Le petit Syd

Jacco Gardner

Marché Gare

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Très tôt barré dans les late 60's triomphantes, gonflées de psychédélisme et gonflées tout court, nourri de ces disques révolutionnaires qui ont changé la face de la pop, le néerlandais Jacco Gardner apparaît tout autant comme le fantôme d'une époque révolue que comme son descendant prodigue. Stéphane Duchêne

On sait qu'une fois que Syd Barrett eut fermé la porte de sa chambre, plus rien ne fut jamais comme avant. Cerveau grillé, âme abductée, corps camisolé dans un bad trip éternel, inspiration évaporée. Si seulement quelqu’un lui avait ouvert cette porte derrière laquelle il s’était condamné. C'est arrivé quarante ans plus tard, en la personne du Néerlandais Jacco Gardner, réapparu en lieu et place de l'Anglais cramé avec son album Cabinet of Curiosities. Comme après une aventure digne des frères Grimm, quête "cantique" et initiatique de plusieurs années passées à composer ce coup de maître.


Le type avoue s’être perdu dans le temps, du jour où il a écouté Barrett – qui aura donc été ironiquement son fournisseur de champignon magique – avant de se boulotter tout ce que les 60’s ont produit de meilleur. En chemin, il aurait croisé tous les génies qui ont fait de l'année 1967 l'année zéro de la pop, le point de départ d'un ruban de Moebius qui toujours ramènerait, en guise de morale, aux mêmes chefs-d’œuvre : Barrett donc (See Emily Play), Floyd (Piper at the Gates of Dawn), Beatles (Sgt Pepper), Kinks (Something Else), Beach Boys (Smiley Smile), Zombies (Odessey & Oracle), Velvet & Nico, Buckley (Goodbye & Hello), Donovan (Mellow Yellow), Stones (Their Satanic Majesties’ Request), Love (Forever Changes), et une arrivée en la mystique West Coast de Sagittarius (Present Tense, sorti en 1968).


Old days

Tout cela sans sortir de son studio, saisi d’une sorte d’obsession d’alchimiste solitaire à chapeau de magicien. Comme dans les contes, les chansons de Jacco Gardner semblent avoir été enchantées, entre clavecin magique et flûtes (de Hamelin ?). Dès le premier morceau de cette pop de… chambre (forcément), on a droit à un petit musée des bonheurs 60’s, décliné ensuite tout au long d'un l’album dont la phrase «thinking about the old days again» pourrait être le mantra. Où le psychédélisme devient baroque et inversement.


On peut d’ailleurs se demander, via ce cousinage, si le baroque ne fut pas un psychédélisme avant l’heure, une histoire d’abandon spirituel, transformant la croyance en voyage mental et l’intercession en extase initiatique. Avec Cabinet of Curiosities, dont la pochette met en scène un chaperon rouge d’aujourd’hui (pas si) perdu dans une forêt enchanteresse, Gardner ouvre une fenêtre magique, vortex donnant sur un jardin extraordinaire ; invite l’auditeur sur The One Eyed King : «Open up the window to your mind / So I can look inside and lend a hand».


Main tendue qui n’est autre qu’une invitation à l’abandon, à l’au-delà («I will bury you» chante-t-il) et aux voyages au-delà des portes de la perception, aux termes desquels, là-aussi comme dans les contes, il y a toujours quelque chose à retenir, et dont les réminiscences sur l’inconscient sont indélébiles : «Time will tell what happens if the flowers disappear», assène Jacco sur Clear the Air. C’est le propre des fleurs, symboles du psychédélisme : elles refleurissent dans un cycle sans fin.

 

Jacco Gardner + Neils Children
Au Marché Gare, mardi 28 janvier

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