Pierre Ducrozet ressuscite Basquiat

Nadja Pobel | Mercredi 2 mars 2016

Photo : © DR


Comment évoquer un peintre sans image ? Pierre Ducrozet, écrivain et traducteur, l'a fait en mots. Pour son troisième roman paru au printemps dernier, Eroica, Pierre Ducrozet a brossé la vie accélérée de Basquiat, ce gosse des bas-fonds new-yorkais qui croise Keith Haring, Warhol, Capote ou Madonna. Plus qu'un biopic, ce récit est un regard porté sur cette faune du début des années 80 qui, de l'East Village à Soho, s'est inventé une certaine fureur.

Point d'angélisme sous la plume du jeune écrivain. Plutôt une tendresse absolue pour son protagoniste, une clairvoyance sur ce marché de l'art vorace, sinistrement capitaliste, qui se met en place et perdure encore aujourd'hui. Les modes se font et se défont entre lignes de coke et de critiques plus ou moins cruels. Pierre Ducrozet, dans ce court roman nerveux, trace aussi sa propre route et offre une continuité limpide à ses précédent romans, Requiem pour Lola rouge (2010) et La Vie qu'on voulait (2013), déjà parcourus par une vitalité parfois désespérée.

À Bron, il sera même question de musique grâce au jazzman David Gonzalez Cambray : le duo formé avec Ducrozet en alternant et surtout en superposant prose et boucles sonores rend hommage à Basquiat, sans jamais tomber dans l'hagiographie. NP

Pierre Ducrozet, Eroica (Grasset, 19€)

Pierre Ducrozet & David Gonzalez Cambray
Au Magic Mirror de la Fête du Livre de Bron le samedi 5 mars à 17h

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Don DeLillo et Pierre Ducrozet : transhumains, trop humains

Littérature | En cette rentrée, l'Américain Don DeLillo et le Français Pierre Ducrozet, tous deux invités à Lyon cette semaine, publient Zero K et L'invention des corps, deux romans dont le point commun en plus d'être très remarqués et très commentés, est d'être traversés à des degrés divers par le concept de transhumanisme et ce vieux rêve éternel qu'est la quête de l'immortalité par l'invention de l'homme augmenté.

Nadja Pobel | Mardi 19 septembre 2017

Don DeLillo et Pierre Ducrozet : transhumains, trop humains

La toute-puissance. Parker Hayes en est habité. Ce magnat de la Silicon Valley qui « fabrique un monde meilleur », « change la vie » en nouant des câbles et reliant les gens entre eux via Internet et des applis de smartphone, voudrait bien changer la sienne. Reproduire ses cellules souches, remplacer peu à peu tous ses organes vieillissants par des neufs. Mais seul, il ne peut pas grand chose. C'est ainsi qu'il va être en but à une biologiste française, Adèle, et à Alvaro, Anonymous parmi d'autres dont il n'aura que faire des compétences informatiques mais dont il fera son cobaye. Cette mécanique bien huilée que le Californien croit pouvoir maîtriser ne s'avère pas aussi fluide qu'envisagé. Dès le départ, s'il avait lu ce livre, le quatrième roman que Pierre Ducrozet publie en sept ans, Parker aurait entraperçu que tout ne va pas si bien en ce bas monde et que le XXIe régurgite violemment ceux qui ne marchent pas droit. L'auteur ouvre en effet son récit de façon brutale sur "l'enlèvement d'Iguala", qui aboutit, en 2014, à l'assassinat par des mafieux et par l'administration d'une trentaine d'étudiants venus précisément mani

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Pierre Ducrozet en lice pour le prix de Flore

CONNAITRE | L'écrivain Pierre Ducrozet figure dans la première liste du Prix de Flore pour Eroica. Nous suivons ce lyonnais (qui vit désormais entre Paris et Berlin), (...)

Nadja Pobel | Dimanche 4 octobre 2015

Pierre Ducrozet en lice pour le prix de Flore

L'écrivain Pierre Ducrozet figure dans la première liste du Prix de Flore pour Eroica. Nous suivons ce lyonnais (qui vit désormais entre Paris et Berlin), depuis ses débuts avec Requiem pour Lola rouge en 2010. Eroica, biographie romancée haletante de Basquiat, est parue au printemps dernier. Ce roman est en compétition avec neuf autres : Laurent Binet, La Septième Fonction du langage (Grasset) Julien Blanc Gras, In utero (Au Diable Vauvert) Emilie Frèche, Un homme dangereux (Stock) Héloïse Guay de Bellissen, Les enfants de chœur de l'Amérique (Anne Carrière) Mehdi Meklat & Badroudine Saïd Abdallah, Burn out (Seuil) Jean-Pierre Montal, Les Années Foch (Pierre-Guillaume de Roux)

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Pierre Ducrozet, aussi vif que "son" Basquiat

CONNAITRE | Après deux romans de fiction, voilà que le jeune écrivain Pierre Ducrozet (33 ans) se penche avec Eroica (paru en avril) sur la vie de (...)

Nadja Pobel | Mardi 16 juin 2015

Pierre Ducrozet, aussi vif que

Après deux romans de fiction, voilà que le jeune écrivain Pierre Ducrozet (33 ans) se penche avec Eroica (paru en avril) sur la vie de Basquiat. Mais attention, ceci n’est pas une biographie littérale, plutôt une biographie hautement littéraire. Pour autant, ce troisième ouvrage s’inscrit dans la parfaite continuité de ce qu’il a esquissé depuis 2010. Son héroïne de Requiem pour Lola rouge ? «Elle est le vent.» Lou dans La Vie qu’on voulait ? «Elle préfère le maintenant (…) s’ennuie peut-être parfois mais c’est une taxe obligatoire sur la vie.» Autant de phrases que Pierre Ducrozet auraient pu attribuer à son Basquiat, dit Jay, qui possède la même fureur de vivre que ses précédents personnages. Cette intensité se retrouve dans le découpage même de son récit, succession de courts chapitres allant à l’essentiel : vivre vite et fort ; se camer, se cramer, inévitablement. Et peindre, peindre, peindre. Cernant son milieu d’origine (la classe moyenne) tout en se gardant de le transformer en artiste maudit pour enjoliver quelque success story, Ducrozet se fait pragmatique dans sa façon de décrir

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Bien avant

CONNAITRE | Comme dans la chanson de Biolay, bien avant de commencer, on sait déjà que tout est foutu. Mais puisque pour le jeune écrivain lyonnais Pierre Ducrozet, ce qui compte ce n’est pas la destination mais le mouvement qui y mène, il est grand temps de retrouver cet auteur écorché vif qui lira ce samedi à Decitre des extraits de son captivant deuxième roman, "La Vie qu’on voulait". Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 17 juin 2013

Bien avant

C’est l’histoire de gens qui en sont revenus. Des courses effrénées pour intensifier leur vie, des risques pris en se jouant de la légalité (en sniffant, en tuant à la petite semaine), des changements d’identité à tour de bras. Mais ceci n’est pas consigné dans un livre de vieux con. Bien au contraire. Pour son deuxième roman, Pierre Ducrozet, trente ans, a choisi un titre fort et magnifique, plein de promesses - mais des promesses au passé - : La Vie qu’on voulait. Ils sont cinq, Lou, Eva, son frère Théo, Camille/Quentin et Manel, le plus agité d’entre eux, celui qui surgit dès le début du livre, silencieux dans un hôpital parisien. Un parasite ? Non, le début de la bobine qui permet de dérouler le passif de ceux-là qui, dix ans auparavant, à peine sortis de l’adolescence, voulaient aller se brûler les ailes à Berlin, Londres ou Barcelone. Et qui l’ont fait. Ainsi va la vie parait-il : parmi les personnes qui rêvent d’aller voir si elle est plus palpitante ailleurs,

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Semelles au vent

CONNAITRE | À tout juste 28 ans, Pierre Ducrozet, a publié à la rentrée un premier roman décapant, "Requiem pour Lola rouge". Esquisse de portrait d'un jeune homme qui n’aime rien tant que bourlinguer et écrire pour tenter d’exister dans un monde trop poli à son goût. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 12 novembre 2010

Semelles au vent

L’anecdote est presque trop "vendeuse" pour être vraie : tout petit, à Lyon, où il est né, avant de dormir, Pierre Ducrozet inventait des histoires pour son grand-frère qui demandait la suite, soir après soir. Car avant d’être passionné par la lecture, ce jeune écrivain, âgé désormais de 28 ans, a surtout envie de «raconter des histoires». Après avoir dévoré les Arsène Lupin et autres Sherlock Holmes, Rimbaud ou les poèmes de Boris Vian qu’il a sous la main à l'adolescence, son entrée en littérature se fait via le Transsibérien de Blaise Cendrars, «ce livre a fait le lien entre la poésie que je lisais déjà et le roman». Pour l’anniversaire de ses 16 ans, Pierre reçoit de son père cinq ouvrages qui sont restés fondateurs : Mort à crédit de Céline, Lolita de Nabokov, Conte de la folie ordinaire de Bukowski, Bourlinguer de Cendrars et Tropique du Capricorne. De ce récit d’Henry Miller, il parle encore avec une émotion intacte : «je me suis assis sur mon lit, j’ai lu ce livre avec obsession, en sueur. Je me suis rendu compte qu’un livre pouvait changer la vie puisque je le ressen

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