H-Burns trace ses routes

MUSIQUES | Après avoir atteint une sorte de Graal rock en enregistrant un "Off the Map" aride et plein de rugosités dans l'antre du mythique Steve Albini, H-Burns a, avec "Night Moves", ouvert grand ses écoutilles mélodiques en direction d'une Californie dont le territoire semble s'étendre à l'infini. Et même jusqu'à l’Épicerie moderne. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 19 mai 2015

Photo : Sophie Lévy


À l'écoute de son œuvre discographique, on aurait tendance à penser H-Burns lancé dans la quête d'une place dans le monde que, sans doute et c'est tant mieux, il ne trouvera jamais. On avait ainsi laissé le Drômois du côté de Chicago, aux mains du rigoriste à salopette Steve Albini pour le très sec (forcément) Off the Map, arrachant aux passages les frusques folk auxquelles il nous avait plutôt et plus tôt habitués.

Mais une fois tombé de la carte, H-Burns en a ouvert une autre, délaissant les rigueurs venteuses de Chicago pour la brise californienne et, au fond, la brisure. Et c'est assez logiquement que Renaud Brustlein s'est tourné, pour orienter son contre-pied, vers un producteur à même d'enrober de la plus belle des manières des compositions qu'on n'avait guère imaginé habitées d'une verve si mélodique : Rob Schnapf, co-producteur du Mellow Gold de Beck et des meilleurs Elliott Smith, mais choisi au départ pour ses travaux avec AA Bondy.

Bande-son

D'emblée, Night Moves déroute, dans tous les sens du terme. Comme avec l'immédiat Nowhere To Be, en ouverture, premier jalon du paradoxe géographico-musical à l'œuvre ici. Car il plane aussi, sur ce disque pourtant enregistré à L.A., l'ombre de Bruce Springsteen, et donc inévitablement celle du New Jersey, mais aussi celles du Nebraska (In the Wee Hours) ou des Streets of Philadelphia (Signals).

Serait-on perdus, dès lors ? Non, on roule. Et on se saoule de rouler au son de ces imparables titres d'album routier. De s'arrêter sur le bord de la chaussée pour apercevoir un autre fantôme – au fond, Night Moves est un peu un disque d'apparitions spectrales et de cité des anges gardiens – celui d'Elliott Smith (Too Much Hope ou Big Surprise).

Voilà donc l'album d'un type qui a toujours voulu aller voir à l'autre bout du monde et de la musique s'il y était, et qui refuse de rentrer chez lui parce qu'il n'en a pas vraiment, de chez lui ; du moins ne s'en contente-t-il pas. Alors il roule, là où il s'est posé, d'un océan à l'autre, sur une autoroute de tubes, poursuivi par ses fantômes à la manière du Fred Madison de Lost Highway, comme pour échapper à lui-même. Et comme si Night Moves était la bande-son d'un film dont il serait également le scénario.

H-Burns [+ Low Roar]
Á l'Épicerie moderne mercredi 27 mai


Carte blanche à H-Burns

H-Burns + Qasar + Dj So Foot + Merci Bonsoir
La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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La pop "made in France" a RDV aux Belles Journées

MUSIQUES | Sis du côté de Bourgoin-Jaillieu, le tout nouveau festival Les Belles Journées pose sur le papier des bases solides pour cette rentrée rock avec un plateau 100 % frenchy qui permet de faire le diagnostic, partiel mais aveuglant, d'une pop hexagonale absolument radieuse.

Stéphane Duchêne | Mardi 8 septembre 2015

La pop

Il eut été difficile au festival berjallien Les Belles Journées de constituer un plateau plus attrayant, qui plus est pour son coup d'essai. C'est qu'outre Autour de Lucie, dont le statut d'icône d'une certaine pop indé en fait sans doute un peu le grand frère (ou la grande sœur) de l'événement ; les cautions "soulisantes" que sont Lull et le Lyonnais Sly Appolinaire, à qui on ne la fait plus ; 49 Swimming Pools dont les membres (menés par l'ancien critique Emmanuel Tellier), bien qu'ils n'aient plus l'âge de la conduite accompagnée, produisent une musique fraîche comme une rose qui éclorait à l'infini ; et bien sûr H-Burns (voir nos archives à son sujet) ; c'est bien la jeune garde de la nouvelle (oui, encore) pop française que l'on mène ici aux Abattoirs – du moins pas très loin, au Parc de Lilattes. Une jeune garde qui aime le travail chiadé, détient le secret de la chanson qui tue aussi sûrement que le cri du Dr Justice et porte beau sous l

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La route des indés

MUSIQUES | Dans la collection automne-automne musicale, la tendance est clairement à l'indie rock, cette notion floue et changeante qui pourtant se nourrit d'une évidence : quelles que soient sa nature, sa forme, son humeur, son envie, quand on voit un artiste indé, on le reconnaît au premier coup d’œil. Et à ce qu'on en veut toujours plus. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

La route des indés

«Just gimme indie rock !!!!» C'est sur ce cri primal que s'ouvre, en 1991, Gimme Indie Rock, EP culte et (re)fondateur de Sebadoh. Le trio, alors composé d'Eric Gaffney, Lou Barlow et Jason Loewenstein – qui vient de rejoindre le groupe du Massachussetts – y évoque ses influences dans une furieuse séance de name-dropping (Velvet Underground, Husker Dü, Sonic Youth et même Dinosaur Jr., dont Barlow vient pourtant de se faire éjecter comme un malpropre) qui s'accompagne du mode d'emploi indie : jouer plus lentement, fumer de l'herbe (pas forcément dans cet ordre) et hurler à la face du monde. Ce cri, c'est un peu le cri que le public lyonnais averti (qui comme chacun sait en vaut deux) est depuis quelques temps en mesure de pousser à chaque début de (demi-) saison. Car il sait, à mesure qu'on lui sert sur un plateau des Dinosaur Jr. donc, des Chokebore, des Swans et on en

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Night moves

ECRANS | Kelly Reichardt suit patiemment trois terroristes écolos qui décident de faire sauter un barrage dans un thriller au ralenti où la dilatation du temps, la beauté de la mise en espace et les soubresauts des désirs qui animent le trio confinent à l’hypnose. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2014

Night moves

Au début de Night moves, Josh — Jesse Eisenberg, définitivement l’acteur 2.0, aussi lisse en apparence que trouble dans les profondeurs qui agitent ses personnages — et Dena — Dakota Fanning, à la présence sensuelle et magnétique — se rendent dans un happening d’écolos underground où est présenté un petit film expérimental et arty servant à galvaniser les militants. Kelly Reichardt, comme ses personnages, prend ses distances avec ce folklore-là, cette façon de faire de la politique sans jamais passer à l’action. Pour Josh et Dena, rejoints ensuite par Harmon — Peter Sarsgaard — il va falloir se mouiller dans tous les sens du terme en allant faire sauter un barrage et rendre ainsi ce coin de l’Oregon à l’état de nature, loin de l’intervention industrielle et libérale ; pour la cinéaste, l’objectif est de raconter ce geste terroriste comme un thriller au ralenti, où l’acte final serait, telle la flèche dans le paradoxe de Zénon, découpé en une multitude d’actions plus petite observées avec un soin méticuleux et chargées de leur propre suspense : repérer les lieux, acheter le matériel pour fabriquer l’explosif, charger un zodiac dans une remorque… La vraie

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Cartes en mains

MUSIQUES | Le groupe H-Burns revient avec un quatrième album encore plus grand et plus majestueux que les précédents : «Off the map» (sortie janvier 2013). Un hors-carte qu’il chante hors-temps ; un concert à ne pas manquer en somme, dont on a discuté avec le songwriter et chanteur du groupe, Renaud Brustlein. Propos recueillis par Laetitia Giry

Christophe Chabert | Vendredi 9 novembre 2012

Cartes en mains

Il me semble qu’il y a quelque chose de plus aérien et de plus tragique dans ce dernier album… Le ressentez-vous comme ça ?Renaud Brustlein : Difficile à dire… Il y a quelque chose de plus urbain sans doute. Par le choix tout d’abord d’aller enregistrer dans une mégalopole d’Amérique du nord [Chicago, NdlR]. Aérien ? Oui, de façon métaphorique, car le processus d’écriture a été moins autobiographique que pour le précédent. Pour ce disque, mon approche a été plutôt "cartographique" si je puis dire. J’ai cherché à écrire sur les cheminements, les choix de route,  bons ou mauvais, et essayé de situer les personnages comme des points clignotants sur des cartes satellite, aux destins croisés par accident, aux trajectoires ratées. Tragique ? Oui, pourquoi pas. L’album parle de perte totale de repères, du fait de ne trouver aucune place, sur aucune carte… J’imagine que c’est un peu tragique comme idée… On note une ouverture vers une instrumentalisation de plus grande ampleur, avec les cuivres par exemple… Vers quoi vouliez-vous faire tendre votre musique en faisant ce choix ?Les cuivres, c’est quelque chose

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