Reportage de Jérémy Suyker sur la création à Téhéran

Septembre de la photographie | Le photographe Jérémy Suyker revient de Téhéran avec une série d'images sur les difficultés et la richesse de la créativité sous la censure du régime. L'insolence y est un mode de la liberté.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 septembre 2016

Photo : © Jeremy Suyker / item


« Jamais nous n'avons été aussi libres que sous l'occupation allemande », écrivait, provocateur, Jean-Paul Sartre en 1944... L'Iran n'est pas un pays occupé, certes, mais la censure y pèse de son poids qui n'est pas de plume, sur la création artistique. Le ministère de la Guidance islamique (équivalent du ministère de la Culture) soumet toute pièce de théâtre à son autorisation préalable, interdit aux chanteuses d'enregistrer un disque, hommes et femmes ne peuvent pas se toucher entre eux sur scène...

Malgré cela, la vie créative bouillonne toujours à Téhéran, jouant avec les limites du permis, bricolant des systèmes D, contournant la censure. C'est ce que montre le projet photographique de Jérémy Suyker, exposé à l'Atelier Item et publié dans la revue 6 Mois, intitulé Les Insolents de Téhéran.

Rester à l'ombre

Né à Paris en 1985, journaliste de formation, Jérémy Suyker s'intéresse à l'Iran depuis 2013, après avoir réalisé des reportages sur la guerre civile au Sri Lanka et sur les remous démocratiques en Birmanie. Pendant plusieurs mois, le jeune photo-reporter a rencontré de nombreux artistes à Téhéran : des danseurs, des gens de théâtre, des musiciens... Et sa série d'images, soigneusement composées, montre des artistes, en train de travailler ou en représentation, dans des appartements, des lieux undergrounds, voire une vaste et impressionnante grotte...

Si parfois les manifestations sont autorisées, tout se passe un peu "dans l'ombre" à Téhéran, dans des lieux marginaux, comme le soulignent aussi les clair-obscurs et les dominantes noires des images de Jérémy Suyker. Intéressé autant par la forme que par le fond de ses sujets, le photographe cherche, comme beaucoup de ses collègues, des voies nouvelles de production, de diffusion et de formalisation du photo-reportage, s'éloignant du journalisme factuel traditionnel. La fenêtre qu'il ouvre sur la création à Téhéran est à la fois informative et artistique.

Jérémy Suyker, Les insolents de Téhéran
À l'Atelier Item dans le cadre du festival Septembre de la photographie jusqu'au 19 octobre


Jeremy Suyker

Les insolents de Téhéran / Iran, photographie documentaire
Collectif item - L'atelier 3 impasse Fernand Rey Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Au Point du Jour, jouer pour déjouer les mensonges

Théâtre | Pour leur première création au sein du théâtre qu’ils dirigent depuis presque deux ans, Angélique Clairand et Éric Massé ont fait de l’écriture assez fade de Philippe Besson une pièce de théâtre sage.

Nadja Pobel | Jeudi 8 octobre 2020

Au Point du Jour, jouer pour déjouer les mensonges

Au commencement, posé sur une chaise, Philippe Besson est interviewé. Il répond aux questions d’une journaliste chignonée au ton sec et prétentieux ; disserte sur son métier d’écrivain, son homosexualité. Mais ce cadre très formel déjà se distord sous les coups d’une voix-off de l’un et l’autre via laquelle leurs pensées intérieures prennent le dessus et masque les discours convenus. Ce pas de côté va être le squelette de l’adaptation théâtrale que font Angélique Clairand et Eric Massé de Arrête avec tes mensonges, Paru en 2017, le roman est clairement autobiographique puisqu’il relate l’amour de jeunesse de l’auteur, avec un adolescent qui enfouira son identité sexuelle jusqu’à ce que son fils démêle les fils. Ces trois hommes sont l’armature de cette pièce qui se déroule essentiellement en 1984 puis en 2007 et en 2016 pour un épilogue malheureux et les trois acteurs endossent parfois plusieurs fois le même personnage selon son âge. Mieux : le Philippe adolescent et celui devenu écrivain à succès à 40 ans dialoguent, l’un donnant des conseils de couple à l’autre alors à l’aube de sa vie amoureuse. Ainsi le du

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Papa, maman, forbans : "Kajillionaire" de Miranda July

Comédie | Miranda July retrouve la tonalité du cinéma indé US du milieu des années 1980 à 1990.

Vincent Raymond | Jeudi 1 octobre 2020

Papa, maman, forbans :

Un couple d’escrocs semi-clochards et leur fille de 26 ans Old Dolio vivent de combines médiocres en attendant l’arnaque absolue. Attirée par cette famille atypique, une jeune beauté joint le gang. Et c’est le cataclysme intérieur… N’était le générique attestant leur présence à l’écran, on refuserait d’admettre que sous la défroque usée et hagarde des protagonistes se cachent Debra Winger et Evan Rachel Wood. Mais il y a aussi quelque chose de réjouissant à les (non) voir, puisqu’elles s’effacent totalement derrière des personnages, passant leur temps à se faire oublier d’un monde les ayant exclues. Avec ces bras cassés et son absurdité burlesque, Miranda July retrouve la tonalité du cinéma indé US du milieu des années 1980 à 1990 pratiqué par Jarmush, LaBute, DiCillo, Zwigoff voire Wes Anderson… — ne manque ici que Steve Buscemi pour assurer la caution vintage ! Si elle évite le maniérisme, elle ne résiste pas à un p’tit cliché en insistant lourdement sur l’obsession de Old Dolio pour le Big One. La méchanceté pure et la folie de ses parents rattrapent heureusement cette facilité.

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Eaux profondes au Point du Jour

Théâtre | Après l'avoir créé en début d'année au CDN de Valence, Éric Massé et Angélique Clairand amènent De l'Ève à l'eau sur les planches du Théâtre du Point du Jour : un spectacle très personnel qui ne convainc pas.

Nadja Pobel | Mardi 5 novembre 2019

Eaux profondes au Point du Jour

En français, en anglais, en ch'ti, en wolof, en parlange et même en langue des signes (le 12 novembre), De l'Ève à l'eau est un retour aux origines pour les auteurs, metteurs en scène et acteurs Angélique Clairand et Éric Massé qui se souviennent ainsi « d'où ils viennent » : d'une campagne française, d'où subsiste ce patois local qu'est le parlange dans lequel Ève signifie "eau". Via la figure d'une ancienne agricultrice, en prise à la démence et à des crises de coprolalie, c'est toute la paysannerie malmenée par les pouvoirs publics qui se trouve sur ce plateau, scénographié par Johnny Lebigot qui est allé chercher l'inspiration dans les fermes désormais abandonnées où a grandi le duo de concepteurs du spectacle : l'intime de la chambre au-dedans, la pagaille de la grange au-dehors. Mais cette trame du retour aux origines est envahie et déviée par des artifices inutiles voire dérangeants. Marais poitevin Ainsi dans ce qui est présenté comme une introduction, Éric Massé, en allant du fond de la salle vers la scène et après avoir fait part des odeurs de la campagne et du f

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Un nouveau Point du Jour avec Angélique Clairand et Éric Massé

Théâtre | Pour leur première rentrée en tant que directeur et directrice à la tête du Théâtre du Point du Jour, Angélique Clairand et Éric Massé s’associent à de jeunes collectifs qui ont le vent en poupe et proposent des entrées très diverses au théâtre (expositions, projets participatifs, immersifs et itinérants).

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Un nouveau Point du Jour avec Angélique Clairand et Éric Massé

Une photo d’un rassemblement spontané dans le parc de Gezi d’Istanbul prise en 2013 par Leonora Baumann, membre du collectif Item, orne la plaquette de cet An 1 du Point du Jour nouvelle ère. Ce cliché en dit long sur la volonté du duo élu de tisser des liens avec le territoire (Item est installé à Lyon), de regarder et considérer ceux qui luttent contre l’oppression (Gezi jouxte la place Taksim) et de s'ouvrir à d’autres arts. Deux fois par saison un journaliste, un photojournaliste, un metteur en scène et un interprète s’empareront d’un sujet d’actualité pendant une semaine. Ce Grand ReporTERRE aura pour thème la radicalisation politique en 2019-20. Par ailleurs, une expérience sensorielle et sonore, Fugueuses (en mai) par une jeune autrice tout juste sortie de l’ENSATT, Judith Bordas, se basera sur une collecte de témoignages des habitants du 5e arrondissement. De nombreux spectacles seront en langue des signes et d’autres nomades, en balade dans les quartiers de l’arrondissement. Passer la 5e Celui qui ouvre la saison sera en appartements : Elle et lui

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L’or dur de Naples : "Piranhas"

Drame | de Claudio Giovannesi (It, int.-12ans, 1h52) avec Francesco Di Napoli, Ar Tem, Alfredo Turitto…

Vincent Raymond | Mardi 4 juin 2019

L’or dur de Naples :

Naples, années 2010. La quinzaine conquérante, Nicola trépigne d’envie devant les gangs, leur argent facile et la crainte qu’ils inspirent, autant qu’il abhorre leur manière de rançonner les gens. En se liguant avec une famille sur le carreau, il va prendre le contrôle de son quartier… Adapté d’un roman de Roberto Saviano (qui en a co-écrit le scénario), Piranhas poursuit son examen des milieux mafieux entrepris avec Gomorra, l’enquête (suivie par le film de Matteo Garrone) qui avait mis en lumière le fonctionnement de la Camorra… et lui vaut la constante protection de la police. Mais à la différence de ce précédent opus, pratiquant le patchwork, la juxtaposition de lambeaux d’événements, pour restituer l’emprise tentaculaire de l’organisation criminelle et privilégiant une forme “documentarisante”, Piranhas ne craint pas d’adopter la structure plus conventionnelle d’un récit fictionnel.

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Véronique de Viguerie, Yemen la guerre qu'on nous cache

L'Œuvre de la semaine | Rares sont les images de la tragédie humanitaire qui se déroule au Yémen, aussi rares que le sont là-bas l'eau, la nourriture, les médicaments et le pétrole. Au (...)

Sarah Fouassier | Mardi 19 mars 2019

Véronique de Viguerie, Yemen la guerre qu'on nous cache

Rares sont les images de la tragédie humanitaire qui se déroule au Yémen, aussi rares que le sont là-bas l'eau, la nourriture, les médicaments et le pétrole. Au nord, la population subit les frappes de la coalition menée par l'Arabie Saoudite, des bombardements qui pourraient être perpétrés avec des armes achetées à la France. « On meurt de tout au Yémen » rapportait Véronique de Viguerie à France Info le 3 octobre dernier. La photojournaliste venait de remporter le prix prestigieux de Visa pour l'Image, ainsi que le Visa d'or humanitaire du Comité International de la Croix-Rouge (CICR). Pendant un an, Viguerie et sa consœur journaliste Manon Quérouil-Bruneel ont tenté d'accéder au nord pour couvrir « une guerre que l'on nous cache », dont le poids des chiffres est lourd : 15 000 morts civils, 60 000 blessés, trois millions de déplacés et un enfant qui meurt toutes les dix minutes. Les journalistes ne sont pas les bienvenus dans cette partie du globe. L'intégralité du reportage de Véronique de

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Re-territorialiser le Point du Jour avec Eric Massé et Angélique Clairand

Théâtre | Nommés début janvier à la tête du théâtre du Point du Jour après un long suspense, Angélique Clairand et Éric Massé précisent leur projet : profondément axé sur le territoire.

Nadja Pobel | Mardi 5 février 2019

Re-territorialiser le Point du Jour avec Eric Massé et Angélique Clairand

Gérard Collomb n’aura finalement pas cédé aux sirènes de Claudia Stavisky qui souhaitait faire du Théâtre du Point du Jour une annexe des Célestins. C’est lui qui, le 31 janvier, a introduit le baptême du feu d’Angélique Clairand et Éric Massé sous les ors de la République adoubé par la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes dont le directeur Michel Prosic a rappelé que ce théâtre avait « une ampleur locale, métropolitaine, nationale et internationale » et qu’il était une « marque de fabrique ». Jean-Louis Martinelli, Gwenaël Morin et plus encore Michel Raskine ont effectivement fait l’histoire et la renommée de ce lieu d’une taille intermédiaire rare à Lyon (280 sièges), au croisement des Scènes Découvertes et des grands plateaux. D’où le fait que ce lieu fut l’objet de la convoitise de 51 candidats puis de six "short-listés". Aucune création à l’ordre du jour Les vainqueurs ont, selon M. Prosic, étayé leur propos en quatre mots-clés : la diversité

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Éric Massé et Angélique Clairand nommés au théâtre du Point du Jour

Nomination | Au terme d'un long suspens et de quelques rebondissements, le duo Angélique Clairand et Éric Massé a été désigné par la DRAC et la Ville de Lyon pour diriger le (...)

Nadja Pobel | Jeudi 24 janvier 2019

Éric Massé et Angélique Clairand nommés au théâtre du Point du Jour

Au terme d'un long suspens et de quelques rebondissements, le duo Angélique Clairand et Éric Massé a été désigné par la DRAC et la Ville de Lyon pour diriger le théâtre du Point du Jour après le départ de Gwenaël Morin cet été. Ils seront en poste pour trois ans renouvable une fois. Ils ont été choisi parmi les six candidats de la short list qui attendaient le verdict depuis leur entretien avec les tutelles en octobre dernier. Recalés donc sont Abdelwaheb Sefsaf, Baptiste Guiton & Pauline Laidet, le collectif X, Olivier Coulon-Jablonka et Thierry Jolivet. Ce dernier était fortement soutenu par les Célestins, au point que le forcing de Claudia Stavisky auprès de Gérard Collomb, redevenu maire depuis le passage devant le jury, a beaucoup ralenti la désignation du candidat vainqueur et semé le trouble chez les candidats. Le comédien et metteur en scène Éric Massé est actuellement associé à la Comédie de Valence-CDN depuis 2010. Ce mois-ci, il y

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Emily Blunt : « Mary Poppins est une super-héroïne »

Le Retour de Mary Poppins | Suite lointaine d’un des plus grands triomphes des Studios Disney qui avait glané cinq Oscar (dont celui de la meilleure actrice pour Julie Andrews), "Le Retour de Mary Poppins" est le Disney de Noël 2018. Rencontre avec le réalisateur et l’interprète de la nounou magique…

Vincent Raymond | Lundi 24 décembre 2018

Emily Blunt : « Mary Poppins est une super-héroïne »

Signer la suite d’un film considéré comme un classique depuis un demi-siècle a de quoi impressionner, non ? Rob Marshall : À chaque étape, cela a été impressionnant. Et un travail colossal. Mais si quelqu’un devait s’atteler à la tâche, je voulais que ce soit moi, car ce film signifie énormément pour beaucoup de personnes de ma génération. Il fallait que cette suite reflète dignement l’esprit du film de 1964, même si la barre était particulièrement haute. Avec mes co-scénaristes Dave Magee et John de Luca, nous avons dû créer un script pour lier les parties musicales entre elles. Car les livres de P. L. Travers fonctionnent par épisodes ; il n’y a pas vraiment de narration liant les chapitres les uns aux autres. Puisque Le Retour de Mary Poppins dépeint l’époque de la Grande Dépression à Londres, il fallait comprendre les difficultés de cette période, qui trouve un écho très contemporain. C’était un exercice

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Mary à tout prix (et pareille à elle-même) : "Le Retour de Mary Poppins"

Comédie Musicale | De Rob Marshall (É-U, 2h10) avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda, Ben Whishaw…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Mary à tout prix (et pareille à elle-même) :

Trente ans se sont écoulés depuis le départ de Mary Poppins. La voici de retour, quasi identique pour s’occuper des enfants de Michael Banks, alors que leur père, jeune veuf, s’emploie à sauver leur maison d’une saisie. Heureusement, sa magie sera le sucre qui aidera la médecine à passer… Disons-le tout net, cette suite est une délicieuse mine de paradoxes. Tout d’abord parce qu’elle s'applique davantage à répliquer l’opus initial qu’à le prolonger, histoire de montrer l’immutabilité de la nounou — laquelle pourtant à changé de physionomie en changeant d’interprète. Ainsi le ramoneur est-il ici remplacé par un allumeur de réverbères (même genre de monte-en-l’air, en plus propre sur lui), l’oncle Albert s'envolant au plafond troqué par une cousine Topsy vivant tête-bêche, la séquence champêtre en animation par… une séquence champêtre en animation (avec une touche de cabaret en sus). Bénéficiant des évolutions techniques contemporaines, cette Mary Poppins est donc plus une 2.0 qu’une n°2. Mais si la trame se conforme à l’original, cet épisode se distingue

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Levons le voile... : "Téhéran Tabou" de Ali Soozandeh

ECRANS | Chronique rotoscopique de la vie de trois femmes et d’un musicien tentant de survivre dans une société iranienne aussi anxiogène qu’hypocrite, cette photographie sur fond sombre est émaillée, de par la forme choisie, d’instants de grâce visuelle. Implacable et saisissant.

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

Levons le voile... :

Vertus publiques et vices privés dans l’Iran d’aujourd’hui, où l’on suit quatre personnages d’un même quartier : un musicien voulant “réparer” la virginité d’une jeune femme avec qui il a couché en boîte, l’épouse d’un drogué contrainte à la prostitution et une femme au foyer aisée… À moins d’être aussi hypocrite que le soi-disant gardien de la morale apparaissant dans le film — un religieux usant de son pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles d’une femme en attente d’un divorce, d’un logement et d’une école pour son fils — personne ne s’étonnera de voir à quel point certains Iraniens peuvent se montrer accommodants vis-à-vis de la religion, tant qu’elle sert leurs privilèges ; peu importe si c'est au détriment des Iraniennes. Si l’État promeut la rectitude, l’élévation spirituelle, dans les faits, il encourage le dévoiement des règles, la corruption et récompense les bas instincts. Accents aigus Brutal, le reflet que Ali Soozandeh tend à la société iranienne n’a rien d’aimable ; il pourra même paraître déformé, du fait d

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Prison de filles : "Des rêves sans étoiles" de Mehrdad Oskouei

Documentaire | de Mehrdad Oskouei (Irn, 1h16) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 19 septembre 2017

Prison de filles :

Iran. Des jeunes femmes à la lisière de la majorité sont filmées dans leur quotidien de détenues d’un centre de “réhabilitation” pour mineures. Souvent en rupture de famille, certaines sont délinquantes, d’autres enceintes, voire mères ; toutes dans l’angoisse de leur sortie… Voilà un projet intéressant sur le papier, qui peine pourtant à aller au-delà de ses évidentes bonnes intentions. Notamment parce que le réalisateur parasite son propre film, en intégrant des interviews qu’il réalise, voix off, avec les détenues. De témoin, il devient acteur des événements ; il interagit avec eux. À ces “tête-à-tête“ trop polis pour être honnêtes (ont-ils été répétés ? Ont-ils été surveillés durant le tournage ?), on préfère les rares séquences d’imprévus, plus crues, montrant la détresse d’une gamine tétanisée par l’irruption de ses parents, ou une autre effondrée parce que sa grand-mère refuse de l’accueillir. Le cours d’instruction religieuse, abordant la question de l’égalité homme-femme, est aussi un grand moment.

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Collectif Item au Bleu du Ciel : résiste !

Photographie | Pour capter d'où s'expriment les résistances aujourd'hui, direction le Bleu du Ciel où s'exposent les images conjointes de We Report et du Collectif Item.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 12 septembre 2017

Collectif Item au Bleu du Ciel : résiste !

Faire de la philosophie ou créer une œuvre d'art, c'est résister à la bêtise, disait en substance Gilles Deleuze. « Résister à l'irrésistible » écrivait encore le poète Michel Deguy ! « On ne résiste qu’à ce à quoi l’on craint de ne pouvoir résister » poursuivait Françoise Proust, philosophe du concept de résistance... Dès fin du 20e siècle, les luttes et les expressions de la résistance - au pouvoir, à l'intolérable, aux inégalités... - ont pris des formes multiples, nouvelles. Parfois même, insoupçonnées et microscopiques à la manière d'un Bartleby qui, dans le récit de Melville, « préférerait mieux ne pas ». Les photographes reporters du collectif lyonnais Item (qui fête ses 15 ans) se sont acoquinés avec We Report pour interroger cette idée de la résistance contemporaine. Luttes... invisibles ? « Rexistance est née d’une volonté commune de travailler ensemble autour d’une thématique qui traverse les préoccupati

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La barbe ! (à ras) : "Barbara" de Mathieu Amalric

Biopic | de et avec Mathieu Amalric (Fr, 1h37) avec également Jeanne Balibar, Vincent Peirani…

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

La barbe ! (à ras) :

Une comédienne endosse pour les besoins d’un film le rôle de la chanteuse Barbara. On la suit hors et sur le plateau, tentant de s’approprier ce personnage fantasque et nocturne ; cette icône qui, en réalité, est une idole que fantasme un réalisateur obsessionnel… Mathieu Amalric succombe à son tour à la mode du biopic, tentant une approche conceptuelle d’un fragment de l’existence de la longue dame brune. En l’occurrence, il mêle les répétitions d’une actrice-jouant-Barbara à des images d’archives de l’authentique Barbara répétant en tournée. Un collage-hommage dont on devine l’intention : montrer la convergence de démarches artistiques absolues tout en provoquant un trouble visuel et mental chez le spectateur grâce à la “performance” de la comédienne. Las ! De confusion, il n’y a guère : le mélange d’images fait surtout rejaillir l’artifice et l’inanité du simulacre. Si Jeanne Balibar, tristement horripilante dans le surjeu maniéré dont elle est coutumière, semble donner l’impression de se regarder jouer — et de s’écouter chan

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Les 5 expos à voir cet été

ARTS | Non, tout ne ferme pas au 1er juillet : les galeries sont encore actives, et les musées vous accueillent durant toutes les vacances. Voici nos cinq expos à voir cet été, que vous soyez adeptes de photographie, d'art contemporain ou de visite pour toute la famille.

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 2 juillet 2017

Les 5 expos à voir cet été

1/ Lumière ! Le cinéma inventé au Musée des Confluences jusqu'au 25 février 2018 Inventeurs hors du commun (ils ont cosigné à peu près 240 brevets !), Auguste et Louis Lumière ont non seulement mis au point le cinématographe, mais aussi l'autochrome couleur, le photorama, les prémices du cinéma en relief... L'exposition du Musée des Confluences retrace, à travers une très agréable scénographie, cette saga de l'image en mouvement, qui est aussi une saga collective, familiale, industrielle et lyonnaise. 2/ Maria Loboda et Charwei Tsai à l'Institut d'Art Contemporain à Villeurbanne jusqu'au 13 août L'IAC ouvre ses espaces à deux artistes dont l'univers poétique et esthétique est aussi un univers fort énigmatique. La polonaise Maria Loboda propose un parcours entre architecture et archéologie imaginaires ; et la taïwanaise Charwei Tsai des vidéos, des aquarelles et des installations fl

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Jazz à Vienne : Hommages et Mary J. Blige

Jazz | Jazz à Vienne qui regarde souvent et encore vers l'avenir, en faisant mûrir en son sein les jeunes talents, jette un joli coup d'œil cette année au passé et à ses disparus sous la forme d'une demie-douzaine d'hommages, parmi lesquels Fela, Prince ou David Bowie. Sans compter quelques autres morceaux de choix (De La Soul, Mary J. Blige...) pour tous les goûts.

Stéphane Duchêne | Lundi 27 mars 2017

Jazz à Vienne : Hommages et Mary J. Blige

Si la 37e édition de Jazz à Vienne s'ouvrira sur un concert du Joe Cocker italien Zucchero en la soirée du 29 juin ; si l'événement du festival sera sans doute pour certains le retour de De La Soul en mode live band, le 1er juillet, et le même soir un concert hip-hop symphonique qui verra l'ONL, dirigé par Issam Krimi, accompagner MC Solaar, Ärsenik et BigFlo & Oli, rencontre inédite et mariage a priori improbable de la scansion rap et de la grandeur symphonique ; si le prodige aux 10 millions d'albums Jamie Cullum risque d'emporter tous les suffrages du public, c'est surtout le nombre d'hommages à des artistes disparus qui marque cette programmation 2017 du festival. Fela Day Cela commence le 2 juillet avec l'anniversaire des vingt ans de la disparition du père de l'afrobeat Fela Kuti auquel Jazz à Vienne consacrera une journée hommage gratuite. Au pr

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Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Entretien | Difficile de condenser en deux heures toute la seconde moitié du XXe siècle français en miroir avec les sentiments d’un couple d’écrivains : c’est pourtant ce qu’ont tenté Nicolas Bedos et son actrice/coscénariste Doria Tillier. Réponses et références seventies des intéressés.

Julien Homère | Mercredi 15 mars 2017

Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Est-ce que l’époque du film était déjà plantée dés l’écriture ? Doria Tillier : On s’est très vite arrêtés sur les années 1970. On les aime visuellement, humoristiquement et intellectuellement, avec l’état d’esprit dans lequel les personnages sont au début : la liberté, Beauvoir, Sartre, le quartier latin… Je trouvais cool que le film finisse aujourd’hui et pas en 2000 ou 2025. Cet univers correspondait naturellement aux personnages, et on ne s’est pas posé vraiment la question. Votre premier désir de cinéma découle-t-il de cette période historique ? Nicolas Bedos : Plus du côté des années 1990. Comme beaucoup de gens de ma génération, on s’était pris Tarantino, Kassovitz et Wong Kar-wai. Il y avait beaucoup de cinéastes dans des genres très différents à cette époque. C’était le début des grands formalistes américains comme Paul Thomas Anderson ou David Fincher

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"Aquarius" : péril(s) en la demeure

ECRANS | Guerre d’usure entre l’ultime occupante d’un immeuble et un promoteur avide usant de manœuvres déloyales, le deuxième long-métrage du Brésilien Kleber Mendonça Filho tient tout à la fois du western, de la fable morale, du conte philosophique melvillien et de la réflexion sur le temps.

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

Clara vit dans son petit immeuble en bord d’océan, l’Aquarius, depuis toujours. En apparence, tout le monde respecte cette ancienne critique musicale, brillante intellectuelle, mère de famille, ayant de surcroît survécu à la maladie. Les opinions à son encontre changent lorsqu’elle refuse une offre pour l’achat de son appartement : seule à résister à l’appât du gain, aux intimidations diverses du promoteur (et à ses manœuvres déloyales), elle essuie en sus l’hostilité des copropriétaires de l’Aquarius comme de ses enfants, favorables à la conclusion de la vente. Mais l’obstinée Clara est dans son bon droit… La Folle du logis Reparti bredouille de la Croisette, Aquarius mérite sa chance en salle. Ce combat du pot de terre contre le pot de fer est davantage qu’une chicanerie immobilière, même s’il corrobore incidemment les relations immorales entre le pouvoir (médias, religion, politique…) et les promoteurs — le Brésil est actuellement secoué par un gigantesque scandale de corruption dans lequel se retrouvent bien placées les omnipotentes entreprises de BTP du pays. Aquarius illustre surtout un très problématique (

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6Mois : décadrer le temps, recadrer l'image

Revue | Il existe des manières différentes de regarder le monde, sans le prisme d'une actualité speedée devenant insipide (primaires de la droite, de la gauche, des (...)

Nadja Pobel | Mardi 13 septembre 2016

6Mois : décadrer le temps, recadrer l'image

Il existe des manières différentes de regarder le monde, sans le prisme d'une actualité speedée devenant insipide (primaires de la droite, de la gauche, des verts, des bleus, des jaunes...). C'est ce que propose la revue XXI depuis 2008, comme sa petite sœur 6Mois née en 2011. Le bruit ambiant est laissé pour mort et cette rédaction (la même pour les deux titres) se concentre sur ce qui survit au brouhaha, explorant les grandes lames de fond du monde. Jeudi 15 septembre à la librairie Ouvrir l’œil (1er arr.), la journaliste Marion Quillard viendra présenter le dernier numéro tout juste paru de 6Mois, où il est question notamment de l'Iran au travers de trois récits imagés « car ce pays va compter dans les années à venir, de plus en plus de touristes le visitent, des accords sur le nucléaire ont été récemment signés... » dit-elle. Elle sera accompagnée du photographe Jeremy Suyker, fin connaisseur de cette région, qui avait précédemment publié ses clichés dans la revue et qui expose actuellement à l'Atelier Item (Les Ins

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Troubles photographiques

Tout ce qu'il faut voir | Lyon fourmille cet automne d'événements liés à l'image fixe : le retour du festival Lyon septembre de la photographie, une nouvelle édition de la foire Photo Docks Art Fair, de nombreuses expositions dans des galeries... Mise au point sur ce médium qui révèle moins notre rapport au réel qu'il ne le trouble profondément.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 septembre 2016

Troubles photographiques

Au 19e siècle, l'apparition de la photographie a fichu une trouille bleue aux peintres pensant qu'elle allait les dépouiller de leur job de représentation du monde, que l'appareil allait broyer la palette et l'automatisme de la machine la main humaine... Aujourd'hui, la photographie, au sens un peu classique du tirage sur papier, apparaît presque désuète, incongrue au regard des images qui défilent, immatérielles ou presque, sur nos écrans de portables, d'ordinateurs, de télévisions... Quel est ce curieux rectangle de papier qui ose parfois encore nous apparaître en noir et blanc, qui hante les cimaises des galeries ou les vieux albums de nos aïeux ? Par un drôle de paradoxe, ce médium que l'on craignait jadis pour sa "modernité" est devenu une forme de résistance à la dite modernité des images en flux continus : sur cette mince surface matérielle, viennent se déposer un peu de temps et de lumière, se découper une portion d'espace et de réel. À l'heure de "l'accélération" (Hartmut Rosa), du "visuel" (Serge Daney), de la "vites

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Un voyage en Iran

ECRANS | Quand un régime exerce un pouvoir excessif sur son peuple, abuse de son autorité et/ou confisque les libertés, alors s’élèvent des voix pour protester ou le (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 juin 2016

Un voyage en Iran

Quand un régime exerce un pouvoir excessif sur son peuple, abuse de son autorité et/ou confisque les libertés, alors s’élèvent des voix pour protester ou le dénoncer ; et celles des artistes sont souvent les premières à se faire entendre. Depuis l’instauration de la république islamique en Iran, les cinéastes ont multiplié les coups d’éclats : fictions et documentaires, tournés au grand jour ou sous le manteau, témoignent de la restriction démocratique, de la régression des droits des femmes et d’une certaine exaspération populaire. Dépassant le brûlot pour repenser la forme, le langage et les moyens de production cinématographiques, ces œuvres ont révélé plusieurs générations d’auteurs dont le talent est célébré partout dans le monde, sauf à Téhéran où certains sont emprisonnés (comme Jafar Panahi). Afin de savourer (ou découvrir) l’originalité de ce cinéma persan, l’association culturelle franco-iranienne de Lyon propose un double programme intégrant No Land’s Song d'Ayat Najafi, récent documentaire consacré à un projet-passerelle ô combi

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"Absence" : un film contemplatif, mais quelconque

ECRANS | Un film de Chico Teixeira (Br/Chi/Fr, 1h27) Avec Matheus Fagundes, Irandhir Santos, Gilda Nom

Vincent Raymond | Mercredi 1 juin 2016

Une contrainte oulipienne a dû être imposée ces derniers mois aux cinéastes sud-américains pour qu’ils intègrent dans leurs œuvres les paramètres suivants : a/ un homme entre deux âges, plutôt aisé, vivant seul et appréciant les adolescents ; b/ un adolescent (ça tombe bien) se débattant avec une vie de galère et nourrissant, sans forcément se l’avouer, une fascination trouble pour son protecteur. Chico Teixeira l’a relevée, ajoutant au passage une mère alcoolique pour faire bonne mesure et un père tellement démissionnaire qu’il vide les lieux dès la première séquence. Saupoudré de contemplatif, imprégné de frustrations, le résultat ne se distingue pas vraiment du tout-venant : le film est propre, mais terriblement quelconque.

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No Land's Song

ECRANS | de Ayat Najafi (All/Fr, 1h31) avec Sara Najafi, Parvin Namazi, Sayeh Sodeyfi…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

No Land's Song

Monter un concert avec des solistes féminines au pays des mollahs, où les voix non masculines sont prohibées… Le défi que s’est lancé la compositrice Sara Najafi rappelle le pari des Chats persans (2009) de Bahman Ghobadi, en particulier son jeu de cache-cache (de caméra) permanent. Najafi use de bien des contorsions pour parvenir à ses fins, mettant les autorités face à leurs contradictions et leur suprême hypocrisie — le documentaire rappelle qu’avant 1979, les Iraniennes pouvaient librement chanter et n’étaient pas spécialement voilées. Malgré des déconvenues, grâce à de la ruse légitime, on assiste à un concert-passerelle entre l’Iran et la France, avec, entre autres, Jeanne Cherhal et Élise Caron. VR

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Le pouvoir des mots

CONNAITRE | La Fête du Livre de Bron s'interroge sur les puissances et les impuissances de la littérature. Reprenant pour son 30e anniversaire la question "Que peut la littérature ?" posée lors d'un grand débat historique en 1964.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 2 mars 2016

Le pouvoir des mots

Le 9 décembre 1964, le journal Clarté invitait Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Jean-Pierre Faye, Jorge Semprun et quelques autres à répondre à la question : « Que peut la littérature ? ». Le débat entre le structuralisme et l'existentialisme battait son plein, mais Sartre lui-même, à cette époque, avait dépassé l'idée de l'écrivain ou de l'intellectuel engagé à la Zola ou à la Gide, simple dénonciateur de l'état du monde dans les pages des journaux et des livres. Il déclarait même en avril 1964 : « J'ai vu des enfants mourir de faim. En face d'un enfant qui meurt, La Nausée ne fait pas le poids. ». Dans son intervention, Sartre se focalise sur l'expérience du lecteur, expérience de liberté selon lui où le lecteur accède à un nouveau sens possible et global de son existence : « il s'agit simplement de lui donner une sorte de sens total de lui-même, avec l'impression que c'est la liberté qu'il y a derrière, qu'il a vécu un moment de liberté, en s'échappant et en comprenant plus ou moins nettement ses conditionnements sociaux et autres. » La littérature n'est pas hors du monde, mais expérience nouvelle du monde, inventant des lign

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Morgan Fache : «La rue, c'est toute leur vie»

ARTS | Rencontre avec Morgan Fache, photo-reporter du collectif Item qui présente l'exposition Dann'somin : sous le soleil de l'exclusion. Habitant La Réunion, il s'est penché sur le sort des sans-abris locaux, ces hommes et femmes qui «ont pris la route». Parmi tous ces visages, se détache celui de Guerrier.

Valentine Martin | Mercredi 1 juillet 2015

Morgan Fache : «La rue, c'est toute leur vie»

Vous traîniez depuis plusieurs jours à la boutique de solidarité de la fondation abbé Pierre avant de tomber sur Guerrier. Que cherchiez-vous exactement ? Morgan Fache : Je ne sais pas trop en fait. Ce qui était sûr, c'est que je voulais aborder La Réunion sous un autre angle, la montrer différemment de ce qu'on a l'habitude de voir. Rencontrer Guerrier a été une chance car sans lui je n'aurais jamais pu accéder au monde des marginalisés, de ceux qui ont "pris la route". Je n'aurais jamais pu les approcher. En fait, c'est simple, sans Guerrier il n'y aurait pas eu d'exposition, je n'aurais pas pu travailler comme je l'ai fait. C'est pour ça que j'en ai fait le personnage principal de l'exposition. Je l'ai suivi dans son univers pendant deux ans. Au final, c'est lui qui m'a choisi, qui m'a aidé et m'a montré. C'était donc logique d'en faire mon "héros". Je repense a

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L'envers de la Réunion en photos

ARTS | Le photographe Morgan Fache a suivi pendant deux ans les déclassés de la Réunion. Un travail de terrain plein de bienveillance à découvrir à l'Atelier Item.

Valentine Martin | Mardi 16 juin 2015

L'envers de la Réunion en photos

Avant, Morgan Fache était travailleur social. «Mais ça, c'était avant», car il est aujourd'hui photoreporter. De sa première vie, il a toutefois gardé sa sensibilité et son attachement aux plus défavorisés. Dans sa nouvelle exposition, il s'est ainsi penché sur les laissés pour compte de l'île de La Réunion, où il vit depuis plusieurs années. Tout commence par sa rencontre avec Guerrier, un homme abîmé par l'existence et qui, comme beaucoup d'autres, "a pris le chemin", expression locale signifiant qu'il vit dans la rue. Ce dernier entraîne le photographe dans son univers, à la rencontre de déclassés, hommes ou femmes, qui tentent tant bien que mal de survivre dans ce paradis trompeur : à la Réunion, le taux de chômage est de 29%, soit trois fois plus élevé qu'en métropole. Fidèle à la volonté du collectif Item, dont il est membre, de travailler sur le long terme, Morgan Fache a suivi Guerrier et les siens (Valdo, Ludovic, Estrella...) pendant deux ans. Tout au long de l'accrochage, qui compte trente-huit clichés, leur quotidien s'offre ainsi au regard comme en continu, entre excès d'alcool, de violence, de drogue et élans de solidarité.

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Un Moi(s) de cinéma #5

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Un Moi(s) de cinéma #5

Au sommaire de ce cinquième numéro : • Shaun le mouton de Nick Park • Lost River de Ryan Gosling • Taxi Téhéran de Jafar Panahi • Every Thing Will Be Fine de Wim Wenders

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Taxi Téhéran

ECRANS | Même frappé par une interdiction d’exercer son métier, Jafar Panahi est parvenu à réaliser cet extraordinaire film hors-la-loi où, en conduisant un taxi dans les rues de Téhéran, il met en scène une fiction drôle et puissante, réflexion sur un monde où l’image est à la fois libre et contrôlée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Taxi Téhéran

Le pouvoir iranien l’a décidé : Jafar Panahi n’a plus le droit de filmer, et ce pendant vingt ans — soit une forme de perpétuité. Que peut faire un cinéaste privé de son outil de travail ? Devenir chauffeur de taxi, ce qui est une autre manière d’avoir accès à une réalité que ce même pouvoir cherche à travestir. Mais on ne se refait pas : Panahi a truffé l’habitacle de caméras qu’il manipule à vue, passant ainsi des passagers à la rue. Un dispositif qui, se dit-on au départ, est avant tout une sécurité : une voiture reste un espace privé impossible à surveiller et propice à une libération de la parole — ce qu’Abbas Kiarostami, autre grand cinéaste iranien, avait montré bien avant Panahi. La première séquence de Taxi Téhéran fait d’ailleurs penser à Ten : deux clients qui ne se connaissent pas montent dans le taxi et une dispute éclate entre l’homme, qui fustige les gens qui volent et souhaite leur condamnation à mort pour donner l’exemple, et une institutrice affichant ses idées progressistes. Panahi semble s’engager sur l’autoroute d’un film didactique où les messages qu’il adresse aux autorités de son pays seront livrés sans filtre.

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Doc en packs au Toboggan

ECRANS | Pour sa cinquième édition, Les Écrans du doc se fraie un chemin entre les festivals de cinéma lyonnais du moment — Les Reflets au Zola, qui continuent cette (...)

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Doc en packs au Toboggan

Pour sa cinquième édition, Les Écrans du doc se fraie un chemin entre les festivals de cinéma lyonnais du moment — Les Reflets au Zola, qui continuent cette semaine, le Festival du cinéma européen, qui débute ce vendredi à Meyzieu — et tire largement son épingle du jeu. L’idée étant de monter des doubles programmes thématisés pour mettre en perspective la production documentaire actuelle, plutôt foisonnante. Ainsi, Mehran Tamadon sera mis à l’honneur ce mercredi avec ses deux films, Bassidji et Iranien, où lui, l’athée, se confronte coup sur coup aux défenseurs extrêmes de la République islamiste et à quatre mollahs, dans un dialogue de sourds qui serait drôle s’il n’était aussi tragique dans ses conséquences — Tamadon ne peut désormais plus retourner en Iran. Il sera présent pour débattre avec les spectateurs au cours de la soirée. Complémentaires aussi, les deux documentaires projetés le jeudi 19 qui montrent le calvaire des demandeurs d’emploi : côté pile, l’enfer bureaucratique de Pôle e

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Berlinale 2015, jour 2. Un taxi en Iran, Kidman et Herzog dans le désert…

ECRANS | « Taxi » de Jafar Panahi. « 600 Miles » de Gabriel Ripstein. « Histoire de Judas » de Rabah Ameur-Zaïmeche. « Queen of the desert » de Werner Herzog.

Christophe Chabert | Samedi 7 février 2015

Berlinale 2015, jour 2. Un taxi en Iran, Kidman et Herzog dans le désert…

Les hostilités ont vraiment commencé aujourd’hui dans la compétition à la Berlinale avec la présentation de Taxi de Jafar Panahi. C’est, pour une multitude de raisons, un choc, mais un choc en douceur, à l’image de son réalisateur, dont le sourire et le visage empreint de bonté irradient l’image chaque fois qu’il en occupe le centre. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, Panahi a été interdit d’exercer son métier de cinéaste par les autorités iraniennes suite à sa participation aux manifestations contre le régime. Et pourtant, il continue à faire des films dans la clandestinité, entre les murs de sa maison ou, comme ici, avec un courage remarquable, à l’air presque libre, dans les rues de Téhéran, faux taximan et vrai filmeur qui a truffé l’habitacle de caméras qu’il manipule à vue. Dans la première séquence, on assiste à la querelle entre un partisan de la peine de mort et une femme voilée, professeur dans une école, qui lui reproche sa sévérité et le soupçonne de défendre ses propres intérêts. À cet instant, le dispositif rappelle évidemment Ten de Kiarostami, dont il serait une version «pirate». Mais, dès que ces deux premiers passag

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Du cœur au ventre

SCENES | C’est une histoire qui semble presque remonter à la préhistoire tant elle est rude, tant elle nie la femme, sa maternité et son intégrité ; «Arrange-toi !» (...)

Nadja Pobel | Mardi 4 novembre 2014

Du cœur au ventre

C’est une histoire qui semble presque remonter à la préhistoire tant elle est rude, tant elle nie la femme, sa maternité et son intégrité ; «Arrange-toi !» répond-on seulement à sa douleur. C’est pourtant une histoire du XXe siècle, celle de Vittoria, une jeune femme calabraise de 28 ans qui décide d’avorter – fatalement dans la clandestinité – de  son huitième enfant. Et qui, plus tard, se saignera pour payer à sa petite-fille un vrai médecin à Milan, loin (croit-elle) des faiseuses d’anges qui portent bien mal leur nom. Ce récit oral, véridique, est devenu littérature sous la plume d’un homme, Saverio la Ruina, dramaturge contemporain parmi les plus célèbres de son pays. Celle qui le porte à la scène (la pièce a été créée au TNP en octobre dernier), Antonella Amirante, avait signé l’an dernier une étrange et intriguante quoique parfois désincarnée Variations sur le modèle de Kraepelin. Avec ce texte, autrement plus direct et d’une certaine manière plus chaleureux que le précédent, elle s’autorise à créer une vraie scénographie, attention

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Lumière 2014, jour 5 – Comédie érotique d’un après-midi d’automne

ECRANS | «Overlord» de Stuart Cooper, «Trains étroitement surveillés» de Jiri Menzel, «Andreï Roublev» d’Andreï Tarkovski.

Christophe Chabert | Samedi 18 octobre 2014

Lumière 2014, jour 5 – Comédie érotique d’un après-midi d’automne

Le festival Lumière entre dans sa dernière ligne droite, et même s’il reste deux jours de projections et encore pas mal de choses à découvrir, l’envie est grande de lever le pied et de se faire simplement plaisir. Autant dire que la nouvelle d’une projection surprise de Piège de cristal en présence de son mythique réalisateur John MacTiernan ce samedi à 20h45 à l’UGC Ciné Cité Confluence a fait l’effet d’une petite bombe. Non seulement parce que le film est génial, mais aussi parce que MacTiernan sort d’une année passée en prison, et qu’il est toujours bon d’aller lui témoigner sa gratitude de spectateur. On en reparle demain, bien entendu. D’ailleurs, pendant que la plupart des festivaliers saluaient la remise du Prix Lumière à Pedro Almodóvar, on s’est offert une «grande projection» — la seule de cette section — celle d’Andreï Roublev de Tarkovski. Pas vraiment un film de distraction, certes, même si on se disait en entrant que Lumière était quand même un festival à part. Quelle autre manifestation pourrait, un vendredi soir, remplir une salle de 350 places avec un film russe de 3 heures vieux de quarante-cinq ans ? Qui plus

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Perte de mémoire de nos pères

SCENES | Sur un beau texte de Davide Carnevali, Antonella Amirante signe une pièce malheureusement trop clinique pour préserver la force de son sujet : la déchéance mémorielle d'un homme atteint de la maladie d'Alzheimer. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 20 mai 2014

Perte de mémoire de nos pères

Ça commence par des amnésies lacunaires, qui jaillissent en des torrents de questions dont les réponses rentrent par une oreille et ressortent par l'autre. Ça se poursuit par des sautes d'humeur si insensées que l'amertume d'un café peut devenir prétexte à un saccage. Viennent ensuite la confusion temporelle et l'oubli : d'un même mouvement, un époux ressuscite et un petit fils devient un visiteur anonyme. La perte complète de l'autonomie n'est alors plus qu'une question de semaines. La mort, elle, aussi silencieuse et diffuse que celle d'une plante trop longtemps privée d'eau, pourra se faire attendre des années. Ces symptômes, ce sont ceux de la maladie d'Alzheimer, et ils rythment Variations sur le modèle de Kraepelin. Au sens propre : la pièce de l'Italien Davide Carnevali est à l'image de la mémoire de son personnage principal, un vieillard en plein formatage de disque dur, fragmentée, parfois incomplète, souvent redondante, globalement incohérente et, en cela, d'une grande justesse, y compris dans sa manière de raconter comment cette saleté neurodégénérative déteint sur l'entourage – en l'occurrence un fils, dont l'impuissance s'exprime tour à tour par de

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Les Bruits de Recife

ECRANS | Formidable premier film du Brésilien Kleber Mendonça Filho, cette exploration d’une psychose sécuritaire au motif incertain importe les codes du cinéma de genre dans un récit prenant, mis en scène avec un sens spectaculaire de l’espace et du son. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 mars 2014

Les Bruits de Recife

Un jeune couple s’embrasse goulûment dans une ruelle ; un gamin frappe son ballon contre un mur ; un chien aboie la nuit… Ce sont les bruits que les résidents de ce quartier aisé de Recife entendent dans les premières séquences du film. Bruits anodins mais que cette classe moyenne paranoïaque, persuadée d’une menace alentour, prend comme la manifestation d’un danger. À cela s’ajoute le vol chronique d’auto-radios et l’arrivée de deux individus proposant d’assurer jour et nuit la sécurité des habitants… Et voici lancée l’implacable mécanique de ce premier film signé Kleber Mendonça Filho — un nom à retenir impérativement. La multiplication des personnages laisse à penser que Les Bruits de Recife va travailler une chronique chorale sur le modèle Dodeskaden… En fait, sa structure en chapitres trace un dessin beaucoup plus complexe ; si chaque destin semble avancer de manière autonome, une même angoisse sourde les réunit. Mais quelle en est la cause ? Les pauvres qui traînent dans les rues sont tous intégrés dans cet écosystème économique — les femmes de mén

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Les Vieux Chats

ECRANS | De Sebastián Silva, Pedro Peirano (ÉU-Chili, 1h29) avec Belgica Castro, Claudia Celedón…

Christophe Chabert | Vendredi 20 avril 2012

Les Vieux Chats

Octogénaire incapable de quitter son domicile lorsque l’ascenseur tombe en panne, Isadora mène une vie paisible avec Enrique, son compagnon aimant et dévoué. Tout le début du long-métrage des Chiliens Sebastián Silva et Pedro Peirano s’intéresse à ce couple et son appréhension du temps qui passe, à l’image de leurs deux vieux chats errant dans ce grand appartement. Un calme troublant qui volera en éclats quand apparaîtra Rosario, la fille d’Isadora, et son amie bien décidée à se faire appeler Hugo. Deux tornades qui ont en tête de déloger la vieille dame pour récupérer l’appartement et financer une entreprise d’importation de savonnettes du Machu Picchu. Le basculement opéré par cette arrivée place le film sur une autre pente : celle de l’affrontement larvé mais inéluctable entre une mère et sa fille incapables de s’entendre. Et c’est justement quand ce huis clos à quatre se transformera en face-à-face, avec le départ d’Enrique et d’Hugo, que la situation implosera littéralement dans une longue séquence à la force cinématographique et poétique puissante. Aurélien Martinez

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Je m'appelle Bernadette

ECRANS | De Jean Sagols (Fr, 1h49) avec Katia Miran, Michel Aumont, Francis Huster…

Jerôme Dittmar | Vendredi 25 novembre 2011

Je m'appelle Bernadette

Qu'attendre d'un film sur Bernadette Soubirous par le réalisateur d'épisodes de Navarro, L'instit ou Cœurs brûlés ? Certainement pas un miracle. Plutôt un téléfilm gonflé jusqu'à la gueule : casting, lumière, mise en scène, dialogues, costumes, décors, accessoires, effets spéciaux, tout fait cheap ; Je m'appelle Bernadette est l'équivalent cinématographique d'une bondieuserie achetée à Lourdes. La seule chose qui sauve, un peu, le film de Jean Sagols, est son idée de scénario : traiter l'histoire de Bernadette d'un point de vue historique. En dévoilant comment la police, l'église, la population, la presse a joué un rôle au sein d'un récit qui bouleverse la raison de son époque, Sagols décortique le phénomène et se révèle pédagogue. Mais en l'absence totale de style pour donner forme à son sujet, le film est d'une platitude assommante que la béatitude niaise de son actrice enfonce toujours plus. Personne n'avait besoin de ça. Jérôme Dittmar

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Piranha 3D

ECRANS | D’Alexandre Aja (ÉU, 1h28) avec Elizabeth Shue, Adam Scott…

Christophe Chabert | Mercredi 1 septembre 2010

Piranha 3D

Devenu officiellement réalisateur de remakes à Hollywood, Alexandre Aja n’a visiblement plus qu’une solution : s’amuser des commandes opportunistes qu’on lui passe en laissant libre cours à sa cinéphilie gore et déviante. Après le fiasco de "Mirrors", le voilà aux commandes de cette nouvelle version surfant sur la mode 3D d’une série B de Joe Dante, elle-même décalquée sur "Les Dents de la mer". Le résultat, aussi improbable que rigolo, est un grand tour de montagnes russes répondant au programme de son affiche : sea (enfin, un lac…), sex (un tas de bimbos aux mensurations affolantes) and blood (croyez-nous, ça charcle sévère, mais presque toujours dans la bonne humeur). Plus conceptuellement, Aja fait coexister à l’intérieur de ses plans deux types d’images : celles, à peine modernisées, d’un film d’exploitation années 70 (avec un petit côté Grindhouse ; d’ailleurs, voilà Eli Roth qui vient faire coucou) peuplé de clins d’œil (Christopher Lloyd en savant fou) et se déroulant essentiellement à la surface ; sous l’eau, en revanche, ce sont des images numériques déchaînées, prétextes à toutes les extravagances (sommet : un pénis avalé puis recraché par un Piranha !) et à tous les

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Tournée

ECRANS | Débordant de vie, avec tout ce que cela comporte d’euphorie, de déprime, de coups de cœur et de coups de gueule, Tournée est avant tout un film de flux et (...)

Christophe Chabert | Mercredi 23 juin 2010

Tournée

Débordant de vie, avec tout ce que cela comporte d’euphorie, de déprime, de coups de cœur et de coups de gueule, Tournée est avant tout un film de flux et de fluides. On y suit une troupe de New Burlesque (cinq filles, un mec) drivée à travers la France par Joaquim Zand, autrefois producteur star à la télé, aujourd’hui has been, mauvais père et ex-mari : c’est le flux de départ, son trajet principal. Mais d’autres lignes viendront croiser ce parcours : Joaquim qui se rend à Paris dans l’espoir d’y trouver une salle pour accueillir le spectacle et qui ne fait que se prendre des gnons et des portes claquées ; ou cet ultime embranchement qui conduit le groupe vers un hôtel désaffecté, lieu d’utopie et d’apaisement, copie fantôme de ceux dans lesquels il a passé une partie de sa tournée. Les flux sont aussi des flux d’amour, souvent incontrôlés : un quickie avec un informaticien dans les toilettes pendant un mariage vietnamien ; une conversation aussi touchante qu’hilarante avec une vendeuse de station-service ; ou sa réplique cauchemardesque, une engueulade avec une caissière de supermarché un peu trop fascinée par la mise à nu de ces filles à la beauté paradoxale

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Téhéran

ECRANS | De Nader T. Homayoun (Iran, 1h35) avec Ali Ebdali, Sara Bahrami…

Dorotée Aznar | Lundi 12 avril 2010

Téhéran

«Un polar à l’iranienne, c’est une petite révolution», annonce crânement l’affiche de Téhéran. Révolution tranquille, serait-on tenté d'ajouter. Car le scénario et la réalisation n’ont rien de bien original, le Franco-Iranien Nader T. Homayoun épousant au plus près les codes du genre (fausses pistes, rebondissements, lumières inquiétantes pendant les scènes capitales…), les seuls changements étant liés aux différences de culture (la femme fatale est ainsi voilée, ce qui ne facilite pas les choses pour que l’un des personnages la décrive aux autres !). On retiendra plutôt la vision que le réalisateur nous dépeint de sa ville, plutôt glauque, et de ses habitants, solidaires les uns les autres, surtout quand ils viennent de province. D’où l’idée implicite que, dans un pays comme l’Iran, pas franchement réputé pour être un modèle démocratique, mieux vaut se fier à soi-même pour régler ses problèmes, avec ce que cela comporte comme dérives. Car les personnages principaux ne sont pas des hors-la-loi, contrairement à ceux de Scorsese par exemple qui eux pouvaient faire fi de la morale en toute impunité. AM

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Théâtre "La Bête à deux dos ou le coaching amoureux"

SCENES | Attention, théâtre participatif ! Angélique Clairand (de la Compagnie des Lumas) met en scène et interprète le texte récréatif de Yannick Jaulin. Perchée sur sa (...)

Nadja Pobel | Jeudi 25 mars 2010

Théâtre

Attention, théâtre participatif ! Angélique Clairand (de la Compagnie des Lumas) met en scène et interprète le texte récréatif de Yannick Jaulin. Perchée sur sa chaise d'arbitre de tennis, elle réunit les spectateurs masculins d'un côté de l'espace de jeu et les femmes de l'autre. En prenant exemple sur la parade amoureuse des animaux, elle ambitionne de révéler la part animale de chacun et à oblige à repenser la manière de se rencontrer. Investie à 300% dans son rôle de coach au service de son public, Angélique Clairand interpelle les spectateurs et livre un mémorable moment d'humour. À voir au centre Théo Argence de Saint-Priest les vendredi 2 et samedi 3 avril. NP

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Lebanon

ECRANS | De Samuel Maoz (Israël, 1h32) avec Yoav Donat, Itay Tiran…

Dorotée Aznar | Lundi 1 février 2010

Lebanon

Vainqueur du Lion d’Or au dernier festival de Venise, le film de Samuel Maoz a déjà largement fait parler de lui, et constitue en effet un sacré tour de force cinématographique. D’inspiration largement autobiographique, Lebanon nous décrit la perte d’innocence de jeunes soldats israéliens au cours du premier conflit contre le Liban. Un sujet qui le rapproche illico du sublime Valse avec Bachir, mais dont le resserrement de point de vue fait toute l’originalité : toute l’action du film se déroule à l’intérieur d’un tank, les ouvertures sur l’extérieur s’effectuant via le viseur de la machine de guerre. Un procédé qui permet au réalisateur de démontrer toute sa maestria dans une mise en scène tendue, au plus proche de ses personnages et de leurs réactions tétanisées face aux enjeux on ne peut plus concrets de la réalité guerrière. Via la force indéniable de ce parti pris maîtrisé avec brio et amplifiant l’impact des situations, Lebanon parvient à imposer un discours implacable en contournant habilement la question politique, pour mieux la vider de son sens au fil des événements. On crierait presque au chef-d’œuvre si les dialogues convenus et la caractérisation lapidaire des perso

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Un homme, une femme et un vieux

SCENES | Théâtre / Angélique Clairand et Éric Massé ont entamé une traversée de l'œuvre autofictionnelle de Raymond Federman, il y a maintenant trois ans. Après un passage à (...)

| Mercredi 13 décembre 2006

Un homme, une femme et un vieux

Théâtre / Angélique Clairand et Éric Massé ont entamé une traversée de l'œuvre autofictionnelle de Raymond Federman, il y a maintenant trois ans. Après un passage à Villefranche sur Saône, ils présentent actuellement aux Subsistances une réadaptation en diptyque de la saga de Federman, en deux pièces jouées lors d'une même soirée. D'un côté Moinou et Sucette raconte une histoire d'amour réelle ou imaginaire, une rencontre, une rupture. Un rendez-vous pris ou manqué entre une bostonienne fortunée et révoltée et un jeune français émigré aux États-Unis (comme l'auteur) sans appartement, sans boulot et accessoirement sans vie sexuelle avérée. De l'autre, La Double Vibration explore le genre grotesque, en donnant à voir une course contre la montre pour sauver «Le Vieux» de sa déportation pour les colonies spatiales... Angélique Clairand et Éric Massé, jeunes metteurs en scène, ont le mérite de savoir s'entourer : dix comédiens sortants de la Comédie de Saint-Étienne investissent l'espace et endossent tous les rôles avec la ferme intention de ne pas laisser le spectateur somnoler. Le résultat est un théâtre énergique, agité mais jamais brouillon, drôle et mené d'un bout à l'autre avec la

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