Une exposition sur les vanités d'hier et d'aujourd'hui au Musée des Beaux-Arts

Arts | Rapprochant art ancien, art moderne et art contemporain, l’exposition À la mort, à la vie ! s’empare du thème de la vanité dans toutes ses dimensions. Et s’avère bien davantage une ode au vivant qu’un constat morose ou morbide sur la vanité de nos existences.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 décembre 2021

Photo : Erró, Sans titre, série Sur-Atom, 1957 - Musée d’Art Contemporain © ADAGP - Image © Collection macLYON - Photo Blaise Adilon


L'ouverture de l'exposition À la mort, à la vie claque ! On y est accueilli par une famille sculptée du Nigéria, toute d'os de bois composée. Une famille mi-rigolarde mi-inquiétante, où les parents squelettes portent leurs petits squelettes sur les épaules, où l'on danse et grimace, où l'on se fige et regarde vers le néant… Autour de ces sculptures, le peintre Erro compose ses farandoles de squelettes goguenards (années 1950), et des gravures du XVIe au XVIIe siècle représentent le Triomphe de la Mort, l'Allégorie de la Mort, la Mort victorieuse, les danses macabres ! Vertiges de la mort donc, où ça danse parmi les époques, du XVIe siècle à nos jours, des débuts des vanités au Moyen Âge à leurs relectures et à leurs réappropriations tout au long de l'histoire de l'art.

De la peste au Covid-19, les savoirs et les regards évoluent, mais pas la finitude humaine ni les questions existentielles. Et c'est dans notre contexte de pandémie qu'a été conçue cette exposition thématique, entremêlant "crânement" les collections classiques et modernes du Musée des Beaux-Arts à celles contemporaines du Musée d'Art Contemporain (plus une collection particulière privée) à travers un parcours thématique : "Les âges de la vie", "Vanités des vanités", "Vanités des arts et des savoirs", "Le miroir animal"…

Atemporelles vanités !

La commissaire de l'exposition, Ludmila Virassamynaïken, tient à rappeler que cette exposition n'est pas une exposition sur la mort. Le prisme différent de la vanité au sens large, c'est-à-dire au sens de la brièveté de l'existence et de la finitude humaines, permet quant à lui d'oser des rapprochements anachroniques. Ce prisme ici dépasse largement l'aspect moral et religieux de la grande période des vanités du XVIe et XVIIe siècles. Il permet de faire se croiser un Picasso avec des natures mortes des XVIIe, XVIIIe, XIXe siècles, ou de rapprocher une gravure de Rembrandt d'un montage photographique des années 1940 des artistes britanniques Gilbert & George. Il y a là un double pari : que les interrogations existentielles sur la finitude humaine demeurent, de siècle en siècle, relativement similaires ; que certains motifs et certaines représentations restent suffisamment fortes pour que des générations successives d'artistes se les réapproprient, en donnent de nouvelles lectures et compositions. Bref qu'un minimum de choses (soit philosophiques soit proprement artistiques, voire les deux) résonnent à travers le temps et ses déboires. Le pari paradoxal de l'exposition, c'est que la vanité demeure bien vivante, toujours bien en forme(s), d'hier à aujourd'hui !

Ambivalences

Ce qui est particulièrement intéressant dans cette exposition osée dans ses rapprochements, c'est que les œuvres contemporaines (d'Erik Dietman, d'Erro...), fortes parfois de leur humour et de leur esprit de dérision provocatrice, permettent de retrouver ce qu'il y avait de vivant, de drôle, de grotesque parmi les danses macabres et les triomphes de la faucheuse des temps anciens. La représentation de la finitude humaine n'est pas toujours aussi sérieuse et sombre qu'on pourrait le croire ! Et même lorsqu'elle est a priori plombée d'une morale religieuse condamnant les prétentions humaines à concurrencer dieu ou à s'égarer dans les plaisirs, on s'interroge sur l'interprétation des peintres : condamnent-ils vraiment les plaisirs terrestres, ou au contraire les chantent-ils par la délicatesse somptueuse des argenteries représentées, des aliments, des plis de nappes, ou encore le flamboiement de bouquets de fleurs qui fourmillent littéralement de vies (insectes, particules d'eau, couleurs éclatantes…) ?

À l'inverse, l'époque contemporaine peut s'avérer beaucoup plus tragique et crue dans sa représentation de la fragilité de la vie. On pense ici notamment à la troublante série de photographies de Philippe Bazin (voir notre encadré) et ses portraits serrés de vieillards ou de nouveaux nés, qui arrachent in extremis des traits de vie singuliers au sein d'institutions qui écrasent les existences. Ou, dans un tout autre domaine, à cette image d'Éric Poitevin montrant un daim ensanglanté suspendu par ses bois, entre la vie et la mort, et nous jetant comme un regard christique criant : humains prédateurs pourquoi m'avez-vous abandonné à ma douleur ?

Art vivant

Surprenante, instructive, émouvante ou drôle, tout au long de son parcours varié, cette exposition est aussi l'occasion de (re)voir certaines œuvres d'une grande force. Citons encore : l'installation vidéo de Bill Viola, Tiny Deaths (1993) où l'on plonge dans un univers de brouillard et de présences humaines fantomatiques incandescentes ; les crânes de Jim Dine, de Philippe Favier, de Jean-Marc Cerino et de Philippe Cognée ; la très belle photographie d'enfant de Delphine Balley ; les polyptiques montrant des oiseaux du photographe Jean-Luc Mylayne ; l'étonnante rencontre entre la sculpture Ecce Homo (1993) de Étienne-Martin et de la Carcasse de viande et oiseau de proie (1980) peint par Francis Bacon… L'exposition se termine par une section consacrée au "miroir animal", marquant sans doute qu'au-delà des existences humaines, c'est bien cette chose difficile à définir et qui se nomme "la vie" qui nous traverse tous.

À la mort, à la vie ! Vanités d'hier et d'aujourd'hui
Au Musée des Beaux-Arts jusqu'au 7 mai 2022


A la mort, à la vie !

Vanités d’hier et d’aujourd’hui
Musée des Beaux-Arts 20 place des Terreaux Lyon 1er
Jusqu'au 7 mai 2021 2022, mer au lun de 10h à 18h, sf ven de 10h30 à 18h


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Dix expositions à voir d’ici l’été

Arts | Notre sélection de dix événements dans les musées et les galeries de Lyon. On y croisera quelques figures connues (William Klein, Andy Warhol, Valère Novarina…) et surtout un grand nombre d’artistes français et internationaux méconnus à découvrir.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 4 janvier 2022

Dix expositions à voir d’ici l’été

Klein d’œil Fêtant ses quarante ans, la galerie photo Le Réverbère prolonge sa très belle exposition collective actuelle (jusqu’au 29 janvier) où l’on peut voir ou revoir des images de tous les photographes de la galerie (Denis Roche, Bernard Plossu, Arièle Bonzon, Géraldine Lay…). Ensuite, au printemps, la galerie annonce une exposition très attendue consacrée au grand William Klein qui fêtera quant à lui ses… 96 ans ! L’exposition réunira une centaine d’images de Klein, balayant tous les aspects de son œuvre, de la street photography choc de ses débuts aux "contacts peints", œuvres plus plastiques. Klein + L’Atelier À la Galerie Le Réverbère du 12 mars au 30 juillet ELYX et Warhol Pionnier de l’art numérique en France, Yacine Aït Kaci a réalisé de nombreuses œuvres et installations immersives, floutant les frontières entre le réel et le virtuel. En 2011, son personnage ELYX (un petit bonhomme tout simple au large sourire) s

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Au Musée des Beaux-Arts, une exposition sur la brièveté de la vie

Vanités | Ludmila Virassamynaïken, conservatrice en charge des peintures et sculptures anciennes au Musée des Beaux-Arts, est commissaire de l’exposition À la vie, à la mort ! : rencontre.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 décembre 2021

Au Musée des Beaux-Arts, une exposition sur la brièveté de la vie

Quelle est l’origine de cette exposition sur la vanité ? Ludmila Virassamynaïken : la stimulation principale a été donnée par une collection particulière privée — les propriétaires ont souhaité garder l’anonymat —, dont la vanité constitue l’un des axes très forts avec des œuvres signées Jim Dine, Paul Rebeyrolle… Sur les quelque 160 œuvres présentées, une trentaine provient de cette collection. D’autre part, le contexte de la pandémie a bousculé notre programmation d’expositions, et nous a rappelé dans le même temps notre condition de mortels. Vous insistez sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une exposition sur la mort… La mort y apparaît seulement sous forme d’allégorie et jamais de façon frontale. Les œuvres exposées font toujours un pas de côté dans leur réalisation en soulignant les dimensions esthétiques, humoristiques… Il est davantage question dans cette exposition de l’existence bornée par la mort. On y voit surtout la vie et des vivants, au sens large puisque cela va des êtres humains aux animaux et jusqu’aux végétaux et aux fleurs. Vous avez écrit un article pour le catalogue s

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Toutes les couleurs des vanités au Musée des Beaux-Arts

Arts | Troisième exposition entremêlant les collections du Musée des Beaux-Arts à celles du Musée d’Art Contemporain (et une collection privée), À la mort, à la (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 30 novembre 2021

Toutes les couleurs des vanités au Musée des Beaux-Arts

Troisième exposition entremêlant les collections du Musée des Beaux-Arts à celles du Musée d’Art Contemporain (et une collection privée), À la mort, à la vie ! Vanités d’hier et d’aujourd’hui vient d’ouvrir ses portes au MBA. Elle réunit quelque 160 œuvres (estampes, sculptures, peintures, photographies, vidéos…), du XVIe siècle au XXIe siècle, sous le thème intemporel de la vanité. Le parcours n’hésite pas à faire voisiner les époques et les styles les plus différents, dans un accrochage fort réussi. Et décortique tous les aspects de la vanité : danse macabre, les âges de la vie, la vanité des arts et du savoir, les méditations… Parmi nos découvertes ou redécouvertes fortes de cette exposition, citons : l’installation vidéo Tiny Deaths de Bill Viola, la série photographique bouleversante de Philippe Bazin Faces, deux polyptiques de Jean-Luc Mylayne, deux grandes toiles signées Jim Dine et Paul Rebeyrolle…. À la mort, à la vie ! Vanités d’hier et d’aujourd’hui Au Musée des Beaux-Arts jusqu’au 7 mai 2022

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Picasso, vamos a la playa

Musée des Beaux-Arts | L’exposition Picasso, baigneuses et baigneurs réunit quelque 150 dessins, sculptures et peintures de Picasso sur ce motif et… de nombreux autres artistes l’ayant influencé (Ingres, Cézanne, Manet, Degas...) ou ayant été influencés par lui (Francis Bacon, Niki de Saint Phalle…). Soit une double et passionnante traversée au fil de l’eau : de la modernité et de l’œuvre profuse de Picasso.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 8 juillet 2020

Picasso, vamos a la playa

« Cela fait des années que je désirais faire une exposition autour de la Femme assise sur la plage de Picasso » s’enthousiasme Sylvie Ramond devant la presse. Un rêve qui se réalise presque idéalement en plein mois de juillet pour la directrice du musée et co-commissaire de Picasso. Baigneuses et baigneurs, avec Émilie Bouvard, ancienne conservatrice du Musée Picasso à Paris. Dans l’exposition, ce tableau de Picasso (voir notre encadré) côtoie deux autres baigneuses, peintes elles-aussi en février 1937, et très rarement réunies ensemble. Cette même année, Picasso s’attellera à la composition de... Guernica. Pour l’heure, en février, le peintre renoue avec son goût pour les baigneuses, dont les premières dataient de 1908, et les plus connues jusqu’alors étaient celles de la série dite des baigneuses de Dinard de 1928. À travers ce motif, comme Sylvie Ramond nous le rappelle, « Picasso voulait rivaliser avec ses maîtres (Ingres, Manet,

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Étude pour une corrida n°2 de Francis Bacon

L'œuvre de la semaine | La formidable influence de la littérature sur l’œuvre de Francis Bacon s'expose jusqu'en janvier au Centre Pompidou à Paris. Mais le peintre est aussi (...)

Sarah Fouassier | Mardi 1 octobre 2019

Étude pour une corrida n°2 de Francis Bacon

La formidable influence de la littérature sur l’œuvre de Francis Bacon s'expose jusqu'en janvier au Centre Pompidou à Paris. Mais le peintre est aussi chez nous, au Musée des Beaux-Arts, par le biais de cette étonnante huile sur toile, Étude pour une corrida, n°2. En évoquant les corridas, il admet « en avoir vu trois ou quatre dans ma vie, mais quand tu en vois une, elle reste gravée dans ta mémoire pour toujours. » Dans cette fascination, se décèle aussi l'influence de Goya, de Velàzquez, de Picasso ou encore de son ami l'auteur Michel Leiris qui préfaça L'Âge d'homme par un texte intitulé De la littérature considérée comme une tauromachie. De ce texte, l'on entrevoit quelques mots qui ont pu lui suggérer de placer au cœur de cette ouverture composée d'une foule spectrale, un cercle noir sur fond rouge surmonté d'un rapace rappelant la symbolique nazie. Le théâtre de l'arène suggère la part violente de l'Histoire totalitaire en symbolisant une mise à mort difforme pour mieux révéler la monstruosité de l'humanité. Francis Bacon, Étude pour une corrida, n°2

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L'oeuvre et ce qui la cerne

ARTS | Peu passionnés par la vie des célébrités, nous profitons ici de l'exposition Jacqueline Delubac pour interroger le contexte de l'art en général et celui des œuvres en particulier : celui qui les rend indigestes ou donne envie d'y croquer à pleines dents. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 novembre 2014

L'oeuvre et ce qui la cerne

Le Musée des Beaux-Arts consacre sa nouvelle exposition à l'actrice de théâtre et de cinéma Jacqueline Delubac (1907-1997), qui lui fit don d'une quarantaine de chefs-d’œuvre d'art moderne. Cette perspective biographique ne nous intéressant guère, on se rendait davantage sur place pour découvrir des œuvres. Toutes ou presque sont connues des visiteurs du musée, mais il n'est jamais désagréable de revoir La Femme assise à la plage de Picasso, les portraits primitifs et ciselés à la serpe de Wilfredo Lam ou quelques Rodin, Dubuffet, Bonnard ou Miro. Rien de neuf donc, aussi en profitons-nous pour nous interroger sur une double idée de contexte enveloppant cette exposition. D'abord le contexte de l'actualité artistique. Tandis que la fondation privée François Pinault ouvre ses portes, les musées publics doivent, eux, se serrer la ceinture et trouver de nouvelles solutions pour monter des expositions et enrichir leurs collections. On ne compte plus, du coup, les événements rendant hommage à ces riches collectionneurs, morts ou vivants, qui, par générosité ou pour réduire le coût de droits de succession, donnent

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Un totem parmi les collections

ARTS | A l'occasion de l'achat d'une sculpture d'Etienne-Martin, le musée des Beaux-Arts présente plusieurs œuvres de l'artiste disséminées dans les salles de collection du XXe siècle. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 juillet 2014

Un totem parmi les collections

La politique d'acquisition d’œuvres du XXe siècle du musée des Beaux-Arts vise non pas à une représentativité exhaustive dont il n'aurait pas les moyens, «mais à la constitution d'ensembles forts autour de certains artistes». Après des œuvres de Poussin, Soulages, Ingres et Fragonard, il vient dans cette idée d'acquérir une imposante sculpture d'Etienne-Martin, Hommage à Brown (1988-1990). Un achat à hauteur de 230 000 euros, très largement financé par le club Poussin (180 000 euros), structure originale réunissant une centaine de mécènes. On retrouve dans l'Hommage à Brown d'Etienne-Martin (1913-1995), à qui le musée avait déjà consacré une très belle rétrospective en 2011, la force brute de ses sculptures, où la figure sourd de la matière (ici du frêne peint en noir, blanc et bleu), faisant ainsi osciller l'oeuvre entre abstraction et figuration. Le travail de l'artiste et les traces de ses outils restent largement visibles, donnant l'impression d'assister à l'effort de la forme pour sortir, à sa poussée conflictuelle vers un état anthropomorphe. On y décèle a

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Michaud, galeriste témoin

ARTS | Exposition / «Exposer Etienne-Martin au musée des Beaux-Arts, c’est revenir à la source, là où les choses ont commencé. Car c’est à Lyon que l’artiste suit les (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 4 novembre 2011

Michaud, galeriste témoin

Exposition / «Exposer Etienne-Martin au musée des Beaux-Arts, c’est revenir à la source, là où les choses ont commencé. Car c’est à Lyon que l’artiste suit les cours de l’École des Beaux-Arts et fait une rencontre décisive : celle de Marcel Michaud, qui sera son premier galeriste et l’animateur du groupe Témoignage» écrit Sylvie Ramond, directrice du musée. Au cœur même de la rétrospective Etienne-Martin, plusieurs salles sont consacrées à l’itinéraire de cette personnalité très importante de la scène artistique lyonnaise des années 1930-1950 qu’est le galeriste, écrivain, critique et ancien ouvrier-tourneur Marcel Michaud (1898-1958). En 2008, sa fille Françoise Dupuy-Michaud a fait don au musée d’une trentaine d’œuvres défendues à la galerie Folklore créée en 1938 (très orientée design et art africain au début) et de nombreux documents d’archives. L’exposition présente notamment le groupe Témoignage (1936-1940) dont Marcel Michaud fut l’un des instigateurs et qui regroupait des musiciens, des intellectuels et de nombreux plasticiens comme Etienne-Martin, Jean Bertholle, Jean Le Moal, François Stahly… Un groupe qui, étonnamment, tentera de faire une synthèse entre le s

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"La sculpture n'anoblit pas la matière"

ARTS | Propos d'Etienne-Martin extraits du catalogue de l’exposition (fortement conseillé) aux éditions Hazan. Sculpture «La sculpture est une présence amicale (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 4 novembre 2011

Propos d'Etienne-Martin extraits du catalogue de l’exposition (fortement conseillé) aux éditions Hazan. Sculpture «La sculpture est une présence amicale et fraternelle, une présence amoureuse… Elle est quelque chose d’immatériel rendu tangible. La matière n’a pas à être anoblie. La sculpture n’anoblit pas la matière et n’a pas à anoblir la matière. C’est l’homme qui doit être anobli… Elle est une voie de connaissance. Un support de méditation. Elle doit être pour celui qui la fait comme pour celui qui la contemple un véritable exercice spirituel.» Art et religion «L’art comme toute autre activité humaine tend à la perfection, donc à l’absolu, c’est-à-dire à la connaissance de Dieu. La foi suprême de l’œuvre sera donc une réunion plus ou moins vaste des attributs de Dieu.» L’art, une définition «Le mot "art" évoque quelque chose de "différent". Son rôle dans la vie doit être le premier, c’est par cette idée "d’autre chose", de "différent" qu’est rendu possible tout devenir. C’est par lui qu’une idée est rendue lisible par tous nos sens… Dans toutes les disciplines, l’art est la notion vivante d’équilibre et d’harmonie. Cet équ

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Du bois dont on fait un sculpteur

ARTS | Le Musée des Beaux-Arts consacre au sculpteur Etienne-Martin une vaste rétrospective en 150 œuvres. L’occasion de redécouvrir cet immense artiste un peu oublié, qui eut avec la ville de Lyon des liens fondateurs et passionnés au début de sa carrière.

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 4 novembre 2011

Du bois dont on fait un sculpteur

Etienne-Martin (1913-1995), âgé, ressemble un peu à ses œuvres. Son physique imposant, sa barbe fournie et son regard traversé d’un éclat rieur font de lui une sorte de chaman sympathique et généreux. De même, ses sculptures sont pleines de vie, humoristiques parfois, monumentales souvent, soucieuses du caractère énigmatique du monde et de l’existence humaine, en quête de spiritualité... Etienne-Martin lui-même, ou ses commentateurs, a d’ailleurs eu souvent recours au biographique pour expliquer son œuvre. L’artiste a beaucoup parlé notamment de son enfance très protégée à Loriol et de cette étrange maison familiale divisée en deux, dont une partie lui était interdite d’accès pendant la Première Guerre Mondiale et le départ de son père au front (c’est à l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon que l’artiste "sortira de son cocon" et s’épanouira dans la vie sociale). «Cette maison c’est moi. Moi et mes contradictions, et les pièces sont le cheminement de ma pensée»… Etienne-Martin, très concrètement, a réalisé une série de "Demeures" aux configurations diverses, où le processus de deuil s’entrecroise avec le processus de création. C’est l’ensemble le plus connu de l’artiste.

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L’atelier d’Etienne Martin

ARTS | C’est l’une des expositions que l’on attend avec le plus d’impatience cette année : une grande rétrospective consacrée au sculpteur méconnu Etienne Martin (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 8 septembre 2011

L’atelier d’Etienne Martin

C’est l’une des expositions que l’on attend avec le plus d’impatience cette année : une grande rétrospective consacrée au sculpteur méconnu Etienne Martin (1913-1995)… S’emparant notamment de grandes racines d’arbres ou de tronc, l’artiste intervient plus ou moins dessus, ouvrant dans le bois de poétiques nuits, des «demeures», ou esquissant des couples enlacés. Entre nature et culture, figuration et abstraction, gigantisme et intimité, Etienne Martin est un artiste passeur des plus émouvants ! Du 22 octobre au 23 janvier, au Musée des Beaux-Arts de Lyon.

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Dans les musées d'art contemporain

ARTS | Alors qu'en coulisses, la dixième Biennale d'art contemporain (du 16 septembre au 3 janvier) se prépare ardemment, le Musée d'art contemporain accueille (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 10 juillet 2009

Dans les musées d'art contemporain

Alors qu'en coulisses, la dixième Biennale d'art contemporain (du 16 septembre au 3 janvier) se prépare ardemment, le Musée d'art contemporain accueille encore jusqu'au 2 août l'une des expositions les plus émouvantes de la saison : les grands formats photographiques de Jean-Luc Mylayne où l'oiseau et la pomme sont tout à la fois des motifs esthétiques, philosophiques et poétiques. L'artiste effectue aussi dans ses images un impressionnant travail sur les notions de temporalité et d'espace. À l'Institut d'art contemporain contemporain de Villeurbanne (jusqu'au 16 août), l'idée d'espace est confrontée à celle de cerveau dans le cadre d'un «laboratoire» artistico-scientifique initié par la directrice de l'Institut, Nathalie Ergino, et l'artiste Ann Veronica Janssens. La première étape du projet est l'occasion de découvrir plusieurs vidéos et installations de Janssens, mais aussi des œuvres de Lucio Fontana, James Turell, Tony Conrad, Pierre Henry, Nam June Paik, François Morellet, Robert Morris... Autre exposition collective d'art contemporain à ne pas rater : celle du Musée Paul Dini (jusqu'au 20 septembre), autour du thème des métamorphoses avec des œuvres de Robert Combas, Orlan,

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Mylayne, oiseau rare

ARTS | Expo / Au Musée d'art contemporain, le photographe Jean-Luc Mylayne déploie ses grands formats mettant en scène des oiseaux. Naïf ? Non, superbe et poétique ! Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 28 mai 2009

Mylayne, oiseau rare

Le MAC a l'esprit de contradiction. Alors que son premier étage est consacré à la star du rock Alan Vega (voir encadré), les deux étages supérieurs sont dédiés à l'œuvre photographique de Jean-Luc Mylayne, ascète méconnu méditant sur le temps, la mort, la fragilité des choses et des êtres. L'artiste a la réputation farouche et son curriculum vitae se résume à ces mots : né en 1946, baccalauréat de philosophie, vit et travaille dans le monde... Dans le monde des oiseaux surtout, obstinément même, faudrait-il préciser. Car, avec son épouse, Mylayne erre depuis plus de trente ans, en France ou à l'étranger, à la recherche et à la rencontre photographique de merles, colibris, rouges-gorges ou autres volatiles d'espèces généralement courantes. Il ne s'agit pas de traquer l'exotisme ou l'extraordinaire, mais de capter le doux murmure de la vie et de la mort, la rumeur toujours recommencée, voire insoupçonnée, de l'existence parmi ses coordonnées spatiales et temporelles. Derrière l'apparente banalité ou naïveté des œuvres de Mylaine, se découvre très vite une attitude philosophique proche d'un Pascal, avec un homme (ou un oiseau) pris entre deux infinis, des silences éternels, des espace

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