Élections métropolitaines : Aulas et Sarselli promettent un tunnel pour désengorger Lyon
Élections / À l'approche des échéances électorales, Jean-Michel Aulas et Véronique Sarselli remettent les mobilités lyonnaises au cœur du débat en proposant un chantier colossal avec la présentation de la "Nouvelle traversée de Fourvière" (NTF). Ce projet de tunnel de 8 km, estimé à environ deux milliards d'euros, ambitionne de détourner le flux autoritaire de la Presqu'île pour libérer des dizaines d'hectares en surface. Une initiative qui cristallise les divergences sur l'avenir de la mobilité rhodanienne.
Photo : © Xavier Caré / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0
Dans un communiqué co-signé et adressé aux rédactions, les candidats réunis sous la bannière Cœur lyonnais proposent de résoudre ce qu'ils appellent « l'anomalie urbaine héritée des années 1960 » par une solution souterraine. Techniquement, l'ouvrage relierait le nœud de Valvert à Tassin-la-Demi-Lune au secteur de Saint-Fons, sur une distance de 8 km. L'objectif consiste à enfouir le trafic de transit qui sature actuellement l'axe M6/M7. Ce projet s'inscrit dans une lignée historique lyonnaise et rappelle l'autoroute urbaine de l'Anneau des sciences - car devant relier les campus et pôles de recherche du Grand Lyon, projet abandonné en 2020 après trente ans de réflexion.
Au-delà de la circulation, l'enjeu est foncier car les porteurs du projet tablent sur la récupération de 45 hectares d'espaces publics entre Perrache et la Confluence, mais aussi écologique, car le tunnel « sera doté systèmes de ventilation, de filtration et de captation de pollution parmi les plus exigeants, avec des capteurs renforcés permettant un suivi précis des émissions », indique le communiqué.
De 1, 6 à 2 milliards d'euros
Le montage financier envisagé repose sur un partenariat public-privé assorti d'une concession en délégation de service public. Le coût, évalué entre 1, 6 et 2 milliards d'euros, serait partiellement couvert par un péage, à l'image du tunnel de Caluire sur le périphérique nord. Ce modèle de "ville souterraine" n'est pas sans rappeler les transformations de Madrid et l'enfouissement de l'autoroute M-30 achevé en 2007 ou celles de Boston avec son "Big dig" la même année.
Une opposition vent debout
De son côté, la majorité métropolitaine marque une rupture nette, Jean-Charles Kohlhaas, vice-président aux Transports, conteste la pertinence même de l'ouvrage en s'appuyant sur la structure du trafic dans Actu Lyon. Selon les chiffres de l'exécutif, le trafic de transit pur - celui qui traverse l'agglomération sans s'y arrêter - ne représenterait que 15 % du flux quotidien sous Fourvière. Le reste serait composé d'échanges pendulaires dont l'origine ou la destination se situe dans Lyon ou sa périphérie immédiate. Pour les opposants au projet, un tunnel de transit ne résoudrait donc qu'une fraction marginale de la congestion, tout en risquant de générer un trafic induit, phénomène où l'offre de nouvelles voies finit par saturer les infrastructures par un appel d'air automobile.
Aussi, la gauche et les écologistes voient dans ce projet une menace directe pour les investissements dans les transports collectifs. L'investissement massif requis par la NTF pourrait, selon eux, tarir les capacités de financement d'autres projets structurants, à l'instar du Tramway express de l'ouest lyonnais. Les maires d'arrondissements lyonnais, comme Yasmine Bouagga (1er) ou Rémi Zinck (4e), pointent également le paradoxe d'un chantier pharaonique dont les bénéfices réels ne se feraient sentir qu'au terme d'une décennie de travaux. Même son de cloche du côté de la candidate du Rassemblement national aux métropolitaines, Tiffany Joncour, qui considère que ces annoncent relèvent « davantage de la communication que de la gestion ».

