Marionnettes à portée de main à Gadagne

Musée | Trois salles étaient ouvertes depuis avril 2017, voici désormais la totalité du Musée des Arts de la Marionnette accessible à Gadagne. Moins historique. Plus interactif.

Nadja Pobel | Mardi 27 novembre 2018

Photo : © DR


« Bonjour les fenottes, bonjour les gones ! » Enserré dans une cage de verre qui laisse apparaître la beauté du bâtiment Renaissance de Gadagne, Guignol salue le visiteur. Fil rouge bien plus que personnage central de ce Musée des Arts de la Marionnette entièrement repensé qui prend place dans celui des marionnettes du monde, il raconte lui-même son histoire : « me rev'là !, nous dit-il plus loin, quoi qui faut dire ? Ah oui, mon succès...». Rédigés par la compagnie M.A. à la tête du théâtre encastré dans le palais Bondy, ces cartels s'insèrent avec fluidité dans un parcours ambitieux qui vise à montrer que la marionnette est un art vivant reposant entièrement sur le mouvement. Gageure alors que de l'exposer ? Le musée Gadagne a su déjouer cette équation délicate. Déjà, dans les salles d'introduction ouvertes depuis un an et demi, la place était donnée à ceux qui travaillent ces figurines : où il est montré par vidéo comment elles s'animent sans jamais laisser à penser que cela est facile et où il est possible de voir des projections sur de grandes toiles de spectacles aussi majeurs que La Fin des terres de Philippe Genty ou L'Après-midi d'un foehn de Phia Ménard (dont un des sacs plastiques est précédemment exposé avec d'autres marionnettes). Et aussi, puisqu'il est ainsi démontré que la marionnette trouve partout sa place dans la société, des images de la Marianne du Théâtre du Soleil défilant le 11 janvier 2015 à Paris lors de la Marche républicaine post-attentat sont dans la boucle.

D'où vient la marionnette ?

Déclinée selon des questions : d'où vient la marionnette ? À quoi sert-elle ? Comment elle se joue ?, la suite permet de raccrocher à l'enfance, ce premier âge où dans son développement le petit donne vie à des objets, du livre pop-up (ici représenté) dont il tourne les pages aux Playmobil ou aux jouets Pixar. En arrière-plan, le Guignol de Mourguet veille. Pas de frise chronologique pour traiter de la marionnette, mais un mur exposant la diversité, en lien avec une mappemonde sur écran permettant d'éclairer l'une ou l'autre des poupées venant du Mali ou du Vietnam et d'en voir l'usage en photo, balayant ainsi « les origines des grandes traditions ».

Objet de rire, d'éducation ou de rêve, elle se présente dans des boxes et sous des tissus grâce à de nombreux prêts ou dons, des musées Branly et des Confluences, de particuliers ou d'artistes comme Émilie Valantin ou Turak (programmé aux Célestins avec Incertain Monsieur Tokbar du 27 novembre au 1er décembre). Et Rafat Alzakout, Syrien réfugié à Berlin à l'origine d'une série humoristique sur son pays, Top Goon, qui a confié au MAM un Bachar Al-Assad de bois nommé Beeshu.

Collections en mouvement

Enfin, petite merveille, la salle des piliers changera de locataire tous les 18 mois. Ici Jacques Chesnais, l'un des plus grands marionnettistes, est évoqué à travers un pan du décor de son Ballet des étoiles (1942) ; les programmes de salle et dessins préparatoires offrant d'approcher de façon sensible ce qu'est une création de spectacle. La dernière salle invite les visiteurs à toucher des matériaux de construction, prendre des marionnettes en main. Ce qui pourrait être démagogique se révèle véritablement instructif. Car, au-delà de l'élaboration d'un récit et d'un objet, encore faut-il pouvoir le manipuler, le sous-peser, placer son propre corps dans l'espace... Des tutoriels d'artistes donnent des clés d'une grande clarté et ouvrent sur le castel qui appartient au visiteur.

La refonte totale de ce musée laisse place à celle de l'autre qu'héberge Gadagne, celui d'Histoire de la Ville de Lyon, prévue en quatre séquences dont la première sera visible fin 2019 pour une ouverture complète en 2022.

Musée des arts de la marionnette
Au sein des Musées Gadagne, Lyon 5e

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