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Départ en fanfare

Avant de se voir remplacés par l’équipe du Tricycle dès la saison prochaine, les Barbarins Fourchus animent une ultime fois le Théâtre 145, le temps d’une semaine où se croiseront invités prestigieux, animations cintrées, folies barbarines et gens du quartier. François Cau

Avec le recul, une fois passés les multiples courants contraires consécutifs à l’annonce de leur départ irrévocable du Théâtre 145 après dix années de bons et loyaux services, l’équipe des Barbarins Fourchus n’a pas bu la tasse. L’épreuve a soudé l’équipe, l’a poussé à se recentrer sur son projet artistique – les plus optimistes d’entre eux parlent même à présent d’une contrainte stimulante (et personne n’a menacé de s’immoler par le feu dans le bâtiment). Leur aide de fonctionnement à l’année en tant que compagnie (15000 euros) n’a pas bougé, et le conseil municipal devrait trancher en juillet leur obtention de la Salle Noire comme lieu de répétition et résidence, voir plus si possibilités. Oh, bien sûr, au détour de “quelques“ phrases, on perçoit des touches d’amertume, des interrogations légitimes sur la pérennité de leur approche d’un outil culturel qu’ils ont su, durant toute leur convention avec la ville, ouvrir à des publics qui n’auraient jamais osé y mettre un ongle d’orteil par peur qu’on l’arrache et qu’on se moque de son indigence. « Ce qu’on a fait ici, c’est du populaire, de l’accessible à tout le monde. On a assumé ça avec un axe social évident, dont l’artiste, à notre avis, ne devrait pas se détacher. On prétend même, au contraire, que ce genre de navire devrait être développé dans chaque ville. Artistiquement, ça peut se discuter point par point mais on existe là-dedans, un vrai boulot qui se traduit par du partage. Puis on est l’antithèse du GF 38 : on ne coûte pas une thune et ça fonctionne ». Il est à parier que ce genre d’argument devrait être entendu par tous les grenoblois…Pas de quartier ?
Mais l’aventure s’arrête là, et laisse place au comité désormais connu sous le nom de Tricycle. Le lieu va offrir plus de place au théâtre contemporain en se donnant a priori les moyens de la création. « Tant mieux pour le théâtre contemporain », comme disent les Barbarins. Mais quid du travail d’accueil, de médiation et d’implication des habitants du quartier dans la vie du lieu, accompli avec succès par l’équipe depuis dix ans ? La team Tricycle s’est bien évidemment engagée dans ce sens, a jeté des pistes en attendant de lever le voile sur sa première saison fin septembre. Les Barbarins, eux, souhaiteraient poursuivre leurs actions dans leur nouveau repaire potentiel à la Salle Noire, mais rien n’est moins garanti. « On serait pour l’instant sur une convention triennale relative à ce lieu, mais sans budget de fonctionnement. Il va falloir qu’on courre après les aides publiques, tout en sachant que si le Tricycle demande la même chose, les financeurs vont privilégier la structure identifiée par la Ville ». Tout cela est de toute façon au conditionnel, et les Barbarins ont en outre en ligne de mire un projet en lien avec leurs contacts européens et l’enregistrement d’un nouvel album. « Quoi qu’il arrive, on a cette chance d’avoir fait de la musique ensemble depuis plus de vingt ans. Bien sûr, on peut aussi regretter que ça n’ait pas plus décollé, qu’on ne soit pas dans le showbiz ; mais on n’est pas très showbiz, je crois, serrer des paluches dans les cocktails c’est pas trop notre truc… ». Ce n’est qu’un au revoir
Pour leur baroud d’honneur en tant que tauliers du 145, les Barbarins Fourchus honorent donc les lieux d’une semaine de festivités, miroir de leur boulot accompli pendant 10 ans. En ouverture, ils feront monter sur scène une quarantaine de personnes, des habitants du quartier qui se sont osés à une poésie toute personnelle, mise en musique par les Barbarins. On pourra ensuite profiter des talents des amis des Fourchus (Bertrand Belin, mais aussi Marc Minelli et Titi Zaro) puis des artistes eux-mêmes en formation groupe puis orchestre (avec leur fameux Premiata Orchestra di Ballo) ; on partagera un repas de quartier suivi d’un défilé de mode forcément singulier ; et enfin, on savourera l’ultime séance du Cinéma de Quartier. Puis le rideau sur l’écran tombera. Mais profitons de ces jours de célébration non pour tirer la tronche en se disant que c’est la dernière fois qu’on s’en paie une tranche avec ces drôles de zigotos, mais bien pour jubiler une énième fois en leur compagnie, avant de les retrouver sous d’autres cieux. Et avec un tel précédent, l’équipe du Tricycle va forcément devoir se mettre au moins à la hauteur. Forcément. Semaine extraordinaire
Du 8 au 13 juin, au Théâtre 145

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