Hippocrate

Hippocrate
De Thomas Lilti (Fr, 1h42) avec Vincent Lacoste, Reda Kateb…

Dans une séquence élégamment distanciée, les personnages d’Hippocrate, tous médecins ou infirmiers, internes, externes ou chefs de service, se retrouvent devant un poste de télé diffusant un épisode de Dr House, dont ils commentent les incohérences. Manière pour Thomas Lilti, lui-même médecin de formation, de marquer le fossé entre son approche, volontiers réaliste et dépourvue de toute tentation iconique, et celle des séries médicales américaines, en quête de héros bigger than life et d’intrigues à tiroirs.

Pourtant, la structure d’Hippocrate est bien celle, très américaine, d’un buddy movie : entre l’interne Benjamin, en stage dans le service de son père, maladroit et peu sûr de lui, et le médecin algérien "FFI" (Faisant Fonction d’Interne) Abdel, plus expérimenté et au diapason de la souffrance des patients, c’est un long processus de domestication, de malentendus et de fraternisation qui s’installe. Cette amitié complexe se noue autour de deux cas : celui d’un SDF alcoolique, mort suite à une négligence de Benjamin camouflée par sa hiérarchie, et celui d’une vieille dame en phase terminale d’un cancer, pour laquelle Abdel va outrepasser ses prérogatives, refusant l’acharnement thérapeutique.

C’est cette alliance entre la peinture quotidienne du milieu hospitalier français, avec ses dilemmes, ses conflits et ses impasses, et une envie de fiction très codifiée et identifiable qui confère au film son efficacité et son charme — en plus de son duo d’acteurs, Vincent Lacoste et Réda Kateb, si loin et si proches, tous deux excellents. Lilti, cependant, a plus de mal à donner corps aux thèmes secondaires qu’il aborde, les notations politiques sur les manques d’effectifs et les baisses de budget ou la relation d’atavisme qui relie Benjamin à son père. Le film est presque victime de sa légèreté, ainsi que d’une certaine timidité dans la mise en scène, qui n’ose jamais s’aventurer hors du pré carré naturaliste à la française — caméra à l’épaule, lumière neutre, refus de la stylisation.

Si Hippocrate se démarque de l’Amérique et ses Urgences romanesques à épisode, il pourrait tout à fait figurer un parfait pilote pour une très bonne série hexagonale qui montrerait, enfin, l’hôpital comme il est — et non comme on le fantasme.

Christophe Chabert

Hippocrate
De Thomas Lilti (Fr, 1h43) avec Vincent Lacoste, Réda Kateb, Jacques Gamblin, Marianne Denicourt…

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