«Une démesure géniale !»

SCENES | Figure historique mythique, Lucrèce Borgia fut immortalisée en 1833 par Victor Hugo dans une pièce éponyme. Un incontournable du répertoire auquel se confronte tout l’été le metteur en scène David Bobée, non sans offrir à Béatrice Dalle son premier rôle sur les planches. Nous l’avons rencontré pour en savoir plus sur ce projet très attendu qui verra le jour en plein air, à Grignan, devant la magnifique façade du château. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 26 juin 2014

Pour interpréter Lucrèce Borgia, fille du cardinal espagnol et futur pape Rodrigo Borgia, vous avez fait appel à Béatrice Dalle. Ce choix a-t-il tout de suite été une évidence ?
David Bobée :
Pour monter Lucrèce Borgia, il me fallait une actrice qui ait le charisme, la séduction et la capacité à fasciner nécessaires au rôle ; et en même temps une part de dangerosité, de monstruosité... J'ai choisi la plus belle et la plus dangereuse. Béatrice, avec ses choix de carrière, de vie et sa personnalité entière, s'est tout de suite imposée.

Elle s'essayera là au théâtre pour la première fois...
Je choisis de travailler avec des personnes pour ce qu'elles sont, parce que je les aime et que j'ai envie d'offrir au public le regard que je porte sur elles. Je me moque de savoir si elles savent faire ci, si elles ont déjà fait ça... Il n'y a pas de différences pour moi entre donner le rôle de Lucrèce Borgia à Béatrice, qui est actrice de cinéma – donc actrice tout court– et travailler avec des personnes qui viennent de cultures différentes ou de disciplines différentes comme le cirque, la danse, la musique...

Effectivement, face à Béatrice Dalle, le rôle du jeune Gennaro sera tenu par un acrobate...
Oui, mais il n'est pas que ça ! À partir du moment où les interprètes tiennent un rôle et le tiennent bien, ils sont acteurs. Cette façon d'étiqueter les gens vient sans doute d'un théâtre français un peu trop académique, avec trop souvent des acteurs blancs qui jouent pour des spectateurs blancs. Un théâtre qui se coupe complètement de la réalité de la société dans laquelle on vit.

Alors que, visiblement, vous défendez pièce après pièce un théâtre moderne et pluridisciplinaire fait avec les outils d'aujourd'hui – vidéo, musique, cirque contemporain...
Ce n'est pas une démarche volontariste de faire un théâtre pluridisciplinaire parce que ce serait à la mode, c'est vraiment une façon très organique de penser un théâtre qui reflète la construction foisonnante et bordélique de notre époque. Il serait absurde de faire un théâtre du XXIe siècle en se privant des outils du XXIe siècle !

A vos débuts, vous avez monté beaucoup de textes contemporains qui s'attaquaient frontalement à ce XXIe siècle, notamment en travaillant en binôme avec l'auteur Ronan Chéneau. Depuis quelques années, vous adaptez des textes plus classiques. Pourquoi ce virage ?
Ce sont les gens que j'ai en face de moi qui m'amènent à faire du théâtre. Bien sûr les acteurs, mais aussi les spectateurs. Je n'ai pas fait d'école de théâtre, je n'ai jamais eu d'entrées par le texte, qui viendrait tout déterminer, tout écraser. J'adore le texte, je suis amoureux de la langue – sinon je ne ferais pas du théâtre ! – mais elle n'est qu'une composante. Pour moi, ce n'est pas le théâtre contemporain ou de répertoire qui fait le théâtre d'aujourd'hui ou le théâtre d'hier. Le théâtre qui se fait aujourd'hui parle forcément de l'époque dans laquelle on est, qu'il s'agisse d'un texte contemporain s'adressant de manière très frontale à une situation politique, sociétale ou autre, ou d'un texte de répertoire. Ces textes du répertoire que je choisis de monter aujourd'hui ont les mêmes préoccupations que moi. Hamlet, par exemple, est un jeune homme qui ouvre les yeux et qui se sert de tous les outils à sa disposition – y compris le théâtre – pour remettre en question un certain ordre du monde. Ça rentre pleinement dans la démarche que je développe depuis quinze ans. Pareil pour Lucrèce Borgia. Elle fait partie de la mythologie, de ces grands personnages de théâtre comme Hamlet ou Roméo. C'est une part de notre culture commune. J'essaie donc de voir comment ces figures-là peuvent nous arriver aujourd'hui.

Vous qui faites un théâtre très visuel, vous devez vous réjouir de jouer à Grignan, au pied du château... Comment s'adaptera la scénographie ?
Le décor qu'est la façade du château est totalement visuel, il se reflétera dans la scène recouverte d'eau – comme les personnages, qui auront donc un double monstrueux. Le jeu avec les lumières est véritablement passionnant à travailler. Le plein air appelle à une démesure absolument géniale, je m'éclate complètement !

Vous allez jouer le spectacle pendant deux mois dans le cadre des Fêtes nocturnes. Une si longue série doit être exaltante pour un metteur en scène...
Évidemment. Surtout que le public de Grignan n'est pas forcément uniquement passionné de culture... Il peut aussi venir par curiosité touristique ou parce qu'il veut passer une belle soirée d'été sous les étoiles. Ce sont des spectateurs qu'on ne voit pas forcément dans les salles à l'année, et c'est fabuleux de pouvoir les rencontrer dans un tel cadre.

Les Fêtes nocturnes de Grignan
A Grignan (26), jusqu'au samedi 23 août

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Lux Æterna : Gaspar Noé repousse les limites du cinéma

Le Film de la Quinzaine | À la fois “moking of” d’un film qui n’existe pas, reportage sur une mutinerie, bacchanale diabolique au sein du plus déviant des arts, vivisection mutuelle d’egos et trauma physique pour son public, le nouveau Noé repousse les limites du cinéma. Une fois de plus.

Vincent Raymond | Vendredi 25 septembre 2020

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Sur le plateau du film consacré la sorcellerie qu’elle dirige, Béatrice Dalle échange confessions et souvenirs avec Charlotte Gainsbourg, en attendant que le tournage reprenne. Le conflit larvé avec son producteur et son chef-opérateur va éclater au grand jour, déclenchant chaos et douleurs… À peine une heure. Aux yeux du CNC — yeux qui lui cuiront lorsqu’il le visionnera —, Lux Æterna, n’est pas un long-métrage. La belle affaire ! Depuis presque trente ans qu’il malaxe le temps, l’inverse en spirale involutée, le taillade ou le démultiplie, Gaspar Noé a appris à le dilater pour en faire entrer davantage dans cinquante minutes. Il dote ainsi dès son ouverture Lux Æterna d’extensions cinématographiques, de “ridelles“ virtuelles, en piochant dans des œuvres antérieures ici convoquées visuellement pour créer un climat (Häxan de Benjamin Christensen, Jour de colère de Dreyer) ou verbalement par Dalle et

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Mâchoire carrée (limite cubique), musculature de modèle anatomique, pupilles qui paraissent insoumises aux facteurs de dilatation : Pierre Cartonnet dégage la même sévérité juvénile que les vicieuses petites frappes de Dog Pound. Reste qu'il ne survivrait sans doute pas plus de quelques jours dans un établissement pénitentiaire tel que celui dépeint par le film de Kim Chapiron. Car sous les signes extérieurs de virilité bat le cœur d'un grand sensible. Un cliché ? Certes, mais un cliché flou, le gaillard se mouvant à toute vitesse et dans nombre de directions à la fois. Délit de belle gueule Il fallait le voir, au sortir du tremplin du dernier festival de l'Espace Gerson, admiratif du talent de concurrents qu'il venait pourtant de mettre à l'amende – avec une variation joliment lunaire sur le sketch de l'humoriste foireux – et accueillant les compliments comme on reçoit des remontrances. Sans doute un vieux réflexe : «J'ai eu une adolescence difficile. J'étais en échec scolaire dès la fin du collège et je cherchais une échappatoire. Je pratiquais déjà le cirque en loisir. J'ai appris qu'il existait des formations professionnalisant

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Cirque / Parallèlement à Cannibales, les complices David Bobée et Renan Chéneau présentent Warm, performance circassienne où deux équilibristes tentent de poursuivre leurs figures en résistant à une chaleur insupportable, tandis qu’une comédienne susurre à leurs oreilles bouillies un texte lui-aussi très «hot» ! La torpeur qui s’intensifie progressivement émane d’un système de projecteurs, appelés «pars», produisant une lumière virant vers le blanc. Alexandre Fray et Frédéric Arsenault devront tenir sous les «sunlights» le plus longtemps possible, persévérer dans leurs désirs d’équilibres alors que tout les invite à l’abandon… Ces deux jeunes acrobates ont par ailleurs créé en 2005 leur propre compagnie (Un loup pour l’homme) et présentent dans le cadre des Intranquilles leur premier opus, Appris par corps. Une pièce enlevée et brut qui s’inspire des Météores de Michel Tournier, roman que l’académicien décrit lui-même comme l’essai «d’illustrer le grand thème du couple humain, et d’appliquer aux êtres et aux choses une grille de déchiffrement particulièrement instructive et pénétrante, celle du couple de jumeaux vrais». Dont acte : sur une scène circulaire blanche et vide, Alex

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Nés dans les années 1970, adolescents dans les années 1980 quand «Dorothée passe d’Antenne 2 à TF1» et avec «l’apparition des cracottes chez Heudebert», adultes dans les années 2000, ils constatent «que rester vautré, recroquevillé chez soi, avec la dernière livraison de Jack Bauer, saison 4, n’est finalement pas ce qui peut nous arriver de plus mal…»… Voilà où nous en sommes, voilà où ils en sont, eux, couple trentenaire petit-bourgeois habitant un appartement immaculé et quasiment décalqué d’un catalogue d’Ikéa. C’est dans cet intérieur qu’on les découvre, «Elle» et «Lui», et dans l’intimité de leurs discussions décousues à propos de sexe, de bonheur, de science, de politique, de tout, de rien, de pas grand chose, de ce qui reste… Dernier volet d’une trilogie qui peut se découvrir séparément, Cannibales a été écrite par Ronan Chéneau directement sur le plateau avec la complicité du metteur en scène David Bobée et de ses comédiens : «Mon travail d’écriture se fait au cœur même de la machine théâtrale, avec le travail, de la lumière et du son, le jeu, la mise en scène, pour être contaminé par eux, toujours proche du vivant, du présent. En période de création, j’écris et réécris san

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