Correspondances : Les Pages d'Agnès Varda

Palais Idéal du Facteur Cheval | Jeune photographe, Agnès Varda avait en 1955 visité et immortalisé par quelques clichés le Palais Idéal. Celui-ci lui rend son hommage en lui consacrant un triptyque d’expositions dont la première s’admire en ce moment, en toutes lettres…

Vincent Raymond | Vendredi 29 mai 2020

Photo : © VR


Fécondes sont depuis toujours les noces entre les artistes et le Palais Idéal. En particulier ceux et celles dont l'originalité ne souffre pas de frontière ni ne conçoit rien d'impossible. Picasso, Breton, Lee Miller, Éluard, Max Ernst ou Neruda sont ainsi tombés sous le charme de l'étrange édifice quand une masse objectait encore des atrocités sur cette œuvre spontanée. Entre eux, les artistes se reconnaissent, s'inspirent et nouent naturellement d'osmotiques correspondances.

Pour les développer, le Palais Idéal accueille depuis une quinzaine d'années dans son enceinte (où il dispose d'un espace muséographique flambant neuf, en sus de la Villa Alicius) ainsi que dans le Château de Hauterives, des expositions en résonance, vibration ou capillarité artistique avec l'univers du facteur. Inventive, fantasque et pluridisciplinaire, la regrettée photographe-cinéaste-plasticienne Agnès Varda a les honneurs des lieux pour non pas une, mais trois expositions, dont la première actuellement visible, porte avec justesse et sobriété le titre de Correspondances.

Tournée géniale

Les points de convergences entre Agnès et Ferdinand ne manquent pas : inlassables constructeurs d'une œuvre unique dont ils furent les précurseurs (l'une de la Nouvelle Vague, l'autre d'un courant architectural naïf), ils vouaient pour des raisons diverses un attachement particulier à l'acte épistolaire. Nul besoin d'en dire plus pour Cheval, facteur rural de son état ; pour Agnès en revanche, écrire ou recevoir du courrier procédait d'une cérémonie entre l'intime et l'extime — n'a-t-elle pas, à de nombreuses reprises dans ses fictions ou documentaires, représenté des missives et des facteurs à l'écran ? Échangeant avec des spécialistes du mail art ou du m@il art que sont Kikie Crêvecour ou Chris Marker, conservant les plis de ses expéditeur célèbres (Calder…) ou anonymes, collectionnant les cartes postales thématiques (les “Pensées“, les “Annonciations“…), allant jusqu'à entretenir une correspondance forcément univoque car posthume avec son défunt époux Jacques Demy (à l'adresse du cimetière du Montparnasse !), cette archiviste du quotidien faisait de la conversation scripturaire une relation merveilleuse qui, en ces temps de « distanciation sociale » stupéfie par son actualité.

Le simple fait de parcourir des yeux les (bons) mots tracés de la main d'Agnès ; sa graphie régulière scandée de notes humoristiques ou de remarques insolites et poétiques, prouvent que l'écrit possède cette faculté de ressusciter — un peu — les absents. Autant que la parole, puisque sa voix s'entend dans une autre section de l'exposition [dont l'accès est encore temporairement restreint à la date où nous rédigeons] : la Villa Alicius présente une partie des installations réalisées dans la foulée des Glaneurs et de la Glaneuse (2000) tel le fameux costume de patate revêtu par la cinéaste.

Voyage dans la boîte aux lettres/boîte aux souvenirs d'Agnès, cette intelligente première approche n'oublie pas les philatélistes, qui découvriront la genèse du timbre Jean Vilar (2001), issu d'un portrait photographique signé en 1953, ou encore comment un cliché d'une Portugaise marchant sous une affiche de Sophia Loren est devenu un best seller au rayon cartes postales… Femme affranchie, artiste malicieusement timbrée, factrice de cinéma, Agnès Varda se retrouve ici dans toute sa multiplicité. Vivement les suites !

Agnès Varda, Correspondances
Au Palais Idéal du facteur Cheval jusqu'au 6 septembre
8 rue du Palais ; 26390 Hauterives (Drôme)
T. 04 75 68 81 19
Tous les jours dès 9h30

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Frédéric Legros : « on a travaillé deux fois plus vite pour être prêts »

Palais Idéal du Facteur Cheval | Comme beaucoup de responsables d’institutions culturelles, Frédéric Legros se souviendra du printemps 2020 comme d’une saison non en enfer, mais au purgatoire. Le directeur du Palais Idéal du facteur Cheval se projette néanmoins avec confiance dans l’avenir…

Vincent Raymond | Vendredi 29 mai 2020

Frédéric Legros : « on a travaillé deux fois plus vite pour être prêts »

Comment s’est déroulée votre réouverture ? Frédéric Legros : Pour tout vous dire, nous nous attendions à rouvrir en juin. Et au cours d’une conférence de presse, le préfet de la Drôme a annoncé qu’il invitait les musées et différentes structures du département à rouvrir au public, dont le Palais Idéal — seule structure nommément citée. On a donc accéléré le travail en cours sur le protocole de réouverture qui passait notamment par la mise en place d’une billetterie en ligne et d’un système de réservation, ce qui n’avait jamais existé au Palais. On l’avait prévu pour juin afin de gérer les flux, et au finale on a travaillé deux fois plus vite pour être prêts. Mais c'était plutôt heureux d’avancer dans ce sens. D’autant que ça été vécu vraiment comme une bonne nouvelle, et un très bon signe. La semaine dernière j’ai fait une réunion en visio avec les différents partenaires de la Communauté de commune — 39 communes entre l’Ardèche et l

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Le Palais idéal du Facteur Cheval, le message au-delà de l’enveloppe

Escapade | À 75km de Lyon, se dresse à Hauterives dans la Drôme le Palais Idéal du Facteur Cheval, « unique exemple d’architecture naïve » selon André Malraux qui le fit classer Monument historique. Une destination elle aussi idéale pour renouer avec l’Art…

Vincent Raymond | Vendredi 29 mai 2020

Le Palais idéal du Facteur Cheval, le message au-delà de l’enveloppe

Au premier abord, cela tiendrait presque de la provocation : pourquoi, après presque deux mois de confinement, sortir de chez soi pour se précipiter vers… une maison — pardon : un “palais” ? Atypique, certes, car bien loin du faste et de l’immensité généralement attachés à ce type de bâtiment : assez monumental pour être gravi ou traversé de part en part, mais trop réduit pour servir de demeure. “Idéal“, il l’est pourtant, puisqu’il constitue l’exceptionnelle matérialisation d’un rêve, offrant à tout un chacun la possibilité de le partager concrètement, d’en faire collectivement l’expérience physique. Nous sortons d’une période entre parenthèses qui nous a forcés à habiter différemment l’espace et reconsidérer les notions de domicile, de dedans, de dehors. Mais permis, aussi, de mieux percevoir l’importance structurante des méthodiques rituels quotidiens, quels qu’ils soient, ainsi que la valeur de l’obstination. Un contexte propice pour comprendre à quel point la fameuse sentence (attribuée à un peu tout le monde) « l’imagination est la folle du logis » prend son sens devant cet édifice, fruit du

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Aux marges du palais : "L'Incroyable histoire du Facteur Cheval"

Biopic | de Nils Tavernier (Fr, 1h45) avec Jacques Gamblin, Laetitia Casta, Bernard Le Coq…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Aux marges du palais :

Drôme, XIXe siècle. Maladivement réservé et mutique, le facteur Cheval effraie bon nombre des villageois qu’il croise durant sa tournée. Sauf la belle Philomène, qu’il va épouser. Pour leur fille Alice, il va entreprendre la construction d’une œuvre spontanée et insensée : un palais idéal. À partir des bribes de témoignages et de rares documents d’époque (dont le fameux cahier autographe de Joseph-Ferdinand Cheval), Nils Tavernier dresse son portrait du mystérieux architecte naïf autodidacte, postulant à demi-mots que son aversion pour les rapports humains relevait peut-être d’un trouble du spectre de l’autisme. Obstiné, raide dans son col et sa souffrance, Gamblin s’accapare ce personnage s’exprimant davantage par ses doigts bandés et ses monosyllabes soufflées sous ses volumineuses moustaches : le moindre de ses tressaillements est signifiant. De fait, sa construction de Cheval s’avère tout aussi fascinante que l’histoire de l’édification de son palais, qui elle répond à des impératifs narratifs plus classiques, scandée de drames et de deuils ayant marqué le bâtisseur,

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Hue, facteur !

Avant-Première | Pierre après pierre, tournée après tournée, ce vaillant employé des Postes a construit en autodidacte un Palais Idéal dans sa commune de Hauterives, comptant (...)

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Hue, facteur !

Pierre après pierre, tournée après tournée, ce vaillant employé des Postes a construit en autodidacte un Palais Idéal dans sa commune de Hauterives, comptant aujourd’hui parmi les chefs-d’œuvre d’art brut mondiaux. Pour Nils Tavernier qui a voulu conter L'incroyable histoire du Facteur Cheval, cet architecte drômois revêt les traits de Jacques Gamblin. Le cinéaste ainsi que son interprète féminine Lætitia Casta mais aussi Jacques Gamblin seront présents lors de l’avant-première lyonnaise de ce film évidemment tourné en Auvergne-Rhône-Alpes. L'incroyable histoire du Facteur Cheval Au Pathé Bellecour ​le lundi 3 décembre à 20h45

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Le Palais idéal, le rêve d'une vie gravé dans la roche

Art Brut | Dans un petit village de la Drôme que rien ne prédestinait à la renommée, Ferdinand Cheval, modeste facteur, a érigé pierre après pierre un palais devenu symbole précurseur de l’art brut. Chaque année, près de cent mille visiteurs viennent admirer l’œuvre d’une vie.

Corentin Fraisse | Mardi 4 juillet 2017

Le Palais idéal, le rêve d'une vie gravé dans la roche

Le Palais idéal du facteur Cheval, c’est le récit d’un prolétaire qui devient précurseur involontaire de l’art brut du XXe siècle. Tout commence un jour d’avril 1879 quand le facteur d’Hauterives (Drôme), Ferdinand Cheval, la quarantaine, trébuche sur une pierre lors d’une de ses tournées, comme il le raconte dans une lettre de 1897 écrite à l’archiviste André Lacroix. La pierre attire l’œil du facteur qui, jour après jour, va ramener chez lui des petits cailloux aux formes particulières et étonnantes. Il les empile d’abord dans son potager puis va construire un immense palais jailli de son imagination : 12 mètres de haut, 26 mètres de large, des milliers de pierres ramassées et quatre façades sculptées. Le fruit d’un travail de trente ans. Il n’a alors que peu de connaissances artistiques et surtout, aucune notion d’architecture. « Je n'étais pas maçon, je n'avais jamais touché une truelle ; sculpteur, je ne connaissais pas le ciseau ; pour de l'architecture, je n'en parle pas : je ne l'ai jamais étudiée. »

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"Visages, Villages" d'Agnès Varda et JR

Le Film de la Semaine | Sans vraiment se connaître, une figure tutélaire des arts visuels et une nouvelle tête du street art partent ensemble tirer le portrait de bobines anonymes et dévider le fil de leur vie. Hanté par les fantômes d’Agnès Varda ce buddy-road-movie est surtout un film sur le regard.

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

L’attelage peut paraître baroque. Agnès Varda, auto-proclamée non sans humour “grand-mère de la Nouvelle Vague”, s’allie à JR, l’installateur graphique à la mode. On ne peut suspecter la malicieuse doyenne des cinéastes français de tenter un coup de pub. Il s’agit là de curiosité pour la démarche de son cadet : avant même sa naissance, ne tournait-elle pas déjà Mur, murs (1980), un documentaire sur ce support que l’ancien graffeur affectionne ? Donnant le tempo, mais aussi son architecture globale au projet — elle a assumé quasi seule la discipline du montage, c’est-à-dire de l’écriture finale du film —, Agnès Varda guide notre regard et montre ce qu’elle a envie de montrer. Tout à l’œil Davantage que la “machinerie” JR (l’alpha et l’oméga du dispositif technique de la photo grand format de gens normaux contrecollée sur des murs), le film capte l’interaction de cette image avec les modèles, les passants ou parfois les souvenirs. La photo se fait catalyseur, porte d’entrée dans leur intimité, dans leurs histoires.

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Jane Birkin chez les frères Lumière

Institut Lumière | Alors que vient de débuter la rétrospective Varda, donnant l’occasion de (re)voir vendredi 16 septembre le portrait-fantaisie que la cinéaste avait consacré à (...)

Vincent Raymond | Dimanche 4 septembre 2016

 Jane Birkin chez les frères Lumière

Alors que vient de débuter la rétrospective Varda, donnant l’occasion de (re)voir vendredi 16 septembre le portrait-fantaisie que la cinéaste avait consacré à la jeune quadragénaire — Jane B. par Agnès V. (1988) —, Jane Birkin a droit à “son” invitation à l’Institut Lumière. Une soirée en deux parties, forcément trop courte pour évoquer l’étonnante carrière de l’Anglaise aux “yeux bleus, cheveux châtains, teint pâle”. À elle seule en effet, la muse et interprète de Serge Gainsbourg puis de Jacques Doillon, a beaucoup plus accompli durant le demi-siècle écoulé en faveur de la place du Royaume-Uni dans l’Europe culturelle que nombre de ministres de Sa Gracieuse Majesté. Comédienne de cinéma, puis chanteuse presque par hasard ; femme de théâtre et de lettres, réalisatrice enfin (Boxes, en 2007), l’artiste Jane Birkin est aussi une bel

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La rentrée de l'Institut Lumière : feux croisés

La rentrée cinéma à Lyon | À cinq semaines de la 8e édition de son festival — qui honorera Catherine Deneuve, faut-il encore le rappeler ? —, l’Institut Lumière fourbit bien d’autres nouveautés pour la saison 2016-2017. Pleins phares sur quelques rendez-vous attendus…

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

La rentrée de l'Institut Lumière : feux croisés

Septembre n’est pas encore là que la salle du Hangar s’offre un 5 à 7 avec Cléo en guise de soirée d’ouverture de saison — et surtout de prémices à la rétrospective Agnès Varda. Une rentrée très dense rue du Premier-Film, où l’agenda déborde déjà : quelques invitations émailleront la fin de l’été — Jane Birkin (13 septembre), puis l’homme de cinéma mac-mahonien Pierre Rissient (21 septembre) —, une nuit Batman autour des films de Tim Burton et Christopher Nolan tiendra éveillés les citoyens de Gotham le 24 septembre ; enfin La Vie de château, Belle de jour et Ma saison préférée permettront "d’attendre" Catherine Deneuve. Car nombreux sont les spectateurs à avoir déjà en ligne de mire le Festiv

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Rétrospective Varda : Le B.A-BA d’Agnès V.

Rétrospective à l'Institut Lumière | Cela n’a pas dû être coton de cueillir (ou bien… glaner ?) des titres dans cet immense champ fleuri qu’est l’œuvre d’Agnès Varda : courts, longs, (...)

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Rétrospective Varda : Le B.A-BA d’Agnès V.

Cela n’a pas dû être coton de cueillir (ou bien… glaner ?) des titres dans cet immense champ fleuri qu’est l’œuvre d’Agnès Varda : courts, longs, fictions, documentaires ; fantaisies, reportages, objets autonomes et singuliers, épisodes de séries, montages photographiques, vidéos d’installations, téléfilms… Rien ne se ressemble de prime abord, et cependant tout porte sa marque ou sa voix incomparable et bienveillante. Alors, quelle ligne emprunter pour y vagabonder ? Ou quels détours ? Peu importe, en définitive : tous les chemins mènent à Agnès et à Varda. L’institut Lumière a privilégié une approche par les sommets, c’est-à-dire ses films les plus célèbres et célébrés. Des histoires imitant le réel comme La Pointe Courte, Cléo de 5 à 7, Le Bonheur, L’une chante, l’autre pas, Sans toit ni loi, à travers lesquelles on voit la société évoluer et les femmes conquérir leurs droits ; des portraits ou miroirs p

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Agnès Varda : « J’ai été photographe, un petit peu… »

Interview | Avant-gardiste malicieuse, toujours en mouvement — même si, de son propre aveu, elle ralentit sa cadence — Agnès Varda fait coup double à l’institut Lumière avec une rétrospective cinéma et une exposition photo. Petit préambule en forme de conversation.

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Agnès Varda : « J’ai été photographe, un petit peu… »

Avez-vous été associée au choix des films présentés à Lyon ? Pas du tout ! (sourire) Thierry [Frémaux] n’a pas besoin de moi pour choisir. Qu’y a-t-il comme films ? [elle étudie la liste] Ah, Les Cent et une nuits… Je suis contente qu’ils le montrent : en général, il n’est pas choisi dans les rétrospectives. C’est un film mal aimé ; une sorte d’hommage au cinéma traité avec décalage et humour. Une comédie assez légère, comme une fête foraine ou un carnaval, avec des acteurs éblouissants que je n’aurais pas cru diriger un jour : Gina Lollobrigida, Belmondo, De Niro…. J’avais joué la carte des acteurs, parce que l’idée des auteurs, elle passe chez les cinéphiles mais pas tellement ailleurs. Mais les gens ne l’ont pas compris : on ne me donne pas le droit de faire de comédie ! Peut-être les spectateurs pensaient-ils que vous adopteriez des codes que vous aviez toujours détournés, et que vous cesseriez d’être attentive aux marges de la société… Vous savez, par mon travail, j’ai acquis une position tout à fait marginale — je

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Varda et ses dames

Ciné Collection | Seule réalisatrice (ou presque) à avoir accompagné la Nouvelle Vague — qu’elle a même précédée d’une courte pointe avec La Pointe Courte (1955) — Agnès Varda n’est (...)

Vincent Raymond | Mercredi 4 mai 2016

Varda et ses dames

Seule réalisatrice (ou presque) à avoir accompagné la Nouvelle Vague — qu’elle a même précédée d’une courte pointe avec La Pointe Courte (1955) — Agnès Varda n’est pas le type d’auteure à s’enfermer dans un cinéma genré : ses films parlent de tout le monde, et s’adressent à tout un chacun comme à chacune. Pour autant, il lui est arrivé de capturer des portraits singuliers de personnages féminins, tels ceux de Cléo et Mona — des francs-tireuses à leur manière, livrées à leur solitude et à leurs angoisses. Par-delà des années, les héroïnes respectives de Cléo de 5 à 7 (1962) et de Sans toi ni loi (1985) partagent errance et incertitude. La première en temps réel et en noir et blanc redoute les résultats d’un examen médical ; la seconde fait la route comme si elle fuyait le spectre hideux de la stabilité, annonciateur de son inéluctable mort. Deux femmes en mouvement dans des sociétés rigides, deux rôles prodigieux offerts à des comédiennes aussi dissemblables que possibles : la délicate Corinne Marchand campe chignon relevé une Cléo toute entière absorbée par ses tourments intérieurs, quand Sandrine Bonnaire à peine échappée de l’étre

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Rhône-Alpes en huit sites incontournables

ACTUS | Avant que la région n'en compte douze, zoom sur les lieux les plus emblématiques de chacun des huit départements de Rhône-Alpes, qu’ils soient inscrits ou classés aux monuments historiques. À voir et à revoir.

Nadja Pobel | Mardi 7 juillet 2015

Rhône-Alpes en huit sites incontournables

Ain – Édifice de Brou Sacré "Monument préféré des français" en 2014 par l’émission télé du même nom, le Monastère royal de Brou est furieusement tendance. Situé à Bourg-en-Bresse, à même pas une heure de Lyon, ce chef-d’œuvre gothique du XVIe siècle qui attire les foules est en fait un mausolée princier accueillant trois tombeaux. Car le monastère est né d'une belle histoire d'amour : il fut mis en chantier par Marguerite d'Autriche, inconsolable après la mort de son mari le duc de Savoie. Incroyablement bien conservé, il renferme aujourd'hui un important musée de sculpture flamande du XVIe. Sa succession de trois (!) cloîtres prolonge le plaisir de la découverte. Valentine Martin Ardèche – La Caverne du Pont-d'Arc Depuis le 25 avril, la reconstitution de la grotte Chauvet invite à découvrir un exceptionnel trésor ancestral : mille dessins rupestres, dont 425 animaux – notamment des

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Seconde(s) chance(s) : les reprises ciné de l'été

ECRANS | Comme dans les années 80, la saison estivale est devenue le moment privilégié pour exposer des classiques dans les salles. La moisson 2014 est belle du côté du Comœdia, avec notamment un thriller génial de John Frankenheimer et les aventures américaines d’Agnès Varda. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Seconde(s) chance(s) : les reprises ciné de l'été

Premier événement de cet été de classiques au Comœdia : l’exhumation d’une perle rare du thriller américain, un film matrice et pionnier de John Frankenheimer, Seconds, L’Opération diabolique (à partir du 23 juillet) où un banquier âgé et déprimé par la monotonie de son existence accepte la proposition d’une mystérieuse organisation : changer de visage et démarrer ainsi une nouvelle vie. Le visage en question est celui de Rock Hudson, et voilà notre homme propulsé dans une communauté constituée uniquement d’autres «reborns» menant la vie facile, jusqu’à ce qu’il se rende compte du prix à payer pour cette opération effectivement diabolique. Dans un noir et blanc spectaculaire signé par le vétéran James Wong Howe — qui fut le directeur photo de John Ford — Frankenheimer signait un objet culte, le premier film casse-tête de l’histoire du cinéma. Tourné en 1965, c’est aussi un prototype parfait et précoce du cinéma conspirationniste et parano qui allait envahir Hollywood cinq ans plus tard. Terres étrangères Devenu invisible depuis sa sortie en 1970, Moonwalk One (à partir du 30 juillet) de Theo Tamecke r

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«Des images pour le dire»

ECRANS | Entretien / Agnès Varda, au fil de la parole, aussi libre que son dernier film. Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Mercredi 10 décembre 2008

«Des images pour le dire»

«J’ai fait rentrer dans tous mes films des moments de vie, de la mienne et des autres. Par exemple, dans Daguerréotypes, il y avait ce merveilleux boulanger et sa femme… Je signale qu’il y a un double DVD regroupant ce film et Cléo de 5 à 7. Cléo de 5 à 7, c’est de la fiction, sur la peur de cette fille qui marche dans Paris ; Daguerréotypes, je l’ai filmé dans ma rue, c’est le Paris des petits commerçants. Ce double DVD est vraiment comme je suis : un peu attiré par la fiction, l’imaginaire, et énormément attiré par les vrais gens. Je ne peux pas dire comme j’aime les mots d’amour de cette boulangère qui dit : «Il venait livrer le pain dans ma campagne, j’attendais le mercredi pour le voir.» C’est aussi beau que n’importe quelle tirade littéraire.» Mémoire«On peut tricher avec la mémoire. J’ai connu beaucoup de gens que j’aime qui ont perdu la mémoire et moi, je la perds aussi, doucement mais sûrement. Ma mère avait été élevée avec douze frères et sœurs, mais elle n’avait eu que cinq enfants. Quand elle parlait, elle parlait toujours de ses frères et sœurs, et jamais de ses enfants. La perte de mémoire est une extraordinaire liberté ! Ma mère était dans un brouillard q

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Les Plages d'Agnès

ECRANS | Cinéma / Dans son dernier film, Les Plages d’Agnès, Agnès Varda raconte «à reculons» l’histoire de sa vie, qu’elle transforme en leçon magnifique sur le plaisir de fabriquer du cinéma avec la réalité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 décembre 2008

Les Plages d'Agnès

Tout commence par un miroir posé sur une plage. Puis d’autres miroirs, encore. Les vagues viennent les caresser, à moins qu’elles ne caressent le reflet que l’on voit à l’intérieur. Au commencement de la vie d’Agnès Varda était une plage, celle de son enfance. Et au commencement de sa vie d’artiste était le cadre, celui des photos qu’elle prenait en arrivant à Paris, s’arrachant à sa famille mais aussi au souvenir de la Guerre et de ses blessures. Et puis il y eut d’autres cadres, ceux des films qu’elle a tournés dès 1954, cinq ans avant la Nouvelle Vague. Le miroir sur la plage dit tout cela, une vie de femme et une vie de cinéaste, réunies par cet œil qui isole et rend visible le réel, le passe par un prisme personnel nourri par les événements intimes et historiques, puis le sublime par la qualité du regard de l’artiste. L’Histoire dans une vieLes Plages d’Agnès, c’est donc la vie d’Agnès Varda, mais ce n’est pas seulement une autobiographie ; c’est aussi du très grand cinéma moderne, une ode au plaisir de filmer et de monter, ainsi qu’une ode aux gens qui rentrent un temps dans le cadre, ceux qu’on n’oublie jamais et qu’on passe une existence à faire vivre le souveni

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