Neiges précoces avec les frères Coen

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Photo : © DR


Dire qu'il n'y a pas si longtemps, vous sirotiez des boissons fraîches en terrasse pour oublier la canicule, et voilà que l'automne a balayé de ses grandes mains venteuses les tables, les chaises et le soleil brûlant… Mais comme ce n'est pas encore la saison des polaires et des moufles, vous pouvez encore sans frissonner vous offrir une virée dans le Minnesota hivernal pour l'un des polars les plus frappés tournés par les frères Coen.

Sorti (bien emmitouflé) il y a déjà vingt ans, Fargo est un bijou d'humour noir au milieu des étendues blanches, où le sordide le dispute à l'absurde. On y suit la pathétique combine d'un vendeur de voitures ayant ourdi l'enlèvement de son épouse par des demi-sel pour renflouer ses finances. Évidemment, rien ne se déroule comme prévu : les cadavres tombent en avalanche, jusqu'à ce qu'une placide policière enceinte jusqu'à la mandibule fasse cesser ces floconneries…

Prix de la mise en scène à Cannes, Oscar pour la comédienne Frances McDormand et le scénario signé par les Coen, Fargo est un must de la comédie macabre que le GRAC a retenu pour sa livraison mensuelle de Ciné Collection.

Il fait tandem en octobre avec un autre film dépeignant les “États d'Amérique” — ou l'Amérique dans tous ses états —, Do the Right Thing (1989) de Spike Lee, concentré bariolé de chaleur urbaine, de tensions communautaires, de pizza new-yorkaise, de musique et d'émeute. À cette époque, Lee était tendance et même novateur, chacun de ses films reflétait la street culture de Brooklyn, portait des témoignages autant que des espérances. Si on l'a depuis un peu perdu en route, au moins sera-t-on content de le retrouver.

Fargo + Do the Right Thing
Dans les salles du GRAC jusqu'au 31 octobre
www.grac.asso.fr


Fargo

De Joel et Ethan Coen (1996, EU, 1h37) avec William H. Macy, Frances McDormand...

De Joel et Ethan Coen (1996, EU, 1h37) avec William H. Macy, Frances McDormand...

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En plein hiver, Jerry Lundegaard, un vendeur de voitures d'occasion à Minneapolis, a besoin d'un prêt de Wade Gustafson, son riche beau-père. Endetté jusqu'au cou, il fait appel à Carl Showalter et Gaear Grimsrud, deux malfrats, pour qu'ils enlèvent son épouse Jean. Il pourra ainsi partager avec les ravisseurs la rançon que Wade paiera pour la libération de sa fille. Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu.


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Institut Lumière : Spike Lee dans le rétro

Rétrospective | Films, pubs ou clips, ses “joints“ ont enflammé les écrans dès la fin des années 1980 et leur esthétique a en partie modelé celle des années 1990. Moins prolifique depuis une quinzaine d’années, Spike Lee est revenu au premier plan avec BlacKkKlansman en 2018 et préside le jury cannois cette année. Le bon timing pour une rétrospective à l’Institut Lumière.

Vincent Raymond | Lundi 7 juin 2021

Institut Lumière : Spike Lee dans le rétro

Il y a du Miles Davis chez Spike Lee. Comprenez : une conscience aigüe de son talent et des privilèges qu’il octroie lorsque l’on est issu d’une minorité visible politiquement ostracisée ; une carrière prolifique, la même excentricité tirée à quatre épingles, ainsi qu’une propension à l’indocilité et aux esclandres — ici, on dirait « à jouer les grandes gueules » — que seuls ne craignent pas de commettre les fils de bonne famille. Cela ne l’empêche pas de s’attacher aux quartiers populaires à ses débuts — Do The Right Thing (1989), comme à des sujets éminemment politiques — Malcolm X (1992), Get on the Bus (1996), son prisme principal demeurant de représenter à travers l’Histoire une communauté afro-américaine qui l’est fort peu à l’écran. Produit par sa société 40 Acres & & A Mule Filmworks (pied-de-nez à l’indemnisation jadis allouée au esclaves affranchis), son cinéma forme la part vis

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Soirée Black Films Matter

Séance Hallucinée | Quelle élégante manière de nous prévenir de l’imminence de la prochaine édition des Hallucinations Collectives (du 16 au 22 avril au Comœdia) ! Cette soirée (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Soirée Black Films Matter

Quelle élégante manière de nous prévenir de l’imminence de la prochaine édition des Hallucinations Collectives (du 16 au 22 avril au Comœdia) ! Cette soirée double bill composée par l’équipe du festival a un bon goût 90’s et une thématique qui donne envie de ressortir son ghetto blaster : Black Films Matter. D’abord à 19h30, Do the Right Thing (1989), quand Spike Lee était encore comédien et raisonnablement humble, une sorte de “Ma 6-T va crack-er“ avant l’heure et version Brooklyn. Suivra à 21h45 Boyz n the Hood (1991) de John Singleton, interrogation lucide sur les destinées d’ados noirs à Los Angeles, sur fond de musique de l’époque, et avec les (jeunes) Ice Cube et Cuba Gooding Jr. Black Films Matter Au Comœdia le vendredi 22 mars à 19h30

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Inca de malheur… : "Pachamama"

Animation - dès 6 ans | de Juan Antin (Fr, 1h12) avec les voix de Andrea Santamaria, India Coenen, Saïd Amadis…

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

Inca de malheur… :

La statuette de Pachamama, la déesse protectrice garante de la fertilité des récoltes de leur village, ayant été subtilisée par le collecteur d’impôts, deux enfants se rendent à Cuzco, la capitale Inca, afin de la récupérer. Pile au moment où les Conquistadores débarquent… Terrible dans ce qu’il raconte des attaques commises contre des civilisations et peuples précolombiens, ce conte ne se distingue pas seulement par sa tonalité historico-politique bienvenue : il fait se répondre fond et forme. À l’instar de Brendan et le Livre de Kells qui semblait donner vie à des motifs gaéliques, Pachamama adopte un style graphique atypique faisant écho aux esthétiques, couleurs et représentations artistiques andines. Visuellement éclatant, le résultat tranche parce qu’il prend des libertés avec la doxa animée — des entorses à la règle à mettre en regard avec la poésie magique dont le film de Juan Antin est nimbé : la poésie comme la magie ont la faculté, voire l’obligation de s’autoriser toutes les transgressions. Et comme tout film d’appr

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Afros, blancs et méchants : "BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan"

Rire sous cape | Deux flics — l’un noir, l’autre blanc et juif — infiltrent la section Colorado du KKK. Le retour en grâce de Spike Lee est surtout une comédie mi-chèvre mi-chou aux allures de film des frères Coen — en moins rythmé. Grand Prix Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mercredi 22 août 2018

Afros, blancs et méchants :

Colorado Springs, aube des années 1970. Tout juste intégré dans la police municipale, un jeune flic noir impatient de “protéger et servir” piège par téléphone la section locale du Ku Klux Klan. Aidé par un collègue blanc, sa “doublure corps“, il infiltrera l’organisation raciste… Spike Lee n’est pas le dernier à s’adonner au jeu de l’infiltration : dans cette comédie « basée sur des putains de faits réels » (comme l’affiche crânement le générique), où il cite explicitement Autant en emporte le vent comme les standards de la Blaxploitation (Shaft, Coffy, Superfly…), le réalisateur de Inside Man lorgne volontiers du côté des frères Coen pour croquer l’absurdité des situations ou la stupidité crasse des inévitables sidekicks, bêtes à manger leur Dixie Flag. Voire sur Michael Moore en plaquant en guise de postface des images fraîches et crues des émeutes de Charlottesville (2017). Cela donne un ton cool, décalé-cocasse et familier, rehaussé d’une pointe d’actualité pour enfoncer le clou, au cas où les allusions appuyées à la

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The Big Lebowski : le retour du Dude

Culte | Visiblement, la Dude attitude, ça conserve. Vingt ans après ses premiers pas endormis sur les écrans, l’antihéros le plus dérangeant des frères Coen revient faire (...)

François Cau | Mardi 17 avril 2018

The Big Lebowski : le retour du Dude

Visiblement, la Dude attitude, ça conserve. Vingt ans après ses premiers pas endormis sur les écrans, l’antihéros le plus dérangeant des frères Coen revient faire un strike enfumé. Si l’on était taquin, on rappellerait ce que Télérama affirmait en 1998 à propos de The Big Lebowski : « le film ne laisse pas un grand souvenir cinéphilique »... Mais bon, on ne veut pas leur tirer dans les quilles, hein… The Big Lebowski à l’UGC le 22 avril

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Retour au Texas

Reprise | Immersion dans un western contemporain au fin fond du Texas, dans le contexte des années 1980 à la frontière des États-Unis et du Mexique, avec trafic de (...)

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 février 2018

Retour au Texas

Immersion dans un western contemporain au fin fond du Texas, dans le contexte des années 1980 à la frontière des États-Unis et du Mexique, avec trafic de drogue et des millions de dollars : adapté d'un roman de Cormac McCarthy par les frères Coen, No Country For Old Men se construit autour du méchant Anton Chigurh, un exécuteur psychopathe incarné par Javier Bardem, qui vous fera considérer les compresseurs sous un autre jour. Sorti en 2007, ce thriller, récompensé par de nombreux prix (dont l’Oscar du meilleur film 2008), revient pour une seule projection. À ne pas manquer, même pour une poignée de dollars. No Country For Old Men À l'UGC Ciné Cité Internationale ​les jeudis 8 et 15 février

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Reprise : coeurs brûlés, rallumés

ECRANS | Tourné dans la foulée immédiate de L’Ange bleu (1930), qui révéla Marlene Dietrich et cimenta son fructueux couple avec le cinéaste Josef von Sternberg, Cœurs (...)

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

Reprise : coeurs brûlés, rallumés

Tourné dans la foulée immédiate de L’Ange bleu (1930), qui révéla Marlene Dietrich et cimenta son fructueux couple avec le cinéaste Josef von Sternberg, Cœurs brûlés semble en prendre son contrepied. Tournée à Hollywood et non plus dans les studios allemands de l'UFA, cette production affiche dès son titre original Morocco — moins lyrique qu’en français — ce dépaysement exotique dont l’époque, fascinée par le folklore colonial, raffolait. Campée par Marlene, Amy Jolly ne provoque pas la perte d’un homme, mais se trouve partagée entre deux soupirants classiques : l’un richissime, lui offrant la sécurité matérielle ; l’autre, un fringant légionnaire, lui promettant l’ivresse d’une passion amoureuse (et ses aléas). En lieu et place du barbon Emil Jannings, le jeune premier Gary Cooper lui donne la réplique : immense, sanglé dans son uniforme ajusté, il joue de la prunelle céruléenne, de la pose héroïque et du sourire enjôleur comme personne. Malgré ce luxe de différences — d’oppositions, même — Cœurs brûlés apparaît par instants comme la conséquence de

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Rentrée cinéma 2016 : une timide bobine ?

ECRANS | Après une année cinématographique 2015 marquée par une fréquentation en berne —plombée surtout par un second semestre catastrophique du fait de l’absence de films qualitatifs porteurs —, quel sera le visage de 2016 ? Outre quelques valeurs sûres, les promesses sont modestes…

Vincent Raymond | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée cinéma 2016 : une timide bobine ?

L’an dernier à pareille époque se diffusaient sous le manteau des images évocatrices illustrant la carte de vœux de Gaspar Noé et extraites de son film à venir, Love ; le premier semestre 2015 promettait d’être, au moins sur les écrans, excitant. Les raisons de frétiller du fauteuil semblent peu nombreuses en ce janvier, d’autant que, sauf bonheur inattendu, ni Desplechin, ni Podalydès, ni Moretti ne devraient fréquenter la Croisette à l’horizon mai — seul Julieta d’Almodóvar semble promis à la sélection cannoise. Malgré tout, 2016 recèle quelques atouts dans sa manche… Ce qui est sûr... Traditionnellement dévolu aux films-à-Oscar, février verra sortir sur les écrans français The Revenant (24 février) de Iñarritu, un survival dans la neige et la glace opposant Tom Hardy (toujours parfait en abominable) mais surtout un ours à l’insubmersible DiCaprio. Tout le monde s’accorde à penser que Leonardo devrait ENFIN récupérer la statuette pour sa prestation — il serait temps : même Tom Cruise en a eu une jadis pour un second rôle. S’il n’est pas encore une fois débordé par un outsider tel que

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Le Pont des Espions

ECRANS | Quand deux super-puissances artistiques (les Coen et Steven Spielberg) décident de s’atteler à un projet cinématographique commun, comment imaginer que le résultat puisse être autre chose qu’une réussite ?

Vincent Raymond | Mardi 1 décembre 2015

Le Pont des Espions

Voir côte-à-côte les noms des Coen et celui de Spielberg fait saliver l’œil avant même que l’on découvre leur film. Devant l’affiche aussi insolite qu’inédite, on s’étonne presque de s’étonner de cette association ! Certes, Spielberg possède un côté mogul discret, façon "je suis le seigneur du château" ; et on l’imagine volontiers concevant en solitaire ses réalisations, très à l’écart de la meute galopante de ses confrères. C’est oublier qu’il a déjà, à plusieurs reprises, partagé un générique avec d’autres cinéastes : dirigeant Truffaut dans Rencontres du troisième type (1977) ou mettant en scène un scénario de Lawrence Kasdan/George Lucas/Philip Kaufmann pour Les Aventuriers de l’arche perdue (1981) voire, bien entendu, de Kubrick dont il acheva le projet inabouti A.I. Intelligence artificielle (2001). Et l’on ne cite pas le Steven producteur, qui avait proposé à Scorsese de réaliser La Liste de Schindler, avant que Marty ne le convainque de le tourner lui-même. Bref, Spielberg s’avère totalement compatible avec ceux chez qui vibre une fibre identique à la sienne. Drôles de cocos Avec les C

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Les frères Coen, un rêve américain tourmenté

ECRANS | Alors qu’ils s’apprêtent à présider le 68e festival de Cannes, Joel et Ethan Coen ont droit à une rétrospective quasi-intégrale de leur œuvre à l’Institut Lumière, ce qui permet de revisiter leur cinéma, où le rêve américain est transformé en cauchemar absurde et métaphysique, plein de bruit et de fureur et raconté par des idiots. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 mai 2015

Les frères Coen, un rêve américain tourmenté

«Tout ce que je connais, c’est le Texas.» En voix-off, sur fond de puits de pétrole au crépuscule, voilà ce que prononce le détective privé suant et meurtrier au tout début de Blood Simple (1984), œuvre inaugurale de Joel et Ethan Coen. Cela ne l’avait pas empêché, au préalable, d’ébaucher une balbutiante philosophie de l’existence, faite de bouts d’actualité mal digérés et de réflexions typiquement américaines. Une philosophie de traviole, mais une philosophie quand même, ramenée in fine au bon sens texan et à une inculture assumée. À l’autre bout de leur œuvre, les frères Coen retournent au Texas dans No Country for Old Men (2007). Adaptant le roman de Cormac MacCarthy, ils matérialisent une autre figure de tueur mémorable : Anton Chigurh, incarné par un Javier Bardem implacable, ange de la mort lancé à la poursuite d’un cowboy poissard ayant dérobé une fortune à un cartel de la drogue. Chigurh aussi possède une philosophie de la vie basée sur l’absurdité de l’existence, nettoyant les principes éthiques et spirituels de ses futures victimes par un appel au hasard («Call it !») comme derni

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Votez pour la Ciné Collection de juin

ECRANS | Chaque mois, vous le savez, les salles affiliées au Groupement Régional d'Actions Cinématographiques vous proposent avec la Ciné Collection de redécouvrir un (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 30 janvier 2015

Votez pour la Ciné Collection de juin

Chaque mois, vous le savez, les salles affiliées au Groupement Régional d'Actions Cinématographiques vous proposent avec la Ciné Collection de redécouvrir un chef-doeuvre du cinéma d'auteur. Ce que vous ne savez peut-être pas, c'est qu'elles font appel à vous pour élire celui qui sera projeté au mois de juin. Vous avez ainsi jusqu'au 28 février pour vous décider entre : Rivière sans retour d’Otto Preminger Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodovar Un singe en hiver de Henri Verneuil Le Fleuve sauvage d’Elia Kazan Le jour se lève de Marcel Carné L'homme qui tua Liberty Valance de John Ford 12 hommes en colère de Sidney Lumet   Et faire parvenir votre vote via ce formulaire.

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Cimino, l’enfer avant l’enfer

ECRANS | Ce mois-ci, la Ciné Collection propose dans les salles indépendantes de l’agglomération rien moins qu’un des plus beaux films du monde, mais aussi un des (...)

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

Cimino, l’enfer avant l’enfer

Ce mois-ci, la Ciné Collection propose dans les salles indépendantes de l’agglomération rien moins qu’un des plus beaux films du monde, mais aussi un des plus douloureux : Voyage au bout de l’enfer. En 1977, le tout jeune Michael Cimino — qui n’avait réalisé auparavant que le déjà très bon Canardeur avec Eastwood — se lance dans une fresque qui prendrait la guerre du Vietnam pour centre, mais qui la déborderait de part et d’autre pour écrire la chronique d’une petite communauté d’immigrés polonais installés dans une vallée sidérurgique de Pennsylvanie. Avant le départ au front, on assiste au mariage de Steven, entouré de ses amis ouvriers la semaine et chasseurs de daims le week-end (d’où le titre original : The Deer hunter). Dans ce premier acte, Cimino cherche à faire corps avec les personnages en prenant le temps de les immerger dans un mariage où rien n’est simulé, ni les rituels, ni les accidents, ni l’alcool qui coule à flots… On ne parle pas que des "stars" — De Niro, Walken

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Inside Llewyn Davis

ECRANS | Nouvelle merveille des frères Coen, l’odyssée d’un chanteur folk raté des années 60 qui effectue une révolution sur lui-même à défaut de participer à celle de son courant musical. Triste, drôle, immense… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

Inside Llewyn Davis

Les dernières répliques de Burn after reading valent définitivement comme maxime du cinéma des frères Coen. Llewyn Davis, leur dernier anti-héros, n’échappe pas à cette loi : au terme d’un cycle narratif étourdissant, il n’a rien appris, sinon qu’il ne le refera pas — mais cet éternel retour laisse entendre qu’en fait si, il se fourvoiera dans la même impasse sombre… Llewyn Davis n’est pas un mauvais chanteur folk : les Coen le prouvent en le laissant interpréter en ouverture un de ses morceaux dans son intégralité, et c’est effectivement très beau. Mais le talent ne garantit pas le succès et Llewyn collectionne surtout les déconvenues. Ses disques ne se vendent pas, son manager le fait tourner en bourrique — scène admirablement écrite où la surdité du vieux grigou devient paravent à sa pingrerie — il met enceinte la copine d’un autre chanteur, qui lui répète en boucle son statut de loser. Et il n’est même pas foutu de veiller sur le chat de ses hôtes, fil rouge d’un premier acte d’une

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Les Coen en ont sous le chapeau

ECRANS | Quelques semaines avant la sortie de leur excellent Inside Llewyn Davis, voici que revient sur les écrans Miller’s Crossing des frères Coen. Ce n’est que (...)

Christophe Chabert | Mercredi 9 octobre 2013

Les Coen en ont sous le chapeau

Quelques semaines avant la sortie de leur excellent Inside Llewyn Davis, voici que revient sur les écrans Miller’s Crossing des frères Coen. Ce n’est que leur troisième film, mais c’est déjà un des plus aboutis, même si cet accomplissement passera relativement inaperçu à l’époque. Lointainement inspiré de La Moisson rouge de Dashiell Hammett, il se situe durant la Prohibition et met en scène une guerre des gangs fictionnelle où les Italiens sont tenus en respect par un flegmatique ponte irlandais (Albert Finney), dont l’autorité sera contestée quand il entamera une liaison avec la sœur d’un bookmaker juif qui a eu le malheur d’arnaquer le boss rital du clan d’en face (un John Turturro déchaîné, chialant sa mère pour qu’on lui laisse la vie sauve). Au milieu de ce foutoir sentimentalo-criminel se tient, stoïque, Tom Reagan (Gabriel Byrne, dans son meilleur rôle), qui va passer d’un bord à l’autre en lissant le cuir de son Stetson, cherchant à payer ses dettes de jeu tout en sortant par le haut de ce panier de crabes. Le génie de Miller’s Crossing tient à l’incertitude qu

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Lean de mire

ECRANS | La saison commence en fanfare pour le cinéma de patrimoine avec une rétrospective David Lean sur l’imposant écran de l’Institut Lumière, mais aussi avec le lancement d’une nouvelle ciné-collection dont le programme revendique cette année son éclectisme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 23 août 2012

Lean de mire

Alors qu’on l’attendait plutôt du côté du festival Lumière, où elle aurait pu faire une superbe séance de clôture à la Halle Tony Garnier, c’est bien dans le cadre de la programmation "normale" de l’Institut Lumière que l’on découvrira la copie restaurée en HD de Lawrence d’Arabie, chef-d’œuvre absolu de David Lean. C’est un événement, tant le film mérite son titre d’archétype d’un cinéma total et monumental (par sa durée, par l’ampleur de sa mise en scène, par la complexité de ses enjeux) dont Hollywood s’échine à retrouver la formule. La bonne surprise, c’est que cette ressortie s’inscrit dans une rétrospective consacrée à Lean, où l’on pourra voir les autres grandes œuvres du réalisateur (Docteur Jivago, Le Pont de la Rivière Kwaï et La Route des Indes), ses adaptations de Dickens (Oliver Twist et Les Grandes Espérances) mais aussi des raretés (L’Esprit s’amuse et Heureux mortels, tous deux présentés le 5 septembre).

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Le grand silence

ECRANS | Analyse / Peu diserts sur leur œuvre, il faut écouter les frères Coen attentivement pour trouver dans leurs propos quelques clés d’analyse… CC

Christophe Chabert | Mercredi 16 février 2011

Le grand silence

Les Coen n’aiment pas parler de leurs films, comme beaucoup de grands cinéastes américains — de Ford à Fincher en passant par Hawks et Eastwood. Leurs premières interviews étaient avant tout des successions de blagues, et même l’honneur suprême de la Palme d’or à Cannes, qui plus est avec leur film le plus introspectif ("Barton Fink"), n’a pas vraiment changé la donne. Ce qui en ressort en général, ce sont des questions de méthode. Acteurs Ainsi confessent-ils que c’est la manière dont les personnages s’expriment qui les motive à construire leurs histoires. L’acteur est bel et bien le centre du cinéma des Coen, d’où leur fidélité à des comédiens (Clooney en est à trois films avec eux, Bridges et Brolin deux, tout comme en leur temps John Turturro et Steve Buscemi). Des acteurs qui acceptent par ailleurs de se soumettre à la vision des cinéastes, sans chercher à la déborder — leur expérience avec Nicolas Cage sur "Arizona Junior" fut douloureuse, l’acteur cherchant à proposer à chaque prise de nouvelles interprétations. Éclectisme Pour "True Grit", ils affirment ne pas avoir

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True Grit

ECRANS | Avec "True Grit", leur premier western, Joel et Ethan Coen reviennent à un apparent classicisme, même s’il est strié par des lignes obscures et intrigantes. Du grand spectacle et du grand cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 16 février 2011

True Grit

No country for old men n’était donc pour les frères Coen qu’un échauffement avant le grand départ vers l’Ouest, le vrai. Le shérif qu’incarnait Tommy Lee Jones ressemblait pourtant à l’ombre crépusculaire d’un genre débordé par la violence de nouveaux corps indestructibles venus du cinéma d’action (le tueur impitoyable campé par Javier Bardem). En cela, True Grit est une surprise ; non seulement il s’aventure totalement dans le western, adaptant un livre de Charles Portis déjà porté à l’écran par Henry Hathaway avec John Wayne (Cent dollars pour un shérif), mais il ne cherche jamais à prendre ses codes de haut par une attitude moderniste ou maniériste. Les Coen, qui dans leurs trois derniers films faisaient imploser les règles scénaristiques, optant pour des constructions audacieuses et anticonformistes, respectent ici les trois actes du matériau d’origine. Et parsèment le film de scènes inévitables : fusillades, grandes chevauchées dans des décors mythologiques, discussion autour d’un feu de camp, climax à reb

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A serious man

ECRANS | Sous des allures modestes de comédie noire, les frères Coen signent leur film le plus personnel, où leur maîtrise ahurissante interroge le hasard et l’absurdité de l’existence. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 14 janvier 2010

A serious man

C’est quoi, "A serious man" ? Une comédie juive ? Un drame de l’absurde ? Une fable philosophique ? Tout cela, en vérité… En tout cas, c’est un nouveau palier pour les frères Coen qui, depuis leur retour fracassant avec No country for old men, semblent redéfinir film après film les contours de leur cinéma. Pourtant, A serious man ressemble à une œuvre modeste : des inconnus au générique, un argument assez banal (dans les années 60, un père de famille juif subit une série d’événements qui vont l’emmener au bord du gouffre) et aucun morceau de bravoure au milieu de sa petite musique. La scène la plus spectaculaire est d’ailleurs son prégénérique : un conte yiddish où un homme, mort trois ans avant, revient manger une soupe chez un couple dont la femme finira par le poignarder, persuadée d’avoir affaire à un démon. Un conte à la conclusion incertaine : erreur tragique ou véritable fantôme ? Le principe d’incertitude, c’est justement ce qu’enseigne l’anti-héros du film, Larry Gopnik. Pour rendre concrète l’équation de Schrödinger, il utilise une petite fable : celle d’un chat dont on ne peut savoir s’il est mort ou vivant. Plus tard, alors qu’il ne sait plus commen

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Burn after reading

ECRANS | Après la claque "No country for old men", les frères Coen allaient-ils se reposer sur leurs lauriers ? Pas du tout… Cet habile détournement des codes du film d’espionnage offre la conclusion rêvée à leur “trilogie de la bêtise“ après "O’Brother" et "Intolérable cruauté". François Cau

Christophe Chabert | Mercredi 3 décembre 2008

Burn after reading

Les frères Coen ont écrit les scripts de No country for old men et de Burn After Reading simultanément, alternant les phases d’écriture d’un jour à l’autre. En voyant ce dernier, on devine le rôle cathartique qu’il a dû jouer dans le travail d’adaptation scrupuleux du roman de Cormac McCarthy : les Coen prennent un plaisir évident à brosser une galerie de personnages tous plus graves les uns que les autres, à les mettre dans des situations complaisamment grotesques - sans pour autant les juger avec condescendance, mais en faisant de leur idiotie l’un des moteurs de l’intrigue. Le film conte les mésaventures d’Osbourne Cox (John Malkovich, constamment au bord de la crise de nerfs), un agent de la CIA mis au rencard, trompé par sa femme au profit d’un érotomane et dont les mémoires atterrissent dans les mains du personnel d’un club de gym : Linda (Frances McDormand, géniale), la cinquantaine honteuse qui se rêve en bimbo retouchée, et son comparse Chad, littéralement abruti (Brad Pitt, incroyable). Ce qui ne devait être qu’une banale tractation va progressivement basculer dans un chaos incontrôlable. La conjuration des imbéciles

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No country for old men

ECRANS | Avec "No country for old men", les frères Coen réalisent un film rare, à la croisée du cinéma de genre (western, film noir) et du film d'auteur personnel, un concentré de cinéma brillant et intelligent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2008

No country for old men

Le désert, la route, des motels et des diners : un paysage américain traditionnel. Des tueurs, un magot, un shérif : des ingrédients empruntant autant au film noir qu'au western. Et un mélange d'humour noir, d'ultra violence et de métaphysique : l'archétype d'un film des frères Coen, tiré d'un roman de Cormac McCarthy. No country for old men pourrait se résumer à cette formule-là, et son commentaire à l'alchimie inexplicable qui s'en dégage. Difficile par exemple d'expliquer pourquoi les fusillades qui constituent le cœur du film sont si grisantes : une certaine perfection dans le traitement de l'espace, du temps et du son fait que l'on se sent immédiatement impliqué dans le suspense dément qui s'y instaure. Pareil pour la qualité du dialogue, point fort des frangins depuis un bail, mais atteignant ici un degré de maîtrise tel qu'il permet de rendre inoubliables les répliques laconiques du tueur implacable (Javier Bardem) comme le magnifique monologue final de Tommy Lee Jones. En cela, No country for old men est un film touché par la grâce. La musique du hasard Cependant, ce film impressionnant de maîtrise est aussi un film sur... le hasard. L

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