Avant l'hiver

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

Photo : © UGC Distribution / Fabrizio Malteze


À défaut de convaincre, le troisième film de l'écrivain Philippe Claudel intrigue. Ce drame où un chirurgien du cerveau, marié à une femme qui passe ses journées à jardiner dans une grande demeure qu'elle appelle judicieusement une «cage de verre», s'obsède peu à peu pour une jeune et belle inconnue aux multiples visages ­— serveuse, étudiante, putain — dont il ne sait trop si elle complote contre lui ou si elle est simplement folle amoureuse, prend parfois des allures de thriller hitchcockien.

Du point de vue de sa mise en scène, le film, justement, a de l'allure. Claudel a un vrai sens du plan qui fait sens, méticuleusement composé et éclairé, et il parvient à faire entrer de l'inquiétude et de la mélancolie dans son récit par la seule force de l'image. En revanche, son passé littéraire refait surface dans les dialogues, incroyablement démonstratifs et sentencieux, où l'on sent plus le discours de l'auteur que la parole des personnages. Tout cela manque cruellement de santé, et même le mystère qui sous-tend toute l'intrigue finit par être trop clairement élucidé dans le dernier acte.

Ce manque de quotidienneté, rien ne le souligne plus que le choix malheureux de Daniel Auteuil dans le rôle du médecin déboussolé, prenant conscience de la vacuité de son existence trop "parfaite". Auteuil a cette fâcheuse tendance à perdre toute fantaisie lorsqu'il se retrouve à jouer des personnages dramatiques, comme s'il informait en permanence le spectateur du genre de film qu'il était en train de regarder. Pléonasme vivant affirmant une subtilité que pourtant il contribue à ruiner, l'acteur n'est pas pour rien dans le léger parfum d'académisme qui finit par se dégager d'Avant l'hiver, alors qu'on sentait au départ une ambition réelle de s'éloigner des fictions télévisuelles de ce type de cinéma français.

Christophe Chabert

Avant l'hiver
De Philippe Claudel (Fr, 1h42) avec Daniel Auteuil, Kristin Scott-Thomas, Leïla Bekhti…


Avant l'hiver

De Philippe Claudel (Fr, 1h42) avec Daniel Auteuil, Kristin Scott Thomas...

De Philippe Claudel (Fr, 1h42) avec Daniel Auteuil, Kristin Scott Thomas...

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Paul est un neurochirurgien de soixante ans. Quand on est marié à Lucie, le bonheur ne connaît jamais d’ombre. Mais un jour, des bouquets de roses commencent à être livrés anonymement chez eux au moment même où Lou, une jeune fille de vingt ans, ne cesse de croiser le chemin de Paul.


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Requiem pour un film : "Chanson Douce"

Drame | Un couple de trentenaires parisiens épanouis recherche la perle rare pour s’occuper de leurs deux enfants afin que la mère puisse reprendre son activité professionnelle. Leur choix s’arrête sur Louise, une quinquagénaire en tout point parfaite. Plus que parfaite, même. En apparence…

Vincent Raymond | Mardi 26 novembre 2019

Requiem pour un film :

De l’éternel gouffre séparant un livre de son adaptation cinématographique… Sous la plume de Leïla Slimani, Chanson douce fut un roman d’une épouvantable précision, menant avec une limpidité rigoureuse et clinique vers le dénouement macabre annoncé dès ses premières pages. Ni “objet“ littéraire surstylisé (bien que couronné par le Prix Goncourt), ni polar des familles, cette œuvre profonde et captivante rendait compte d’un faisceau de vérités sociologiques contemporaines — notamment que la précarité peut conduire de la déréliction à la névrose, l’inconsciente arrogance des privilégiés servant alors de catalyseur à une effroyable tragédie. Sur le papier, il y avait tout pour construire un thriller et faire vibrer l’écran. La distribution elle-même était prometteuse — mais ne l’était-elle pas trop ? Le rendez-vous s’avère manqué. Parce que Karin Viard est trop prévisible dans le rôle d’une nounou désaxée, que Leïla Bekhti et Antoine Reinartz se révèlent

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Tout est affaire de décors : "La Belle époque"

Romance | La soixantaine dépressive, méprisé par sa femme, Victor se voit proposer par un ami de son fils de vivre une expérience immersive dans des décors reconstituant l’époque de son choix. Victor choisit de replonger dans sa jeunesse, pile la semaine où il rencontra sa future épouse…

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Tout est affaire de décors :

Nicolas Bedos est-il un jeune vieux ? Si Monsieur & Madame Adelman avait dans son projet l’ambition encyclopédique d’embrasser une (double) vie, La Belle Époque — et bientôt OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire, semble-t-il — accréditent la thèse d’une nostalgie un peu paradoxale pour des années 1970 qu’il n’a pas connues. Se livrerait-on à la psychanalyse de comptoir (avec le personnage de Fanny Ardant, psy reconvertie dans le numérique, on se sent presque autorisé), qu’on y verrait comme un fantasme de résurrection de cette époque où son père, dont il est le clone, régnait au music-hall. Mais laissons cette hypothèse. À peine un « grand film malade » (pour reprendre le mot de Truffaut), plutôt un Leo McCarey mort-né, La Belle Époque agace parce qu’il tape à côté en gâchant une jolie idée. L’argument central, la “guérison amoureuse“ de Victor, se trouve en effet pollué par une sous-intrigue sentimentale déplaçant le centre de gravité vers l’égotique organisateur des reconstitutions — en clair, le metteur en

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Daniel Auteuil et "La Belle Époque" pour l’ouverture du Festival Lumière

Festival Lumière | C'est le film de Nicolas Bedos qui va ouvrir cette édition du Festival Lumière.

Vincent Raymond | Jeudi 10 octobre 2019

Daniel Auteuil et

Après son passage hors compétition sur la Croisette, et avant sa sortie le 6 novembre prochain sur tous les écrans hexagonaux — il avait bénéficié d’une sortie partielle en septembre lorsqu’il était en lice pour représenter la France à l’Oscar du Meilleur film étranger, après avoir fait partie de la sélection Cannes à Lyon en mai —, le deuxième film réalisé par Nicolas Bedos, La Belle Époque fera donc l’ouverture du 11e Festival Lumière ce samedi 12 octobre. Ce choix n’est qu’une demi-surprise : non seulement le film avait été annoncé dès le mois de juin parmi la programmation officielle du Festival dans le cadre de l’invitation à Daniel Auteuil, mais il était étrangement le seul sur la page de la manifestation à ne pas être doté d’informations précises quant au lieu ou à la date de sa projection. Enfin, et c’est un argument de poids, La Belle Époque se déroule dan

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Conte à pâte de velours : "La Fameuse invasion des ours en Sicile"

Animation - dès 6 ans | En ce temps où les ours et les humains vivaient en paix, le jeune Tonio, fils du roi des ours, se fit capturer par des chasseurs en Sicile. Aidé par un magicien, son père envahit la plaine des Hommes et remporta la victoire. Commença alors une cohabitation entre les deux espèces…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Conte à pâte de velours :

Depuis le temps que l’univers de Mattotti taquinait le cinéma, il fallait bien qu’il franchisse pleinement le pas ; cela aura été par l’entremise d’un roman du génial Dino Buzatti. De par sa structure de conte, cette histoire se prêtait à ses somptueuses fantaisies graphiques (aplats texturés, couleurs chaudes, formes stylisées…) comme aux extensions lui étant ici offertes. En somme, le film accomplit un double travail “d’enluminure“ du texte original en proposant d’une part l’adaptation visuelle par Mattotti et en développant de l’autre le propos philosophique par un enchâssement de récits — lequel fait également écho à la tradition orale du conte. Au scénario, si l’on n’est guère étonné de trouver la présence de Fromental, grand habitué de la transposition de la BD à l’écran — l’homme appartient aux deux mondes —, on se réjouit de découvrir que Thomas Bidegain, brillant auteur et habile cinéaste, a non seulement contribué à l’écriture, mais aussi prêté sa voix à l’un des personnages. Ce faisant, il côtoie au générique son aîné Jean-Claude Carrière, dessinan

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Éloge du sur-place en marche arrière : "Qui m'aime me suive !"

Comédie | De José Alcala (Fr, 1h30) avec Daniel Auteuil, Catherine Frot, Bernard Le Coq…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Éloge du sur-place en marche arrière :

Parce que son grincheux de mari Gilbert s’obstine à conserver son garage, qu’il est fâché avec leur fille depuis qu’elle a convolé, qu’ils sont fauchés, que son voisin et amant a déménagé, Simone quitte le foyer. Pile le jour où le petit-fils débarque. Gilbert, affolé, part à ses trousses. Courses-poursuites poussives, septuagénaires s’escrimant à paraître dix ans de moins, surjeu outré généralisé, accumulation d’enjeux dramatiques éventés évoquant un tout-à-l’égout de pitchs scénaristiques… Est-il bien raisonnable, à l’heure où les plateformes de vidéo en ligne prennent d’assaut le secteur cinématographique, que les salles soient les récipiendaires de médiocrités aussi ineptes ? Même le petit écran, qui jadis leur permettait de trouver une incarnation dans le format téléfilm, semble avoir jeté l’éponge. À raison : un tel objet aurait raison de la meilleure indulgence — pardon, audience. ll y a quelque chose de pathétique à observer des acteurs estimables se livrer à un concours de cabotinage pour tenter de donner quelque intérêt à une comédie. Surtout lorsque leur carrière peut

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Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Amoureux de ma femme | C’est sur les terres de sa jeunesse avignonnaise, lors des Rencontres du Sud, que le réalisateur et cinéaste Daniel Auteuil est venu évoquer son nouvel opus, Amoureux de ma femme. Le temps d’une rêve-party…

Vincent Raymond | Vendredi 1 juin 2018

 Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Le scénario est adapté d’une pièce de Florent Zeller que vous avez jouée. Y a-t-il beaucoup de différences ? Daniel Auteuil : Ah oui, il est très très librement adapté ! On a beaucoup parlé : je lui ai raconté à partir de la pièce de quel genre d’histoire j’avais envie. Je voulais parler des pauvres, pauvres, pauvres hommes (rires), et de leurs rêves, qui sont à la hauteur de ce qu’ils sont. Certains ont de grands rêves, d’autres en ont des plus petits. Et puis il y avait l’expérience de cette pièce, qui était très drôle et qui touchait beaucoup les gens. Mon personnage est un homme qui rêve, plus qu’il n’a de fantasmes. Un homme qui, au fond, n’a pas tout à fait la vie qu’il voudrait avoir, peut-être ; qui s’identifie dans la vie des autres. Le cinéma vous permettait-il davantage de fantaisie ? La pièce était en un lieu unique et était très axée sur le verbe, sur le texte. Une grande partie était sur les pensés, les apartés. Ici, c’est construit comme un film : le point de départ était cette idée de rêve et tout ce qu’on pouvait montrer. Que les rêves, ressemblent à

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Sale rêveur : "Amoureux de ma femme"

De quoi Zeller ? | de et avec Daniel Auteuil (Fr, 1h24) avec également Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Sale rêveur :

Daniel a invité à dîner son meilleur ami Gérard afin qu’il lui présente, ainsi qu’à sa femme, sa nouvelle compagne. Lorsqu’il découvre sa jeunesse et sa beauté, Daniel se prend à imaginer des choses, sous l’œil de son épouse. Qui n’est pas dupe. Daniel Auteuil signe un film comme on n'en fait plus. Un truc un peu inconscient et naïf, de l’époque où les sexagénaires exhibaient sans complexes leur nouvelle voiture, leur nouvelle montre, leur nouvelle minette, comme autant de gages de succès. Aujourd’hui, on dissimule tout ces “attributs” sous le vocable commun de “bonheurs” — cela fait moins égoïste et moins démon de seize heures. On assume moins que le personnage de Sydney Pollack qui vantait dans Maris et Femmes de Woody Allen (1992) les vertus de sa récente et jeune compagne : « sa bouche ? c’est du velours… » Amoureux de ma femme, raconte peu ou prou la même histoire que Woody Allen, mais corsetée par l’ère du politiquement correct, dans un (vaste) appartement parisien et se sert de l’imaginaire d’un

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Laborieux : "Le Brio"

ECRANS | de Yvan Attal (Fr, 1h35) avec Daniel Auteuil, Camélia Jordana, Yasin Houicha…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Laborieux :

Inégal, parfois maladroit, le film à sketches précédent d’Yvan Attal (Ils sont partout) ne méritait pourtant pas de se faire agonir : il riait de l’antisémitisme et des antisémites sans se perdre dans les lourdeurs du film à thèse — et suivait l’exemple des Monty Python, Mel Brooks ou Woody Allen avec, il est vrai, moins de métier. Dommage, donc, que le réalisateur n’ait pas poursuivi dans cette veine et que son nouveau sujet (de société) soit traité sur un mode aussi conventionnel. Dans ce Pygmalion à la fac, l’équivalent de Higgins est un prof provocateur un brin réac et le pendant d’Eliza une étudiante en droit issue de banlieue, qu’un concours d’éloquence va rapprocher. Mais entre les deux, que de cabotinages et de démonstrations ! Que de professions de foi naïves sur la méritocratie ou l’éthique ! Dans cet emploi de beauf supérieur, Auteuil se dieupardeuïse, mais n’arrive pas être totalement crédible en odieux salaud. Sans doute parce qu’on le voit trop réciter ses répliques goujates. Quant à Camélia Jordana, abonnée aux rôle d’étudiantes, elle sauve sa mise dans ses scènes av

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Au nom de ma fille

ECRANS | de Vincent Garenq (Fr, 1h27) avec Daniel Auteuil, Sebastian Koch, Marie-Josée Croze…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

Au nom de ma fille

À l’époque de Présumé coupable (2011), Vincent Garenq confessait avec l’aplomb d’un Cahuzac moyen ne pas connaître le cinéma d’André Cayatte, auquel son deuxième film (consacré à l’affaire d’Outreau) renvoyait immanquablement. Depuis, soit il a rattrapé un manque et succombé au charme suranné du spécialiste français des films “accusé-seul-contre-tous-levez-vous” avec questions de société intégrées, soit il a enfin décidé d’assumer l’héritage de son devancier. Ce qui implique de se ruer sur tous les faits divers montrant un innocent malmené par la Justice : ils sont susceptibles de se transmuter en scénario à procès ! Après Denis Robert et Clearstream pour L’Enquête (2015), place au combat d’André Bamberski, l’opiniâtre père qui lutta contre les chancelleries pour que l’assassin présumé de sa fille soit poursuivi, extradé, jugé et condamné en France pendant près de trente ans, et dut pour cela commanditer l’enlèvement du scélérat. Si le doute bénéficie en théorie à l’accusé, ici son ombre est inexistante : le méchant est méchant, Daniel Auteuil (en Bronson hexagonal) est gentil, et la réalisation, illustrative, sert de

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Une enfance

ECRANS | De Philippe Claudel (Fr., 1h40) avec Alexi Mathieu, Angelica Sarre, Pierre Deladonchamps…

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2015

Une enfance

L’été arrive pour Jimmy et son frère Kévin, dont la mère Pris vient de sortir de cure de désintoxication… pour se mettre en ménage avec Duke, un voyou violent et drogué qui la fait replonger. Pour Jimmy, le salut ne peut venir que de l’extérieur… ou de lui-même. Même si la majorité du film de Philippe Claudel suit une fratrie, c’est l’enfance de l’aîné qui est en jeu durant cet été capital. Entre l’école et le collège, au seuil de l’adolescence ; tantôt chez sa grand-mère, tantôt chez sa mère, Jimmy se situe en effet à la lisière des choses comme des choix. La rage qui bouillonne en lui cherche à se canaliser, et le garçon, dont l’intelligence est manifeste, lutte pour que les référents positifs vers lesquels il se tourne instinctivement (les éducateurs que sont l’instituteur et le prof de tennis) l’aident à se construire du "bon côté". À développer son potentiel en repoussant le catastrophique modèle parental. Claudel, qui raffole à la fois des thématiques désespérées (voir ses romans Les Âmes grises et Le Rapport de Brodeck) et des histoires de familles (voir ses films Il y a longtemps que je t’aime

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L’Astragale

ECRANS | De Brigitte Sy (FR, 1h37) avec Leïla Bekhti, Reda Kateb…

Aurélien Martinez | Mardi 7 avril 2015

L’Astragale

Leïla Bekhti est une actrice fascinante qui, film après film (des comédies populaires, du cinéma d’auteur, des pubs pour du colorant à cheveux…), impose une présence magnétique. Dans L’Astragale, elle forme un duo efficace avec Reda Kateb, autre nouvelle figure remarquée du cinéma français. Le charme du deuxième long métrage de Brigitte Sy, ancienne compagne de Philippe Garrel, découle aussi bien de la rencontre entre les deux comédiens que de l’amour fou qui réunira les deux personnages. Elle vient de s’évader de prison à tout juste 19 ans (et, dans sa fuite, s’est cassé l’astragale, os du pied qui donne son titre au film) ; lui, repris de justice, la recueille mais ne peut rester à ses côtés. Leur romance sera donc en pointillé, alors qu’elle ne rêve que de le retrouver. Basé sur le roman autobiographie d’Albertine Sarrazin, L’Astragale se place délibérément du côté des sentiments avec en point d’ancrage ce personnage de femme libre que la société de la fin des années 1950 veut faire taire. Pourquoi pas. Mais malgré un joli noir et blanc, des décors d’époque et un maximum de clopes fumées en 1h30, Brigitte Sy peine à in

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Maintenant ou jamais

ECRANS | De Serge Frydman (Fr, 1h35) avec Leïla Bekhti, Nicolas Duvauchelle, Arthur Dupont…

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Maintenant ou jamais

Charles et Juliette rêvent de s’installer avec leurs enfants dans une maison à la campagne, loin des appartements parisiens étriqués. Alors que le chantier démarre, Charles est licencié par la banque qui l’employait ; et, un soir, Juliette se fait voler son sac par un inconnu. Plutôt que de le dénoncer à la police, elle finit par proposer à ce petit voleur sans envergure un deal : organiser le braquage de la banque sus-citée. Maintenant ou jamais commence donc comme Une vie meilleure (déjà avec Leïla Bekhti) et se poursuit à la façon de Sur mes lèvres, avec une femme qui révèle une nature héroïque au contact du crime. L’addition mécanique de deux bons films n’accouche pas forcément d’une merveille, et Serge Frydman a bien du mal à camoufler les invraisemblances de son scénario. Le coup de force initial — le basculement de Juliette et son plan parfaitement orchestré qui surgit tel le lapin du chapeau —pèse lourd sur les péripéties à venir — dont une obscure visite à des malfrats belges trafiquants sur les champs de course ; quant aux at

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Jappeloup

ECRANS | De Christian Duguay (Fr, 2h10) avec Guillaume Canet, Marina Hands, Daniel Auteuil…

Christophe Chabert | Mercredi 6 mars 2013

Jappeloup

Plus scandaleux que l’affaire des lasagnes, l’acharnement du cinéma français à mettre du cheval à toutes les sauces sur les écrans. Après la comédie hippique qui pique comme un vin éventé (Turf), voici le biopic de la monture et de son destrier certifié 100% histoire vraie, avec la fine fleur des acteurs cavaliers dans les rôles principaux. Jappeloup cherche d’un bout à l’autre un angle pour raconter cette success story à la française, pendant que son réalisateur Christian Duguay, yes man canadien à qui on a curieusement accordé un titre de séjour, lui cherche vainement une forme. On sent l’armada de monteurs venus sortir le truc de la panade, tentant de dynamiser l’alternance mécanique de gros plans, plans à la grue et ralentis sur le canasson qui saute un obstacle, pendant qu’un groupe de script doctors prenait la décision, absurde, de changer toutes les trente minutes de sujet : d’abord le jockey indécis, puis le lien père/fils, puis la réflexion sur le cavalier qui doit aimer son cheval, puis le triomphe seul contre to

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Nous York

ECRANS | De Géraldine Nakache et Hervé Mimran (Fr, 1h45) avec Géraldine Nakache, Leïla Bekhti, Manu Payet, Baptiste Lecaplain…

Christophe Chabert | Mardi 30 octobre 2012

Nous York

Après l’excellente surprise que constituait Tout ce qui brille, le tandem Nakache/Mimran a visiblement cherché à reproduire ce qui en avait fait le succès : Nous York interroge à nouveau l’amitié à l’épreuve de la maturité et tente de faire le portrait générationnel d’une jeunesse grandie dans les quartiers, le tout délocalisé du centre de Paris à New York. Mais cette fois-ci, rien ne marche. La personnalité des trois compères (Payet, Boussandel et Lecaplain, tous trois très biens, surtout le dernier) n’est pas assez affirmée, les gimmicks de dialogue («To the…») ont l’air forcés, et certains enjeux sont carrément flous : rien n’explique pourquoi Bekhti et Nakache se tirent la gueule au début ; du coup, on ne pige jamais vraiment pourquoi elles se réconcilient ensuite. Le film oscille ainsi entre un sous-régime scénaristique où tout semble flotter à la surface du récit et un sur-régime déjà observé dans le dernier acte de Tout ce qui brille. Un exemple, frappant : quand Mimran et Nakache veulent illustrer un thème, il faut

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Cherchez Hortense

ECRANS | De Pascal Bonitzer (Fr, 1h40) avec Jean-Pierre Bacri, Kristin Scott-Thomas, Isabelle Carré…

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Cherchez Hortense

Depuis Encore, son premier film, le cinéma de Pascal Bonitzer semblait enfermé dans sa propre formule, mélange de parisianisme intello et de lacanisme froid. Cherchez Hortense, d’une certaine manière, n’échappe pas à cette règle : Bonitzer truffe le film de rimes internes aussi ludiques que vaines (un exemple : la femme de Bacri s’appelle Iva, son fils s’appelle Noé) et son intrigue, aussi sophistiquée soit-elle, se réduit in fine à un classique marivaudage avec amant et maîtresse doublé d’un Œdipe tardif. Si le tout est assez mécanique, chaque partie est beaucoup plus libre et enlevée que d'habitude, avec notamment trois séquences extraordinaires qui confrontent Bacri et Claude Rich, entre pure comédie et inquiétude glacée. Bonitzer arrive certes un peu en retard sur la question des sans-papiers, mais il confère une certaine force à son sujet en filmant les ors de la République et ses serviteurs implacables, tellement engoncés dans leur fonction régalienne qu’ils n’ont plus aucun contact avec les réalités humaines qu’ils traitent. Mais le film vaut surtout pour la prestation, une nouvelle fois fabuleuse, de Jean-Pierre Bacri. On a souvent dit

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Mains armées

ECRANS | De Pierre Jolivet (Fr, 1h45) avec Roschdy Zem, Leïla Bekhti…

Christophe Chabert | Vendredi 6 juillet 2012

Mains armées

Que le polar ne soit qu’un prétexte pour raconter quelque chose de plus intime et existentiel, c’est un fait vieux comme Hérode. Encore faut-il que le texte (le polar) soit palpitant et que le sous-texte (le drame) soit pertinent. Ce n’est le cas ni de l’un ni de l’autre dans Mains armées, qui montre un Pierre Jolivet plus consciencieux que d’ordinaire, mais toujours aussi à la ramasse du cinéma de l’époque. Suivant un flic d’une brigade d’intervention spéciale marseillaise (Zem) qui doit collaborer avec les stups parisiens dans laquelle officie sa propre fille (Bekhti), qu’il n’a jamais vraiment connue, Jolivet tente d’imbriquer son récit, assez confus, avec une étude psychologique plutôt grossière (la fille qui tente de plaire à son père en allant le défier sur son propre terrain), échouant à être à la fois efficace et profond. Seul intérêt : le duo de comédiens. Toujours à la limite du surjeu lorsqu’ils sont séparés, leur rencontre est à l’inverse passionnante, cherchant un territoire commun de virilité et de fragilité pour exprimer ce qui peut les rapprocher. Grâce à eux, le film évite de justesse la vacuité. Christophe Chabert

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La Mer à boire

ECRANS | De Jacques Maillot (Fr, 1h38) avec Daniel Auteuil, Maud Wyler, Yann Tregouët...

Jerôme Dittmar | Vendredi 17 février 2012

La Mer à boire

C'est la crise. Une fois n'est pas coutume, un film change de point de vue et la victime n'est plus l'ouvrier, héros de longue date, mais le patron. Une pirouette politiquement casse gueule, mais nécessaire, que tente La Mer à boire en suivant Daniel Auteuil, patron de PME luttant pour sauver sa boîte (de bateaux grand luxe) qu'il a passé une vie à bâtir. Le morceau de bravoure du capitaine tenant bon, avec héroïsme et courage, dans la tempête économique et sociale était inévitable. Jacques Maillot s'en sort sans honte, avec un humanisme auquel on reprochera d'opter plus pour le rationalisme ambiant que l'utopie. Mais c'est que l'auteur souhaite viser juste et observer dans le détail l'implacable mise en pièce de l'entreprise par les banques. Il veut le diagnostic, pas un remède. C'est sa limite, à laquelle Auteuil apporte une fêlure plus profonde qui, lentement, fait pencher le film dans une noirceur réaliste s'achevant sur une fin terrifiante. Jérôme Dittmar

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Une vie meilleure

ECRANS | De Cédric Kahn (Fr-Can, 1h50) avec Guillaume Canet, Leila Bekhti…

Dorotée Aznar | Jeudi 22 décembre 2011

Une vie meilleure

Antidote absolu au pensum mélodramatique de Philippe Lioret Toutes nos envies, Une vie meilleure marque le retour au premier plan de son cinéaste, Cédric Kahn, qui signe ici son meilleur film. Yann (Canet, incroyablement bon, ce qui n’était pas gagné), cuistot dans une cantine scolaire, rencontre Nadia (Leïla Bekhti, définitivement une des actrices passionnantes du cinéma français), serveuse dans un restaurant chic. Coup de foudre. Elle a déjà un enfant, lui rêve d’avoir sa propre affaire. Ensemble, ils achètent une grande maison en forêt qu’ils retapent pour en faire un restau cosy, mais les normes draconiennes, le piège des crédits et les banques intraitables les plongent dans la précarité. Kahn raconte ce premier acte avec une sécheresse de trait implacable : collant aux objectifs de ses personnages et à leurs actions, laissant des ellipses béantes dans la narration pour éviter tout schéma explicatif, il crée une sensation d’urgence proche du cinéma des frères Dardenne. Lorsque le couple se sépare et que le récit se recentre sur Yann et l’enfant, le

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La Source des femmes

ECRANS | De Radu Mihaileanu (Fr, 2h04) avec Leila Bekhti, Hafsia Herzi, Hiam Habass…

Christophe Chabert | Mardi 25 octobre 2011

La Source des femmes

Avec Le Concert, Radu Mihaileanu avait prouvé qu’il aimait bien les clichés ethniques et pittoresques pour construire de la comédie à vocation internationale. Au moins faisait-il preuve d’un petit talent de storyteller… Avec La Source des femmes, il n’y a plus que la maladresse et les clichés, le scénario se délayant dans une longue et confuse fiction chorale illustrée façon téléfilm de luxe. Chez Mihaileanu, au nom du conte, on peut prendre des actrices françaises et résumer grossièrement leurs origines (pas marocaines, algériennes ou tunisiennes ; juste arabes) ; oui, mais c’est un film féministe ! On peut aussi diviser l’orient en deux catégories : les musulmans gentils (poètes, tolérants, respectueux de leurs femmes) et les musulmans méchants (le Coran à la main pour flanquer des roustes à leurs épouses) ; oui, mais c’est un film humaniste ! On peut enfin, en guise de conclusion rassurante façon feel good movie, terminer son film par de la danse et des chansons, des beaux costumes, des youyous et tout le monde est content ; oui, mais c’est un film d’auteur ! Au secours…Christophe Chabert

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La Fille du puisatier

ECRANS | De et avec Daniel Auteuil (Fr, 2h) avec Astrid Bergès-Frisbey, Kad Merad...

Dorotée Aznar | Jeudi 14 avril 2011

La Fille du puisatier

Depuis le diptyque de Berri, Auteuil et Pagnol, c'est une grande histoire d'amour. Pour son premier film derrière la caméra, l'acteur ne pouvait donc que revenir à l'auteur fétiche qui a fait sa gloire. Sauf que les meilleurs sentiments n'ont jamais fait une grande œuvre. En adaptant La fille du puisatier, Auteuil réussit toutefois une chose : faire exister le langage de Pagnol. De manière un peu bateau, platement folklorique, mais en gardant le cœur d'une intrigue de classe où le verbe est roi. Le problème de cette adaptation de fan trop respectueux, c'est qu'il faut se coltiner un casting endimanché, une grossière mise en scène de téléfilm et Auteuil en transe, possédé par chaque dialogue. Ce qui n'est pas pire que Kad Merad avec du khôl. Jérôme Dittmar

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Tous les soleils

ECRANS | De Philippe Claudel (Fr, 1h30) avec Stefano Accorsi, Clotilde Courau, Anouk Aimée…

Dorotée Aznar | Mercredi 23 mars 2011

Tous les soleils

Si Nanni Moretti voyait Tous les soleils, peut-être qu'il casserait la gueule à Philippe Claudel. Non pas pour avoir fait un énième mauvais film français (encore que), mais pour y orchestrer la victoire d'une bobocratie dépourvue de toute authentique résistance morale envers l'époque. Entre les petits problèmes d'un prof, veuf et immigré italien peinant à retrouver l'amour et voir grandir sa fille et son frère anarchiste filmé comme un sympathique bouffon fan de soap, Claudel a choisi son film. Il préfère la comédie balourde, le sentimentalisme niais, l'existentialisme petit bourgeois, pour tourner en dérision et annihiler le moindre rempart idéologique à notre décadence, ici entre autres incarnée par Berlusconi. Le pire, c'est qu'il en est très fier. Jérôme Dittmar

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Toi, moi, les autres

ECRANS | D’Audrey Estrougo (Fr, 1h30) avec Leila Bekhti, Benjamin Siksou…

Christophe Chabert | Mercredi 16 février 2011

Toi, moi, les autres

Un jeune de Neuilly tombe amoureux d’une beurette de Belleville qui prépare le concours d’avocate pour défendre ses amis sans-papiers. Comme en France, tout finit par des chansons, il va lui faire sa déclaration sur l’air de "Pour un flirt". Car "Toi, moi, les autres" est une comédie musicale tendance variétés du samedi sur TF1, avec en plus produit la présence d’un perdant de la Nouvelle Star, Benjamin Siksou. Soit un projet de producteurs qui a visiblement tourné vinaigre, dévoré par son horizon télévisuel : les dialogues sonnent comme du "Plus belle la vie", les chorégraphies font passer Kamel Ouali pour Pina Bausch, et les arrangements des chansons, pourtant signés Stremler et De la Simone, sentent le supermarché. Le film coupe tellement les cheveux en quatre que tout y paraît simple, y compris la manière de faire libérer une clandestine menacée d’expulsion (il suffit de chanter "Quand on a que l’amour"). Pour en finir avec ce genre de purge, une solution s’impose même au plus facho d’entre nous : la régularisation massive.CC

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Nowhere boy

ECRANS | De Sam Taylor-Wood (Ang, 1h38) avec Aaron Johnson, Kristin Scott-Thomas…

Christophe Chabert | Mercredi 1 décembre 2010

Nowhere boy

Que nous apprend "Nowhere boy" sur la jeunesse de John Lennon ? Rien d’inexact, au demeurant : il découvre que sa mère, qu’il pensait partie vivre très loin, habitait en fait à quelques pas de chez sa tante devenue sa tutrice ; il était rebelle à toute forme d’autorité ; MacCartney, sage et réfléchi, était son antithèse ; et les Beatles sont nés presque par accident, d’une bande de gamins glandant dans le même quartier. Mais, comme dans tout (mauvais) biopic, Sam Taylor-Wood fait de cette collection de faits une petite machine explicative et psychologique qui bannit le hasard, la liberté et in fine, le mystère de la création artistique et de la naissance d’un artiste. Explorer des fêlures, créer de l’identification, sublimer les traumas ; "Nowhere boy" est un travail de psy, pas une œuvre de cinéaste. CC

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Elle s’appelait Sarah

ECRANS | De Gilles Paquet-Brenner (Fr, 1h51) avec Kristin Scott-Thomas, Mélusine Mayance…

Christophe Chabert | Mardi 5 octobre 2010

Elle s’appelait Sarah

Deuxième film cette année à aborder la rafle du Vel d’Hiv’ (après le pitoyable "La Rafle", qui nous vaut actuellement d’être traité d’Hitler par sa réalisatrice Rose Bosch...), "Elle s’appelait Sarah" a au moins un mérite : au sarkozisme rampant de "La Rafle" avec ses Français tous courageux et humains, il se tient sur une ligne chiraquienne nettement plus acceptable qui ne cache pas la lâcheté et la culpabilité de la France face au drame. Pour le reste, ce n’est pas glorieux… Problème majeur : accepter l’énorme coïncidence qui permet au récit de s’enclencher, à savoir le fait qu’une journaliste qui enquête sur la rafle découvre que l’appartement dans lequel elle emménage a appartenu à une des familles déportées. Les va-et-vient temporels qui en découlent ne sont pas plus heureux, notamment la reconstitution de la rafle et du camp, où Paquet-Brenner (réalisateur des deux Gomez et Tavarès, quand même…) ne se pose aucune question de morale dans sa mise en scène. Bizarre aussi, le choix de priver la jeune rescapée de parole lorsqu’elle devient adulte, sans justification scénaristique. Et on ne parle pas de la conclusion, qu’on voit venir à vingt kilomètres et qui traduit le peu de

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Tout ce qui brille

ECRANS | Excellente surprise : le premier film de Géraldine Nakache et Hervé Mimran fait oublier les récentes comédies françaises réactionnaires en imposant un ton doux-amer, un regard social pertinent et un vrai désir de cinéma populaire et ambitieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 17 mars 2010

Tout ce qui brille

Deux filles sur un banc à Puteaux, à dix minutes de Paris en métro. Ely (Géraldine Nakache) est de retour chez ses parents, dont un papa chauffeur de taxi aussi effacé que dévoué à sa famille ; Lila (Leila Bekhti) n’est jamais partie de chez sa mère, et fait lentement le deuil d’un père qui a refait sa vie ailleurs. Elles tchatchent avec un langage plein de codes qui scelle leur complicité ; et elles rêvent d’aller faire la fête dans les clubs branchés de la capitale, histoire d’oublier leur quotidien morose — Lila vend du popcorn dans un multiplexe Pathé, placement produit du producteur du film pour une fois assez savoureux ! Si le titre du film sent la fable morale, la première réalisation de Géraldine Nakache et Hervé Mimran est avant tout une comédie subtile qui illustre une réalité pas drôle : l’impossibilité de sortir de sa classe sociale et la honte qui accompagne cette impasse. Quiproquos sociaux Ely va rencontrer un couple de lesbiennes avec enfant (étonnant duo entre Virginie Ledoyen et Linh-Dan Pham), a priori «open», qui l’invite d’abord à leurs soirées avant de la cantonner dans un rôle humiliant de baby-sitter. L

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Je l’aimais

ECRANS | De Zabou Breitman (Fr, 1h52) avec Daniel Auteuil, Marie-Josée Croze…

Christophe Chabert | Jeudi 30 avril 2009

Je l’aimais

Qui l’eût cru ? Cette nouvelle adaptation d’Anna Gavalda fait passer la précédente (Ensemble c’est tout) pour un bon film… Ici, on sonde les abîmes, malgré les jolies volutes de la mise en scène qui ne distraient pas de l’insignifiance du propos. Il faut dire que Zabou Breitman aimerait transformer ce roman de gare (un homme entretient une longue liaison adultère sans jamais oser aller au bout de cet amour qui détruirait le confort de sa vie bourgeoise) en In the mood for love français. L’action se transporte d’ailleurs régulièrement à Hong-Kong, mais les dialogues lourdauds importés du bouquin font regretter les silences antonioniens de Wong Kar-Wai. En cours de route, on fantasme que tout ce petit monde soit anéanti par un serial killer en goguette, mais non : on couche ensemble, on se dit je t’aime, on se quitte, on se retrouve… Comme disait l’espion américain à OSS 117 : «You are so french !» Christophe Chabert

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Largo Winch

ECRANS | De Jérôme Salle (Fr, 1h48) avec Tomer Sisley, Kristin Scott-Thomas, Gilbert Melki…

Christophe Chabert | Mercredi 10 décembre 2008

Largo Winch

Il faut préciser, avant de parler de ce Largo Winch, que son réalisateur avait auparavant commis l’involontairement comique Anthony Zimmer et son twist en carton démarquant Usual Suspects. Le voilà, par les miracles de la production française, aux commandes de ce blockbuster foireux transposant en live les aventures du héros créé par Franck et Van Hamme. C’est parti pour le refrain habituel : surproduit à coup de musique envahissante, de lumières clippées et de ralentis chics, le film est incapable de développer des scènes d’action cohérentes, surdécoupant jusqu’à la bouillie en confondant rythme et épilepsie. Niveau script, on passe de Largo Winch begins à La Vengeance dans Largo Winch, preuve que Salle aime les mêmes films que nous. Quant aux enjeux, c’est carrément pas de bol ! En antidatant l’action de ce thriller financier entre septembre et octobre 2008, les auteurs se prennent la crise dans les dents et patatras pour la crédibilité. Seul point positif : on est content de voir un film d’action français sans Gilles Lellouche ni Clovis Cornillac, mais avec des acteurs inattendus comme Melki ou Anne Consigny. CC

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La Personne aux deux personnes

ECRANS | De Nicolas et Bruno (Fr, 1h30) avec Daniel Auteuil, Alain Chabat, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mercredi 11 juin 2008

La Personne aux deux personnes

On gardait un chien de sa chienne envers Nicolas et Bruno pour avoir réussi l’exploit de foirer l’adaptation française plan par plan de The Office sur Canal +. Leur premier long-métrage entame un début de réconciliation ; pas que le film soit génial, loin de là, mais il démontre un (double) regard singulier dans le paysage français. Le pitch intrigant (une gloire has been de la variétoche 80’s se retrouve dans le corps d’un employé de bureau sans qualité) conduit à une œuvre elle-même schizo. Il y a la comédie, qui ne sait trop où elle va (voir le dernier tiers, du grand n’importe quoi scénaristique) ni quel ton adopter (mélancolique ? Grinçant ? Scato ? Complice ?). Et il y a le sous-texte, passionnant. La Personne aux deux personnes peut se voir comme une pertinente réflexion sur la persistance et le retour des années 80. Car entre le mauvais goût de la variété karaoké et la grisaille normative du monde de l’entreprise, Nicolas et Bruno pointent une correspondance troublante, une même négation du temps qui passe, un même jeu de codes factices et inhumains. Voir Auteuil, bourré après une bringue bling bling, soliloquer dans la rue en vomissant dans les p

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15 ans et demi

ECRANS | de François Desagnat et Thomas Sorriaux (Fr, 1h37) avec Daniel Auteuil, Juliette Lamboley…

Dorotée Aznar | Mardi 29 avril 2008

15 ans et demi

Un scientifique génial (Daniel Auteuil, complètement perdu), dont l’ami imaginaire n’est autre qu’Albert Einstein (François Berléand en mode “service minimum“), revient quelques mois en France histoire de mieux connaître sa fille. D’où gags, quiproquos, et autres décalages générationnels lourdingues à en pleurer, typiques de cet atroce sous-genre cinématographique français contemporain qu’on pourrait désigner sous le terme de “parentsploitation“. Soit des films ringards, produits n’importe comment pour racoler le plus grand nombre, où les ados sont regardés comme des bêtes curieuses avec une condescendance narquoise. Ils écrivent des textos dans un drôle de langage, sont parfois malpolis, ont les hormones qui les titillent, gloussent quand leurs parents essaient de conjuguer le verbe “kiffer“. Le public cible s’amusera cinq minutes d’y voir des candidats de télé crochets télévisuels dans des seconds rôles, puis retournera voir la série Skins. Grand bien lui en prendra. FC

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Il y a longtemps que je t’aime

ECRANS | de Philippe Claudel (Fr, 1h55) avec Kristin Scott-Thomas, Elsa Zylberstein…

Dorotée Aznar | Mercredi 12 mars 2008

Il y a longtemps que je t’aime

Romancier reconnu, Philippe Claudel débarque au cinéma avec une fausse modestie assez énervante. Narrant les retrouvailles entre deux sœurs, dont l’une sort de quinze années de prison et entame une difficile reconversion à la vie civile, Il y a longtemps que je t’aime démarre comme un mol téléfilm en HD (pas très bien utilisée, d’ailleurs), mais avec quelques idées intéressantes : Claudel ne dit rien des raisons qui ont conduit Juliette en prison, filmant Kristin Scott-Thomas comme un bloc opaque (l’actrice s’en sort d’ailleurs plutôt bien, à l’inverse d’une Zylberstein catastrophique). Mais ça ne dure pas : l’auteur-réalisateur finit par lever le lièvre, et c’est parti pour une dose massive de clichés et de séquences appuyées, dont le point culminant reste la visite au zoo avec ses dialogues épais. Le film sombre progressivement dans un néant sans retour, de plus en plus laid, de plus en plus bête, de plus en plus complaisant envers une bourgeoisie égoïste, inculte et même raciste, qui s’en sort pourtant à bon compte. Cri du cœur : Claude Chabrol, reviens ! CC

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