Savages

ECRANS | On espérait que, loin des pamphlets politiques et des fresques historiques qui ont fait sa gloire, Oliver Stone allait retrouver un peu d’efficacité et de modestie dans ce thriller narcotique sur fond de ménage à trois. Mais faute de choisir un ton, un style et un point de vue, son "Savages" est plus ridicule que distrayant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 26 septembre 2012

Photo : © Pathé Distribution


En introduction, la belle O (pour Ophelia, attention, référence !) raconte que ce n'est pas parce qu'elle nous explique l'histoire du film en voix-off qu'elle en est forcément sortie saine et sauve. Joignant le geste cinématographique à la parole, Oliver Stone bloque son ralenti en noir et blanc, rembobine le film telle une antique VHS et reprend le récit à son début. L'idée est excitante : désigner ses personnages comme de pures créatures de celluloïd, des images malléables que l'on brinquebale d'un bout à l'autre de l'intrigue et qui finissent par lui survivre. Cette plasticité est la marque du cinéma de Stone depuis Tueurs nés, même si on peut aussi constater qu'elle est ironiquement devenue le symbole de sa carrière récente, où une emphatique fiction patriotique (World trade center) voisine avec un sobre docu-drama à charge sur George W. Bush ou une suite paresseuse d'un de ses plus grands succès (Wall street : l'argent ne dort jamais).

Délivré de tout ce fatras politique pour le moins contradictoire, Savages se présente comme un divertissement mal peigné, genre qui avait plutôt bien réussi au cinéaste avec U-Turn. On y voit un ménage à trois formé par deux cultivateurs-dealers de cannabis, Chon, ancien de l'Irak et de l'Afghanistan, les muscles du trio ; Ben, tendance hipster écolo idéaliste, le cerveau et la sensibilité ; et au milieu, la fameuse O., fille de bourges devenue une adepte de l'amour libre et de la beuh joyeuse. Ce Jules et Jim californien parfumé aux vapeurs de chanvre est regardé par Stone avec un mélange de provocation à l'égard du puritanisme américain mais aussi avec une vraie tendresse, premier degré inattendu qui laisse augurer le meilleur quand le thriller va se mettre en marche.

À moitié Stone

Or, dès que débarquent dans la fiction les bad guys du récit, tueurs mexicains appartenant à un cartel de la drogue aux pratiques barbares, Savages souffre immédiatement d'un fatal mélange de ton. Benicio Del Toro et Salma Hayek ont visiblement eu carte blanche pour s'amuser à composer des personnages à la cruauté cartoonesque, et ne se privent pas pour le faire savoir au spectateur. Moustache de mariachi pour Del Toro, longue perruque noire de geais pour Hayek, et surtout concours de regards torves et de sourires machiavéliques qui déplacent l'enjeu vers un second degré dont on se demande jusqu'à quel point il est assumé. D'autant plus qu'en face, Kitsch, Taylor-Johnson et Lively gardent un sérieux papal, comme si les deux parties ne jouaient pas dans le même film. C'est regrettable, surtout que Stone semble vouloir dire des choses sur la frontière trouble entre le bien et le mal, entre la loi et le crime, notamment via le personnage d'agent ripou joué par Travolta, qui fait la navette entre les deux univers.

Savages souffre ainsi de ce côté cul entre deux chaises : pas très palpitant si on choisit de s'y amuser, peu subtil si on décide de le regarder comme une œuvre adulte. Le point culminant de cet entre-deux est atteint durant le climax, qui choisit sciemment de ne pas choisir, tentant maladroitement de boucler la boucle (tout cela n'est que de l'image, tout cela n'est que de la fiction) mais révélant surtout un Oliver Stone extrêmement prudent, incapable d'aller au bout de ses idées et de son propos. Un bel exemple reste cette escouade de jeunes vétérans de la guerre en Irak devenus mercenaires après leur retour à la vie civile. Il y avait là de quoi creuser sur le rapport entre mensonge d'état et recrudescence de la criminalité armée ; mais le film ne développe aucune de ses silhouettes, simples figurants utiles au récit.

La mise en scène ne sait pas non plus à quel saint se vouer, le jeu sur les formats et les textures n'étant qu'un gadget revenant à intervalles réguliers pour mettre un peu de fantaisie dans un film au demeurant plutôt sage. Enfin, si Stone s'avère peu avare sur la violence, il est incroyablement chaste dans sa représentation de la sexualité, sachant très exactement où il doit s'arrêter pour préserver l'image de ses star(lette)s. Étrange sensation, tout de même : une semaine après un Jason Bourne inepte, Savages semble toucher par le même mal. Ce qui aurait pu être des séries B sèches et efficaces et concentrées sur leur récit se perdent en fausses ambitions, complexités de surface qui débouchent sur des films obèses et ennuyeux de près de 2h20. Entre surenchère et déflation, c'est la crise à Hollywood.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"The Wall" : À l’abri de rien

Le Film de la Semaine | Un soldat étasunien derrière un mur, un sniper irakien de l’autre côté. Doug Liman revisite le duel au soleil cher au western dans ce huis clos en plein air aux accents beckettiens, qui n’hésite pas à renverser certains paradigmes ordinaires. Une tragédie, et un film politique.

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

2007, fin de la guerre en Irak. Deux sergents étasuniens appelés en renfort sur un chantier découvrent les corps des ouvriers abattus par un sniper, lequel les prend aussitôt pour cible. Si l’un des militaires est touché, l’autre bien que blessé s’abrite derrière un mur de fortune. Et se fait aborder, voire confesser via sa radio par son assaillant… Décidément, Doug Liman confirme qu’il ne peut s’attaquer à un genre sans essayer de l’hybrider avec un autre — souvenez-vous de son ludique Edge of Tomorrow (2014), en oubliant son Mr. & Mrs. Smith (2005). The Wall opère à présent la rencontre assez inouïe entre un film de guerre US traditionnel (impacts traversant l’écran, gros plan sur genou en bouillie, “continuez-sans-moi-les-gars” etc. ) et une pièce de théâtre absurdo-métaphysique ; un mariage où le verbe et la station prennent le pas sur le bruit brut et l’action. Et cette inversion des perspectives n’est pas isolée. Sans bri

Continuer à lire

"Snowden" : pleurez, vous êtes fliqués

ECRANS | Suivant à la trace Laura Poitras (Citizenfour, Oscar du documentaire), Oliver Stone s’intéresse à son tour au lanceur d’alerte Edward Snowden, et raconte son combat souterrain contre la NSA, en l’accommodant façon film d’espionnage. Didactique, classique, mais efficace.

Vincent Raymond | Lundi 31 octobre 2016

Affecté aux services de renseignements des États-Unis, un informaticien brillant et patriote, découvre avec stupeur que les grosses compagnies liées aux télécommunications collectent et transmettent les données privées de leurs utilisateurs sans leur consentement. Ulcéré, il décide de dénoncer publiquement cet espionnage général infondé. Quitte à renoncer à sa liberté. Guerres, terrorisme, biopics de stars ou de personnalité politiques… Pareil à nombre de ses confrères, Oliver Stone a signé la majorité de ses films en réaction à des événements ayant dramatiquement marqué l’histoire immédiate et/ou la société américaine. Parallèlement, à chaque fois qu’il s’est octroyé une escapade vers une autre “contrée“, il a donné l’impression de tourner un film par défaut, n’ayant pas eu à se mettre devant la caméra de sujet plus conforme à ses attentes — en témoignent le péplum Alexander (2004) et même la suite de Wall Street, L’Argent ne dort jamais (2010). Contrôles : halte + sup ! Sno

Continuer à lire

A perfect day (un jour comme un autre)

ECRANS | de Fernando León de Aranoa (Esp, 1h46) avec Benicio Del Toro, Tim Robbins, Mélanie Thierry…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

A perfect day (un jour comme un autre)

Une situation de guerre absurde, une équipe d’intervention des Nations Unies, des humanitaires parlant dans toutes les langues et ne se comprenant pas… Toutes les conditions sont réunies pour mettre sur pied un europudding des familles, dans l’esprit du No Man’s Land de Danis Tanović ; une de ces comédies concernées à visée universaliste qui parfois montent comme un soufflé à la faveur d’un festival, et retombent dans les limbes une fois l’astuce (ou la supercherie) dévoilée. Pas de chance pour Fernando León de Aranoa, ça n’a pas pris. Un court-métrage bien senti aurait été plus efficace pour montrer la bêtise au front de taureau des administrations internationales. VR

Continuer à lire

Savages et indomptables

MUSIQUES | Voilà un gang qui a su se construire une image. En mode abrasif, noir et peu souriant, Savages ne cherche pas l’adhésion par la caresse, lui préférant une (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 24 février 2016

Savages et indomptables

Voilà un gang qui a su se construire une image. En mode abrasif, noir et peu souriant, Savages ne cherche pas l’adhésion par la caresse, lui préférant une sèche autorité que les photos du groupe - quasiment jamais un sourire, noir & blanc de rigueur, décor minimaliste, noir majeur - imposent d’emblée, avant même toute écoute. En partie shootées à leurs débuts par Hedi Slimane (qu’elles ne connaissaient pas), ces quatre londoniennes ne sont pas qu’esthétique et parachèvent cette construction par un son du même acabit : sombre comme du Joy Division, doté du groove sec d’Au Pairs dont elles partagent le goût pour la ligne de basse hypnotique, elles invoquent en filigrane cette Angleterre du début des années 80 sans laisser planer le moindre doute sur une éventuelle idée de revival. Savages est bien un groupe du présent, dégageant une tension malsaine, révoltée (le poing de la cover d’Adore Life, leur second effort tout juste paru sur Matador, la cover du Dream Baby Dream de Suicide) et sans concession aucune. La production du disque, aussi glaciale que certaines de leurs interviews (Rock&Folk, si tu nous entends…) est assurée par Johnny

Continuer à lire

Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

MUSIQUES | Entre Polna, Neil Young, les Insus et même le retour du plus si jeune Jon Spencer (porté pâle au printemps), les aînés seront là en force en 2016. Mais la jeune garde veille et ne s'en laissera pas compter.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

Jon Spencer aime tellement nos panoramas de rentrée – il en a déjà fait la Une – qu'il parvient même à y figurer deux fois par an. On l'annonçait en septembre dernier, voilà qu'on le réannonce pour le 6 mars à l'Épicerie Moderne. Avec bonheur, puisque si nous le faisons, c'est que le trio du New-yorkais avait dû annuler à la dernière minute cet automne pour raisons de santé. Tout va mieux, donc tout va bien, et cela indique peut-être que cette année 2016 sera légèrement moins pénible que la précédente – raccrochons-nous aux branches, tant qu'il y a encore des arbres. Or des branches, même vieilles, il se trouve qu'il en repousse, en témoigne une tripotée de reformations plus ou moins récentes de groupes plus ou moins relous à l'oreille (Louise Attaque au Transbo le 29 mars, Elmer Food Beat au CCO le 6 avril) dont la palme revient bien sûr aux Insus, soit Téléphone sans fille (n'y allez pas, c'est complet) – rayon nostalgie de jeunesse, on préférera de loin se consacrer à Nada Surf, qui ne s'est jamais déformé, le 26 avril à l'Epicerie. Ah, tiens on allait oublier Polnareff

Continuer à lire

L'état Savages

MUSIQUES | N’était leur post-punk oeuvrant avec la détermination et la violence d’une voiture bélier dans la vitrine de la boutique de luxe du rock mondial, les quatre (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 17 octobre 2013

L'état Savages

N’était leur post-punk oeuvrant avec la détermination et la violence d’une voiture bélier dans la vitrine de la boutique de luxe du rock mondial, les quatre filles de Savages pourraient être une publicité vivante pour la diversité. La diversité tout court : basé à Londres, le groupe comprend une française, Jehn, de John & Jehn, une bassiste d’origine turque et deux Anglaises (sans le continent). La diversité musicale aussi, puisque les bagages musicaux de ces quatre-là ne sont au départ guère raccords : pop pour l'une, furieusement hardcore pour une autre et drum’n’bass pour une batteuse qui ne vient même carrément pas de la musique. Sauf qu'au final, elles ne font qu'un. Et plutôt que d'essayer de savoir comment ces quatre cavalières de l'apocalypse se sont rencontrées, on préfère simplement s'imaginer qu’elles ont dû se rentrer dedans, ont trouvé ça d’enfer et ont voulu remettre ça jusqu’à plus soif. Ou jusqu’à ce que leur gorge soit asséchée par les harangues punk. Leur premier single baptisé Husbands, on pourrait dès lors voir une sorte de pendant punk des énergumènes de Cassavetes : même manière

Continuer à lire

Le freak, c’est chic

MUSIQUES | Du freak, du fou, de la créature cramée, de l’inclassable, de l’incassable, du fragile, du fracassé, du fracassant, du marginal, du réfractaire, du réfracté, du revenant, du rêveur, du malade, du rageux, cet automne musical va en faire pleuvoir de partout. Du chelou comme à Gravelotte, qu’il va tomber. De belles tronches de vainqueur et des paluches pleines de talent, des noms à coucher dehors, du génie à la pelle, attaqué à la pioche. Ah, inquiétante étrangeté quand tu nous tiens ! Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Le freak, c’est chic

Comme pour toute saison, tout événement, tout lancement, il nous faut un parrain, un type dont la stature et l'aura donnent immédiatement le ton. C'est Florent Pagny en total look peau de zobi à la Star Academy ou Alain Delon tenant des propos contre-intelligents sur l’homosexualité dans C à vous. Car oui, souvent, on a affaire à un type qui peut partir en vrille à tout moment, se mettre à dire n'importe quoi, comme n'importe quel parrain dans n'importe quel événement familial, ou comme un parrain de la mafia un peu sur les nerfs. C'est très bien, ça fait parler. Nous aurions pu assez logiquement choisir le parrain rock Don Cavalli, d’origine italienne et d’aspiration amerloque, comme tout parrain qui se respecte, et dont Les Inrocks qualifient avec raison la production de «rock tordu et primitif», quelque part entre la sève de Johnny Cash et les débordements d’un Beck. Bref, l’éternelle histoire du type né au mauvais endroit au mauvais moment et qui s’en accommode par le voyage intérieur (sur son dernier disque il va même jusqu’en Asie). En plus, dans le civil,

Continuer à lire

Jimmy P.

ECRANS | Changement d’époque et de continent pour Arnaud Desplechin : dans l’Amérique des années 50, un ethnologue féru de psychanalyse tente de comprendre le mal-être d’un Indien taciturne. Beau film complexe, Jimmy P. marque une rupture douce dans l’œuvre de son cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 septembre 2013

Jimmy P.

Quelque part dans les plaines américaines au début des années 50 ; James Picard, Indien Blackfoot ayant combattu sur le front français durant la Deuxième Guerre mondiale, souffre depuis de vertiges et de malaises à répétition. Interné dans un hôpital, on diagnostique sa schizophrénie, sans toutefois trouver de lésions cérébrales. Les médecins décident de faire appel à l’ethnologue français Georges Devereux, spécialiste des tribus indiennes mais aussi adepte des méthodes freudiennes, qu’il entend appliquer pour éclaircir le cas Jimmy P. Le dépaysement que provoque le nouveau film d’Arnaud Desplechin tient autant à la transplantation de son cinéma dans un espace résolument en rupture avec ses films précédents, qu’à l’inflexion qu’il donne dès les premières images à sa mise en scène. Comme si la confrontation avec l’Amérique était aussi une confrontation avec le cinéma américain, Desplechin s’inscrit ici dans une lignée classique qui irait de Ford à Eastwood. Cette quête de fluidité et d’élégance peut dérouter au premier abord ; mais la recherche de la simplicité est un des enjeux narratifs de Jimmy P., et e

Continuer à lire

Wall street : l’argent ne dort jamais

ECRANS | Oliver Stone profite de la crise financière pour donner une suite à son "Wall street" de 1988, marquant ainsi le retour du trader machiavélique Gordon Gecko, pour un résultat anachronique, poussif et daté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 septembre 2010

Wall street : l’argent ne dort jamais

Ne ratez pas le début de ce nouveau "Wall street" signé Oliver Stone : il contient la meilleure scène du film. Michael Douglas, retrouvant son personnage de Gordon Gecko, sort de prison après y avoir purgé une peine de vingt ans. On lui rend ses effets personnels où figure un antique téléphone portable ressemblant à un gros talkie-walkie. Le monde a changé, nous dit Oliver Stone, mais en apparence seulement : la bourse, déjà folle en 88, est devenue complètement barge à la fin des années 2000, provoquant la catastrophe que l’on sait. Mais là où les traders arrogants d’hier étaient punis par la justice, ceux d’aujourd’hui, encore plus irresponsables, sont sauvés au nom de la préservation d’un modèle économique. Libre, Gecko devient alors une sorte de messie donnant des conférences pour expliquer le pourquoi de la crise, sur le mode du «j’ai changé», mais sans roulements d’épaules sous la veste. Gecko 2.0 Le monde a changé mais pas le cinéma d’Oliver Stone ; pire, il ne s’embarrasse plus d’avant-gardisme visuel ou de complexité scénaristique, se contentant d’un recyclage paresseux des ficelles du premier volet. Ainsi, Shia LaBeo

Continuer à lire

Che

ECRANS | Cinéma / Cette longue bio filmée de Che Guevara, présentée en deux parties, ressemble à une impasse : celle de son réalisateur, Steven Soderbergh, prisonnier d’un point de vue intenable face à son personnage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 18 décembre 2008

Che

Dans l’excellent bouquin de Peter Biskind Sexe, mensonges et Hollywood, Steven Soderbergh, à la recherche d’un film digne de son coup d’essai palmé à Cannes, s’exclame : «Depuis quand je suis formaliste ? Je n’étais pas comme ça, avant…» Cette confession revient en mémoire à la vision du Che. Pourtant, il s’est passé beaucoup de choses dans la carrière de Soderbergh depuis À fleur de peau (polar esthétisant et désincarné tourné en 1994). Sa rencontre avec George Clooney qui lui a ouvert les portes d’Hollywood ; la création de Section Eight, société de production tentant de revivifier le cinéma indépendant américain ; les oscars pour Erin Brockovich et Traffic ; les dollars avec la série des Ocean’s. Une carrière sinueuse qui, ces dernières années, a surtout conduit à des films indigents, à l’exception du remarquable Bubble tourné en HD pour trois sous avec des acteurs amateurs. Le Soderbergh formaliste a refait lentement surface, comme dans The Good German, copie creuse des films noirs des années 40. Avec ce biopic sur Che Guevara, on se disait que le cinéaste allait cette fois-ci trouver une matière, du sens et du souffle. Déception

Continuer à lire

W.

ECRANS | C’est l’histoire d’un plouc américain qui déteste bosser, mais aime picoler et draguer les filles. Pas de bol pour lui, ce redneck ordinaire a pour père un (...)

Christophe Chabert | Jeudi 23 octobre 2008

W.

C’est l’histoire d’un plouc américain qui déteste bosser, mais aime picoler et draguer les filles. Pas de bol pour lui, ce redneck ordinaire a pour père un politicien ambitieux qui deviendra président des États-Unis. Face à ce paternel qui le méprise et lui préfère son frère propre sur lui, un désir de revanche et de reconnaissance se développe, qui finira par influer dramatiquement sur le cours du monde. La thèse d’Oliver Stone sur George W. Bush peut paraître simpliste ; mais en ces temps de biopics tièdes et sans point de vue (Coluche, Mesrine), cela fait du bien de voir un cinéaste mouiller sa chemise, même si sa proie a déjà un sacré genou à terre ! Stone, dans un joyeux désordre chronologique, dresse un portrait de ce type qui représente un morceau d’Amérique que l’on ne peut négliger (celle des oisifs élevés dans le culte de la réussite et la haine de la culture) et qui a juste le tort de se retrouver au pire endroit et au pire moment. Josh Brolin, grand acteur, incarne à la perfection cet homme écartelé entre la rigidité des codes démocratiques et la grossièreté des mœurs texanes. W. se pose ainsi en tragi-comédie, avec des pointes de b

Continuer à lire

«Ne pas tirer sur l’ambulance»

ECRANS | Entretien / Oliver Stone, réalisateur de W. Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Jeudi 23 octobre 2008

«Ne pas tirer sur l’ambulance»

Mythologies«Bush est la personnalité politique la plus intéressante depuis JFK. Il a changé les règles du monde et de l’Amérique, renforcer le pouvoir exécutif à un point jamais atteint jusqu’ici… C’est aussi un personnage improbable, un fils prodigue qui retourne chez lui et qui ne s’avère pas si prodigue que ça ! Il y a aussi un côté Icare chez lui : il veut voler plus haut que son père et finit par se brûler les ailes. Ce mélange de mythologies est ce qui me semblait original dans l’approche de Stanley Weiser, l’auteur du scénario. Je n’avais pas besoin d’aller trop loin dans la critique de Bush, je me suis refusé d’utiliser des idées trop personnelles. Je ne voulais pas tirer sur l’ambulance». Simplicité«Faire simple est ce qu’on peut faire de mieux avec un sujet aussi controversé que George W. Bush. On a tourné vite et je faisais le montage pendant le tournage. Je ne suis plus très intéressé par les films à gros budgets avec des effets spéciaux. Il y en a beaucoup aujourd’hui, et ils se ressemblent tous. Ce n’est plus ma façon de faire du cinéma». Compassion«Avoir de la compassion p

Continuer à lire