Robot après tous : "Yves"

ECRANS | Un rappeur en échec se retrouve propulsé au sommet grâce à l’aide de son réfrigérateur intelligent, qui va peu à peu exciter sa jalousie… Une fable contemporaine de Benoît Forgeard sur les périls imminents de l'intelligence artificielle, ou quand l’électroménager rompt le contrat de confiance. Grinçant.

Vincent Raymond | Mercredi 26 juin 2019

Photo : © Ecce Films


En galère personnelle et artistique, Jérem (William Lebghil) s'est installé chez sa feue grand-mère pour composer son album. Mentant sur sa situation, il s'inscrit pour devenir testeur d'un réfrigérateur tellement intelligent baptisé Yves qu'il va devenir son valet, son confident, son inspirateur et finalement son rival…

Mieux vaut rire, sans doute, de la menace que constituent les progrès de l'intelligence artificielle et le déploiement – l'invasion – des objets connectés dans l'espace intime. D'un rire couleur beurre rance, quand chaque jour apporte son lot "d'innovations" dans le secteur du numérique et des assistants personnels ou de l'agilité des robots androïdes. Sans virer dans le catastrophisme ni prophétiser pour demain le soulèvement des machines décrit par la saga Terminator, mais en envisageant un après-demain qui déchante lié à l'omniprésence de ces technologies ou à notre tendance à tout leur déléguer inconditionnellement.

Mister Freezer

Yves n'est certes pas le premier conte contemporain à fustiger par l'absurde le recours aux dérivatifs mécaniques et autres objets transitionnels pour adultes dépressifs en manque affectif. Seulement, si dans le porte-clé de I Love you de Marco Ferreri (1986) ou la poupée en silicone de Monique : toujours contente de Valérie Guignabodet (2002), les héros étaient captifs d'êtres inanimés n'offrant que le degré zéro de l'interaction, Yves se rapproche davantage du Hal de 2001 : L'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick (1968) par sa capacité au "deeplearning" prouvant qu'il serait capable de passer le Test de Turing haut les processeurs. Mais aussi ses interrogations métaphysiques susceptibles de le faire contrevenir aux Lois d'Asimov – le "code moral" implémenté aux robots et leur imposant de ne pas nuire à l'Humanité.

Visiblement intéressé par les sociétés partant en quenouille (voir son précédent opus, le bancal Gaz de France sorti en 2016), le réalisateur Benoît Forgeard touche ici juste en exploitant les failles du citoyen lambda et sa propension à la paresse. Son réfrigérateur devançant les désirs consuméristes, lampe d'Aladdin moderne ou cervelle d'or du conte de Daudet, appauvrit donc plus Jérem qu'il ne l'enrichit en lui volant ce qui constitue le sens de sa vie : l'aptitude à faire de la musique (et à rencontrer du succès) ainsi que l'amour de So, la statisticienne chargée de suivre le test à son domicile. Toujours aussi délibérément kitsch et arty et bien fréquenté, le cinéma de Forgeard souffre un défaut majeur : il s'offre des fins trop optimistes. Hélas…

Yves
De Benoît Forgeard (Fr, 1h47) avec William Lebghil, Doria Tillier, Philippe Katerine…


Yves

De Benoit Forgeard (2019, Fr, 1h47) avec William Lebghil, Doria Tillier...

De Benoit Forgeard (2019, Fr, 1h47) avec William Lebghil, Doria Tillier...

voir la fiche du film


Jérem s'installe dans la maison de sa mémé pour y composer son premier disque. Il y fait la rencontre de So, mystérieuse enquêtrice pour le compte de la start-up Digital Cool. Elle le persuade de prendre à l'essai Yves, un réfrigérateur intelligent, censé lui simplifier la vie…


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Aux Célestins et à l’Auditorium de Lyon, de lourds déficits

Crise Sanitaire | Certes très subventionnées, les structures culturelles en régie directe de la Ville de Lyon n’en sont pas moins fortement impactées par la crise sanitaire, car elles ne peuvent bénéficier d’aucun dispositif d’aide. Les Célestins tablent sur un déficit de 600 000€ en 2021, l’Auditorium affiche déjà un trou de 2M€ pour 2020. Toutes deux en appellent à l’État pour pallier la rupture d’égalité avec d’autres établissements aux missions similaires.

Nadja Pobel | Vendredi 12 mars 2021

Aux Célestins et à l’Auditorium de Lyon, de lourds déficits

« Même si on rouvre en mai et juin, avec une jauge dégradée d’environ 50%, fin décembre la perte de recette de billetterie du théâtre s’élèvera à 600 000€ » affirme Pierre-Yves Lenoir, co-directeur du Théâtre des Célestins. Du côté de l’Auditorium de Lyon, son homologue Aline Sam-Giao estime à un million d’euros ses pertes à la fin de l’année civile avec la même hypothèse de reprise — fatalement très aléatoire —, qui se cumuleront avec les deux millions de déficit sur 2020. Aux Célestins, le dernier exercice s’est terminé à l’équilibre notamment grâce au fonds de soutien de la Ville de Lyon ; et parce qu’ils n’avaient pas prévu de jouer dans la grande salle entre avril et

Continuer à lire

TCL : Une gratuité partielle et beaucoup de coups à peu de frais

Mobilité | À la surprise quasi générale, le Sytral (autorité organisatrice des transports de l’agglomération lyonnaise) a voté le 23 novembre dernier la mise en place de deux abonnements supplémentaires dits “solidaires“, dont l’un gratuit, destinés aux personnes disposant de faibles ressources. Une décision très politique suscitant des réactions pas forcément bienveillantes, et des divergences chez les spécialistes des mobilités urbaines…

Vincent Raymond | Mercredi 9 décembre 2020

TCL : Une gratuité partielle et beaucoup de coups à peu de frais

Bruno Bernard a donc tranché. À celles et ceux qui se demandaient encore pourquoi le nouveau président EELV de la Métropole, pourtant peu favorable au cumul des mandats chez ses colistiers, avait tant tenu à s’asseoir dans un autre fauteuil présidentiel, la réponse apparaît aujourd’hui comme doublement politique. Car il fallait bien le poids d’un élu d’importance pour infléchir la trajectoire du paquebot Sytral avant le début 2021 et son changement de gouvernance. En jeu, la question des mobilités à court et moyen termes, bien sûr, mais aussi des mesures plus immédiatement visibles et symboliques, comme cette création pour les étrennes de deux abonnements “solidaires“ sur le réseau TCL. Attribués sur strictes conditions de ressources, le “solidaire réduit“ (10€/mois) est principalement destiné aux usagers non-imposables et bénéficiaires d’une allocation Pôle Emploi ; quant au “solidaire gratuit“, il vise les personnes bénéficiaires du RSA et leurs ayants-droit.

Continuer à lire

De Gaulle à la p(l)age

Arte | Un demi-siècle après sa disparition, la figure tutélaire de la Ve République n’a pas disparu de l’horizon hexagonal. Elle se permet même d’étonnantes réapparitions spectrales via la petite lucarne…

Vincent Raymond | Mardi 10 novembre 2020

De Gaulle à la p(l)age

Un destin hors catégorie, une stature de Commandeur assortie d’un profil de médaille, complétée par une diction de tragédien du Français, le tout couronné d’un aptonyme… Charles de Gaulle avait tout bon pour continuer à vivre par-delà les mémoires et au travers des images. Pour s’en convaincre, allumez votre télévision en ce mois de novembre 2020 : commémorations obligent, votre écran reprendrait presque les couleurs murailles de l’ORTF, ressuscitant le Général droit comme une croix de Lorraine dans des montages d’archives ici, des reconstitutions là, des biopics ailleurs… Si l’on échappe au prime time avec Lambert Wilson sorti au cinéma en début de Covid (bénie soit la chronologie des médias), on a droit à la “série de prestige” commanditée par le service public pour retracer en six épisodes la geste et la gestuelle gaulliennes, De Gaulle, l’Éclat et le Secret. Une spéciale du chef, justement écrite par u

Continuer à lire

Les théâtres ouverts, mais en trompe l’œil

Rentrée Culturelle | Lyon, en zone rouge : les théâtres rouvrent de façon trompeuse avec des jauges réduites à 60%. Heureux de revoir le public, les directeurs des grande salles font le point sur ce moment fragile. Et sans date de fin.

Nadja Pobel | Jeudi 24 septembre 2020

Les théâtres ouverts, mais en trompe l’œil

Il y a les mesures visibles (les masques obligatoires, l’espacement d’un fauteuil entre différents groupes). Et ce que l'on voit moins. Tout va bien ? Pas tant que ça : « on n’avait pas envie de faire comme si rien ne s’était passé » dit Stéphane Malfettes. D’où ces « premières nécessités » que le directeur des Subs a imaginées cet été : des concerts allongés (Christina Vantzou, un membre des divins Ez3kiel…), des balades avec les Femmes de Crobatie. Gratuites ou peu chères, ces propositions sont à la portée de toutes les bourses — sous conditions de réserver fissa. Peu seront servis et « on n’a pas envie de faire toute la saison comme ça ». Tout n’est pas reporté sur cette même saison, car l’hiver est peu sûr : « c’est un cauchemar pour les artistes, surtout avec des créations » dit-il. Exit Clédat & PetitPierre et Nina Santes : « en deuxième partie de son spectacle, les gens devaient venir sur scène, on ne peut plus le faire. Elle est la première à être soulagée de ce décalage d’un an. » La crainte est grande chez les directeurs de voir la rentrée prochaine totalement encombrée. Et mêm

Continuer à lire

Liam Gallagher, Thom Yorke et Woodkid seront à Fourvière cet été

Nuits de Fourvière | À l'approche du printemps tombe le programme de l'été, du moins du côté de Fourvière dont les Nuits vont une fois de plus occuper nos soirées de juin et juillet. Revue d'effectif du casting musical de cette édition 2020, toujours enrichi du programme parallèle des Salons de musique.

Stéphane Duchêne | Mardi 10 mars 2020

Liam Gallagher, Thom Yorke et Woodkid seront à Fourvière cet été

Passer aux Salons Commençons par Les Salons de musique des Nuits, cette extension intimiste et indoor des Nuits de Fourvière chargée de proposer une sorte de contre-programmation. La chose débutera avec un énième projet de l'intenable saxophoniste Thomas de Pourquery : Von Pourquery accompagné de chœurs du Conservatoire à Rayonnement Régional (2 juillet). Suivront le trio de multi-instrumentistes Bernard Lubat, André Minvielle et Fabrice Vieira (3 juillet), le Valetti Quintetto (5 juillet) formé par le même Minvielle, Raphaël Imbert, Beer-Demander et Serge Valtetti à la création et production ; un hommage à Henri Crolla, sorte de Django Reinhardt napolitain avec Dominic Cravic, concert suivi du film Le Bonheur est pour demain avec Crolla et Higelin (7 juillet) ; le spectacle Si oui, oui, Si non, non, où le jazz rock d'Albert Marcoeur rencontre les appétences contempora

Continuer à lire

L’espion qui venait de l’asile : "Le Lion"

Comédie | Médecin en hôpital psychiatrique, Romain s’est vu confier le cas de Léo Milan, “le Lion”, un malade surexcité se disant agent secret. Quand la compagne de Romain disparaît, le Lion y voit un coup des services ennemis et accepte d’aider son toubib, à condition qu’il le fasse évader…

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

L’espion qui venait de l’asile :

Inépuisable mais loin d’être simple à réussir, le buddy movie est un genre payant lorsque sa mécanique, bien huilée, est respectée : il suffit en général d’allier deux caractères dissemblables, et plus spécifiquement d’adjoindre à un costaud sûr de lui un velléitaire ayant le tracassin (clown banc & auguste), et de les plonger dans une quête (compte à rebours, poursuite, fuite, etc.). Force est de constater que les scénaristes du duo Matt Alexander ont respecté les codes à la lettre. Et que l’association fonctionne entre Dany Boon — de plus en plus attiré par les emplois physiques — et Philippe Katerine, qui ne surexploite pas ici, à raison, son aura de Pierrot lunaire. Cavale burlesque autant que film d’action dans la lignée des Bébel-Lautner (la B.O. très blaxploitation en rajoute une jolie couche vintage années 1970), la réalisation de Ludovic Colbeau-Justin est à la hauteur de celle du Zidi de La Totale, auquel Le Lion renvoie également — et qui, on s’en souvient, inspira True Lies à

Continuer à lire

Katerine à confesse

Pop | Retour en forme olympique d'un très grand Katerine, livrant avec Confessions sa complexité évangélique comme on s'offre entièrement. Le Transbordeur est promis à la renverse.

Stéphane Duchêne | Mardi 10 décembre 2019

Katerine à confesse

Allez donc le choper, le Katerine : réalisateur what the fuck (Peau de cochon) ; clown chez Gilles Lellouche et Éric Judor, panouillant chez Claire Denis ou Jonathan Demme ; ancien roi confidentiel de l'easy-listening intronisé mangeur de banane ; chevauchant de concert avec Arielle Dombasle et Alkpote, The Herbaliser et Pink Martini ; reprenant Mélissa sur l'album de duos de Juju Clerc

Continuer à lire

YSL, entre soies

Mode | L'espace n'est pas très grand mais permet de se plonger dans les volutes de haute-couture made by Yves Saint Laurent ; l'occasion aussi d’évoquer les savoir-faire des orfèvres lyonnais du textile avec qui il a longuement collaboré.

Nadja Pobel | Mardi 19 novembre 2019

YSL, entre soies

Yves Saint Laurent fut l'un des premiers à faire porter le tailleur-pantalon aux femmes dès les années 60, mais il n'en est jamais question dans cette exposition. Et pour cause, ce vêtement nécessitait des lainages qui n’étaient pas produits à Lyon au contraire de la soierie et autres textiles transformés par les compétences de huit artisans lyonnais, sur qui repose tout le propos de ce parcours voluptueux, forcément voluptueux. Car avant même de rentrer dans la technicité de cet art de l’industrie du luxe, les 25 robes présentées sur mannequin aimantent. Toutefois, les regarder sous toutes leurs coutures ne suffit pas à en apprécier la qualité. Sur écran vidéo, chacune d’elle est montrée en mouvement lors de défilés du créateur, portées par des lianes déambulantes. Officiel de la mode Avant d’en arriver à ce moment d’éclat – toute prisonnière de la upper class que soit la haute couture, elle n’en reste pas moins de l’art – cette exposition, co-réalisée avec le musée parisien YSL, montre l’ADN du vêtement. « Les tissus sont la base de tout, ce sont eux qui

Continuer à lire

Tout est affaire de décors : "La Belle époque"

Romance | La soixantaine dépressive, méprisé par sa femme, Victor se voit proposer par un ami de son fils de vivre une expérience immersive dans des décors reconstituant l’époque de son choix. Victor choisit de replonger dans sa jeunesse, pile la semaine où il rencontra sa future épouse…

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Tout est affaire de décors :

Nicolas Bedos est-il un jeune vieux ? Si Monsieur & Madame Adelman avait dans son projet l’ambition encyclopédique d’embrasser une (double) vie, La Belle Époque — et bientôt OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire, semble-t-il — accréditent la thèse d’une nostalgie un peu paradoxale pour des années 1970 qu’il n’a pas connues. Se livrerait-on à la psychanalyse de comptoir (avec le personnage de Fanny Ardant, psy reconvertie dans le numérique, on se sent presque autorisé), qu’on y verrait comme un fantasme de résurrection de cette époque où son père, dont il est le clone, régnait au music-hall. Mais laissons cette hypothèse. À peine un « grand film malade » (pour reprendre le mot de Truffaut), plutôt un Leo McCarey mort-né, La Belle Époque agace parce qu’il tape à côté en gâchant une jolie idée. L’argument central, la “guérison amoureuse“ de Victor, se trouve en effet pollué par une sous-intrigue sentimentale déplaçant le centre de gravité vers l’égotique organisateur des reconstitutions — en clair, le metteur en

Continuer à lire

Là-haut, y a pas débat : "Debout sur la montagne"

Comédie Dramatique | Quinze après leur enfance montagnarde, trois amis se retrouvent dans leur village d’origine à l’occasion des funérailles du grand frère de l’un d’entre eux. Leurs rêves de jeunesse disloqués, ils constatent que la vie d’adulte donne plus souvent des raisons de pleurer que de rire…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Là-haut, y a pas débat :

Sébastien Betbeder a de la constance, il faut le lui reconnaître. N’aimant rien tant que les histoires de copains en quête d’une forme de retrouvailles dans un milieu plutôt hostile, le prolifique cinéaste décline son thème chéri dans tous les environnements et avec toutes les configurations possibles. Après l’île de Marie et les Naufragés, le grand Nord enneigé du Voyage au Groenland, la bourgade d’altitude constitue ici une suite logique pour le sympathique trio. Quant à la réunion entre potes, si elle est entravée par le poids d’un passé commun traumatique alourdi par les blessures intimes de chacun, son issue offre une délivrance générale façon absolution. Jonglant avec les peurs de l’enfance, les secrets enfouis, l’onirisme, le réalisme premier degré et une sorte d’humour surréaliste, Betbeder nous offre ce qui s’apparenterait à une version abrégée et suédée de Ça transposée dans les Alpes. Mais sans clown qui fait peur ni beaucoup d’intérêt malgré sa charmante troupe de comédiens. Il est peut-être temps de se renouve

Continuer à lire

Benoît Forgeard : « à force de laisser entrer les IA dans le quotidien, il va devenir de difficile de leur résister »

Yves | Quand le cinéaste montre le frigo qui fait du rap, le spectateur peut rire mais aussi s’inquiéter. Benoît Forgeard grime en comédie ses inquiétude devant l’avénement des intelligences artificielles destinées aux consommateurs superficiels.

Vincent Raymond | Mercredi 26 juin 2019

Benoît Forgeard : « à force de laisser entrer les IA dans le quotidien, il va devenir de difficile de leur résister »

Après Gaz de France, vous continuez avec un scénario racontant une sorte de fin de monde… Benoît Forgeard : Oui c’est vrai : c’est ça la définition d’apocalypse d’ailleurs : pas forcément la destruction de la planète, plutôt le début d’un nouveau monde. Comment Yves a-t-il germé dans votre esprit ? Pendant plusieurs années, je faisais des pitchs de films imaginaires pour la revue So Film, et j’avais pour habitude de les écrire de façon assez poétique, sans trop me soucier de leur faisabilité. Là, j’étais allé à une conférence sur la domotique au Collège de France ; un spécialiste parlait des IA domestiques qui allaient arriver dans les maisons, notamment de la voiture automatique de demain qui lorsqu’elle percevra l’abaissement de vos paupières, prendra le contrôle du véhicule, se mettra sur le côté et appellera un proche (rires). Quand j’ai entendu ça, je me suis dit qu’il y avait une possibilité de faire une comédie : le potentiel burlesque est important dans cette idée que les IA prennent des initiatives.

Continuer à lire

Pierre-Yves Lenoir : « nous sommes un théâtre du monde »

Théâtre des Célestins | Il a travaillé au Rond-Point, au Théâtre National de l'Odéon et tout récemment au lancement de La Scala : Pierre-Yves Lenoir est depuis le 1er mars co-directeur des Célestins, aux côtés de Claudia Stavisky. Retour sur son parcours et son projet pour la scène théâtrale majeure de l'agglomération.

Nadja Pobel | Mardi 19 mars 2019

Pierre-Yves Lenoir : « nous sommes un théâtre du monde »

Est-ce qu'en faisant l'école de commerce, l'EDHEC, vous saviez que vous travailleriez dans le milieu du théâtre ? Pierre-Yves Lenoir : Non. C'est vraiment au cours des stages dans cette école que j'ai commencé à me poser des questions sur mon adéquation avec les métiers classiques de la banque. Celui qui m'a vraiment ouvert les portes du théâtre est Daniel Benoin, qui dirigeait la Comédie de Saint-Étienne à l'époque. Ensuite, j'ai rencontré Daniel Mesguich qui dirigeait ce qui est maintenant le Théâtre du Nord, à Lille. J'ai fait un autre stage et je n'ai pas quitté ce milieu-là. Puis je suis parti à La Colline pendant cinq ans, ensuite le Rond-point huit ans, l'Odéon neuf ans et La Scala l'année dernière. Pendant longtemps ma fonction a été administrateur, en lien direct avec mes études. Mais je ne peux penser l'administration d'un théâtre en dissociation avec ce qui fait le cœur de notre activité, à savoir la programmation et les spectacles. Je me pense plutôt comme un compagnon des artistes. Mon métier est de rendre possible. Vous avez avez beaucoup travaillé avec Thomas Jolly ce

Continuer à lire

Démasquer l'art africain au Musée des Confluences

Ethnologie | Dans une scénographie sombre, millimétrée par la lumière et somptueuse, le Musée des Confluences présente une première partie du legs que lui fait un couple de collectionneurs. Approche sensitive d'un art peu montré : celui du Nigéria.

Nadja Pobel | Mercredi 13 février 2019

Démasquer l'art africain au Musée des Confluences

Preuve de sa formidable popularité, le Musée des Confluences (le premier fréquenté sur le territoire hors de Paris) va acquérir prochainement plusieurs centaines de coiffes réunies par Antoine de Galbert (exposition dès le 6 juin) et recevra à terme le legs intégral de la collection d'Yves et Ewa Develon. Pour l'instant, quarante objets ont été donnés qui, ajoutés à vingt prêts, offrent une plongée au cœur d'une terre artistique encore peu connue par les Français - ce fut une zone coloniale britannique : le Nigéria. Ce psychologue embauché dans les années 60 dans un cabinet d’ingénieurs-conseils en Côte d'Ivoire se prend d'amour pour ces objets, qu'il glane sur place ou en Europe. Il partagera sa passion avec Ewa (rencontrée et épousée en 1979), architecte polonaise, beaucoup plus effacée que lui dans ce parcours où toutefois c'est par ses recherches documentaires qu'ils sont contextualisés, sans être jamais datés précisément - tous ont été fabriqués à la fin XIXe et début XXe. Figuratif Dans les années 70, au Nigéria, les pratiques religieuses traditionnelles déclinent, favorisant la dispersion des objets d'

Continuer à lire

Pierre-Yves Lenoir arrive aux Célestins

Nomination | Pierre-Yves Lenoir rejoindra au 1er mars Claudia Stavisky à la tête du Théâtre des Célestins. Il remplace Marc Lesage, parti diriger le Tthéâtre de l'Atelier à Paris.

Nadja Pobel | Vendredi 4 janvier 2019

Pierre-Yves Lenoir arrive aux Célestins

C'est une nomination qui aura pris moins de temps que celle visant à remplacer Gwenael Morin au Théâtre du Point du Jour : Pierre-Yves Lenoir a été nommé ce 3 janvier codirecteur des Célestins. Il prendra ses fonctions le 1er mars 2019 et remplace Marc Lesage, qui avait annoncé son départ subitement début décembre. Auparavant, Pierre-Yves Lenoir a exercé des responsabilités au sein d’établissements nationaux de création artistique (La Colline, Centre National de la Danse), accompagné Jean-Michel Ribes dans la création du Théâtre du Rond-Point et a été administrateur de l’Odéon où il a travaillé aux côtés d’Olivier Py, de Luc Bondy et de Stéphane Braunschweig avant de rejoindre le théâtre La Scala à Paris en tant que directeur exécutif.

Continuer à lire

Fin de règne : "Celebration"

Documentaire | de Olivier Meyrou (Fr, 1h14) avec Yves Saint Laurent, Pierre Bergé…

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Fin de règne :

1998. À l’occasion de la Coupe du monde de football, le Stade de France accueille sur sa pelouse un défilé de plusieurs centaines de créations de Yves Saint Laurent. C’est le temps des hommages et des souvenirs pour le couturier affaibli, qui achève l’une de ses ultimes collections… En apparence centré sur un homme, ce documentaire s’intéresse à la ruche vrombissante dont Yves Saint Laurent était le cœur battant, épaulé par son associé et compagnon, l’incontournable Pierre Bergé, un gardien du temple protecteur, montrant volontiers les crocs quand il n’aboie pas. Dévoilant les coulisses de la maison, la maladie invalidante de l’artiste et la tendre complicité unissant les deux patrons, retournant également sur les traces des débuts parisiens en compagnie des “cousettes“ historiques, ce film aussi proche que respectueux fut étonnamment interdit pendant dix ans, malgré sa présentation à la Berlinale. Nullement voyeuriste, il ne montre rien de choquant ; seulement de l’élégance et de la mélancolie. En cela, il peut se considérer comme l’équivalent d’une vanité.

Continuer à lire

Thomas Lilti : « un film de boxe où on remplace les combats par les concours et les entrainements par les révisions »

Première année | "Première année" sort à la rentrée universitaire, mais aussi au moment où la PACES — Première année commune aux études de santé — et le numerus clausus sont sur la sellette. Thomas Lilti a du flair et des choses à dire…

Vincent Raymond | Dimanche 9 septembre 2018

Thomas Lilti : « un film de boxe où on remplace les combats par les concours et les entrainements par les révisions »

Votre film sort à point nommé, alors que l’on fait état d’une probable réforme de l’examen sanctionnant la première année de médecine… Thomas Lilti : Et pourtant, il y a quelques jours, j’ai fait une émission sur France Culture avec Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement Supérieur, on a évoqué la PACES mais à aucun moment elle n’a dit clairement qu’ils étaient en train d’y réfléchir. C’est assez surprenant. On se demande s’ils n’ont pas sorti du chapeau une réforme pour quelque chose qui n’a pas bougé depuis 45 ans — à part l’intégration en 2010 des étudiants en pharmacie, des sage-femmes, des kinés dans le concours, ce qui fait qu’il y a encore plus de monde. Je suis ravi qu’on parle d’une réforme. Tout le monde constate que cette première année est une catastrophe, je ne suis pas le seul. La violence des enseignements et des concours était d’ailleurs dénoncée en août dernier par Clara De Bort, une ancienne directrice d’hôpital, dans une tribune parue dans la revue Prescrire… Thomas Lilti : J’avoue qu’elle m’a échap

Continuer à lire

Toubib or not toubib ? : "Première année"

Conventionné | de Thomas Lilti (Fr, 1h32) avec Vincent Lacoste, William Lebghil, Alexandre Blazy…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Toubib or not toubib ? :

Par conformisme familial, Benjamin entre en première année de médecine où il est vite pris sous l’aile d’Antoine, un sympathique triplant acharné à réussir. Quant à l’issue du premier semestre, le nonchalant bleu se trouve mieux classé que son besogneux aîné, leurs rapports changent… Poursuivant son examen du monde médical, Thomas Lilti s’attaque concomitamment dans cette comédie acide à plusieurs gros dossiers. D’abord, ce fameux couperet du concours sanctionnant la PACES — première année commune aux études de santé — mais aussi l’incontournable question de l’inégalité profonde face aux études supérieures. La fracture sociale ne se réduit pas en médecine, bien au contraire : construite sur la sélectivité et l’excellence, cette filière est un vase-clos favorisant la reproduction des élites — et de celles et ceux en maîtrisant les codes. Enfant du sérail ayant déjà pas mal étudié la question, Lilti juge avec clairvoyance cette période plus dévastatrice qu’épanouissante pour les futurs carabins : est-il raisonnable de faire perdre la raison à des aspirants médecins ? Coupable, l’in

Continuer à lire

La Guerre des boutons, film culte-nu

Reprise | L’imminence des vacances d’été renvoie chacun à ses vertes années, emplissant l’atmosphère d’une bouffée de nostalgie et ressuscitant quelques images en (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

La Guerre des boutons, film culte-nu

L’imminence des vacances d’été renvoie chacun à ses vertes années, emplissant l’atmosphère d’une bouffée de nostalgie et ressuscitant quelques images en noir et blanc. Le moment se trouve particulièrement bien choisi pour (re)voir La Guerre des boutons. Attention, on parle ici de la deuxième et plus fameuse adaptation de Louis Pergaud : celle réalisée par Yves Robert — la première, signée Jacques Daroy, est aujourd’hui confidentielle ; quant aux suivantes, en particulier les versions “rivales“ de Yann Samuell et Christophe Barratier, disons par pudeur qu’elle s’annulent. Transposant le récit à l’époque contemporaine du tournage (1962, soit un demi-siècle après l’écriture du roman), le film n’en modifie pourtant nullement la substance, tirant profit d’un cadre ancré dans une rusticité rurale quasi-immuable — même si quelques gosses sont chaussés de Converse, preuve que le plan Marshall était arrivé au plus profond de nos campagnes. Lesté d’une cinquantaine d’années supplémentaires, il a même gagné une patine patrimoniale le rapprochant davantage de XIXe siècle da

Continuer à lire

Viens pas chez moi, j’habite avec une copine : "Ami-ami"

Comédie | Vaste famille ayant donné naissance au meilleur (L’Auberge espagnole) comme au pire (Five), la comédie-de-colocation-entre-potes s’enrichit d’un nouveau (...)

Vincent Raymond | Mercredi 17 janvier 2018

Viens pas chez moi, j’habite avec une copine :

Vaste famille ayant donné naissance au meilleur (L’Auberge espagnole) comme au pire (Five), la comédie-de-colocation-entre-potes s’enrichit d’un nouveau rejeton tentant le vaudeville contemporain sans pour autant recourir à la grivoiserie. Louable effort compensant les maladresses d’usage d’un premier film alternant potacherie classique et audaces scénaristiques. Le cœur brise par son ex-, le “héros” de ce badinage s’installe avec sa meilleure copine, en tout bien tout honneur. Une nouvelle histoire d’amour lui cause un double embarras : il n’ose avouer à sa conquête qu’il “vit“ avec une amie, laquelle se montre plus que jalouse : possessive. Si le côté “Guerre des Rose” avec saccage majuscule de l’appartement sent le réchauffé, reconnaissons que le réalisateur Victor Saint Macary surprend en renversant une situation très convenue : ici, ce n’est plus le mec qui rompt un pacte d’amitié homme-femme et en détruit l’harmonie mais bien l’amie éconduite — sortir du schéma du mâle forcément prédateur a d’ailleurs pour effet de désorienter cert

Continuer à lire

Variable à orageux : "Un beau soleil intérieur" de Claire Denis

ECRANS | de Claire Denis (Fr, 1h34) avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Philippe Katerine…

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

Variable à orageux :

Isabelle, parisienne à la quarantaine flamboyante, traverse une mauvaise passe sentimentalement parlant. Les hommes ne manquent pourtant pas dans sa vie : un amant balourd, son ex mesquin, un jeune comédien qui boit trop, un voisin fantasque. Mais aucun ne ranime sa petite flamme… Tout musicien qui se respecte éprouve, en présence d’un stradivarius, la nécessité de le faire vibrer entre ses doigts. Juliette Binoche est de ce bois dont les instruments d’exception sont faits : une source d’inspiration, de vie et de naturel à même de sauver bien des scripts défaillants ; un sauf-conduit pour film sans centre de gravité. Un beau soleil intérieur ne tient que sur (et grâce à) elle : Claire Denis se contente de la filmer dans tous ses états (une aubaine), chopant forcément des instants magiques de vérité au milieu d’un océan de pas grand chose. C’est moins ouvragé que lorsque Sautet façonnait du sur-mesure pour Romy Schneider. Le pompon du WTF revient au face-à-face final avec Depardieu jo

Continuer à lire

"Cherchez la femme" de Sou Abadi : cachez ce film qu’on ne saurait voir

ECRANS | de Sou Abadi (Fr, 1h28) avec Félix Moati, Camélia Jordana, William Lebghil…

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

Anne Alvaro est, décidément, une immense comédienne que son talent préserve de l’adversité — c’est-à-dire des pires des naufrages cinématographiques. Sa confondante interprétation d’une militante iranienne (accent inclus) réfugiée dans le XVIe arrondissement lui vaut de sortir sans dommage de cette épouvantable comédie sentimentale. Elle est bien la seule. La réalisatrice, par exemple, manque son coche dans ce mariage entre romance et critique sociale humoristique. Pas du fait d’une hybridation hasardeuse, ni du thème puisque l’on peut rire de tout, si c’est fait avec intelligence et talent. Car hélas, le choix d’un sujet brûlant n’exonère pas un auteur de maladresse ni de naïveté. Sou Abadi raconte ici le stratagème trouvé par un étudiant désirant continuer à voir sa copine enfermée chez elle par son grand frère revenu radicalisé d’un camp : il se couvre d’une burqa et se fait passer pour une femme. Quiproquos à l’ancienne, situations balourdes, personnage de fondamentalistes d’une bêtise profonde…

Continuer à lire

Pierre De Maria : vie et œuvre des machines

Peinture | La galerie Descours consacre une exposition monographique au peintre méconnu Pierre De Maria, et à son univers atypique peuplé de "monstres" mi-organiques mi-mécaniques.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 11 avril 2017

Pierre De Maria : vie et œuvre des machines

Fils unique issu d'une famille très fortunée, Pierre De Maria (1896-1984) coule une enfance tranquille à Paris. Les De Maria possèdent l'une des rares industries produisant des appareils d'optique pour la photographie et la cinématographie. À dix-huit ans, la fleur au fusil, il s'engage dans l'armée et est envoyé au front comme artilleur. Il traversera la Première guerre mondiale sans blessure, mais non sans trauma psychique : « Je me suis engagé en 1914 par goût du spectacle rare. Celui-ci fut long et atroce mais j’ai appris l’amour des paysages calcinés, des monstres de fer et d’acier crachant du feu » déclare-t-il dans un entretien en 1980. Le monde industriel, la guerre et ses machines à tuer marqueront durablement Pierre De Maria et trouveront bientôt une place essentielle dans son œuvre picturale. À l'ombre des surréalistes Au retour du front, Pierre De Maria travaille comme peintre décorateur, retrouve sa vie de dandy, se lie d'amitié avec Henri-Pierre Roché, l'auteur du roman Jules et Jim. Il fré

Continuer à lire

Alexandre Hollan : Là où le temps dort...

Peinture | Depuis le début des années 1980, Alexandre Hollan peint et dessine uniquement des arbres et des natures mortes. Même s'il tira les leçons essentielles de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 mars 2017

Alexandre Hollan : Là où le temps dort...

Depuis le début des années 1980, Alexandre Hollan peint et dessine uniquement des arbres et des natures mortes. Même s'il tira les leçons essentielles de l'abstraction, l'artiste né en 1933 a toujours besoin de partir d'images : « Sans images, c'est trop abstrait. Ces images se forment dans la nature : arbres, fruits, chemins, maisons... Elles habitent les brumes, les collines, la lumière du soir des garrigues, et aussi les lieux fermés, l'usure, l'oubli. Elles habitent des endroits où le temps dort. » Son œuvre tente d'extraire ces visibilités tapies dans l'oubli et les replis du temps, et de nous donner à voir notre rapport essentiel (sensible et poétique) avec les "choses". L'artiste présente un ensemble de dessins et de peintures à la galerie Pome Turbil (jusqu'au 29 avril) et sera présent à la Bibliothèque Denis Diderot de l'École Normale Supérieure Lettres (le jeudi 30 mars de 17h à 19h) pour une rencontre autour du livre que lui consacra le poète

Continuer à lire

"M. & Mme Adelman" : un ego trip visant à côté

ECRANS | M. & Mme Adelman a une ambition qui va au-delà des a priori existants sur l’ex-miss météo et l’ex-chroniqueur tête à claques. S’inspirant ouvertement de (...)

Julien Homère | Mardi 14 mars 2017

M. & Mme Adelman a une ambition qui va au-delà des a priori existants sur l’ex-miss météo et l’ex-chroniqueur tête à claques. S’inspirant ouvertement de Citizen Kane, le film est un flashback fleuve, retraçant l’histoire d’amour entre Sarah Adelman et son mari décédé. Relecture des années 1970, ce long souvenir narré formule le seul atout de l’œuvre où les performances d’acteurs sont crédibles et le romantisme s’assume à travers une dramaturgie maîtrisée. Mais les défauts sur les scènes au temps présent trahissent cette note d’intention originelle. Au rayon des maladresses grossières, citons Jack Lang dans son propre rôle, lien ridicule malgré lui avec le réel et le twist final déplacé, sapant toute émotion post-générique. Se rêvant grands dés leur premier essai, Bedos et Tillier visent à côté, pris au piège par leurs citations écrasantes. M. & Mme Adelman De Nicolas Bedos (Fr, 2h) avec Nicolas Bedos, Doria Tillier, Pierre Arditi…

Continuer à lire

Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Entretien | Difficile de condenser en deux heures toute la seconde moitié du XXe siècle français en miroir avec les sentiments d’un couple d’écrivains : c’est pourtant ce qu’ont tenté Nicolas Bedos et son actrice/coscénariste Doria Tillier. Réponses et références seventies des intéressés.

Julien Homère | Mercredi 15 mars 2017

Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Est-ce que l’époque du film était déjà plantée dés l’écriture ? Doria Tillier : On s’est très vite arrêtés sur les années 1970. On les aime visuellement, humoristiquement et intellectuellement, avec l’état d’esprit dans lequel les personnages sont au début : la liberté, Beauvoir, Sartre, le quartier latin… Je trouvais cool que le film finisse aujourd’hui et pas en 2000 ou 2025. Cet univers correspondait naturellement aux personnages, et on ne s’est pas posé vraiment la question. Votre premier désir de cinéma découle-t-il de cette période historique ? Nicolas Bedos : Plus du côté des années 1990. Comme beaucoup de gens de ma génération, on s’était pris Tarantino, Kassovitz et Wong Kar-wai. Il y avait beaucoup de cinéastes dans des genres très différents à cette époque. C’était le début des grands formalistes américains comme Paul Thomas Anderson ou David Fincher

Continuer à lire

"Hibou" : le style Dupieux se devine à chaque recoin

ECRANS | Un film de & avec Ramzy Bedia (Fr, 1h23) avec également Élodie Bouchez, Etienne Chicot, Philippe Katerine…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Si vous avez vu Frank (2015) de Lenny Abrahamson, portrait du leader d’un groupe de rock recouvrant sa tête d’une sphère pour parvenir à affronter le monde extérieur ; si vous avez lu/vu La Moustache (2005) d’Emmanuel Carrère, l’histoire d’un malheureux qui, après avoir rasé son attribut pileux, constate avec effroi que personne ne remarque la différence, et finit par s’interroger sur sa propre existence, alors vous pouvez faire l’impasse sur Hibou racontant comment un type ignoré par tous soigne sa self-estime en enfilant un costume de grand-duc — l’oiseau, pas l’artisto. Le style de Quentin Dupieux, dont Ramzy Bedia

Continuer à lire

Yves Belmont (DRAC) : « On n'a jamais autant construit qu'au XXe siècle »

Patrimoine | Que reste-t-il de ce XXe siècle déjà passé que nous avons tous connu ? Réponses avec Yves Belmont, tout juste à la retraite de son poste de conseiller pour l'architecture à la DRAC Rhône-Alpes et pilote du label Patrimoine du XXe siècle.

Nadja Pobel | Mercredi 6 juillet 2016

Yves Belmont (DRAC) : « On n'a jamais autant construit qu'au XXe siècle »

Le label Patrimoine XXe siècle a été créé à la suite d'une circulaire gouvernementale en 2001. Quel était l'objectif ? Yves Belmont : À l'époque, on avait attribué au ministère de la Culture la compétence architecture qui relevait avant du ministère de l’Équipement. On a découvert, le millénaire aidant, que l'on pouvait mettre les architectes et les conservateurs du patrimoine autour de la table et que le patrimoine du XXe siècle était leur bien commun. Les bâtiments du XXe ne sont pas forcément "remarquables" ? À quoi les reconnaît-on ? Quels sont les grands marqueurs qui les identifient ? On n'a jamais construit autant que depuis la révolution industrielle. La quantité de bâtis n'a jamais été aussi importante. Pour ce qui est de la composition de l'habitat, il y a peu de prétention au XXe. Quelques personnes s'offrent une maison chic par amour de l'art et parce qu'ils ont de l'argent, mais socialement parlant, ça représente peu de choses. Ensuite, il y a les édifices publics mais il y en a peu. Si vous regardez par le passé, à l'époque gothique par exemple, vous faites une cathédrale, une église par con

Continuer à lire

Lyon BD Festival : le plein de super

Bande Dessinée | Pendant que l’immense machine angoumoisine se prend bide sur bide, au grand dam des auteurs et du public, Lyon BD Festival continue de se muscler. Une décennie seulement après sa création, l’incontournable rendez-vous lyonnais est devenu plus fécond que jamais.

Vincent Raymond | Mercredi 1 juin 2016

Lyon BD Festival : le plein de super

Les plus de 200 illustrateurs, scénaristes et coloristes attendus cette année au Lyon BD Festival savent bien qu’ils n’auront pas à apposer leur signature jusqu’à épuisement sur des albums, ni à pester contre les remises de prix. Choyés par une équipe noyautée depuis l’origine par des consœurs et confrères lyonnais (ça aide), nombre d’entre eux sont des habitués. Certains ont même été sollicités pour co-construire l’événement en participant aux projets ou créations présentés durant le week-end. Ainsi, Obion montrera le fruit de sa résidence au musée Gallo-romain (qu’il publie en album), des auteurs français et espagnols se rencontreront et se raconteront dans l’exposition Influences croisées, quand Jimmy Beaulieu, Rubén Pellejero ou Jean-Yves Mitton croqueront des œuvres au Musée des Beaux-Arts… Entre deux spectacles (Lincoln sur scène) ou BD-concerts (Boulet et Inglenook), Lyon BD initie à nouveau une grande exposition avec la complicité du scénariste JC Deveney. Après la question de la parité en BD (Héroïnes), le festival célèbre les super-héros à travers les éditions Lug, décisives dans l’essor des comics Marvel en France. Le panorama proposé retra

Continuer à lire

Yves de Mey réveille l'ambient

MUSIQUES | Sound designer rare et discret, Yves de Mey nous ramène vers les belles heures de l’electronica de la seconde moitié des années 90, lorsque Sub Rosa et (...)

Sébastien Broquet | Mardi 19 janvier 2016

Yves de Mey réveille l'ambient

Sound designer rare et discret, Yves de Mey nous ramène vers les belles heures de l’electronica de la seconde moitié des années 90, lorsque Sub Rosa et Mille Plateaux étaient les labels à suivre absolument et que Black Sifichi mêlait King Tubby et Scorn dans ses émissions de radio. Si le genre s’est évanouit par trop d’inconstance, ce producteur belge basé à Anvers, programmé par le Périscope dans le cadre de sa soirée Less is Techno lui redonne une ardeur nouvelle : de l’ambient post-industriel jusqu’à l’electronica la plus éthérée, les influences se mêlent et se croisent en deux même points de fusion : le dark, et l’imaginaire. C’est une musique faite pour les catacombes et les souterrains, pour les méandres et l’écho des cavernes, construite de notes hésitantes qui grandissent au fil de la partition, prennent soudain tout l’espace avant de se fondre dans un environnement sonore brumeux où l’ambiance et l’atmosphère comptent bien plus que la mélodie ou l’éventuel beat - lequel est quasi absent. Evidemment, Yves De Mey compose pour des chorégraphes, troupes de théâtre ou des cinéastes, ce qui semble l’écosystème naturel de son uni

Continuer à lire

Gaz de France

ECRANS | De et avec Benoît Forgeard (Fr, 1h26) avec Olivier Rabourdin, Philippe Katerine, Alka Balbir…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Gaz de France

À l’image de son auteur-interprète Benoît Forgeard ou de son comédien principal Philippe Katerine (qui vont jusqu’à l’incarner à la ville dans leur esthétique vestimentaire et leur art de vivre kitsch-vintage), Gaz de France cultive un ton décalé épris de nonsense. Une sorte de burlesque froid et languide, dont les effets comiques naissent d’une improbable combinaison entre l’absurde, le contemplatif et le bavard musical. Pas tout à fait ratée, ni vraiment réussie, cette farce auteuriste et bariolée empruntant à la politique-(science)-fiction use de diverses stratégies pour compenser un budget qu’on suppose étriqué. Les décors, d’abord, sans doute voulus comme arty, design et épurés ; hélas, ils trahissent plutôt le carton-pâte fauché. Reste la distribution, solide, rehaussée par la présence magnétique d’Alka Balbir. Voilà en l’occurrence un procédé aussi déloyal que pervers, puisqu’il vise à obtenir notre libidineuse et concupiscente indulgence. Nous ne sommes pas dupes… *soupir*

Continuer à lire

Le Théâtre des Marronniers fête 30 ans de bourgeonnement

SCENES | À quelques mètres du lieu où ont débuté les illustres Roger Planchon et Marcel Maréchal, le Théâtre des Marronniers a pris racine. A l'occasion du trentième anniversaire de cette salle dédiée à l'émergence, son directeur, Yves Pignard, revient avec nous sur son histoire. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 1 décembre 2015

Le Théâtre des Marronniers fête 30 ans de bourgeonnement

Ils étaient au 3 bis. Lui est situé au 7. Mais l’histoire du Théâtre des Marronniers est indubitablement liée à celle de Roger Planchon et Marcel Maréchal qui, de 1953 à 1957 avec son Théâtre de la Comédie pour le premier, et de 1960 à 1968 avec son Théâtre du Cothurne pour le second, ont écrit une page majeure de l’histoire scénique. Désormais, se trouve là une des sorties du CNP Bellecour. Mais quand le comédien Daniel-Claude Poyet décide, dans les années 80, de quitter la troupe de la Criée de Marseille (que dirige alors Marcel Maréchal, justement) pour revenir dans sa ville, et trouve un local (en fait ancien atelier de couture) à louer au 7 rue des Marronniers, il y voit le signe que le théâtre doit à nouveau être au cœur de ce secteur longtemps dédié à la jeunesse. En effet, la SEPR (Société d’Enseignement Professionnel du Rhône) y a installé son siège social à la fin du XIXe siècle et y a dispensé des cours jusqu’en 1978. Il a parallèlement vu naître, en 1944, à l’instigation d’André Philip (grand-père de l’actuel maire du 3e arrondissement), la République des Jeunes, préfiguration de la Fédération Française des MJC qui verra le jour quat

Continuer à lire

Le Point du Jour fermé

SCENES | Le Théâtre du Point du Jour (Lyon 5e) nous fait savoir ce jeudi 19 novembre après-midi que, pour une raison encore inconnue, le lieu est fermé pour le (...)

Nadja Pobel | Jeudi 19 novembre 2015

Le Point du Jour fermé

Le Théâtre du Point du Jour (Lyon 5e) nous fait savoir ce jeudi 19 novembre après-midi que, pour une raison encore inconnue, le lieu est fermé pour le moment et qu'aucune date de réouverture n'a été arrêtée. Depuis septembre (et en théorie jusqu'à décembre), le comédien Yves-Noël Genod y donnait des Leçons de théâtre et de ténèbres en huit épisodes. Le cinquième était en cours.

Continuer à lire

L'ennuyeuse leçon de théâtre d'Yves-Noël Genod

SCENES | De quoi le Point du Jour est-il le nom ? Depuis cet hiver et la présentation d'un Soulier de satin découpé en quatre morceaux par le Collectif X, (...)

Nadja Pobel | Mardi 6 octobre 2015

L'ennuyeuse leçon de théâtre d'Yves-Noël Genod

De quoi le Point du Jour est-il le nom ? Depuis cet hiver et la présentation d'un Soulier de satin découpé en quatre morceaux par le Collectif X, ce théâtre perché sur la colline qui prie désarçonne et, pour tout dire, ne nous séduit plus. Quoiqu'on pense de l'esthétique (ou plutôt de son absence) de Gwenaël Morin, ses séries consacrées à Tchekhov, Molière ou Shakespeare ont eu le mérite de livrer des classiques sur un plateau, remplissant presque une mission de service public. Cet automne, place à Yves-Noël Genod qui décline une semaine sur deux des Leçons de théâtre et de ténèbres. Le premier volet nous a échappé. Il était, selon le metteur en scène, «plus théâtral» que celui-ci, très performatif. Et de nous prévenir : «Ça dure 1h45 mais on voit le temps passer. C'est une expérience de l'éternité.» Étonnante promesse derrière laquelle ne se cache que de l'ennui. Pourtant, on ne peut pas enlever à Genod son courage de tenter des

Continuer à lire

Yves-Noël Genod, de permanence au Point du Jour

SCENES | C’est un pari et un appel à la curiosité : «Venez nous voir !». Oui mais voir quoi ? Du théâtre permanent. Depuis le 1er janvier 2013 (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Yves-Noël Genod, de permanence au Point du Jour

C’est un pari et un appel à la curiosité : «Venez nous voir !». Oui mais voir quoi ? Du théâtre permanent. Depuis le 1er janvier 2013 (et jusqu’à fin décembre 2016 a minima), Gwenaël Morin poursuit cette expérience largement développée à Aubervilliers qui, si elle est incompatible avec bons nombres de compagnies, a le mérite d'inventer un théâtre du quotidien, tout en proposant une autre forme d’accueil du public : sans réservation et à 5€ la place. Lui-même l'a pratiqué avec Molière, Tchekhov ou Shakespeare, avant de convier le Collectif X pour quatre journées du Soulier de satin sur quatre mois. Hardcore. Cet automne, c’est le comédien et metteur en scène Yves-Noël Genod qui, une semaine sur deux, va dérouler huit épisodes d’un même mouvement théâtral. Son contenu ? Lui-même ne le connait pas vraiment, si ce n’est que Baudelaire et des dramaturges passeront par là, souvent dits dans le noir par dix à trente comédiens qui travailleront dans l’urgence. Car ce qu’aime Yves-Noël Genod, c’est «ouvrir la perception du public», rappelant qu’étymologiquement, le théâtr

Continuer à lire

Le printemps du MAMC de Saint-Etienne

ARTS | Nouvelle déferlante d'expositions à Saint-Étienne. Le musée d'art moderne et contemporain expose pas moins de cinq artistes, du post-modernisme baroque de la coréenne Lee Bul aux belles photographies de ruines industrielles de Massimiliano Camellini. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 avril 2015

Le printemps du MAMC de Saint-Etienne

Une fois encore, on ne saurait trop vous conseiller d'aller à Saint-Étienne au MAMC, découvrir son nouveau bouquet printanier d'expositions hétéroclites. L'invitée de marque y est cette fois-ci la Coréenne Lee Bul (née à Séoul en 1964), ancienne performeuse qui présente à la fois un grand nombre de dessins et plusieurs installations-sculptures de dimensions importantes. Cette artiste férue d'architecture constructiviste et de science-fiction se révèle assez géniale dans sa faculté à créer des œuvres anachroniques, entremêlant le passé le plus traditionnel au futurisme le plus débridé. Les cyborgs croisent ici les chamans, les rubans d'autoroute luttent contre l'entropie de roches antédiluviennes, les grottes paléolithiques s'hybrident à des carénages aérospatiaux... Autant d'œuvres littéralement "monstres" et baroques, où le visiteur peut parfois s'engouffrer, et qui mettent sans cesse sous tension le réel et l'imaginaire, le mythe ancien et le mythe futuriste, le projet technologique et sa propre ruine. Paysages de l'âme Ce télescopage des temporalités se retrouve dans deux très belles séries de photographies autour du thème des ruines

Continuer à lire

Hors Cadre : l’écrit, l’écran et l’écrin

CONNAITRE | Chaque année, Hors Cadre — qui se déroulera du 3 au 5 avril au cinéma Gérard Philipe de Vénissieux — célèbre les noces de la littérature et du cinéma, que ce soit à (...)

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Hors Cadre : l’écrit, l’écran et l’écrin

Chaque année, Hors Cadre — qui se déroulera du 3 au 5 avril au cinéma Gérard Philipe de Vénissieux — célèbre les noces de la littérature et du cinéma, que ce soit à travers des adaptations ou des évocations de romanciers, poètes et dramaturges. Cette édition 2015 débutera par l’avant-première de L’Astragale de Brigitte Sy tiré du roman d’Albertine Sarrazin, et se poursuivra avec celle de Pourquoi j’ai pas mangé mon père, le long et coûteux projet en motion capture de Jamel Debbouze, mais aussi par les reprises d’Anton Tchekhov 1890 de René Féret et du Pasolini d’Abel Ferrara — tous deux plutôt décevants. La soirée la plus excitante reste celle consacrée à Pierre Soletti, poète en résidence actuellement à Vénissieux, à qui est offerte une carte blanche où il lira des extraits des Rois ambulants d’Yves Martin, ode au cinéma pornographique, et où il présentera Laura, maître film d’Otto Preminger et écrin sublime pour Gene Tierney, fantô

Continuer à lire

Boucherie fine

ACTUS | Yves-Marie Le Bourdonnec, surnommé le "boucher star", devient vedette de cinéma dans "Steak (R)évolution", documentaire de Franck Ribière qui fait le tour de la planète à la recherche du "meilleur steak du monde". Ou comment le plaisir de la viande se conjugue avec une démarche éco-responsable… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Boucherie fine

Il squatte plateaux télé et émissions de radio ; on voit régulièrement sa tronche dans les magazines ; on s’est même inspiré de lui pour un roman (Comme une bête, signé Joy Sorman). Cette semaine, Yves-Marie Le Bourdonnec va franchir une étape supplémentaire dans sa starisation : il est le héros d’un film appelé Steak (R)évolution, réalisé par Frank Ribière, que l’on connaissait jusque-là pour ses activités de producteur et distributeur des films d’Alex De La Iglesia, ainsi qu’une malheureuse tentative pour faire renaître une tradition du cinéma de genre en France. Le Bourdonnec, pourtant, n’est ni acteur, ni chanteur, ni vedette de la télé-réalité ; il est boucher. Pas n’importe quel boucher : un boucher révolutionnaire, décidé à redonner ses lettres de noblesse à son art et, surtout, à transformer en profondeur l’approche française de la viande, de sa production à sa consommation. Ce qui lui a valu sa réputation ? La maturation. Mais ce n’est que l’aboutissement d’une démarche globale mêlant plaisir du goût et responsabilité écologique et économique. Son credo : «L’histoire de la viande, c’est l’histoire d’un paysage, c’

Continuer à lire

Steak (R)évolution

ECRANS | De Franck Ribière (Fr, 2h10) documentaire

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Steak (R)évolution

Le projet peut paraître gonzo, mais il est plus malin qu’il n’y paraît : Franck Ribière, qui a grandi dans une famille d’éleveurs, en a gardé une passion pour la viande de bœuf, et décide de partir caméra au poing à la recherche du meilleur steak du monde. Un itinéraire qui l’emmène de l’Amérique au Japon, de l’Argentine au Brésil, de l’Italie à l’Espagne, soit autant de rencontres avec des éleveurs, des bouchers et des chefs pour qui la viande est une affaire sérieuse qui nécessite du temps, de l’amour et une véritable philosophie. Avec le boucher Yves-Marie Le Bourdonnec comme guide éclairé, Ribière accouche d’un film dont la plus grande qualité est d’être autant pédagogique que joyeux, instructif que festif. Pas question de s’apitoyer sur quoi que ce soit, ni de dénoncer ceux qui font mal leur boulot — même si on voit apparaître en transparence le spectre d’un fiasco de l’agriculture industrielle ; ici, il s’agit d’affirmer le plaisir d’une viande de qualité, produite selon des méthodes respectueuses des écosystèmes et des paysages. Et surtout d’y goûter : les instants de dégustation vont faire saliver même le plus ardent des vegans sans pour autant l

Continuer à lire

La Guillotière fait le pont

CONNAITRE | La place du Pont. Même si son nom désigne surtout le pont du Rhône qui s’est longtemps étendu jusque-là, avant d’être raccourci au quai Augagneur, elle est aussi, (...)

Nadja Pobel | Mardi 16 septembre 2014

La Guillotière fait le pont

La place du Pont. Même si son nom désigne surtout le pont du Rhône qui s’est longtemps étendu jusque-là, avant d’être raccourci au quai Augagneur, elle est aussi, justement, un pont jeté par-dessus la Méditerranée, entre la France et l’Algérie. Bien qu'installée deux fleuves plus loin, la Maison des passages s’attache depuis 2008 à tisser des liens entre ces deux pays à l’histoire si commune et parfois mortelle. Et c’est pour que ce passé, enterré en France et trop réécrit par l’Etat en Algérie, soit dit sans déchaînements passionnels (et à l’abri des célébrations musclées des footballistiques France-Algérie) qu'elle organise expositions et conférences jusqu'au 27 septembre en divers endroits du quartier de la Guillotière, dont le centre social Bonnefoi. Outre les photos d’Yves Neyrolles, qui rendent compte de ses métamorphoses (elles sont présentées dans trois lieux du 7e), on notera la tenue, le 25 septembre au théâtre de l’Elysée, d'un débat au cours duquel les historiens Marc André et Julien Hage disserteront de ce carrefour de cultures, véritable «champ de bataille de la Guerre d’indépendance» à leurs yeux. De quoi tenter d’apaiser des b

Continuer à lire

Tom à la ferme

ECRANS | Même s’il affirme une sobriété inédite dans sa mise en scène, Xavier Dolan échoue dans ce quatrième film à dépasser le stade de la dénonciation grossière d’une homophobie rurale dont il se fait la victime un peu trop consentante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

Tom à la ferme

Un discours d’adieu écrit à la peinture bleue sur du papier cul, une reprise des Moulins de mon cœur de Michel Legrand, une crise d’hystérie en bord de route : Tom à la ferme démarre en caricature du cinéma de Xavier Dolan, mélange d’immaturité et de pose qui nous l’a d’abord rendu insupportable, avant qu’il ne réussisse à en extraire d’authentiques fragments de sidération dans son beau quoiqu’inégal Laurence anyways. Surprise ensuite : le film adopte une sobriété inattendue pour raconter l’arrivée de Tom (Dolan lui-même) dans la ferme familiale de son ancien compagnon décédé. La musique de Gabriel Yared, le climat lourd de menaces et quelques clins d’œil appuyés lorgnent vers le thriller à la Hitchcock, mais la peinture de cette famille hypocrite et sadique rappelle plutôt le cinéma de Chabrol, Que la bête meure en premier lieu. Dolan brouille ainsi les motifs qui conduisent Tom à s’éterniser sur les lieux du "crime" — désir de vengeance ? Volonté de témoignage ? Attirance-répulsion envers ses hôtes, et notamment le frère bruta

Continuer à lire

Yves Saint Laurent

ECRANS | De Jalil Lespert (Fr, 1h40) avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon…

Christophe Chabert | Lundi 6 janvier 2014

Yves Saint Laurent

Énième bio filmée d’une figure patrimoniale et contemporaine de l’Hexagone, ce Yves Saint Laurent en accumule les défauts jusqu’au désastre intégral. Dès le premier plan sur Pierre Niney en YSL, avec faux nez et diction maniérée, le carnaval façon Patrick Sébastien commence ; le comédien imite mais n’interprète jamais son modèle, dans une quête de réalisme vaine car elle ne fait qu’en souligner les artifices. Idem pour le pénible défilé qui consiste à présenter chaque personnalité célèbre par son nom et son prénom dès son entrée en scène — seul un faux Andy Warhol perruqué et gesticulant en prenant des photos n’aura droit qu’à un cameo muet et anonyme —, convention de mauvais scénariste raccord avec un dialogue qui accumule les grandes sentences et nie toute quotidienneté aux personnages. Le film baigne ainsi dans une imagerie de reconstitution paresseuse, clichés visuels d’un côté — l’Algérie coloniale, les clubs de jazz — anachronismes ridicules de l’autre — le défilé de 1971 sur de l’électro-pop ! Même la narration est bâclée, notamment l’intro qui hésite entre chronologie et flashback méditatif avec voix-off, sans parler d’une fin qui accélère les événements pour ten

Continuer à lire

Le scandale YSL

ARTS | Quand, le 29 janvier 1971, Yves Saint Laurent présente la robe ci-dessuslors d’un défilé d’une collection consacrée aux années 40, le scandale éclate : de l'avis (...)

Nadja Pobel | Mardi 17 décembre 2013

Le scandale YSL

Quand, le 29 janvier 1971, Yves Saint Laurent présente la robe ci-dessuslors d’un défilé d’une collection consacrée aux années 40, le scandale éclate : de l'avis général, il est encore trop tôt pour transformer en luxe des souvenirs douloureux. A l'époque, le couturier n’est pourtant pas un débutant. Il est même adulé par tout son milieu. Mais voilà que les chroniqueurs de mode l’accusent d’avoir présenté la collection «la plus laide de Paris». L’objet du délit : avoir utilisé les codes des années sombres. La robe en question est ainsi confectionnée à partir de tissus artificiels, ceux utilisés sous l’Occupation faute de mieux, près du corps (une contrainte liée à la pénurie et donc à l'impossibilité de rassembler de quoi tisser des vêtements amples), épaulée et assortie de chaussures à talons compensés et d’un turban dans les cheveux. Elle signe aussi un retour en arrière pour Saint Laurent, qui avait su mettre des pantalons aux femmes dans les années 60. Mais plus que pour ses fautes de goût, le couturier est vilipendé pour avoir commis «une faute sexuelle, morale, politique. Les images de ces Françaises qui avaient couché avec les Allemands sous l

Continuer à lire

Hughie et les fantômes de la nuit

SCENES | À New York, en pleine nuit, à l’étroit dans un hall d’hôtel, l’un parle et l’autre écoute. Jean-Yves Ruf met en scène "Hughie", texte plus complexe que son résumé ne pourrait le faire croire. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 6 novembre 2013

Hughie et les fantômes de la nuit

La vie fut de Eugene O'Neill une telle succession de déconvenues (mariages en pagaille, reniement de sa fille lorsqu’elle épouse à 17 ans ce quinquagénaire de Charlie Chaplin, maladie de Parkinson, alcoolisme, suicide de son fils…) que ses textes paraissent bien calmes en comparaison. Pourtant, dans le quasi monologue qu’est Hughie, rien n’est vraiment heureux non plus. Loin de là même. Érié rentre à l’hôtel, qui parait être son domicile. Il est deux heures du matin selon une grosse pendule ne cessant d’indiquer en temps réel la durée de la pièce. Derrière le comptoir, Hughie n’est plus là. Un nouveau gardien a pris sa place et ne dit mot. L’action (si l’on peut dire) se déroule à New York, mais pourrait tout aussi bien prendre place à Châlon-sur-Saône, où cette pièce a été créée très récemment. Après tout, tous les halls d’hôtels se ressemblent et les solitudes des paumés sont les mêmes partout. Du théâtre masculin, américain, dans un endroit étriqué avec des personnages plus contenus qu’extravagants, ce pourrait être une matière parfaite pour Emmanuel Meirieu, qui avait d’ailleurs un temps pensé monter

Continuer à lire

À perdre la raison

SCENES | Elle serre contre elle une chaise d’écolier, prisonnière au beau milieu d’un plateau saturé de lumière et encerclée par des tessons de bouteilles de verre. (...)

Nadja Pobel | Mercredi 27 mars 2013

À perdre la raison

Elle serre contre elle une chaise d’écolier, prisonnière au beau milieu d’un plateau saturé de lumière et encerclée par des tessons de bouteilles de verre. L’affaire est claire : la protagoniste, Vindicta (qui donne son nom à la pièce) est coincée. Comme soumise au feu des questions d’un interrogatoire, elle parle, déroule le fil de sa vie et ses errements. Emprisonnée, elle nous dit, après une première partie poétique mais peu narrative, avoir tué mari et enfant. L’auteur Aude Guérit s’est inspirée du récit consacré à l’épouse de Marc Dutroux, relayé par Nicole Malinconi voici cinq ans (Vous vous appelez Michelle Martin) pour trouver ces mots indicibles. Aucune justification ne vient bien sûr étayer l'acte mais le langage se fluidifie au fil de l’heure de jeu comme si parler entrainait la libération de la parole. Maïanne Barthès prête sa justesse et sa conviction à ce personnage mis en scène par Yves Bombay, ancien directeur pédagogique de l’école de la Comédie de Saint-Etienne, où la comédienne a d'ailleurs fait ses classes. Leur travail est à découvrir jusqu’au lundi 8 avril au théâtre des Clo

Continuer à lire

Inconscient visuel

ARTS | Le Réverbère ouvre ses cimaises à deux photographes, Arièle Bonzon et Yves Rozet qui, chacun à leur manière, mettent en doute les images, défient ou dé-fixent leurs certitudes. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 24 janvier 2013

Inconscient visuel

Dans une galerie consacrée à l’image fixe, il est parfois amusant de constater combien celle-ci semble y flotter. Formats, couleurs ou noir et blanc, points de vue, grain : les photographies présentées par Arièle Bonzon et Yves Rozet jouent ici de leurs propres hésitations, indéterminations, variations… Chaque œuvre à sa façon. Chez Yves Rozet à partir de repérages et de pré-compositions précis qui aboutissent à des polyptiques fluctuant entre fiction et réalité, conspirant «à nous égarer, à perdre notre regard, à éclater nos repères spatio-temporels en créant des fictions suspendues, des prétextes d’histoires à inventer, des sources de songerie». Arièle Bonzon photographie elle au fil de ses rencontres visuelles et de ses émotions et constate que «la photographie, ce que je vois du monde et le monde lui-même ont ceci en commun, [c'est] l’incertitude et ses nombreux états». C’est un enfant assis et un peu flou, photographié par Arièle Bonzon, qui ouvre l’exposition, à cet âge des possibles où le destin n’est pas encore "fixé". Puis, l’artiste nous entraîne dans une variation continue de représentations : un même arbre en fleurs dans deux formats différents, une

Continuer à lire

Droit de ciné

ECRANS | Les Rencontres Droit, justice et cinéma organisées par l’Université Lyon 3 et le Barreau de Lyon entrent cette année dans leur troisième édition. Ils convient à (...)

Christophe Chabert | Vendredi 2 mars 2012

Droit de ciné

Les Rencontres Droit, justice et cinéma organisées par l’Université Lyon 3 et le Barreau de Lyon entrent cette année dans leur troisième édition. Ils convient à cette occasion Yves Boisset, en pleine promo de son livre de souvenirs. Celui-ci présentera le 12 mars à l’Institut Lumière Le Prix du danger, où le cinéaste imaginait les dérives de la télévision spectacle à travers une fable d’anticipation au cachet très années 80. Bon, allez, on ne va pas mentir, Michel Piccoli en Drucker faisant lui-même les slogans des sponsors de l’émission ou Gérard Lanvin lançant des «bande d’enculés» dans tous les sens, c’est plus drôle qu’angoissant, et c’est ce qui arrive quand des films font passer leur discours avant leur mise en scène. Par ailleurs, Yves Boisset a choisi pour ces rencontres deux immenses films du non moins immense Sidney Lumet, Douze hommes en colère (le 13 mars au Comœdia) et Le Verdict (le 15 au même endroit), qui prouvent qu’on peut avoir un point de vue sur des grands sujets (la justice, ici) et les traduire par de vrais choix de cinéma. On ne sait

Continuer à lire

Questions sur le monde

CONNAITRE | Alors qu'on l'imaginerait bien à Stockholm pour le prix Nobel de littérature, Yves Bonnefoy sera à Lyon le 5 mars pour recevoir le prix Kowalski de la ville (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 23 février 2012

Questions sur le monde

Alors qu'on l'imaginerait bien à Stockholm pour le prix Nobel de littérature, Yves Bonnefoy sera à Lyon le 5 mars pour recevoir le prix Kowalski de la ville pour son dernier recueil de poèmes, L'Heure présente. / Extrait : «Chambre après chambre et lui dans la dernière / Et le doute qui cesse. C'est comme si, / De ton errance aux pieds ensanglantés / Tu avais recousu l'irréparable. / Et ta vie enfouit son front sur cette épaule, / Et qu'importe s'il est trop tard et si tu meurs». Le comédien Yannick Laurent lira des extraits de cette œuvre en présence d'Yves Bonnefoy. Un poète capital pour qui la poésie (il parle là de celle de Rimbaud mais on peut généraliser) «se doit d'être, non un jeu sur les mots mais une question sur le monde». Cet événement s'inscrit dans le cadre du Printemps des poètes (du lundi 5 au dimanche 11 mars à Lyon et son agglomération) qui mettra en avant cette part essentielle et trop rare de la littérature, dans des cafés, théâtres et autres espaces publics. Une thématique, les «Enfances», sera déclinée par bien des invités prestigieux comme le Lyonnais Charles Juliet, le Martiniquais Patrick Ch

Continuer à lire

L’Oiseau

ECRANS | D’Yves Caumon (Fr, 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Clément Sibony, Bruno Todeschini…

Dorotée Aznar | Mardi 17 janvier 2012

L’Oiseau

Alors que partout ailleurs, le cinéma d’auteur semble prendre conscience que la radicalité formelle ne vaut rien si elle ne sert pas à intensifier les émotions (des personnages et des spectateurs), la France continue à délivrer des films "poisson-mort", beau mais froid et l’œil vide. Oiseau-mort dans ce cas précis, puisque Yves Caumon fait de la brève existence du volatile, incrusté dans l’appartement d’une Sandrine Kiberlain qui, pour une fois, ne se retrouve pas à jouer les seconds rôles indignes de sa valeur d’actrice, la durée nécessaire de son retour à la vie. Le début, intrigant, ressemble à certains Polanski première période : le film observe une névrose depuis les craquements des murs, les ombres du dehors, les manies inexpliquées de l’héroïne… Quand il s’aventure hors de l’appartement, le film perd peu à peu toute étrangeté, mais surtout Yves Caumon révèle trop tôt le pourquoi de ce comportement, ramenant le tout à un banal psychodrame. Ne reste plus alors que l’arrogance de longs plans méticuleusement composés et éclairés, un cinéma qui se regarde filmer et qui ne véhicule ni émotions, ni idées, juste des intentions.Christophe Chabert

Continuer à lire

Yves Bonnefoy primé

CONNAITRE | Et une distinction de plus ! Mais ce n’est jamais trop pour ce grand poète contemporain qu’est Yves Bonnefoy. À 88 ans, il est fraichement lauréat depuis (...)

Nadja Pobel | Vendredi 9 décembre 2011

Yves Bonnefoy primé

Et une distinction de plus ! Mais ce n’est jamais trop pour ce grand poète contemporain qu’est Yves Bonnefoy. À 88 ans, il est fraichement lauréat depuis le 7 décembre dernier du prix de poésie de la ville de Lyon, le prix Roger Kowalski, pour son recueil L'Heure présente (Mercure de France). Quand il n’écrit pas ses textes les plus reconnus comme Du mouvement et de l'immobilité de Douve (1953) ou La Longue chaîne de l'ancre (2008), il publie des essais critiques ou des traductions de Shakespeare notamment. Son prix lui sera remis lors du lancement national du Printemps des poètes qui, cette année, se fera depuis Lyon, en mars prochain.

Continuer à lire

Repris(e) de justesse

MUSIQUES | Musique / On est tous d’accord : Philippe, le dernier album de Katerine, ce n’était vraiment pas ça. Mais avec Katerine, il y a toujours un double fond, (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 29 septembre 2011

Repris(e) de justesse

Musique / On est tous d’accord : Philippe, le dernier album de Katerine, ce n’était vraiment pas ça. Mais avec Katerine, il y a toujours un double fond, un train électrique qui en cache un autre (le très pop Les Créatures et son pendant lo-fi L’Homme à trois mains, le double segment Hélicoptère dans le film Peau de cochon). Donc, tandis qu’il enregistrait les vaines miniatures de Philippe, Katerine bricolait avec un groupe nommé Francis et ses peintres «52 reprises dans l’espace» de standards français, d’abord uniquement disponibles sur un site internet. L’affaire fit son petit effet car les chansons, loin de n’être que des gadgets amusants, démontraient que le garçon n’avait rien perdu de son oreille musicale. Et pourtant ! Transformer Partir un jour des 2B3, en balade mélancolique, ou À toutes les filles que j’ai aimées en morceau cool jazz à la Henry Mancini ne tombait pas sous le sens… Katerine et ses acolytes témoignent ainsi d’un génie réjouissant du contre-pied : pour Rectangle de Jacno, la mélodie au synthé originale est reprise au ukulélé, complétée par une ligne de basse, une batterie et des claquements de doigts ; à l’inverse, Un lapi

Continuer à lire