Quand les plateaux deviennent chaînes d'info

Théâtre | Cette saison, les artistes s'attachent à malaxer (au mieux) ou à commenter (au pire) l'actualité immédiate. Cette lame de fond du théâtre contemporain se vérifiera tout au long des prochains mois dans les salles et sera ponctuée par l'indispensable festival Sens interdits qui accueille l’immense Milo Rau.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Photo : © Simon Gosselin


Dans quelques mois, sur les scènes de théâtre, peut-être sera-t-il question du rapport à sens unique de l'IGPN sur la mort de Steve Maia Caniço et alors ce fait sociétal et politique deviendra œuvre de théâtre. Et si le militant antifa Antonin Bernanos, qui a écopé de quatre mois supplémentaire de détention provisoire au cœur de l'été, avait bientôt un avatar scénique ?

Si le théâtre a toujours épongé et transformé les soubresauts du monde, force est de constater qu'il le fait de plus en plus immédiatement et frontalement. Cette saison vont débouler sur les plateaux de Lyon et de la métropole des récits récents ayant fait la Une des médias ces derniers mois. Parfois en les devançant et les fictionnant de façon uchronique : c'est le cas de Olivier Masson doit-il mourir ? (aux Célestins en janvier, et à La Mouche en mars), une variation sur l'affaire Vincent Lambert qui a connu son épilogue cet été. Le jeune auteur et metteur en scène François Hien traite le procès de l'aide-soignant où se confrontent la mère et l'épouse du défunt. Cette pièce s'annonce ultra documentée « en voulant amener les spectateurs au cœur des questions de notre temps », mais peut-être avec le bémol que comportait déjà son travail sur la crèche Baby-loup (La Crèche, à Vaulx-en-Velin en novembre, au Point du Jour en avril) de ne pas donner réellement son point de vue sur le sujet et de l'ouvrir à tous les vents.

L'Affaire Tarnac sera également le sujet d'une création d'une jeune compagnie rhônalpine avec Taïga (au NTH8 en novembre, à Saint-Fons en décembre) où Sébastien Valignat revient avec force et documenté sur cette effarante arrestation, en 2008, de 150 personnes, dont Julien Coupat, qui se conclura dix ans plus tard par la relaxe quasi générale. Sous-titré « comédie du réel », ce travail sera peut-être dans la lignée de Quatorze qui a obtenu le prix Celest'1 du public en juin : un documentaire qui s'octroie des séquences de comédie.

De façon chorale, Philippe Mangenot adapte lui le texte ambitieux et millimétré de Gwendoline Soublin, Pig boy 1986-2358 (au Théâtre de la Renaissance en mai) évoquant le suicide des agriculteurs. À Avignon cet été, avec seulement des pupitres, déjà s'entendait cette complexité de langue qui plonge même dans la tête d'une truie qui refuse de donner naissance à des humains. À noter que On dit que Josepha, délicate approche d'une jeunesse en proie à l'ennui sera reprise en décembre à l'ENSATT dans le cadre de la programmation hors les murs des Clochards Célestes (qui signent une programmation foisonnante, riche et très prometteuse). La pièce avait été créée au festival En actes désormais hébergé au NTH8.

Hier, demain

L'ère post-Fukushima (La Centrale en chaleur par Guillaume Bailliart, au NTH8 en mai), l'immédiat après-Bataclan (le récit poignant d'Antoine Leiris, Vous n'aurez pas ma haine par Raphaël Personnaz au Théâtre de Vienne en décembre), l'affaire Wikileaks (reprise de Pale Blue Dot par Étienne Gaudillière au Point du Jour, en mai) seront aussi sur les planches. De même que la compagnie du très malin Hugues Duchêne – que les Clochards Célestes avaient invité bien avant son triomphe dans le Off d'Avignon 2018 – revient au Théâtre de la Renaissance (en mars) avec Je m'en vais mais l'État demeure, pièce ultra fluide, chronique d'une année électorale (2016/17), judiciaire (2018/19)… Dix-huit mois après sa vision qui nous avait séduite, reste aujourd'hui le sentiment d'un numéro et d'un pamphlet politique qui sert plus ses auteurs que la politique elle-même sans nier pour autant la sincérité du propos et la virtuosité de sa restitution. Car si tout le théâtre est truffé de politique, où se situe encore le théâtre politique ? Dans son ouvrage Contre le théâtre politique (La Fabrique) déjà réédité (une rareté dans le milieu du théâtre !), l'universitaire Olivier Neveux analysait ce printemps avec profondeur et rectitude et alertait de la perte de sens des travaux de certains (Chiens de Navarre…) qui se contentent de parfaire le dessin de la réalité et se dispensent de penser. Tout aussi bourgeois et chic que soit Le Retour à Reims (aux Célestins en janvier) de Thomas Ostermeier, surtout quand il fut présenté à l'Espace Cardin sur les Champs-Elysées, c'est là que l'on trouvait l'adresse sans concession d'un soutien aux Gilets jaunes, pas entendu dans le théâtre français… Étrange époque, paradoxale.

Ici, là-bas

Mais qui mieux aujourd'hui que Milo Rau pour faire théâtre de l'actualité et des maux du monde ? Le directeur du théâtre de Gand est l'invité majeur du festival biennale Sens Interdits qui, du 16 au 27 octobre, créera une fois de plus l'événement par sa programmation exigeante avec des artistes venus du Mexique, du Rwanda, du Kosovo, de Russie (ah Tatiana Frolova !) et donc le Suisse pour son Oreste à Mossoul, où acteurs irakiens et belges évoquent le pardon et la vengeance. Avec la propagande rwandaise audio (Hate radio, présenté à Sens interdits 2015), l'Affaire Dutroux (Five easy pieces) ou un crime homosexuel (La Reprise), Milo Rau avait fait preuve d'une sidérante capacité à dépasser son sujet, l'universaliser et le transformer en théâtre. Que ferait-il d'une nuit tragique de fête de la musique à Nantes ?

https://youtu.be/yddeWmUkaFk


Olivier Masson doit-il mourir ?

Ms François Hien, 2h. Fiction librement inspirée de l'affaire Vincent Lambert
Célestins, théâtre de Lyon 4 rue Charles Dullin Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Taïga

Par la Cie Cassandre, ms Sébastien Valignat, 1h45. Tragi-comédie relative à l'Affaire dite de Tarnac
Théâtre Jean Marais 53 rue Carnot Saint-Fons
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Pig boy 1986-2358

De Gwendoline Soublin, ms Philippe Mangenot, par la Cie Théâtre de l'Entre-deux
Théâtre de la Renaissance 7 rue Orsel Oullins
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Retour à Reims

D'après l'œuvre éponyme de Didier Éribon, ms Thomas Ostermeier, 1h45
Célestins, théâtre de Lyon 4 rue Charles Dullin Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Oreste à Mossoul

D'après "L'Orestie" d'Eschyle, ms Milo Rau, 2h. Belgique/Suisse/Irak
Célestins, théâtre de Lyon 4 rue Charles Dullin Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Camps retranchés

Théâtre | Finement mené et écrit, le travail de François Hien interroge. Pourquoi ne pas choisir un point de vue tranché et prendre pour appui un fait divers si symbolique ? Immersion au procès d'un infirmier qui a mis fin à la vie d'un malade dans un état végétatif sur fond de guerre familiale.

Nadja Pobel | Mardi 21 janvier 2020

Camps retranchés

Olivier Masson doit-il mourir ? est très largement inspiré par l'Affaire Lambert, du nom de ce jeune homme qui a fini par décéder cet été à la suite de l’arrêt des soins, épilogue d'une bataille juridique et familiale acharnée. Le co-metteur en scène (avec toute la distribution), acteur et auteur de ce texte, François Hien s'est servi de ce canevas pour ensuite s'en détacher et interroger les arguments des uns et des autres quant au décès programmé ou au maintien en vie de ce patient en état pauci-relationnel. Est-il conscient ? Souffre-t-il ? Qu'aurait-il souhaité s'il se retrouvait dans cette situation ? À son épouse, infirmière comme lui, il avait déjà confié ne pas vouloir vivre ainsi. Dans une première partie très rapide, chacun expose ses arguments, les cinq acteurs endossant les costumes des avocats, du juge, de la mère, de l'épouse, des médecins, chefs de service... Car il s'agit de faire le procès d'Avram Leca, soignant qui, seul, après l'avoir veillé des années, a décidé de débrancher le malade sans autorisation. Devant la complexité et la multiplicité des

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Sens interdits à quai

Théâtre | La 6e édition du festival Sens interdits aura fait la part belle à la capacité de jeunes artistes belges à gratter et bousculer autant leur art que leur temps quand les Russes ne cessent de tenter de prendre la mesure de la répression soviétique à l'aune de l'ère poutinienne. Retour sur dix jours bringuebalés dans la tourmente du monde et de tentatives d'en faire théâtre.

Nadja Pobel | Mercredi 13 novembre 2019

Sens interdits à quai

Sens Interdits s'est joué dans treize théâtres mais aussi sous le chapiteau, où spectateurs et artistes se rencontraient, notamment lors de table rondes. À la veille de la clôture, Tatiana Frolova, qui avait ouvert le festival dix jours plus tôt, le disait : « rien n'a changé ». La metteuse en scène évoquait l'époque des années 30 où Mandelstam, poète dissident arrêté et déporté, n'aura été soutenu que de façon verbale et pas concrètement par son ami Pasternak (son épouse refusait d'héberger ce dissident). Quand Mandelstam lui lit un poème virulent contre le régime, celui-lui lui rétorque « qu'il n'a rien entendu » afin de ne pas être complice, ainsi que le relate la pièce montée par Roman Viktyuk et présentée également dans le festival. « Quand je joue Je n'ai pas encore commencé à vivre à Vladivostok, les journalistes sortent en disant qu'ils n'ont rien entendu » confiait-elle. Ma petite Antarctique n'a pas la force dramaturg

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Hasta siempre Sens Interdits !

Tour du monde | En mode biennale, le festival dédié au théâtre de l'urgence célèbre, du 16 au 27 octobre, fête ses dix ans avec une programmation extrêmement prometteuse où les maux du monde sont exprimés avec forces et talents par des artistes résistants et résistantes, à commencer par le maître Milo Rau. Débroussaillage avec le fondateur et directeur Patrick Penot.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Hasta siempre Sens Interdits !

La Russie Cette habituée du festival (quatre spectacles déjà passés par là) nous avait bluffés avec la raideur et la profonde émotion et intelligence qui se dégageait de Je n'ai pas encore commencé à vivre, bilan de ce que fut l'URSS et de ce qui se dessine en Russie. Cette fois, Tatiana Frolova fera sa création sur le grand plateau des Célestins ! De quoi la changer de son théâtre KnAM où en Sibérie elle dispose de vingt places. Elle travaille sur le gel dans Ma petite Antarctique « car il a deux effets : il détruit la vie par son intensité et la protège via le permafrost ». En 2021, est d'ores et déjà annoncé un festival dans le festival dédié à cette équipe rare, politiquement intransigeante avec le pouvoir actuel, pas par contestation viscérale mais par le simple fait de dire ce qu'est la Russie d'aujourd'hui. Ma petite Antarctique Aux Célestins d​u mercredi 16 au samedi 19 octobre Le Mexique Souvent le festival a déplacé ses spectateurs en Amérique du Sud. Le Chilien R

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Le théâtre est-il encore politique ?

Essai | Puisque dans le terme "théâtre politique", "politique" ne sert plus qu’à faire joli, l’universitaire Olivier Neveux redonne du sens aux mots. Dans son ouvrage «Contre le théâtre politique» paru mi-avril, il dresse un diagnostic de l’état de la création actuelle, réhabilite la notion "d’alternative" loin du macronisme qu’il fustige et fait place au spectateur.

Nadja Pobel | Mardi 23 avril 2019

Le théâtre est-il encore politique ?

Où encore lit-on ces vérités sans que ce ne soit un bon mot ou une manière d’accrocher la lumière ? « Pour le spectacle vivant, elle [la présidence de François Hollande] fut juste nulle. "Nulle" signifiant inexistante ». « Telle serait la conclusion de ce mandat. Ils n’avaient pas d’idées ». Emmanuel Macron « a, triste mécanique, la sensibilité artistique de son milieu », soit celle de son simili ministre de la Culture Jean-Marc Dumontet, dont le festival Paroles Citoyennes est dynamité en ouverture d’ouvrage. Jamais pourtant Olivier Neveux ne se contente de distribuer des coups. Ce serait si vain. Bien au contraire, il n’a de cesse de tisser, lesté de ses très nombreuses lectures, pièces vues et heures d’enseignement, un lien entre ce qui peut se voir sur scène et la façon dont les tutelles le permettent ou l’empêchent. Que voit-on sous le vernis idéologique ? Qu’il faut défendre une « Cause » (de facto inattaquable), que les récits de vie sont encore le plus court chemin pour y parvenir. Jamais didactique (interrogeant même le sens de ce mot employé à tout-va, CQFD), il témoigne d’abord d

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Un seul être vous manque...

La rentrée théâtrale | Des spectacles par centaines au programme. Lyon et son agglo regorgent de propositions théâtrales mais il manque toujours des noms majeurs du théâtre contemporain.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

Un seul être vous manque...

Bien sûr, nous ne nous ennuierons pas cette saison en matière de théâtre à Lyon et dans les alentours, tant il y a un foisonnement d’offres et pourtant, lorsqu'à la fin du printemps, nous prenions connaissance de ce qui ferait nos soirées prochaines, s'imposaient d'abord les absents. Cruel constat qui n'est pas neuf sous nos cieux gaulois. L'ex-enfant terrible du théâtre français – qui désormais gesticule beaucoup, soit - Vincent Macaigne ? Jamais venu. Christiane Jatahy, metteuse en scène brésilienne qui a fait les beaux jours de la Comédie-Française avec sa version très populaire, limite démago de La Règle du jeu de Renoir et qui a signé une version des Trois sœurs tcheckhoviennes renversante et renversée par des écrans vidéo qu'elle manie parfaitement ? Pas là. Et surtout, Milo Rau, l'artiste européen majeur actuellement, de surcroît francophone ? Aucune trace. Les Lyonnais n'ont eu la chance de connaître son travail que via Hate radio programmé à Sens interdits en 2015 (le festival, off cette année, fait tout de même revenir la très agitante polonaise Martha Gornicka avec H

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La Crèche : remonter au berceau

Théâtre | Dédié à l'émergence et ayant fait place il y a 18 mois au mémorable Cannibale du Collectif X, voici que le Théâtre de l'Élysée accueille de nouveau cette (...)

Nadja Pobel | Mardi 17 octobre 2017

La Crèche : remonter au berceau

Dédié à l'émergence et ayant fait place il y a 18 mois au mémorable Cannibale du Collectif X, voici que le Théâtre de l'Élysée accueille de nouveau cette jeunesse avec un spectacle en cours de travail, dont sera livrée la première des deux parties, La Crèche. Derrière cette fiction théâtrale se cache une affaire bien réelle, qui de 2008 à 2014 a défrayé la chronique et que François Hien relate avec précision dans Retour à Baby-Loup (paru en cette rentrée) et met en scène avec son complice acteur Arthur Fourcade. Le licenciement de la co-directrice de cette crèche pour port d'un grand voile islamique avait clivé les tenants du tout-laïcité et leurs adversaires qui avaient la main facile pour les accuser de racisme. Puisque rien n'est binaire, le jeune cinéaste est allé à le rencontre de tous les protagonistes (excepté l'intéressée et son avocat qui ne souhaitent plus évoquer cet épisode) pour faire émerger les contradictions de chacun et redonner la place aux spécificités du territoire de cette « tragédie » (telle que la décrit François Hie

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6 pièces de théâtre à réserver sans tergiverser

Sélection | Les cadors on les retrouve aux belles places, nickel comme disait le chanteur. La preuve par six.

Nadja Pobel | Mardi 5 septembre 2017

6 pièces de théâtre à réserver sans tergiverser

Vincent Dedienne Bien sûr, ce spectacle n’est pas neuf. Il date même de 2013. Mais voilà, c’est la fin d’une tournée triomphale méritée et largement médiatisée par l’aura de ce chroniqueur passé par Inter et Canal +, avant de livrer des revues de presse redoutables chez Yann Barthès. Au commencement, Vincent Dedienne est un comédien brillant qui, contrairement à la plupart des ses confrères solistes et humoristes, sait occuper un plateau. Et qui, à la place de blagues politico-foireuses se met à nu avec une délicatesse tout simplement bouleversante. Il signe là l’un des grands spectacles de théâtre de ces dernières années. Au Radiant les 19, 20, 25 et 26 septembre, les 20 et 21 octobre, et au Toboggan le 27 septembre Bovary par Tiago Rodrigues Il l'avait créé dans le Théâtre National de Lisbonne qu'il dirige. Devenu coqueluche de l'Hexagone (malgré l'ennuyeux Sopro présenté à Avignon cet été), le très doué Tiago Rodrigues présente sa version du roman de Flaubert, avec notamment Jacques Bonnaffé et Grégoire Monsaingeon (vu chez Gw

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Beaucoup de promesses sur les scènes

Théâtre & danse | Quelques grands noms du panthéon théâtral et de nombreux trentenaires au talent cru : voilà de quoi remplir la deuxième moitié de saison qui, espérons-le, sera plus nourrissante que la première.

Nadja Pobel | Mardi 3 janvier 2017

Beaucoup de promesses sur les scènes

Étrange début de saison où les seules vraies émotions ont émané du solo de Vincent Dedienne, de deux des trois Fugues par le Ballet de l'Opéra, de la petite forme Udo de La Cordonnerie, du best of des Subs ou de La Cuisine d'Elvis à la Comédie de Saint-Étienne ; justement, son directeur Arnaud Meunier viendra bientôt avec son spectacle pour enfants Truckstop au TNG puis Je crois en un seul Dieu aux Célestins, où il retrouvera Stefano Massini après Chapitres de la chute. La Meute est de retour L'attaque en trombe de 2017, confiée à La Meute, devrait faire mentir cet automne morose : avec La Famille royale dès le 4 janvier au Toboggan (dont la directrice Sandrine Mini est poussée vers la sortie par sa municipalité) déjà, et dans la foulée aux Célestins qui ont l'intelligence de leur faire de nouveau confiance. Après Belgrade, la jeune troupe adapte le roman sulfureux et vigoureusement

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Genet, acteur politique

SCENES | Spécialiste du théâtre politique et militant, Olivier Neveux, professeur à l'ENS, se penche sur le cas Jean Genet dans un concis et implacable ouvrage où il (...)

Nadja Pobel | Mardi 22 novembre 2016

Genet, acteur politique

Spécialiste du théâtre politique et militant, Olivier Neveux, professeur à l'ENS, se penche sur le cas Jean Genet dans un concis et implacable ouvrage où il revient spécifiquement sur l’œuvre théâtrale de l'auteur (aux éd. Ides et Calandes), certes très connue et jouée (Les Bonnes, Les Nègres), parfois lissée aussi. Il éclaire ces textes par leur noirceur, cette "irréconciliation" qui les tend, et par la sorte de rage qui les sous-tend. Ce Jean Genet est aussi plus globalement une ode au théâtre et au spectateur rendu par un de ses plus sagaces observateurs. Olivier Neveux À la librairie Terre des Livres le samedi 26 novembre à 15h

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L’éternel retour d’Ostermeier

SCENES | Il est la star que toutes les scènes d’Europe s’arrachent depuis plus de dix ans. Et pour cause, Thomas Ostermeier dépoussière avec génie tout ce qu’il touche. Mais avec "Les Revenants", en s’attaquant pour la première fois à un travail en français dans le texte, il semble – momentanément - s’assoupir sur ses lauriers. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 11 mars 2014

L’éternel retour d’Ostermeier

La présentation d'un travail de Thomas Ostermeier est toujours un événement, quand bien même il n’est plus aussi rare qu’auparavant. Habitué à monter deux à trois créations par an à la Schaubühne, le théâtre berlinois qu’il dirige depuis quatorze ans, ou dans des festivals internationaux, il a l'an passé franchi le pas de la mise en scène en français, langue qu’il parle couramment. Un exercice que bien des salles lui réclamaient depuis déjà longtemps, et auquel il semble s’être plié, à première vue, avec un enthousiasme modéré, piochant à nouveau dans le répertoire de son auteur fétiche, Ibsen, dont il monte là une sixième pièce. Un texte qui certes a fait scandale à son époque au point d'être interdit, mais qui se révèle plus psychologisant, moins politique que ne le sont les glaçants Hedda Gabler et Maison de poupée ou l’époustouflant Ennemi du peuple. Une maison de trompés Comme à son habitude,

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Jeunes confidences

SCENES | Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 3 janvier 2014

Jeunes confidences

Enfin ! Enfin le théâtre des Ateliers est sorti de son état végétatif. Et la relève est tout un symbole, puisque c'est Joris Mathieu, adepte de la vidéo, qui en a été nommé directeur à la place du fondateur Gilles Chavassieux (lequel ne créera plus dans ce lieu). Autre désignation importante, celle de Sandrine Mini au Toboggan à Décines. D’autres directeurs tireront eux leur révérence : Roland Auzet à la Renaissance, par envie de reprendre son travail de compagnie, et Patrick Penot aux Célestins, pour cause de retraite. C’est d'ailleurs dans ce théâtre qu’il sera possible de découvrir le travail de Mathieu avec Cosmos de Witold Gombrowicz (février). D'une manière générale la jeune génération (disons les moins de quarante ans) fera l'actu de la rentrée avec Mon traître d’Emmanuel Meirieu (voir page 16) au Radiant, Dommage qu’elle soit une putain de John Ford par Marielle Hubert au Radiant encore (plus tard en janvier), qui s’annonce d’une curieuse violence mêlée de douceur, mais aussi l’exceptionnelle venue d’Howard Barker à Lyon, convaincu par la comédienne Aurélie Pitrat du collectif nÖjd de m

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Interview de Thomas Ostermeier

SCENES | Au lendemain de la triomphale première représentation de "Un ennemi du peuple" au TNP, Thomas Ostermeier a rencontré son public durant 1h30 au Goethe Institut, avant de nous accorder un entretien où il évoque inlassablement et passionnément son approche du théâtre... Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 31 janvier 2013

Interview de Thomas Ostermeier

... en commençant par expliquer pourquoi, après avoir monté des auteurs contemporains (Sarah Kane, Jon Fosse, Lars Noren…), il a ces dernières années tiré nombre de spectacles de textes d'Ibsen ou Shakespeare.

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Ostermeier ce norvégien

SCENES | Metteur en scène allemand de génie, Thomas Ostermeier monte pour la cinquième fois une pièce du norvégien Ibsen, "Un ennemi du peuple". Décryptage de cette filiation entre deux géants avant que Ostermeier lui-même ne vienne à la rencontre du public lyonnais au Goethe Institut. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 18 janvier 2013

Ostermeier ce norvégien

Depuis 2002, Thomas Ostermeier a monté cinq pièces d’Henrik Ibsen. S’il a commencé par ses classiques et brillantissimes pamphlets féminins et féministes (Une maison de poupée, qu’il a rebaptisé du nom de l’héroïne Nora, puis Hedda Gabler), il a poursuivi avec des textes empreints de politique : Solness le constructeur (monté entre les deux précédents), John Gabriel Borkman, Un ennemi du peuple aujourd’hui, et en mars Les Revenants créé (en français !) à Vidy-Lausanne. Dans l’intervalle, Ostermeier a fricoté avec d’autres et notamment Shakespeare (avec le foudroyant et déchaîné Mesure pour mesure). Mais inlassablement, Ostermeier revient à l’auteur norvégien qui, entre 1867 et 1899, signa une quinzaine d’oeuvres qui ont secoué la froide Scandinavie. Il ne suffit toutefois pas de jouer Ibsen pour s’apercevoir qu’il est infiniment contemporain. Encore faut-il malaxer son écriture, la raboter parfois, la modifier à l’occasion, à tout le moins lui porter un regard actuel pour ne pas la momifier dans le XIXe déclinant. Et dans 150 ans Ostermeier avait changé la fin d’Hedda Gabler

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Amis du peuple

SCENES | La rentrée théâtrale 2013 démarre sous des auspices dont aucun curieux (amateur ou – et surtout - réfractaire) n’osait rêver : Robert Lepage puis Thomas Ostermeier sont parmi nous en janvier. S’ensuivront de bons restes d’Avignon, des argentins bluffants et des retrouvailles. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 4 janvier 2013

Amis du peuple

Joël Pommerat n'est pas le seul incontournable de la planète théâtre ; pour trouver aussi talentueux et singulier, il faut pousser les frontières. Coup de chance, les Célestins et le TNP ont convié dans leurs salles le Canadien Robert Lepage et l’Allemand Thomas Ostermeier. Le premier vient avec une pièce créée en mai dernier à Madrid,  Jeux de cartes : Pique, début d’une tétralogie explorant les rapports entre le monde occidental et le monde arabe. Puisque la pièce ne peut se jouer que dans un lieu circulaire, elle le sera au Studio 24 à Villeurbanne (voir portrait de Robert Lepage en page 12). Ostermeier arrive lui avec un spectacle phare du dernier festival d’Avignon : Un ennemi du peuple, où il dynamite une fois de plus l’œuvre d’Ibsen, déjà infiniment moderne pour son époque. Ça suinte, ça gicle, ça crie, ça vit avec une force scénique qui n’a d’égale que sa maîtrise. Autre pépite du festival qui déboule sur "nos" planches bientôt : Plage ultime (Renaissance, mars) d’après Crash de J.C. Ballard, surprenante pièce de la jeune Séverine Chavrier qui prend son temps et nous renvoie à notre va

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Intervention directe

SCENES | Comment parler de «cette génération qui a le cœur à gauche et le portefeuille à droite, qui veut changer le monde sans avoir les mains sales» ? Thomas (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 6 septembre 2012

Intervention directe

Comment parler de «cette génération qui a le cœur à gauche et le portefeuille à droite, qui veut changer le monde sans avoir les mains sales» ? Thomas Ostermeier choisit de mettre en scène Ein Volksfeind (Un ennemi du peuple) d’Ibsen, qui dresse le portrait du jeune docteur Stockmann, luttant seul contre tous pour faire éclater le scandale de la pollution d'une station thermale. Le directeur de la Schaubühne de Berlin ne se contente pas de dépoussiérer le texte original. Il ouvre également le débat entre les acteurs et le public, sur le thème de la crise de la démocratie, avant de reprendre comme par magie le fil de son spectacle. Ovationné au dernier festival d’Avignon, cet Ennemi du Peuple n’est sans doute pas le meilleur spectacle d’Ostermeier, mais il en est certainement le plus surprenant. Ein Volksfeind (Un ennemi du peuple)Au TNPDu mercredi 29 janvier au dimanche 2 février 

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Thomas Ostermeier en six dates

SCENES | 1968 : naissance à Soltau, en Basse-Saxe, près de Hambourg. 1992 – 1996 : il suit les cours de la section mise en scène à la Ernst Busch Hochschule à (...)

Nadja Pobel | Lundi 4 avril 2011

Thomas Ostermeier en six dates

1968 : naissance à Soltau, en Basse-Saxe, près de Hambourg. 1992 – 1996 : il suit les cours de la section mise en scène à la Ernst Busch Hochschule à Berlin.1996-1999 : il devient metteur en scène et directeur artistique de la Baracke, laboratoire artistique du Deutsches Theater de Berlin.1999 : nomination à la tête de la Schaubühne de Berlin. Il co-dirige le théâtre avec la chorégraphe Sasha Waltz jusqu'en 2005. Depuis, il est seul maître à bord.2004 : il est le premier artiste associé au festival d'Avignon, choisi par les directeurs Hortense Archambault et Vincent Baudriller.2010 : il met en scène «Dämonen» puis «Othello ou le Maure de Venise», respectivement ses 26e et 27e créations depuis son arrivée à la Schaubühne.

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Le théâtre à vif

SCENES | Portrait / Depuis plus de dix ans, Thomas Ostermeier dirige une des plus importantes institutions théâtrales de Berlin, la Schaubühne, sans s'être assagi pour autant. Portrait d’un metteur en scène. Nadja Pobel

Dorotée Aznar | Lundi 4 avril 2011

Le théâtre à vif

Il dit faire «un métier de vieux». Thomas Ostermeier, 42 ans, éternel sweatshirt Adidas sur le dos, a longtemps cru qu’un metteur scène était un homme très savant d’au moins 50 ans avec une barbe et un gros ventre. Il pensait ne pas avoir le droit d’entrer dans les prestigieuses salles qu’il remplit aujourd’hui partout en Europe. Rien, en effet, ne prédestinait ce fils de militaire et de vendeuse en supermarché à être reconnu internationalement comme l’un des metteurs en scène les plus doués de sa génération. Thomas Ostermeier grandit en Bavière et entre vite en conflit avec sa famille catholique, refuse d’effectuer son service militaire et opte pour un service civil auprès de personnes handicapées à Hambourg. Anarchiste, il débarque à Berlin, s’installe dans le quartier turc de Kreuzberg, partie pauvre de l’Ouest cernée par les frontières de Berlin-Est. Il joue de la basse et de la contrebasse dans des groupes de rock, mais abandonne vite, la faute selon lui, à un manque de travail et de talent. Quand le Mur tombe, il a 21 ans et s’exile dans les pays de l’ex-bloc soviétique. À son retour à Berlin, il intègre la prestigieuse école d’art dramatique, la Ernst Busch Hochschule, en 19

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