la direction… Quand les larmes sont inopérantes et la colère inaudible, alors il reste l’humour. La dérision s’avère sans doute l’arme la plus efficace lorsqu’il s’agit d’aborder une situation politique verrouillée depuis des lustres, voire des siècles. À condition, évidemment de la manier avec intelligence et sans esprit partisan ; c’est-à-dire en pointant les comportements irréfléchis de chacun afin de renvoyer tous les protagonistes dos à dos plutôt que face à face, en les faisant rire ensemble de leurs travers mutuels et non les uns contre les autres — comme dans Les Aventures de Rabbi Jacob. Sameh Zoabi montre que la bêtise ne peut se prévaloir d’aucun passeport : elle adopte seulement des modulations différentes en fonction des car

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L’Italie à sa botte : "Silvio et les autres"

Bunga-Bunga | de Paolo Sorrentino (It-Fr, 2h38) avec Toni Servillo, Elena Sofia Ricci, Riccardo Scamarcio…

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

L’Italie à sa botte :

Sergio, petit escroc provincial cherche à s’attirer les faveurs de Berlusconi afin de monter en gamme dans le bizness. S’il dispose des atouts nécessaires (des jeunes femmes), il lui faut trouver la connexion idoine. Au même moment, dans sa villa, l’ex Cavaliere se prépare à revenir au pouvoir. La première séquence montre un agneau innocent entrant par mégarde dans la demeure de Berlusconi. Fatale erreur : fasciné par la télévision diffusant un jeu quelconque, il s’écroule raide, traîtreusement pétrifié par la climatisation glaciale, aussi sûrement que par une œillade de Méduse. Malheur à tous ces Icare et Sémélé ayant désiré approcher leur divinité : leur chute sera à la hauteur de leur orgueil. Cette ouverture en forme de parabole résume tellement bien le propos du film qu’on se demande, un peu inquiet, si ce qui suit peut être du même niveau. Même si Sorrentino fait une proposition intéressante en abordant Berlusconi par une périphérie canaille et envieuse, en retardant son apparition au deuxième voir troisième acte à la façon du Tartuffe

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Redrum on the dance floor : "Climax"

Le Film de la Semaine | Le réveillon d’un corps de ballet vire inexplicablement en orgie hallucinatoire et sanglante, rythmée par le tempo du DJ. Après Love, Gaspar Noé signe un nouveau film de beat ; un cocktail de survival et de transe écarlate soignant au passage la télé-réalité à la sangria arrangée.

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Redrum on the dance floor :

Chorégraphe, Selva a réuni une équipe internationale de danseurs pour son nouveau projet qu’elle achève de répéter dans une salle isolée. Après un ultime filage, la troupe s’octroie un réveillon festif sur la piste, s’enivrant de musique et de sangria. Mais après quelques verres, les convives se mettent à vriller sérieusement. Qu’y avait-il donc dans cette satanée sangria ? On achève bien les chevaux, Orange mécanique, La Mort en direct et Chorus Line (à sniffer) sont sur un parquet. Et c’est Gaspar Noé qui mène le bal, imprimant son rythme de contredanse dès une brève ouverture proleptique annonçant la boucherie finale, sur fond de générique (grandiose) à rebours. Comme un shoot de futur pour amplifier par l’excitation de l’attente l’effet obtenu par la désagrégation progressive de la mécanique artistique la plus disciplinée qui soit : une chorégraphie. Sauf que celle-ci se déroulant durant un réveillon — point d’orgue dionysiaque de tous les paganismes — est vouée à la dilacération.

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Sofiane Saidi ravive la flamme du raï

Raï | Premier album commun pour Mazalda, combo lyonnais, en compagnie du merveilleux chanteur de raï qu'est Sofiane Saidi : on se précipite à Bizarre! pour déguster cette sucrerie à l'eau de rose.

Sébastien Broquet | Mardi 3 avril 2018

Sofiane Saidi ravive la flamme du raï

Outre le fait qu'il est un magnifique compagnon de virée nocturne, Sofiane Saidi s'avère un sacré chanteur de raï dès lors que sa bouche s'approche d'un micro. Il faut conter ici qu'il a débuté tôt, traînant dans les fêtes et les mariages de Sidi Bel Abbes (où il est né) pour approcher les frères Zergui, idôles du raï d'alors. Qu'il a commencé à fouler la scène des clubs dès 15 ans, et pas n'importe où : à Oran, le berceau de cette musique canaille et romantique qui nous envoûte encore aujourd'hui même si l'on se demandait bien où était passée la relève de la star Khaled, du tant regretté Cheb Hasni, assassiné (et que Sofiane rencontra) ou encore des très électriques Raïna Raï. Fuir l'islamisme Ce qu'a bien compris la bande de Mazalda, c'est qu'avec Sofiane, il était possible de le réinventer, ce raï. Car parti à Paris à 17 ans en 1990, pour fuir le FIS et les ravages de l'extrêmisme religieux, Sofiane Saidi n'a pas perdu son temps en s'installant chez son frangin, naviguant sans relâche dans la nuit parisienne où il a un temps retrouvé la fine fleur musica

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Le conteur tourne : "Taxi Sofia" de Stephan Komandarev

ECRANS | de Stephan Komandarev (Bul-All-Mac, 1h43) avec Vassil Vassilev, Ivan Barnev, Assen Blatechki…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Le conteur tourne :

Portrait de la Bulgarie contemporaine à travers les chauffeur·se·s de taxi de Sofia, le temps d’une nuit, après que l’un d’entre eux a abattu le banquier lui extorquant de l’argent. Où l’on découvre que conduire est pour chacun·e non un pis-aller, mais une activité de complément… Avec les coiffeur·se·s, les prostitué·e·s et les prêtres, les chauffeur·se·s de taxi figurent parmi les professions les plus souvent récipiendaires des confidences de la population ; leur mobilité leur permettant de surcroît de disposer d’un échantillon sociologiquement plus varié et représentatif. Cela pour dire que l’idée initiale de ce film (cousin éloigné du Taxi Teheran de Panahi) ne manquait pas d’à-propos. Sillonner la capitale bulgare permet d’établir un saisissant kaléidoscope du pays : lycéennes se prostituant, médecin sur le point de migrer à l’Ouest, prêtre faisant des heures sup’ ou oligarques ayant profité de la fin du communisme en constituent ainsi le paysage ordinaire. Hélas, si certaines séquences atteignent une tension dramatique exceptionnelle (l’ouverture a

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Lettre de Cannes #4

Festival de Cannes 2017 | Ou comment on fête un anniversaire, et comment Nicole Kidman est devenue notre copine de festival

Christophe Chabert | Jeudi 25 mai 2017

Lettre de Cannes #4

Cher PB, hier soir, le festival de Cannes fêtait son soixante-dixième anniversaire, dans une cérémonie qui faisait des ponts entre passé, présent et je ne sais pas quoi, avec des palmés passés – dont David Lynch, prêt à présenter les premiers épisodes de la nouvelle saison de Twin Peaks que tu as déjà dû voir, petit coquinou, en streaming sur je ne sais quelle plateforme de mauvaise vie –, des palmés futurs – Sorrentino et Park Chan-wook, cette année préposés à la remise de palme au sein du jury – et des presque palmés – Pedro Almodovar, dans le rôle du cinéaste cocu mais bon joueur au milieu des ex-vainqueurs. On notait quelques absences de poids : Terrence Malick, qui pourtant n’a plus peur de montrer sa trogne en public ; les frères Dardenne, pourtant grands potes de Therry Frémaux ; Steven Soderbergh, sans doute un peu vexé que son dernier Logan Lucky est atterri piteusement au Marché du film cette année ; les frères Coen, Nuri Bilge Ceylan ou encore Lars Von Trier, dont on ne sait trop s’il est encore persona non grata au festival, ou simplement retenu par le montage de son dernier film, ou si son camping car est au garage pour réparation – va lire le d

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235th Barber Street, plus qu'un barbier, un lieu de vie

Barber Shop | Le fameux barber shop chouchou des parisiens Thomas N’Gijol et Issa Doumbia vient d’ouvrir ses portes à Lyon avec un objectif : l’ouvrir au plus grand nombre. Ambiance ricaine assurée (et assumée).

Julie Hainaut | Mardi 3 janvier 2017

235th Barber Street, plus qu'un barbier, un lieu de vie

Ce barber shop dédié aux hommes et femmes aux cheveux courts est un ovni dans le petit monde des salons de coiffure lyonnais, dont la tendance est plutôt à la discrétion (dans un appartement, séparation des clients, déco épurée, musique douce). Au 235th Barber Street, on ose. La devanture est composée de deux immenses baies vitrées où l’on voit absolument tout : des murs colorés, un colossal pilier bleu, blanc et rouge, des fauteuils de barbier rouge pétant (et confortables), des coiffeurs et barbiers stylés qui sourient, un billard imposant, un canapé bien rebondi, un bar et des chaises hautes où déguster du snacking et des cupcakes maison et un coin cosy pour jouer à la PlayStation en attendant son tour. « En voyageant aux États-Unis, nous avons adoré l’atmosphère chaleureuse et pleine de vie des barber shops que nous ne retrouvions pas toujours en Europe. Nous avions envie de créer un lieu de vie, du lien entre les client

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Super Orion bouscule le raï

Sono Mondiale | Mazalda, combo d'alternatifs ambianceurs férus de pulse afrobeat et de sono mondiale camouflée façon Sublime Frequencies, s'aventure dans un projet au nom 70's en compagnie de la voix de miel de Sofiane Saidi : ça s'appelle Super Orion et vous allez en entendre parler. Ici-même par Stéphane Cézard, leur guitariste, pour commencer.

Sébastien Broquet | Mardi 4 octobre 2016

Super Orion bouscule le raï

Mazalda : origine et influences ? Stéphane Cézard : Mazalda est un sextet qui existe depuis quinze ans, ayant endossé de nombreuses formes : orchestre de rue accoustique, groupe de scène ou exploration sonore multi-spatiale, avec depuis le début un amour des traditions populaires du monde entier. C'est nourri de ces influences multiples allant notamment du raï, des musiques traditionnelles africaines, indiennes ou européennes au rock prog, que la musique et le son unique de Mazalda sont nés. Super Orion : un projet multiple, avec des invités d’horizons divers… Il y a eu deux phases dans la construction du projet : d'abord en 2014/15, 10's Orion Raï avec le chanteur Cheb Lakhdar et le derbki (joueur de derbouka) Mohamed Ben Amar, lors de laquelle Mazalda a eu une première approche du raï avec ces deux musiciens oranais et a commencé à s'approprier les danses, les façons d'orner et d'accompagner le raï. Puis, Super Orion où Mazalda s'affranchit du répertoire de Cheb Lakhdar et élargit ses influences à la musique turque, égyptienne ou marocaine, en plaçant la

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"Chouf" : vendetta éventée

ECRANS | de Karim Dridi (Fr, 1h48) avec Sofian Khammes, Foued Nabba, Zine Darar…

Vincent Raymond | Mardi 4 octobre 2016

Son frère trafiquant ayant été assassiné dans une cité marseillaise, Sofiane abandonne ses études de commerce pour le venger. Plus à l’aise avec les chiffres que les calibres, il va gagner sa place dans le “réseau” en modernisant le bizness… Karim Dridi s’essaie à l’inépuisable “film de revanche familiale en milieu mafieux” mais souffre d’arriver après que Cronenberg, Matteo Garrone ou Stefano Sollima ont réactualisé/revitalisé le genre, et sans rien proposer d’original sur le traitement du trafic de drogue en banlieue — surtout pour qui vient de voir Divines. Sa peinture de la cité s’apparente à un chromo sur les quartiers nord : kalashnikov dans les terrains vagues, flics corrompus, mères en colère, petite amie du héros façon Kay Corleone pas ravie qu’il tombe du mauvais côté, Simon Abkarian en margoulin libanais, une séquence de

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The Bling ring

ECRANS | De Sofia Coppola (ÉU, 1h30) avec Israel Broussard, Emma Watson…

Christophe Chabert | Mardi 4 juin 2013

The Bling ring

L’accueil tiède (et à nos yeux injuste) réservé à Somewhere malgré son Lion d’or à Venise a sans doute poussé Sofia Coppola à faire profil bas avec The Bling ring, qui n’affiche aucun des atours modernistes de son film précédent. Au contraire, la cinéaste illustre le fait-divers dont elle s’inspire — quatre filles et un garçon californiens dévalisent les villas des stars qu’ils adulent — avec un minium d’effets de style. Son thème de prédilection, à savoir la fascination pour l’oisiveté et la célébrité mêlées, subi lui aussi une torsion déflationniste flagrante. Plutôt que d’épouser le regard de ses personnages, elle adopte une posture distante sinon surplombante, comme si elle tenait la chronique froide de ce qui est avant tout la répétition d’un même cérémonial. L’overdose de marques et le name dropping constant n’est plus une matière de cinéma comme auparavant, mais une observation sociologique qui tend vers un réquisitoire dont les motifs sont plutôt éculés : Internet, la presse people

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Goodbye Morocco

ECRANS | De Nadir Moknèche (Fr-Maroc, 1h40) avec Lubna Azabal, Rasha Bukvic…

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Goodbye Morocco

L’idée de départ est belle : emmener le cinéma du Maghreb vers les rivages, qu’il fréquente peu, du cinéma de genre et plus précisément du film noir. Il y a donc un cadavre qu’il faut faire disparaître et un adultère. Même l’idée, attendue, de l’exil est rapportée à l’horizon d’un destin auquel on ne peut échapper. Classique mais plutôt bien filmé, Goodbye Morocco échoue pourtant dans son objectif, la faute à un scénario extrêmement mal construit, où les allers-retours temporels et la multiplication des enjeux (l’homosexualité du personnage de Grégory Gadebois, la grève des ouvriers sur le chantier, la découverte d’un ex voto par des conservateurs de musée) ne créent que de la confusion dans le récit. Le film est écrasé par cette écriture beaucoup trop visible, notamment quand il faut dénouer des intrigues — on rit quand un flic libère un des personnages simplement parce qu’il «est propriétaire d’un cinéma». Comme si Moknèche avait confondu gravité et complexité, se perdant lui-même dans son puzzle. Christophe Chabert

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Incendies

ECRANS | De Denis Villeneuve (Canada, 2h10) avec Lubna Azabal, Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxim Gaudette...

Dorotée Aznar | Jeudi 6 janvier 2011

Incendies

Le travelling est-il encore affaire de morale ? Oui, et quand le Québécois Denis Villeneuve tourne Incendies d’après la pièce du Libanais Wajdi Mouawad, cette question le hante. Sauf que Villeneuve n’est pas un bon lecteur de Rivette. Dans cette longue odyssée retraçant les destins entrecroisés d’une femme et de ses enfants, l’une au passé, comme héroïne traversant et subissant les tourments de la guerre du Liban, les autres au présent, sur les pas de leur mère et d’un frère caché, le cinéaste cumule les fautes d’intention. Fidèle à son matériau originel, Incendies se veut une tragédie. Mais à force de chichi (cartons pompeusement stylisés, musique hors sujet) et d’une mise en scène réussissant à rendre la distance impudique, le film vire à l’épreuve. Pour son personnage principal, accablé du premier au dernier plan, et nous, forcés d’assister à cet acharnement sadique et obscène qui, recourant à un suspens ignoble, se drape évidemment du plus grand sérieux. Un calvaire pour tout le monde. JD

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Somewhere

ECRANS | Poussant jusqu’à son point limite le goût des récits minimalistes et de l’observation du silence, Sofia Coppola signe le beau portrait d’une star en stand-by professionnel et existentiel, dans un film fragile, ténu et marquant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 décembre 2010

Somewhere

La caméra fixe une route perdue au milieu de nulle part. Une voiture de sport la traverse à pleine vitesse, mais la caméra ne l’accompagne pas. Le bruit du moteur s’éloigne, puis se rapproche, et la voiture traverse une autre portion du cadre, un autre morceau de route dans le fond de l’image ; elle disparaît encore… Le son se perd, revient et le bolide passe une fois de plus au premier plan. Ce premier plan de Somewhere où un homme tourne longuement en rond, effectuant quatre fois le même parcours en temps réel, jettera d’emblée pas mal de spectateurs dans le fossé. Le cinéma de Sofia Coppola, qui avait séduit le monde entier en filmant la brève rencontre à Tokyo entre Bill Murray et Scarlett Johansson, prend depuis Marie-Antoinette le risque de ne plus se parer d’effets de mode, mais de filmer la mode sans afféterie, comme une tapisserie qui sur la durée n’exprimerait que sa propre superficialité, qui est aussi celle des êtres qui l’habitent. La vie sur un fil C’est ce qui arrive à Johnny Marco (Stephen Dorff, dans un rôle qu’on imagine proche de sa propre vie), star du cinéma d’action échouée au my

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