Fait pour durer

SCENES | Acteur tout terrain depuis 18 ans au théâtre, à la télé et même chez Spielberg, Karim Demnatt revient à lui et puise dans son pays d’origine – le Maroc - une histoire intime qu’il présente à l’Espace 44, "Brûler". Portrait de ce touche-à-tout à l’énergie Duracell. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 20 janvier 2012

Première rencontre. Cette impression qui dessine les contours d'une personnalité : quelle énergie ! Quelle tchatche ! Et irrémédiablement l'envie de savoir qui se cache derrière. Au commencement, en 1974, Karim Demnatt est Karim Qayouh. Il naît en France de parents marocains venus chercher ici de meilleures conditions de vie. Maman est intendante de maison dans une grande famille autour de Roanne, papa travaille dans l'industrie automobile en banlieue parisienne. Rien ne destine Karim à passer sa vie sur les planches. Il est d'ailleurs plus pressé de pratiquer les sports de combat que d'accompagner ses copains au théâtre. C'est pour lui du haut de ses 15 ans,  «un truc de tapettes avec souliers vernissés». Mais les préjugés d'ado sont rapidement mis au placard : «Je m'approche du théâtre alors comme un animal craintif, à pas de loup comme s'il y avait un risque» et il découvre «que ça met de la beauté dans la vie, c'est comme un rapport amoureux». En route donc pour l'école de la Comédie de Saint-Etienne où il ne pense pas une seconde avoir réussi le concours d'entrée. Et pourtant si. Mais il reste à s'adapter à des gens pas comme lui, qui ne rêvaient que de ce métier quand il pensait simplement à échapper à des destins moins glamour. Ses camarades «avaient des avis sur le théâtre, une conception. Moi je n'avais qu'un appétit». Le jeu au plateau, en revanche, est une récréation et il travaille comme un fou avec plaisir.

Nordey, Pelly, Spielberg

De plaisir, il ne se départira jamais. C'est son moteur. À la sortie de l'école, les rôles s'enchaînent. Dans sa première pièce de professionnel, il est le Roméo de la version de Jean-Paul Lucet (ancien directeur du théâtre des Célestins). Puis goûte à l'arène extraordinaire qu'est l'amphithéâtre de Fourvière avec Jules César (par Claude Lulé en 2002). Il en parle encore comme d'une «superbe expérience où, grâce à l'acoustique, on peut jouer l'intime sans pousser la voix face à 3500 personnes». Les rencontres se multiplient. Karim Qayouh ne se fige pas dans un lieu mais virevolte au TNB de Rennes, au Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis avec Stanislas Nordey (deux spectacles ensemble), croise Jean-Christophe Hembert (qui le met en scène à deux reprises et l'embarque pour un épisode de Kaamelott) et surtout Laurent Pelly. En 2000-2001, Karim joue Oum, hommage à Oum Kalsoum par Lofti Achour. Le spectacle passe par Grenoble où Laurent Pelly, alors directeur du Centre Dramatique National des Alpes, va le voir et l'embarque dans ses aventures. Ils feront Le Voyage de Monsieur Perrichon, Le Roi nu et d'autres dont Sindbad le Marin très récemment. Plus boulimique encore de travail que lui, Karim parle de Pelly avec affection : «il est à la confluence de l'être humain et de la machine, en mouvement perpétuel». Dans ce tourbillon, Karim n'a pas toujours le temps de s'apercevoir de ce qui lui arrive, comme ce rôle dans Munich de Spielberg ! Il passe le casting puis l'a presque oublié quand, deux ans plus tard, son agent l'appelle pour lui dire qu'il est retenu. «J'ai cru à une blague». Et le voilà parti pour trois semaines de présence sur l'île de Malte dont cinq jours de tournage avec Daniel Craig notamment. Émouvante et passionnante expérience au cœur du méticuleux système américain dit-il avec le recul. Et les réactions dans l'entourage ? «Ma mère n'était pas très contente que je joue un méchant. Ce qui compte pour elle, c'est que mon col de chemise soit propre» dit-il en riant !

Retour aux sources

Il y a deux ans, il change de nom, laisse celui de l'état civil pour adopter celui de sa grand-mère, Demnatt. «J'avais besoin de me ré-inventer, de me re-frabriquer». Après avoir joué la carté de l'immersion totale des metteurs en scène avec qui il travaillait et s'être approprié leurs univers, il crée le sien et assume seul Brûler, son premier texte dont il est donc auteur mais aussi acteur et metteur en scène. Avec le soutien sans faille de la municipalité de Roanne, il monte ce spectacle sur la vie chaloupée entre ici (la France) et là-bas (le Maroc), entre le désir de partir et la volonté de se construire sur ses propres terres avec les difficultés afférentes. «Je souhaite parler de la jeunesse actuelle qui n'arrive pas à trouver de perspective d'avenir dans son pays. Le cynisme et la corruption des dirigeants ont, sur le peuple, des effets destructeurs. Les familles se séparent physiquement avec l'immigration clandestine». Ce ne sont pas les puissants qui l'intéressent mais la manière dont les populations se débrouillent plus ou moins avec ces politiques. Un jour, peut-être, ce spectacle passera par le Maroc. «C'est tout à fait possible mais pas encore prévu». En attendant, il a d'autres projets : écrire encore, mettre en scène Les Présidentes de Werner Schwab et rejouer sous la direction de Pelly. Le temps n'attend pas.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Alexandre Astier : « dans Kaamelott, il y a un mouvement de libération total du mec qui écrit »

Kaamelott Livre IV | Après une longue interruption (et avant la sortie du premier long-métrage issu de la saga), Alexandre Astier reprend la publication du texte intégral de la série "Kaamelott". La parution du "Livre IV" (aux éditions Télémaque), point d’inflexion dramatique et formel de son épopée arthurienne, est l’occasion d’une conversation édifiante avec l’auteur-interprète sur, notamment, son approche de l’écriture — du cambouis de la structure à la haute couture brodée main pour les acteurs —, mais aussi de battre en brèche certaines légendes. Trois cors, c’est parti…

Vincent Raymond | Jeudi 16 juillet 2020

Alexandre Astier : « dans Kaamelott, il y a un mouvement de libération total du mec qui écrit »

L’édition d’un scénario reste une sorte de paradoxe dans la mesure où il s’agit d’un “texte en bleu de travail“, un objet théoriquement invisible car il est en permanence contredit ou confirmé par le tournage. S’agit-il alors d’un témoin, d’un ouvrage de référence permettant des études comparées avec ce qui a été filmé, d’un outil pour d’autres comédiens ? Alexandre Astier : C’est difficile à dire. On pourrait même partir du principe qu’il ne devrait pas exister. Sur les gros films, les scénarii sont confidentiels, watermarkés, tout le monde y fait attention. Ceux des séries, c’est autre chose : tu en retrouves par terre à la cantine ; c’est un tel flux d’apports nouveaux que tu en balayes ! À l’époque de Kaamelott la série, on vivait très clairement dans le papier. Et la vie du scénario, c’est de mourir le soir : poubelle. D’autant que c’est un document technique ne concernant que ceux qui savent s’en servir, comme un blueprint, un plan de démont

Continuer à lire

Le Roi Carotte : un potager survitaminé

Opéra | De la joie, des outrances, de la drôlerie et une équipe de haute précision, Le Roi Carotte revient quatre ans après sa création, mis en scène par l'une des stars mondiales de l'Opéra et fidèle de celui de Lyon, Laurent Pelly.

Nadja Pobel | Mardi 17 décembre 2019

Le Roi Carotte : un potager survitaminé

Offenbach lui va si bien. Laurent Pelly s'en amuse depuis des décennies ou presque avec notamment cet épatant triptyque Monsieur Chouflerie restera chez lui / L'Île de Tulipatan / Le Petit voyage dans la lune. C'était en 2005 en itinérance dans Lyon. En 1998, il signait un Orphée aux Enfers royal dans des décors à couper le souffle, signés par la fidèle scénographe Chantal Thomas. La Vie Parisienne, La Belle Hélène, la Duchesse de Gérolstein, Les Contes d'Hoffmann suivront. Quand il monte en 2015 Le Roi Carotte, il va encore plus loin dans le plaisir du jeu et ne lésine pas sur les costumes, qu'il dessine comme dans chacun de ses travaux au théâtre ou à l'opéra, et affuble le ténor Christophe Mortagne d'une carotte à taille humaine très phallique. Car tout est poussé à son extrême dans cette adaptation de cet opéra-bouffe en trois actes créé en 1872. Lorsque la fée Rosée du soir est prisonnière dans un grenier, sur scène, elle est enserrée dans un gigant

Continuer à lire

Au Delicatessen, c'est tous les jours l'Amérique

Barbaque | Fustigeant les nouveaux régimes alimentaires, à base de « p'tits machins tout secs » Karadoc conclue : « le gras c’est la vie ! » Saison 2, Épisode 76 de Kaamelott. Dans la série d’M6, Karadoc a un frangin : gourmand lui aussi. Si gourmandFepi qu’il vient d’ouvrir à Lyon son restaurant, dédié à la barbaque.

Adrien Simon | Mardi 3 octobre 2017

Au Delicatessen, c'est tous les jours l'Amérique

Brice Fournier est acteur : outre Kaamelott, on a pu le voir dans des longs (À l’origine de Xavier Gianolli, et en chef de cuisine dans les Saveurs du Palais) et dans des courts-métrages (Black Spirit, bientôt, dans lequel il tient le rôle principal). Pendant son temps libre, Brice est aussi restaurateur. Il a tenu un resto thaïlandais à Paris, devenu steakhouse. Le voilà qui donne de sa personne pour ce tout neuf Delicatessen. Le rapport entre sa carrière de comédien et celle d'aubergiste ? « L’envie de raconter des histoires. » Celle du Delicatessen, c’est celle de son affection pour les States, lui qui a fait ses études de commerce à New York, qui vécut un temps dans le Maryland et dont les trois enfants sont américains. Ici, Brice a « fait un melting pot de différentes choses

Continuer à lire

Viva la Mamma ! Le bagou de la Castafiore

Opéra | Montrer sur scène les vicissitudes et les vices des divas de l'opéra. Voilà une mise en abyme ludique de Gaetano Donizetti qu'on dirait écrite pour Laurent Pelly. Le metteur en scène s'en empare avec son éternelle gourmandise.

Nadja Pobel | Mardi 27 juin 2017

Viva la Mamma ! Le bagou de la Castafiore

Même le vieux théâtre a été envahi par un parking. Quelques petites voitures de ville rutilantes sont garées entre les poteaux soutenant les balcons et corbeilles... Le décor est symbolique d'un univers qui part à vau-l'eau. Rien ne va plus. C'est ici que se répète Romulus et Ersilia, jusqu'à ce que débarque la Mamma exigeant que sa chanteuse de fille ait un duo avec la prima donna. Laquelle s'insurge et part, faisant du même coup déguerpir le contre-ténor que la Mamma Agata se propose de remplacer au pied levé, provoquant des départs à la chaîne. Et une distribution de branquignoles. Dans cette Italie du mitan du XIXe siècle, le nom des chanteurs est plus important encore que l’œuvre jouée, la gestion des desiderata de chacun est la clé de voûte d'un spectacle réussi. Et la perspicacité de Donizetti, chef de troupe et directeur de théâtre, est de montrer toutes les strates de cette production avec le directeur du lieu, l'impresario, le poète, qui se désespèrent de cette situation délétère exposant les chanteurs à leur égotisme. « Où va aller cet opéra ? » Sans que cette pièce, dont Do

Continuer à lire

Un oiseau vert encadré

TNP | Créateur infatigable de grands spectacles jouissifs et épatants, Laurent Pelly trouve avec cet Oiseau vert de Gozzi une fable à sa mesure sans toutefois éviter quelques lourdeurs.

Nadja Pobel | Mardi 20 décembre 2016

Un oiseau vert encadré

Depuis 1994 qu'on le voit s'amuser du théâtre et le rendre divertissant sans le bêtifier, Laurent Pelly est un phare dans cet art des planches qui parfois se prend au sérieux (c'est heureux) immodestement (ça l'est moins). L'opéra lui permet d'avoir la folie des grandeurs (Pour son Orphée aux enfers ou son Hansel et Gretel, il a notre gratitude éternelle) corrélée à son goût insatiable du divertissement. Pelly aime Offenbach, Shakespeare, Copi et Levin. Et tout fonctionne. Voilà que dans ce Théâtre national de Toulouse qu'il dirige pour un an encore, il a monté, en février 2015, cet Oiseau vert de Gozzi. Moins passé à la postérité — sinon pour L'Amour des trois oranges — que son rival Goldoni (dont Pelly avait adapté Le Menteur sur un plateau transformé en lagune), Gozzi est le réac' qui doute des Lumières, de la philosophie et de la

Continuer à lire

Karim Demnatt et le cirque Bouffon à l'assaut du château

L'Estival de la Bâtie | Né de la fusion en 2011 des Nuits de la Bâtie et de L’Été musical, l'Estival de la Bâtie continue d'arrimer au cœur du Forez quelques joyeuses compagnies dans (...)

Nadja Pobel | Mardi 21 juin 2016

Karim Demnatt et le cirque Bouffon à l'assaut du château

Né de la fusion en 2011 des Nuits de la Bâtie et de L’Été musical, l'Estival de la Bâtie continue d'arrimer au cœur du Forez quelques joyeuses compagnies dans le cadre du château du XVIe, son excentrique grotte de rocailles et dans ses jardins à l'italienne attenants. Cette année, le comédien Karim Demnatt viendra en voisin puisqu'il a fait ses armes à l'école de la Comédie de Saint-Étienne presque par effraction, nous confiait-il il y a quelques années tant il n'est pas issu, contrairement à nombre de ses camarades, d'un milieu intellectuel. Son guide est le plaisir du jeu. Sous la direction de Stanislas Nordey et plus encore de Laurent Pelly (Sindbad le marin, Le Roi nu...), il s'amuse. Et souhaite parallèlement se mettre à nu dans Brûler, très sensible texte qu'il a écrit et déjà montré aux Clochards Célestes en 2012 et qu'il jouera ici. Où il est question d'une vie entre France et Maroc (le pays de ses paren

Continuer à lire

Un "Roi Carotte" abracadabrantesque

MUSIQUES | Un roi un peu trop sûr de lui et bien peu soucieux de ses administrés se fait évincer du pouvoir par un légume humain, le roi Carotte, rendu aimable (...)

Nadja Pobel | Mardi 15 décembre 2015

Un

Un roi un peu trop sûr de lui et bien peu soucieux de ses administrés se fait évincer du pouvoir par un légume humain, le roi Carotte, rendu aimable par l’entourloupe d’une sorcière. Sur cette histoire délirante, Laurent Pelly signe des costumes aux petits oignons (à commencer par celui du rôle titre, très phallique et ludique) et une mise en scène en constant mouvement, s’autorisant toutes les folies des grandeurs. La princesse Rosée du Soir est prisonnière dans un grenier ? Voilà que la fidèle scénographe Chantal Thomas invente un gigantesque égouttoir. Fridolin doit passer par Pompei récupérer l’anneau de Salomon qui lui permettra de mettre fin aux pouvoirs de la sorcière ? Tout le chœur revêt des vêtements de l’Antiquité. Des fantaisies que relie l’adaptation de l’éternelle complice de Laurent Pelly, Agathe Mélinand, qui a même osé placer un train Intercité et un TGV dans le livret écrit par Victorien Sardou à la fin du XIXe. En faisant de ses personnages dépravés et inconséquents des gens de notre époque, Mélinand moque une classe dirigeante qui, ayant pour principe de «tourner avec le vent», pourrait bien être celle d’aujourd’hui. Si

Continuer à lire

Laurent Pelly : «Mettre en images des rêves»

MUSIQUES | Depuis plus de trente ans, Laurent Pelly invente des spectacles d’une parfaite maîtrise formelle et visuelle en racontant Hugo, Levin, Copi ou Ionesco. A l’opéra, il retrouve, en ce moment, Offenbach pour la onzième fois et livre, avec Le Roi Carotte, sa création la plus déjantée.

Nadja Pobel | Mardi 15 décembre 2015

Laurent Pelly : «Mettre en images des rêves»

Vous souvenez-vous, quand en 1980, à 18 ans, vous avez fondé la compagnie Le Pelican, de l’idée que vous aviez du théâtre ? De pourquoi vous vouliez en faire ? Laurent Pelly : Je serais bien incapable de dire pourquoi, car les raisons sont sûrement profondes et psychanalytiques, mais c’est une vocation, c’est par amour du théâtre, tout bêtement, et par amour des œuvres. Et c’est ce que je continue à défendre aujourd’hui. Je me considère avant tout comme un artisan au service des œuvres. Ce que je préfère dans la vie, ce sont la littérature et la musique. C’est venu de là. Aviez-vous déjà cette idée de travailler particulièrement l’esthétique, le beau ? Ce sont des choses qui se sont affinées avec le temps. D’abord, il y a eu la rencontre avec Chantal Thomas qui date de la création de Tartuffe dans le Nord de la France, quand j’étais assistant dans un Centre Dramatique National, il y a 30 ans. Et je conçois toujours la mise en scène à la fois comme un travail très intime avec les acteurs mais aussi comme un objet visuel. Pour moi, c’est mettre en images des rêves. On a fait beaucoup de choses ensemble

Continuer à lire

La rentrée musique côté classique

MUSIQUES | Cette saison, tous les lieux lyonnais consacrés aux musiques dites savantes affichent un programme qui ose, qui revendique, qui dénonce une époque contemporaine en plein repli. De belles expériences en perspective.

Pascale Clavel | Mardi 22 septembre 2015

La rentrée musique côté classique

Peter Pan, Jean-Sébastien Bach et Matrix sont dans un bateau. Rien d’halluciné dans ces propos, juste une lecture aiguë de la nouvelle saison de l’Auditorium. Depuis l’arrivée du très décomplexé Jean-Marc Bador à la tête de la maison, la programmation s’affole, s’emballe et le choix semble si vaste qu’on pourrait s’y perdre. Il faudrait tout tester, devenir un mélomane glouton. Certains diront qu’il y en a pour tous les goûts, d’autres que, franchement, c’est trop. Partons de l’idée que la proposition est alléchante. Les portes se sont ouvertes sur l’inoxydable Symphonie n°9 de Beethoven dirigée par Léonard Slatkin. Cerise sur le gros gâteau, le public s'est vu investi d’une belle mission : chanter l’Hymne à la joie à tue-tête, avec ses tripes et ses convictions, acte quasi politique en ces temps où la fraternité entre les peuples est plutôt mise à mal – Jean-Marc Bador et Léonard Slatkin martèlent d'ailleurs d’une seule voix leur volonté d'«effacer les distances et gommer le temps» ; vaste ambition, utopie régalante. L’énigmatique pianiste Hélène Grimaud et l’indémodable Ton Koopman seront tous deux artist

Continuer à lire

Valérie Marinese fait grand bruit à l'Elysée

SCENES | La jeune metteur en scène (et actrice, notamment dans Mort d’un commis voyageur de Claudia Stavisky en 2012) Valérie Marinese n’en est (...)

Nadja Pobel | Mardi 7 avril 2015

Valérie Marinese fait grand bruit à l'Elysée

La jeune metteur en scène (et actrice, notamment dans Mort d’un commis voyageur de Claudia Stavisky en 2012) Valérie Marinese n’en est pas à sa première rencontre avec le théâtre britannique contemporain. Par le passé, elle s’est déjà confrontée à Edward Bond et Sarah Kane. Mieux, elle avait joliment adapté il y a deux ans Bouh ! de Dennis Kelly, auteur méconnu de ce côté-ci de la Manche. La voilà qui se penche sur Matt Hartley, 35 ans et déjà auteur pour la Royal Shakespeare Company. Hartley et Kelly ont en commun de décrire sans faux-semblant la jeunesse violente (et violentée) d’une Angleterre peu amène avec ses ressortissants. Ici, un couple déchiré par la perte de son enfant adopte une ado agitée, des amis bourrés causent la mort accidentelle d’un gamin et un homme bat sa femme. Trois situations que Hartley lient d'une façon aussi impressionnante que poignante : avec un langage dur, sans fioriture

Continuer à lire

A chacun son comte

MUSIQUES | Comme chaque été depuis 2009, l’Opéra de Lyon propose de diffuser sur grand écran, gratuitement et parfois en direct, un spectacle phare de sa saison. (...)

Nadja Pobel | Jeudi 26 juin 2014

A chacun son comte

Comme chaque été depuis 2009, l’Opéra de Lyon propose de diffuser sur grand écran, gratuitement et parfois en direct, un spectacle phare de sa saison. Samedi 5 juillet, c’est ainsi le très festif Comte Ory de Rossini (1828) mis en scène par Laurent Pelly qui sera projeté sur les places et parcs de treize villes rhônalpines : Villefranche-sur-Saône, Lyon, Tarare, Ambérieu-en-Bugey, Nantua, Valence, Montélimar, Crest, Divonne-les-Bains, Thonon-les-Bains, Chamonix, Bellegarde-sur-Valserine et Usson-en-Forez. Le Comte Ory est un seigneur qui, loin du front des croisades, mène un combat intime visant à lui attirer les faveurs de la comtesse Anne. Il est pour cela prêt à user de tous les stratagèmes, allant jusqu'à se travestir en gourou puis en bonne sœur (!). À la manoeuvre sur ce qui constitue son presque trentième opéra, Laurent Pelly s’amuse à transposer l’intrigue de nos jours et joue surtout, avec une habileté sans pareille, avec la machinerie théâtrale, créant notamment un château dont défilent toutes les pièces sous nos yeux ébahis. À la baguette, Stefano Montanar, impulse lui un rythme soutenu, parachevant cette œuvre de 2h30 qui, bien qu'aboutie, ne se prend jamais

Continuer à lire

Le comte Pelly

MUSIQUES | En s’attaquant à Rossini avec "Le Comte Ory", Laurent Pelly livre une création parfaite sur un homme boulimique et jouisseur. Et si cet Ory était le reflet de ce qu’il est devenu : un franc-tireur qui réussit tout ce qu’il entreprend, au risque parfois d’être en roue libre ? Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 25 février 2014

Le comte Pelly

Pour sa première incursion chez Rossini, Laurent Pelly, jusque-là fidèle parmi les fidèles des opéras-bouffes d’Offenbach, a choisi de s’amuser avec la comédie du Comte Ory. Le personnage éponyme est, selon les mots mêmes du metteur en scène, «un oisif, un déconneur». Replié sur le front intérieur alors que les croisades battent leur plein, il mène sa propre lutte : séduire la comtesse Adèle, sœur d'un seigneur croisé. Tous les moyens sont bons et notamment celui du travestissement : déguisé en gourou dans le premier acte, il prend les traits d’une bonne sœur dans le second, répétant les mêmes stratagèmes que précédement mais sous un costume différent. Le Comte Ory (1828) n’est pas un livret d’une grande finesse, loin de là. Tout y est sur-souligné, les chanteurs répétant encore et encore les mêmes phrases comme dans une comptine pour enfants. Tout se construit donc sur la capacité à assumer l’outrance des personnages et en cet art Laurent Pelly semble être passé maître. Pour se débarrasser des oripeaux de cette période ancienne, il a tout d'abord transposé l’action dans le monde moderne. Les croisades d’hier pourraient être l’Afghanistan d’auj

Continuer à lire

Jeunes confidences

SCENES | Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 3 janvier 2014

Jeunes confidences

Enfin ! Enfin le théâtre des Ateliers est sorti de son état végétatif. Et la relève est tout un symbole, puisque c'est Joris Mathieu, adepte de la vidéo, qui en a été nommé directeur à la place du fondateur Gilles Chavassieux (lequel ne créera plus dans ce lieu). Autre désignation importante, celle de Sandrine Mini au Toboggan à Décines. D’autres directeurs tireront eux leur révérence : Roland Auzet à la Renaissance, par envie de reprendre son travail de compagnie, et Patrick Penot aux Célestins, pour cause de retraite. C’est d'ailleurs dans ce théâtre qu’il sera possible de découvrir le travail de Mathieu avec Cosmos de Witold Gombrowicz (février). D'une manière générale la jeune génération (disons les moins de quarante ans) fera l'actu de la rentrée avec Mon traître d’Emmanuel Meirieu (voir page 16) au Radiant, Dommage qu’elle soit une putain de John Ford par Marielle Hubert au Radiant encore (plus tard en janvier), qui s’annonce d’une curieuse violence mêlée de douceur, mais aussi l’exceptionnelle venue d’Howard Barker à Lyon, convaincu par la comédienne Aurélie Pitrat du collectif nÖjd de m

Continuer à lire

Des contes d'auteurs

MUSIQUES | Ce n'est pas une surprise, mais cela n'enlève rien à la vision des "Contes d'Hoffmann" : Laurent Pelly est un metteur en scène de génie. Créé en 2005, cet opéra est de nouveau présenté avant les fêtes. Un cadeau XXL accessible dès 5€. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 16 décembre 2013

Des contes d'auteurs

On ne compte plus les Offenbach montés par Laurent Pelly, ni même d'ailleurs les pièces, théâtre et opéra confondus, portés à la scène par ce Parisien qui aura laissé une forte empreinte au Centre Dramatique de Grenoble (où il fut associé puis directeur de 1994 à 2007) et officie désormais au TNT de Toulouse, qu'il dirige depuis 2008 avec son éternelle acolyte, la dramaturge Agathe Mélinand. En 1997, il n'a que 35 ans quand il se lance dans l'art lyrique avec Orphée aux Enfers. Un coup d'essai immédiatement transformé en coup de maître. Le metteur en scène a trouvé en Offenbach (dont il a monté huit pièces depuis !) la matière pour exprimer tout ce qui l'anime : une histoire solide en forme de millefeuille, au service de laquelle il peut créer des décors fourmillant d'idées et des costumes à la mesure de l'excellence de ses interprètes. Bref, du grand spectacle intelligent. L'opéra lui offre les moyens de son talent et Pelly le lui rend bien, donnant à cet art bourgeois une vitalité rare. En re-proposant Les Contes d'Hoffmann à deux mois d'une création mondiale dans ces mêmes murs de l'Opéra de Lyon (Le Conte Ory de Rossini en février), il mont

Continuer à lire

L’opéra-bouffe se digère bien

MUSIQUES | Opera / A l’opéra de Lyon, on remet ça : un Offenbach, une Vie Parisienne, un Laurent Pelly et le tour est joué. La magie opère avec fulgurance : c’est jouissif, décalé, drôle… Pascale Clavel

Pascale Clavel | Jeudi 17 novembre 2011

L’opéra-bouffe se digère bien

Jacques Offenbach et Laurent Pelly : entre le compositeur et le metteur en scène, c’est une histoire d’amour comme on en voudrait toujours. Une alchimie totale, un duo de choc, une osmose qui traverse l’espace-temps. Offenbach compose sa Vie Parisienne voilà presque un siècle et demi. La satire qu’il fait de la société n’a rien perdu de son mordant ; troublant, car on pourrait croire qu’il est un de nos contemporains. Cette Vie Parisienne fonctionne à merveille parce qu’Offenbach croque avec justesse une société bouffie d’orgueil, remplie de ses petites convictions, engoncée dans des certitudes molles, truffée de rapports bling-bling au monde. Dans cette œuvre, les intrigues vont bon train, se chevauchent et s’interpénètrent. La musique d’Offenbach y est simplement délirante, légère, enivrante et entêtante. Dès la première, en 1866, elle a connu un succès phénoménal, triomphe magnifiquement orchestré par les directeurs du Théâtre du Palais-Royal d’alors. La finesse d’Offenbach et de ses deux librettistes (Meilhac et Halévy) a été d’offrir aux touristes le Paris qu’ils attendaient, son champagne, ses lumières, ses amours sans lendemain, tout en se moquant ouvert

Continuer à lire

Les Aventures de Sindbad le marin

SCENES | En 1994 déjà, Laurent Pelly signait une mise en scène pour le jeune public, La Famille Fenouillard. Il n’était pas encore la star qu’il est aujourd’hui, (...)

Nadja Pobel | Jeudi 1 septembre 2011

Les Aventures de Sindbad le marin

En 1994 déjà, Laurent Pelly signait une mise en scène pour le jeune public, La Famille Fenouillard. Il n’était pas encore la star qu’il est aujourd’hui, réclamée dans toutes les salles du globe. Pas d’opportunisme donc chez lui lorsqu’il s’attelle à Sindbad le marin (créé au printemps au TNT de Toulouse qu’il dirige) mais une envie de partager son travail qui use du merveilleux et du fantastique. Les 8 et 9 novembre au Théâtre de Villefranche et du 16 au 18 décembre au TNG

Continuer à lire

«On vit une époque de Restauration»

SCENES | Entretien / Laurent Pelly, ancien directeur du Centre dramatique national des Alpes et metteur en scène talentueux présente au Théâtre de la Croix-Rousse «Mille Francs de récompense» de Victor Hugo. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 31 janvier 2011

«On vit une époque de Restauration»

Petit Bulletin : Victor Hugo n’a pas souhaité monter «Mille Francs de récompense» de son vivant. Pourquoi choisissez-vous de mettre en scène cette pièce ?Laurent Pelly : Hugo n’a pas voulu monter cette pièce car le régime qui l’avait envoyé en exil était encore en place. Puis cette pièce est tombée dans l’oubli et n’a été créée qu’en 1966, soit cent ans après avoir été écrite. Depuis, elle a été montée à plusieurs reprises. Concernant mon choix, cela correspond au travail que je mène au TNT (Laurent Pelly est co-directeur, avec Agathe Mélinand, du Théâtre National de Toulouse Midi-Pyrénées (TNT) depuis 2008, NdlR), c’est-à-dire une volonté de montrer des pièces tout public, dans une grande salle. Je voulais un texte entre la comédie et le drame, même si «Mille Francs de récompense» est clairement une comédie. Au-delà de cette pièce en particulier, avez-vous découvert un auteur ?C’est essentiel d’entendre du Victor Hugo aujourd’hui : son intelligence, sa vision de l’humain fait froid dans le dos car en fait, les choses n’ont pas beaucoup évolué… Mais l’humanisme d’Hugo est vital ! Je n’avais jamais travaillé sur Hugo avant et j’ai aujourd’hui envie de m

Continuer à lire

À feu vif

MUSIQUES | Laurent Pelly est de retour. Cette fois, c’est à l’Opéra de Lyon que l’on pourra croiser le metteur en scène qui présente, jusqu’au mercredi 16 juin, "Hänsel et (...)

Dorotée Aznar | Lundi 7 juin 2010

À feu vif

Laurent Pelly est de retour. Cette fois, c’est à l’Opéra de Lyon que l’on pourra croiser le metteur en scène qui présente, jusqu’au mercredi 16 juin, "Hänsel et Gretel", adapté du conte de Grimm et sous la direction musicale de Johannes Willig. Crée en 2008 au Festival de Glyndebourne, cet opéra est présenté en langue allemande.

Continuer à lire

Voyage en Italie

SCENES | Théâtre / Laurent Pelly met en scène ‘Le Menteur’ de Goldoni, une comédie grinçante comme il les aime. Et une grande réussite à découvrir au Théâtre Les Célestins. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 12 octobre 2009

Voyage en Italie

Il sont peu nombreux les metteurs en scène qui savent donner des comédies de haute volée. Laurent Pelly est de ceux-là. Il aime quand ça faire rire, mais un peu jaune, quand ça pique derrière l’apparente douceur. ‘Le Menteur’ de Goldoni était donc la pièce idéale. Le Docteur Balanzoni a deux filles à marier, Béatrice et Rosaura, la première courtisée par Ottavio, la seconde par le timide Florindo, élève du docteur. Mais l’arrivée de Lélio, un fils de marchand napolitain qui se fait passer pour un gentilhomme, va bouleverser les plans de chacun. De retour à Venise après vingt ans d’exil à Naples et un petit séjour à Rome, le jeune homme entreprend de séduire les deux filles du docteur avec force «inventions spirituelles». Les mensonges s’enchaînent et deviennent tellement énormes que l’intriguant Lélio ne peut finir que pris à son propre piège, amoureux et dépité... Coups de théâtre à répétition, quiproquos, situations absurdes, la pièce de Goldoni est drôle. Mais elle met également en scène des personnages sombres, légers, inconstants ou fous dont l’ambiguïté n’a rien à envier au menteur, coupable tout désigné. À la perfectionPelly figure une Venise décadente, tantôt en

Continuer à lire

Pelly, maître de la comédie

SCENES | Entretien / Laurent Pelly met en scène ‘Le Menteur’ de Goldoni. Il s’explique sur son amour pour la comédie, sans complexe. Propos recueillis par DA

Dorotée Aznar | Vendredi 9 octobre 2009

Pelly, maître de la comédie

Petit Bulletin : Pourquoi avez-vous choisi de mettre en scène cette pièce de Goldoni ? Qu’aimez-vous dans ce ‘Menteur’ ?Laurent Pelly : Je connais cette pièce depuis très longtemps, j’ai une véritable passion pour Goldoni, LE maître de la comédie. Ce que j’aime dans cette pièce, c’est que –comme toujours chez Goldoni- l’intrigue est assez classique mais tous les personnages ont une saveur, une matière. Ce sont tous des imbéciles, sauf Lélio qui est un fou, et pourtant l’auteur les regarde avec beaucoup de tendresse. Et puis la thématique du mensonge est merveilleuse, elle est fédératrice et parle autant du théâtre que de la politique… Lélio est fou selon vous ? Lélio est le menteur, c’est l’homme libre, le rêveur, le poète, l’inventeur… dans une société étriquée. Il est fou car il ne peut pas s’empêcher de mentir, mais c’est également lui qui permet à tous les autres de ne pas s’ennuyer. J’ai choisi Simon Abkarian pour interpréter Lélio car c’est un acteur que l’on aime en deux minutes et qui pourtant a une noirceur en lui… Quant à Florindo, le seul homme vraiment sincère de la pièce, vous en faites presque un personnage de cartoon…La pièc

Continuer à lire

La petite boutique de Kaamelott

CONNAITRE | Analyse / L'univers de Kaamelott est conforme au contexte historique dans lequel il s'inscrit. "L'action est coincée entre la chute de l'empire romain, (...)

| Mercredi 22 décembre 2004

La petite boutique de Kaamelott

Analyse / L'univers de Kaamelott est conforme au contexte historique dans lequel il s'inscrit. "L'action est coincée entre la chute de l'empire romain, l'avènement du christianisme, les invasions barbares, les bouleversements géopolitiques dans l'île de Bretagne, la fin des traditions celtes, la polygamie et les premiers préceptes monogames..." explique Astier. Mais, évidemment, on est loin de la vision d'un John Boorman avec Excalibur. Les personnages parlent dans une langue qui est un mélange d'argot lyonnais et de gouaille audiardienne (grande référence d'Astier), un langage "musical" que l'auteur fait littéralement chanter dans la bouche de ses acteurs. Quant à la mythologie, elle en prend aussi pour son grade : les chevaliers sont lâches, égoïstes et surtout particulièrement idiots. On retrouve là le goût d'Astier pour des personnages constamment à côté de la plaque, crétins inoffensifs dont il se moque avec une certaine tendresse, dans la lignée d'autres grands artistes du dialogue et de la caractérisation, les frères Coen. Les bases sur lesquelles la série se développe alternent trois types de sujets : "La partie professionnelle avec la vie militaire, la vie des chevaliers,

Continuer à lire

"Un terrain de jeu inépuisable"

ECRANS | Interview / Alexandre Astier, auteur, réalisateur, acteur et compositeur de la musique de Kaamelot Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Mercredi 22 décembre 2004

Petit Bulletin : Tu as tourné cent épisodes de Kaamelott. Comment as-tu travaillé les sujets ?Alexandre Astier : Il n'y a pas d'anachronisme, il n'y a que la langue qui est actuelle, tout le reste aurait pu se passer à l'époque. Personne ne se pointe avec une montre ou un autoradio. Sur les sujets, à part ceux qui traversent les âges et les siècles, et qui n'ont pas vraiment changé, comme les histoires de possessivité sentimentale, de doute professionnel ou d'inefficacité globale, il n'y a pas de références directes à l'actualité, ça aurait enlevé de la pérennité au projet ; j'aurais l'impression de rendre anecdotique ce que je suis en train d'écrire. Comment fais-tu pour te renouveler ?Je n'écris pas pour des personnages mais pour des comédiens. Je commence par les faire parler : j'allume l'ordinateur, je leur fais dire une ou deux phrases qui finiront peut-être à la poubelle. Au bout de quelques répliques, je commence à piger ce qu'ils sont en train de dire. Je sais alors de quoi je parle. Il y a tellement de sphères de toute façon... C'est un carrefour entre le médiéval fantastique et la réalité historique. C'est inépuisable comme terrain de jeu.

Continuer à lire

Appelez-le Arthur...

CONNAITRE | Télévision / Découvert sur les planches lyonnaises avec Le Jour du Froment, Alexandre Astier donne une suite à son court-métrage Dies Irae en reprenant le créneau de Caméra Café sur M6. Kaamelott : 3 minutes 30 quotidiennes pour découvrir les dessous burlesques des Chevaliers de la Table Ronde. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 décembre 2004

Appelez-le Arthur...

En 2002, Alexandre Astier s'offre une année faste... Alors qu'il écrit et interprète sous la direction de Jean-Christophe Hembert le formidable Jour du Froment au Théâtre de la Croix-Rousse, il prépare en parallèle un court-métrage intitulé Dies Irae. On y découvre les Chevaliers de la Table Ronde aux prises avec une réalité très quotidienne, glosant dans un langage contemporain très fleuri sur les problèmes qu'ils rencontrent dans leur quête (poussive) du Graal. Une galerie de portraits croqués avec ce sens du dialogue percutant qui est déjà en train de faire la réputation d'Astier, redoublé par sa prestation en Arthur colérique, loin de la noblesse habituelle du premier Roi de Bretagne. Dies Irae confirme l'aptitude d'Astier à travailler un rythme imparable, mais aussi, plus inattendu, son œil de réalisateur, le film étant composé avec un soin inattendu pour du court métrage comique. Les ratés de la table ronde"Mon agent m'a dit que cette idée marcherait bien dans un format court, explique Astier. Je n'aurais pas couru après un truc télé parce que ce n'est pas mon monde, mais elle avait raison, ça s'y prêtait. C'est pour ça qu'on a enquillé sur des pilotes autoproduit

Continuer à lire

Pelly royal !

SCENES | Avec "Le Roi nu", Laurent Pelly propose le spectacle parfait : 2 heures de divertissement et d'intelligence qui ne souffrent aucune faiblesse, portées par un texte et des acteurs éblouissants. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 décembre 2005

Pelly royal !

On imagine bien Laurent Pelly pleurant de joie en découvrant le texte d'Evguéni Scwartz, Le Roi nu. Ravi de mettre la main sur une pièce qui semble répondre parfaitement à ses aspiration théâtrales, heureux que celle-ci soit encore quasi vierge de toute adaptation. Et pour cause ! Son auteur a vécu la censure soviétique, son conte de fée truculent étant aussi une redoutable satyre d'un régime totalitaire qui pue autant le nazisme que le stalinisme. Mais c'est d'abord la fantaisie qui l'emporte dans ce spectacle jubilatoire, la gravité étant effleurée avec une élégante désinvolture. Précision et profusion Même si la scénographie récrée un gigantesque environnement bureaucratique, s'il tombe des cintres une lampe à l'éclairage blafard pour un interrogatoire façon gestapo, c'est bien un conte de fée qui se déroule sous nos yeux. Un gardien de porc tombe amoureux d'une princesse simplette, mais celle-ci doit épouser un despote mégalomane et abruti ; pendant que les noces se préparent, le porcher et son camarade fidèle inventent un stratagème pour ridiculiser cette cour stupide, provoquant au passage une révolte démocratique. Un tel résumé passe sous silenc

Continuer à lire

Magicien à tout faire

SCENES | Portrait / C'est lui le Merlin un peu branque de la série Kaamelott. Jacques Chambon fait aussi des apparitions dans des téléfilms et, on le sait moins, (...)

| Mercredi 15 novembre 2006

Magicien à tout faire

Portrait / C'est lui le Merlin un peu branque de la série Kaamelott. Jacques Chambon fait aussi des apparitions dans des téléfilms et, on le sait moins, il a joué pour Planchon dans une pièce produite par le TNP. En bon gymnaste, il fait surtout depuis le début de sa carrière de grands écarts entre ce qu'il ne peut pas dissocier, le café-théâtre et le théâtre classique. Il consent néanmoins à dire que les deux univers ont un manque cruel de curiosité réciproque. «Je sais depuis longtemps qu'il faut savoir faire plusieurs choses pour survivre dans ce métier». C'est pas le tout mais «faut faire croûter les enfants, et ils ont bon appétit», note-t-il au passage. Il faut tenter de vivre de cette scène «indispensable» et d'avancer dans une carrière de comédien. Pas simple. Alors plutôt que d'attendre que le théâtre institutionnel lui ouvre grand les bras, il fait son travail là où on le lui permet. «On peut faire des choses bien en café-théâtre, de la comédie intelligente, avec du fond», assure-t-il. D'autant qu'il ne joue et n'écrit pas que ça. Sa pièce Nous crions grâce écrite à partir de lettres de soldats a tiré les larmes à plus d'un spectateur. Par ailleurs, la comédie qu'il a écr

Continuer à lire

«Préserver l'idée de mystère»

MUSIQUES | Entretien / Laurent Pelly, directeur du Centre Dramatique National des Alpes, met en scène La Voix humaine et Le Château de Barbe Bleue. Propos recueillis par DA

| Mercredi 25 avril 2007

«Préserver l'idée de mystère»

Vous avez souhaité créer un lien entre les deux opéras que vous mettez en scène, pourquoi ? Laurent Pelly : Ce n'était pas prémédité. Judith dans Barbe Bleue et la femme de La Voix humaine portent en effet le même costume, comme si elles n'étaient plus qu'une seule et même femme. J'ai voulu mettre les deux œuvres en lien, utiliser les mêmes moyens de narration, mais il n'y a pas une seule clé de lecture ! Les décors ont une importance toute particulière dans ces deux mises en scène... Dans La Voix humaine, le personnage se déplace peu, elle est enfermée dans son appartement, dans son angoisse et sa solitude. Je ne voulais pas représenter une chambre immense, mais utiliser la scénographie comme un cadre mouvant ; le décor se déplace pour «zoomer» sur le personnage, comme on pourrait le faire au cinéma. Dans La Voix humaine, je pense que le public ne peut être réceptif que s'il est en position de voyeur. La Voix Humaine, c'est du théâtre mis en musique. Cela demande un investissement de jeu très fort. Cela ne fonctionne que si l'interprète est aussi bouleversante que la musique. Dans Barbe-Bleue, vous avez travaillé sur l'évocation, vous ne montrez pas l'intérieur des chambres pa

Continuer à lire

L'œuvre dans la peau

SCENES | ENTRETIEN / AGATHE MÉLINAND ET LAURENT PELLY ACCOMPLISSENT LA GAGEURE DE REDONNER UN VIGOUREUX COUP DE FOUET AU CLASSIQUE DE LEWIS CARROLL. PROPOS RECUEILLIS PAR SÉVERINE DELRIEU

Christophe Chabert | Mercredi 23 mai 2007

L'œuvre dans la peau

Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur ce texte de Lewis Caroll ? Laurent Pelly : On avait envie de faire entendre ce texte dont on est amoureux depuis longtemps. C'est un ouvrage de référence pour nous, autour duquel on tourne. On n'avait pas envie d'en faire une adaptation, on voulait le texte brut. Notre idée était d'enlever l'imagerie jolie «Walt Disney» qui est collée au texte. Qu'incarne Christiane Millet, l'unique comédienne ? Laurent Pelly : On ne voulait pas fermer le texte. C'est comme en poésie : quand on se met à expliquer le poème, ça le tue. C'est pour cela que Christriane Millet pourrait être beaucoup de personnages différents : l'auteur, Alice qui a vieilli, la sœur... Agathe Mélinand : Ou une actrice qui doit jouer tous les jours Alice et qui est pleine de ce texte. Laurent Pelly : En travaillant, on s'est rendus compte qu'il n'y avait pas de choses positives, ni jolies dans le texte. Tout est frustration, embûches, peurs. Au bout du compte, pour moi, cette femme est une sorte de phénomène de foire enfermé dans une boîte et qui ne peut s'exprimer qu'à travers Alice. Une espèce de folie à l'image du texte. Car ce que j'aime particulièrement, c'est l'e

Continuer à lire