Black Coal

Black Coal
De Yi'nan Diao (Chi, 1h46) avec Fan Liao, Lun-mei Gwei...

Ours d’or au dernier festival de Berlin, ce polar signé Diao Yinan fait voler en éclats les idées reçues sur le cinéma chinois contemporain, auscultant avec les codes du film noir le moment où le pays bascule d’un communisme en fin de partie à un libéralisme triomphant. Christophe Chabert

De la mine à la chaîne où il est trié, on suit le parcours d’un tas de charbon dans lequel on va retrouver le reste d’un cadavre — un bras, exactement. L’alerte est donnée, la police débarque avec à sa tête un inspecteur taciturne et déprimé, dont on a assisté à la drôle de rupture sexuelle avec son épouse une scène auparavant. L’enquête suit son cours et emmène la brigade vers un salon de coiffure pour arrêter deux jeunes marginaux ayant un lien de parenté avec le défunt. À la faveur d’une gaffe qui serait burlesque si ses conséquences n’étaient aussi tragiques, l’interpellation se termine dans un bain de sang.

Avec cette séquence étonnante, où l’action semble se suspendre au diapason d’un cadre délibérément fixe laissant s'échapper brutalement une flambée de violence, Diao Yinan nous cueille littéralement à froid. On n’avait jamais vu ça dans le cinéma chinois contemporain, cette manière de s’approprier les codes du polar, les plonger dans la réalité la plus sordide du pays et les mettre en scène avec une forme de distance et d’ironie qui rappelle Kitano ou le thriller sud-coréen. Ce n’est que la première surprise de Black Coal.

Le charbon et la glace

Après cette tuerie et à la faveur d’une ellipse kubrickienne qui permet, en un raccord invisible, de franchir cinq années décisives pour la Chine contemporaine — du communisme rigide et moribond au libéralisme triomphant — Yinan fait repartir son récit sur de nouvelles bases : le flic est devenu un ouvrier minable et alcoolique, tandis que de nouveaux meurtres sont commis, mettant en cause la femme de la première victime. Le scénario pourra paraître un brin complexe à suivre — ce n’est pas vraiment le fort de Yinan — mais si on s’accroche un peu, on y trouvera une façon très astucieuse de recycler les grands thèmes du film noir : le faux coupable, la femme fatale, le flic amoureux de sa proie…

Mais c’est surtout par la manière dont il inscrit ces thèmes dans une réalité urbaine jamais vue — un lac transformé en patinoire nocturne, des barres d’immeubles décrépies, un dancing miteux, une grande roue dans un parc d’attraction désert — avant de les transcender par une mise en scène à la discrète virtuosité, que Yinan opère une révolution tranquille. À l’image d’une séquence finale ouvrant à de multiples interprétations, Black Coal dégage un horizon nouveau pour le cinéma chinois et révèle un cinéaste qu’il faudra suivre de très près.

Black coal
De Diao Yinan (Chine, 1h46) avec Liao Fan, Gwei Lun Mei…

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