En salles : un été en famille

Cinéma | Bénéfice collatéral de sept mois de disette : il n’y aura pas de pénurie estivale dans les salles. Tout particulièrement pour les films parlant des familles ou à leur destination, et du désir de se libérer de son emprise sur un mode tragique, comique… voire les deux.

Vincent Raymond | Mercredi 30 juin 2021

Photo : © Caroline Bottaro


Variation multiple et ludique de Freaky Friday, Le Sens de la famille de Jean-Patrick Benes (30 juin) crée ainsi un chamboule-tout géant, où les esprits des parents, grands-parents et enfants naviguent dans les corps des uns et des autres sans fin pour une raison inconnue. S'ensuivent d'inévitables quiproquos glissant doucement vers un registre trash, changeant agréablement de l'injonction à faire de la comédie aseptisée. La fin qui ne résout rien permet (presque) de supporter le jeu de Dubosc — le seul à en faire des tonnes.

Plus archaïque est la famille des Croods, une nouvelle ère, second opus signé Joel Crawford (7 juillet), revisitant dans une pseudo-préhistoire d'heroic fantasy aux couleurs criardes la querelle entre anciens et modernes, mâtinée d'un remix du Père de la Mariée et de Mon beau-père et moi. Là encore, le finale délirant offre un relief inattendu à ce qui semblait s'engager sur les rails d'une animation ordinaire.

Animation toujours avec FRITZI de Ralf Kukula & Matthias Bruhn (7 juillet) explorant un passé plus récent et grisâtre : celui d'une petite fille est-allemande dont la meilleure copine a profité des vacances pour passer à l'Ouest. Un sujet politique et historique rendu abordable pour un public préado, grâce à l'intégration d'images d'archives et des séquences de cache-cache avec la Stasi (audacieux !).

Sisi la mifa !

Très différent est Aya et la sorcière de Goro Miyazaki, marquant une révolution pour les Studios Ghibli : le passage aux images de synthèse. Si l'esthétique trahit une certaine raideur et les couleurs manquent de luminosité, on retrouve ce qui a fait la gloire de la maison de Totoro : un caractère d'enfant effronté plus ou moins orphelin, de la sorcellerie, des démons mignons et une fin tire-larmes.

Des larmes, il y en a dans Profession du père (28 juillet) de Jean-Pierre Améris contant à hauteur d'enfance, l'emprise d'un père mythomane et tyrannique (extraordinaire Poelvoordre) sur son fils jusqu'à la rupture.

Rupture qu'évoque également Farid Bentoumi dans Rouge (11 août) où une infirmière, embauchée dans l'usine où son père est syndicaliste, découvre l'existence de pollutions cachées. Cette tragédie shakespearienne contemporaine résonant comme un Todd Haynes ou un Cayatte donne par ricochet envie de préserver l'environnement au sens large : naturel… et familial.


Le sens de la famille

De Jean-Patrick Benes (Fr, 1h32) avec Alexandra Lamy, Franck Dubosc, Christiane Millet

De Jean-Patrick Benes (Fr, 1h32) avec Alexandra Lamy, Franck Dubosc, Christiane Millet

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Un matin, les Morel se réveillent avec un gros problème. Ils découvrent que l'esprit de chacun est coincé dans le corps d’un autre membre de la famille ! Chacha, 6 ans, est dans le corps de Papa, Papa dans le corps de son ado de fils, le fils dans le corps de la grande sœur, la grande sœur dans le corps de la mère, et la mère dans le corps de Chacha…. Vous n’avez pas suivi ? Eux non plus. Et ce n’est que le début.


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Il est temps de rire : tour d'horizon de la rentrée cafés-théâtres et humour

Humour | De Tania Dutel à Pablo Mira en passant par Paul Mirabel ou Bérangère Krief, tour d'horizon de l'actualité humoristique de la rentrée.

Louise Grossen | Jeudi 9 septembre 2021

Il est temps de rire : tour d'horizon de la rentrée cafés-théâtres et humour

Commençons par Tania Dutel, en rodage à l’Espace Gerson du 27 au 30 octobre, pour nous rôder, nous aussi. Après le succès de son dernier spectacle en solo, Jonathan Lambert remonte sur les planches avec un one-man-show dans lequel l'acteur évoque l'histoire de son vrai prénom, choisi par son père : Rodolphe, c'est le nom de son nouveau spectacle qu'il jouera les 2, 3 et 4 octobre au Bouib- Boui. Espace Gerson encore : ne pas rater Le Chant des Baleines, jusqu’au 26 octobre. Plus tard dans la saison, les grands Paul Mirabel et Guillaume Meurice seront installés au Radiant, respectivement le 31 janvier et le 28 mai. Mieux vaut vous dépêcher de réserver. Pour les aficionados de la thérapie par le rire, Pablo Mira balance à qui veut l’entendre combien il est beau dans son one-man-s

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Stéphane Casez : « chez nous, vous allez vous marrer »

Café-Théâtre | À l’heure où les café-théâtres présentent leur nouvelle saison, Stéphane Casez, directeur des emblématiques Boui Boui, Rideau Rouge et Tontons Flingueurs, nous passe un coup de fil depuis sa galerie à Ibiza pour nous parler de ses trois salles lyonnaises.

Louise Grossen | Mardi 7 septembre 2021

Stéphane Casez : « chez nous, vous allez vous marrer »

Comment se portent financièrement vos trois salles au lendemain de la crise ? Stéphane Casez : Étonnement, plutôt bien. On a des chiffres équivalents à l’avant-crise en termes de fréquentation. On est très satisfait, même si on reste évidemment très prudent ! On ne sait jamais ce qui peut arriver, on l’a bien constaté cette dernière année. Tout est encore fragile. Quand ils ont annoncé la mise en place du passe sanitaire, on a eu une baisse de fréquentation immédiate, puis les gens sont peu à peu revenus. On s’est tellement habitué au chaos ambiant qu’on passe un été plutôt agréable ! Ça n’a pas été simple tous les jours, mais on a tenu le choc. Quid du public ? Il est au rendez-vous. Il semblerait que le public ait digéré le passe sanitaire très rapidement. On sent bien que les gens ont surtout envie de se marrer, et ça passe par une adaptabilité remarquable ! Tantôt on leur disait de garder le masque et de faire une chaise sur deux, tantôt il n'y avait plus de chaise et plus de masque, puis re des chaises... On a un public en or, qui sait que de toute façon le café-théâtre, c’est un peu rock’n'roll ! C’

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Fréquentation des salles à Lyon : chronique d’un été

Cinéma | Bousculées durant l’été par de nouvelles mesures sanitaires, les salles de cinéma se sont adaptées et ont fait mieux que résister dans un contexte difficile. Au bilan, une fréquentation en hausse, des gagnants et un moral retrouvé notamment à Lyon et Grenoble.

Vincent Raymond | Vendredi 20 août 2021

Fréquentation des salles à Lyon : chronique d’un été

Revenus du diable Vauvert et de sept mois (!) de fermeture, malgré l’arsenal de mesures déployées pour préserver la sécurité de ses clients-spectateurs, et surtout l’absence de foyer de contamination avéré constaté sur leurs sites, les exploitants cinématographiques ont vécu un ascenseur émotionnel depuis leur réouverture progressive le 19 mai dernier. Soumises à des jauges variables, au couvre-feu en vigueur dans leur territoire respectif jusqu’au 20 juin, à l’inexistence d’entente et de régulation entre distributeurs (et surtout, d’arbitrage par les tutelles) quant aux sorties, les salles ont ensuite vu avec effroi resurgir la concurrence de l’été — cette envie de sortir qui supplante celle de retrouver le grand écran. Et, pis que tout, la résurgence de la pandémie assortie du variant Delta avec un cortège de nouvelles restrictions. Au programme, un énième abaissement des jauges à 50 personnes et l’instauration du passe sanitaire (ou la présentation d'un test négatif de moins de 72h) pour la clientèle âgée de plus de 18 ans à compter du mercredi 21 juillet. « On est passé sous de nouvelles fourches caudines, soupire Bernard Wolmer

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“Rouge“ de Farid Bentoumi : poussée à boue

Thriller | De petits arrangements avec la sécurité dans une influente usine vont empoisonner l’environnement, les salariés et les relations familiale d’une infirmière trop jeune et trop honnête. Après la belle histoire Good Luck Algeria, Farid Bentoumi monte d’un cran avec cet éco-thriller tristement contemporain. Label Cannes 2020.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“Rouge“ de Farid Bentoumi : poussée à boue

Tout juste diplômée, Nour a été embauchée comme infirmière dans l’usine où son père est syndicaliste. Très vite, elle découvre l’existence de graves pollutions boueuses affectant l’environnement et les salariés, ainsi que de nombreuses complicités pour dissimuler ces empoisonnements… Ironie tragique, le rouge du titre ne renvoie pas à la couleur du monde ouvrier, celui-ci ayant pactisé avec le patronat autour d’intérêt communs ; en l’occurence sur le dos du monde vert. C’est d’ailleurs l’un des enjeux remarquables de ce film qui infléchit de manière pragmatique la démarcation entre “les bons et les méchants“. En vérité, on n’est plus dans la dialectique ancienne parant mécaniquement le prolétaire de toutes les vertus et l’employeur des pires turpitudes : la loi du marché est passée par là. Et les compromissions clientélistes successives des élus comme des représentants syndicaux ont fait le reste. Le capitalisme ayant horreur du vide (comprenez : de ne pas avoir une classe à exploiter impunément) a donc jeté son dévolu sur l’environnement, au sens large. Alerte rouge

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“Profession du père“ de Jean-Pierre Améris : complots de famille

Drame | Entre introspection et rétrospection, Jean-Pierre Améris s'approprie le roman autobiographique de Sorj Chalandon racontant une enfance face à un père mythomane. Une œuvre grave, complexe et cathartique, dominée par un Benoît Poelvoorde bipolaire tantôt exalté, tantôt féroce.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“Profession du père“ de Jean-Pierre Améris : complots de famille

Lyon, 1961. Émile a un père formidable : parachutiste pendant la guerre, membre d’une armée secrète opposée à de Gaulle, fondateur des Compagnons de la Chanson… Las ! Rien n’est vrai et la mythomanie paranoïaque de cet homme tyrannique contamine dangereusement Émile… Il faut parfois aller au plus près de soi-même pour toucher à l’universel et au cœur des autres. Jean-Pierre Améris en avait fait l’expérience avec son film sans doute le plus intime à ce jour, Les Émotifs anonymes (devenu comédie musicale outre-Manche) qui évoquait avec une délicatesse à la fois désopilante et touchante l’enfer de sur-timidité. Étonnamment, effectuer un détour peut également permettre d’accéder à des zones plus profondes de son âme. C’est le cas ici où la transposition du roman homonyme de Sorj Chalandon dont l’essence autobiographique fait écho à l’enfance du cinéaste. La proximité générationnelle et le cadre lyonnais commun ont sans doute contribué à rapprocher les deux histoires pour aboutir à cet hybride semi-fictif : un film épousant le point de vue d’un fils et tenant au

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“OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire“ de Nicolas Bedos : agent blanchissant

Comédie | OSS 117 continue ses “exploits“ en Afrique, où il échappe aux crocs des cocos comme des crocos et se trouve lesté d’un jeune partenaire… Un troisième volume en-dessous des deux précédents (Nicolas Bedos ne réalise pas tout à fait qu’il a pris la succession de Michel Hazanavicius), porté toutefois par son scénario et ses comédiens. Parfait pour clore un cycle et le festival de Cannes… devant un président de jury doté d’un solide sens de l’humour.

Vincent Raymond | Lundi 19 juillet 2021

“OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire“ de Nicolas Bedos : agent blanchissant

1981. De retour d’Afghanistan, Hubert Bonisseur de La Bath alias OSS 117 est affecté à de nouvelles fonctions administratives. Mais la disparition du jeune agent OSS 1001 en Afrique convainc sa hiérarchie de renvoyer en mission sur le terrain son “meilleur élément“… Doué en théorie de raison, l’Humain se distingue par son incomparable capacité à user au quotidien de déraison. Placez-le face à une boîte de biscuits au chocolat (et à l’orange) : même s’il sait que la vider d’un coup : a/ lui coupera l’appétit b/ l’écœurera c/ le privera d’en manger plusieurs jours durant, que croyez-vous qu’il fera ? La réponse d/ : il la bâfrera jusqu’au couvercle ! Au cinéma, c’est un peu pareil : lorsqu’une franchise de qualité fonctionne, se pose invariablement la question de la laisser à son apogée en cultivant la frustration du public… ou de courir le risque de lui offrir une suite, quitte à déchoir et décevoir. Mais comme le public a la mémoire courte et les poches profondes — vous souvenez-vous d’Indiana Jones et le Royaume du crâne du cristal (2008), le plus rentable au box office et cependa

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Bergman, Tati et une tortue rouge sur Netflix en mai

Plan Canapé | Puisque les cinémas vont rouvrir le 19 mai et que vous allez enfin pouvoir revoir des films sur grand écran, célébrez proprement votre rupture avec vos plateformes de VOD. Et justement, avec trois œuvres l’un des maîtres de la question, Ingmar Bergman, qui arrivent sur Netflix en mai.

Vincent Raymond | Vendredi 30 avril 2021

Bergman, Tati et une tortue rouge sur Netflix en mai

« En mai, fait ce qu’il te plaît ». Oui, bon, presque… En attendant d’aller se faire une toile au ciné, révisons quelques indispensables classiques d'Ingmar Bergman : Netflix ajoute dès le 1er mai à son catalogue des Danaïdes Le Septième Sceau (1957), Scènes de la vie conjugales (1974) et Sonate d’automne (1978), soit trois regards sur la vie (donc la mort), le couple et la famille. Le premier est un conte métaphorique, le second une série de saynètes sur la vie à deux — et l’adaptation d’une série télévisée qui, à l’époque de sa première diffusion, a eu plus de succès en Suède que GoT, La Casa de Papel et Les Simpson réunis — ; quant au troisième, il constitue un face à face perturbant entre une mère et sa fille autour d’un partenaire commun souriant sardoniquement de ses 88 dents : un piano. Leur force à tous trois : être puissamment

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Meilleurs vieux

Radio Nostalgie | Avec l'été des festivals revient en général l'heure de la nostalgie musicale et la programmation en cascade d'anciennes gloires de la pop, venues la plupart du temps rejouer leurs plus belles années (et les nôtres). Une tendance particulièrement lourde cette année. État des vieux. Euh... des lieux.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 juin 2019

Meilleurs vieux

Alors que Phil Collins vient d'enflammer le Parc OL pour achever de convaincre qu'il n'était pas plus fini que mort, en dépit de ses avanies médicales et que Mark Knopfler, chanteur et guitariste des iconiques bluesmen autoroutiers de Dire Straits est lancé dans une tournée d'adieu qui passe par la Halle Tony Garnier le 19 juin et par le festival Guitare en Scène en juillet, le business du dinosaure rock semble n'avoir jamais été aussi vivant que cette année en festival. Oh, la chose n'est pas nouvelle et il n'est point, on le sait, de festival digne de ce nom sans sa dose de grands anciens venus remuer un peu la fibre nostalgique d'un public toujours enclin à revivre en musique ses jeunes années. Rien de tel, à vrai dire pour rameuter les foules endormies par la torpeur estivale et/ou qui n'ont plus vraiment l'œil rivé sur l'actualité musicale et le dernier clip d'Eddy de Pretto. Mais cette année donne pourtant l'impression que le curseur est monté d'un cran. Alors, occasions faisant le larron, difficultés à dénicher de nouveaux talents ou des têtes d'affiches, constat froid du vieillissement de la population (et par là des idoles), volonté de s'assurer une

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Tout Melville : L’Hexagone noir

Rétrospective | L’Institut Lumière a débuté une rétrospective intégrale de l’œuvre trop brève du pape du film policier français, Jean-Pierre Melville. Chapeau bas !

Vincent Raymond | Mardi 14 mai 2019

Tout Melville : L’Hexagone noir

Il n'y a pas de plus profonde singularité que celle de Jean-Pierre Melville (1917-1973) dans le cinéma français. Si ce n’est celle d’Alfred Hitchcock à Hollywood… Peut-être… À l’instar de son aîné britannique, le réalisateur français a imprimé une double marque dans le genre policier : en construisant sa silhouette entre mille reconnaissable (lunettes noires & Stetson), mais également en définissant un style de récit où l’action est aussi blanche que les peaux livides et les décors gris, douchés par la pâleur des lumières artificielles. Où les personnages épousent les marges, frayent avec l’ombre, côtoient l’interlope ; où le plomb du silence pèse sur des hommes confrontés à leur solitude, à leur destin et/ou à leurs démons intérieurs. L’amuï américain Cette “formule” trouvant sa quintessence dans Le Samouraï (1967), Melville l’obtient, en patient alchimiste, à force non d’ajouts mais de soustractions et d’épure — ne dit-on pas less is more outre-Manche ? Inspiré par le roman et le cinéma noirs américains, comme par ses a

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Brassée façon bulgare : "Je vois rouge"

Documentaire | De et avec Bojina Panayotova (Fr, 1h23)

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Brassée façon bulgare :

Son père sculpteur et sa mère professeure ayant émigré de Bulgarie dans les années 1970, Bojina Panayotova a grandi en France. La récente ouverture des archives de son pays d’origine la pousse à partir enquêter sur sa famille, contre l’avis de celle-ci. Elle y découvrira d’inattendues collusions avec le régime communiste… Documentaire en voix-je comme son titre l’indique, ce film-enquête inscrit un récit familial dans la grande Histoire avec un mixte d’ingénuité et d’exhibitionnisme : Bojina Panayotova semble indifférente aux remarques embarrassées de ses proches lorsqu’elle leur annonce vouloir fouiller ce passé, pas plus qu’elle ne prend la peine de les prévenir qu’elle les filme ou enregistre leurs conversations à leur insu — à sa décharge, ce comportement à la hussarde ne traduit pas une intention malveillante de sa part ; il est en revanche assez emblématique des Millennials autocentrés. En découlent des crispations et des crises entre la fille et ses parents, faisant apparaître un psycho-drame extime comme second motif dans le documentaire, aux enjeux dramatiques si puissants — le tournage dev

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Véronique de Viguerie, Yemen la guerre qu'on nous cache

L'Œuvre de la semaine | Rares sont les images de la tragédie humanitaire qui se déroule au Yémen, aussi rares que le sont là-bas l'eau, la nourriture, les médicaments et le pétrole. Au (...)

Sarah Fouassier | Mardi 19 mars 2019

Véronique de Viguerie, Yemen la guerre qu'on nous cache

Rares sont les images de la tragédie humanitaire qui se déroule au Yémen, aussi rares que le sont là-bas l'eau, la nourriture, les médicaments et le pétrole. Au nord, la population subit les frappes de la coalition menée par l'Arabie Saoudite, des bombardements qui pourraient être perpétrés avec des armes achetées à la France. « On meurt de tout au Yémen » rapportait Véronique de Viguerie à France Info le 3 octobre dernier. La photojournaliste venait de remporter le prix prestigieux de Visa pour l'Image, ainsi que le Visa d'or humanitaire du Comité International de la Croix-Rouge (CICR). Pendant un an, Viguerie et sa consœur journaliste Manon Quérouil-Bruneel ont tenté d'accéder au nord pour couvrir « une guerre que l'on nous cache », dont le poids des chiffres est lourd : 15 000 morts civils, 60 000 blessés, trois millions de déplacés et un enfant qui meurt toutes les dix minutes. Les journalistes ne sont pas les bienvenus dans cette partie du globe. L'intégralité du reportage de Véronique de

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Chienne de guerre ! : "Le Collier rouge"

Pacifiste | de Jean Becker (Fr, 1h23) avec François Cluzet, Nicolas Duvauchelle, Sophie Verbeeck…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Chienne de guerre ! :

1919. L’officier Lantier doit instruire le dossier de Morlac, un héros de guerre accusé d’un mystérieux crime contre la Nation. Pendant qu’un chien aboie sans cesse hors de la caserne où le prévenu est retenu, Lantier cherche à comprendre et, pourquoi pas, à obtenir son élargissement… De Jean Becker, on espère encore la sécheresse et la sensualité d’un Été meurtrier ; hélas, depuis Les Enfants du marais, il semble préférer les crépuscules du passé ou d’un présent vitrifié. Parfois, cela donne des moments de grâce (le tendre La Tête en friche) ; parfois de fausses bonnes idées. Tel ce film-dossier montant tout une mayonnaise autour d’un acte que des yeux contemporains jugeront insignifiant de banalité. Car jamais il ne leur est permis d’épouser le regard de l’époque, ni de s’installer dans la mentalité d’alors. L’emboîtement des récits, la romance et la politique se marchent sur les pieds au point de se faire trébucher ; quant aux personnages, il n’ont pas le temps d’être incarnés dans leurs profondeurs

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"Les Lauriers-roses rouges" de Rubaiyat Hossain : à la scène comme à la vie

ECRANS | de Rubaiyat Hossain (Bang, 1h28) avec Shahana Goswami, Rikita Shimu, Mita Rahman…

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Dacca, Bangladesh. Roya, qui triomphe depuis douze ans dans une mise en scène conformiste du classique de Tagore Les Lauriers-roses rouges, doit s’effacer au profit d’une plus jeune actrice. Son mari, un homme d’affaires, lui fait alors part de son désir d’enfant, mais Raya se voit proposer une offre artistique exaltante… Nul n’est jamais exempt de contradictions. Prenez Roya : capable d’affirmer son indépendance en restant tête nue face à la pression islamiste ou de signer des analyses érudites du compositeur, écrivain et philosophe indien Tagore, elle accepte par ailleurs le confort prodigué par l’aisance financière d’un époux conservateur et de se fossiliser dans une lecture théâtrale archaïsante. Il faut que son apparence d’équilibre personnel vacille pour qu’elle prenne en compte la fausseté de son existence, sa non-congruence interne. Dessillée par sa soudaine fragilité, décentrée, elle peut enfin considérer le monde qui l’entoure et agir en conséquence : faire de son art œuvre utile, y compris en s’accomplissant elle-même. Révélateur des paradoxes d’une société a

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"Le Goût du tapis rouge" : raides carpettes

Documentaire | de Olivier Servais (Fr, 1h13) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

Dix jours en mai, leur vie s’interrompt, cependant qu’elle s’illumine. Guetteurs ou arpenteurs, ils forment une foule compacte s’agglutinant autour des marches du Palais des Festivals et roulant le long de la Croisette. Deux éditions durant, Olivier Servais a braqué ses regards vers ce peuple de l’ombre, les uns mendiant des paillettes aux étoiles, les autres œuvrant à leur service. Cannes vu par les vraies gens, hors apparat et coupe-file… L’idée était séduisante de partager un point de vue “plébéien”, extérieur, éventuellement dissonant — plutôt que les sempiternels clichés sur l’angoisse de la star au moment de gravir les escaliers ou l’art du concierge de palace à satisfaire ses caprices. Hélas, Servais semble parti tourner à caméra-que-veux-tu, et avoir ensuite effectué un collage à la diable de ses séquences, histoire de leur donner un cachet expérimento-impressionniste. Le résultat est fade, factice et soporifique. Cependant, s’il fallait retenir une chose de ce vrac, c’est que la faune statique des fanatiques du Festival est aussi diverse dans ses motiva

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Michel Pastoureau : « Je n'aime pas beaucoup "Le Rouge et le Noir" »

CONNAITRE | Amateur de roman policier, l'historien des couleurs, Michel Pastoureau vient commenter "Le Rouge et le Noir" de Claude Autant-Lara et le tableau "Les Otages" de Jean-Paul Laurens. En avant-première, cet amoureux des films... en noir et blanc, nous entretient ici du choix – parfois pragmatique et paradoxal – de ces œuvres, nous livre ses considérations sur la prégnance du noir et du rouge dans l'imaginaire du roman policier.

Stéphane Duchêne | Lundi 3 avril 2017

Michel Pastoureau : « Je n'aime pas beaucoup

L'amoureux des couleurs que vous êtes nourrit ce paradoxe de préférer de préférer les films en noir et blanc... Michel Pastoureau : C'est mon goût personnel, sans doute lié à mon enfance, j'avais une grand mère qui aimait énormément le cinéma et m'y emmenait fréquemment. Dans les années 50, le cinéma en couleur existait déjà mais la majorité des films étaient quand même en noir et blanc donc je me suis forgé une sensibilité, un imaginaire du cinéma en noir et blanc. Et je reconnais que le cinéma en couleur ce n'est pas tout à fait le cinéma pour moi, c'est un peu autre chose. À Quais du Polar vous venez justement présenter un film en noir et blanc, que l'on ne peut bien sûr détacher de vos travaux sur la couleur puisqu'il s'agit du Rouge et Le Noir adaptation du roman de Stendhal par Claude Autant-Lara (1954). Pourquoi ce choix ? Pour Quais du Polar, on m'a demandé de choisir un film qui ait un rapport avec la notion de polar, j'ai donc choisi quelque chose qu'il me serait assez facile de commenter, n'étant pas un spécialiste du cinéma (rires). A la fois parce que Le Rouge et le Noir c'e

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Les nouveaux bistrotiers

Restaurants | Deux nouveaux restos mettent au placard les flaflas et les prétentions et envoient au déjeuner des formules bistrotières à moins de 20€.

Adrien Simon | Mardi 6 décembre 2016

Les nouveaux bistrotiers

"Bistro : petit restaurant sympathique et modeste", dit le dico. Est-ce que Le Cercle Rouge, qui vient d'ouvrir à deux pas de l'Hôtel de Ville, est modeste ? Pas au sens de médiocre, c'est certain. Il est petit, par contre (quatre tables en bas, et un étage sombre) et pas prétentieux pour un sou. Ce n'est pas un bistro d'époque, ni un "néo" ravalé à la sauce nordique. Un resto sans esbroufe, sans déco non plus, mais sincère, à haut quotient qualité + fraîcheur + sourire + prix. Le patron est un reconverti : après des études de commerce, il a fait ses classes culinaires à l'Institut Paul Bocuse. Il a voyagé (Shangaï, Bahamas) et s'est rodé dans des cuisines étoilées. Le menu du soir offre des intitulés de plats mondialistes (courge au miso ; saint-jacques en tempura et algue nori ; ribs sauce bbq ; onglet de bœuf anglais au barbecue et sauce chimichurri). Mais ce qui nous intéresse ici, c'est la formule du déjeuner. Pour 19€, on pouvait manger, cette semaine, de petites saint-jacques snackées, posées sur un velouté de potimarron. S

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"La Tortue rouge" : enfin, Michael Dudok de Wit passe au long-métrage

ECRANS | Présenté en ouverture du Festival d’Annecy après un passage à Cannes dans la section Un certain regard, ce conte d’animation sans parole mérite de faire parler de lui : aussi limpide que la ligne claire de son trait, il célèbre la magie de la vie — cette histoire dont on connaît l’issue, mais dont les rebondissements ne cessent de nous surprendre.

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Le Néerlandais Michael Dudok de Wit aura pris tout son temps avant de franchir le pas du long-métrage. Pourtant, il devait se douter que, loin de l’attendre au tournant, le public ayant découvert — et apprécié — ses films courts multi-primés Le Moine et le Poisson (1994) ou Père et Fille (2000) avait grand hâte de voir sa poésie muette empreinte de tendresse se déployer dans la durée. Étonnamment, c’est du côté des studios nippons Ghibli que l’ancien résident de Folimage aura trouvé asile — il s’agit au passage d’une belle ouverture pour la maison fondée par Takahata et Miyazaki, qui n’avait jusqu’alors jamais accueilli d’auteur non-asiatique. Une collaboration somme toute logique : Dudok de Wit se trouve en parfaite communion philosophique et spirituelle avec ses aînés, chantres comme lui d’une relation pacifiée, d’une osmose retrouvée entre l’Homme et son envir

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Melville : Son nom est stetson

Rétrospective Melville | On a tendance à voir dans le polar un genre par essence américain, essaimant de façon univoque sur les autres continents et cultures. S’il suffisait d’un (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Melville : Son nom est stetson

On a tendance à voir dans le polar un genre par essence américain, essaimant de façon univoque sur les autres continents et cultures. S’il suffisait d’un homme pour dénoncer ce postulat, il aurait un chapeau de cowboy et des lunettes teintées d’aviateur californien. Son nom ? Jean-Pierre Grumbach, dit Melville, cinéaste français comptant parmi les plus déterminants stylistes du 7e art ; auteur d’œuvres épurées jusqu’à l’abstraction cristalline, et maître incontesté de plusieurs générations de réalisateurs nippons, étasuniens ou européens, revendiquant avec déférence son ombre tutélaire. Franc-tireur dans l’industrie, partisan d’un contrôle total de ses productions, Melville a su également extraire de ses comédiens une fascinante quintessence : d’abord, la grâce féline du jeune Belmondo ; ensuite, l’aura hiératique d’un Delon minéral. Deux de leurs trois collaborations ont été retenues par le cycle Ciné-Collection pour illustrer l’œuvre au noir de Melville : Le Samouraï (1967) bien sûr, où le comédien, mutique et glacial, trouva les contours de son personnage totémique ; et Le Cercle rouge (1972), le plus co

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Avec "Profession du père", Sorj Chalandon passe à l'âge adulte

CONNAITRE | Dans "Profession du père", Sorj Chalandon donne le premier rôle à son paternel dément et montre à quel point celui-ci a irradié ses six précédents ouvrages. Et, revenant dans la ville de son enfance, Lyon, plonge dans ses racines avec drôlerie et intrépidité. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 18 novembre 2015

Avec

En mai 2014, au détour d’une conversation qu’il nous avait accordée sur le thème de la traîtrise dans son œuvre, Sorj Chalandon évoquait son père : «Il est mort le mois dernier confiait-il sans détour. Je sais qu’il y aura des choses à faire et je sais que ce sera pour en finir définitivement avec cette figure. J’écris pour en finir avec (NdlR, l'Irlande, la guerre, le père). Il apparaît en filigrane dans tous mes romans». Ne connaissant pas ce vieil homme, nous étions alors obligés de le croire. Cet été, avec la parution de son magnifique nouveau roman Profession du père, Chalandon a donné des explications. Né par hasard à Tunis, il a longtemps vécu à Lyon. Et si jamais la ville n’est nommée dans son récit, elle se devine à travers ses rues et ses fleuves. Vaste, la cité est pourtant toute petite pour son avatar Émile Choulans – tiens, tiens, on parierait que le gamin qu’il était a rendu visite au fameux mammouth –, coincé dans son appartement «où la lumière restait dehors, épuisée par les volets». Pas de visite, pas d’amis, pas de famille si ce n'

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Le Dos rouge

ECRANS | D’Antoine Barraud (Fr, 2h07) avec Bertrand Bonello, Jeanne Balibar, Géraldine Pailhas, Joana Preis…

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Le Dos rouge

Dans Le Dos rouge, Bertrand Bonello est Bertrand, cinéaste en quête d’inspiration pour un nouveau projet autour de l’idée de "monstruosité". Mais dans cette autofiction, les choses ne sont pas si simples : lorsque Bonello va présenter un de ses films à la Cinémathèque, c’est en fait un de ses scénarios non tournés — un remake de Vertigo du point de vue de Madeleine — qui est projeté ; et si certains acteurs jouent leur propre rôle (Pascal Greggory, Isild Le Besco), d’autres incarnent des personnages (notamment celui de Célia, tenu alternativement par une Jeanne Balibar en pleine autoparodie et par Géraldine Pailhas). Autant dire qu’aborder le film d’Antoine Barraud sans un certain nombre de clés rend sa vision pour le moins difficile, surtout qu’on ne sait jamais vraiment si le cinéaste prend au sérieux certains dialogues ridiculement pédants ou des séquences à la limite du grotesque — la chanson au téléphone, digne d’un Christophe Honoré, ou les conversations avec un Nicolas Maury pathétique d’absence à l’écran. Pourtant, comme dans son précédent Les Gouffres, Barraud a un sens réel de l’étrangeté, une envie de tordre ses images po

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Terre débattue

SCENES | Il est parfois de très belles et lourdes productions qui accouchent de spectacles plus modestes mais pas moins importants. Aristide Tarnagda figurait en (...)

Nadja Pobel | Mardi 27 janvier 2015

Terre débattue

Il est parfois de très belles et lourdes productions qui accouchent de spectacles plus modestes mais pas moins importants. Aristide Tarnagda figurait en 2013 au générique de la magistrale adaptation d’Une saison au Congo d'Aimé Césaire par Christian Schiaretti, sa troupe permanente et le collectif burkinabé Béneeré. En cette rentrée du TNP très axée sur l’Afrique (cf. Les Nègres par Bob Wilson et en ce moment Une nuit à la présidence par Jean-Louis Martinelli), le Centre National Dramatique laisse carte blanche au comédien pour dire, sous la direction de Marie-Pierre Bésanger, metteur en scène corrézienne travaillée par l'exil et la ruralité, ses racines et ses déchirures. Interprétant deux frangins, l’un exilé à Paris, l’autre viscéralement ancré à sa Terre rouge, il fustige ainsi l’arrivée des machines (té

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Melville, cinéaste des ombres

ECRANS | La rétrospective que lui consacre l’Institut Lumière est l’opportunité de redécouvrir le cinéma de Jean-Pierre Melville, et en particulier ses films noirs mythiques, dont l’origine est à chercher dans l’expérience de la résistance et sa reconstitution à l’écran dans "L’Armée des ombres".

Christophe Chabert | Mercredi 8 janvier 2014

Melville, cinéaste des ombres

Les tueurs à pardessus et chapeau mou, les flics qui les traquent sans états d’âme, froids comme la mort qu’ils finiront par donner, et la fine frontière qui sépare parfois ces deux côtés de la loi : voici l’essence du cinéma de Melville tel qu’il a été légué à une longue postérité. Cette légende s’appuie, dans le fond, sur quelques films qui, au fil des reprises, remakes avoués ou déguisés et rediffusions télé, ont rendu son œuvre légendaire. Citons-les d’entrée : Le Deuxième souffle, Le Cercle rouge, Le Samouraï, Le Doulos et le très minimaliste et abstrait Un flic, sa dernière production, qui a été vue soit comme un accomplissement, soit comme une caricature desséchée de son propre style. Une anecdote fameuse raconte que Melville lui-même jouait de l’ambiguïté : quelques temps avant sa mort, il tente de convaincre un producteur de s’engager sur un nouveau projet. À sa secrétaire qui lui demande de quoi le film va parler, il aurait répondu : «Dites-lui seulement que ce sera un Melville…». Nom de guerre : Melville Né Grumbach en 1917, Melville rejoint la résistance tandis que la France est occupée par les n

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Le Printemps de Pérouges à Lyon

MUSIQUES | A l'instar de Jazz à Vienne, le Printemps de Pérouges profite de l'hiver pour investir notre bonne vieille capitale des Gaules. Et ce dès cette semaine (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 12 décembre 2013

Le Printemps de Pérouges à Lyon

A l'instar de Jazz à Vienne, le Printemps de Pérouges profite de l'hiver pour investir notre bonne vieille capitale des Gaules. Et ce dès cette semaine avec, les 13 et 14 décembre au théâtre Sous le caillou, la reprise par Marie Rigaud, accompagnée pour l'occasion d'un trio jazz, de son Cocorico Swing, fantaisie musicale, vocale et théâtrale autour d'un répertoire de chansons françaises allant de Boris Vian à Claude Nougaro, de Michel legrand à Serge Gainsbourg. Suivront deux diners musicaux, l'un lyrique (Bel canto au Caro, par les solistes du CNSM), l'autre jazzy (à l'Elleixir, par Tricia Evy et le trompettiste Dan Barnett), les deux chics et gastronomiques. Plus d'informations : http://www.festival-perouges.org Fantaisie musicale, vocale et théâtrale autour d'un répertoire de chansons françaises pétillantes! De Boris Vian à Claude Nougaro, de Michel legrand à Serge Gainsbourg - See more at: http://www.festival-perouges.org/programmation.php#sthash.Iu0Ocv9Z.dpuf

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Le divin Comédie

SCENES | Le CNP Odéon est mort, vive le Comédie Odéon, café-théâtre de 300 places dont les portes s'ouvriront pour la première fois au public lundi 31 décembre. En attendant de pouvoir vérifier s'il fera honneur à son titre (auto-décerné) de «plus beau café-théâtre de France», petit tour des propriétaires. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 12 décembre 2012

Le divin Comédie

Les cafés-théâtres, c'est comme les bouchons, il y en a tellement qu'on a arrêté de les compter. Heureusement, d'autres le font à notre place. La Direction des affaires culturelles de la Ville de Lyon, notamment, en recense pas moins de treize. De quoi estimer la ville suffisamment équipée en la matière ? Ce n'est pas le constat dressé par Stéphane Cassez, Marion Gervais et Philippe Giangreco, les codirecteurs du tout nouveau tout beau Comédie-Odéon : «Lyon est très bien pourvu en cafés-théâtres d'une centaine de places. Mais il y a une pénurie criante de salles de 300 places, particulièrement en centre-ville, qui sont le chainon manquant entre les cafés-théâtres traditionnels et les grandes salles comme le Transbordeur, le Radiant, la Bourse du Travail... Nous avons voulu ouvrir avec le Comédie Odéon une salle dans la veine du Splendid, à Paris, c'est-à-dire combinant le confort et les standards techniques d'un théâtre, comme des sièges de cinéma ou un plateau de 40 m², avec l'esprit de convivialité et l'accessibilité tarifaire propres au café-théâtre».

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«Plus d’offre crée plus de public»

SCENES | Stéphane Casey, comédien, metteur en scène, producteur de spectacles, directeur du Boui Boui et du Rideau Rouge à Lyon et du Palace à Avignon s’apprête à prendre la direction du Comédie Odéon, un nouveau lieu de 300 places avec Marion Gervais et Philippe Giangreco. Rencontre. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Vendredi 7 septembre 2012

«Plus d’offre crée plus de public»

L’ouverture de nouvelles salles de café-théâtre à Lyon répond-elle à une véritable demande du public ? Stéphane Casey : L’ouverture de nouvelles salles correspond, je pense, à une demande du public mais aussi à une demande de la production. Jusqu’à maintenant, les «gros» spectacles ne pouvaient pas venir à Lyon par manque de structures pour les accueillir. Certains spectacles ont besoin d’une grande salle. Disposer de salles de tailles différentes permet de proposer à la fois des artistes en développement et des artistes confirmés. Tous ne peuvent pas se produire dans la même salle. Le café-théâtre, c’est aussi du business, notre réflexion est forcément fondée sur la rentabilité car nous ne sommes pas subventionnés. Parallèlement à cela, à mon avis, plus il y a de restaurants et plus il y a de gens qui vont au restaurant. C’est un peu pareil pour les théâtres. Prenez par exemple les théâtres de Broadway : ils sont tous blindés ! Dans les limites de chaque ville évidemment, je pense que plus d’offre crée plus de public, c’est une spirale positive. Bien sûr, il y a une crise économique qui fait que les gen

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Podcast / Entretien avec Marie Hendriks

ARTS | Le château des Adhémar, à Montélimar, présente dans ses entrailles pierreuses l’artiste néerlandaise Marie Hendriks jusqu’au 15 Avril 2012

Dorotée Aznar | Mercredi 21 mars 2012

Podcast / Entretien avec Marie Hendriks

Date de première diffusion:  20 Mars 2012Emission n°102 Durée: 29’41 minInvité: Marie Hendriks, artisteContenu: Le château des Adhémar, à Montélimar, présente dans ses entrailles pierreuses l’artiste néerlandaise Marie Hendriks jusqu’au 15 Avril 2012. La jeune plasticienne revient sur son univers baroque lors de l’entretien qu’elle a livré aux Rendez-vous. Chroniques: MattCoco interroge ses chères têtes blondes sur la notion de conte; Michel Nuridsany chronique dans son salon l’exposition Néons à la maison rouge à Paris. Liens utiles :  Quelques mots sur l’exposition de Marie Hendriks sur culture.fr Retrouvez également : le blog des rendez-vous de la création contemporaine 

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La vie en rouge

MUSIQUES | "Rosa la Rouge", c’est un concert théâtralisé sur la figure de la révolutionnaire allemande Rosa Luxemburg, composé par la chanteuse Claire Diterzi. Un véritable coup de cœur. Aurélien Martinez

Dorotée Aznar | Jeudi 8 décembre 2011

La vie en rouge

Rosa Luxemburg en pasionaria pop ? Sur le papier, l’idée semblait aussi saugrenue que d’imaginer le Che en membre frétillant d’un énième boys band. Pourtant, Claire Diterzi l’a matérialisée en écrivant une quinzaine de chansons qui forment l’étonnant spectacle Rosa la Rouge, mis en scène par l’homme de théâtre Marcial Di Fonzo Bo. Avec l’idée de se servir de la figure historique de cette militante et théoricienne marxiste pour l’emmener plus loin. Ainsi, en 2011, Rosa Luxemburg envoie des SMS, possède une carte Ikea, et traite les hommes de couilles molles. Loin de la simple modernisation aguicheuse, Claire Diterzi a simplement souhaité tisser des ponts entre elle, artiste du XXIe siècle qui avoue être très loin de la politique, et Rosa Luxemburg, militante pacifiste qui mourut pour ses idées – et pas du tout de mort lente, puisqu’elle fut assassinée en 1919, à moins de 50 ans. Baby one more time Plus qu’un chant révolutionnaire, Rosa la Rouge peut donc se voir comme une ode à la figure féminine qu’était Rosa Luxemburg, comme nous l’a expliqué Claire Diterzi. «Je lui ai redonné toute la fantaisie qu’elle n’avait pas à l’époque d

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Les Nuits rouges du bourreau de Jade

ECRANS | De Julien Carbon et Laurent Courtiaud (Fr-HK, 1h38) avec Frédérique Bel, Carrie Ng…

Christophe Chabert | Mercredi 20 avril 2011

Les Nuits rouges du bourreau de Jade

La cinéphagie n’est pas forcément bonne conseillère en matière de réalisation. Carbon et Courtiaud ont eu un rôle critique majeur dans la découverte du cinéma de Hong-Kong. Pour leur premier essai derrière la caméra, ils livrent un fantasme de film-compilation aux transitions saugrenues, dont la production design semble être la seule raison d’être. D’abord érotique-chic, puis polar melvillien (avec Frédérique Bel en remplaçante d’Alain «Le Samouraï» Delon ; sans déconner !), puis torture-porn et enfin film d’action à la Johnnie To. Ce voyage à travers les films qu’ils adulent se fait à un insoutenable rythme de sénateur, et même les images les plus cradingues ne permettent pas de maintenir le spectateur en état de veille. Si le projet était sympathique sur le papier, il faut reconnaître que le résultat est assez navrant. Christophe Chabert

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Semelles au vent

CONNAITRE | À tout juste 28 ans, Pierre Ducrozet, a publié à la rentrée un premier roman décapant, "Requiem pour Lola rouge". Esquisse de portrait d'un jeune homme qui n’aime rien tant que bourlinguer et écrire pour tenter d’exister dans un monde trop poli à son goût. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 12 novembre 2010

Semelles au vent

L’anecdote est presque trop "vendeuse" pour être vraie : tout petit, à Lyon, où il est né, avant de dormir, Pierre Ducrozet inventait des histoires pour son grand-frère qui demandait la suite, soir après soir. Car avant d’être passionné par la lecture, ce jeune écrivain, âgé désormais de 28 ans, a surtout envie de «raconter des histoires». Après avoir dévoré les Arsène Lupin et autres Sherlock Holmes, Rimbaud ou les poèmes de Boris Vian qu’il a sous la main à l'adolescence, son entrée en littérature se fait via le Transsibérien de Blaise Cendrars, «ce livre a fait le lien entre la poésie que je lisais déjà et le roman». Pour l’anniversaire de ses 16 ans, Pierre reçoit de son père cinq ouvrages qui sont restés fondateurs : Mort à crédit de Céline, Lolita de Nabokov, Conte de la folie ordinaire de Bukowski, Bourlinguer de Cendrars et Tropique du Capricorne. De ce récit d’Henry Miller, il parle encore avec une émotion intacte : «je me suis assis sur mon lit, j’ai lu ce livre avec obsession, en sueur. Je me suis rendu compte qu’un livre pouvait changer la vie puisque je le ressen

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Les Âmes rouges

SCENES | Les Âmes rouges, ce sont ces trois femmes : la grand-mère, la mère et l'enfant qui se cognent les unes aux autres, se déchirent faute d'être capables de (...)

Nadja Pobel | Vendredi 19 février 2010

Les Âmes rouges

Les Âmes rouges, ce sont ces trois femmes : la grand-mère, la mère et l'enfant qui se cognent les unes aux autres, se déchirent faute d'être capables de s'écouter. La mise en scène de Marielle Hubert oscille entre la restitution du conte (Le petit Chaperon rouge) et la volonté de le dézinguer en faisant des incursions trash lors d'une séquence où le loup (formidable Yann Ducruet) se transforme en prostituée aguicheuse et comique dans les bois. Hésitant entre des formes de narrations enfantine et adulte, multipliant les pistes, ce spectacle de la compagnie La Folie nous suitmanque parfois d'unité mais offre de belles séquences pleine d'inventions entre danse et jeu. À voir à l'Elysée du 2 au 10 mars. NP

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Les Fous du roi

SCENES | Théâtre / En résidence aux Célestins, la compagnie des Lumas profite de ce moment dans le plus duveteux des théâtres lyonnais pour fouiner au fin fond de nos (...)

Nadja Pobel | Jeudi 12 mars 2009

Les Fous du roi

Théâtre / En résidence aux Célestins, la compagnie des Lumas profite de ce moment dans le plus duveteux des théâtres lyonnais pour fouiner au fin fond de nos contradictions. Le temps est à la séduction tous azimuts ? Voilà qu'Angélique Clairand nous sert un coaching amoureux énergique (le mois dernier, La Bête a deux dos)… La pantomime du pouvoir bat son plein ? Voici Rirologie, un spectacle court et dense qui explore toutes les voies pour accéder au trône. De batailles électorales pinaillées à une voie près (ah ! la monarchie participative…) en putsch sans idéologie autre que d'écraser l'autre, Éric Massé met en scène (et en jeu) le texte écrit pour l'occasion de Laurent Petit. Le bouffon est mort, trois individus pleurnichent sa disparition avant de s'écharper pour prendre sa place, donnant libre court à d'ingénieuses inventions de costumes et de décors (une piste dorée mais... glissante). Comme à leur habitude, les Lumas incluent le public dans le jeu de manière intelligente et surtout justifiée par la démagogie des personnages et non par celle des artistes, au risque parfois que ce recours à la salle casse légèrement la fluide et rapide mécanique du spectacle. Nous sommes le pe

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La Terre des hommes rouges

ECRANS | De Marco Bechis (Ita-Brésil, 1h45) avec Claudio Santamaria, Chiara Caselli…

Christophe Chabert | Mercredi 10 décembre 2008

La Terre des hommes rouges

La facilité sur un sujet pareil (la spoliation des Indiens en Amazonie entraînant leur lente et inexorable disparition) aurait été de faire un documentaire choc. Marco Bechis a opté avec courage pour une fiction qui prend ouvertement parti, un film engagé qui témoigne d’un sens visuel incontestable (belle utilisation du scope et de l’espace, attention portée aux corps et aux visages). Mais La Terre des hommes rouges est comme rattrapé par son indignation évidente, et le spectateur a toujours une longueur d’avance sur un récit bien peu surprenant, alignant les scènes prévisibles pour meubler avant l’apothéose finale. Ni contemplatif, ni vraiment dans l’action, le film nage entre deux eaux, seulement électrisé par quelques fulgurances. CC

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Le Chaperon rouge mis à nu

SCENES | Joël Pommerat offre une version du Petit Chaperon rouge épurée. Retour aux fondamentaux avec ce metteur en scène au travail limpide. A voir ou à revoir au théâtre de Vénissieux. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 3 décembre 2008

Le Chaperon rouge mis à nu

Tout le monde connait l'histoire du Petit chaperon, mais Joël Pommerat décide de la raconter comme si c'était la première fois. Il fait appel à un narrateur. Debout, droit comme un piquet, un peu sombre, omniprésent. Sa voix grave énonce : «La petite fille pensait souvent à la mère de sa maman. Elle y pensait tellement souvent qu'elle demandait si c'était aujourd'hui le jour d'aller la voir». Les dialogues sont économisés. C'est pour Pommerat un artifice peu nécessaire pour donner des informations. Le narrateur raconte ; les personnages, pantins désarticulés, incarnent. Transposé dans une époque qu'on devine être la nôtre, la petite fille n'a plus de chaperon ni de rouge sur les épaules ; elle s'ennuie, s'agrippe à une mère insaisissable, happée par une autre vie. Cette mère avance mécaniquement sur le plateau, trace de longues lignes en marchant sur la pointe des pieds. Un bruitage strident accompagne ses pas d'un claquement de talon. Pommerat dessine son espace scénique comme un architecte : un carré de lumière pour espace de jeu, deux chaises et des variations d'intensités d'éclairage pour construire une forêt, dire la balade insensée de la petite fille à la recherche de sa g

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Le Fond de l’air est rouge

CONNAITRE | CHRIS MARKER Arte vidéo

Christophe Chabert | Mercredi 7 mai 2008

Le Fond de l’air est rouge

Figure inclassable du mouvement rive gauche, contemporain de la Nouvelle Vague française, documentariste majeur et cinéaste expérimentateur, Chris Marker signait en 1977 le film-somme qui retrace toutes les luttes politiques de la fin des années 60 jusqu’au milieu des années 70. Découpé en deux parties, elles-mêmes divisées en deux, Le Fond de l’air est rouge passe du Vietnam à mai 68, de la mort du Che au Printemps de Prague, accumulant les images d’archives tout en les faisant dialoguer avec d’autres, fictionnelles (incroyable prologue où l’actualité rejoint les visions d’Eisenstein dans Potemkine). Au gré des combats, tous perdus malgré l’énergie déployée par ces activistes émergeant partout dans le monde, Marker dessine un portrait lucide et désenchanté de l’époque, comme s’il était le premier revenu des illusions et des utopies. Quelque chose a changé dans le fond, dans l’air, mais pas grand chose dans les faits et dans les enjeux de pouvoir. L’ironie des courts-métrages qui accompagnent cette édition prouve que Marker n’a jamais été dupe face à l’issue de ces bras de fer… La vraie grande surprise de ce film passionnant, c’est qu’il démontre que les caméras amateurs n’ont pa

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