L'Institut Lumière se penche sur la carrière de Tim Burton

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Photo : © DR


Ces dernières années, on craignait avoir perdu Tim Burton. Ou qu'il se soit égaré lui-même dans les méandres de son propre imaginaire, recyclant ad nauseam ses obsessions et usant d'un Johnny Depp de plus en plus caricatural. Mais avec Miss Peregrine et les Enfants particuliers (2016), le réalisateur à l'improbable tignasse est si spectaculairement revenu du joker vauvert qu'on peut à nouveau arpenter sa carrière sans avoir l'impression de visiter un paradis perdu.

Enfourchons-donc la bicyclette de Paul Rubens pour Pee-Wee Big Adventure (1985), cette fantaisie barrée inaugurale portée par un clown ambigu ouvrant sa filmographie ; repartons à la rencontre des kyrielles de monstres plus ou moins amicaux semés par ses soins depuis Beetlejuice (1988) jusqu'à Frankenweenie (2012, version longue du court-métrage d'animation qui l'a fait connaître en 1984) en passant par ses musts que sont Edward aux mains d'argent (1990), son doublet récrivant à partir de l'obscurité la geste super-héroïque, Batman (1989) / Batman : le défi (un manifeste féministe à revoir, 1992) ou son conte hivernal réalisé par Henry Selick, L'Étrange Noël de Mr Jack (1993). Quasi indissociable des mélodies cristallines de son complice Danny Elfman, des ambiances de fêtes foraines déviantes et de la nostalgie du pays de l'enfance, Burton le pessimiste a aussi signé une fable lumineuse, Big Fish (2003) qu'on se plaira à revoir sur grand écran.

Quitte à jouer les grincheux de service, on regrettera encore que cette rétrospective s'interrompant en 2012 — avant l'amorce de sa renaissance créative avec Big Eyes — n'ait succombé à la tentation de l'intégrale. Et qu'elle fasse en outre l'impasse sur Alice au pays des merveilles (2010, première adaptation d'un Disney en prises de vues réelles) et Dark Shadows (2012, première apparition d'Eva Green, nouvelle muse de Burton). Des titres qui, malgré leurs redondances, présentent donc une importance certaine…

Rétrospective Tim Burton
À l'Institut Lumière ​du 9 janvier au 4 mars

Nuit Tim Burton
À l'Institut Lumière le samedi 13 janvier dès 19h avec Beetlejuice, Edward aux mains d'argent à 22h45, Mars Attacks! à 1h, Sleepy Hollow à 3h15


Beetlejuice

De Tim Burton (1988, ÉU, 1h32) avec Michael Keaton, Alec Baldwin...

De Tim Burton (1988, ÉU, 1h32) avec Michael Keaton, Alec Baldwin...

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"Miss Peregrine et les enfants particuliers" : abracadabra, Tim Burton est ressuscité !

ECRANS | Semblable à une histoire de X-men — où le Pr. Xavier serait chevelue et campée par Eva Green — ce conte fantastique permet à Tim Burton d’animer des mutants, des squelettes, de manipuler à sa guise son vieil ennemi le temps et (surtout) de signer enfin un bon film.

Vincent Raymond | Mardi 4 octobre 2016

Dépositaire des histoires de son grand-père qui vient d’être assassiné et énucléé par un monstre, un ado part à la recherche d’une boucle temporelle où vit depuis le 3 septembre 1943 Miss Peregrine et son orphelinat pour enfants doués de pouvoirs surnaturels. Son but ? Vraisemblablement les protéger, venger son aïeul et plus si affinités… Comme un enfant pour grandir doit se résoudre à abandonner ses antiques doudous chéris, fallait-il que Tim Burton se défasse de tous ses collaborateurs de longue date pour arrêter de tourner en rond — ou en vain ? Au rebut, Johnny “mono-expression figée” Depp, Helena “harpie transformiste” Bonham-Carter, Danny “boîte à musique” Elfman, pareils à des objets transitionnels le raccrochant à ses vieux pots éventés desquels il ne sortait plus que de vilaines soupes depuis des années. Il lui a sans doute fallu se faire violence pour aller chercher des talents compatibles avec son univers — certains, comme Eva Green, Terrence Stamp ou Bruno Delbonnel avaient déjà fait un round d’observation chez lui. Mais le résultat vaut le “sacrifice” : Miss Peregrine… e

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Big Eyes

ECRANS | De Tim Burton (ÉU, 1h47) avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston…

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Big Eyes

Il n’y a pas de scandale à dire que la carrière de Tim Burton a, depuis dix ans, pris du plomb dans l’aile. Entre serment d’allégeance à l’empire Disney — Alice au pays des merveilles — et déclinaison paresseuse de son propre style — Sweeney Todd, Dark Shadows — l’ex-trublion semblait rangé des voitures, VRP d’une signature graphique vidée de sa substance subversive. La surprise de Big Eyes, c’est qu’il marque une rupture nette avec ses films récents. Il y a certes dans cette histoire certifiée Amérique des sixties, des pelouses verdoyantes devant des pavillons soigneusement alignés, des coupes de cheveux parfaitement laquées et des peintures bizarres d’enfants à gros yeux — celles que dessine Margaret Keane mais que son escroc de mari va s’approprier, et avec elles gloire, argent et carnet mondain ; ce n’est toutefois qu’une surface de convention, dict

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Dark shadows

ECRANS | Tim Burton met un frein à la crise créative qu’il traversait depuis trois films avec cette comédie où il cherche à renouer avec la fantaisie noire de ses débuts, sans y parvenir totalement. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 10 mai 2012

Dark shadows

Dark shadows permet à Tim Burton de faire le point sur l’évolution de son cinéma ces dernières années. Il est frappant, à la vision du film, de voir qu’y cohabitent parfois au sein d’une même séquence, souvent d’un champ à son contrechamp, le cinéaste enclin au bricolage et à l’artisanat mais aussi son pendant récent, le réalisateur converti au numérique se contentant de griffer ses plans en illustrateur prodige. Plus encore, cette dualité se retrouve dans les deux thèmes abordés par le scénario : la figure du freak confronté au monde de la norme, et sa déclinaison contestable qui en fait le défenseur d’une petite entreprise familiale qui irait vendre au monde entier sa bizarrerie. On se souvient de l’épilogue craignos d’Alice au pays des merveilles, où Alice reprenait le flambeau paternel pour aller envahir le marché chinois… C’est à peu près là que commence Dark shadows : Barnabas Collins (Johnny Depp, qui cabotine plus intelligemment que d’habitude) est, au XVIIIe siècle, le jeune héritier d’une fortune construite par ses parents, prolos de Liverpool devenus richissimes entrepreneurs dans un port de pêche du Maine, dont ils ont littéralement

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Alice au pays des merveilles

ECRANS | De Tim Burton (ÉU, 1h49) avec Johnny Depp, Helena Bonham-Carter…

Christophe Chabert | Vendredi 19 mars 2010

Alice au pays des merveilles

Cette adaptation d’Alice au pays des merveilles n’en est pas vraiment une. Le récit de Lewis Carroll est réduit à un flashback de trois minutes en cours de film, et Tim Burton lui préfère l’Alice presque adulte de De l’autre côté du miroir. Mais c’est surtout le court poème Jabberwocky qui sert de matière principale à l’intrigue. Curieux tripatouillage scénaristique que le cinéaste confesse à haute voix à travers le personnage du chapelier incarné par Johnny Depp, qui s’obstine à faire d’Alice un garçon, comme s’il jouait dans un autre film. Avec un certain cynisme, Burton désigne ainsi ce qui l’intéresse ou pas dans cette lourde commande : la chenille opiomane plutôt que le lapin à gilet, l’univers de la reine rouge plutôt que celui de la reine blanche, les mésaventures de la bande déglinguée autour du chapelier plutôt que les aventures d’Alice… On a surtout l’impression que le cinéaste se contente de greffer son packaging habituel (sa signature graphique, ses acteurs, Danny Elfman…) sur un blockbuster boulimique et en trop bonne santé, un "Narnia" baroque, synthétique et en 3D — autant de partis pris qui corsètent la mise en scène plus qu’ils ne la libèrent.

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Un conte de fées déchiqueté

ECRANS | Reprise à l’Institut Lumière d’«Edward aux mains d’argent», premier volet de la collaboration fructueuse entre Tim Burton et Johnny Depp, et mise sur orbite d’un style baroque et féérique. CC

Christophe Chabert | Jeudi 25 septembre 2008

Un conte de fées déchiqueté

La ressortie française d’Edward aux mains d’argent n’est pas un hasard… En effet, ces jours-ci est créée à Paris son adaptation en comédie musicale, copie de l’original londonien — les Anglais sont friands de ce genre de transpositions ; un jour, ils seront capables de faire une Liste de Schindler, la comédie musicale ! Cela dit, cette reprise permet de constater que le film a déjà acquis une petite aura de classique, régulièrement programmé dans les cycles pour enfants et cité à raison comme l’œuvre ayant consacré l’esthétique de son cinéaste Tim Burton. Il s’agit aussi de la première rencontre entre Burton et celui qui devait devenir son acteur fétiche, Johnny Depp, avec qui il enchaînera ensuite des réussites comme Ed Wood ou Charlie et la chocolaterie, jusqu’à la déception de Sweeney Todd cette année. Ciseaux et marteauxAu commencement était un savant menant ses expériences dans son château gothique, loin au-dessus d’une banlieue pavillonnaire ripolinée aux allées impeccablement géométriques. Ce savant est un vieux fantasme du cinéphile Burton —

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Tim Story

ECRANS | Tim Burton, cinéaste, poursuit avec Sweeney Todd l'exploration de son univers gothique, baroque et poétique, en compagnie de son alter ego de comédie Johnny Depp. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 février 2008

Tim Story

Dans les années 80, le cinéma américain ne brillait ni par son audace, ni par sa folie. Alors que des cinéastes en costard cravate tournaient des produits plus lisses que le marbre toscan, et que Top Gun ou Le Flic de Beverly Hills triomphait au sommet du box-office, un garçon mal rasé et coiffé en pétard, ado attardé et geek complexé, mettait un joyeux bazar sur les écrans avec deux films déjantés : Pee Wee's big adventure et Beetlejuice. Décors factices soigneusement de traviole, personnages improbables aux obsessions déroutantes, univers morbide ou haut en couleurs : la légende Tim Burton était née. La force tranquille 23 ans plus tard, Tim Burton, qui va aujourd'hui vers la cinquantaine, n'a pas changé de coiffeur ; ses lunettes aux verres colorés sont aujourd'hui résolument sombres, et la panne de rasoir s'est transformée en bouc poivre et sel habilement taillé. Pendant la conférence de presse qu'il donne pour la sortie de Sweeney Todd, face à des journalistes unanimement conquis, il gère peinard son capital sympathie. Comme les frères Coen, comme David Lynch, Burton n'est pas du genre à com

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Sweeney Todd

ECRANS | Sommet de virtuosité formelle et de beauté plastique, collaboration parfaite entre un cinéaste et ses acteurs, drame macabre et sanglant d'une noirceur totale, le dernier Tim Burton a tout du grand film. Mais c'est aussi, hélas ! une comédie musicale... Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2008

Sweeney Todd

Mèche blanche tombant sur des yeux cernés au crayon noir, Sweeney Todd revient en bateau vers Londres, la ville de «toutes les pourritures». Un travelling impressionnant nous fait découvrir les rues grouillantes et les bas-fonds de cette capitale saisie à un moment de son histoire qu'on se garde bien de nous révéler... C'est dans une pension bancale aujourd'hui tenue par une plantureuse faiseuse de tartes écrasant les cafards avec son rouleau à pâtisserie que Todd vécut autrefois le drame qui a bouleversé sa destinée : convoitant sa jeune et jolie femme, le puissant Juge Turpin a condamné un modeste coiffeur nommé Benjamin Barker à la prison à vie. C'est en mort-vivant aux rasoirs aiguisés et à la soif de vengeance sans limite que Barker, devenu Todd, va orchestrer quinze ans après la mise à mort du juge. Et c'est en virtuose de la mise en scène que Tim Burton va lui donner chair, dans un festival d'images baroques, macabres, drôles, poétiques, en poussant son récit jusqu'à sa logique la plus noire : pas vraiment de gentils ici, puisque tous se livrent à leurs passions les plus sombres et dévastatrices, et finissent par se déchirer au sens strict (gorges tranc

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