Lucie Campos : « ne pas faire silence dans un tel moment d'incertitude »

Assises Internationales du Roman | Pour sa première édition en tant que directrice, Lucie Campos essuie avec les Assises Internationales du Roman les plâtres de l'assignation à une "réinvention" culturelle, qui a poussé, Covid-19 oblige, le festival à une formule repensée en format numérique. Un réflexe de survie qui pourrait bien livrer des pistes pour l'avenir de la Villa, les Assises et du festival Mode d'emploi.

Stéphane Duchêne | Lundi 11 mai 2020

Photo : Villa Gillet © DR


Qu'est-ce qui vous a poussé à candidater à la direction de la Villa Gillet ?
Lucie Campos :
Comme beaucoup de gens je suis depuis longtemps la Villa Gillet, je fais partie du public idéal de cette maison. Je travaille depuis pas mal d'années également et de manières différentes avec les auteurs étrangers et en traduction. D'abord parce que j'ai entamé une carrière de chercheuse en littérature comparée, puis d'enseignante-chercheuse, pour travailler autour des auteurs vivants. Je les ai étudiés à travers leurs livres, puis enseignés dans différentes universités en France. Ce qui conïncidait à une époque où la Villa Gillet était pionnière sur le front de l'invitation d'auteurs étrangers, un domaine vraiment particulier. Mais également sur des thèmes très porteurs qui invitaient les écrivains à s'exprimer comme des acteurs dans la cité.

J'ai pu travailler avec la Villa, rencontrer Guy Walter et son équipe, il y a une dizaine d'années, je commençais à travailler pour l'Institut Français. Nous avons alors travaillé côte-à-côte sur des projets différents mais dont l'esprit était similaire. Pour toutes ces raisons, pour moi qui cherchait à rentrer en France mais aussi à continuer de travailler avec les penseurs de notre temps, il était très logique de me tourner vers la Villa Gillet.

Quelle était au moment de candidater votre ambition pour la Villa Gillet ?
Cet appel à candidatures correspondait du côté de la Villa à une réflexion sur l'avenir de la structure. Avec cette candidature allait la demande d'un projet allant au delà de la simple programmation. Mon projet, qui ne fait que consolider des acquis et un capital, se centre autour de la capacité de la Villa à faire deux choses : d'abord, porter la parole de l'écrivain dans la cité, continuer à être un lieu donnant un rôle différent aux écritures les plus diverses possibles dans la sphère publique. Utiliser pleinement cette place assez rare en France, puisqu'elle n'est ni une librairie, ni une université, ni un festival de simple promotion des dernières actualités littéraires, mais un lieu de réflexion et un laboratoire d'idées. Travailler sur ce laboratoire d'idées et lui apporter d'autres formules, d'autres propositions.

Ensuite, utiliser au mieux la capacité de la Villa à fédérer des voix venues du monde entier. Jouer pleinement pour la décennie 2020 la carte de la scène littéraire internationale et en faire l'un de ces lieux où se tiennent les grandes conversations entre auteurs du monde et donc développer, retravailler l'invitation d'auteurs étrangers, notamment européens parce que c'est une scène particulière et que Lyon est l'une des possibles capitales culturelles en Europe — je dis cela dans un sens non institutionnel mais de par la nature cosmopolite de la culture lyonnaise. Et d'autre part, travailler autour de nouveaux partenariats avec les autres lieux qui dans le monde.

Vous parliez de rayonnement international, comment le faire coîncider avec le rayonnement régional d'une institution comme la Villa Gillet et d'Assises qui sont bien ancrées dans la vie régionale ?
C'est une question de complémentarité. Et c'est tout l'intérêt de travailler avec ce territoire incroyablement riche qui a la réputation d'être une terre de librairies, de culture, où beaucoup de choses sont possibles. Mon arrivée à Lyon m'a confirmé cela mais j'ai pu aussi constater la grande capacité des différentes structures culturelles de ce territoire à travailler ensemble. C'est une vraie découverte et une vraie réjouissance pour moi que de voir ces relations anciennement établies entre des structures de branches aussi diverses que le spectacle vivant, la danse, le muséal, la littérature. Pouvoir travailler ainsi de manière transversale est absolument génial et très différent de certains des écosystèmes littéraires dans lesquels j'ai pu évoluer. C'est un terrain extrêmement fertile.

Effectivement les Assises ont rayonné sur tout le territoire puisqu'on travaille avec énormément de librairies, d'écoles, collèges, lycées, universités, bibliothèques. Aucun de nos auteurs ne vient seulement à la Villa Gillet. C'est là qu'agit cette complémentarité car c'est magnifique de pouvoir inviter un écrivain à ce type d'expérience. On ne l'invite pas pour un échange d'une heure mais un séjour de trois jours durant lequel il a un programme extrêmement dense et est amené à entrer dans notre territoire. Inversement, le territoire benéficie de son apport à lui, spécifique, puisque venant d'ailleurs, avec peut-être une plus grande curiosité ou une manière différente de découvrir ce territoire que ne l'aurait un écrivain français.

Vous êtes arrivée en novembre avec un programme déjà en grande partie établi pour cette édition des Assises, qui tombent en pleine période de crise sanitaire, avec donc la nécessité de "réinventer", puisque c'est le mot du moment, le festival... La plupart des événements culturels ont été annulés : quand avez-vous pris la décision de ne pas vous aussi jeter l'éponge pour cette édition mais au contraire de la repenser totalement ?
C'est une excelllente question, car certains jours, je me demande si je n'ai pas passé plus de temps en confinement que de jours de travail réel à Lyon, j'étais fraîchement arrivée lorsque le sol s'est dérobé sous nos pieds. C'est une décision que nous avons prise à la fois très vite et lentement.

Vite parce que comme pour toutes les structures culturelles, s'est posée immédiatement la question de savoir que dire à notre public, ne pas le laisser dans l'illusion et ensuite comment travailler. Se demander si on met l'ensemble de notre petite équipe de huit salariés permanents en chômage technique. En sachant que si on continue, il faut l'assumer aussi. C'est une décision non-neutre, celle de garder toute une équipe au travail, un travail extrêmement intense de sollicitations des énergies de tous nos partenaires, éditeurs, librairies, scolaires. Cette décision, il a fallu la prendre très vite parce qu'on ne pouvait pas se tromper.

Et très lentement puisque nous avons passé les trois semaines qui ont suivi l'annonce du confinement à nous interroger quotidiennement sur les formes que nous devions, que nous pouvions, donner à ce projet puisque le contexte changeait chaque jour et que là encore nous avions un sentiment de responsabilité vis-à-vis du public et de nos partenaires.

Pour la petite histoire certaines choses nous ont poussés dans cette direction, notamment lorsque le premier jour du confinement, dans les bureaux de la Villa, nous avons reçu des coups de fil émanant de huit des quarante établissements scolaires avec lesquels nous préparons les Assises tout au long de l'année, nous demandant si nous allions continuer à travailler avec l'école. Ç'a été un signal très fort au cœur de la débandade, qui nous disait que le projet était tellement engagé, que ces classes avaient tant travaillé, qu'on ne pouvait pas s'arrêter. Et quand on veut se donner pour mission d'être un lieu de l'écrivain dans la cité, on ne peut pas faire silence dans un tel moment d'incertitude pour la société.

D'où ce choix d'aller vers une formule qui n'est évidemment pas celle prévue ou relevant d'une grande expertise de notre part, le numérique n'étant pas notre spécialité, mais qui serait la plus accessible à tous et continuerait de tenir l'engagement d'un lieu d'interface entre l'auteur et le public. Il a fallu réarticuler le programme, le réécrire considérablement. J'ai hérité d'un programme qui avait été écrit avec un an d'anticipation, ce qui est la condition pour inviter de grands écrivains étrangers. Il a fallu le repenser, le réduire autour du thème qui est devenu celui de cette édition : "Le temps de l'incertitude".

En la matière, comment avez-vous construit sa cohérence eu égard à ces contraintes et aux questions du moment, sans en faire ni les Assises du Covid-19, ni un événement hors-sol par rapport à cette question ?
Effectivement ce ne sont pas les Assises du Covid ou du confinement et nous avons eu de la chance malgré tout que le calendrier nous ait donné un temps de réflexion que d'autres collègues n'ont pas eu. Avec une échéance en mai, cela nous a laissé un peu de temps pour réfléchir à cette question. Et à nous demander quelle était la meilleure manière de travailler avec les auteurs. Notre priorité était de maintenir la conversation avec eux à un moment où tout le reste faisait silence. Au fur et à mesure que nous avançions dans notre travail nous étions submergés d'annonces en cascade d'annulations, de fermetures qui ont effrayé l'ensemble du monde de la culture, à peine animé dans les premières semaines par quelques journaux de confinement et autres témoignages qui ne relevaient pas du tout de la réflexion artistique ou créative mais étaient de l'ordre du saisissement.

Nous avons eu le luxe de pouvoir réflechir à ça et le dépasser en allant vers quelque chose qui corresponde davantage à notre métier : faire entendre et mettre en scène la parole des écrivains et les inviter à réfléchir avec nous à ce temps de l'incertitude.

Le choix de ce thème étant une manière de ne pas les inviter à parler de crise ou de catastrophe, de ne pas s'aventurer, parce que c'était trop tôt, sur l'après, mais de nous porter vraiment sur le temps d'aujourd'hui. Et comment eux, en tant qu'écrivains de fiction spécialistes des interrogations sur les narrations qui structurent nos existences, pouvaient réfléchir à l'incertitude, à la levée des certitudes que nous avons vécue ces dernières semaines.

Une fois qu'on a eu ce fil directeur, on a tout réarticulé. Nous avons puisé dans le programme ce qui existait déjà et tenté de faire le lien entre ces thèmes et les thèmes de leur livres, autour de "l'écrivain comme enquêteur", "regarder et écrire sur l'autre", du "huis-clos", autant de thèmes qui sont le b.a.-ba de la fiction. Il nous a suffi de remettre cela en lumière pour axer la structure de cette édition.

Pourquoi avoir choisi d'assigner chaque journée à une thématique et de rassembler sous cette bannière les différents modules que l'on a l'habitude de voir aux Assises ?
Les programmes qu'on a pu connatîre étaient plus denses en termes de thèmes abordés en une journée et il était très important que nous soyons réalistes et modestes parce nous avons conscience aussi que l'expérience que l'on peut vivre au moyen du numérique n'est pas du tout la même que lorsque l'on reste et circule plusieurs heures dans un lieu. En recentrant le programme il était aussi important de ne pas en faire trop et de rendre les choses plus lisibles.

Malgré tout, on a eu beau resserrer le nombre d'écrivains, de thèmes, les formats, afin de rendre les choses les plus réalisables et plus accessibles pour tous, nous avons quand même un programme extrêmement dense. En réalité, tout ce que nous présentons a toujours été présent dans la formule des Assises mais n'était peut-être pas raconté comme tel. Il y a donc un effet de renarrativisation d'objets qui étaient déjà là et de partenariats préexistants. La réécriture numérique du festival a permis de les mettre sous les yeux du public d'une autre manière.

C'est l'un des aspects positifs de cette conversion au numérique à laquelle nous avons été amenés de force que de pouvoir expérimenter de nouveaux formats. Ce qui aura probablement des suites à l'avenir pour tous les lieux culturels qui ont été contraints à ce genre d'adaptation. C'était un peu un horizon commun à tous mais pas forcément une première priorité.

Comment les auteurs se sont-ils prêtés ou non au jeu de ces conditions différentes ?
Ça n'est évidemment facile pour personne dans une branche de la culture qui a surtout la culture du papier et de la présence physique. Nous en avons demandé beaucoup aux auteurs mais pas seulement : à nos modérateurs aussi, à tous ceux qui sont impliqués dans l'organisation d'une rencontre littéraire. Mais je dois dire qu'il y a eu beaucoup de bonnes volontés.

Les auteurs étaient heureux de pouvoir continuer cette aventure, de travailler, de s'exprimer et surtout de trouver un canal pour le faire. Ça n'a pas été sans lourdeur technique mais toute l'équipe de la Villa s'est mobilisée pour trouver un cadre dans lequel ces conversations pouvaient se tenir de la manière la plus rassurante possible.

On sait par ailleurs que certains auteurs ont quand même cette culture-là puisque nous avions ces dernières semaines Pierre Ducrozet en résidence à distance, qui communiquait avec des classes de collégiens sur Skype.

Vous parliez de l'impact de cette édition sur la suite : de quelle manière cette édition des Assises peut constituer une sorte de laboratoire pour la suite à donner aux activités de la Villa Gillet ?
D'abord, comme toute personne nouvellement arrivée et héritant d'un festival aussi beau que les Assises du Roman, j'avais et ai toujours pour projet de le repenser en en développant certains aspects et en en modifiant certains autres. Avec notamment un premier effort pour renouveler le vivier d'écrivains avec lesquels nous travaillons puisque la Villa a su au fil des années donner voix à beaucoup de grands noms qui continuent d'être des alliés et que nous continuons d'inviter. Mais il s'agit aussi de trouver aujourd'hui les écrivains qui dans cinq ans, dans dix ans, écriront les grands livres de demain. Ensuite, renouveler les formats. Un festival, y compris les plus grands, au bout d'un moment se fige. Les formules qui marchent finissent immanquablement par se répéter, devenir traditionnelles. Et c'est le privilège d'un directeur arrivant que de dire "cette formule est belle mais on va la changer un peu". Assouplir les formats, repartir dans une phase plus expérimentale, qui peut amener à des choses moins certaines, moins abouties mais plus souples et avec davantage de marge d'inventivité et de création.

Donc, tout en n'abandonnant pas totalement la formule avec trois écrivains et des cabines de traducteurs, penser du spectacle vivant, davantage de lectures d'acteurs, d'ateliers plus participatifs. Ensuite, j'espère que les espoirs qui naissent aujourd'hui seront un peu pérennes. Nul ne sait aujourd'hui ce qu'il en sera de l'automne ou du printemps prochain. Mais je dirais que nous ne sommes pas les seuls à avoir été poussés vers une réflexion sur la manière dont nous pouvions travailler, avec des captations audio ou vidéo de qualité et la manière de travailler à distance. Pour nous c'est très important dans la mesure où nos écrivains viennent du monde entier.

Le fait de pouvoir travailler en numérique peut nous permettre de développer des invitations qui ne seraient pas possible dans un évenement uniquement présentiel. Vous verrez notamment qu'on a pas mal d'auteurs chinois cette année. Ce sont des auteurs qu'il est toujours compliqué de faire venir. Là, parce qu'on est sur autre chose : des textes, des entretiens vidéos, on est passé d'un auteur prévu initialement à quatre. De même, on a pu associer au programme l'intervention de l'écrivain israëlien Etgar Keret qui se déplace peu, ou Hisham Matar, un écrivain libyen vivant entre Londres et les USA, difficile à programmer. Là on a pu avoir un échange entre Hisham Matar et François Hartog sur l'incertitude qui est absolument magnifique. On peut donc aller vers ce genre de format mais aussi d'autres manières d'accéder à de plus larges publics.

Vous mesurez malgré-tout l'importance de ce qui fait l'essence d'un festival, à savoir, la rencontre, la chair, le contact avec les auteurs ?
Bien entendu, c'est pour ça que cette édition est très particulière et liée à son contexte. Et qu'il est absolument certain que nous retournerons à du présentiel dès que possible. C'est aussi la raison pour laquelle nous avons pris le parti de présenter la plateforme du festival comme une deuxième Villa Gillet, virtuelle. Une formule qui sous-entend que dès que nous pourrons revenir à la première, nous y reviendrons.

Je dois dire aussi que, comme tous les directeurs, je m'interroge sur les formes que prendra la rentrée culturelle, et qu'à la Villa nous aurons en 2020-21 une année qui sera faite des deux grands rendez-vous que sont Mode d'Emploi à la mi-novembre et les Assises en mai 2021 mais que nous prévoyons dès maintenant d'intégrer une espèce de troisième axe qui prenne acte de ce bouleversement dans les formes possibles d'accès à la culture : en proposant des rendez-vous extrêmement souples, à cinq, dix, quinze sous forme d'ateliers de lecture à voix haute, d'écriture et d'éloquence. Des choses extrêmement modestes en cohérence avec la modestie avec laquelle repartira l'ensemble du milieu culturel.

Vous avez écrit un ouvrage baptisé, Fictions de l'après : J. M. Coetzee, I. Kertész, W. G. Sebald, Temps et contretemps de la conscience historique, sur la littérature, les poétiques et les théories de l'après. On ne peut pas ne pas vous poser la question de comment – toute comparaison avec l'expérience de ces écrivains mise à part – vous pensez que la littérature peut et doit se saisir de cette crise.
Effectivement, l'ironie de la situation ne vous aura pas échappée. J'ai étudié cette question pendant pas mal d'années, consacré une thèse qui est devenue un livre à cette question de l'après. Mais bien sûr, comme vous le soulignez, il faut préciser que les auteurs sur lesquels j'ai travaillé réfléchissaient à des bouleversements politiques et historiques aux conséquences bien plus grandes et qu'il faut les replacer dans un contexte de réflexion sur le vécu de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah pour Sebald, sur l'expérience concentrationnaire et totalitaire dans la Hongrie des années les plus sombres pour Kertész et sur les conséquences d'un colonialisme allant jusqu'à l'Apartheid pour Coetzee.

La crise que nous vivons n'a rien de la violence politique qui a caractérisé les écrits de ces trois auteurs puisqu'elle n'est pas le fait de l'Homme. Maintenant, ce qui m'a toujours intéressé en tant que lectrice et chercheuse, c'est leur manière de placer le récit dans un cadre et de le construire par rapport à ce cadre. Et de penser à travers le récit, la fiction mais aussi l'essai, les mouvements dans les perceptions historiques et philosophiques en train de se faire dans la société.

L'écrivain est, je l'ai dit, un des grands spécialistes de la levée des certitudes mais aussi un expert de la manipulation du temps et le mieux placé pour penser la manière dont s'articule le présent avec le passé qui nous détermine et l'horizon vers lequel il nous amène. Cet horizon, aujourd'hui, nous le regardons avec un très grand effroi. Mais l'écrivain, lui, sait que toute histoire a une fin et que cet après est quelque chose qui se construit. Il y a beaucoup de fiction de l'après, toute fiction même se place après quelque chose et invite le lecteur à réfléchir au contexte dans laquelle elle est écrite.

Je pense que les écrivains d'aujourd'hui vont continuer de digérer ce qui se passe aujourd'hui. Vous vous souvenez qu'après le 11 septembre, il y a eu beaucoup de romans sur cet événement, comme il y aura des romans post-crise. Mais ce n'est pas toujours là que l'on trouve les choses les plus pertinentes et les plus utiles. Il y en aura peut-être de très belles mais c'est parfois ailleurs, chez les écrivains qui ont réfléchi à des choses similaires sans connaître la crise que nous avons vécu, que l'on trouvera des textes qui nous seront utiles pour penser cette crise.

C'est une réponse un peu multiple à votre question mais c'est une question très intéressante qui en amène une autre : combien de temps allons-nous réfléchir à l'après et à demain et à quel moment allons-nous pouvoir resserrer notre questionnement et poser des questions plus précises ? Pour moi, une des questions est celle des différentes temporalités qui structurent nos existences individuelles et politiques. Actuellement on est dans le temps de "comment je vais gérer ma semaine ?", "qu'est-ce que je fais le 11 mai ? Pour mes vacances ? Et comment va se passer la rentrée ?". Et ce temps là est mis en permanence en perspective avec le temps très long des grandes interrogations sur la refondation d'une société nouvelle et d'un nouveau rapport à la nature. Il va y avoir une réflexion intéressante à mener sur la concurrence de ces différentes temporalités.

Après une question pour la chercheuse, une question pour la directrice d'institution : comment voyez-vous depuis la Villa Gillet, l'avenir du monde du livre et des lettres, des éditeurs et des auteurs dont on sait qu'ils sont dans des situations extrêmement périlleuses et dont on parle trop peu ? Quelle visions et quelles craintes avez-vous pour la suite ?
C'est une question à laquelle je ne suis peut-être pas la mieux placée pour répondre précisément. Tout ce que chacun de nous peut faire c'est donner ses impressions. Évidemment, ce que nous voyons autour de nous à la Villa ce sont des écrivains, des traducteurs, des libraires, des structures culturelles de tous ordres et des éditeurs, tous complètement assommés par la crise. Au sens où leur vie professionnelle s'est arrêtée d'un coup, d'une manière inattendue et pour une période qui a déjà duré plus de deux mois, soit un sixième de l'année.

Pour chacun d'entre eux, ça veut dire une perte considérable de revenus qu'il sera impossible de rattraper. Ça veut dire une fragilisation de plus dans un secteur déjà ultra-vulnérable. Ça veut dire aussi un contre-coup plus durable, parce que le ralentissement va durer au-delà, sous l'effet d'une réaction en chaîne. Les librairies continueront d'avoir du mal à tourner, les écrivains d'avoir du mal à obtenir rémunération, les traducteurs d'avoir du mal à obtenir des contrats pendant des mois. L'ensemble de la chaîne est dans un état d'une très grande vulnérabilité actuellement et jusqu'à au moins l'automne.

Je dirais que ce phénomène est particulièrement aigu dans le domaine du livre où tout tient à des individus. Une aventure éditoriale c'est une aventure toute petite, entre un auteur, un éditeur, éventuellement un traducteur. C'est parce que l'auteur croit en son éditeur et que l'éditeur croit en son auteur que quelque chose arrive qui s'appelle un livre et c'est ensuite parce qu'un libraire sait le le lire et le vendre que le livre arrive jusqu'au public. Ces individus ne sont pas si nombreux et si l'un d'eux manque dans la chaîne ou si quelques-uns sont vulnérables et touchés par la crise, on perd des pans entiers de ce qui fait le monde littéraire. Un petit éditeur qui tient parce qu'il a publié par passion une dizaine de titres qui ont un peu marché dans une année risque de se retrouver en septembre dans une position extrêmement difficile puisqu'il lui manquera une grande partie de ses auteurs et face à la vague de la rentrée littéraire 2020, il va être extrêmement fragilisé.

En tant que directrice d'institution ce que je peux faire face à ça, c'est essayer de comprendre le plus précisément possible le fonctionnement de l'ensemble des facteurs et comprendre au mieux comment nous pouvons continuer à travailler avec ces individus de la façon la plus pertinente possible à la rentrée. C'est à dire ne pas faire, comme avant, la promotion de tel ou tel livre mais de réfléchir avec eux à la meilleure façon de montrer leur travail et d'y contribuer.

Quand nous utilisons cette belle formule : "nous maintenons la conversation avec les auteurs", c'est une manière élégante de dire aussi que nous maintenons la rémunération des auteurs. Cette conversation est un moyen de les rémunérer et c'est en la maintenant à tout prix qu'on va pouvoir contribuer à alimenter la machine des tous petits cachets. Pour résumer la réponse à votre question, et vous devez le savoir : la catastrophe est intégrale.

Assises Internationales du Roman
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Le monde des livres

Littérature | Avant la saison des festivals d'été, il y a celle des festivals littéraires, nourrie des centaines de livres parues en quelques mois et des milliers d'idées qui les composent. Tour d'horizon des événements littéraires majeurs du printemps.

Stéphane Duchêne | Mardi 8 janvier 2019

Le monde des livres

Fête du Livre de Bron Retour à une thématique cette année, et même à une thématique forte pour la Fête du Livre de Bron qui explorera les recoins littéraires de "La Vie sauvage" : animalité de l'humain, violence du monde, libéralisme sauvage, question environnementale mais aussi subversion et insoumission. Où l'on retrouvera notamment le prix Goncourt Nicolas Mathieu pour Leurs enfants après eux (pour une collaboration qui s'annonce savoureuse avec le musicien Florent Marchet), mais aussi de nombreux autres comme Serge Joncour, David Diop, Charif Majdalani, Marielle Macé, Pascal Blanchard. Florence Aubenas, Andreï Kourkov, Domonique A, François More, FabCaro ou Jérôme Ferrari. Plus de détails sur cet alléchant programme le 23 janvier. À l'Hippodrome de Parilly du 6 au 10 mars Quais du Polar En dépit du réchauffement climatique, ils seront un peu glacés, cette année, les Quais du Polar. Le festival ayant choisi de rendre hommage au polar nordique et à ses joyeuses spécificités littéraires, culturelles et politiques. En invitant pas moins de 25 auteurs

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Les Assises 2019 se dévoilent

Assises Internationales du Roman | Plus que sept mois à attendre avant le coup d'envoi des Assises Internationales du Roman qui se dérouleront du 21 au 26 mai aux Subsistances. Mais comme sept mois c'est long, surtout vers la fin, voici un solide avant-goût du programme proposé oscillant pour le moment entre le politique et l'intime.

Stéphane Duchêne | Lundi 26 novembre 2018

Les Assises 2019 se dévoilent

C'est encore une fois un large spectre de thématiques qui traversera une semaine durant les Assises Internationales du Roman, à la (re)découverte de quelques-unes des plus belles plumes du paysage littéraire national et surtout international. Ainsi l'on parlera de "courage" et de "nouveaux dissidents" (ces derniers en étant généralement remplis, de courage) avec l'Égyptien Alaa El Aswany, auteur du célèbre Hôtel Yacoubian, la photographe iranienne Reihane Taravati qui avait défrayé la chronique de son pays il y a deux ans avec une revisite locale et sans foulard du clip Happy de Pharrell Williams, l'intellectuel chinois Liao Yiwu, l'un des 303 signataires en 2008 de la Charte 08, et l'activiste serbe Srdja Popovic, auteur en 2015 de Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes. Mais aussi de "violence sociale et pol

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Florence Aubenas et Ted Conover à la Villa Gillet

Journalisme | Outre la programmation du festival d'idées La Chose Publique qui commence à se dévoiler, la Villa Gillet continue sa programmation de rencontres et (...)

Sébastien Broquet | Jeudi 30 août 2018

Florence Aubenas et Ted Conover à la Villa Gillet

Outre la programmation du festival d'idées La Chose Publique qui commence à se dévoiler, la Villa Gillet continue sa programmation de rencontres et conférences. Le jeudi 29 novembre seront ainsi conviés autour du thème de l'enquête et de l'immersion Florence Aubenas et Ted Conover. Grand reporter pour Le Monde, Florence Aubenas est l'une des journalistes les plus en vue en France actuellement. L'Américain Ted Conover est lui un spécialiste de l'immersion au long cours, s'étant fait embaucher comme gardien de prison à Sing Sing pour l'ouvrage Newjack. La rencontre aura lieu au Grand Amphi de l'Université de Lyon.

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Christiane Taubira invitée à Lyon par la Villa Gillet

La Chose Publique | L'ancienne ministre Christiane Taubira est conviée au festival des idées La Chose Publique, qui se déroulera en novembre prochain et dont le thème est "L'invention démocratique : la place du citoyen en démocratie".

Sébastien Broquet | Jeudi 30 août 2018

Christiane Taubira invitée à Lyon par la Villa Gillet

On se souvient que sa dernière venue à Lyon en mars 2017 avait provoqué des remous en pleine campagne pour la présidentielle : Gérard Collomb, alors maire de la ville, avait refusé la salle des Rancy à l'ancienne ministre qui venait présenter son livre, Nous sommes sur Terre, à l'invitation de la librairie du Tramway. La préfecture avait pourtant donné son accord. Mais le maire avait utilisé l’interdiction pour une collectivité de faire bénéficier un candidat d’avantages avant une élection pour justifier sa décision, considérant que l'écrivaine était un soutien actif de Benoît Hamon. La rencontre avait finalement pu avoir lieu dans l'enceinte de l'université Lyon 2. Christiane Taubira sera donc de retour dans la ville du désormais ministre de l'Intérieur le vendredi 23 novembre prochain, conviée par la Villa Gillet et Res Publica, les concepteurs du festival des idées La Chose Publique : rendez-vous est pris pour un Grand Entretien, à 21h, dans le grand amphithéâtre cet

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Révolutions intérieures aux Assises du roman

Révolte | "Au cœur de la révolte", l'une des thématiques fortes de cette édition 2018, et comme pour célébrer à distance Mai 68, les Assises Internationales du Roman ont placé deux auteurs américains, Martin Neill Null et A.G. Lombardo, dont les deux premiers romans épiques entraînent leurs personnages dans un désordre qui finit par les éclairer. Et nous avec.

Stéphane Duchêne | Mardi 15 mai 2018

Révolutions intérieures aux Assises du roman

« La rébellion est dans l'œil de celui qui la regarde » écrit A.G. Lombardo page 365 de son Graffiti Palace. Un aphorisme qui pourrait commenter, page 206 du Miel du Lion de Martin Neill Null, ces mots de Shelby Randolph, entrepreneur et copropriétaire de la Cheat River Paper & Pulp, une société du début du XXe siècle qui transforme les forêts de Virginie-Occidentale en pâte à papier et les ouvriers en forçats, persuadé de faire œuvre de philanthropie à travers le profit : « Quant aux syndicalistes, pour la plupart, ils se fourvoyaient tout bêtement et cédaient à la tentation typiquement humaine de la paresse. » On le sait, ce qui fait écho un jour peut résonner longtemps. Et il ne viendrait à l'idée de personne de contester le caractère actuel de deux phrases ayant la vertu d'expliquer la schizophrénie à l'œuvre dans une société française occupée à célébrer d'une main l'anniversaire du bel esprit de Mai 68 tout en balayant de l'autre la pertinence des grèves et manifestations qui pour s'ancrer dans notre quotidien de 2018 ne sont pas frappées, elles, du sceau de la nostalgie – pas plu

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Harry Parker : les choses de la vie

Littérature | Vétéran d'Irak et d'Afghanistan lourdement blessé au combat, le britannique Harry Parker, invité des AIR, a fait de son expérience un livre magnifique, où la tragédie de la guerre et le destin du soldat meurtri revenant à la vie ont pour narrateurs 45 objets qui en ont été les témoins.

Stéphane Duchêne | Mardi 30 mai 2017

Harry Parker : les choses de la vie

Nous sommes le 15 août 2009 sur un théâtre d'opération jamais nommé. Il est 6h18. Le matricule BA5799, capitaine de l'armée d'occupation britannique est « soulevé dans le ciel. » Il vient de marcher sur une mine artisanale. Sa vie, qui ne tient plus qu'à un fil, ne sera plus jamais la même. Il s'appelle Tom Barnes et luttera des semaines contre la mort, sujet à de multiples opérations et amputations avant de réapprendre doucement à vivre. Tom Barnes c'est Harry Parker, l'auteur d'Anatomie d'un soldat, lui-même vétéran britannique de l'Irak et de l'Afghanistan, victime d'une mine, lourdement amputé, mais sauvé. Son expérience, terrible, Harry Parker a voulu la transcender sous une forme romanesque qui vaut tour de force. Toute l'histoire d'Anatomie d'un soldat, qui se divise en trois sections entremêlées – la vie de Barnes sur le lieu du conflit jusqu'au drame autour duquel tourne le roman, celle des insurgés en lutte, puis la convalescence, la renaissance dans un "autre" corps à la fois diminué et augmenté – est racontée du point de vue non pas de Barnes, ni d'un tiers narrateur unique mais par le p

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Salman Rushdie : la lutte continue

Assises Internationales du Roman | Grand pourfendeur de l'obscurantisme religieux, Salman Rushdie, auteur mondialement connu des Versets sataniques, a publié l'an dernier Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, titre clin d'œil aux Mille et une nuits, et allégorie de notre monde contemporain en guerre contre le fanatisme, le terrorisme et la corruption, empruntant autant à l'actualité qu'à la fiction contemporaine et aux contes. Il est l'invité du Grand entretien des Assises Internationales du Roman, et nous en a accordé un petit.

Stéphane Duchêne | Mardi 23 mai 2017

Salman Rushdie : la lutte continue

Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, votre dernier roman, raconte l'avènement du chaos dans notre monde, une guerre des mondes, celui des djinns – les génies du folklore oriental –, et le nôtre, à la suite d'une tempête qui a fait sauter les sceaux entre ces univers. Vous pensez vous-même que pour beaucoup de monde, les règles que nous avons connu ne semblent plus s'appliquer. Quand cela a-t-il changé ? Salman Rushdie : Je ne pourrais pas précisément dater cela, mais le fait est que le monde aujourd'hui change à une vitesse folle... Quand j'étais jeune dans les années 60, les forces d'un changement progressiste étaient largement dominantes. Aujourd'hui, à ma grande surprise, elles me semblent être en net recul. Je crains que la grande tempête du livre n'ait déjà eu lieu et que nous en subissions les terribles conséquences. Il y a aussi dans le livre cet affrontement entre le penseur éclairé Ibn-Rushd (l'autre nom d'Averroes) et son ennemi, le dogmatique Ghazali, qui laisse entendre que la lutte entre la pensée éclairée et l'obscurantisme, non seulement dure depuis toujours mais ne s'éteindra

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Villa Gillet : police partout, confiance nulle part

Réfléchir | Politologue, spécialiste de la délinquance et de la police, Sébastian Roché vient présenter à la Villa Gillet De la Police en démocratie (Grasset), dans lequel il examine la dégradation des rapports police/population à l'œuvre en France depuis des décennies, à la recherche de solutions pour restaurer une confiance mutuelle garante de l'équilibre de la démocratie.

Stéphane Duchêne | Mardi 14 mars 2017

Villa Gillet : police partout, confiance nulle part

La police française aurait-elle oublié sa mission première ? À savoir, produire de la confiance en défendant des valeurs supérieures, comme l'égalité, et ainsi contribuer à la cohésion sociale. C'est la question que se pose dans De la police en démocratie, Sébastian Roché, politologue spécialiste de la délinquance et de la police, directeur de recherche au CNRS à Sciences Po Grenoble et expert pour les Nations Unies, déjà auteur de Police de proximité et Violences urbaines et banlieues. Elle résonne d'autant plus fortement quelques semaines après la surréaliste "affaire Théo", mais resterait tout aussi pertinente sans elle. Car c'est ici un problème de fond et quotidien que tente d'analyser Sébastian Roché, partant du constat que si toute démocratie a besoin d’une police, celle-ci a besoin que les citoyens la soutiennent, qu’ils la considèrent comme « leur police. » Mauvais élève Dans cet ouvrage, il s'agit d'abord de mesurer la confiance d’une part, et l’égalité devant les contrôles d’identité en France et en Allemagne, d’autre part. Et le constat est plutôt accablant

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Remettre le monde à l'endroit

Villa Gillet | Michel Lussault vient débattre à la Villa Gillet de son regard de géographe singulier sur le monde contemporain et de son dernier ouvrage explorant en particulier les hyper-lieux.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 31 janvier 2017

Remettre le monde à l'endroit

Depuis le début des années 2000, Michel Lussault met au centre des sciences sociales la géographie, une géographie très humaine en l'occurrence. Après les philosophies de l'histoire du 19e siècle, l'objectivité anti-humaniste et structurale des sciences humaines au 20e siècle (psychanalyse, sociologie, anthropologie...), le géographe défend une approche du contemporain à partir des vécus physiques, de la subjectivité des expériences individuelles ou collectives au sein d'espaces et de lieux particuliers. « Avec l'anthropologue Tim Ingold, l'historien Patrick Boucheron, le philosophe Guillaume Leblanc, le sociologue Richard Sennett, Peter Sloterdijk et bien d'autres, on pense que l'espace n'est pas seulement un décor, un théâtre, mais une dimension explicative de la vie. Il y a là peut-être même un tournant spatial des sciences sociales. » nous confiait Michel Lussault dans un entretien.

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La Villa Gillet a de la repartie

Penser le monde | Certains annonçaient la Villa Gillet moribonde après ses déboires des derniers mois. Visiblement, le directeur Guy Walter et son équipe, réduite de moitié juste (...)

Sébastien Broquet | Jeudi 13 octobre 2016

La Villa Gillet a de la repartie

Certains annonçaient la Villa Gillet moribonde après ses déboires des derniers mois. Visiblement, le directeur Guy Walter et son équipe, réduite de moitié juste avant l'été suite à la baisse drastique de ses subventions, ont de la repartie : on n'attendait pas si rapidement l'arrivée d'un nouveau rendez-vous, en l'occurrence La Chose Publique, qui se tiendra du 21 au 26 novembre dans les locaux de la Villa Gillet. Prenant la place laissée vacante par Mode d'Emploi, cette nouvelle semaine de débats d'idées s'articulera « autour de l'actualité française en philosophie, en sciences humaines et sociales. La Villa Gillet en assurera le commissariat scientifique » nous explique-t-on du côté de l'équipe. C'est l'arrivée d'un mécène qui permet la tenue de cet événement, en l'occurrence l'association Res Publica, basée à Lyon - et au Burkina Faso via son ONG - et

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La fin pour Mode d'Emploi

Villa Gillet | Suite à la baisse drastique du budget de la Villa Gillet, Guy Walter, son directeur, se voit contraint de mettre fin à Mode d'Emploi, le rendez-vous consacré aux sciences humaines. Avant de probables licenciements.

Sébastien Broquet | Mardi 24 mai 2016

La fin pour Mode d'Emploi

Voilà, c'est fini. Mode d'Emploi s'arrête, après quatre éditions seulement. Et la Villa Gillet elle-même est dans la tourmente : probablement avant l'été, un plan social sera mis en place, et une partie des seize salariés de la structure sera licenciée et devra voguer vers d'autres aventures. Ces derniers ont lancé une pétition sur Internet ayant récolté 4177 signatures lundi soir. Au cours d'une réunion s'étant déroulée le mercredi 18 mai au matin dans le bureau de son directeur Guy Walter, mis en difficulté depuis plusieurs semaines par un rapport incisif de la Chambre Régionale des Comptes qu'il conteste ardemment, les différentes parties ont acté une baisse drastique des subventions accordées au lieu l'obligeant à amputer de sa programmation le festival Mode d'Emploi, son rendez-vous annuel consacré aux sciences humaines qui se déroulait en novembre. Les dixièmes Assises Internationales du Roman, qui se déroulent en ce moment-même, n'ont pas été impactées ; mais si la question de leur tenue l'an prochain ne se pose a priori pas, celle de la même exigence dans la programmation le sera inévitablement. Les trois tutelles (l'État via la DRAC et le Centre Nati

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Les rêves nécessaires de Goran Pétrovic

Assises Internationales du Roman | Pour leur 10e édition, les Assises Internationales du Roman réunissent une cinquantaine d'écrivains sous la grande verrière des Subsistances. Parmi eux, le serbe Goran Pétrovic : un écrivain rêveur et fantaisiste.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 mai 2016

Les rêves nécessaires de Goran Pétrovic

Les Assises Internationales du Roman fêtent leur dixième anniversaire et, depuis 2007 dans ces colonnes, nous suivons cet événement en soulignant à chaque édition les liens étroits entre la littérature et le réel, l'ancrage du roman dans le monde actuel. C'est la ligne fondamentale du festival et, cette année encore, les tables-rondes sur "Beyrouth, hier et aujourd'hui" (Zeina Abichared et Mathias Enard), "L'Exil" (Alice Diop, Max Lobe, Zia Haider Rahman et Samar Yazbek), ou "Écrire, est-ce résister ?" (Oya Baydar et Boualem Sansal) le confirmeront... Mais cette fois-ci, ô imprudence, nous voudrions, pour introduire à ces 10e Assises, parler de littérature et... de rêve. Au risque des persiflages : eh voilà le retour de l'imaginaire et de sa pusillanimité, des écrivains grimés en doux et inoffensifs rêveurs, si ce n'est en cancres rêvassant au fond de la classe de la "littérature-monde" ! Pour ne rien arranger à notre position acrobatique, nous nous appuierons sur un livre étonnant, mais comportant aussi quelques défauts (un aspect répétitif notamment), l'Atlas des reflets célestes de Goran Pétrovic. À ciel ouvert Un livre fragile donc, m

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Florence Verney-Carron : "Il faut dialoguer avec les artistes"

Florence Verney-Carron | Depuis l'élection de Laurent Wauquiez à la tête de la Région en décembre dernier, le monde de la culture s'est inquiété, parfois offusqué, au minimum s'est posé des questions : d'une déclaration pour le moins malheureuse de son président sur les formations de clowns en pleine campagne, jusqu'au traitement du dossier de la Villa Gillet, c'est peu dire que la vice-présidente en charge de la Culture est attendue. Florence Verney-Carron s'exprime ici pour la première fois sur l'ensemble de ces sujets.

Sébastien Broquet | Mardi 26 avril 2016

Florence Verney-Carron :

En janvier, après l'élection, vous demandiez du temps avant de dévoiler votre feuille de route concernant la culture. Aujourd’hui, pouvez-vous nous dire quels sont les points qui vont être privilégiés ? C’est la première fois qu'une élection se déroulait en décembre. C’était très compliqué de nous atteler à ce budget 2016 en si peu de temps. Durant ces trois premiers mois, j’ai analysé pas mal de choses. On avait un certains nombre de principes, déjà évoqués par Laurent Wauquiez durant la campagne, notamment deux points très forts : d'abord, accompagner évidemment les créateurs culturels de premier plan. Ensuite, encourager l’émergence ; ce qui est l’essentiel pour une collectivité publique. Ça nous a amené à tracer deux grands points de notre politique culturelle : avoir une offre de qualité partout, même dans les endroits les plus reculés du territoire et y apporter beaucoup d’attention : ce peut-être une librairie, un festival, un cinéma. Le second point, ce sera de respecter et d’encourager tous les lieux de création. Ce qui est important pour nous, puisque nous arrivons au moment de la fusion des régions, c'est aussi de faire la conver

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Joann Sfar, croqueur en série

Bande Dessinée | Convier Joann Sfar pour évoquer son dernier ouvrage paru exige de se tenir à la page : il en a peut-être sorti un ou deux nouveaux depuis la semaine dernière…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Joann Sfar, croqueur en série

On ne dira rien ici du nouvel opus de Joann Sfar, Tu n’as rien à craindre de moi — la bande dessinée dont la récente parution chez Rue de Sèvres est prétexte à l’organisation de cette causerie-rencontre aux Célestins à l’invitation de la Villa Gillet — pour la simple raison qu’on ne l’a pas encore lue. Pardonnez cet aveu coupable, mais il faut bien reconnaître que le stakhanoviste auteur place ses lecteurs-spectateurs dans une situation compliquée : à peine a-t-il achevé un album qu’il publie un roman, juste avant la sortie d’un long-métrage, lequel précède un film d’animation ou une collaboration à quelque aventure collective… Et en marge (ou dans les marges) des Donjons, du Chat du Rabbin ou de Grand et Petit Vampire, l’ubiquiste hypergraphe dévoile avec une générosité rare ses notes intimes et travaux préparatoires dans des carnets ou des recueils parfois volumineux — voir le pavé de dessins et d’aquarelles inspirés durant la conception de son Gainsbourg… Cette somme ne compose pourtant qu’un fragment de son œuvre multimédiatique. Sfar est aussi, au risque que certains s’en étranglent, un chronique

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Didi-Huberman, un autre regard sur l'art

CONNAITRE | Né en 1953 à Saint-Étienne, enseignant à l'EHESS à Paris, Georges Didi-Huberman est l'une des figures les plus importantes de la philosophie et de l'histoire (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 26 mai 2015

Didi-Huberman, un autre regard sur l'art

Né en 1953 à Saint-Étienne, enseignant à l'EHESS à Paris, Georges Didi-Huberman est l'une des figures les plus importantes de la philosophie et de l'histoire de l'art. Dans ses ouvrages (une bonne quarantaine !), il alterne réflexions singulières sur l'image et petits essais plus concis sur des artistes contemporains. Dans l'un de ses derniers livres, Essayer voir, consacré aux artistes Miroslaw Balka et James Coleman (dont le Musée d'art contemporain de Lyon conserve une installation importante), Georges Didi-Huberman poursuit sa pensée nomade à la croisée d'influences aussi diverses que le "montage littéraire" de Walter Benjamin, la psychanalyse, la figure méconnue du critique d'art Aby Warburg, la philosophie de Giogio Agamben, les récits de Samuel Beckett... Essayer voir est d'ailleurs un emprunt à «l'essayer-dire» de Beckett dans Cap au pire. Ni application de concepts logiques, ni intuition mystique irrationnelle, penser et écrire à partir (ou sur) des images selon Georges Didi-Huberman c'est «accepter, devant l'image, de perdre les repères de nos propres mots. Accepter l'impouvoir, la désorientation, le non-savoi

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Un AIR de famille

CONNAITRE | Dépression, remise en question, deuil, dysfonctionnement familial, rapport compliqué à son pays natal, et parfois tout cela à la fois : à travers les personnages de leur roman, une bonne partie des auteurs de cette édition des assises se pose la question frontale de savoir ce qui est universellement pourri au royaume de l'être humain ; et que la littérature pourrait, peut-être, résoudre. Ces cinq-là en particulier.

Stéphane Duchêne | Mardi 26 mai 2015

Un AIR de famille

Céline Curiol «Agglutinés à mon désarroi, mes mots, des mots qui ne tranchaient rien, ne séparaient rien, ne créaient rien. Seulement s'enchaînaient. Et avec eux moi. Qu'ils pétrifiaient.» Le 15 août 2009, Céline Curiol sombre dans une grave dépression dont, avec le recul, elle nous livre aujourd'hui l'expérience douloureuse (Un quinze août à Paris, Actes Sud) et les cheminements difficiles (notamment sur le plan familial) pour s'en sortir, toutes ces «maintes petites luttes, maintes résistances, maintes attentions.» La dépression est aussi ici une traversée, une mutation, la quête d'une nouvelle identité : «Cet autre, c'est en moi qu'il fallut le trouver» écrit-elle. Jean-Emmanuel Denave Au Centre hospitalier Le Vinatier jeudi 28 mai à 18h30 Aux Subsistances vendredi 29 mai à 15h30 Aux Subsistances dimanche 31 mai à 11h

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Jorge Volpi : «Les invisibles sont les puissants»

CONNAITRE | Dans une saga familiale romanesque époustouflante, "Les Bandits", dont l'anti-héros partage son nom, le Mexicain Jorge Volpi dresse l’histoire récente du capitalisme, des accords de Bretton Woods à la chute (mais pas la mort) des financiers sans vergogne, où les mensonges n’ont pas tous la même valeur. Entretien, avant sa venue aux Assises Internationales du Roman de la Villa Gillet. Propos recueillis par Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 26 mai 2015

Jorge Volpi : «Les invisibles sont les puissants»

Qu’est-ce qui vous a motivé à choisir ce vaste sujet qu'est l’histoire récente du capitalisme aux États-Unis ? Jorge Volpi : Il y a trois origines diverses à l’écriture de ce roman. La première est un peu autobiographique, car en 2007-2008, quand j’ai vu la chute de Lehman Brothers, je me suis rappelé de toutes les crises que moi, Mexicain, ai subi quand j’étais petit. Je suis né à Mexico en 1968 et ma génération a expérimenté cinq crises pareilles à celle-ci. Je me souviens très bien de la crise de 1976 et surtout de celle de 1982. Elle a complètement changé le niveau de vie de ma famille et, en général, de la classe moyenne du Mexique. Mon père était médecin mais travaillait, comme il a toujours voulu le faire, pour la sécurité sociale. Nous avions une vie assez normale. Ensuite, ça a été beaucoup plus dur et c’est devenu impossible d’aller au restaurant, en vacances ; ma mère a commencé à travailler aussi, etc. À partir du moment où j’ai vu le déclenchement de la crise de 2008, je me suis dis que je devais essayer de comprendre ce qui se passe dans ce type d'événement, comment ça marche, qui sont les vrais responsables.

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Gagnez votre entrée aux Asisses du roman

CONNAITRE | Comme chaque année, le Petit Bulletin et la Villa Gillet s'associent pour vous faire gagner votre entrée aux Assises Internationales du (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 29 avril 2015

Gagnez votre entrée aux Asisses du roman

Comme chaque année, le Petit Bulletin et la Villa Gillet s'associent pour vous faire gagner votre entrée aux Assises Internationales du Roman. Petit twist cette année : ce n'est pas un texte que nous attendons de vous, mais un selfie. Plus précisémment, un selfie sur lequel vous brandissez le livre que vous auriez rêvé d'écrire et qu'il vous faudra poster sur Twitter et/ou Facebook avec le hashtag #AIRselfie. Vous avez jusqu'au 22 mai à 12h pour trouver l'inspiration. Trois gagnants seront ensuite tirés au sort (ce qui ne vous interdit pas, au contraire, de faire preuve de fantaisie dans votre mise en scène). Ils remporteront chacun un pass pour les Assises.

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Interview de Jean-Noël Orengo

CONNAITRE | Ville-paradoxe, royaume de la prostitution et, pour Jean-Noël Orengo, « capitale invisible de l'humanité », Pattaya est au cœur de "La Fleur du Capital", roman polyphonique d'une poésie folle qui, à travers la description fouillée et crue d'un endroit unique au monde, fait aussi le portrait en creux d'un Occident qui s'effondre sur lui-même. Amorce d'une discussion à poursuivre à la Villa Gillet. Propos recueillis par Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Lundi 30 mars 2015

Interview de Jean-Noël Orengo

Á la lecture de La Fleur du Capital, on se débat, comme ses personnages, avec le mystère de Pattaya sans jamais parvenir à le résoudre. Avant de se dire que, peut-être, le mystère de cet endroit c'est justement d'être une énigme insolvable. Une énigme intrinsèque... Jean-Noël Orengo : Oui, absolument. Pattaya, c'est un avis partagé par la plupart de ceux qui sont allés là-bas, est unique. L'architecture, la culture des corps, des êtres même, le mélange des peuples, celui du tourisme familial et du tourisme sexuel, même si je récuse ce terme... C'est à la fois infiniment sordide et infiniment beau. Et puis Pattaya pose, via la prostitution, la question du sexe par rapport au puritanisme ambiant. Pattaya est, comme le disait Lowry du Mexique à une époque, le lieu de rendez-vous de l'humanité, et plus que ça, la capitale invisible d'une humanité inquiète qui a l'impression d'être conditionnée. C'est Babel réconciliée dans la nuit et dans la fête. Ce qui est paradoxal, et cette ville n'est qu'une suite de paradoxes, d'ailleurs pleine d'êtres paradoxaux, c'est qu'on vient à Pattaya pour oublier, s'immerger dans la

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Orengo, Merle et Bayamack-Tam à la Villa-Gillet

CONNAITRE | "Désastre, chaos et réalité", ce sera le thème plus réjouissant qu'il n'y paraît de la rencontre qui se tiendra à la Villa Gillet mardi 31 mars en compagnie d'Emmanuelle Bayamack-Tam, Loïc Merle et Jean-Noël Orengo, autour de trois romans forts, entropiques et incroyablement vivants. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 24 mars 2015

Orengo, Merle et Bayamack-Tam à la Villa-Gillet

On dit souvent – et c'est malheureusement trop souvent vrai – que la réalité dépasse la fiction. Mais que quand cette-même fiction s'empare de la réalité dans ce qu'elle a de plus chaotique ce peut-être aussi beau que violent. Comme une loupe aveuglante plaquée sur notre monde, nous le rendant à la fois insupportable – ne l'est-il pas déjà trop souvent ? – mais surtout fascinant. Et soudain éclairé. En partie du moins. C'est l'un des points commun que l'on peut trouver aux romans Je viens d'Emmanuelle Bayamack-Tam (qui reconvoque pour l'occasion l'un de ses personnages favoris, Charonne, à la fois guerrière et bouc émissaire du monde), Seul, invaincu, deuxième roman tendu, serré du lyonnais Loïc Merle et La Fleur de Pattaya de Jean-Noël Orengo, récits d'existence voués à l'entropie d'une réalité rarement arrangeante. Dans ce dernier roman, La Fleur du Capital, on part à Pattaya, capitale mondiale de la prostitution et de la fête – et si l'on y part, on y reste, ou du moins y laisse-t-on une partie de soi – pour changer sa vie et transformer son monde, selon le mot d'ordre de Breton, fusionné de Marx et Ri

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Villa Gillet : annulation de la rencontre du jeudi 22 janvier.

CONNAITRE | Initialement prévue ce jeudi 22 janvier en partenariat avec le Petit Bulletin, la rencontre autour du thème "Désastre, chaos et réalité" qui devait réunir les (...)

Stéphane Duchêne | Lundi 19 janvier 2015

Villa Gillet : annulation de la rencontre du jeudi 22 janvier.

Initialement prévue ce jeudi 22 janvier en partenariat avec le Petit Bulletin, la rencontre autour du thème "Désastre, chaos et réalité" qui devait réunir les auteurs Jean-Noël Orengo, Emmanuelle Bayamack-Tam et Loïc Merle ne pourra malheureusement pas se tenir, pour des raisons indépendantes de notre volonté et de celle de la Villa Gillet. Nous vous tiendrons informés d'un éventuel report.

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Corps d'armée

CONNAITRE | Quand un Américain, un Italien et une Française écrivent sur les guerres contemporaines, sur la guerre tout court, cette expérience indépassable, que (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 20 mai 2014

Corps d'armée

Quand un Américain, un Italien et une Française écrivent sur les guerres contemporaines, sur la guerre tout court, cette expérience indépassable, que disent-ils ? Au fond, sensiblement la même chose – mais d'une manière différente, en empruntant des chemins narratifs propres. Ils disent l'illusion selon laquelle la guerre est formatrice, sauve des vies, à commencer par celles de ceux qui ne savent pas quoi en faire, et fait Voir du pays, comme dans le roman de Delphine Coulin (Grasset, 2013). Ils disent la désillusion de découvrir qu'elle est vaine et absurde. Ils disent ces guet-apens du destin, que l'on prévoit toujours mais dans lesquels on se jette tête la première. Ils disent le traumatisme infini. La guerre, Kevin Powers l'a faite en Irak, il y a dix ans. Il en est revenu transformé et écrivain. Son Yellow Birds (Stock, 2013) raconte la promesse de son "héros", Bartle, à la mère de son camarade Murph, avec lequel il est destiné à partir au combat, qui le hante toujours plus au fur et à mesu

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«La honte d'avoir détourné le regard»

CONNAITRE | Auteur de "Murambi, le livre des ossements", extraordinaire roman pluriel sur le génocide des Tutsis, l'écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop est l'invité d'Assises Internationales du Roman plus que jamais en prise avec le réel. Il revient pour nous sur ce livre, écrit en 2000 et réédité cette année à l'occasion du vingtième anniversaire de la tragédie. Propos recueillis par Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 20 mai 2014

«La honte d'avoir détourné le regard»

Comment vous, écrivain Sénégalais, avez-vous été amené à travailler sur le Rwanda ? Boubacar Boris Diop : C'est un couple d'amis, du Tchad et de Côte d'Ivoire, qui a demandé à une dizaine d'écrivains du continent africain de venir travailler à cette question dans le cadre d'une résidence, quatre ans après les faits. Ils ont considéré que ce qui s'était passé là-bas était évidemment très important et que les auteurs africains n'en avaient que peu parlé. Cela peut paraître assez étrange, mais je peux vous dire que vingt ans après, l'Afrique n'a pas encore vraiment compris le génocide des Tutsis. Alors imaginez ce que cela pouvait être en 1998, quand nous sommes allés au Rwanda pour faire ce travail. Il y avait autour de cela un très grand silence. Alors que cela a été quelque chose de colossal : 10 000 personnes ont été tuées chaque jour pendant trois mois. Pour nous, c'était une manière de dire que ce silence-là était irresponsable.   Quels ont été vos premiers sentiments et réactions en décou

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Le fond de l'AIR effraie

CONNAITRE | «La vérité est ailleurs». C'est ce que semble nous dire par sa puissance iconique la soucoupe volante qui survole l'affiche de la huitième édition des Assises (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 20 mai 2014

Le fond de l'AIR effraie

«La vérité est ailleurs». C'est ce que semble nous dire par sa puissance iconique la soucoupe volante qui survole l'affiche de la huitième édition des Assises Internationales du Roman, qui n'est pas sans rappeler le célèbre poster illustrant la maxime de la série culte X-Files. "Ailleurs" c'est ici aux Assises : les invités y sont autant de visiteurs de notre monde qui, depuis les véhicules fictionnels que sont les romans, observent en étrangers ou en protagonistes, ce qui le fait ou l'a fait. La dialectique romanesque est, malgré son infinité de formes, immuable et vieille comme le roman lui même : la sphère intime traverse l'universel, le vaisseau de la fiction transcende le réel. "La trahison", "La rupture amoureuse", "Les vies ordinaires" sont autant de banalités portant le masque de la tragédie, quand désir et deuil peuvent se muer en expérience métaphysique – "Être ou ne pas être" – moteur commun de l'individu et de l'humanité. Comme le dit Boubacar Boris Diop dans l'interview ci-contre : «le génocide est un désastre collectif, mais il est vécu par chacun dans

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Istanbul, son amour

CONNAITRE | Indissociable de sa ville, Istanbul, Orhan Pamuk, couronné du prix Nobel de littérature en 2006, est l’un des plus précieux invités des Assises Internationales du Roman qui débutent lundi. Esquisse de portrait. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 13 mai 2014

Istanbul, son amour

Dans le documentaire Arte qui lui est consacré (ainsi qu’à ses compatriotes Sema Kaygusu et Elif Shafak) et qui sera diffusé en avant-première aux Assises, Orhan Pamuk l’affirme sans détour : «Istanbul a déterminé ma personnalité, mon bonheur, ma tristesse». Le reste, est-on tenté de poursuivre, est littérature. Sa littérature. Qui est à ce point empreinte de la cité turque que l’un et l’autre sont désormais indissociables. Comme dans son fameux Istanbul, souvenirs d'une ville, roman quasi historique paru en 2003 – et traduit en français en 2007, dans la foulée de l’attribution du Nobel - où sa vie se mêle à celle de la ville, photos de famille et vieux clichés ou gravures inclus. Ses premiers pas, ses premiers émois, sa jeunesse dorée dans l’immeuble Pamuk d'un quartier résidentiel à l’ouest de Beyoglu et de la Tour de Galata y sont matières à sentir l’évolution de La Magnifique, de l’arrivée des pachas ottomans et de leurs grandes résidences sur les rives du Bosphore au XIXe siècle, à ses propres souvenirs d'enfant de la fin d'une civilisation passée «sous influence occidentale mais sans perdre

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Jouez avec la Villa Gillet et le Petit Bulletin : Mettez en musique vos romans préférés !

CONNAITRE | Pour tenter d’être publié dans le Petit Bulletin du 21 mai et de gagner des pass pour les AIR, des places de concert, des livres, de la musique...

Benjamin Mialot | Mardi 1 avril 2014

Jouez avec la Villa Gillet et le Petit Bulletin : Mettez en musique vos romans préférés !

Envoyez à jeu-concours@villagillet.net : 1. Le titre de votre roman favori et son auteur.2. La musique à laquelle vous associez ce roman (un album ou un simple titre) et le nom de l’artiste.3. En 500 signes, expliquez-nous pourquoi cette association ! Jeu gratuit sans obligation d’achat, valable du 1er avril au 21 mai 2014.   Règlement du concours d’écriture Article 1. OrganisationLa Villa Gillet, association loi 1901 dont le siège social est situé au 25 rue Chazière 69004 Lyon, et le Petit Bulletin, S.A.R.L dont le siège est situé au 16 rue du Garet, 69001 Lyon, co-organisent du 1er avril au 21 mai 2014 un concours d’écriture dans le cadre des Assises Internationales du Roman 2014. Article 2. ConsignesCiter le titre de son roman favori et son auteur, ainsi qu’une musique (un album, un titre, un extrait de chanson…) à laquelle peut s’associer ce roman. Proposer une explication personnelle, décalée et atypique de cette association dans un texte de 500 signes, espaces compris.

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Notre besoin de poésie

CONNAITRE | Parmi les nombreux auteurs invités cette année aux Assises Internationales du Roman, nous avons choisi de mettre en avant l’Islandais Jón Kalman Stefánsson. Parce qu’il écrit de forts beaux livres. Et parce que ses mots ne sont pas sacrifiés à un imaginaire stérile, mais forent et forgent les puissances du réel. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 25 mai 2013

Notre besoin de poésie

Jack London, Jules Verne, Alexandre Dumas, Herman Melville… Comme beaucoup de gosses, la littérature nous a pris, d’abord, dans les filets de ses grands espaces, de ses aventures, de ses personnages hauts en couleurs. Alors quand l’Islandais Jón Kalman Stefánsson nous embarque avec le capitaine Pétur et son équipage pour une longue partie de pêche à la morue, nous retombons en enfance ou presque. A tel point, qu’en un sursaut critique, nous nous demandons, au début du premier volume de sa trilogie dite du "gamin", si Entre ciel et terre n’est pas, au fond, destiné à un public adolescent. D’autant plus que Stefánsson use abondamment d’images naïves et n’hésite pas à nous plonger dans un lyrisme des plus étonnants pour un auteur du XXIe siècle. A ce propos, l’auteur répond dans une interview (Le Matricule des anges de janvier 2013) : «Je ne suis pas sûr que ce soit tellement osé : pour moi, c’est simplement normal, j’écris tout bonnement comme je pense, et comme je respire. Je crois aussi que la poésie habite beaucoup plus de lieux que ne le soupçonnent la plupart des gens, tout le m

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Chemin faisant

CONNAITRE | Elle a fixé dans son dernier livre des rendez-vous nomades et ça lui ressemble. Sylvie Germain (présente à la bibliothèque de Décines jeudi 30 mai et à l’hôpital (...)

Nadja Pobel | Jeudi 23 mai 2013

Chemin faisant

Elle a fixé dans son dernier livre des rendez-vous nomades et ça lui ressemble. Sylvie Germain (présente à la bibliothèque de Décines jeudi 30 mai et à l’hôpital Saint-Joseph Saint-Luc de Lyon 7e le lendemain) écrit depuis plus de trente ans et, en autant d’ouvrages parus, n’a cessé de semer des petits cailloux sur le chemin d’une littérature à fleur de peau. Ce qu’elle raconte a à voir avec la difficulté des êtres de se trouver, de faire leur place dans ce monde, inscrivant à l'occasion ces réflexions dans un cadre historique - Immensités narre les aventures de Prokop à Prague au moment de la chute du Rideau de fer, Jours de colère évoque la vie de Corvol dans le Morvan. Souvent ses personnages ont, comme elle, une foi qui les anime sans pour autant les dévorer. Sylvie Germain aime sonder ce mystère en veillant à ne jamais diaboliser et, surtout, à ne pas opposer les croyants et les sceptiques. La frontière est pour elle beaucoup plus ténue. Ce n’est d’ailleurs pas dans les cieux qu’elle ancre ses récits mais dans la matière tellurienne. Ses livres

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Du bon usage de la matière grise

CONNAITRE | Avant la Fête des Lumières, c'est fête des cerveaux sur Lyon et sa région avec la première édition de Mode d’emploi, festival dédié à la réflexion tous azimuts, avec des invités de toutes obédiences. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 16 novembre 2012

Du bon usage de la matière grise

Alors qu’on évoque souvent la gastronomie, le football et les lumignons high-tech pour résumer Lyon à grands traits, la ville (et plus largement la région Rhône-Alpes) serait-elle en passe de devenir aussi une capitale intellectuelle, quelques siècles après sa grande période humaniste ?  C’est en tout cas le pari que prennent les pouvoirs publics (Le Centre National du Livre, La Région et le Grand Lyon), la Villa Gillet et son hyperactif directeur Guy Walter (directeur par ailleurs des Subsistances et responsable des Assises Internationales du Roman) avec Mode d'Emploi. Un tout nouveau «festival des idées» qui s’étalera sur deux semaines, plusieurs villes et réunira moult invités pour des débats, rencontres, tables rondes… «L’idée, confie Guy Walter, est de redonner au débat intellectuel toute sa vigueur, surtout en ces temps de crise où se pose le problème crucial du vivre ensemble. On a vu avec les activités de la Villa Gillet que la demande de débat était très forte à Lyon». Quelques signes épars confirment la montée en puissance de la ville dans le domaine de la production de savoir : l’arrivée pas si ancienne que cela de l'ENS (Ecole Norma

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Jeu-concours AIR 2012 : le gagnant !

CONNAITRE | Marginalisation Les moines enlumineurs ont traversé le Moyen-Age dans les clous, pour la plupart d'entre eux. Leurs plumes et leurs pinceaux (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 31 mai 2012

Jeu-concours AIR 2012 : le gagnant !

Marginalisation Les moines enlumineurs ont traversé le Moyen-Age dans les clous, pour la plupart d'entre eux. Leurs plumes et leurs pinceaux garnissaient de pigments adéquats des contours approuvés. Sans qu'il y eut besoin de les menacer de châtiments (l'Inquisition chapeautait le tout) ou d'une radiation de l'OCC (Ordre des Copistes Certifiés), ils s'appliquaient une sorte d'auto-censure. On représentait toujours les prophètes et les apôtres dans des poses hiératiques. L'auréole devait s'insérer derrière les têtes en position d'angle d'éclipse (disque visible : 75%). Il y avait un code de déontologie, non dit mais bien su, qui réglait le ballet des graphistes. Mais des rebelles s'en affranchirent. Ils mirent au point une technique particulière de représentation, les formes s'enchevêtrant dans le corps des majuscules. L'image complète se révélait dans la transparence des feuillets rétro-éclairés par une cire de graisse de jeune shetland. Les strates empilées, dans la marge, constituaient leur œuvre clandestine, repérable par les rares initiés. L'iconographie médiévale retient surtout le bras d'honneur («bracem honoris») du fils prodigue

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Assises Internationales du Roman 2012, notre sélection

CONNAITRE | Jeudi 31 mai à 19h aux Subsistances Table ronde : Les marginaux / Les exclusVies en rupture et à la marge traitées avec réalisme et humour par Nick Flynn, (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 31 mai 2012

Assises Internationales du Roman 2012, notre sélection

Jeudi 31 mai à 19h aux Subsistances Table ronde : Les marginaux / Les exclusVies en rupture et à la marge traitées avec réalisme et humour par Nick Flynn, Zakhar Prilepine, Charles Robinson et Mansour El Souwaim, quatre auteurs aux styles très différents pour autant de visions du monde invisible des «bas-fonds».   Vendredi 1er juin à 19h30 aux Subsistances Table ronde : Donner la parole aux autresAux côtés de Jean Hatzfeld et de Luis Sepúlveda, Frederick Wiseman, l’immense documentariste américain, expliquera comment ses films, sans question ni commentaire, donnent la parole, mais aussi l’image, aux autres…   Samedi 2 juin à 20 h 30 aux Subsistances Table ronde : Où sont les femmes ?Alors qu’il est sans arrêt question de parité en politique, quelle est aujourd’hui la place des femmes dans un paysage littéraire toujours fortement masculin ? Laure Adler, Ananda Devi

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Trois voix incontournables

CONNAITRE | Parmi les 80 invités des Assises internationales du roman, l’écrivain Peter Nadas, le cinéaste Frederick Wiseman et le linguiste Jean-Claude Milner seront sans doute, au regard de leurs œuvres «décapantes», parmi les plus passionnants à entendre. Trois exemples représentatifs aussi de l’ouverture des Assises à différentes disciplines et formes d’écriture. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 24 mai 2012

Trois voix incontournables

«En même temps, il eut comme l’impression de percevoir je ne sais quelles autres voix dans ce grand espace sombre sans issue. Les voix affleuraient, se frayaient un chemin entre les accords et les sons qu’égrenait la musique. Jamais auparavant il n’avait observé à quel point les histoires, les pensées et les sentiments les plus divers ou les plus singuliers s’entrecroisent et se déroulent à vrai dire en parallèle, concomitants les uns aux autres», lit-on sous la plume du Hongrois Péter Nadas. Ses Histoires parallèles, livre somme (1100 pages, 18 ans d’écriture) et à tous points de vue «énorme», tissent elles-aussi, au-dessus des abysses du sens et du monde (de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, à travers l’Europe), des récits, des sensations, des affects, des pensées et des paroles de multiples personnages. Des odeurs du prépuce d’Agost, traducteur pour une agence d’Etat dans la Hongrie des années 1960, à l’assassinat d’un soldat allemand pendant la guerre, d’une scène hilarante où, dans une boutique, un jeune étudiant berlinois en 1989 se prend d’intérêt pour les strings, à un huis clos dans un taxi où une femme et sa belle-fille se découvrent des attiran

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En pratique

CONNAITRE | Quand ?Les Assises du Roman ont débuté lundi 23 mai. Elles se poursuivent jusqu’au dimanche 29 mai. Où ?La plupart des rencontres et des tables rondes se (...)

Dorotée Aznar | Lundi 23 mai 2011

En pratique

Quand ?Les Assises du Roman ont débuté lundi 23 mai. Elles se poursuivent jusqu’au dimanche 29 mai. Où ?La plupart des rencontres et des tables rondes se déroulent aux Subsistances (8 bis quai Saint-Vincent, Lyon 1er). Cependant, d’autres événements se déroulent dans des bibliothèques, des libraires, au Musée des Beaux-Arts de Lyon… L’agenda complet est consultable en page 11 du journal. Combien ?L’entrée Les séances payantes (comme les tables rondes) sont proposées au tarif unique de cinq euros. Des rencontres gratuites sont également proposées pendant toute la durée du festival. Comment ? La clôture des réservations se fait la veille au soir de chaque rencontre. Il est possible de réserver par téléphone au 04 78 39 10 02.

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Ouvrir le roman

CONNAITRE | Les 5e Assises Internationales du Roman réunissent à Lyon de nombreux écrivains, mais aussi des essayistes, des philosophes, des scientifiques et même... des scénaristes de séries TV. Pour interroger l'écriture et la pensée contemporaines, et les rapports réciproques entre fiction et réalité. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 20 mai 2011

Ouvrir le roman

«Roman et réalité», «Le roman : hors frontières», «Le roman : tout dire ?»... Telles étaient quelques-unes des thématiques des premières Assises Internationales du Roman. Si l'édition 2011 ne porte plus de titre générique, l'esprit de la manifestation demeure le même : interroger la capacité de la littérature à affecter et à être affectée par le réel, l'actualité, les grandes questions du monde contemporain. La table-ronde intitulée «La mondialisation : vertige du temps et de l'espace» est en cela assez emblématique. Elle réunira le physicien Étienne Klein auteur du passionnant Discours sur l'origine de l'univers, le philosophe et sociologue allemand Hartmut Rosa qui, à l'instar d'un Paul Virilio, étudie les conséquences sociales et politiques de la notion d'accélération et de vitesse, et l'écrivain française Maylis de Kerangal. Celle-ci a signé dernièrement un puissant roman-monde, "Naissance d'un pont", dans la veine de la grande littérature américaine. À travers un chantier de pont autoroutier devant relier une ville ultra-moderne à une rive plus sauvage et forestière, l'auteur embrasse les existences d'une foule de personnages, des luttes de pouvoir triviales, des

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Nouvel AIR

CONNAITRE | Jusqu’au 30 mai, la quatrième édition des Assises Internationales du Roman se tiendra de nouveau aux Subsistances avec une cinquantaine d’écrivains venus des quatre coins du monde. Tour d’horizon du festival. Yann Nicol

Dorotée Aznar | Mercredi 19 mai 2010

Nouvel AIR

Pour la quatrième année consécutive, La Villa Gillet et Le Monde organisent les Assises Internationales du Roman, un rendez-vous dont la majeure partie se déroulera sur le site des Subsistances (avec des lectures, également, dans les bibliothèques et les librairies de la région), en compagnie d’une cinquantaine de romanciers internationaux, autour d’un thème, «Le Roman : tout dire ?» qui induit l’universalité et la portée d’un genre protéiforme, multiple, qui trouve des déclinaisons dans l’ensemble des pays et des cultures du monde. Ainsi, en plus de quelques écrivains français (Laurent Mauvignier, Geneviève Brisac ou Michèle Lesbre) les invités de ces Assises seront Européens (le Portugais Gonçalo M. Tavares, l’Espagnol Julian Rios, l’Irlandaise Anne Enright…), Africains (l’Algérien Boualem Sansal, la Nigérianne Sefi Atta, le Sud-Africain Ivan Vladislavic), Russes (Vladimir Sorokine, Leonid Guirchovitch) ou Américains, avec la présence du grand Richard Powers, mais aussi de James Frey ou Norman Rush. Avec, en prime, la possibilité de découvrir des auteurs et des littératures plus méconnues grâce à la présence, par exemple, du Chinois Yan Lianke, du Libanais Rabih Alameddine ou de

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Le b.a.ba des Assises

CONNAITRE | Parutions / Comme chaque année, les Assises Internationales du Roman proposent deux parutions pour «encadrer» le festival. L’une, à l’automne, réunira dans (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 19 mai 2010

Le b.a.ba des Assises

Parutions / Comme chaque année, les Assises Internationales du Roman proposent deux parutions pour «encadrer» le festival. L’une, à l’automne, réunira dans Les Actes des Assises l’ensemble des tables rondes et entretiens qui se déroulent pendant la semaine. L’autre, en librairies depuis le 14 mai, et titrée Lexique Nomade, réunit les textes de la majorité des auteurs invités sous la forme d’un abécédaire où chacun choisit un mot susceptible d’introduire (et d’éclairer) son œuvre romanesque. De l’hommage à un écrivain disparu (c’est le cas de Geneviève Brisac avec Salinger) à sa propre vision de l’acte d’écriture (Martin Page avec le mot «écrivain» et Emmanuel Carrère avec le mot «ruse») en passant par le rapport au lecteur (James Frey et le «transport») ou la quête des origines (Leonid Guirchovitch, dans son très beau papier sur «Leningrad»), ces textes sont autant une introduction à leurs œuvres qu’une clé pour déchiffrer leurs intentions et leur positionnement en tant qu’auteur. Des textes qui, bien souvent, disent l’inadéquation au monde, l’urgence de le décrypter et de le mettre en scène dans l’écriture. C’est ainsi le cas du Libano-Américain Rabih Alameddine, qui propose une v

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Les règles du je

MUSIQUES | Table ronde / L’une des tables rondes les plus alléchantes de la semaine est sans aucun doute celle qui sera consacrée à la question du «je» dans l’écriture (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 19 mai 2010

Les règles du je

Table ronde / L’une des tables rondes les plus alléchantes de la semaine est sans aucun doute celle qui sera consacrée à la question du «je» dans l’écriture romanesque. D’abord parce qu’elle devrait permettre de dégager les principaux enjeux d’un choix narratif qui n’est pas forcément synonyme d’écriture de soi ou d’autofiction. Ensuite parce qu’elle réunit un plateau d’écrivains qui ont, chacun à leur manière, affirmé une voix et un style particulièrement singuliers. C’est le cas de la Nigériane Seffi Atta, dont le premier roman nous menait sur les traces d’une jeune fille pris dans la tourmente de l’histoire nigériane de la fin du XXe siècle. Un regard sur l’Afrique contemporaine que l’on retrouve dans deux des romans les plus importants de l’Américain Norman Rush (Accouplement et De simples mortels) à travers la mise en scène, là aussi, de destins individuels percutés par l’histoire avec un grand H. Ces deux auteurs seront accompagnés de deux écrivains que l’on aime beaucoup, le Français Laurent Mauvignier et l’Espagnol Julián Ríos. Le premier, que l’on suit avec beaucoup d’intérêt depuis son premier roman, Loin d’eux, paru en 1999, nous a impressionnés avec son magnifique Des h

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«Un pôle d’énergie»

CONNAITRE | Entretien / Guy Walter, directeur de la Villa Gillet, présente la troisième édition des Assises Internationales du Roman. Premier bilan et premières évolutions. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Vendredi 22 mai 2009

«Un pôle d’énergie»

Petit Bulletin : Pouvez-vous dresser un bilan des deux premières éditions, notamment concernant le nombre de spectateurs accueillis ?Guy Walter : Nous attirons énormément de monde mais nous veillons à ne pas quitter le territoire de la réflexion commune. Il y a une jauge, qui est celle des Subsistances et nous ne souhaitons pas aller au-delà. N’y voyez aucun jugement de valeur, mais nous ne sommes ni un festival, ni un salon du livre. Le public a d’ailleurs compris notre logique et réserve ses places d’avantage en fonction d’un thème qu’en raison de la présence d’une star. Cette année, le programme s’est enrichi, notamment en direction du jeune public ou avec des rendez-vous comme les Fous du soir, pourquoi ?Lors des premières éditions, nous avons constaté qu’à la fin des Assises, il restait toujours sur le site une centaine de personnes qui prenaient plaisir à échanger, à débattre. Les Fous du soir permettent de se réunir tard le soir dans un lieu magnifique (le restaurant des Subsistances) pour un moment convivial et pointu. Quant au jeune public, il s’agit pour nous d’éveiller chez les jeunes les lecteurs qu’ils sont et ce, quel que soit leur âge. L

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Livres ouverts

CONNAITRE | Événement / La troisième édition des Assises Internationales du Roman auscultera de nouveau les enjeux de l’écriture romanesque contemporaine tout en proposant des détours par les sciences humaines ou la musique. Yann Nicol

Aurélien Martinez | Jeudi 21 mai 2009

Livres ouverts

Pour sa troisième édition, la Villa Gillet et Le Monde, coorganisateurs de l’événement, ont choisi d’apporter quelques retouches tout en conservant ce qui constitue le cœur des Assises Internationales du Roman, à savoir les nombreuses tables rondes thématiques en présence de romanciers français et internationaux. Des écrivains très reconnus, comme l’Israélien Aharon Appelfeld, l’Egyptien Gamal Ghitany ou le Britannique Hanif Kureishi côtoieront des plumes émergentes, telles l’Allemande Juli Zeh ou le Colombien Antonio Ungar, pour des discussions abordant des thèmes très divers. Parmi les tables rondes les plus alléchantes, on retiendra notamment les rencontres entre Hanif Kureishi, Siri Hustvedt et Michel Schneider autour des livres dont le «psychanalyste est le héros», mais aussi celle qui réunira les très expérimentaux Véronique Ovaldé, Toby Litt, Sergi Pamies et Arnon Grunberg (son premier livre traduit en français, Le Messie Juif, était un véritable bijou d’impertinence et de drôlerie) autour des «déformations de la réalité». Mais il y aura aussi de quoi faire du côté de l’«enquête littéraire» (avec notamment le roman de Philippe Vasset consacré aux marchands d’armes), des «por

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Auteurs ! Auteurs !

CONNAITRE | Printemps des poètes, Fête du Livre de Bron, Quais du Polar, Assises Internationales du Roman… Petit inventaire des manifestations littéraires à ne pas manquer lors du premier semestre 2009. YN

Aurélien Martinez | Vendredi 19 décembre 2008

Auteurs ! Auteurs !

On ne saurait trop conseiller aux amateurs de littérature de mettre une croix dans leur agenda sur l’ensemble du mois de mars tant celui-ci s’annonce dense en rendez-vous passionnants. Du 2 au 15 mars, ce sera la 11e édition du Printemps des poètes, dont le thème sera «En rire(s)». Une quinzaine de jours où la poésie envahira la ville, avec une attention particulière autour de l’œuvre de Jean Tardieu. Parmi les nouveautés de l’année, notons la mise en place d’un concours du poème chanté avec un jury présidé par Matthieu Chédid, tandis que l’on retrouvera comme toujours une multitude de poètes (dont Hédi Kaddour, Thierry Renard, Annie Salager) pour des interventions de tous types (lectures, performances, théâtre…). Il y aura, ensuite, la 23e édition de la Fête du Livre de Bron, qui reprend ses habitudes abandonnées l’an dernier avec une manifestation qui se tiendra du 6 au 8 mars, comme toujours à l’Hippodrome de Parilly. «En Quête d’Ailleurs» est le fil rouge d’un week-end dans lequel on retrouvera des écrivains français et étrangers dans des tables rondes, des débats, des lectures autour des questions du déplacement, de l’exil, de l’appartenance et de cet ailleurs impossibl

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Romans sur parole

CONNAITRE | Lectures / Comme l'année précédente, les Assises seront aussi l'occasion d'assister à des lectures publiques en présence des auteurs eux-mêmes ou de comédiens (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 28 mai 2008

Romans sur parole

Lectures / Comme l'année précédente, les Assises seront aussi l'occasion d'assister à des lectures publiques en présence des auteurs eux-mêmes ou de comédiens reconnus. Outre Elsa Zylberstein, Louis Garrel, Emma De Caunes et Irène Jacob, deux autres acteurs prêteront leurs voix à des textes dont les auteurs furent autant remarqués par leur talent que par leur engagement : Émile Zola et Susan Sontag. C'est l'énigmatique et flamboyant Guillaume Depardieu qui nous permettra, le samedi 31 mai à 23 heures, de (re)découvrir le fameux J'accuse de Zola, paru à la une de L'Aurore le 13 janvier 1898 en réaction à l'acquittement d'Estherazy et au refus de réviser le procès du capitaine Alfred Dreyfus, condamné à tort pour espionnage et trahison. Si tout le monde connaît le titre du réquisitoire de Zola, le texte reste assez peu lu. On est certain que Depardieu fils parviendra à rendre à la lettre son importance idéologique et politique, ainsi que sa formidable force stylistique... Quant à Susan Sontag, qui fut elle aussi une auteure militante tout au long de sa vie, on la retrouvera grâce à la lecture, par l'immense Michel Piccoli, des extraits de son roman En Amérique, qui ava

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La République des lettres

CONNAITRE | Pour sa deuxième édition, les Assises Internationales du Roman se dérouleront du 26 mai au 1er juin avec près de 90 écrivains et critiques venus des quatre coins de la planète pour décortiquer les enjeux de l'art romanesque. Un rendez-vous littéraire sans équivalent ! Yann Nicol

Dorotée Aznar | Mercredi 28 mai 2008

La République des lettres

La Villa Gillet et Le Monde s'unissent à nouveau pour proposer au public lyonnais un événement de très grande ampleur autour de la littérature et de son genre le plus répandu et le plus lu : le roman. Intitulée «Le roman, quelle invention !», la présente édition aura à nouveau pour but de comprendre les multiples enjeux d'un genre dont on a maintes fois annoncé la mort, et qui ne cesse de prospérer et de se renouveler. Le rôle du roman varie-t-il en fonction des origines géographiques ? Quelles sont les évolutions narratives permettant de rendre compte du réel et de la complexité du monde ? En quoi les œuvres littéraires ont-elles une influence sur les faits politiques et sociétaux ? Y a-t-il encore des choses à inventer sur des thèmes éternels et largement exploités ? Quel rapport existe-t-il entre réalité et fiction ? Quels sont les secrets et les énigmes inhérents à la construction d'une œuvre ? Autant de questions qui seront abordées sous la superbe verrière des Subsistances, avec une quinzaine de tables rondes proposant des angles de réflexion divers et variés. Pour chacune d'entre elles, on retrouvera quatre écrivains de nationalités et d'univers romanesques parfois très éloi

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