Jeanne revient

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Photo : © RogerArpajou / 3B Productions


Il fallait s'y attendre. Son précédent opus — une comédie musicale, pour celles et ceux qui étaient passés à côté — s'appelant Jeannette, L'Enfance de Jeanne d'Arc, Bruno Dumont poursuit donc le récit édifiant de la vie de l'héroïne moyenâgeuse inspiré de Charles Péguy, avec la même interprète dans le rôle-titre (Lise Leplat Prudhomme, qui a fatalement grandi), mais en changeant de compositeur : Igorrr laisse ici la place à Christophe. De passage à Lyon pour cette avant-première, le réalisateur expliquera sans doute combien il a dû bûcher pour mener à bien ce projet singulier.

Jeanne
Au Comœdia le jeudi 5 septembre à 20h


Jeanne

De Bruno Dumont (2019, Fr, 2h17) avec Lise Leplat Prudhomme...

De Bruno Dumont (2019, Fr, 2h17) avec Lise Leplat Prudhomme...

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Année 1429. La Guerre de Cent Ans fait rage. Jeanne, investie d’une mission guerrière et spirituelle, délivre la ville d’Orléans et remet le Dauphin sur le trône de France. Elle part ensuite livrer bataille à Paris où elle subit sa première défaite.


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Théâtre : sujets, verbes et compléments

Au Théâtre ce semestre | Après 18 mois d’arrêt ou de hoquet, les salles de théâtre s’ouvrent enfin en grand avec une saison plus remplie que jamais, faisant face à un défi immense : appâter de nouveaux spectateurs avec des spectacles toujours plus haut de gamme. Qui ne sont jamais aussi pertinents que lorsqu’ils collent au réel, ou au contraire prennent totalement la tangente. Débroussaillage.

Nadja Pobel | Jeudi 9 septembre 2021

Théâtre : sujets, verbes et compléments

Neuf spectacles de plus cette saison au Théâtre de la Renaissance par rapport à la précédente (de 32 à 41 levers de rideaux), cinq de plus au TNG, quasi vingt supplémentaires aux Célestins… Une « saison folle » débute, comme la qualifiait Jean Bellorini, arrivé au TNP en janvier 2020, qui attend à Villeurbanne 115 000 spectateurs contre 80 000 habituellement. Pour que les fidèles multiplient les spectacles et que le nouveau public sorte de son confinement (avec masque et passe sanitaire obligatoires), les équipes de directions ont cravaché, jonglant entre les reports et les annulations, sans condamner les spectacles qui se créaient derrière les portes fermées des théâtres l'an dernier. Et, surtout, les artistes — comme la bonne cuvée d’Avignon cet été a pu en témoigner — ont des ressources, lorgnant vers le réel ou vers l’étrange. C’est le cas de l’uppercut du festival, Pinocchio (live)#2, (au TNP en avril 2022) de la scénographe Alice Laloy, soit un ballet d’adultes muets, transformant mécaniquement des enfants en marionnettes. Vertige devant ce renversement des codes et une standardisation qui annihile l’

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Jeanne Moreau ouvre le bal

Théâtre | La rentrée au Théâtre de la Croix-Rousse se fait en musique, avec cette pièce inspirée d'une émission de télévision, "Discorama", qui conviait Jeanne Moreau en 1968.

Nadja Pobel | Lundi 28 septembre 2020

Jeanne Moreau ouvre le bal

Avant qu’il ne file refaire le monde au Teil en terres sismiques, Olivier Rey avait, au Lavoir Public, redonné vie aux Radioscopies de Jacques Chancel. Cet intérêt pour les émissions phares de la radio et de la télévision de l’époque en noir et blanc, se retrouve dans Je suis vous tous (qui m’écoutez) où Jacques Verzier et Patrick Laviosa enfilent les costumes d’un numéro de Discorama : nous sommes en 1968, Denise Glaser reçoit Jeanne Moreau. La rentrée au Théâtre de la Croix-Rousse se fait donc en musique avec cette création prévue initialement au studio en avril dernier. Basculé en grande salle pour une distanciation respectable, ce travail reste centré sur ces deux femmes qui se rencontrent à l’occasion du disque Chansons de Clarisses, écrites par le poète Eugène Guillevic

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Corbeille et somme : "Merveilles à Montfermeil"

Comédie | Fraîchement séparés, Joëlle et Kamel se côtoient tous les jours au sein de l’équipe de la Maire de Montfermeil, une illuminée rêvant, entre autres excentricités des années 1980, d’implanter une école de langues démesurée dans cette cité de banlieue. Cela n’arrangera pas leurs relations…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Corbeille et somme :

Intrigante et prometteuse, la séquence d’ouverture montrant le couple Balibar/Bedia se disputant en arabe devant une juge des divorces abasourdie aurait pu — dû ? — constituer l’alpha et l’oméga de cette pseudo comédie politique, mais authentique catastrophe artisanale. Première réalisation solo de la comédienne-chanteuse intello (récemment enrubannée d’un hochet républicain, dans la même promotion que le patron de BlackRock), ce “machin“ a faux sur toute la ligne. La forme, tout d’abord : écrit et joué en dépit du bon sens, il offre à une troupe de bobos hors sol vêtu arty sexy l’occasion de glapir du cri primal dans un simulacre pathétique de Rendez-vous en terre inconnue. Le fond, ensuite. Prêchant une fraternité béate, infantilisant les administrés, le mal titré Merveilles à Montfermeil semble fustiger par le ridicule les exécutifs de gôche engagés dans un clientélisme social mâtiné de new age limite

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36 chants d’elles : "Haut les filles"

Documentaire | Alors que la scène française contemporaine semble renaître grâce à l’énergie des rockeuses, François Armanet part à la rencontre de quelques-unes de celles qui ont marqué de leurs voix, textes, notes et présence le dernier demi-siècle.

Vincent Raymond | Mardi 2 juillet 2019

36 chants d’elles :

Ce panorama du rock au féminin, à la fois agréable et foutraque par son côté joyeusement a-chronologique, s’avère fatalement frustrant : il manque forcément dans cette évocation les témoignages des disparues dont on aurait aimé entendre le point de vue (et d’écoute), comme France Gall. Et puis on déplore les impasses sur quelques voix importantes, telle que celle de Corine Marienneau (ex Téléphone), trop souvent marginalisée ou de Zazie aux abonnées absentes, quand certaines artistes du moment se retrouvent sur-représentées. Le showbiz ne change pas : infligeant ses purgatoires ici, cajolant ses favoris là… Heureusement, il accorde une place prépondérante à cette figure majeure qu’est Françoise Hardy, dont la carrière et le parcours à nul autre pareil vaudraient bien une dizaine de documentaires. Sa voix posée, et ses mot simples tranchent avec le commentaire spiralé lu par par Élisabeth Quin, tout droit sorti de la plume d’Armanet et Bayon. Haut les Filles Un film de François Armanet (Fr, 1h19) avec Françoise Hardy, Jeanne Added, Jehnny B

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Jusqu’au bout des limites : "Marche ou crève"

Drame | de Margaux Bonhomme (Fr, 1h25) avec Diane Rouxel, Jeanne Cohendy, Cédric Kahn…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Jusqu’au bout des limites :

Elisa vit avec son père et sa sœur Marion dont le handicap a eu raison du noyau familial : la mère, épuisée de s’en s’occuper et seule à militer pour un placement en institution, a préféré quitter la maison. Alors Elisa prend le relai de son père, au risque de sacrifier son avenir… La dédicace finale, “à ma sœur“, laisse peu de doute sur l’inspiration de Margaux Bonhomme, et sur la charge personnelle autant qu’affective pesant sur ce film. De fait, Marche ou crève déroule un schéma tristement banal dans la galaxie du handicap : nombreuses sont les familles à connaître une rupture, favorisée par la polarisation extrême suscitée par l’enfant réclamant une attention plus soutenue mais résultant aussi de l’accumulation de stress et de fatigue causée par l’absence de relais par des tiers — on parle là de conséquences privées et intimes d’une politique publique insuffisante. Ici, ni la mère, ni le père, ni la sœur ne veulent être soupçonnés de mal aimer Marion — ce que signifie le recours au placement en institution —, et ils s’obstin

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Une aussi longue attente : "Pupille"

Drame | de Jeanne Herry (Fr, 1h47) avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Élodie Bouchez…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Une aussi longue attente :

Une jeune femme arrive pour donner naissance à un petit garçon dont elle ne veut pas et qui aussitôt est pris en charge par toute une chaîne d’assistantes sociales et d’assistants maternels. Au bout du compte, ce bébé né sous X sera confié à une mère célibataire en souffrance d’enfant… De l’amour irraisonné à l’amour inconditionnel. Tel est le chemin que la réalisatrice Jeanne Herry a suivi, troquant l’obsession érotomane destructrice de la fan de Elle l’adore contre le bienveillant désir d’une mère méritante, son opposée exacte. Documenté à l’extrême, suivant une procédure d’adoption dans ses moindres détails psycho-administratifs aux allures parfois ésotériques (le cérémonial de rupture entre la mère biologique et l’enfant peut ainsi laisser dubitatif), Pupille s’échappe heureusement du protocole jargonnant par la mosaïque de portraits qu’il compose. Diversité d’approches, de caractères ; espoirs et désespoirs ordinaires meublent l’existence des personnages intervenant dans la lente chaîne menant le bébé à sa future maman ; autant d’accidents heu

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Vers sa destinée : "L'Enfance d'un maître"

Documentaire | de Jeanne Mascolo de Filippis & Bruno Vienne (Fr, 1h17)

Vincent Raymond | Mardi 20 novembre 2018

Vers sa destinée :

En 1990, alors qu’il était bébé, Kalou Rinpoché a été identifié comme réincarnation d’un dignitaire religieux tibétain. Depuis, les caméras de Jeanne Mascolo de Filippis et Bruno Vienne ont suivi l’apprentissage et l’évolution de celui qui est devenu à son tour un chef religieux… Il convient tout d’abord de saluer la performance technique et humaine accomplie par les cinéastes ainsi que les producteurs, qui ont concrétisé ce que beaucoup avaient fantasmé en littérature (Daniel Pennac dans Monsieur Malaussène) ou tenté avant de renoncer tel Lars von Trier pour son projet inabouti Dimension : user du cinéma pour filmer la vie (donc la mort) “au travail“, en l’occurrence pendant vingt ans. Mais ces félicitations doivent aussitôt se nuancer d’un bémol de taille. Car en choisissant pour sujet une personnalité “spirituelle“ investie dans une démarche politique et religieuse, en l’accompagnant inconditionnellement dans son avénement, ce documentaire épouse dans le plus pur style hagiog

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"Radiate" : Jeanne Added en son et lumière

L'Album | L'image est nette, la mèche blonde conquérante, le menton relevé, les yeux clairs et déterminés, la fumée a disparu et le fond noir a laissé place à un arrière-plan (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 20 novembre 2018

L'image est nette, la mèche blonde conquérante, le menton relevé, les yeux clairs et déterminés, la fumée a disparu et le fond noir a laissé place à un arrière-plan immaculé. Voilà comment s'avance la pochette du deuxième album de Jeanne Added, Radiate : comme un négatif, ou plutôt un positif, du premier Be sensational (2015). Et puisqu'une image n'est jamais innocente, encore moins une pochette de disque, cela traduit littéralement, et l'on ne saurait mieux le faire, l'évolution musicale de Jeanne Added. Comme pour en donner un avant-goût, le premier single qui en était tiré avait été baptisé Mutate. On y trouvait très en avant, et comme libérée, la voix exceptionnelle de celle qui se forma au lyrique et fut interprète de jazz, ondulant au milieu de synthés numériques vaporeux enfiévrés par une boîte à rythmes. Et lâchant ces mots : « Can you feel the vibration waving through me / Another kind of sensations can you see / See how operate now how modulate now / Can you feel the vibration waving th

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Jeanne Added : « je chante comme je suis »

Riddim Collision | Avec Radiate, la Française Jeanne Added a opéré une nouvelle mue. Entrant, au sens propre, dans la lumière, au son des synthétiseurs et d'une voix remarquablement exploitée. Au Transbordeur le 24 novembre dans le cadre du Riddim Collision.

Stéphane Duchêne | Mardi 20 novembre 2018

Jeanne Added : « je chante comme je suis »

Votre deuxième album Radiate marque par rapport au premier, Be sensational, une évolution dans votre travail vers quelque chose de plus lumineux. Quelle a été votre approche pour ce disque ? Jeanne Added : Le point de départ, c'était déjà d'écrire de meilleures chansons, de continuer ce que j'avais commencé, à savoir un nouveau métier : celui d'autrice-compositrice [elle était précédemment une interprète courtisée par des formations jazz – NdlR]. Ce qui, quand j'ai commencé le projet Jeanne Added, était nouveau pour moi – ça l'est moins maintenant mais ça le reste encore un peu. J'avais très envie d'aller plus loin, de développer cette forme-là et de la travailler. Quant à l'évolution esthétique, elle n'a pas vraiment été préméditée. L'écriture est une sorte de photographie de là où on est. En tout cas, pour le moment, j'écris encore sur mon rapport au monde, comment je le perçois, l'effet qu'il me fait. Des sensations physiques, mentales. Et il se trouve qu'entre Be s

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Pupille

Avant-Première | Jeanne Herry avait fait ses débuts dans le long-métrage avec Elle l’adore, film inquiétant autour de la passion délirante des fans pour les vedettes. C’est à (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Pupille

Jeanne Herry avait fait ses débuts dans le long-métrage avec Elle l’adore, film inquiétant autour de la passion délirante des fans pour les vedettes. C’est à une autre forme d’attachement qu’elle s’intéresse pour son futur nouveau né, Pupille : le lien maternel, et sa complexité entre une mère biologique accouchant sous X et une mère adoptante. Entre les deux, le bébé… Avant que ce film ne vienne au monde le 5 décembre sur tous les écrans, la réalisatrice sillonne la France et fait naturellement escale à Lyon pour le présenter. Lors d’une séance prémat’, en somme. Pupille À l’UGC Confluence​ le jeudi 8 novembre à 20h

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Jeanne, retour de flamme au TNP

Théâtre | Ce n'est pas un spectacle neuf, loin de là. Pourtant, dans le flot de ce qui se joue en ce mois de mai, cela reste une proposition majeure. Christian (...)

Nadja Pobel | Lundi 30 avril 2018

Jeanne, retour de flamme au TNP

Ce n'est pas un spectacle neuf, loin de là. Pourtant, dans le flot de ce qui se joue en ce mois de mai, cela reste une proposition majeure. Christian Schiaretti, sur adaptation de son acolyte et directeur artistique au TNP Jean-Pierre Jourdain, fait entendre la langue d'un auteur qui lui est cher : Joseph Delteil. Créé à Reims en 1995, ce spectacle, avec Juliette Rizoud sur scène depuis 2010, perdure. La comédienne, au casting de nombreuses pièces de Schiaretti et metteuse en scène semi-convaincante d'un Roméo et Juliette version forain, est ici à son meilleur. Elle nous confiait au début de sa prise de rôle à quel point c'est « un summum de spectacle vivant ». En effet, le propos est constamment matière à jeu, avec les éléments du bord, à la manière des enfants jouant avec des cailloux. La volonté de raconter cette histoire par une na

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Chacun sa route : "Le Chemin" de Jeanne Labrune

ECRANS | de Jeanne Labrune (Fr, 1h31) avec Agathe Bonitzer, Randal Douc, Somany Na…

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

Chacun sa route :

Cambodge, de nos jours. Aspirante bonne sœur, Camille prend chaque jour un chemin bordant les ruines d’Angkor, malgré les interdits. Elle y rencontre Sambath, avec lequel elle déambule et converse. Une proximité naît entre eux… Hanté par le sacré, par l’Histoire et ses spectres (les victimes des Khmers rouges y apparaissent), ce “chemin” évoque une zone frontière limbique entre la vie et la mort, annonciatrice d’un événement funeste, d’un deuil : pour Sambath, celui d’un être aimé ; pour Camille, de son existence d’avant. Alors qu’elle s’était engagée dans une quête spirituelle et s’était de surcroît expatriée, c’est sur cette voie inattendue qu’elle va trouver les réponses à ses interrogations. À mille lieues des fantaisies “chorales” qu’elle réalise depuis une quinzaine d’années, Jeanne Labrune signe ici un film plus intérieur et lent, moins léger, trahissant par la contemplation un besoin profond de recueillement, de recentrage. Un probable cénotaphe intime, sur le modèle de La Chamb

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La barbe ! (à ras) : "Barbara" de Mathieu Amalric

Biopic | de et avec Mathieu Amalric (Fr, 1h37) avec également Jeanne Balibar, Vincent Peirani…

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

La barbe ! (à ras) :

Une comédienne endosse pour les besoins d’un film le rôle de la chanteuse Barbara. On la suit hors et sur le plateau, tentant de s’approprier ce personnage fantasque et nocturne ; cette icône qui, en réalité, est une idole que fantasme un réalisateur obsessionnel… Mathieu Amalric succombe à son tour à la mode du biopic, tentant une approche conceptuelle d’un fragment de l’existence de la longue dame brune. En l’occurrence, il mêle les répétitions d’une actrice-jouant-Barbara à des images d’archives de l’authentique Barbara répétant en tournée. Un collage-hommage dont on devine l’intention : montrer la convergence de démarches artistiques absolues tout en provoquant un trouble visuel et mental chez le spectateur grâce à la “performance” de la comédienne. Las ! De confusion, il n’y a guère : le mélange d’images fait surtout rejaillir l’artifice et l’inanité du simulacre. Si Jeanne Balibar, tristement horripilante dans le surjeu maniéré dont elle est coutumière, semble donner l’impression de se regarder jouer — et de s’écouter chan

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Jeanne ressuscitée

Opéra de Lyon | Jamais là où on l'attend, Romeo Castellucci signe un oratorio d'une immense sobriété porté par une Audrey Bonnet incandescente au bénéficie d'un texte si... "claudelien".

Nadja Pobel | Mardi 24 janvier 2017

Jeanne ressuscitée

Quinze minutes. Il a fallu attendre quinze minutes pour que les premières notes de la musique crépusculaire d'Arthur Honegger, composée en 1935 et interprétée par l’orchestre dirigé par Kazushi Ono, retentissent. Le rideau s'était levé sur une salle de classe ; les élèves, des jeunes filles en uniforme, s'en sont échappées dès la cloche sonnée. Un homme prend alors place doucement, opérant un rangement méthodique qui va peu à peu se muer en colère, puis en rage lorsqu'il balance tout le mobilier dans le couloir. Nulle idée alors que ce puisse être Audrey Bonnet. Pourtant, cette douleur sourde puis violente, la comédienne l'a déjà jouée avec un talent sidérant, notamment et récemment dans Clôture de l'amour. Comme dans cette pièce où elle est Audrey, ici son nom est brodé sur une toile descendue des cintres : elle se (con)fond avec son personnage. Sa métamorphose tout au long de cette Jeanne, sa mise à nu comme sa mise à mort sont d'une beauté quasi christique : tel est le sujet dont s'

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"À Jamais" : possession, le retour

ECRANS | de Benoît Jacquot (Fr-Port, 1h30) avec Mathieu Amalric, Julia Roy, Jeanne Balibar…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Un réalisateur meurt dans un accident alors qu’il travaille à un nouveau projet. Sa nouvelle compagne et actrice investit alors son absence, au point de ressentir comme une étrange résurgence de sa présence… Inspiré par sa nouvelle muse Julia Roy, l’infatigable Benoît Jacquot poursuit une œuvre habitée par le trouble en s’essayant au film de fantôme. Poursuivre, c’est d’ailleurs le principe de ce thriller “métapsychologique” adoptant un chemin labyrinthique, dupliquant réalité et souvenirs transformés ; faisant la part belle à l’onirisme et aux contours flous de l’état modifié de conscience. Les séquences s’enchaînent dans une splendide disjonction, comme une cascade de songes en mouvement. Sommes-nous dans le dédale d’un deuil impossible dégénérant en pathologie, ou bien assiste-t-on au contraire à son accomplissement — certes particulier ? L’ambiance que dispense Jacquot rappelle celle du mal-aimé Femme Fatale (2002) de DePalma ou de Alice ou la dernière fugue (1976), dont Chabrol disait qu’il était “hélicoïdal” ; des films envoûtants dans lesquels il faut savoir s’abandon

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Les chants et contre-champs de Julie Chaffort

Fondation Bullukian | La plasticienne et vidéaste Julie Chaffort a mis en scène dans la nature sept chanteurs issus d'univers aussi différents que le métal ou l'opéra... Une rencontre, entre voix et paysages, aussi intense que singulière.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 septembre 2016

Les chants et contre-champs de Julie Chaffort

« La Terre respire et se gorge de repos et de sommeil. Tous les désirs sont désormais changés en rêve, et les gens fatigués rentrent chez eux pour trouver dans le sommeil un bonheur oublié et apprendre à redevenir jeune ! » Cet extrait du si déchirant Adieu, clôturant Le Chant de la terre de Gustav Mahler, nous est revenu aux oreilles en sortant de l'exposition de Julie Chaffort à la Fondation Bullukian. En 1907, Mahler (1860-1911) compose une pièce inouïe mêlant leaders et orchestre symphonique, et rend hommage à la beauté de la nature et de la vie humaine, malgré sa brièveté... Il serait ici inutile d'insister sur les liens étroits entre la nature et la musique (des Quatre saisons de Vivaldi aux oiseaux de Messiaen, en passant par la Pastorale de

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Un voyage en Iran

ECRANS | Quand un régime exerce un pouvoir excessif sur son peuple, abuse de son autorité et/ou confisque les libertés, alors s’élèvent des voix pour protester ou le (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 juin 2016

Un voyage en Iran

Quand un régime exerce un pouvoir excessif sur son peuple, abuse de son autorité et/ou confisque les libertés, alors s’élèvent des voix pour protester ou le dénoncer ; et celles des artistes sont souvent les premières à se faire entendre. Depuis l’instauration de la république islamique en Iran, les cinéastes ont multiplié les coups d’éclats : fictions et documentaires, tournés au grand jour ou sous le manteau, témoignent de la restriction démocratique, de la régression des droits des femmes et d’une certaine exaspération populaire. Dépassant le brûlot pour repenser la forme, le langage et les moyens de production cinématographiques, ces œuvres ont révélé plusieurs générations d’auteurs dont le talent est célébré partout dans le monde, sauf à Téhéran où certains sont emprisonnés (comme Jafar Panahi). Afin de savourer (ou découvrir) l’originalité de ce cinéma persan, l’association culturelle franco-iranienne de Lyon propose un double programme intégrant No Land’s Song d'Ayat Najafi, récent documentaire consacré à un projet-passerelle ô combi

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Jeanne is Added

MUSIQUES | Après des années dans le jazz, Jeanne Added a fait table rase pour pratiquer un mélange de post punk électro grunge. Et se pratiquer surtout elle-même.

Stéphane Duchêne | Mardi 15 mars 2016

Jeanne is Added

Le jazz mène à tout, mais pas toujours à soi quand on reste au service des autres, fussent-il parmi les plus grands (Trotignon, Kerecki et consorts). Pour se trouver, il faut parfois s'en échapper. Jeanne Added est un cas d'école : cette interprète courtisée par les formations jazz s'est muée en créature pop grunge après en avoir vu des vertes et des bien mûres en terme de passages obligés, et en avoir soupé. Après le Conservatoire National et la Royal Academy de Londres (formation classique en violoncelle) et quelques tiraillements à l'endroit de la part rock d'elle-même, là voilà vocaliste de jazz – nominée en trio aux Victoires du genre – donnant de la voix pour les autres jusqu'à ne plus pouvoir s'entendre. Elle décide de muer, de muter, de tout changer. Un buzz éclair Ce changement de voie et de voix, Jeanne Added l'a préparé comme si une guerre arrivait (A war is coming, ouvre son album Be Sensational), comme s'il n'y avait soudain plus que des choses à rater (Miss It All). Soi-même par exemple. Il s'agit beaucoup, au cœur de ce projet, de sortir de soi. De livrer une version si ce n'est augmentée, du moins accom

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No Land's Song

ECRANS | de Ayat Najafi (All/Fr, 1h31) avec Sara Najafi, Parvin Namazi, Sayeh Sodeyfi…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

No Land's Song

Monter un concert avec des solistes féminines au pays des mollahs, où les voix non masculines sont prohibées… Le défi que s’est lancé la compositrice Sara Najafi rappelle le pari des Chats persans (2009) de Bahman Ghobadi, en particulier son jeu de cache-cache (de caméra) permanent. Najafi use de bien des contorsions pour parvenir à ses fins, mettant les autorités face à leurs contradictions et leur suprême hypocrisie — le documentaire rappelle qu’avant 1979, les Iraniennes pouvaient librement chanter et n’étaient pas spécialement voilées. Malgré des déconvenues, grâce à de la ruse légitime, on assiste à un concert-passerelle entre l’Iran et la France, avec, entre autres, Jeanne Cherhal et Élise Caron. VR

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Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

MUSIQUES | Entre Polna, Neil Young, les Insus et même le retour du plus si jeune Jon Spencer (porté pâle au printemps), les aînés seront là en force en 2016. Mais la jeune garde veille et ne s'en laissera pas compter.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

Jon Spencer aime tellement nos panoramas de rentrée – il en a déjà fait la Une – qu'il parvient même à y figurer deux fois par an. On l'annonçait en septembre dernier, voilà qu'on le réannonce pour le 6 mars à l'Épicerie Moderne. Avec bonheur, puisque si nous le faisons, c'est que le trio du New-yorkais avait dû annuler à la dernière minute cet automne pour raisons de santé. Tout va mieux, donc tout va bien, et cela indique peut-être que cette année 2016 sera légèrement moins pénible que la précédente – raccrochons-nous aux branches, tant qu'il y a encore des arbres. Or des branches, même vieilles, il se trouve qu'il en repousse, en témoigne une tripotée de reformations plus ou moins récentes de groupes plus ou moins relous à l'oreille (Louise Attaque au Transbo le 29 mars, Elmer Food Beat au CCO le 6 avril) dont la palme revient bien sûr aux Insus, soit Téléphone sans fille (n'y allez pas, c'est complet) – rayon nostalgie de jeunesse, on préférera de loin se consacrer à Nada Surf, qui ne s'est jamais déformé, le 26 avril à l'Epicerie. Ah, tiens on allait oublier Polnareff

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Woodstower, toujours vert

MUSIQUES | Battu par les flots, Woodstower ne sombre pas. Deux ans après un déluge qui l'a contraint à revoir ses ambitions à la baisse, le festival du Grand parc (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Woodstower, toujours vert

Battu par les flots, Woodstower ne sombre pas. Deux ans après un déluge qui l'a contraint à revoir ses ambitions à la baisse, le festival du Grand parc Miribel Jonage propose au contraire l'un des week-ends – concerts le samedi, arts de la rue et animations décalées (sauna, retrogaming, sound system sous-marin...) le dimanche – les plus solides de son histoire. Sur la scène principale se succéderont notamment la révélation post-punk Jeanne Added, les exubérants Sud-africains de SKIP&DIE (qui revisitent les traditions tropicales à l'aune d'une bass music éminemment rassembleuse) et un Mr. Oizo plus barré et acide que jamais, tandis que sa petite sœur fera la part belle au hip-hop, fut-il décontracté et old-school (Chill Bump) ou abstrait et futuriste (Fowatile). Quant au club, il accueillera le pionnier de la minimale Ivan Smagghe, Claude (le projet disco/house tout chelou de l'inclassable beatmaker Fulgeance) et Thylacine, magicien de la MPC qui, comme Fakear et Superpoze, réinjecte méticulosité et mélan

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La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

ACTUS | Ludique et politique est le visuel de la nouvelle plaquette (une croix faite de craies fragilisées) du Théâtre de la Croix-Rousse. Ludique et politique (et du coup franchement excitante) sera sa saison 2015/2016. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 31 mai 2015

La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

Des Fourberies de Scapin décapées au karcher par Laurent Brethome, le crépusculaire Mon traître d'Emmanuel Meirieu, David Bobée et son Lucrèce Borgia à (trop) grand spectacle... L'entame de la saison 2014/2015 du Théâtre de la Croix-Rousse fut l'une des plus fulgurantes qu'on ait connue depuis l'arrivée à sa direction de Jean Lacornerie. La rentrée 2015/2016 est bien partie pour soutenir la comparaison, ne serait-ce que parce qu'elle s'ouvrira sur la reprise du Bigre de Pierre Guillois, comédie muette «à voir et à revoir» (du 29 septembre au 3 octobre) selon la formule consacrée car aussi hilarante qu'ingénieuse. Suivront : une prometteuse transposition des conseils pour accéder à un trône et le conserver de Machiavel dans l'univers férocement contemporain du stage de formation par Laurent Guttmann (Le Prince, du 6 au 16 octobre) ; le retour, sous bannière Nimis Groupe, d'une partie des singuliers Belges du Raoul collectif (Le Signal du promeneur) avec Ceux que j'ai rencontrés ne

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Le Dos rouge

ECRANS | D’Antoine Barraud (Fr, 2h07) avec Bertrand Bonello, Jeanne Balibar, Géraldine Pailhas, Joana Preis…

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Le Dos rouge

Dans Le Dos rouge, Bertrand Bonello est Bertrand, cinéaste en quête d’inspiration pour un nouveau projet autour de l’idée de "monstruosité". Mais dans cette autofiction, les choses ne sont pas si simples : lorsque Bonello va présenter un de ses films à la Cinémathèque, c’est en fait un de ses scénarios non tournés — un remake de Vertigo du point de vue de Madeleine — qui est projeté ; et si certains acteurs jouent leur propre rôle (Pascal Greggory, Isild Le Besco), d’autres incarnent des personnages (notamment celui de Célia, tenu alternativement par une Jeanne Balibar en pleine autoparodie et par Géraldine Pailhas). Autant dire qu’aborder le film d’Antoine Barraud sans un certain nombre de clés rend sa vision pour le moins difficile, surtout qu’on ne sait jamais vraiment si le cinéaste prend au sérieux certains dialogues ridiculement pédants ou des séquences à la limite du grotesque — la chanson au téléphone, digne d’un Christophe Honoré, ou les conversations avec un Nicolas Maury pathétique d’absence à l’écran. Pourtant, comme dans son précédent Les Gouffres, Barraud a un sens réel de l’étrangeté, une envie de tordre ses images po

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Un best of Bresson par Jean Douchet

ECRANS | On mesure souvent l’importance d’un cinéaste au nombre de ses congénères qui se sont revendiqués de lui ; dans le cas de Robert Bresson, la liste (...)

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Un best of Bresson par Jean Douchet

On mesure souvent l’importance d’un cinéaste au nombre de ses congénères qui se sont revendiqués de lui ; dans le cas de Robert Bresson, la liste semble ne jamais pouvoir être close, le "bressonisme" étant devenu un des écueils du cinéma d’auteur mondial. Certes, il a connu des mutations — en Autriche du côté d’Haneke, en Finlande avec Kaurismaki… — qui ont elles-mêmes donné naissance à une troisième génération de cinéastes bressoniens, encore plus affranchis des dogmes du maître. Mais comme dans l’histoire de l’art hegelienne, le canon bressonien est en constante évolution vers une synthèse encore à venir… En attendant, l’Institut Lumière et le vénérable Jean Douchet proposent de revenir aux sources de Bresson avec un week-end et quatre films. Pas de risque : plutôt que de s’aventurer vers les discutables Le Diable probablement ou L’Argent, ce sont bien les quatre classiques du cinéaste qui seront montrés aux spectateurs : Pickpocket, Le Procès de Jeanne d’Arc, Mouchette et Un condamné à mort s’est échappé. Quatre films majeurs et foudroyants qui mettent aussi à mal certaines idées reçues concernant Bress

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Un sacré printemps de danse

SCENES | C'est pour le moins un sacré début de printemps qui s'annonce à Lyon dans le domaine de la danse avec, notamment, la reprise de May B, chef-d’œuvre de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 mars 2015

Un sacré printemps de danse

C'est pour le moins un sacré début de printemps qui s'annonce à Lyon dans le domaine de la danse avec, notamment, la reprise de May B, chef-d’œuvre de Maguy Marin, au Ramdam (du 7 au 11 avril) et la transmission de Drumming Live, pièce majeure d'Anne Teresa de Keersmaeker, au Ballet de l'opéra (du 7 au 11 avril). Auparavant, deux festivals regroupés sous l'intitulé "Printemps de la création" permettront aux amateurs de découvrir une multitude de chorégraphes émergents ou d'artistes proches de la danse. Á la Maison de la danse et hors ses murs, Sens dessus dessous nous fera voyager de l’œuvre choc de Christian Rizzo inspirée du folklore turc à la mémoire de l'Afrique du Sud chorégraphiée par Gregory Maqoma en passant par le plus local mais toujours drôle et truculent Denis Plassard. Le Lyonnais reprend Chalet d'après un texte d'André Baillon, œuvre dépeignant avec humour le quotidien d'un hôpital. Aux confins de la danse, le duo Your Majesties met lui en mouvements le discours de Barack Obama pour la réception du Prix Nobel de la paix en 2009, tandis que le trublion Antoine Defoort se lancera dans une désopilante conférence

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"Feu Jeanne", feu de paille

SCENES | Qui est vraiment cette Jeanne capturée chaque premier mai par le Front national ? Adèle Gascuel et sa compagnie Sans Trêve tentent dy répondre dans Feu (...)

Nadja Pobel | Mardi 24 février 2015

Qui est vraiment cette Jeanne capturée chaque premier mai par le Front national ? Adèle Gascuel et sa compagnie Sans Trêve tentent dy répondre dans Feu Jeanne, étude de figure de cette gamine de 17 ans qui inversa le cours de la Guerre de Cent Ans. Nous sommes dans les années 1420, mais ce pourrait être aujourd’hui ou 2ème juste hier, dans les années 60. Car comme dans Foi, où Adèle Gascuel interprétait des écrits de Sainte-Thérèse d’Avila – elle orchestre au contraire cette pièce-ci sans apparaître sur le plateau – la mise en scène d'une femme pieuse mythique est ici un prétexte pour établir des passerelles avec le temps présent et interroger la puissance d’une croyance et, par extension, d’une conviction, notamment politique. Quelle société voulons-nous ? Une monarchie de droit divin ? Une démocratie ? Adèle Gascuel questionne aussi notre capacité à agir concrètement en demandant, en entame de spectacle, au public de construire le bûcher comme on assemble un Lego géant. Soit. Mais ce volontarisme ne peut pas tout. A vouloir trop embrasser, d

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Un incertain Monsieur Klein

ECRANS | Ce mois-ci, la Ciné-collection du GRAC propose un film essentiel, dans notre panthéon personnel de l’histoire du cinéma : Monsieur Klein. Loin d’être une (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Un incertain Monsieur Klein

Ce mois-ci, la Ciné-collection du GRAC propose un film essentiel, dans notre panthéon personnel de l’histoire du cinéma : Monsieur Klein. Loin d’être une rareté — il triompha aux Césars l’année de sa sortie, en 1976 — il fait partie de ces œuvres mystérieuses vers lesquelles on retourne sans cesse. Alain Delon apporte le scénario à Joseph Losey qui l’avait dirigé dans L’Assassinat de Trotsky, conscient que le cinéaste américain, juif chassé par le maccarthysme, saura mieux qu’aucun autre trouver la note juste pour raconter cette histoire qui entrecroise questionnement identitaire, paranoïa sous le Paris occupé et préparation méthodique de la rafle du Vel’ d’Hiv’. Delon y est Robert Klein, marchand d’art égoïste et sans scrupule, qui n’hésite pas à profiter des persécutions juives pour racheter, à bas prix, les toiles de maître qu’ils vendent pour payer leur passage en zone libre. Un matin, il trouve sur son palier un exemplaire d’Actualité juive qui lui est adressé ; il part à la recherche de cet autre Monsieur Klein avec qui on l’a confondu, mais plus il met ses pas dans ceux de son double, plus il se retrouve pris au piège d’une machine étati

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Annulation de la Jeanne de Delteil au TNP

SCENES | Les représentations de La Jeanne de Delteil mis en scène par Christian Schiaretti prévues au TNP du 10 au 21 décembre 2013 sont annulées en raison d'un problème (...)

Nadja Pobel | Vendredi 6 décembre 2013

Annulation de la Jeanne de Delteil au TNP

Les représentations de La Jeanne de Delteil mis en scène par Christian Schiaretti prévues au TNP du 10 au 21 décembre 2013 sont annulées en raison d'un problème de santé de la comédienne Juliette Rizoud.Les billets peuvent se reporter sur un autre spectacle (dans la limite des places disponibles) ou être remboursés.Renseignements : billetterie@tnp-villeurbanne.com / 04 78 03 30 00Nous avions consacré il y a 18 mois un portait à cette formidable comédienne que l'on retrouve régulièrement dans les spectacles de Christian Schiaretti.

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Crocodile dandy

SCENES | "Le Crocodile trompeur" est une relecture du "Didon et Énée" de Purcell mixant les codes de l’opéra et du théâtre. Une création drôle, inventive et réjouissante défendue par une équipe artistique qui, l’air de rien, insuffle un grand vent d’air frais au vaste monde du spectacle vivant. Rencontre avec la metteur en scène Jeanne Candel. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Lundi 25 novembre 2013

Crocodile dandy

C’est l’histoire de deux comédiens-metteurs en scène qui décident, un jour, de monter un opéra avec les codes du théâtre. Pourquoi pas le Didon et Énée de Purcell, une tragique histoire d’amour ? Oui, pourquoi pas, en effet... Qu’importe si l’on touche là à une pièce phare d’un domaine  moins enclin que d’autres à valider béatement toutes les excentricités de jeunes bien décidés à asséner un bon coup aux conventions. Sauf que Jeanne Candel, qui a mis en scène ce Didon et Énée avec Samuel Achache, joue d’emblée la carte de l’humilité : «On n’a pas réfléchi comme ça... On s’est plutôt demandé comment retravailler et réécrire ce monument de la mémoire collective. Dans les opéras, je me suis souvent dit que je trouvais la musique et les interprètes sublimes, mais qu’au niveau de ce qui était représenté, la musique était toujours plus puissante que le reste.» D’où l’idée de triturer l’œuvre, de l’amputer de certains de ses membres lyriques, quitte à en rajouter d’autres plus théâtraux. En résulte la proposition Le Crocodile trompeur (le nouveau titre est issu d’une réplique que la reine Didon, blessée d’être quittée, adresse à Énée), que l’

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Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

SCENES | Sélection réalisée par Nadja Pobel, Benjamin Mialot et Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Mardi 10 septembre 2013

Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

Regards Née avec une malformation au visage, Séverine Fontaine a dû composer avec pendant toute son enfance. La jeune femme devenue comédienne a décidé de se nourrir de cette expérience pour livrer ce solo présenté comme «un manifeste pour la différence». Dans une scénographie convoquant une série de lampes, elle joue habilement avec le regard du spectateur. Un spectacle sincère et fort.Au Centre Albert Camus, Bron, du 1er au 4 octobre Le Président C’est grinçant et marquant comme… du Thomas Bernhard. Michel Raskine a su adapter cet immense dramaturge autrichien avec le

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Avignon - Jour 1 - Static or not static

SCENES | "Par les villages" et "Remote Avignon"

Nadja Pobel | Jeudi 11 juillet 2013

Avignon - Jour 1 - Static or not static

En sortant de la cour d'honneur du Palais des Papes, 4h30 apres y être entré, un soulagement a envahi l'ensemble des spectateurs restés jusqu'au bout du solo de Jeanne Balibar, crispant quand il était audible. Car en adaptant Par les villages, long poème dramatique de Peter Handke, Stanislas Nordey, artiste associé de l'édition 2013 du Festival d'Avignon, a aussi fait le choix de l'anti spectacle. Autant l'enchaînement de deux monologues dans Clôture de l'amour ne manquait pas de puissance, autant l'exercice produit ici une ambiance mortifère, les émotions restant enfouies sous des gravas de logorrhée. La faute à une absence de réelle mise en scène - les acteurs, ultra-statiques, se parlent à dix mètres les uns des autres sur un plateau dont l'immensité offrait pourtant des conditions de jeu inouïes. Balibar n'est jamais dans son rôle, hautaine et absente à la fois. À cour, Olivier Mellano assure lui un splendide début de spectacle, avant que sa partition se fasse de plus en plus menue - et c'est d'a

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Nouvelle vague d’amour

ECRANS | Il est de bon ton de jeter l’opprobre sur la Nouvelle Vague, accusée de tous les maux du cinéma français, alors que la nullité actuelle des films hexagonaux (...)

Christophe Chabert | Jeudi 23 août 2012

Nouvelle vague d’amour

Il est de bon ton de jeter l’opprobre sur la Nouvelle Vague, accusée de tous les maux du cinéma français, alors que la nullité actuelle des films hexagonaux concerne aussi bien un cinéma d’auteur autiste qu’un cinéma commercial mal branlé. Il suffit pourtant de redécouvrir Jules et Jim de François Truffaut pour se rendre compte que cette Nouvelle Vague-là n’avait pas grand-chose à se reprocher : rigoureux dans son écriture, audacieux dans son sujet (une femme aime deux hommes sans que cela ne brise l’amitié masculine qui les unit) comme dans sa forme (Truffaut utilise à chaque plan toute la grammaire cinématographique pour créer du spectacle), Jules et Jim n’a pas usurpé sa réputation de chef-d’œuvre. Pour son troisième film, Truffaut installait le dernier axe de son œuvre, celui qui allait le rendre célèbre à travers le monde : le goût du romanesque, qui complétait son désir d’autobiographie (Les 400 coups) et son envie de relire les codes du cinéma de genre (Tirez sur le pianiste). Adapté d’un livre d’Henri-Pierre Roché, Jules et Jim inscrit son récit dans celui de deux pays, la France et l’Allemagne, qui passent de l’insouc

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Bienvenue parmi nous

ECRANS | De Jean Becker (Fr, 1h30) avec Patrick Chesnais, Jeanne Lambert, Miou Miou...

Jerôme Dittmar | Vendredi 8 juin 2012

Bienvenue parmi nous

Jean Becker a pris un coup de vieux. Les plus mesquins diront qu'il l'a toujours été, comme Resnais. Pas faux. Sauf que l'auteur de L'Été meurtrier s'assume, et sans sauver ce Bienvenue parmi nous, il fait preuve au moins d'une certaine honnêteté. En voulant filmer la révolte existentielle d'un peintre reprenant goût à la vie et son art au contact d'une adolescente fugueuse, Becker joue au vieil esthète. Il veut ressusciter le portrait de la jeune fille, grand appel à l'innocence, à la beauté et au naturel, tout en vantant les valeurs de générosité et d'écoute. Un gros pari quand on connaît le CV du bonhomme. Pourtant, malgré sa complaisance gâteuse et son paternalisme lourdingue, on a presque envie de le suivre. Pas vraiment pour Patrick Chesnais, transformé le temps d'une scène culte en Charles Bronson du dimanche. Plutôt par désir de voir son actrice (Jeanne Lambert), gauche, un brin vulgaire mais fascinante, continuer à parler, bouger, exister. Jérôme Dittmar

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Juliette au pays des merveilles

SCENES | Époustouflante Jeanne d’Arc dans la version de Delteil (reprise au Théâtre national Populaire de Villeurbanne du 22 au 26 mai), Juliette Rizoud, est, du haut de ses 28 ans, une comédienne déjà expérimentée, notamment auprès de Christian Schiaretti. Rencontre avec une jeune fille au parcours sans faute et à l’appétit de théâtre insatiable. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 9 mai 2012

Juliette au pays des merveilles

Elle dit avoir eu très jeune un sentiment répulsif au théâtre, «il m’enlevait mes parents et les pots de première étaient interminables». À l’époque, Juliette Rizoud n’a pas cinq ans. Ses parents, comédiens et membres permanents de la Comédie de Saint-Étienne, viennent de s’installer à Toulouse, où Juliette restera jusqu’à ses 18 ans. Mais au collège, à l’issue de la 3e, elle s’avoue à elle-même qu’elle ne peut pas aller contre son désir de théâtre. «Je m’amusais depuis des années déjà à lire des textes à haute voix, à me déguiser». Ce sera donc option "lourde" théâtre dans un lycée de la ville rose pour décrocher un bac littéraire en 2002. Choisir cette voie du théâtre fera plus peur à ses parents qu’à elle-même, dit-elle. «Je savais où je mettais les pieds, je n’étais pas dans le fantasme du star système et j’avais la chance d’être entourée, d’avoir des guides». Elle patiente en dilettante à la fac (avec des cours de danse et de chant à haute dose en parallèle) et attend d’atteindre ses 18 ans pour se présenter aux concours. Elle sait ce qu’elle veut : l’ENSATT, une école qu’elle connait car son père est passé par la rue Blanche (ancien no

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Le Condamné à mort

SCENES | Emprisonné à Fresnes, Jean Genet (1910-1986) écrit en 1942 "Le Condamné à mort", long texte poétique et érotique, et première publication de l'écrivain. Il (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 3 juin 2011

Le Condamné à mort

Emprisonné à Fresnes, Jean Genet (1910-1986) écrit en 1942 "Le Condamné à mort", long texte poétique et érotique, et première publication de l'écrivain. Il s'inspire du personnage de Maurice Pilorge, jeune homme guillotiné en 1939 pour meurtre, autour duquel Jean Genet fantasme, digresse, invente, imagine même une amitié fictive... Ce texte superbe et puissant emprunte autant à Baudelaire ou à Rimbaud qu'aux faits divers du journal "Détective". «Soixante-six strophes de quatre à cinq vers d'un raffinement suprême et d'une extrême crudité, trouant d'insanités de somptueux alexandrins, mariant l'argot des rues à la grande langue classique, mêlant indistinctement le masculin et le féminin, le sacré et le blasphème, le sexe et la prière», résume Albert Dichy. Dans les années 1960, Hélène Martin mit en musique ce texte de Genet, et c'est sa version, avec quelques arrangements supplémentaires, que reprennent Jeanne Moreau et Étienne Daho avec ses musiciens. Le duo créé pour l'occasion (un spectacle entre concert et lecture, et un CD sorti en 2010) peut paraître surprenant, mais fonctionne en réalité à merveille avec le texte de Genet. La voix parlée, rauque et lente de Jean

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Ne change rien

ECRANS | De Pedro Costa (Fr-Por, 1h40) documentaire avec Jeanne Balibar, Rodolphe Burger, Hervé Loos…

Dorotée Aznar | Jeudi 21 janvier 2010

Ne change rien

Version longue d’un court métrage tourné en 2005, "Ne change rien" ressemble a priori à un documentaire sur Jeanne Balibar chanteuse. Mais venant de Pedro Costa, cinéaste radical qu’on sait très proche des Straub, il est évidemment plus que ça. C’est d’abord un portrait, au noir et blanc halluciné, de Balibar en muse. Un film sur son visage, émergeant d’une obscurité où la lumière perce avec la fragilité d’un songe, et surtout sa voix, dont le velours lascif imprègne la texture sonore. Plus encore, Costa enregistre et travaille la matière musicale. On a rarement montré avec autant de finesse et de partis pris stylistiques le processus créatif d’un groupe : puisque si le film est dédié à Balibar, il s’intéresse aussi à ses musiciens. Parfois répétitif (mais c’est l’idée), "Ne change rien" fascine par sa capacité à faire éclore une mélodie des ténèbres. JD

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