A coeur ouvert

MUSIQUES | Quatre ans après A l'Aveuglette, Françoiz Breut est de retour avec "La Chirurgie des Sentiments" et un concert à l'Epicerie Moderne. À cette occasion, elle se confie de bon cœur sur ce disque du changement dans la continuité. Et sur le reste : la musique, l'écriture, la vie, Bruxelles... Texte et entretiens: Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Jeudi 27 septembre 2012

La Chirurgie des sentiments est un titre qui pourrait facilement résumer votre discographie...
Françoiz Breut :
Sans doute parce que je continue d'y décortiquer le sentiment amoureux. Mais j'y parle aussi de plein d'autres choses (rires). Je travaille un peu par phases : les idées arrivent et d'autres par-dessus, puis elles reviennent. Je construis mes textes et mes albums à partir de cette succession d'idées. Quant à la chanson qui donne son titre à l'album, elle parle du fait qu'on a beau essayer d'être rationnel, le cœur est toujours là qui nous fait faire des choses auxquelles on n'aurait pas forcément pensé. Et c'est très bien, parce qu'au fond, on en a besoin.

Le premier titre de l'album, BXL Bleuette, est consacré à Bruxelles, où vous vivez. L'amour des villes, la géographie, le voyage, c'est une autre constante de votre œuvre...
C'est vrai : depuis le premier disque, je suis passée par Tarifa, par Portsmouth, par Dunkerque. J'ai aussi parlé des villes en général dans La ville allongée sur le dos. Cette chanson sur Bruxelles, c'est une déclaration d'amour à cette ville qui m'a happée depuis douze ans. Après toutes les chansons qui lui ont été consacrées, de Brel à Dick Annegarn, j'étais contente de pouvoir faire la mienne, d'y dire ce que je ressens de cette ville, ce qu'elle est aujourd'hui.

Comme premier extrait de ce disque, vous avez choisi une reprise, en l'occurrence Werewolf de Michael Hurley... Pourquoi une reprise et précisément celle-ci ?
J'aimais bien l'idée, moi qui chante la plupart du temps en français, de mettre en avant une chanson en anglais. J'ai découvert Michael Hurley sur le myspace d'Alela Diane et je me suis demandé, en écoutant cette chanson, pourquoi elle n'était pas plus connue que ça. C'est vraiment un classique avec une mélodie magnifique. Je l'ai beaucoup jouée en concert, très dénudée, je veux dire la chanson, pas moi (rires)... J'ai ensuite découvert qu'elle avait été reprise par Cat Power, Violent Femmes... C'est une chanson sur les loups-garous et, même si je ne sais pas trop ce que Michael Hurley a voulu y mettre, j'ai choisi d'y voir une métaphore sur l'étranger qu'on doit apprendre à connaître plutôt que de s'en méfier.

Comment s'est déroulée votre collaboration avec Stéphane Daubersy qui a réalisé cet album avec vous ?
Stéphane avait terminé avec moi la tournée d'À l'Aveuglette (2008). Je n'avais jamais été dans la création avec lui. En fait, tout est parti d'une manière différente de travailler. Avant, j'avais mes textes et j'essayais de trouver des mélodies en guitare-voix ou piano-voix. Là, j'avais envie de quelque chose de plus ludique. Je suis allée piocher dans ma collection de 45 tours utilisés sur scène pour des interludes : des bruitages, des extraits musicaux, des publicités, des cours d'anatomie... On en samplait de petits extraits. Je chantais aussi des mélodies à Stéphane qui les reproduisait et on est parti de cette base-là. Ça s'est fait un peu comme un jeu, un ping-pong, une succession de collages, de bricolages, d'où est sortie une grosse matière musicale. Plus importante même que les textes que j'avais à disposition !

Quelle a été la touche apportée par le producteur Nicolas Laureau aka Don Nino ?
J'ai fait appel à lui parce qu'il a cette double-casquette de jouer dans un projet acoustique plutôt influencé par Nick Drake ou Syd Barrett et, avec son frère qui a mixé l'album, dans une formation plus expérimentale et électronique [NLF3, Ndlr]. Nicolas a apporté beaucoup d'idées, notamment celle de ne pas ré-enregistrer tout le matériel musical que nous avions sous forme de démos, mais de partir directement de ces sons, chose à laquelle nous n'avions pas pensé. Ça a beaucoup influencé l'atmosphère de l'album ainsi que la structure des morceaux et même de mes textes.

Au début de votre carrière, vous n'étiez qu'interprète... Comment est venue l'écriture, et comment êtes-vous parvenue à garder une cohérence avec vos albums d'avant A l'Aveuglette, votre premier en tant qu'auteur ?
Pour ce qui est de la cohérence, quand je travaillais avec des auteurs, j'étais quand même attachée à un certain style d'écriture, aux mots que j'avais envie de porter. Bien sûr, j'ai eu très peur de me lancer dans l'écriture et d'avoir à être comparée avec des auteurs reconnus et doués. Ça a d'ailleurs été très difficile de chanter les premières chansons que j'avais écrites moi-même, alors que pour moi l'interprétation est un exercice facile. Mais une fois passée cette barrière, c'était un vrai plaisir de voir le squelette d'une chanson prendre forme, de constater qu'après un travail qui peut être long, ça fonctionne.

Vous avez longtemps eu une image de «deuxième voix», via de nombreux duos et collaborations – de Dominique A à Calexico, en passant par Julien Ribot, Yann Tiersen, Louise Attaque et plus récemment Fránçois & the Atlas Mountains... Comment expliquez-vous que vos pairs vous réclament à ce point ?
Il faut croire que mon timbre de voix est apprécié (rires). C'est vraiment une chance d'avoir eu toutes ces propositions. J'aimerais d'ailleurs qu'on m'en fasse beaucoup plus et les plus variées possibles, au-delà même du rock et de la pop. Chacune de ces expériences est intéressante parce qu'elle me permet de voir comment on peut utiliser la voix, la manière dont elle peut être transformée par la langue, la musique.

Dans quelle mesure ces expériences ont-elles enrichi votre propre inspiration ?
C'est toujours difficile de déterminer comment les influences se traduisent concrètement, même si un titre comme Les Jeunes Pousses sur A l'Aveuglette porte clairement la marque de Calexico. Je pioche forcément des idées à droite à gauche. Mais pour moi ce n'est pas encore suffisant, je ne vais pas encore assez vite dans les compositions. Quatre ans entre chaque disque, pour moi ce n'est pas assez, je ne produis pas suffisamment de morceaux, il faut encore travailler (rires).

C'est ce qui explique que vous n'ayez produit que cinq albums en quinze ans ?
D'abord, il y a le fait que je suis également illustratrice, mon premier métier. J'ai aussi des enfants. Pour moi, quatre ans c'est hyper rapide. Et puis un disque ne s'arrête pas comme ça tout de suite : même si on n'entend plus parler de nous, on continue à faire des dates. Après A l'Aveuglette, il y a eu des tournées jusqu'à fin 2009 puis une petite tournée aux Etats-Unis, et entre les deux des dates régulières. On peut rapidement être happé par une spirale infernale de concerts, jusqu'à en perdre le plaisir, tellement c'est usant. C'est une vie palpitante mais qui peut vous anéantir. Je suis parfois obligée de faire des pauses pour me ressourcer, parce que physiquement je ne tiens pas le coup.

Au départ, vous vous destiniez plutôt à l'illustration... Comment la musique, rencontrée par hasard, est-elle devenue indispensable à votre vie ?
C'est vrai que la musique n'était pas du tout un rêve de petite fille. Mais c'est aussi ce qui est chouette dans la vie. Les rencontres hasardeuses font que les choses tiennent à peu de choses et c'est très excitant. Et puis, très vite, j'ai pris goût à la scène. C'est quelque chose de physique. Quand j'arrête de faire des concerts, il y a un truc très étrange qui se passe : j'ai l'impression que tout s'arrête, même si je fais d'autres choses par ailleurs. La musique m'est devenue nécessaire pour appréhender la vie. Désormais, je ne peux plus m'en passer.

Françoiz Breut + Angil & the Hiddentracks
À l'Epicerie Moderne, jeudi 4 octobre

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Alors qu'un single un peu déroutant (diablement efficace mais étrangement étiqueté indie pop façon Nada Surf) intitulé End of the world with you vient tout juste de signer la préface d'un album à venir pour très bientôt, The Thread that keeps us, voici également que Calexico s'annonce à l'Épicerie Moderne, pour l'instant unique date française de leur tournée. Un retour très attendu, tant le duo de Tucson à l'inspiration intarissable et perméable à tous les mélanges sait ménager à son public des concerts épiques. Si ce n'est déjà fait, réservez votre 27 mars, l'affaire ne devrait pas tarder à afficher complet.

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Et aussi | Qui aurait cru que l’ultime film d’Emmanuelle Riva, récemment disparue et abonnée aux drames intimistes, serait une farce enfantine ? Noyade, valse, Canada et Pierre Richard sont au programme de ce conte aussi déglinguant que déglingué.

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Harold Martinez Alors que l'on vient d'apprendre la venue à l'automne du Wovenhand de David Eugene Edwards, on pourra patienter durant ce mois de mai avec son plus proche cousin, pour ne pas dire frère en blues et visqueux. Visqueux au bon sens du terme car cette musique plus habitée qu'une masure aux mille fantômes se nourrit aussi à des milliers de kilomètres de distance (Harold Martinez vient de Nîmes) du même vibrato indécrottable de maître vaudou que celui de Mr Edwards. Une fois qu'elle vous a piqué, vous voilà zombifié. Au Kraspek Myzik le jeudi 12 mai Me First and the Gimme Gimme Gimmes Il y a des super-groupes, des groupes à concepts, des cover band, eh bien Me First and the Gimme Gimme Gimmes est les trois à la fois, poussant les trois bouchons dans leurs plus improbables extrémités. Qu'on s'accroche, ce punk band (formé de membres de Lagwagon, No Use for a Name ou NOFX) a sorti des albums des reprises thématiques (les comédies musicales, le r'n'b, les divas), enregistré un liv

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Classico Calexico

Si le nom de scène du duo augmenté Burns/Convertino chevauche la frontière mexico-californienne, s'ils sont physiquement basés à Tucson, Arizona, musicalement, Calexico est partout et nulle part. La relecture live de leurs classiques avec des orchestres symphoniques germaniques réalisée à partir de 2013 ne faisant que souligner l'universalité et les velléités transformistes de cette musique qui, album après album, est de plus en plus fascinante. Chaque fois l'on a l'impression que Calexico n'apporte rien de nouveau depuis l'ultra-transversal Feast of Wire (2003 quand même) — qui en déroulait, du câble musical, pour le coup. Mais chaque fois on est estomaqué. C'était le cas sur le précédent Algiers, ça l'est encore ici — souvent après plusieurs écoutes — par la finesse de ces approches multiples et cette manière d'onduler entre les genres avec une cohérence esthétique époustouflante. De fait, Calexico fait du Calexico et ça ne ress

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Les 10 concerts à voir en avril

Get Well Soon Quand il est apparu au monde de la pop chercheuse et bien mise, rayon dandy touche à tout, le Mannheimois Konstantin Gropper évoquait aussi bien Beirut que Radiohead, Arcade Fire que Magnetic Fields. Génie solitaire, il a prouvé par la suite qu'il était capable de partir dans toutes les directions et c'est davantage en mode crooner qu'il nous revient, genre Neil Hannon chevalier teutonique, avec un album LOVE, rempli d'amour (fut-il tordu comme sur le single It's Love) et de tubes à emporter. LOVE en live, on pressent que ça va le faire. À l'Épicerie Moderne le samedi 16 avril Calexico On l'a souvent dit, Calexico, c'est comme les genêts ou les bêtes à cornes, c'est encore Jean-Louis Murat qui en parle le mieux : « Oui, je vois mieux qui je suis, moi, là, avec Calexico » chantait l'Auvergnat avec façon sur son Viva Calexico circa Mustango (1999). Le duo Joey Burns/John Convertino et sa bande d'arizonards de Tucson, après une

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Fascinante théorie des degrés de séparation mise en application par l'Épicerie Moderne. Françoiz Breut collabora en son temps avec Calexico (à Feyzin en avril). Lesquels collaborèrent avec Jean-Louis Murat sur son fameux Mustango où l'on retrouvait également (de même que sur l'album Bird on a Poire) Elysian Fields. Ce sont bien la première et ces derniers qui feront scène commune le 25 mai, une scène déjà foulée par chacun d'eux, pour présenter respectivement leurs 6e et 10e albums.

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La bande de Joey Burns et John Convertino en concert, c'est toujours quelque chose. Ce fut le cas en 2009 à l'Épicerie Moderne et en 2003 à Fourvière. C'est à l'Épicerie Moderne de nouveau, le 22 avril prochain, que le duo de Tucson versé dans un alliage d'expérimentation et de folklore pan-mexicain, vient présenter un Edge of the Sun étonnamment indie pop par moments mais perclus de cuivres.

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Stéphane Duchêne | Mardi 26 janvier 2016

Dominique A, l'Horizon

Y Revenir était le titre d'un précédent livre de Dominique A, évoquant le lieu de son enfance. C'est pourtant à Lyon (ou dans ses environs) que le chanteur de Provins revient sans cesse avec la même régularité que les saisons. Après Fourvière en juillet dernier, monsieur A vient au Radiant-Bellevue en ce 27 janvier pour présenter une nouvelle fois - mais en indoor - son superbe et lumineux Eléor, son album le plus rock depuis longtemps, paradoxalement et délicatement tapissé de cordes, sorti en même temps que son livre Regarder l'Océan et d'une certaine façon son pendant musical. Le chef de file de cette fameuse "nouvelle scène française" désormais grisonnante est toujours hanté par les voyages, fussent-ils immobiles, les départs volontiers faux et les lieux fantasmés de l'enfance ou d'un futur qui n'arrivera pas. Il faudra sans doute un jour dresser, si une telle chose est possible, une cartographie des errances de l'oeuvre anéenne aussi vaste que la terre du milieu et de ses interminables tournées comme compensatoire de ses aspirations d'éternel voyageur de l'imaginaire. SD

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Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

MUSIQUES | Entre Polna, Neil Young, les Insus et même le retour du plus si jeune Jon Spencer (porté pâle au printemps), les aînés seront là en force en 2016. Mais la jeune garde veille et ne s'en laissera pas compter.

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Jon Spencer aime tellement nos panoramas de rentrée – il en a déjà fait la Une – qu'il parvient même à y figurer deux fois par an. On l'annonçait en septembre dernier, voilà qu'on le réannonce pour le 6 mars à l'Épicerie Moderne. Avec bonheur, puisque si nous le faisons, c'est que le trio du New-yorkais avait dû annuler à la dernière minute cet automne pour raisons de santé. Tout va mieux, donc tout va bien, et cela indique peut-être que cette année 2016 sera légèrement moins pénible que la précédente – raccrochons-nous aux branches, tant qu'il y a encore des arbres. Or des branches, même vieilles, il se trouve qu'il en repousse, en témoigne une tripotée de reformations plus ou moins récentes de groupes plus ou moins relous à l'oreille (Louise Attaque au Transbo le 29 mars, Elmer Food Beat au CCO le 6 avril) dont la palme revient bien sûr aux Insus, soit Téléphone sans fille (n'y allez pas, c'est complet) – rayon nostalgie de jeunesse, on préférera de loin se consacrer à Nada Surf, qui ne s'est jamais déformé, le 26 avril à l'Epicerie. Ah, tiens on allait oublier Polnareff

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Prohibition : retour des parrains du post-rock français

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Prohibition : retour des parrains du post-rock français

On ne choisit pas les trottoirs de Manille ou d'Alger pour apprendre à marcher, comme disait le poète. On ne choisit pas non plus les caves de Chicago ou de Paris pour désapprendre à balancer et rouler : si c'est dans les recoins les moins éclairés de la Ville Lumière que les frères Laureau ont fondé Prohibition au début des années 90, c'est de la Windy City qu'ils auraient dû rayonner, là où, au même moment, Gastr Del Sol, Tortoise et quelques autres s'attelaient comme eux à redessiner, à coups de rythmiques anguleuses et de textures périodiques, les contours du rock. Post-rock, puisque c'est de cette musique mouvementée qu'il s'agit, Prohibition ne le fut toutefois pas au sens strict, cultivant d'abord une urgence toute fugazienne, avant de se déporter dans une direction plus jazzy suite à l'arrivée du saxophoniste Quentin Rollet. Cinq albums sont nés de ces frictions, avant que le groupe ne se sépare en 1998. La postérité, cette ingrate, n'a quasiment retenu que le dernier, le bien nommé 14 Ups and Downs, grand disque alambiqué et revêche qui acheva de faire du groupe une figure culte de la scène indé française (au même titre que Sloy, Ulan Bator ou Bästard

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Musilac – Du 10 au 12 juillet – Aix-les-Bains (73)

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Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Musilac – Du 10 au 12 juillet – Aix-les-Bains (73)

Alt-J Dans Alt-J, le "J", se prononce "Djé" à l'anglaise, mais aussi comme dans "genius". Car c'est un peu ce qu'est le quatuor de Leeds : une bande de petits génies à laquelle il n'est pas toujours aisé d'être sensible, tant cette pop versatile est sophistiquée et trompeuse. Sournoise presque, dans sa manière de nous embarquer – incroyable morceau que Every Other Freckle sur This Is All Yours. Alt-J, c'est la confirmation en 2015 que la pop peut se compliquer la vie et avoir la folie des grandeurs, du moment qu'elle se donne les moyens de les atteindre.

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Dominique A, la force tranquille

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Dominique A, la force tranquille

Qualifier de classique un album de Dominique A pourrait laisser entendre qu'on a affaire à du A pur jus. Or ce n'est pas le cas d'Éléor, dont le classicisme est à évaluer au regard des standards de la chanson ou du format pop. Des titres courts où un trio rock classique donc, baigne dans des arrangements de violons enveloppants – qui succèdent ici aux cuivres du pas toujours compris Vers les lueurs – pour un résultat d'une grande simplicité et d'une grande douceur. Une certaine suavité comme le confie lui-même l'auteur de La Fossette. Cap Farvel ouvre cet album de grands espaces qui pour la plupart appellent ou évoquent le renoncement, se cristallisent dans le fantasme du voyage par procuration – Par le Canada et ses violons oniriques – ou la simple évocation des lieux – Central Otago, dont les guitares résonnent en écho à ces fascinantes syllabes du bout du monde, quelque part en Nouvelle-Zélande, suffisant à traverser le monde. Or du voyage au transport amoureux, il n'y a souvent chez A qu'un pas, comme en témoigne le sublime Au revoir mon amour, sur ces passions fugaces imaginées le temps d'un

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De nouveaux noms pour Musilac

On était déjà au courant pour Christine and the Queens, The Chemical Brothers, Baxter Dury, David Guetta, The Do, Alt-J, Cerrone, Muse (complet dans le cadre du "bonus day"), Brigitte, Selah Sue… Mais l’équipe du festival en avait encore en stock. Se rajoutent au programme les indie pop The Kooks, les explosifs Français The Shoes, l’élégant Dominique A, les punks Toy Dolls ou encore les classieusement pop et toujours « ready for the floor » Hot Chip (photo). Pêle-mêle, il y aura aussi Joris Delacroix, Electric Octopus Orchestra, Prince Miiaou, Gomina, Triggerfinger, Bo Ningen, The Bohicas et Palace. La prog complète jour par jour est à découvrir ici.

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MUSIQUES | Rien que de très classique dans cette saison francophone. Du très bon, du bon, du moins bon, Kyo, et au milieu coule une rivière en Feu! Chatterton, inconcevable objet pop aux aspirations littéraires qui feront se gausser ou s'incliner. C'est à voir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

Un Feu sur la langue

Oubliez les Sébastien Tellier (le 18 octobre au Transbo), Julien Doré (le 15 décembre au Radiant) et Stromae (le 1er novembre à la Halle) qui repassent une énième fois par ici ; zappez les vingt ans des Ogres de Barback et le retour de Kyo, tous deux au Radiant (les 6 et 27 novembre), repaire de morts-vivants. Omettez ces trois grands Bretons que sont Miossec, Daho, Tiersen (19 et 5 décembre au Transbo, 16 octobre à l'Epicerie) et Emilie Simon (7 novembre au Radiant, forcément). Bon si vous aimez tous ces artistes, ce qui pour la plupart d'entre-eux est bien légitime (cherchez néanmoins l'intrus), vous pouvez tout de même vous faire plaisir en allant les voir, on ne vit qu'une fois après tout, sauf Daho et Kyo. Mais rappelez vous une chose : la next big thing, celle dont tou

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Alléchants de mars

MUSIQUES | Festival de chanson française, Les Chants de Mars est à l'image de cette dernière. On y trouve, pour qui a un rapport légèrement problématique à la chanson (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 25 mars 2014

Alléchants de mars

Festival de chanson française, Les Chants de Mars est à l'image de cette dernière. On y trouve, pour qui a un rapport légèrement problématique à la chanson française, à boire et à manger. De la variété benête à la Renan Luce à la grande Françoiz Breut ou Barcella, sorte d'Henri Dès pour adultes qui n'a pas son pareil pour vous forer une mélodie dans le crâne. Des talents installés, comme les french countrymen de La Maison Tellier, mais surtout une invraisemblable armada lyonnaise (et environnante) qui permet de se rendre compte de la richesse quantitative et qualitative de la chanson locale d'expression française.  Le tremplin "Et en plus elles chantent", bien sûr, qui chaque année révèle sa chanteuse d'avenir (ou pas), mais aussi cette année les inévitables Max Lavegie (homme lige de Carmen Maria Vega et figure de Gourmets Recordingz), Reno Bistan, Balmino, Pan (from Grenoble) et comme une cerise sur ce drôle de gâteau, notre chouchou Daisy Lambert, qui ne manque pas de dénoter positivement – mais où diable Daisy ne dénote-t-il pas ? 

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Maniaco-agressive

MUSIQUES | Après quelques livraisons faussement apaisées, Shannon Wright revient au Clacson avec la porte dans la main. Et un disque, "In Film Sound", qui confirme les tendances bipolaires de son rock, autant à l'os qu'à fleur d'âme. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 4 avril 2013

Maniaco-agressive

C'est par un grand coup de pied dans la porte que débute le dernier album de Shannon Wright, In Film Sound. Une porte qui, à l'image de la pochette surgraffée du disque, ressemble à s'y méprendre aux toilettes, noires celles-ci, de feu le CBGB – où il n'était conseillé de se rendre qu'en cas d'extrême urgence combinée à une sérieuse anosmie. Certes, on a connu l'éternelle jeune femme plus apaisée, lorsqu'elle collaborait avec Yann Tiersen, calmait le jeu (sans pour autant calmer le reste) sur Let in the Light et Honeybee Girls, reprenant même Asleep des Smiths avec l'évanescence qui sied à son sujet et à son interprète originel. Mais dans la bouche de Shannon Wright, le miel finit toujours, on ne sait trop pourquoi (le sait-elle elle-même ?), par se transformer en vinaigre. Ce vinaigre avec lequel elle attrape les mouches (et les abeilles) pour mieux leur claquer le beignet d'un riff paralysant, d'une rythmique sourde, d'un cri qui tue. Comme si aussi, le fait de laisser entrer la lumière était une manière de l'emprisonner, de s'emprisonner s

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Plug In

MUSIQUES | Après avoir ouvert les hostilités musicales avec les excellents Elliott Brood, le festival Plug & Play attaque sa première semaine le pied au plancher et la tête dans les vapeurs de rock. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mercredi 13 février 2013

Plug In

Allez donc tenir une cadence folle quand votre festival s'est ouvert en fanfare avec Elliott Brood – si tant est que l'on puisse qualifier ce trio alt-country de fanfare ; et oui on peut. Cela n'effraie sûrement pas les organisateurs de Plug & Pla, y qui sont allés puiser dans tous les genres gravitant autour du rock – et pas que – pour compléter leur affiche. On peut regretter amèrement l'absence du groupe parisien Fauve dont l'hypnotique Kané – à nos yeux la rencontre improbable entre Diabologum, Stranded Horse et Christophe en mode spoken word – suffit à nous livrer la promesse de lendemain dont on fera des gorges chaudes, mais concentrons-nous plutôt sur les présents. Tel, ce jeudi 14, l'indispensable Don Nino, songwriter atypique et précieux, à ses heures membres de NLF 3. Un type dont on parle trop peu – mais ça devrait changer –, homme lige du dernier Françoiz Breut, qu'on pourrait croire égaré chez InFiné avec son drôle de folk enfumé – comme un psychédélisme sans couleur. Il y a pourtant toute sa place,

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C'est (pas) la même chanson

CONNAITRE | Rien de tel qu'une bonne chanson pour se replonger dans une époque et tout ce qu'elle a pu représenter pour nous, sur une échelle allant de l'intime à (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 8 février 2013

C'est (pas) la même chanson

Rien de tel qu'une bonne chanson pour se replonger dans une époque et tout ce qu'elle a pu représenter pour nous, sur une échelle allant de l'intime à l'universel. Une sorte de madeleine de Proust sans matière grasse en somme. À l'aune de ce constat, la Fête du Livre de Bron a cette année choisi d'innover en accord avec sa thématique. Lors des éditions précédentes, il était demandé à quelques auteurs de bien vouloir présenter leur(s) livre(s) de chevet : cette fois, il s'agira pour eux d'évoquer des morceaux qui les ont marqués d'une manière ou d'une autre. On verra ainsi se succéder, notamment l'après-midi du 17 février, François Bégaudeau devisant de Basket Case de Green Day, Emmanuelle Pireyre vantant les mérites comparés de quatre Lettres au Président (Vian, Renaud, Axiom, Iron Sy) ou l'historien des idées François Cusset se frottant au je-m’en-foutiste C'est comme ça des Rita Mitsouko, et l'on tentera de comprendre pourquoi Lionel Duroy a choisi La Traviata (qui rappelons-le n'est pas à proprement parler une chanson), si ce n'est pour faire son malin. Sur les liens entre littérature et musique ne pas omettre

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Si loin, tout proche

MUSIQUES | Souvent qualifié de Dominique A lyonnais depuis l'époque King Kong Vahiné, Denis Rivet souffre la comparaison mais ne s'y réduit pas. Échappé en solitaire avec le très beau mini-album "Tout Proches", ce chanteur de l'entre-deux vient d'être sélectionné pour représenter Rhône-Alpes au Printemps de Bourges. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Lundi 21 janvier 2013

Si loin, tout proche

«Dimanche, 18 heures, c'est déjà lundi / les dernières lueurs / tombent dans la nuit / dans ton cœur / il y a de la mélancolie / sur la route du fort / il y a la pluie». Rédiger un portrait de Denis Rivet un dimanche d'hiver en écoutant en boucle son Dimanche, 18h, voilà qui plonge illico dans le syndrome du dimanche soir. C'est un fait, que ce soit avec Le Bruit des Touches ou King Kong Vahiné (lauréat de feu Dandelyon en 2006), Denis Rivet, 37 ans, a toujours su mettre des mots sur ces petites sensations indéfinissables, ces impressions fugaces, ces sidérations qu'on ne saurait forcément nommer mais qui nous traversent sans cesse. Jusqu'à ce qu'un jour, un scientifique distrait se penche sur la question en trébuchant et nous invente le «syndrome du dimanche soir», «la colique d'avant piscine», ou «la boule au ventre de l'Amour qui passe». « Près des voies ferrées » Comme ce Monsieur A auquel on l'a beaucoup comparé, mais avec une patte bien à lui, preuve que la comparai

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Françoiz, Dom et les autres : le best-of

MUSIQUES | Le Twenty-Two Bar (1995) avec Dominique A C'est elle qu'on aperçoit au premier plan de la pochette de La Mémoire Neuve. La fille avec la grosse guitare du (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 27 septembre 2012

Françoiz, Dom et les autres : le best-of

Le Twenty-Two Bar (1995) avec Dominique A C'est elle qu'on aperçoit au premier plan de la pochette de La Mémoire Neuve. La fille avec la grosse guitare du clip qui révéla Dominique A au grand public, c'est elle aussi. Le climax d'une fructueuse relation musicale (et un temps amoureuse) avec un Monsieur A qui la poussera vers une carrière solo. Dominique A - Le Twenty-two bar par DominiqueA-Official Ballad of Cable Hogue (2002) et Keeper of the Flame (2012) avec CalexicoSur le live World drifts in, elle chante les couplets en Français du titre phare de Calexico. Elle y reprend aussi Si tu disais en duo avec Joey Burns, qui lui rendra la pareille sur un titre d'Un

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Houle sentimentale

MUSIQUES | Pour reprendre quelque mots de son classique "Si tu disais", et les retourner contre elle : si Françoiz Breut disait «on y va», on n'hésiterait pas, «que (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 27 septembre 2012

Houle sentimentale

Pour reprendre quelque mots de son classique "Si tu disais", et les retourner contre elle : si Françoiz Breut disait «on y va», on n'hésiterait pas, «que ce soit pour une ville ou pour un bled, un bout de terre paumée», pour Le Nord, Porstmouth, Tarifa et même Cherbourg, sa ville natale, alors qu'on n'a jamais de parapluie sur nous. Et même si ce ne devait être que L'Affaire d'un jour, pour elle on se faderait des orchestres de Verre pilé. On la laisserait même jouer au docteur, se livrer sur nous à cette Chirurgie des Sentiments qui donne son titre à son dernier album. On y retrouve, comme sur toute sa discographie, cette sensation de houle sentimentale pour amoureuse insaisissable, ces chansons qui tanguent entre vie à faire et amours défaits, entre clair et obscur (Potron Minet, L'Éclat du jour

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Françoiz Breut

MUSIQUES | Les dernières fois qu'on avait entendu sa voix, c'était sur un sublime duo enregistré avec Frànçois & the Atlas Mountains, puis sur l'album Tucson Songs (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 14 septembre 2012

Françoiz Breut

Les dernières fois qu'on avait entendu sa voix, c'était sur un sublime duo enregistré avec Frànçois & the Atlas Mountains, puis sur l'album Tucson Songs avec ses complices de Calexico. Françoiz a si souvent été une «deuxième voix» (parce que tous les garçons sont amoureux d'elle et veulent chanter avec) qu'on en oublie presque qu'elle est une figure de proue de la chanson française, la vraie : le véritable pendant féminin de Dominique A, si toutefois les chanteurs marchaient par paire. Écrite à la pointe sèche et chantée d'une voix de satin, les chansons de Mlle Brr piquent autant qu'elles ne caressent. La preuve avec l'album qui accompagne cette tournée, quatre ans après À l'Aveuglette, le trop bien nommé La Chirurgie des Sentiments dont le premier extrait Werewolf nous a déjà arraché le cœur d'un coup de patte. Françoiz BreutÀ l'Epicerie ModerneJeudi 4 octobre

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Revenants

MUSIQUES | À force, les salles lyonnaises sont un peu comme le PMU du coin de la rue, elles finissent par avoir des habitués. Ce qui en dit long sur la qualité de l'accueil de nos salles. Ou sur le fait que Lyon soit bel et bien réapparu sur la carte de France du rock. SD

Stéphane Duchêne | Jeudi 13 septembre 2012

Revenants

Cette saison encore, quelques bienvenues impressions de déjà-vu. Qu'il s'agisse d'artistes quasi bi-annuel comme Dominique A – dont, quoi qu'il arrive, on ne se lasse pas – ou quasi-annuel comme Deerhoof ou The Wedding Present qui (re)vient tout spécialement pour jouer en intégralité l'un de ses albums mythiques Seamonsters. Il y a aussi les chouchous tels le Canadien Patrick Watson – pourtant de plus en plus déroutant – pour lequel l'Épicerie Moderne se damnerait volontiers, comme elle le ferait pour la formation hollandaise The Ex quasiment assignée à résidence, ou ses collègues bruitistes d'A Place to Bury Strangers aka «le groupe le plus bruyant de NY». Autre retours de groupe qu'on a l'impression d'avoir quittés hier : Dark Dark Dark, malheureusement programmé l'an dernier en face de The Chap, et les Caennais de Concrete Knives dont l'avenir, sur le label anglais Bella Union, s'annonce aussi glorieux que leurs hymnes pop sont foux-dingues. Tandis que ceux-ci passeront de la scène du Kafé, à celle plus p

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Le Blues de la rentrée

MUSIQUES | En cette rentrée musicale, Lyon a, comme tout un chacun, le blues. Sauf qu'en l'espèce, c'est plutôt très bon signe et annonciateur d'un automne riche en fibre musicale. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 13 septembre 2012

Le Blues de la rentrée

Inutile de présenter le blues du dimanche soir, c'est une réalité identifiée (quasi) scientifiquement. On sait d'ailleurs depuis cet été – en tout cas, pour ce que ça vaut, un sondage l'a montré – que le blues du dimanche soir commence en réalité le dimanche... matin pour atteindre un pic vers 16h13 – la science est implacable et précise comme une Rolex. Prenons donc ce phénomène et multiplions-le par la racine carrée de la rentrée scolaire, que multiplie la nostalgie d'un été doré, moins les bouchons et les marmots qui braillent à l'arrière du Kangoo, plus l'arrivée imminente de l'automne, et la perspective d'un dimanche après-midi de novembre devant Michel Drucker, et vous obtenez une sorte de super blues du dimanche soir : le blues de la rentrée. Avec ceci de spécifique qu'il peut – cela a été établi par nos soins à l'aide d'une savante approximation – durer jusqu'à Noël. Talk about the blues Car même si l'on s'en tient à un strict point de vue musical, notre rentrée 2012, «elle vient de là, elle vient du blues», comme dit notre poète national. Ça a même commencé très fort le 4 septembre dernier, le jour même de la rentrée scolaire (comment

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Deux pour le prix d'A

MUSIQUES | Si l'on devait écrire une histoire capillaire et musicale de Dominique A, on dirait que sa musique s'est déployée au fil des ans à mesure que ses cheveux (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 8 juin 2012

Deux pour le prix d'A

Si l'on devait écrire une histoire capillaire et musicale de Dominique A, on dirait que sa musique s'est déployée au fil des ans à mesure que ses cheveux s'amenuisaient sur son crâne. L'enfant de Provins s'est également un peu épaissi, de même que son talent musical et sa tessiture vocale, mais au fond, l'auteur de La Fossette, cet album fondateur d'une «autre chanson française», au minimalisme sec comme un coup de trique et qui fête ses vingt ans cette année, est bien le même que celui de Vers les lueurs, son splendide dernier album. Tout juste sera-t-il passé en vingt ans par tous les états de lui-même. Comme si le chemin musical parcouru entre les deux était de ces voyages immobiles (mais pas immobilistes) qui mènent très loin. C'est la bonne idée de ce petit jeu auquel va s'adonner Monsieur A sur la scène du Théâtre antique de Fourvière. L'ancien Dominique A – en réalité celui d'aujourd'hui, puisqu'il ne sera fait aucun usage d'hologramme – y jouera en première partie une relecture de La Fossette (qui contient quelques-uns de ses plus beaux titres comme Va-t'en, Les Habi

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Oh comment certains vivent

CONNAITRE | Avant de venir enchanter les Nuits de Fourvière en célébrant vingt d’une carrière rare (de La Fossette à Vers les lueurs) le 18 juin, Dominique A fera halte à (...)

Nadja Pobel | Jeudi 26 avril 2012

Oh comment certains vivent

Avant de venir enchanter les Nuits de Fourvière en célébrant vingt d’une carrière rare (de La Fossette à Vers les lueurs) le 18 juin, Dominique A fera halte à libraire Passages jeudi 3 mai. Le chanteur vient de coucher sur papier son enfance et retrouve du même coup son patronyme, Ané. Souvent considéré comme nantais, Dominique A revient à sa source, Provins, sa ville natale de Seine-et-Marne, dans Y revenir, opuscule simple de 90 pages édité dans la collection La Forêt dirigée par Brigitte Giraud chez Stock. Jusqu’à 15 ans, il fut un garçon discret dans une ville muette qu’il ne ménage pas «C’est la ville de l’immuable (…). Le maire est de ceux qui nous gouvernent depuis la nuit des temps, telle une malédiction dont on ne verrait jamais le bout». Il parle de sa cité comme Bruno Dumont avait filmé Bailleul dans La Vie de Jésus (le mysticisme en moins) : avec un dégoût qui n’a d’égal que sa joie d’avoir mis les voiles. Dominique A prolonge ici sa chanson Rue des Marais (album

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Arizona Junior(s)

MUSIQUES | Tucson Songs, l'album, «parrainé» par les incontournables Calexico et Giant Sand (qui clôt la marche), commence par un titre assez extraordinaire qui a le (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 13 avril 2012

Arizona Junior(s)

Tucson Songs, l'album, «parrainé» par les incontournables Calexico et Giant Sand (qui clôt la marche), commence par un titre assez extraordinaire qui a le mérite de mettre immédiatement l'auditeur dans l'ambiance, ne serait-ce que par son titre : The Rust, The Knife interprêté par Gabriel Sullivan, Taraf de Tucson et Brian Sedlmayr. Une envolée à la croisée de Morricone, du Grand Chapparal et de Ghost Riders in the Sky version Johnny Cash. Chœurs épiques, guitares westerns inondées de cuivres mexicains, de violons pincés et de bruitages inquiétants, rejouent une cavalcade digne de nos plus grands souvenirs de western à l'ombre du talk-over conteur de Sedlmayr et de la voix très Tombstone – du nom d'un mythique lieu arizonien – de Gabriel Sulivan. À partir de là, malgré la grande variété stylistique du disque qui témoigne des esthétiques propres à la scène de Tucson, entre mythologie

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Tucsongs

MUSIQUES | Avec "Tucson Songs", spectacle relayant l'album du même nom, l'Épicerie Moderne nous présente la relève de la scène musicale de Tucson, poussée entre cactus, vieux cow-boys à moustache et autres figures tutélaires (Giant Sand, Calexico, Jim Waters) qui ont fait l'histoire d'une ville pas comme les autres. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 13 avril 2012

Tucsongs

«En terre humaine/Je suis d'Arizona», murmurait Murat en 1999 sur le titre Viva Calexico. Cette même année, pour son album Mustango, baroud d'honneur d'un cow-boy alors sur le retour, l'Auvergnat succombait à l'appel de Tucson, Arizona, et y trouvait une inspiration rarement égalée depuis. Si en espagnol, Tucson se prononce «Touquesonne», en américain, on dit «Tout Sonne», ce qui dans notre langue si lacanienne prend tout son sens, tant dans la cité arizonienne tout sonne, résonne d'un même élan. Celui d'un mélange musical sans cesse ravivé par l'hybridation hispano-américaine et l'esprit d'ouverture d'une ville à cheval sur plusieurs cultures : native-américaine, western et hispanique.  Dire qu'à Tucson, «the smallest big city in the USA», on pratique une musique de cow-boy et de desperado serait très certainement un cliché, mais il se trouve que la pop culture vit et meurt par le cliché. La ville elle-même en est un. Surnommée «The Old Pueblo», le nom même de Tucson vient du o'odham (une des nombreuses langues uto-aztèques qui s'étendaient, en plusieurs branches et zones éparses, du territoire des Utes (aujourd'hui l'Utah) à

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Bonnes étoiles à Fourvière

CONNAITRE | Et voici la programmation complète (ou presque, tant elle est riche) des Nuits de Fourvière 2012 ! Certains événements étaient déjà connus, mais s’y ajoutent d’excellentes surprises, qu’elles soient musicales ou théâtrales… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 26 mars 2012

Bonnes étoiles à Fourvière

Les fuites ayant été nombreuses cette année (mais comment, à l’heure d’internet, garder sous cloche pendant trois mois les dates de tournée d’artistes que leurs fans observent comme le lait sur feu ?), on savait déjà que Les Nuits de Fourvière 2012 allaient envoyer du lourd. Cela faisait un bail que les organisateurs rêvaient d’accueillir Björk (le 30 juin), et ce sera donc chose faite cette année, après le lancement (passé un peu inaperçu) de son album concept multimédia Biophilia. Rêve aussi avec la reformation des Stone Roses (le 25 juin), groupe culte de la brit-pop flamboyante des années 90, dont le concert s’est inscrit in extremis dans la programmation. Enfin, retour en force de Bartabas, certes un habitué du festival, mais avec une de ses productions XXL, Calacas, où les cavaliers célèbrent la fête des morts mexicaine déguisés en squelettes sur leurs toujours impressionnantes montures (du 11 juin au 17 juillet au Parc de Parilly). Mais tout cela, on le savait déjà, donc. De A à Ben En revanche, deux poids lourds s’ajoutent à la liste : Ben Harper (le 17 juillet

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Frànçois le Frànçais

MUSIQUES | Avec E Volo Love, Frànçois & the Atlas Mountains a trouvé sa voix dans l'égarement musical. Parti des Charentes, passé par l'Angleterre, étranger en pays étrange, il entraîne l'auditeur sur la trace d'un absolu pop aussi attachant que sans attache. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 25 novembre 2011

Frànçois le Frànçais

A la réception du premier disque de Frànçois & the Atlas Mountains, Plaine inondable, sorti de nulle part et sans prévenir, on pouvait légitimement se demander d'où venait cet ovni au patronyme et à la musique difficile à localiser sur le Google Maps musical mondial. Il fallait attentivement décrypter la pochette et attendre la deuxième chanson de l'album, l'addictif Be Water (Je suis de l'eau),  pour être fixé. À la sortie d'E Volo Love, on sait au moins qui c'est Raoul, enfin François Marry, jeune Charentais un temps exilé en Angleterre. Pour y faire quoi ? De la brit-pop ? Pas vraiment. «Mind the gap», disent les avertissements du métro londonien. Et ici, le gap est immense, y compris avec ce premier album qui contenait pourtant toutes les promesses ici tenues. E Volo Love est un étrange objet volant : mélange de pop apatride et de chanson française faussement tarte quand il s'agit de chanter, avec une certaine affectation, dans la langue charentaise, ce qui n'est pas toujours le cas (on y chante aussi en anglais avec l'accent français et parfois faux). Sédiments Ça commence un peu comme 50% de

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La Fée

ECRANS | De et avec Dominique Abel, Fiona Gordon, Bruno Romy (Fr-Belg, 1h33)

Dorotée Aznar | Mercredi 7 septembre 2011

La Fée

Y a-t-il un axe cinématographique franco-européen dont le port d’attache serait Le Havre ? Avant le film de Kaurismaki, c’est le trio Abel, Gordon et Romy qui y a posé sa caméra, avec des idées assez similaires et des références communes (Jacques Tati, ombre écrasante). Ici, un gardien de nuit apathique rencontre une fée qui lui propose d’exaucer trois vœux. Le garçon, ayant aussi peu d’idées que d’idéaux, demande une nouvelle bécane et de l’essence à volonté. Quant au troisième vœux, infiniment repoussé, il devient le gimmick principal des (rares) dialogues du film. Les trois réalisateurs-acteurs déballent donc leur habituel folklore poétique très «arts de la rue», qui atteint ici une laideur visuelle consternante. Le ballet aquatique ou la poursuite finale, par exemple, représentent une certaine idée du j’men-foutisme esthétique, où le bricolage devient une excuse à l’incapacité à créer de l’illusion. Plus ennuyeux encore : la manière dont ils font rentrer au chausse-pied la politique dans leur bazar, et notamment la question des sans-papiers. Quelque chose ne colle pas entre la naïveté agressive de leur univers et leur prétention à aborder, avec la même nonchalance, des sujet

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La Valse de Yann

MUSIQUES | Sans doute fatigué de ses bretonnades et de ses poulaineries, de lui-même peut-être aussi, Yann Tiersen a un jour fini par mettre le cap sur les États-Unis, (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 8 avril 2011

La Valse de Yann

Sans doute fatigué de ses bretonnades et de ses poulaineries, de lui-même peut-être aussi, Yann Tiersen a un jour fini par mettre le cap sur les États-Unis, où il a beaucoup tourné. Puis l'an dernier en est revenu avec un album impressionnant de dépouillement, le splendide "Dust Lane". Peut-être son premier album de rock, poussiéreux et sans concession qui laisse dans la bouche un goût de cendre. Mais surtout de reviens-y. Comme à l'Epicerie Moderne, mardi 19 avril.

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Un bon chanteur vivant

MUSIQUES | Après un double album magnifique qui le replace tout en haut du rock français, Dominique A repart en tournée — arrêt local à L’Épicerie moderne vendredi 13 novembre. L’occasion de dire, encore et toujours, l’importance d’un artiste intègre et essentiel. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 5 novembre 2009

Un bon chanteur vivant

Avec la sortie de La Musique, double album qui ne disait pas son nom — La Matière, le deuxième disque, n’est officiellement qu’un simple bonus du premier ! on a pu dire de nouveau à quel point Dominique A est un immense artiste. Fini le temps où l’on se forçait pour cacher nos réserves face à Tout sera comme avant (tentative bancale de «grand album» à la fois novateur et populaire) ou L’Horizon (et son petit goût d’inachevé). Plus besoin de sortir l’argument kubrickien du «on ne peut qu’être déçu», en regard des sommets qu’étaient La Fossette, Remué et Auguri. La Musique est un disque fulgurant, cohérent et passionnant de bout en bout, 24 chansons qui remettent leur auteur à leur juste place : au sommet. Pour arriver à ce résultat impeccable, Dominique A a d’abord fait table rase pour retrouver la simplicité de ses débuts : il l’a enregistré seul, comme au temps de La Fossette. À l’origine Pourtant, l’album est loin d’être minimaliste ; La Musique porte l’empreinte de toutes les aventures musicales traversées en quinze ans. Ainsi, La Fin d’un monde

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Brestois émois

MUSIQUES | Musique / Au Théâtre de Villefranche, Miossec et Yann Tiersen uniront leurs voix pour un spectacle composé de morceaux inédits écrits à quatre mains. Une première pour ces deux figures emblématiques d’une génération de rockers français. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 23 janvier 2009

Brestois émois

Ça commence comme une histoire pas drôle : quand un musicien breton rencontre un chanteur breton, qu’est-ce qu’ils se racontent ? Des chansons. Voilà, ce n’est absolument pas drôle, mais c’est pourtant bien ce qui s’est produit entre Christophe Miossec et Yann Tiersen. Les deux Brestois se sont déjà croisés, partageant des affiches de concert et enregistrant même un morceau sur un album de Tiersen, le dernier, Les Retrouvailles. Ça s’appelait Le Jour de l’ouverture, et il a dû leur laisser un goût d’inachevé dans la bouche : en effet, ils avaient convié un troisième larron, l’incontournable Dominique A., dont la majesté vocale écrasait les timbres fluets de ses deux camarades. Rendez-vous manqué ? Toujours est-il qu’en début de saison, ils annonçaient officiellement leurs noces musicales sur scène, le temps d’une tournée qui est aussi un bon moyen de faire un bilan de leurs carrières respectives. Les noces rebellesCar Miossec, qui avait donné un sacré coup (dans le nez) au rock d’ici avec son album inaugural Boire, a depuis connu des fortunes diverses. Concerts boiteux, disques inégaux (on en retiendra deux : Baiser et surtout le sous-estimé Brûle), ventes alimentaires

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Que Viva Calexico !

MUSIQUES | À l’image d’une Amérique de retour à l’air libre, Calexico respire à nouveau à pleins poumons avec son album "Carried to Dust" qui reprend la route pour élargir le territoire. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 16 janvier 2009

Que Viva Calexico !

Pour qualifier Calexico, les programmateurs, et pas mal de journalistes, présentent souvent le duo de Tucson (Joey Burns et John Convertino) comme du «folk mariachi». Un terme qui fait craindre de voir débouler dans la minute une armée de sombreros psychopathes venus hurler une sérénade hispanisante sous de paisibles fenêtres. C’est un peu la faute du groupe, il est vrai, qui convie régulièrement sur scène la troupe mariachi Luz de Luna, une douzaine de gringos en costume jouant très fort mais très bien (la preuve sur le DVD Worlds Drift In : Live at The Barbican, une merveille). Sur disque aussi, le Mexique n’est jamais loin, comme en témoigne leur titre emblématique The Crystal Frontier et des dizaines d’autres. Mais les frontières musicales de Calexico ne se contentent guère d’enjamber le Rio Grande en d’incessants allers-retours. Au départ projet récréatif développé pendant les vacances que leur accordait leur mentor Howe Gelb au sein de Giant Sand, Calexico est devenu l’un des grands défricheurs musicaux américains de la dernière décennie. Atteignant un climax avec l’album Feast of Wire, véritable condensé de musique américaine passée (jazz, folk),

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Mellano, l’homme de l’ombre

MUSIQUES | Musique / Aux côtés des plus grands (Miossec, Dominique A.) et des plus prometteurs (Psykick Lyrikah, Laetitia Shériff), à la barre de projets personnels, du ciné-concert à la musique contemporaine, Olivier Mellano est une figure discrète et centrale du rock français. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 7 janvier 2009

Mellano, l’homme de l’ombre

Peu de gens connaissent le nom d’Olivier Mellano. Cette affirmation simple et avérée est déjà un petit scandale tant il est impossible, pour qui aime un tant soi peu la musique, de l’avoir croisé sur une pochette de disque. Mais Mellano est de ces personnages qui se glissent partout, apparaissant là où on ne les attend pas, s’activant sur tous les fronts, pour lui comme pour les autres, cheville ouvrière d’un rock français qui a élevé la curiosité au rang de profession de foi. À son arrivée à Rennes à la fin des années 80, il fait partie des créateurs du label Rrose Sélavy (d’après le pseudo de Marcel Duchamp, Julien Doré n’a donc rien inventé !), emblématique du bouillonnement créatif qui s’empare de la scène musicale indépendante à l’époque, à l’Ouest tout particulièrement. À l’arrière des BerlinesS’il possède une formation de violoniste classique, c’est surtout la guitare, qu’il apprend seul en écoutant les groupes new-wave du moment, qui va lui mettre le pied à l’étrier musical. «Le fait de jouer sur des disques dans ma chambre m’a donné la vraie base», commente-t-il. Alors qu’il anime des groupes qu’il qualifie lui-même de «confidentiels», Olivier Mellano va faire

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Dominique A Un bon chanteur mort

CONNAITRE | La machine à cailloux

Christophe Chabert | Samedi 8 novembre 2008

Dominique A
Un bon chanteur mort

Dans cette collection qui donne la parole à des chanteurs français ayant des choses à dire le temps d’un livre guère plus long qu’un album, l’ouvrage de Dominique A était très attendu. Et s’il surprend, il ne déçoit pas. Le bon chanteur mort du titre, c’est lui parmi d’autres, dans la perspective mélancolique où une œuvre ne sera jamais évaluable qu’une fois son créateur passé de vie à trépas. Mais plus encore, Dominique A pense que certains artistes semblaient morts de leur vivant, qu’ils chantaient «comme s’ils n’étaient plus parmi nous». En écho à cette réflexion centrale, tout le livre paraît écrit comme un étrange requiem : retour aux premières émotions musicales, à l’enfance, aux premières démos (précoces), à l’adolescence, au premier album (le minimaliste et inoubliable La Fossette)… Ces fragments sont ponctués par un regard détaché, presque extérieur, sur sa manière d’écrire, le travail en studio, les concerts. Écrit avec une langue qui elle aussi à l’air de sortir d’un ailleurs intemporel (les «oui-da» sonnent comme une provocation au jeunisme ambiant), Un bon chanteur mort se termine sur un paradoxe : l’originalité ne naît pas forcément des gens qui se veulent orig

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Rumba

ECRANS | de et avec Dominique Abel, Fiona Gordon, Bruno Romy (Fr-Belg, 1h17) avec Philippe Martz…

Dorotée Aznar | Jeudi 4 septembre 2008

Rumba

Fiona Gordon et Dominique Abel, flanqués du fidèle comparse Bruno Romy, poursuivent après L’Iceberg leur exploration de la poésie ludique, entre la chaleur humaine de Buster Keaton et l’hilarante froideur des meilleurs Kaurismaki. Cette fois-ci, le trio nous conte une histoire d’amour perturbée par une amnésie inopportune, sur fond de danse latino. Reprenant à leur compte cinématographique quelques figures imposées du clown et du théâtre de rue, ils installent une mécanique narrative fondée en grande partie sur le comique de répétition – ce qui ne manquera pas de rebuter les spectateurs les moins patients. En dépit d’une durée lapidaire, Rumba choisit en effet de prendre son temps, de fonctionner par plans séquence étirés à l’extrême. Une fois ces partis pris assimilés, il faut se laisser porter par la dynamique à part de ce couple d’Auguste pour savourer pleinement cet OVNI. FC

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Les saisons du plaisir

MUSIQUES | Une figure emblématique de la scène française et une jeune louve assoiffée de sons : Françoiz Breut et Camille se partagent la scène du Ninkasi Kao pour une soirée à coup sûr touchée par la grâce. Emmanuel Alarco

| Mercredi 27 avril 2005

Les saisons du plaisir

Il est des grands disques qui vous claquent à la gueule dès les premières secondes ; d'autres, plus vicieux, ne vous inoculent leur philtre d'amour qu'après plusieurs visites. Avec Une saison volée, Françoiz Breut nous démontre que la règle vaut aussi pour les "petits disques". Après plus de quatre ans d'attente, la première impression laissée par ce troisième album fut, en effet, plutôt mitigée : passée la reprise enlevée d'un très beau titre du dernier Jérôme Minière, les plages défilaient sans heurt, donnant l'impression que les valeureux bâtisseurs de chansons qui avaient offert leurs services s'étaient à quelques exceptions près, servis dans leurs fonds de tiroir. Le temps a passé, nous ramenant malgré tout à l'objet du délit, en façonnant inexorablement le relief pour finalement atténuer les creux et magnifier les sommets. Pour un Herman Düne en petite forme (Please be angry), un autre plus inspiré, en duo avec Joey Burns de Calexico (qui, excusez du peu, joue de la contrebasse sur la moitié de l'album) ; pour une virée en Espagne un peu pâlichonne, une perle en Italien signée Fabio Viscogliosi ; pour un entêtant KM 83 (dans le plus pur s

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Family business

MUSIQUES | Musique / Chaque année à la Starac' ou à Nouvelle Star, un jury ivre de sa science balance à des aspirants Calogero des trucs du genre «approprie-toi la (...)

| Mercredi 19 septembre 2007

Family business

Musique / Chaque année à la Starac' ou à Nouvelle Star, un jury ivre de sa science balance à des aspirants Calogero des trucs du genre «approprie-toi la chanson bon sang, on n'est pas au karaoké» ou «c'est quoi ce feeling de charcutier ?». Preuve que la reprise est depuis toujours, plus qu'un exercice convenu, un art musical à part entière. Art dans lequel Don Nino est particulièrement à l'aise. Visiblement préoccupé par les questions de filiation musicale, il se livre, sur son troisième album, Mentors Menteurs, à un passage en revue, et accessoirement à tabac, de sa famille musicale. Une tentative comme une autre de meurtre du père (et des pairs), soumis ici au ralentisseur de particules de son folk paresseux mais inventif. Car une fois mise de côté l'identité des interprètes originaux (Prince, Lennon-McCartney, Madonna) la sensation est grande d'écouter un album écrit par Don Nino, qu'il réinterprète de l'indé branché (Sonic Youth), du classique inclassable (Cohen, The Cure) ou de la chair à Starac' (Like a Virgin, vaporeux à souhait, Porque Te Vas). En la matière, la palme revient à la reprise d'un monument du gothique : le Bela Lugosi's dead de Bauhaus qui, s'il évoque davantag

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