Hors Cadre : l'écrit, l'écran et l'écrin

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Chaque année, Hors Cadre — qui se déroulera du 3 au 5 avril au cinéma Gérard Philipe de Vénissieux — célèbre les noces de la littérature et du cinéma, que ce soit à travers des adaptations ou des évocations de romanciers, poètes et dramaturges. Cette édition 2015 débutera par l'avant-première de L'Astragale de Brigitte Sy tiré du roman d'Albertine Sarrazin, et se poursuivra avec celle de Pourquoi j'ai pas mangé mon père, le long et coûteux projet en motion capture de Jamel Debbouze, mais aussi par les reprises d'Anton Tchekhov 1890 de René Féret et du Pasolini d'Abel Ferrara — tous deux plutôt décevants.

La soirée la plus excitante reste celle consacrée à Pierre Soletti, poète en résidence actuellement à Vénissieux, à qui est offerte une carte blanche où il lira des extraits des Rois ambulants d'Yves Martin, ode au cinéma pornographique, et où il présentera Laura, maître film d'Otto Preminger et écrin sublime pour Gene Tierney, fantôme et fantasme ayant hanté l'esprit de plus d'un cinéphile.

Christophe Chabert

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Ministère à mère : "La Sainte Famille"

Comédie Dramatique | Sa femme s’éloigne, son frère se sépare, son aristocrate de mère le fait tourner en bourrique, sa grand-mère n’est plus très vaillante, sa cousine lui fait de l’œil ; il a du mal avec ses filles… Malgré cet environnement intime bancal, le novice en politique Jean est nommé ministre de la Famille…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Ministère à mère :

La particule de son patronyme laisse supposer que l’auteur-interprète principal a pioché dans un décor, disons, familier : celui d’une lignée enracinée dans l’aristocratie ou la grande bourgeoisie, habituée aux parquets point de Hongrie des beaux quartiers parisiens, prenant ses quartiers de campagne dans quelque gentilhommière d’Île-de-France ; où l’usage veut que les enfants voussoient leurs parents. Un contexte où sa silhouette mi-guindée, mi-ébahie, évolue visiblement en pays de connaissance. Si on ne peut dire qu’on n’a jamais vu de films avec des familles de bourges en crise — c’est même le fonds de commerce d’un certain cinéma français —, ce qui tranche ici, c’est « la pudeur des sentiments », pour reprendre Gainsbourg : les situations se résolvent davantage dans l’écoute et l’étreinte que dans l’hystérie collective, tout mucus sorti. Et la fin, d’une infinie tendresse, s’avère un modèle de douceur. Mais La Sainte Famille sonne aussi le glas de ce “monde ancien“, conscient de sa désuétude, qui anticipe sa dissolution en même temps que la disparition de ses aînées : le pa

Continuer à lire

Moteur ! à l'URDLA

Art Contemporain | Laura Ben Haïba et Rémi De Chiara garent leur voiture à l'URDLA, et déploient toute une exposition consacrée au déplacement, à la trace, au paysage...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 4 juin 2019

Moteur ! à l'URDLA

202 432 kilomètres, c'est ce qu'affiche au compteur une Ford Escort de 1997 lorsqu'elle échoue au contrôle technique. Le véhicule appartient aux artistes Laura Ben Haïba et Rémi De Chiara et, plutôt que de le réparer, ils décident de le transformer en micro-espace d'exposition, stationné actuellement à l'URDLA. Au sein de l'habitacle, ils présentent des moulages de mains gantées et une sorte de paysage en 3D entremêlant différentes ères terrestres... L'exposition se déploie ensuite dans les locaux du centre d'art villeurbannais où les deux artistes poursuivent l'exploration d'une thématique aux confins du déplacement automobile, du paysage, du souvenir, de l'empreinte (empreinte concrète des traces des véhicules, empreinte mémorielle, empreinte plastique, etc.). Le duo présente une dizaine d'agencements d'images composés de leurs propres œuvres (dessins, gravures, petites installations...) et d'estampes issues du fonds de l'URDLA. Montages Le parcours (littéral et métaphorique) de l'exposition nous entraîne ainsi sur des voies aussi différentes qu'in

Continuer à lire

Mowgli : café zen, nourriture saine

Coffee Shop | Alors que la coffee-shopisation du 7e s'accentue, Mowgli sort du lot en proposant une cuisine de qualité et des ateliers bien-être.

Adrien Simon | Mardi 22 janvier 2019

Mowgli : café zen, nourriture saine

Après avoir passé quelques années à Paris, travaillant dans l'événementiel, Laura Perin a choisi Lyon pour ouvrir son coffee shop, plus précisément la Guillotière, parce que le quartier « a déjà bien changé et est encore en train de changer. » C'est exactement le sentiment qu'on a eu en se pointant devant ce coin de rue du 7e, devant lequel étaient nonchalamment garés une trottinette électrique et un vélo en libre-service : trop cliché pour être vrai. En face, il y a l'atelier du Chat Perché, où l'on apprend encore à réparer soi-même son vélo, mais plus pour très longtemps, son pâté de maison étant menacé de destruction dans les mois qui viennent. C'est la réhabilitation à venir de l'ilot Mazagran. Sur la porte du local associatif, une affiche alerte sur la gentrification en cours de ce quartier, où les projets immobiliers se multiplient, faisant grimper en flèche les loyers. On se demande si la multiplication de ces espaces à MacBook et à café pointu est un simple symptôme de l'embourgeoisement d'un quartier. Aux États-Unis, on continue de s'écharper sur cette épineuse question : récemment, dans un quartier hispanique de Los Ange

Continuer à lire

Mater dolorosa : "Ma fille"

Drame | de Laura Bispuri (All-It-Sui, 1h37) avec Valeria Golino, Alba Rohrwacher, Udo Kier…

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Mater dolorosa :

Fillette sarde de 10 ans, Vittoria découvre Angelica et sa vie dépenaillée, à mille lieues de l’existence modeste mais rangée dans laquelle Tina, sa mère, veut l’élever. Sauf que la délurée Angelica est sa génitrice biologique. Vittoria va se rapprocher d’elle, au grand dam de Tina… Valeria Golino semble s’être fait une spécialité des emplois de mère courage, usant sa plénitude quadragénaire et son regard triste dans des histoires de familles à problèmes majuscules avec une grâce jamais entamée ; Ma fille le prouve à nouveau, même si la comédienne occupe ici, à égalité avec Alba Rohrwacher (dans le rôle de la serpillère, mère du sang mais pas de cœur) un rôle secondaire. Car la réalisatrice Laura Bispuri place réellement l’enfant au centre du récit, adoptant le plus souvent son point de vue afin que l’on perçoive son dilemme, ses (dés)espoirs, ses chagrins. Cela, sans un mot de sa part ou presque. Pour rendre compte de cet écartèlement permanent, qui se retrouve dans la rousseur de Vittoria, entre la bru

Continuer à lire

Passeport talents

Collectif des Artistes Sans Frontières | Composé de musiciens et artistes réfugiés et migrants presque tous professionnels, le Collectif des Artistes Sans Frontières, fort d'une douzaine de membres de tous horizons musicaux et géographiques commence à faire parler de lui lors de concerts collectifs ou individuels. En attendant la réalisation d'une compilation de morceaux inédits. Focus sur trois de ces talents.

Stéphane Duchêne | Lundi 11 juin 2018

Passeport talents

Gah Tsé Li, venu du Togo Chanteur, danseur, percussionniste et même un peu humoriste, Gah Tse Li trimballe une joie de vivre communicative et une farouche envie d'aller de l'avant. Lorsqu'on lui demande pourquoi il a quitté le Togo pour la France, il évoque des « détails qui appartiennent au passé » ajoutant « ce qui arrive à notre pays avec la dictature, tout le monde le sait ». D'autant que pour Gah Tsé Li ce passé est loin : il est en France depuis 2006, où il intègre immédiatement une chorale dont il est le seul Africain. Chanteur émergent visant à « moderniser la tradition » dans son pays et en Côte d'Ivoire, c'est même à Lyon qu'il parvient à enregistrer son premier album, autoproduit, au studio Supadope du Peuple de l'Herbe. Son groupe : Kakarako qui deviendra Vaudou Game : « Peter Solo est mon "frère". C'est lui qui a per

Continuer à lire

À l’ombre du deuil : "Soleil battant"

ECRANS | de Clara & Laura Laperrousaz (Fr, 1h35) avec Ana Girardot, Clément Roussier, Agathe Bonitzer…

Vincent Raymond | Mardi 12 décembre 2017

À l’ombre du deuil :

Un couple et ses deux petites jumelles arrive dans sa résidence au Portugal pour un séjour estival. Très vite, des tensions apparaissent entre les parents et le spectre d’un drame ressurgit : quelques années plus tôt, leur fille aînée a été victime d’un accident fatal en ces lieux… Au vu de l’argument et de la dédicace finale, on devine que les sœurs cinéastes ont puisé dans une histoire vraisemblablement très proche de la leur pour composer ce long-métrage entrant de surcroît en étroite résonance avec un court précédent, Retenir les ciels (2013). Nul ne les blâmera d’user de l’art, en l’occurrence du cinéma, comme d’un médium cathartique. Esthétique, l’image l’est assurément : les plans à la composition picturale tirent parti des paysages, du moindre crépuscule rougeoyant, des nuits profondes. Quant au soleil du titre, s’il ne fait pas forcément ressentir sa morsure brûlante, ses effets sur les corps et les nerfs sont palpables : les gamines infusent dans un mélange de torpeur, d’éclats de voix et de silences. Elles ne sont pas longues a découvrir le se

Continuer à lire

En l’absence des hommes : "Les Gardiennes"

Le Film de la Semaine | Xavier Beauvois transpose un roman de 1924 racontant comment les femmes ont assuré l’ordinaire et l’extraordinaire d’une ferme pendant la Grande Guerre. Une néo qualité française pétrie de conscience sociale et humaine ; du cinéma de réconciliation, en somme.

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

En l’absence des hommes :

1915. Privée de ses hommes partis au front, la ferme du Paridier doit continuer à tourner. À l’approche des moissons, Hortense embauche Francine, une orpheline dure à la tâche pour la seconder auprès de sa fille Solange. Les saisons se suivent et Francine semble adoptée… C’est une figure bien paradoxale que Xavier Beauvois s’emploie à dessiner de film en film (et poursuit donc ici tout naturellement) : celle de l’absence, de la disparition, de l’effacement. Succédant à La Rançon de la gloire (2013) et son histoire de sépulture sans mort, Les Gardiennes évoque les morts sans sépulture de la grande boucherie de 14-18. Un conflit d’ailleurs quasiment traité in absentia puisque le Paridier, barycentre des héroïnes, se trouve loin de la ligne de front : quelques rares images de contextualisation au début, puis des cauchemars des militaires en permission, montrent le visage effrayant des combats. Le front et la ferme Pourtant, dans cette saga paysanne “de l’arrière”, la

Continuer à lire

Nathalie Baye : « Quand je tombe, je tombe vraiment »

Les Gardiennes | Pour sa troisième collaboration avec Xavier Beauvois, Nathalie Baye incarne la matriarche d’une ferme tentant de préserver ses terres alors que la Grande Guerre fait rage. Rencontre avec une comédienne drôle et investie.

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

Nathalie Baye : « Quand je tombe, je tombe vraiment »

C’est plutôt rare de vous voir dans un film d’époque… Nathalie Baye : Il y a très longtemps, j’avais fait L’Ombre rouge, un film improbable de Jean-Louis Comolli qui se passait pendant la dernière guerre, Et puis j’avais fait le Moyen Âge avec Le Retour de Martin Guerre — mais Laura n’était pas née (rires). Je me souviens qu’à l’époque, l’équipe maquillage-coiffure m’avait fait essayé des trucs, et que j’étais effondrée : on aurait dit Mamie Nova (rires) ! Pour Les Gardiennes, on a cherché. Une fois qu’on a trouvé le juste équilibre, c’était merveilleux. Car lorsque que vous arrangez les cheveux et le maquillage d’une manière particulière, que vous sentez le poids du costume, une partie du travail est faite. Et toute la gestuelle suit. Quand je me rhabillais “normalement”, je ne marchais plus du tout de la même manière. Vos gestes étaient-ils à ce point différents ? On marche, on bouge différemment… On devient ce qu’on doit être au moment d’interpréter ses personna

Continuer à lire

"Sully" : ici la tour de contrôle ; à l’eau l’avion ?

ECRANS | de Clint Eastwood (E-U, 1h36) avec Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Eastwood a-t-il résolu de se momifier en aède de la geste étasunienne contemporaine ? Alors, autant qu’il s’intéresse à cette belle figure du pilote Chesley “Sully” Sullenberger, plutôt qu’à Chris Kyle, sujet de son précédent opus American Sniper (2014). Pour la simple raison que le premier a sauvé les 155 vies de son avion sur le point de s’abîmer en le posant sur la rivière Hudson ; le second ayant gagné sa notoriété en flinguant des ennemis. Mais si ces deux personnages sont considérés par leurs concitoyens comme des héros équivalents malgré leurs mérites opposés, Sully a fait l’objet d’un traitement particulièrement inique : on l’a accusé d’avoir agi de manière irréfléchie et périlleuse. Voilà ce qui a dû titiller Clint, prompt à défendre façon Capra l’honnête homme contre une machine juridico-financière en quête de responsable. Eastwood/Hanks, c’est l’alliance de deux Amériques idéologiquement contradictoires, partageant pourtant des valeurs humaines fondamentales ainsi qu’une foi d’enfant dans la Constitution ; une naïveté faisant que le bon verra tous ses mérites reconnus. Pas forcément ici-ba

Continuer à lire

Berlinale 2015, jour 8. Gay Berlin.

ECRANS | « 13 minutes » d’Olivier Hirschbiegel. « Vergine giurata » de Laura Bispuri. « L’été de Sangaile » de Alanté Kavaïté. « Nasty baby » de Sebastian Silva.

Christophe Chabert | Vendredi 13 février 2015

Berlinale 2015, jour 8. Gay Berlin.

À la Berlinale, on remet chaque année le Teddy Bear du meilleur film LGBT, une tradition qui fête ses vingt ans et qui a depuis fait école dans d’autres festivals (cf la Queer Palm de Cannes). On ne sait trop si c’est l’œuf qui a fait la poule ou les poules qui ont pondu des œufs, mais toujours est-il que la Berlinale est devenue un lieu important pour le lancement d’une saison entière de films gays, ceux-ci se retrouvant dans toutes les sections, mais plus particulièrement en compétition (comme le Greenaway d’hier) et surtout au Panorama, où il y en a à foison. 13 minutes, et deux heures de souffrance Avant de donner quelques exemples parmi ceux qu’on a vus durant cette semaine, arrêtons-nous sur 13 minutes, le nouveau Olivier Hirschbiegel, «auteur» de La Chute et de l’impérissable Diana, dont on ricane encore deux ans après l’avoir vu — même si Grace de Monaco l’a dépassé dans le genre biopic bidon de princesse ridicule. Hirschbiegel, dans le meilleur des cas, pourrait postuler au titre de Claude Berri allemand, alignant les grosses p

Continuer à lire

Wild

ECRANS | De Jean-Marc Vallée (ÉU, 1h56) avec Reese Witherspoon, Gaby Hoffman, Laura Dern…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Wild

Le titre fait évidemment penser au Into the Wild de Sean Penn, tout comme le pitch, tiré d’une histoire vraie : Cheryl Strayed entreprend une randonnée solitaire de 17 000 kilomètres pour faire son deuil de sa mère et de sa jeunesse cabossée. Mais le film de Jean-Marc Vallée, dont on n’adorait déjà pas le Dallas Buyers Club, manque effectivement de «into the»… Tout y est réduit à une pure surface sans le moindre relief, que ce soit le trajet, les flashbacks sur les traumas de l’héroïne ou les aphorismes inscrits à même l’écran. Vallée met sur le même plan une relation sexuelle et une addiction à la drogue, la mort d’une mère et celle d’un cheval, passe le tout dans un grand shaker psychologisant et le recrache dans un montage lassant où rien n’arrête le regard. Du voyage, on ne verra quasiment rien, tant le film comme le personnage ne s’intéressent pas aux autres ou à l’inconnu, mais seulement à eux-mêmes. Pire : à plusieurs reprise

Continuer à lire

Tiens-toi droite

ECRANS | De Katia Lewkowicz (Fr, 1h35) avec Marina Foïs, Laura Smet, Noémie Lvovsky…

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

Tiens-toi droite

Désireux de redonner du souffle à un féminisme attaqué de toute part par les tenants réac' de la pensée zemmourienne, Tiens-toi droite s’enfonce dans un récit multiple dont les contours sont particulièrement flous. Les protagonistes sont présentées par une voix-off introductive — la mère de famille nombreuse, la miss réduite à un objet sexuel, la chef d’entreprise dont la vie personnelle est entamée par son activité professionnelle — mais en cours de route, Lewkowicz en rajoute une quatrième, une petite fille boulotte obsédée par les canons de la beauté féminine telle que la société les impose. Impossible de voir dans ce genre de coup de force narratif autre chose qu’un grand fouillis qui semble avoir échappé à tout contrôle : si Tiens-toi droite a un sujet, il n’a à proprement parler aucune forme, ni scénaristique, ni filmique, avançant au gré des intentions de son auteur et de séquences sans début ni fin, visiblement rapiécées par un montage hystérique. Le film paraît surtout totalement coupé du monde réel, fantasme d’une cinéaste qui oublie le spectateur, proche de ces piles de romans français qui déferlent à la rentrée littéraire et disparaissent en

Continuer à lire

96 heures

ECRANS | De Frédéric Schoendoerffer (Fr, 1h36) avec Niels Arestrup, Gérard Lanvin, Laura Smet…

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2014

96 heures

Pris en otage par Kancel, un truand suave mais très méchant, le patron de la BRB a 96 heures pour avouer quel est l’enfant de salaud qui l’a balancé et l’a envoyé croupir derrière les barreaux. Entouré d’hommes de main aussi bêtes que sadiques, Kancel boit du bon vin, fait un barbecue, va rendre visite à sa fille et à son petit fils et s’énerve de temps en temps, de préférence quand on ne s’y attend pas. Un rôle sur mesure pour un Niels Arestrup excellent mais qui, cette fois-ci, ne sauve pas le film de la médiocrité totale. Entre un Gérard Lanvin qui laisse ses couilles tranquilles pour s’occuper exclusivement de l’oreillette très visible dans laquelle on lui souffle ses dialogues, des rebondissements que l’on devine en moyenne vingt minutes avant leur arrivée à l’écran et une direction artistique calamiteuse qui souligne le budget visiblement serré de cette série B mal assumée au scénario débile, tout est au bas mot grotesque et dépourvu de toute intensité dans le suspense. Depuis son nanar Truands, on ne croit plus trop en un sursaut de Schoendoerffer ; 96 heures confirme qu’il ferait mieux d’aller tourner des épisodes de Braquo — à moins qu

Continuer à lire

Week-end royal

ECRANS | De Roger Michell (Ang, 1h35) avec Bill Murray, Laura Linney…

Christophe Chabert | Lundi 18 février 2013

Week-end royal

La grande histoire par son versant anecdotique : Week-end royal, après Le Discours d’un Roi — avec lequel il partage un personnage, celui de George VI — témoigne de ce nouvel académisme qui consiste à raconter les événements par le plus petit bout de la lorgnette possible. Ici, c’est une des maîtresses de Franklin D. Roosevelt qui retrace les dernières années du Président (un Bill Murray perdu au milieu du décor), et notamment un fameux week-end avec le nouveau roi d’Angleterre et son épouse. Un bel exemple de ce culte du détail : le climax du film consiste à savoir si oui ou non le roi croquera dans un hot dog. De cela dépend l’avancée des relations américano-britanniques dans la guerre contre Hitler. Michell aimerait ainsi montrer la politique comme un vaudeville ou un mélodrame, mais son dispositif (voix-off et reconstitution méticuleuse) pèse trop lourd pour aboutir à une telle légèreté. L’élégance même du film est contre-productive tant la mise en scène participe de l’ennui poli mais ferme qui saisit le spectateur. Christophe

Continuer à lire

Krach, boom, hue !

SCENES | Il en est des crises comme des saisons : c’est cyclique. Et il est toujours vertigineux d’entendre des témoignages de l’Amérique post 1929 tant ils sont (...)

Nadja Pobel | Vendredi 13 janvier 2012

Krach, boom, hue !

Il en est des crises comme des saisons : c’est cyclique. Et il est toujours vertigineux d’entendre des témoignages de l’Amérique post 1929 tant ils sont semblables à ceux que l’on lit aujourd’hui à longueur d’articles et de reportages. Après le Jeudi noir, il est question de «réunion d’indignation», de reloger les expulsés dans des immeubles vides, de faire la queue à la soupe populaire. Laura Desprein a ainsi puisé dans les récits rapportés par le journaliste Louis Studs Terkel et consignés dans Conversation with America. Dans Krach Blues (au Théâtre des Marronniers jusqu’au 30 janvier), elle se fait actrice et, avec plus de conviction, chanteuse. Elle interprète avec ses acolytes pianiste et contrebassiste des mélodies blues qui rendent habilement l’atmosphère des Raisins de la colère de Steinbeck, illustrant la Grande dépression. Ce spectacle est un habile rappel illustré à l’histoire. Nadja Pobel

Continuer à lire

Série A

SCENES | La France et l’Italie, ce serait donc d’abord une histoire de foot comme en témoigne l’affiche de la manifestation théâtrale proposée par les Ateliers du (...)

Nadja Pobel | Mercredi 23 novembre 2011

Série A

La France et l’Italie, ce serait donc d’abord une histoire de foot comme en témoigne l’affiche de la manifestation théâtrale proposée par les Ateliers du 1er au 3 décembre. Il suffit d’ailleurs de griller malencontreusement une place dans la file du Vatican pour se faire traiter de Zidane par un Romain qui se fend ainsi d’une insulte bien acérée, parole de Materazzi. Loin des terrains, Face-à-face met en regard des textes français (à 19h) de jeunes écrivains lauréats des Journées des auteurs de théâtre de Lyon avec des Italiens contemporains (à 20h30). Parmi eux, le duo Laura Curino et Gabriele Vacis, centenaires à eux deux, co-fondateurs du Théâtre-narration, évoquent l’industriel Olivetti. Cette forme de théâtre héritée des monologues de Dario Fo a aussi un fond : une portée politique. Curino et Vacis parlent d’un temps où les marchés ne nommaient pas encore les Présidents du Conseil en rendant hommage à un entrepreneur qui travaillait main dans la main avec ses employés. Anna Politovskaïa sera aussi évoquée en italien durant ces trois jours qui se termineront à la Médiathèque de Vaise par une réflexion plus globale sur les nouvelles dramaturgies it

Continuer à lire

Laura Marling

MUSIQUES | A Creature I Don't Know Cooperative Music

Benjamin Mialot | Mercredi 14 septembre 2011

Laura Marling

Du sexe, de la violence, de la féminité, du banjo, des bourrasques de guitare électrique et des notes de jazz. Ce n'est pas le cahier des charges du prochain long-métrage de Quentin Tarantino, mais la teneur en quelques mots du nouvel album de Laura Marling. Laura qui ? Laura Marling, petite blondinette du Hampshire qui, en quatre ans d'une carrière débutée au crépuscule de l'adolescence et deux ruptures au parfum de pain béni pour tabloïds indé (ses victimes ayant pour nom Charlie Fink et Marcus Mumford, frontmen des respectables Noah & the Whale et Mumford & Sons), s'est imposée comme l'une des plus enthousiasmantes égéries de la scène folk londonienne. A Creature I Don't Know, son troisième enregistrement, ne dit pas autre chose. Au contraire, plus aventureux, cohérent, personnel et mature que ses prédécesseurs, tant sur le plan de l'intention que sur celui de l'exécution, tiraillé entre le soleil (The Muse, d'une hardiesse à imposer le silence dans le plus malfamé des saloons) et la chape de plomb (Night After Night, de ces guitare-voix désenchantés dont elle a le secret), il devrait même la soulager des écrasantes comparaisons avec Joni Mitchell qui furent jusqu'ici sont lot q

Continuer à lire

Qui es-tu, Fantômas ?

ECRANS | Le festival Hors-cadre au Cinéma Gérard Philipe à Vénissieux, consacré aux rapports entre les mots et l’écran, fait son focus sur les cent ans de Fantômas, avec un documentaire, une expo, une conférence et un ciné-concert autour du film de Louis Feuillade. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 10 avril 2011

Qui es-tu, Fantômas ?

La culture populaire française n’a jamais excellé dans la création de mythologies. Pourtant, les feuilletonistes comme Eugène Sue, puis les pionniers du cinématographe se sont évertués à combler ce vide. Cela dit, que penser quand les rares mythes français, comme Vidocq, Arsène Lupin ou Belphégor, finissent massacrés par des producteurs imbéciles confiant à des yes men le soin de dépoussiérer ces figures essentielles et ne font en bout de course que les ridiculiser (ce gros tâcheron de Jean-Paul Salomé s’en est fait une spécialité) ? Le festival Hors-cadre à Vénissieux a décidé de célébrer pour sa nouvelle édition les cent ans d’un de ces grands mythes : Fantômas. En 1911, deux auteurs de feuilletons populaires, Marcel Allain et Pierre Souvestre, inventent ce «génie du crime», personnage maléfique ne révélant jamais son vrai visage, sorte d’ancêtre français du Joker de "Batman". Fantômas est dès le départ la vraie «star» du feuilleton, même si il doit affronter deux personnages positifs qui le pourchassent — le commissaire Juve et le journaliste Fandor. C’est la grande trouvaille de Allain et Souvestre : faire du méchant le point de fascination de leur intrigue, alors que la fig

Continuer à lire

Le roi et l’oiseau

MUSIQUES | Musique / Konstantin Gropper, maître d’œuvre de Get Well Soon est le genre de petit génie à face d’ange qui détrône ses aînés dès qu’ils ont le dos tourné. C’est un (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 24 avril 2009

Le roi et l’oiseau

Musique / Konstantin Gropper, maître d’œuvre de Get Well Soon est le genre de petit génie à face d’ange qui détrône ses aînés dès qu’ils ont le dos tourné. C’est un peu l’effet qu’avait fait son premier album malade (ironique pour qui se fait appeler «Prompt rétablissement») : cette certitude qu’on tenait là un cerveau taillé pour la conquête musicale et un prétendant au trône de roi du songwriting. Trône qui, faut-il le préciser, dans un domaine dominé par l’axe anglo-américain, échoit rarement à un Allemand. Avec ses titres fins et habillés, pièces uniques aux airs d’œufs Fabergé, le jeune homme (25 ans) avait pourtant de quoi effrayer la caste des musiciens solitaires qui composent pour dix. Peut-être pas le maître Andrew Bird dont le dernier album, Noble Beast, nous montre que Dédé tient encore la dragée bien haute et n’est visiblement pas prêt de fatiguer. La «noble bête» du titre, c’est celle dont Bird a repris du poil, et aussi de la plume, après le précédent Armchair Apocrypha où il s’arrangeait de quelques facilités pop, certes fort agréables. Le nouveau Bird est certes un ravissement d’écriture et d’arrangements, mais c’est surtout un véritable écrin de coton pour les ore

Continuer à lire