Un monde sans fin

MUSIQUES | Adieu world, jazz, cochon, reggae. On ne savait pas où vous mettre, ça nous a collé un sacré blues. Voilà néanmoins, pour cette saison, si ce n’est le meilleur des mondes, le meilleur de sa musique. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Oui, on l'avoue la rubrique world/jazz/blues/soul tourne vite au fourre-tout, au carrefour des incasables découlant en droite ligne de cette manie de journaliste/chef de rayon consistant à coller une étiquette sur tout ce qui bouge. N'allez pas croire qu'on relègue ici en bout de table, comme on le fait parfois dans les banquets, les amis de la famille à problèmes, les vieux oncles portés sur la bouteille, ou la mémé dont on a honte. C'est juste un problème de frontières – musicales hein, du calme – sans cesse repoussées, brouillées, de genres qui supportent de moins en moins les théories qui s'y rapportent, rien de plus.

 

Surtout quand il s'agit d'inclassables comme le guitariste jazz-rock-psyché John McLaughlin pour "Remember Shakti", du nom de ce projet initié dans les 70's avec le virtuose du tabla Zakir Hussain. C'est à l'Auditorium le 9 novembre, à l'initiative plus que louable de Jazz à Vienne collection automne-hiver et carrément obligatoire. Tout comme la sortie dans un Transbo viré club de jazz à l'occasion de la venue le 10 octobre de Trombone Shorty, relève de la discipline dans le registre dixieland de la Nouvelle Orléans.

 

Familyman

Inratable aussi la rencontre, Salle 3000, "Entre elle et lui", Natalie Dessay et Michel Legrand. La soprano chantant les grands airs du compositeur culte. Au rayon graaaandes interprètes, et au même endroit, on comptera – ou plutôt on ne comptera plus ses venues – Stacey Kent (26 octobre). A celui des grands interprètes, un habitué des salles lyonnaises (ici, l'EM, le 16 novembre), le soulman lover Charles Bradley (et ses "Extraordinaires", excusez du peu) et le touche-à-tout Raul Midon, sorte de version à six-cordes de Stevie Wonder (et pas seulement parce qu'il est non-voyant), qui donne à lui seul tout son sens à cette rubrique (3 octobre, Transbo).

 

Se pose maintenant le problème séminal de ce journal depuis sa création (lire l'édito de notre édition grenobloise de la semaine passée) : le reggae. Mais puisqu'on y est, sachez que vous pourrez agiter vos dreadlocks ou votre calvitie naissante avec la légende Max Romeo (29 octobre au CCO) ou au Transbo avec Alpha Blondy (18 octobre) et, le 7 octobre, ce qu'il reste des Wailers, c'est-à-dire Aston "Familyman" Barrett et quelques jeunots – un peu comme si Bill Wyman tournait sous l'étiquette Rolling Stones. Sauf que pour le reggaeologue Roger Steffens, «tant qu'il y a Familyman à la basse, le groupe peut s'appeler les Wailers». A vrai dire il pourrait tout aussi bien s'appeler Arthur, on n'en ferait pas un drame.


Raul Midon


Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Alpha Blondy + Papa Style


Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Max Romeo, l'éternel retour

Roots Reggae | Il est surtout l'auteur d'un album fabuleux produit par Lee Scratch Perry, enregistré avec The Upsetters : War ina Babylon ; c'était son quatrième en solo, (...)

Sébastien Broquet | Mardi 10 mai 2016

Max Romeo, l'éternel retour

Il est surtout l'auteur d'un album fabuleux produit par Lee Scratch Perry, enregistré avec The Upsetters : War ina Babylon ; c'était son quatrième en solo, enregistré en 1975 au sein du mythique studio Black Ark et il incarne encore aujourd'hui la période dorée du reggae roots, celui des innovations côté production, couplées à des lyrics empreints d'un commentaire social avisé. Sur ce disque figure Chase the Devil, anthem qui fait toujours son effet dans les sounds comme dans les raves dans sa version samplée par The Prodigy, Out of Space. Max Romeo sera à Lyon cette semaine pour ce qui s'annonce comme une grosse semaine jamaicaine, accompagné par le Charmax Band : s'il n'a plus produit de disque vraiment passionnant depuis de longues années (hormis un featuring épatant avec Rhythm & Sound), Max Romeo n'en reste pas moins une valeur sûre en live, en attendant un nouvel album à venir : Horror Zone. Max Romeo + Bredda Sound & Selecta Malo Au CCO le jeudi 12 mai

Continuer à lire

Cinq bonnes raisons d’aller à Jazz à Vienne

MUSIQUES | Les festivals s'effeuillent en cette fin d'hiver : au tour de Jazz à Vienne de présenter son programme, relevé et concentré sur les valeurs sûres. Voici notre top 5 (et la programmation complète en bas d'article).

Sébastien Broquet | Mardi 29 mars 2016

Cinq bonnes raisons d’aller à Jazz à Vienne

Chic feat. Nile Rodgers Le retour en force du génial Nile Rodgers initié par sa collaboration avec Daft Punk et Pharrell Williams sur Get Lucky entraîne évidemment le come-back de Chic (ou ce qu'il en reste, c'est à dire Nile) sur les grandes scènes de festivals. Revue de tubes en approche : des pépites disco composées avec son acolyte Bernard Edwards (disparu en 1996) à celles concoctées pour d’autres (Sister Sledge, Diana Ross remise en selle par Upside Down, le Let’s Dance de Bowie…), le théâtre va onduler du bodjo, sévèrement. Plaisir pur. Au Théâtre Antique le samedi 2 juillet Ibrahim Maalouf Le génial trompettiste d’origine libanaise s’est imposé durablement sur la scène jazz et au delà, depuis son premier album Diasporas en 2007. Réussissant à se frayer un chemin original et à défricher des pistes inexplorées, si ce n’est parfois par Jon Hassell, Ibrahim Maalouf mêle sonorités orientales et jazz, parfois saupoudrées d’une fine influence hip hop ou électronique.

Continuer à lire

Apollo 14

MUSIQUES | Le légendaire Apollo Theater de Harlem fête quatre-vingt ans d'une histoire aussi lumineuse que chaotique. Le festival Jazz à Vienne rend un hommage appuyé à ce lieu auquel chaque amateur de musiques noires doit beaucoup. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 1 juillet 2014

Apollo 14

«Apollo Theater : where stars are born and legends are made». Dans l'histoire de la soul, de la musique noire et même de la musique tout court, une "nuit à l'Apollo" vaut quasiment garantie d'entrer dans l'Histoire. Des concerts mythiques y ont eu lieu – dont l'inoubliable Live at The Apollo Theater enregistré un soir d'octobre 1962 par James Brown et ses Famous Flames. On y a croisé Nina Simone, les Big Band de Count Basie et Duke Ellington et tout, ou presque, ce que la soul compte de noms importants, vedettes ou futures étoiles. Car le club situé au cœur de Harlem, sur la 125e rue, est aussi connu pour ses "Amateurs nights" du mercredi : Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Marvin Gaye, Aretha Franklin, Stevie Wonder, The Jackson 5, Lauryn Hill, l'énumération des talents nés là-bas ne tiendrait pas dans une version ultra-rallongée de La Boîte de jazz de Michel Jonasz. L'Apollo est à ce point la Mecque des musiques noires, un quasi-lieu saint, qu'on y exposera comme une évidence la dépouille de James Brown en 2006, devant laquelle des milliers de fans viendront s'incliner.

Continuer à lire

Jazz à Vienne 2014 - La programmation

MUSIQUES | Entre stars du rock, chouchous assignés à résidence et métamorphes musicaux, Vienne parvient chaque année à faire du neuf avec une formule qui n'en finit plus de faire ses preuves. A l'image d'une édition 2014 de haute volée qui s'achèvera en apothéose. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Lundi 17 mars 2014

Jazz à Vienne 2014 - La programmation

A Jazz à Vienne il y a les soirées "stars" et les soirées thématiques... dans lesquelles il y a tout autant de stars. Dans la première catégorie, il faut bien avouer que le festival isérois a frappé un grand coup en s'attirant les grâces, les foudres (c'est la même chose) et les bouclettes de Robert Plant (oui, celui-là même) et ses Sensational Space Shifters. Le même soir, on parie qu'il y aura du monde pour Ibrahim Maalouf, flashé en prime time lors des Victoires de la Musique, ce qui n'est que justice pour ce jazzman protéiforme. Autres incontournables : Jamie Cullum, Bobby McFerrin – dont Vienne est littéralement le pied-à-terre, en colocation avec Youn Sun Nah, qui sera là également en tant qu'artiste résidente et en quartet. Puis voilà les soirées thématiques, à commencer par une soirée "French Touch" garantie sans casque mais avec chapeau, celui de Manu Katché, ainsi que Richard Bona, Eric Legnini, Stefano Di Battista et le Daniel Humair Quartet. Convenons que la touche, aussi française soit-elle,

Continuer à lire

India Song

MUSIQUES | Guitariste virtuose, John McLaughlin a frappé un grand coup en fondant Shakti en 1975 avec le tabliste Zakir Hussain. Aux confins de l’impro jazz et de la musique indienne, on découvrait un nouveau monde, récréé en 1999 avec "Remember Shakti" et de passage, exceptionnel, à Lyon. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 31 octobre 2013

India Song

Quand John McLaughlin crée Shakti avec le tabliste Zakir Hussain Khan en 1975, le monde de la pop n’en est pas à ses premiers flirts avec la musique indienne. Le sitar du Rolling Stone Brian Jones et les Beatles de la période Maharishi Mahesh Yogi ont déjà louché du côté du sous-continent indien pour ajouter quelque impressionnisme lysergique à leur musique. McLaughlin aussi : l’ancien collaborateur de Miles, des Stones et de Bowie, sort en 1970 My Goal’s Beyond, dédié à son gourou Sri Chinmoy et dont la première face, qui convoque percussions, flûtes indiennes et sitar, préfigure son véritable virage esthétique. Paradoxalement, ce n’est pas avec la création du Mahavishnu Orchestra cette même année qu’il s’opère. Bien que sous l’influence de Chinmoy – qui se limitera en fait au nom du groupe – il n’explore que très peu les rives de la musique indienne, ou alors noyées dans une multitude d’influences : musique classique européenne, Jimi Hendrix, rhythm & blues, funk.... Pour tout dire, malgré quelques morceaux cultes (Birds of Fire), le truc est de plus en

Continuer à lire

Petit mais costaud

MUSIQUES | Si, comme le veut le dicton, une once de bonne réputation vaut mieux que mille livres d'or, alors Trombone Shorty (on vous laisse deviner de quel (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 17 février 2012

Petit mais costaud

Si, comme le veut le dicton, une once de bonne réputation vaut mieux que mille livres d'or, alors Trombone Shorty (on vous laisse deviner de quel instrument il joue) est d'une richesse à faire passer l'onc' Picsou pour un chômeur en fin de droits. Baptisé Troy Andrews, on dit de lui qu'à peine affranchi du cordon maternel, il fredonnait When the Saints Go Marching In. Qu'à onze ans, son souffle décoiffait déjà les plus grands zicos de sa Louisiane natale, pourtant fertile en prodiges des pavillons. Que devenu adulte, il fait à la Nouvelle-Orléans post-Katrina l'effet d'une bénéfique tornade, de celles qui, faisant voler en éclats portes, volets et barricades de fortune, laissent entrer le soleil et ses promesses de lendemains désembourbés. Affabulations d'attachés de presse ? Délires de confrères accrocs au storytelling ? Hallucinations collectives ? Même pas, encore que ses concerts baignent dans une ferveur qu'on pensait réservée aux cérémonies vaudou. Il suffit de jeter un œil, même distrait, aux quat

Continuer à lire