Allo Lyon, ici la Terre

Benjamin Mialot | Jeudi 15 mars 2012

On a cherché partout. Dans la moindre ligne de code de son site web, entre les lignes de ses plaquettes, dans le blanc des yeux de sa directrice. Mais on n'a rien trouvé. Aucune mention, de la part de l'Épicerie Moderne, d'une "Année Kurt Cobain", comme il peut y avoir une "Année Jean-Jacques Rousseau" du côté de l'Hôtel de Région. On aura pourtant vu, en l'espace de quelques mois et d'ici la fin de la saison, défiler tout l'entourage du défunt poster boy du grunge. D'abord Chokebore, son groupe préféré. Ensuite The Melvins, son autre groupe préféré, dont le frontman à tête de champignon atomique, Buzz Osbourne, fut le bassiste du premier groupe de Cobain, Fecal Matter. Bientôt Steve Albini, nerd en chef du trio noise Shellac et producteur de l'album le plus corrosif de Nirvana (Bleach). Peut-être, cela tiendrait du miracle, Mark Lanegan, mythe vivant du desert rock avec lequel Cobain grattouilla un temps des reprises du bluesman Leadbelly (dont le fameux Where Did You Sleep ? du concert Unplugged in New York). Et cette semaine Dylan Carlson. Le coloc de Cobain, maudit par la Génération X pour avoir, à son insu, fourni à son porte-parole l'arme de son suicide. Depuis un quart de siècle qu'à la tête de Earth il produit, entre americana dévastée et drone cataclysmique, l'une des musiques les plus sidérantes (de puissance, de mélancolie, d'audace, de suggestivité) d'Amérique. On a, pour notre part, largement trouvé de quoi lui pardonner.
Benjamin Mialot 

Earth + Mount Eerie + Ô Paon
À l'Épicerie Moderne, mercredi 21 mars 

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Fertilité tourmentée en Méditerranée à l'IAC

Art Contemporain | La première exposition 2018 de l’IAC invite deux grands noms de l’art contemporain : l’Américain Jimmie Durham et la Brésilienne Maria Thereza Alvez pour une traversée de la mer intérieure chargée d’humilité et d’authenticité.

Sarah Fouassier | Mardi 6 mars 2018

Fertilité tourmentée en Méditerranée à l'IAC

Terre-mère Depuis vingt ans, ce couple d’artistes migre au fil de leurs itinérances en territoire européen et méditerranéen. Jimmie Durham n’aurait plus remis les pieds les pieds dans la terre américaine de son enfance depuis 1994 ! Lui, militant engagé dans la cause des Amérindiens ; elle, activiste en perpétuelle recherche de dialogue intercommunautaire autour de problématiques sociétales et environnementales, sont réunis pour la première fois au sein d'une exposition à la forme inédite. Le parcours se veut éloigné de tout didactisme, laissant assez d'espace au spectateur pour construire son propre récit autour de la mare nostrum, mer tiraillée entre sa condition de berceau fertile des civilisations occidentales, et de sa disposition à être devenue un véritable cercueil à ciel ouvert. Dans un jeu de matière, de couleurs et d'objets, tous tangibles, Durham et Alvez tentent de décoloniser une certaine pensée historique et mythologique notamment en jouant avec les codes de la muséographie Primauté de la matière Libérer la pensée autour de cette mer

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Pourquoi la Suède ignore-t-elle Jay-Jay Johanson ?

MUSIQUES | Avant le concert du Suédois au Transbordeur, on pose cette question capitale.

Stéphane Duchêne | Mercredi 7 octobre 2015

Pourquoi la Suède ignore-t-elle Jay-Jay Johanson ?

The Hives ; Loney, Dear ; I'm from Barcelona ; Jose Gonzales ; The Knife ; Peter Björn and John ; The Tallest Man on Earth ; Peter Von Poehl ; Frida Hÿvonen ; The International Noise Conspiracy... Même en ne s'en tenant qu'aux artistes déjà cités dans ce journal (on en oublie sûrement et on vous épargne les mastodontes passés et présents toutes disciplines confondues – ABBA, Roxette, Ace of Base, Don et Neneh Cherry, Robyn, EST...), les Suédois sont aussi présents dans nos oreilles que les Anglo-Saxons. D'ailleurs c'est simple, la Suède est le troisième exportateur de musique au monde. Et c'est à Stockholm que l'on compte le plus de studios d'enregistrement par habitant, abritant une armée de faiseurs de tubes pop que les plus grandes stars US s'arrachent pour transformer une mélodie en son de tiroir-caisse. Sauf qu'à vivre et produire dans un pays d'exportation, on en vient à n'être pas soi-même importé. Tel un Patrick Devedjian victime collatérale de l'« ouverture » sarkozyste, Jay-Jay Johanson, qui connut ses premiers succès en France (au point d'y vivre un temps, à Strasbourg, et de constater qu'on ne s'y ennuyait pas assez pour écrire) et a toujours enre

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Au Fest, il va y avoir de l'Esport

CONNAITRE | Initialement programmée le dernier week-end d'avril, la première édition du Fest devait, avec ses 50 000€ de cash prize et ses centaines de (...)

Benjamin Mialot | Mardi 7 juillet 2015

Au Fest, il va y avoir de l'Esport

Initialement programmée le dernier week-end d'avril, la première édition du Fest devait, avec ses 50 000€ de cash prize et ses centaines de participants prêts à en découdre impassiblement sous les vivats de commentateurs aguerris (le crew O'Gaming), l'imposer d'emblée comme l'un des rendez-vous majeurs du eSport – et de la prévention du syndrome du canal carpien – en France. Tout ne s'est pas passé comme prévu : critiqué dans ses méthodes promotionnelles par quelques pro gamers réputés, lâché par une tête d'affiche musicale dont tout le public cible se fichait comme de son premier modem (Skip the Use, le Bloc Party de la génération télé-crochet) et moins rassembleur qu'escompté, l'événement a été repoussé à la dernière minute. Un mal pour un bien : resserré sur une journée, le Fest a, sur le papier, gagné en lisibilité et en intensité. Côté musique d'abord, l'after étant désormais aux mains de spécialistes locaux de la convergence ludo-électronique, Danger et 2080 – et, plus anecdotique, de Kristian Nian, plus connu des fans de cette réécriture shakespearienne des Goonies qu'est Game of Thrones sous le nom

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King Dude, roi du dark

MUSIQUES | Allez donc grandir entre une mère païenne pratiquant le spiritisme à haut niveau et un père fervent chrétien (mais aussi guitariste) sans être mu par des forces (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 5 mai 2015

King Dude, roi du dark

Allez donc grandir entre une mère païenne pratiquant le spiritisme à haut niveau et un père fervent chrétien (mais aussi guitariste) sans être mu par des forces contradictoires et obligatoirement schizophrènes. C'est ce qui est arrivé au natif de Seattle Thomas Jefferson Cowgill qui a fait de sa vie et de son œuvre un tout régi par des vents contraires. D'abord, TJG est graphiste pour la marque de vêtement qu'il possède (il faut bien vivre), ensuite il est chanteur et musicien, à moins d'ailleurs que ce ne soit l'inverse. Sur ce terrain, il a atteint la grève de plusieurs territoires tous résolument sombres, pour ne pas dire dark. Le black metal avec Black Book of Earth ou le harcord avec Teen Cthulu (coucou Lovecraft). Sous le nom de King Dude, c'est au rayon dark folk qu'il opère, alterne les cris d'orfraie mort-vivante et des ballades ésotériques évoquant la rencontre en profondeur (de voix) entre Mark Lanegan et Johnny Cash, comme avec le sublime Maria sur l'album Fear, où il croone sur fond d'arpèges angéliques, de cordes élégiaques et de chœurs séraphiques. Inutile de dire que King Dude est "habité" comme peu de ses pairs – e

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Bruits de saison

MUSIQUES | Est-ce parce qu'on commence à être habitué à ce genre de cirque ? Toujours est-il que non, le bruit qui accompagnera la venue lyonnaise d'une Christine & the Queens au sommet du succès ne suffira pas à éclipser le reste d'une programmation de fort belle facture. Et vous savez quoi ? C'est tant mieux. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 6 janvier 2015

Bruits de saison

En matière de musique, la hate est un fruit de saison, savamment cultivée par les réseaux sociaux, par ce fléau mondial que constitue l'aigreur d'estomac – surtout en sortie de fêtes de fin d'année –, par quelques médias victimes d'hypocondrie culturelle et, il faut bien le dire, par ceux qui la provoquent. On a ainsi droit comme ça à un ou deux boucs émissaires par an cristallisant les crispations d'une certaine branchitude mal définie. On ne vous fera pas languir plus longtemps : après Woodkid, Stromae et Fauve (qui reviendra, le 2 avril, en grande surface qui plus est, puisqu'à la Halle Tony Garnier, ramasser des forêts de cœurs avec les doigts et sans doute quelques seaux de merde), c'est au tour de Christine & the Queens (4 mars au Transbordeur) d'énerver son monde sur le thème : talent fou ou blague de l'année ? Alors oui, dans ces cas-là, o

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After Earth

ECRANS | Étrange sensation face à cette rencontre entre la dynastie Smith et l’ex-prodige déchu Shyamalan, celle d’assister à un film dont la simplicité le tire à la fois vers la beauté et vers l’ennui, à une œuvre coincée entre l’épure et l’esbroufe, la sincérité et les arrières pensées. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 5 juin 2013

After Earth

La première surprise d’After Earth, c’est qu’il n’y a à proprement parler aucune surprise. Comprenez : pas de twist spectaculaire, pas de grands morceaux de bravoure, pas de 3D débordante. Même les décors, soigneusement choisis pour représenter une terre revenue à l’état sauvage après une catastrophe écologique ayant obligé l’humanité à la déserter, ne sont jamais regardés comme des éléments d’exotisme rétro-futuriste, mais dans l’ordinaire d’une nature ayant repris ses droits ancestraux. Ça, c’est pour le versant M. Night Shyamalan, et on peut voir After Earth comme un autodafé de son horrible Dernier maître de l’air : là où hier, la surenchère était de mise pour tenter de retrouver le crédit des studios, c’est un principe déflationniste qui s’applique ici, mais qui conduit paradoxalement à retrouver l’éclat de ses premières œuvres. Même lenteur calculée, mêmes dialogues chuchotés comme si les personnages se réveillaient d’un accident en état

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Little Big Man

MUSIQUES | Musique / Actuellement, l'homme le plus grand du monde est, officiellement, Sultan Kosen, 2, 47m. On n'est pas certain que Kristian Matsson, 28 ans, (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 20 mai 2011

Little Big Man

Musique / Actuellement, l'homme le plus grand du monde est, officiellement, Sultan Kosen, 2, 47m. On n'est pas certain que Kristian Matsson, 28 ans, petit suédois à la bouille de panda roux, atteigne 1, 70m. Ce qui le place à peu près à équidistance de l'homme le plus grand du monde et du plus petit. Mais allez donc prendre comme nom d'artiste «L'homme à la taille la plus moyenne du monde». Ça fait tarte. Alors Matsson a choisi d'assumer : il serait The Tallest Man on Earth, ce que quiconque aura accès à sa musique, ne cherchera pas à lui contester. Mais c'est vers un autre grand homme que les comparaisons le portent depuis ses débuts : Bob Dylan lui-même. Matsson le Suédois a développé comme le chanteur de Duluth (Minnesota) un truc probablement provoqué par la rudesse des hivers nordiques  : une voix nasillarde et un timbre nourri à la sciure qui permettent à ses chansons d'arracher le cœur tout en frottant les oreilles (comme on le faisait en hiver aux potes qui n'avaient pas de bonnet). Musicalement, c'est davantage le Dylan des débuts auquel on pense, ne serait-ce que par le dépouillement des arrangements et la simplicité (apparente) des chansons. Mais Matsson y met une

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Earth

MUSIQUES | S’il existait un Musée d’Histoire Naturelle du grunge où exposer carcasses d’amplis fracassés et peaux de bêtes à carreaux, les biens nommés Earth seraient (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 27 mars 2009

Earth

S’il existait un Musée d’Histoire Naturelle du grunge où exposer carcasses d’amplis fracassés et peaux de bêtes à carreaux, les biens nommés Earth seraient sûrement placés quelque part à l’origine des temps, entre dinosaures et rhinocéros à cheveux gras. Formé non loin de Seattle, à Olympia, Earth, le 3 avril à l’Epicerie Moderne, a connu et probablement initié les premières secousses qui ont fait sortir le grunge de la terre boueuse de l’Etat de Washington. Le groupe de Dylan Carlson est ainsi l’une des principales influences de groupes aussi importants que The Melvins ou Nirvana, le jeune Kurt Cobain ayant même enregistré avec eux.

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