Corbeille et somme : "Merveilles à Montfermeil"

Comédie | Fraîchement séparés, Joëlle et Kamel se côtoient tous les jours au sein de l’équipe de la Maire de Montfermeil, une illuminée rêvant, entre autres excentricités des années 1980, d’implanter une école de langues démesurée dans cette cité de banlieue. Cela n’arrangera pas leurs relations…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Photo : © Les Films du Losange


Intrigante et prometteuse, la séquence d'ouverture montrant le couple Balibar/Bedia se disputant en arabe devant une juge des divorces abasourdie aurait pu — dû ? — constituer l'alpha et l'oméga de cette pseudo comédie politique, mais authentique catastrophe artisanale.

Première réalisation solo de la comédienne-chanteuse intello (récemment enrubannée d'un hochet républicain, dans la même promotion que le patron de BlackRock), ce “machin“ a faux sur toute la ligne. La forme, tout d'abord : écrit et joué en dépit du bon sens, il offre à une troupe de bobos hors sol vêtu arty sexy l'occasion de glapir du cri primal dans un simulacre pathétique de Rendez-vous en terre inconnue. Le fond, ensuite. Prêchant une fraternité béate, infantilisant les administrés, le mal titré Merveilles à Montfermeil semble fustiger par le ridicule les exécutifs de gôche engagés dans un clientélisme social mâtiné de new age limite sectaire ; dommage, la Miviludes a du plomb dans l'aile. En tout cas, en recyclant ces clichés moisis, il donne des arguments à l'extrême-droite juste avant les municipales — on a vu plus judicieux, et plus drôle surtout. En fait, Jeanne Balibar aura été plus utile à la cause de Montfermeil en incarnant le bref rôle de la commissaire dans Les Misérables de Ladj Ly.

Merveilles à Montfermeil
Un film de et avec Jeanne Balibar (Fr, 1h49) avec également Emmanuelle Béart, Ramzy Bedia…


Merveilles à Monfermeil

De Jeanne Balibar (Fr, 1h49) avec Emmanuelle Béart, Ramzy Bedia, Jeanne Balibar

De Jeanne Balibar (Fr, 1h49) avec Emmanuelle Béart, Ramzy Bedia, Jeanne Balibar

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Joëlle et Kamel font tous deux partie de l'équipe municipale de la nouvelle Maire de Montfermeil, Emmanuelle Joly, mais ils sont en instance de divorce. Toute l'équipe travaille à la mise en œuvre d'une nouvelle et très surprenante politique, dont la pierre angulaire est la création de la " Montfermeil Intensive School of Languages ". Tandis que la ville change et prospère, Joëlle et Kamel se chamaillent…. Mais à l'occasion de la Fête de la Brioche, leur amour peut-il renaître ?


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Kakfa à la Méditerranée : "Terminal Sud"

Thriller | Un pays méditerranéen indéfini de nos jours, en proie à un conflit civil et religieux. Non aligné, un médecin tente d’exercer son métier malgré les tracasseries ordinaires et les incitations de ses proches à migrer en sûreté. Un jour, sa situation s’envenime malgré lui…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Kakfa à la Méditerranée :

Porté un Ramzy Bedia inspiré (comme il l’est souvent lorsqu’on lui confie un rôle dramatique), Rabah Ameur-Zaïmeche signe sans doute son film le plus abouti. Celui dont le récit s’avère le plus linéaire, mais surtout celui dont l’histoire est la plus universelle. Le contexte méditerranéen, l’évocation d’une guerre de décolonisation, la Nation déchirée et la question de la trahison… Autant de thèmes qui font écho à l’œuvre de Camus dont le cinéaste offre ici une forme de continuation contemporaine. Jusqu’à l’absurdité d’une séquence de torture qui, elle, renvoie moins à la pensée camusienne qu’à l’absurdité tchèque des procès de Prague (voir L’Aveu), quand des trésors de raffinements staliniens étaient mis en œuvre pour que des innocents s’accusent de forfaits dont ils ne connaissaient même pas l’existence. Terminal Sud Un film de Rabah Ameur-Zaïmeche (Fr-Alg, avec avert. 1h36) avec Ramzy Bedia, Amel Brahim-Djelloul, Slimane Dazi…

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Il leur manque des cases : "Les Aventures de Spirou et Fantasio"

BD BRADÉE | de Alexandre Coffre (Fr, 1h29) avec Thomas Solivérès, Alex Lutz, Ramzy Bedia…

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Il leur manque des cases :

Un rat d’hôtel roux déguisé en groom et un journaliste frustré en quête de scoop partent à la recherche d’un inventeur de génie enlevé par un atrabilaire maléfique, désireux de dominer le moooonde. Et voilà comment déboulent des bulles Spirou, Fantasio, Champignac et Zorglub… Réussir l’adaptation d’une bédé au cinéma tient de l’exploit, surtout lorsqu’il s’agit de l’école franco-belge : seul Alain Chabat s’en est tiré sans trop de dégâts (et encore, au risque de défriser la doxa, avec plus de réussite dans Le Marsupilami que dans Mission Cléopâtre). Les raisons expliquant qu’Alexandre Coffre achoppe sont obvies à la vision de ce film d’aventures bon marché. Par exemple, gratifier ses personnages principaux d’un air ahuri permanent et faire jouer à Alex Lutz — qui

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Chanteurs/cultes : "Coexister" de Fabrice Eboué

ECRANS | de & avec Fabrice Eboué (Fr, 1h30) avec également Ramzy Bedia, Guillaume De Tonquédec, Audrey Lamy…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Chanteurs/cultes :

Directeur de la branche musicale déficitaire d’une multinationale, Nicolas est sommé par sa PDG de produire un succès sous six mois. Au bout du rouleau, il décide de créer un groupe réunissant un prêtre, un rabbin et un (faux) imam chantant le vivre-ensemble et la concorde. Un sacré défi… Alleluia ! À partir de cet improbable argument, qui aurait pu aisément choir dans la comédie flasque et la bienveillance sucrée, Fabrice Eboué a su tirer une authentique satire prenant comme cible non pas les divergences entre les obédiences, mais les hypocrisies — rassemblant fidèles et mécréants. S’appuyant sur un trio excellemment choisi (Tonquédec/Cohen/Bédia, à la fois naturels et caricaturaux), complété par Audrey Lamy convaincante en ingénue-couche-toi-là et Mathilde Seigner plus que réaliste en capitaine d’industrie sans état d’âme, le comédien-réalisateur (dont le personnage ne se donne même plus la peine d’être cynique) repousse les limites de la provocation et du mauvais goût en restant dans les clous — si l’on ose. Jamais blessant, son très plaisant sens du corrosif

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La barbe ! (à ras) : "Barbara" de Mathieu Amalric

Biopic | de et avec Mathieu Amalric (Fr, 1h37) avec également Jeanne Balibar, Vincent Peirani…

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

La barbe ! (à ras) :

Une comédienne endosse pour les besoins d’un film le rôle de la chanteuse Barbara. On la suit hors et sur le plateau, tentant de s’approprier ce personnage fantasque et nocturne ; cette icône qui, en réalité, est une idole que fantasme un réalisateur obsessionnel… Mathieu Amalric succombe à son tour à la mode du biopic, tentant une approche conceptuelle d’un fragment de l’existence de la longue dame brune. En l’occurrence, il mêle les répétitions d’une actrice-jouant-Barbara à des images d’archives de l’authentique Barbara répétant en tournée. Un collage-hommage dont on devine l’intention : montrer la convergence de démarches artistiques absolues tout en provoquant un trouble visuel et mental chez le spectateur grâce à la “performance” de la comédienne. Las ! De confusion, il n’y a guère : le mélange d’images fait surtout rejaillir l’artifice et l’inanité du simulacre. Si Jeanne Balibar, tristement horripilante dans le surjeu maniéré dont elle est coutumière, semble donner l’impression de se regarder jouer — et de s’écouter chan

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"Une vie ailleurs" : critique et interview d'Isabelle Carré et Olivier Peyon

ECRANS | Epaulée par Mehdi, un assistant social, Sylvie se rend en Uruguay pour ramener en France son fils Felipe, enlevé par son père. Mais rien ne se passera (...)

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Epaulée par Mehdi, un assistant social, Sylvie se rend en Uruguay pour ramener en France son fils Felipe, enlevé par son père. Mais rien ne se passera comme prévu, et sa relation avec l'enfant prendra une tournure inattendue. Olivier Peyon vient du documentaire et ça se voit. Caméra à l’épaule au plus près des visages, toujours au bon endroit au bon regard, la forme singe presque le reportage. Elle ne mise pas sur la symbolique, ses acteurs véhiculant le sens du film jusqu’à une fin ouverte bienvenue. La puissance du mélodrame émane de la retenue et de la pudeur, laissant le soin au spectateur de reconstruire l’histoire. Incarnant la filiation absente chez Sylvie, Mehdi devient un père de substitution, cordon ombilical fragile et nécessaire pour grandir. En somme, Peyon montre ce qu’il y a de plus douloureux et complexe : l’incertitude des retrouvailles où même une mère peut être l’étrangère. 3 questions à... Isabelle Carré et Olivier Peyon La maternité présente de multiples facettes, difficiles à traiter pour certaines lorsq

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"À Jamais" : possession, le retour

ECRANS | de Benoît Jacquot (Fr-Port, 1h30) avec Mathieu Amalric, Julia Roy, Jeanne Balibar…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Un réalisateur meurt dans un accident alors qu’il travaille à un nouveau projet. Sa nouvelle compagne et actrice investit alors son absence, au point de ressentir comme une étrange résurgence de sa présence… Inspiré par sa nouvelle muse Julia Roy, l’infatigable Benoît Jacquot poursuit une œuvre habitée par le trouble en s’essayant au film de fantôme. Poursuivre, c’est d’ailleurs le principe de ce thriller “métapsychologique” adoptant un chemin labyrinthique, dupliquant réalité et souvenirs transformés ; faisant la part belle à l’onirisme et aux contours flous de l’état modifié de conscience. Les séquences s’enchaînent dans une splendide disjonction, comme une cascade de songes en mouvement. Sommes-nous dans le dédale d’un deuil impossible dégénérant en pathologie, ou bien assiste-t-on au contraire à son accomplissement — certes particulier ? L’ambiance que dispense Jacquot rappelle celle du mal-aimé Femme Fatale (2002) de DePalma ou de Alice ou la dernière fugue (1976), dont Chabrol disait qu’il était “hélicoïdal” ; des films envoûtants dans lesquels il faut savoir s’abandon

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"Hibou" : le style Dupieux se devine à chaque recoin

ECRANS | Un film de & avec Ramzy Bedia (Fr, 1h23) avec également Élodie Bouchez, Etienne Chicot, Philippe Katerine…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Si vous avez vu Frank (2015) de Lenny Abrahamson, portrait du leader d’un groupe de rock recouvrant sa tête d’une sphère pour parvenir à affronter le monde extérieur ; si vous avez lu/vu La Moustache (2005) d’Emmanuel Carrère, l’histoire d’un malheureux qui, après avoir rasé son attribut pileux, constate avec effroi que personne ne remarque la différence, et finit par s’interroger sur sa propre existence, alors vous pouvez faire l’impasse sur Hibou racontant comment un type ignoré par tous soigne sa self-estime en enfilant un costume de grand-duc — l’oiseau, pas l’artisto. Le style de Quentin Dupieux, dont Ramzy Bedia

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La Tour 2 Contrôle Infernale

ECRANS | De et avec Éric Judor (Fr, 1h31) avec Ramzy Bedia, Marina Foïs, Serge Riaboukine…

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

La Tour 2 Contrôle Infernale

Donner une suite à une comédie absurde n’est-il pas en soi absurde ? Éric et Ramzy semblent en convenir en tournant, quinze ans après, une préquelle à La Tour Montparnasse infernale. Même distribution (augmentée de Philippe Katerine), même humour vernaculaire pareil à un match d’impro verbale sans fin entre les deux potes, même sentiment d’épuisement à la fin — un Quentin Dupieux pour les canaliser et réaliser cela n’aurait pas été du luxe. Leur brillant compositeur semble lui aussi éreinté par sa contribution : alors qu’il avait signé pour Microbe et Gasoil de Michel Gondry une très plaisante bande originale, Jean-Claude Vannier marque ici le pas, au point d’emprunter à François de Roubaix un thème emblématique (La Vitesse, la Mort, dûment crédité au générique) pour ce qui est censé être le climax du film : sa séquence finale — Ludovic Bource avait eu recours à la même “facilité” dans The Artist, en reprenant la partition écrite par Bernard Herrmann pour Vertigo. Mais si certains en sortent sur les rotules, ce film rend une autre catégorie de spe

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Le Dos rouge

ECRANS | D’Antoine Barraud (Fr, 2h07) avec Bertrand Bonello, Jeanne Balibar, Géraldine Pailhas, Joana Preis…

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Le Dos rouge

Dans Le Dos rouge, Bertrand Bonello est Bertrand, cinéaste en quête d’inspiration pour un nouveau projet autour de l’idée de "monstruosité". Mais dans cette autofiction, les choses ne sont pas si simples : lorsque Bonello va présenter un de ses films à la Cinémathèque, c’est en fait un de ses scénarios non tournés — un remake de Vertigo du point de vue de Madeleine — qui est projeté ; et si certains acteurs jouent leur propre rôle (Pascal Greggory, Isild Le Besco), d’autres incarnent des personnages (notamment celui de Célia, tenu alternativement par une Jeanne Balibar en pleine autoparodie et par Géraldine Pailhas). Autant dire qu’aborder le film d’Antoine Barraud sans un certain nombre de clés rend sa vision pour le moins difficile, surtout qu’on ne sait jamais vraiment si le cinéaste prend au sérieux certains dialogues ridiculement pédants ou des séquences à la limite du grotesque — la chanson au téléphone, digne d’un Christophe Honoré, ou les conversations avec un Nicolas Maury pathétique d’absence à l’écran. Pourtant, comme dans son précédent Les Gouffres, Barraud a un sens réel de l’étrangeté, une envie de tordre ses images po

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Bis repetita

SCENES | Dans une extension du grandiose "Clôture de l'amour", l'auteur et metteur en scène Pascal Rambert disserte sur les rapports humains et le théâtre. Mais ses quatre stars, pourtant au meilleur de leur forme, ne parviennent à empêcher ce spectacle, pertinent autant qu’abscons, de patiner dans la prétention. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 27 janvier 2015

Bis repetita

Elle attaque, elle mord. Audrey balance ses sentences brute de décoffrage contre Denis, qui a regardé un peu trop tendrement Emmanuelle. Presque terroriste, la déflagration dure pas moins de 45 minutes. Scandant sa colère d'adverbes («oui parfaitement, très clairement»), elle demande si l'on peut «décrire ce qui a eu lieu.» Puis extrapole : «est-ce qu'on peut décrire le monde ? Est-ce que le langage est la description du monde ?». Car s'entremêlent ici, dans un gymnase dédié à une répétition de théâtre, le travail sur une pièce (sur la vie de Staline) et les rapports intimes des quatres personnes, amis, amants ou ex, qui la montent. Avec Clôture de l'amour, où déjà Aurdey Bonnet et Stanislas Nordey s'entredéchiraient,  Pascal Rambert avait produit un chef-d'oeuvre. Il reprend avec Répétition le même dispositif d'un théâtre où le dialogue est une addition de longs monologues et où les personnages fictionnels se confon

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Les Yeux jaunes des crocodiles

ECRANS | De Cécile Telerman (Fr, 2h02) avec Emmanuelle Béart, Julie Depardieu, Patrick Bruel…

Christophe Chabert | Mardi 8 avril 2014

Les Yeux jaunes des crocodiles

Il était presque fatal que le cinéma s’empare des best-sellers de Katherine Pancol, et c’est donc Cécile Telerman qui s’y colle avec Les Yeux jaunes des crocodiles. Laborieuse, irritante et impersonnelle, son adaptation s’applique à ne pas trahir le roman initial, si bien qu’on a l’impression de le feuilleter chapitre par chapitre, les séquences s’enchaînant mécaniquement sans liant dramaturgique. Tout ça pour raconter comment une bourgeoise superficielle et hautaine (Béart, qui cabotine assez mal) va se servir de sa sœur poissarde (Depardieu, qui se sort assez bien du marasme) pour assouvir ses rêves de réussite littéraire. Comme souvent dans le cinéma populaire français, la critique sociale n’est que feinte ; selon une optique contestable, on est une ratée parce qu’on ne fait pas d’efforts pour s’en sortir et la bêtise des riches profite involontairement à des pauvres dénués de pragmatisme. Ici, la caricature n’est là que pour conforter, et non pourfendre, un système qui ne peut envisager autre chose que l’argent comme gage ultime d’accomplissement. La sous-intrigue vaudevillesque entre Jacques Weber, Edith Scob et Karole Rocher l’illustre parfaitement, où la

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Avignon - Jour 1 - Static or not static

SCENES | "Par les villages" et "Remote Avignon"

Nadja Pobel | Jeudi 11 juillet 2013

Avignon - Jour 1 - Static or not static

En sortant de la cour d'honneur du Palais des Papes, 4h30 apres y être entré, un soulagement a envahi l'ensemble des spectateurs restés jusqu'au bout du solo de Jeanne Balibar, crispant quand il était audible. Car en adaptant Par les villages, long poème dramatique de Peter Handke, Stanislas Nordey, artiste associé de l'édition 2013 du Festival d'Avignon, a aussi fait le choix de l'anti spectacle. Autant l'enchaînement de deux monologues dans Clôture de l'amour ne manquait pas de puissance, autant l'exercice produit ici une ambiance mortifère, les émotions restant enfouies sous des gravas de logorrhée. La faute à une absence de réelle mise en scène - les acteurs, ultra-statiques, se parlent à dix mètres les uns des autres sur un plateau dont l'immensité offrait pourtant des conditions de jeu inouïes. Balibar n'est jamais dans son rôle, hautaine et absente à la fois. À cour, Olivier Mellano assure lui un splendide début de spectacle, avant que sa partition se fasse de plus en plus menue - et c'est d'a

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Bye Bye Blondie

ECRANS | De Virginie Despentes (Fr, 1h37) avec Béatrice Dalle, Emmanuelle Béart, Pascal Greggory...

Jerôme Dittmar | Vendredi 16 mars 2012

Bye Bye Blondie

Bloquée dans les 80's, ses années rebelles, Virginie Despentes continue de brandir le drapeau usé d'un féminisme baddass. Pour preuve Bye Bye Blondie, chronique sentimentale d'un couple de filles sous la forme vertigineuse et balourde d'un avant (l'adolescence et les années no future) après (l'embourgeoisement et l'âge adulte). Adaptation par elle-même de son roman, Despentes filme donc Gloria la punkette fan des Bérus devenue artiste au RSA, et Frances, son amoureuse en Fred Perry, qui deviendra star de la télé, mariée à un romancier gay pour une union libre. En se réunissant à quarante ans pour le grand amour, c'est évidemment plus que les sentiments qui sont mis à l'épreuve, mais les rêves de jeunesse au travers de la sexualité. Despentes se penche ainsi sur la fin des utopies, qu'elle découvre après tout le monde, pour un film nostalgique et utopique où l'âme punk (à choyer) fait un peu de peine. Depuis Baise moi, la mise en scène est devenue insipide et conformiste. Tout s'explique.Jérôme Dittmar

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Des vents contraires

ECRANS | de Jalil Lespert (Fr, 1h31) avec Benoît Magimel, Isabelle Carré, Ramzy Bedia…

Jerôme Dittmar | Jeudi 8 décembre 2011

Des vents contraires

Cinéma français et roman hexagonal font rarement bon ménage. Adapté du livre éponyme d'Olivier Adam, déjà coupable de Je vais bien ne t'en fais pas, Des vents contraires emprunte la même voie d'un terrorisme émotionnel en quête de vérité sur la vie. Suivant la reconstruction d'un père et ses deux enfants immigrés à Saint Malo après la disparition inexpliquée de la mère, le film trouve dans ce macguffin un pur prétexte de scénario pour filmer moins l'absence de l'autre au monde, que ce qui autorise à compenser le manque en soi. Cinéma de l'égoïsme et de l'état d'âme brulé au fer rouge par son ignoble petite intrigue rondement menée, Des vents contraires ne parle que de culpabilité et de fautes à excuser ; jamais d'un authentique amour en suspens. Du côté des pères qui en bavent, Lespert filme la vie comme une épreuve et avec le réalisme d'une thérapie de plateau télé. L'auteur est plus fin lorsqu'il observe les enfants, mais il a hélas pris le pire bouquin : gris, déprimant, vain.Jérôme Dittmar

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Ne change rien

ECRANS | De Pedro Costa (Fr-Por, 1h40) documentaire avec Jeanne Balibar, Rodolphe Burger, Hervé Loos…

Dorotée Aznar | Jeudi 21 janvier 2010

Ne change rien

Version longue d’un court métrage tourné en 2005, "Ne change rien" ressemble a priori à un documentaire sur Jeanne Balibar chanteuse. Mais venant de Pedro Costa, cinéaste radical qu’on sait très proche des Straub, il est évidemment plus que ça. C’est d’abord un portrait, au noir et blanc halluciné, de Balibar en muse. Un film sur son visage, émergeant d’une obscurité où la lumière perce avec la fragilité d’un songe, et surtout sa voix, dont le velours lascif imprègne la texture sonore. Plus encore, Costa enregistre et travaille la matière musicale. On a rarement montré avec autant de finesse et de partis pris stylistiques le processus créatif d’un groupe : puisque si le film est dédié à Balibar, il s’intéresse aussi à ses musiciens. Parfois répétitif (mais c’est l’idée), "Ne change rien" fascine par sa capacité à faire éclore une mélodie des ténèbres. JD

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Disco

ECRANS | de Fabien Onteniente (Fr, 1h43) avec Franck Dubosc, Emmanuelle Béart, Gérard Depardieu...

Dorotée Aznar | Mardi 25 mars 2008

Disco

Les Ch'tis peuvent dormir tranquilles... Ce n'est pas cet abominable Disco qui va leur faire de l'ombre ; au contraire, on espère que les spectateurs seront cohérents et infligeront à cette comédie cynique le camouflet commercial qu'elle mérite ! Après Camping, Onteniente et Dubosc touchent le fond : ils se débarrassent en cinq minutes de leur exposition pour s'enfoncer dans le développement fastidieux d'un scénario rachitique (un vieux beau espère gagner un concours de disco pour emmener son fils en vacances en Australie) reposant sur son seul acteur principal, qui ne joue à l'écran que de sa stupéfiante autosatisfaction. Le film s'enfonce alors dans un culte de la ringardise qui nie l'essentiel : l'esprit libertaire qui animait les années disco. Réac (la famille, l'amour, l'amitié virile contre la femme castratrice) et raciste (les Polonais en prennent pour leur grade), dialogué et filmé n'importe comment, il n'y a que deux leçons à tirer de ce nanar antipathique : même embourbé dans des projets improbables, Depardieu garde la classe. Et Le Havre, qu'Onteniente cherche pourtant à montrer comme un sommet de grisaille, est une bien belle ville ! CC

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