«Kirikou, c'est un peu moi»

Michel Ocelot, créateur de Kirikou et la sorcière, en a écrit une variation en forme de comédie musicale, qui se jouera au Summum en fin de saison. Entretien avec le créateur de cet attachant personnage nu. Propos recueillis par Christophe Chabert

Comment avez-vous abordé cette comédie musicale ? Comme un changement de technique ?Michel Ocelot : Un énorme changement de technique ! D'abord, ce n'est pas mon idée de faire cette comédie musicale. Avec Kirikou et la sorcière, j'ai fait ce que je voulais. Ensuite, il y a eu de nombreux développements, notamment beaucoup de livres, un deuxième film que je ne tenais pas tellement à faire, mais que j'ai fini par réaliser très sincèrement. Mais je ne cherche pas à faire de Kirikou ma vie ! Par contre, la proposition de comédie musicale avec cette idée de célébration de l'Afrique m'a tout de suite plu. C'est un des éléments que je n'ai pas pu pousser au bout dans le film : la célébration de la beauté physique des hommes et des femmes, des enfants aussi. En avoir fait des vraies personnes qui savent se tenir, bouger, chanter, ça fait partie de la célébration que je voulais faire. L'aspect musical n'était qu'ébauché dans le film... Oui, l'aspect chorégraphique aussi. Mais ce n'est pas moi le maître d'œuvre, je suis officiellement auteur du livret et des paroles. Je laisse ce soin à quelqu'un dont la carrière est sur scène, alors que moi, c'est sur écran. Je n'ai d'ailleurs pas de désir de me mettre à la scène, car c'est monstrueusement compliqué. Vous gardez quand même une implication très personnelle dans le projet ? J'y suis presque tout le temps, mais je fais très attention à ne jouer ni le patron, ni l'inspecteur. Les choses importantes, je les transmets à Wayne MacGregor, et les petites choses, je les dis directement aux gens sur scène, aux comédiens - car toute la partie parlée du film est conservée. Mais j'essaie toujours de rester en retrait. D'ailleurs, je suis parti trois semaines, aussi pour le laisser respirer... Mais je trouve ça effrayant, par rapport au cinéma où je peux prendre mon temps, me relire, calculer la durée au 24e de seconde près, hésiter sur une image qui peut changer vraiment quelque chose. Là, c'est quand même fait un peu à la louche, même si il y a malgré tout une mécanique de précision ! Même pour votre dernier film, Azur et Asmar, qui utilisait le numérique, vous avez gardé ce côté artisanal ? Oui. L'ordinateur ne change pas vraiment les choses. La préparation se fait sur papier, j'écris, je fais des croquis, je fais un scénarimage, j'enregistre les paroles, et je connais tous les plans et la longueur du film à la seconde près. L'aventure Kirikou, des films à la comédie musicale, était-ce un moyen pour vous de créer une nouvelle mythologie ? Absolument pas ! À une époque, beaucoup de journalistes me demandaient si j'avais été surpris par le succès. En fait, j'avais prévu un triomphe mondial, une catastrophe ignominieuse et tous les scénarios possibles entre les deux. Mais ce que je n'avais pas prévu, c'est la profondeur du succès et l'existence de ce petit enfant. Je n'avais pas prévu que ça durerait, qu'on me redemanderait des variations, que ça allait former plusieurs générations... Kirikou est devenu un personnage mythologique, il existe en lui-même. Au départ, ça n'a rien de mythologique : c'est un enfant qui grandit, qui apprend, qui pose des questions, qui n'accepte pas les réponses qu'on lui donne. C'est un peu moi, et ce sont aussi des souvenirs d'Afrique car j'ai passé une très jolie enfance en Guinée. Vous vous inspirez de motifs et de légendes africaines, mais les questions que vous posez sont toujours très actuelles... Je vis aujourd'hui et je parle à mes contemporains dans tous mes films. Ils abordent toujours une question qui m'intéresse... Je ne fais pas de films qui soient de pures adaptations, sans message personnel à transmettre. Parfois, on a le sentiment que c'est poser la question qui vous intéresse, plus que d'apporter une réponse. La fin de Princes et Princesses pose la question de l'identité sexuelle... Oui, la question du rôle, le maquillage homme-femme et la situation de la femme dans la plupart des civilisations. Quand vous avez commencé dans l'animation, aviez-vous des références en la matière ? J'ai fait des études traditionnelles au lycée, mauvaises. Je suis devenu fort en thème aux Beaux-Arts d'Angers et aux Arts Déco de Paris. À l'époque, il n'y avait quasiment pas d'animation, donc j'ai presque tout inventé. Et avec le numérique, j'en savais encore moins que pour l'animation traditionnelle, donc je suis encore autodidacte. Être ignorant, ça ne m'embarrasse pas ! Aujourd'hui, vous vous intéressez au cinéma d'animation des autres ? Je n'ai pas tellement le temps d'aller voir quoi que ce soit. Je travaille beaucoup et le soir, j'ai besoin d'air. Mais avant le succès - et cet avant est une grande partie de ma vie, je fréquentais beaucoup les festivals d'animation, et j'étais très au courant de ce qui se faisait. C'est de là que je connais très bien l'œuvre et les personnes de Miyazaki et Takahata. J'ai de vraies relations amicales avec Takahata : c'est lui qui a fait les versions japonaises de Kirikou et d'Azur et Asmar. Ce qui en fait le premier réalisateur à avoir fait un film où les gens sont bilingues japonais et arabe ! Kirikou et Karabasam 17 mai à 15h et 20h, au Summum

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