Lyon : les films à voir au cinéma du 20 octobre au 2 novembre 2021

En salles | « Le cinéma, c’est filmer la mort au travail » disait Cocteau. Soit, mais avant le grand saut, d’autres étapes s’écoulent, que les films se plaisent à illustrer. Dont vivre et devenir…

Vincent Raymond | Mercredi 20 octobre 2021

Photo : © A24


Grandir, c'est chouette !

Pour devenir, il faut grandir. Et Grandir, c'est chouette ! (le 20 octobre) rappelle le volatile du même nom, de retour avec un programme de court-métrages animés jeune public réunis autour des perceptions enfantines (peur du noir, solitude, jalousies entre sœurs, etc.) et des moyens d'y remédier.

Zébulon et les médecins volants

Bien fait, mais sacrément classique si l'on compare avec Zébulon et les médecins volants (le 20 octobre) visant le même âge, intégrant des courts russes absolument désopilants — dont Vive les mousquetaires ! d'Anton Dyakov qui évoque l'esthétique et l'humour absurde de Mordillo.

Ron débloque

De l'enfance à l'adolescence, il n'y a qu'un pas… pas toujours aisé à franchir, surtout quand on se ressent différent des autres. Dans Ron débloque de Octavio Rodriguez, Jean-Philippe Vine & Sarah Smith (le 20 octobre), un ado complexé d'être le seul de son collège à ne pas posséder le robot domestique servant à “se faire des amis” en récupère un largement défectueux. Ses dysfonctionnements vont certes semer un chaos général mais surtout permettre de dé-virtualiser les relations entre gamins. Quelque part entre Les Nouveaux Héros, Les Mondes de Ralph et Baby Boss 2, Ron débloque est un bon divertissement auquel il manque quelque chose d'essentiel sur la fin : une mise en garde corrosive vis-à-vis des objets connectés et de la robotique auprès de son public cible.

Las Niñas

Changement de décor et d'époque mais même classe d'âge pour Las Niñas de Pilar Palomero (le 27 octobre) : nous sommes ici dans un collège catho de filles du début des années 1990 d'une Espagne encore sous le joug d'une morale rétrograde, alors que la jeunesse aspire à la liberté. La réalisatrice filme ce moment de bascule coïncidant avec l'adolescence de ses héroïnes avec un mixte de nostalgie pour l'insouciance enfantine et de consternation face à la rigidité conservatrice des mœurs d'alors. D'actualité : la crainte de revenir en arrière n'a jamais été aussi grande que ces derniers mois, où les mesures politiques attentatoires aux libertés des femmes prolifèrent dans le monde comme une sale lèpre…

Illusions Perdues

Et puis l'on devient grand, et c'est une autre paire de manches. Avec son titre ô combien programmatique, Illusions Perdues (le 20 octobre), Xavier Giannoli adapte Balzac dans une fresque somptueuse et cruelle où Benjamin Voisin, jeune provincial demi-roturier, s'imagine Rastignac ou Aznavour, conquérir Paris. Forcément, cela tourne mal, mais au passage, quel vertige de cinéma ! Et surtout, quelle effroyable résonance entre le XIXe siècle et notre XXIe

First Cow

De l'autre côté de l'Atlantique, à la même époque où presque, Kelly Reichardt (le 20 octobre) narre dans First Cow un nouvel épisode de la Conquête de l'Ouest où deux aventuriers — l'un cuisinier, l'autre fort en marketing — font équipe et connaissent un début de réussite. Leur secret ? Ils volent le lait de la seule vache du pays pour leurs pâtisseries. Si l'argument semble improbable, ce film palpitant, drôle, reposant sur une amitié dont la solidité demeure jusqu'au bout douteuse est signé par celle qui est devenue la reine du western. Ça ne se manque pas !


Grandir, c'est chouette

De Célia Tocco (Fr, 52 min)

De Célia Tocco (Fr, 52 min)

salles et horaires du film


Avez-vous peur du noir ? Avez-vous déjà lancé une "bouteille à la mer" ? Êtes-vous déjà descendu dans un puits à la recherche de votre destin ? Dans son nouveau programme, la Chouette du cinéma revient vous présenter trois histoires d'enfants qui ouvrent grand leurs ailes !

Grandir, c'est chouette est à  l'affiche dans 1 salle le mercredi 01 décembre

Cinéma CGR Brignais

Rue de l'Industrie 69530 Brignais
Mer - sam - dim 10h
Grandir, c'est chouette est à  l'affiche dans 1 salle le jeudi 02 décembre

Cinéma CGR Brignais

Rue de l'Industrie 69530 Brignais
Mer - sam - dim 10h
Grandir, c'est chouette est à  l'affiche dans 1 salle le vendredi 03 décembre

Cinéma CGR Brignais

Rue de l'Industrie 69530 Brignais
Mer - sam - dim 10h
Grandir, c'est chouette est à  l'affiche dans 1 salle le samedi 04 décembre

Cinéma CGR Brignais

Rue de l'Industrie 69530 Brignais
Mer - sam - dim 10h
Grandir, c'est chouette est à  l'affiche dans 1 salle le dimanche 05 décembre

Cinéma CGR Brignais

Rue de l'Industrie 69530 Brignais
Mer - sam - dim 10h
Grandir, c'est chouette est à  l'affiche dans 1 salle le lundi 06 décembre

Cinéma CGR Brignais

Rue de l'Industrie 69530 Brignais
Mer - sam - dim 10h
Grandir, c'est chouette est à  l'affiche dans 1 salle le mardi 07 décembre

Cinéma CGR Brignais

Rue de l'Industrie 69530 Brignais
Mer - sam - dim 10h

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Xavier Giannoli : « Illusions perdues a été comme un cœur battant depuis mes vingt ans »

Illusions perdues | Rêvée pendant trente ans, l’adaptation par Xavier Giannoli du roman d’apprentissage de Balzac voit enfin le jour. Une fresque au souffle épique qu’il qualifie cependant à raison « d’intime », tendant un miroir stupéfiant à notre époque. Du cinéma à grand spectacle par un cinéaste possédé. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 20 octobre 2021

Xavier Giannoli : « Illusions perdues a été comme un cœur battant depuis mes vingt ans »

On a l’impression que c’est un film-somme pour vous : on y trouve des supercheries, des impostures, des déceptions… Bref, des thématiques traversant tout votre cinéma… Xavier Giannoli : J’en ai bien peur… [sourire] Pour remettre les choses à l’endroit, j’ai lu le roman quant j’avais l’âge du héros, à 19 ans, et ç’avait été une expérience totalement bouleversante. J’ai été touché par sa vie, ses épreuves. Je me sentais moins seul face au monde — on a tous vécu ça. Ce roman est devenu obsessionnel, à l’époque. Je faisais des études de littérature et j’ai eu la chance d’avoir un prof vraiment extraordinaire qui m’a éveillé aux secrets de l’œuvre, à ses résonances contemporaines qui lui faisaient penser à ce que Fellini disait de l’irruption de la télévision dans la civilisation occidentale. Il arrivait à avoir une vue ample sur les questions de basculement de civilisation et très sensible sur le personnage, l’histoire d’amour, les déceptions, les échecs, les trahisons… Tout ce qui fait la vie sociale. Ce film a été comme un cœur battant depuis mes vingt ans : j’ai toujours espéré pouvoir en fai

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Xavier Giannoli : ”Un appel vers le mystère“

L'Apparition | Après Marguerite, Xavier Giannoli revient avec L’Apparition. Vincent Lindon y campe un journaliste envoyé par le Vatican dans les Alpes, où une jeune fille affirme avoir eu une apparition de la Vierge. L’enquête est ouverte… Propos recueillis par Vincent Raymond & Aliénor Vinçotte

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Xavier Giannoli : ”Un appel vers le mystère“

Qu’est-ce qui vous a mené sur ce chemin de la foi ? Xavier Giannoli : Je ne crois pas que L’Apparition soit un film sur le chemin de la foi. J’ai lu un fait divers où il était question d’une enquête canonique — c’est-à-dire une enquête diligentée par un évêque pour essayer de faire la lumière sur un fait surnaturel, “apparitionnaire”. J’ai tout de suite compris que c’était un sujet de film, de cinéma très romanesque et très intéressant. J’ai été baptisé, j’ai reçu une éducation chrétienne, mais je ne suis pas pratiquant et je pense comme tout le monde que cette question du religieux, de la foi, de l’existence ou de l’absence de Dieu est une question essentielle de nos vies. J’avais l’intuition que l’enquête était une proposition cinématographiquement forte et originale. Si ce n’est pas un film sur la foi, alors qu’en est-il ? C’est un film sur le doute. Des films sur la foi, j’en ai vu. Là, ce qui m’intéressait, c’est d’avoir le point de vue d’un sceptique sur un mystère. J’ai donc une approche documentaire, argumentée et étayée par une lon

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En présence d’un doute : "L'Apparition"

Mystère mystérieux | de Xavier Giannoli (Fr, 2h21) avec Vincent Lindon, Galatea Bellugi, Patrick d’Assumçao…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

En présence d’un doute :

Encore blessé et traumatisé par la mort d’un confrère sur le terrain, un reporter de guerre accepte de sortir de sa prostration quand un évêque du Vatican lui demande de participer à une enquête canonique : une jeune fille prétend que la Vierge lui est apparue, mais rien n’est moins sûr… Xavier Giannoli traite ici, comme dans nombre de ses réalisations précédentes — ses courts-métrages y compris —, d’une fascination pour une forme d’aura inexplicable ; la grâce mystique prenant dans L’Apparition le relai de la notoriété (Superstar), du charisme (Quand j’étais chanteur) ou du (non-)talent artistique (Marguerite). À cette note fondamentale, il ajoute un autre thème récurrent et souvent complémentaire : la dissimulation et l’usurpation de qualité. Pour les figures centrales de ses fi

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Marguerite

ECRANS | De Xavier Giannoli (Fr, 2h07) avec Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau…

Vincent Raymond | Mardi 15 septembre 2015

Marguerite

Marguerite, baronne férue d’art lyrique, donne des récitals à domicile lors de soirées de bienfaisance. Sa prodigalité retient tous ses obligés, à commencer par son époux, de lui révéler qu’elle chante comme une casserole. Quand lui prend l’envie d’organiser un concert public, ses proches tentent de l'en dissuader, puis de limiter la casse en embauchant un coach… Capable de l’épouvantable (Quand j’étais chanteur) comme du très correct (À l’origine), Giannoli délaisse rapidement le "gag" de la voix de crécelle pour s’intéresser à la singulière personnalité de Marguerite, à sa solitude de femme délaissée et sa conquête d’indépendance ; à sa générosité et son absence d’a priori — en témoigne la galaxie de freaks dont elle s’entoure sans ciller. Du nanan pour Catherine Frot. Il perd hélas en subtilité dans la réalisation des récitals. Multipliant les très gros plans sur la bouche, voire la glotte de la diva, il crée un effet caricatural inutile, car redondant avec la bande-son : même la plus atrophiée des oreilles entend que les mugissements de Marguerite sont une injure à la justesse.

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Night moves

ECRANS | Kelly Reichardt suit patiemment trois terroristes écolos qui décident de faire sauter un barrage dans un thriller au ralenti où la dilatation du temps, la beauté de la mise en espace et les soubresauts des désirs qui animent le trio confinent à l’hypnose. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2014

Night moves

Au début de Night moves, Josh — Jesse Eisenberg, définitivement l’acteur 2.0, aussi lisse en apparence que trouble dans les profondeurs qui agitent ses personnages — et Dena — Dakota Fanning, à la présence sensuelle et magnétique — se rendent dans un happening d’écolos underground où est présenté un petit film expérimental et arty servant à galvaniser les militants. Kelly Reichardt, comme ses personnages, prend ses distances avec ce folklore-là, cette façon de faire de la politique sans jamais passer à l’action. Pour Josh et Dena, rejoints ensuite par Harmon — Peter Sarsgaard — il va falloir se mouiller dans tous les sens du terme en allant faire sauter un barrage et rendre ainsi ce coin de l’Oregon à l’état de nature, loin de l’intervention industrielle et libérale ; pour la cinéaste, l’objectif est de raconter ce geste terroriste comme un thriller au ralenti, où l’acte final serait, telle la flèche dans le paradoxe de Zénon, découpé en une multitude d’actions plus petite observées avec un soin méticuleux et chargées de leur propre suspense : repérer les lieux, acheter le matériel pour fabriquer l’explosif, charger un zodiac dans une remorque… La vraie

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Superstar

ECRANS | Où Xavier Giannoli veut-il en venir avec cette fable où un Monsieur Tout-le-Monde (Kad Merad, choix presque trop évident, même si l’acteur s’en sort avec (...)

Christophe Chabert | Vendredi 13 juillet 2012

Superstar

Où Xavier Giannoli veut-il en venir avec cette fable où un Monsieur Tout-le-Monde (Kad Merad, choix presque trop évident, même si l’acteur s’en sort avec un certain talent) est soudain considéré comme une célébrité, sans qu’il sache pourquoi ? L’argument, exactement le même que celui du segment avec Benigni dans To Rome with love, est prétexte à une confuse démonstration de la part du cinéaste d’À l’origine. Portant d’abord la faute sur des media avides d’audience et de clics (savoureuse prestation de Louis-Do De Lenquesaing en producteur sans scrupule), Giannoli reprend ensuite en mode mineur l’idée de son film précédent : comment une foule projette sur un homme qui passait par là ses désirs et ses frustrations. Mais, à la faveur d’un nouveau coup de force scénaristique, c’est le peuple qui est à son tour dénoncé, brûlant avec la même ferveur celui qu’il adulait hier. Comme un film à thèse qui défendrait tout et son contraire, Superstar s’emmêle les pinceaux dans une rumination façon Tavernier contre l’époque et la société que, par ailleurs, il s’avère incapable de filmer sans sombrer dans le cliché. Les pénibles séquences au supermar

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Vague à l'âme cow-boy

MUSIQUES | Héros de la country-folk et du rock indépendant américains, le musicien et acteur Will Oldham, devenu Bonnie 'Prince' Billy, a toujours manœuvré entre la confusion des genres et celle des sentiments. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 7 octobre 2011

Vague à l'âme cow-boy

Dans Mystery Train, son livre-somme sur la genèse du "wock'n'woll", le critique Greil Marcus évoque un certain Moran Lee «Dock» Boggs, mineur de Virginie et joueur de banjo, qui opéra sans doute le premier la jonction entre la musique blanche des Appalaches et le blues afro-américain. On assiste quasiment à la scène dans Matewan (1987) de John Sayles où un très jeune Will Oldham incarne un mineur-prêcheur dans la Virginie de l'Ouest des années 20, qui tente de concilier sa foi baptiste avec le bolchévisme supposément diabolique de ses aspirations syndicalistes : un soir, un ouvrier noir cale le blues de son harmonica sur l'air de mandoline d'un immigré italien et la guitare country d'un redneck. D'un coup, les intérêts divergents, les antagonismes raciaux et les cultures inconciliables trouvent une manière de dialoguer qui se prolongera sur le plan social. Quelques années plus tard, ce même Will Oldham, en Dock Boggs de son époque, opérera une autre forme de jonction, celle de la country traditionnelle et du rock indépendant, dans un contexte presque aussi lourd. Né à Louisville, Kentucky, Will Oldham, issu d'une famille lettrée en pays white-trash, est

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La Dernière Piste

ECRANS | De Kelly Reichardt (ÉU, 1h44) avec Michelle Williams, Paul Dano, Bruce Greenwood…

Christophe Chabert | Mardi 14 juin 2011

La Dernière Piste

Avec La Dernière Piste, la réalisatrice d’Old joy et Wendy et Lucy prend à revers le revival du western américain. Il s’agit pour elle non pas de revisiter ses codes, mais d’en tirer une épure méditative en raréfiant enjeux et dialogues. L’introduction décrit en quelques plans ascétiques des pionniers muets écrasés par l’espace désertique qui les entoure. Et pour cause : ce convoi est perdu dès la première image. Une brève séquence nous apprend que c’est en suivant le «raccourci» indiqué par Stephen Meek, cowboy sale et grossier (génial Bruce Greenwood) qu’ils se sont égarés. La question est posée : faut-il lyncher Meek, qui malgré son assurance et sa connaissance de cet ouest sauvage, reste un étranger à la communauté ? Reichardt va redoubler le conflit lorsqu’un Indien est capturé par Meek, et que le groupe se divise sur ce qu’il faut en faire : l’exécuter ou le suivre en espérant qu’il les conduise à un point d’eau salvateur ? C’est la très belle idée de La Dernière Piste, à la fois interrogation lancée à l’Amérique d’aujourd’hui et déclaration d’indépendance cinématographique : faut-il accueillir dans une société ce qui lui résiste (l’Indi

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