La rentrée musique côté classique

MUSIQUES | Cette saison, tous les lieux lyonnais consacrés aux musiques dites savantes affichent un programme qui ose, qui revendique, qui dénonce une époque contemporaine en plein repli. De belles expériences en perspective.

Pascale Clavel | Mardi 22 septembre 2015

Peter Pan, Jean-Sébastien Bach et Matrix sont dans un bateau. Rien d'halluciné dans ces propos, juste une lecture aiguë de la nouvelle saison de l'Auditorium. Depuis l'arrivée du très décomplexé Jean-Marc Bador à la tête de la maison, la programmation s'affole, s'emballe et le choix semble si vaste qu'on pourrait s'y perdre. Il faudrait tout tester, devenir un mélomane glouton. Certains diront qu'il y en a pour tous les goûts, d'autres que, franchement, c'est trop. Partons de l'idée que la proposition est alléchante.

Les portes se sont ouvertes sur l'inoxydable Symphonie n°9 de Beethoven dirigée par Léonard Slatkin. Cerise sur le gros gâteau, le public s'est vu investi d'une belle mission : chanter l'Hymne à la joie à tue-tête, avec ses tripes et ses convictions, acte quasi politique en ces temps où la fraternité entre les peuples est plutôt mise à mal – Jean-Marc Bador et Léonard Slatkin martèlent d'ailleurs d'une seule voix leur volonté d'«effacer les distances et gommer le temps» ; vaste ambition, utopie régalante.

L'énigmatique pianiste Hélène Grimaud et l'indémodable Ton Koopman seront tous deux artistes associés et proposeront tour à tour des masterclass, des œuvres avec orchestre et de la musique de chambre (voir ci-contre), tandis que l'ONL étirera encore une fois son univers avec ses opéras en version concert (dont Salomé de Strauss le 8 octobre et Barbe-bleue de Bartók le 28 janvier) et ses concerts express, petits rendez vous d'une heure au moment du déjeuner. S'ajoutent du jazz, des Happy Days (autour de Shakespeare le 7 novembre, Bach le 16 janvier et la Biennale Musiques en Scène le 5 mars), des concerts participatifs, des moments pour enfants…

Au sein de cette saison pleine de nouveautés en tous genres, ne rater pour rien au monde le concerto pour violoncelle d'Elgar interprété par une Sol Gabetta au sommet de son archet et dirigée par Elihu Inbal (5 décembre).

La liberté guidant le chœur

À l'Opéra de Lyon, tandis que Serge Dorny s'est réinstallé dans son moelleux fauteuil de directeur général, le chef Kazushi Ono commence à faire ses valises. Le premier a une obsession, depuis toujours : le fil conducteur. Cette année, le public devra ainsi se laisser guider par "Les voix de la liberté". Au-delà, Dorny a pris des risques et on ne peut qu'apprécier de voir à l'affiche des oeuvres contemporaines, des créations qui montrent que l'opéra sait rester vivant aujourd'hui.

Tour d'horizon en trois moments clés. D'abord, La Damnation de Faust de Berlioz ouvre le bal dans une mise en scène d'un David Marton dont on connaît la passion à défaire chaque oeuvre et la retricoter pleine de mailles à l'envers (7 au 22 octobre). En décembre ensuite, les Folies d'Offenbach sonneront du Théâtre de la Croix-Rousse jusqu'à l'Opéra. Pour l'un Mesdames de la Halle, mis en scène par un Jean Lacornerie raffolant plus que jamais de frou-frous et d'univers farfelus (11 au 28 décembre), pour l'autre Le Roi Carotte, fresque baroque et fantastique jamais donnée en France depuis sa création en 1872 que Laurent Pelly va à coup sûr emmener sur une planète encore inconnue (12 au 29 décembre), une musique d'une fausse légèreté qui fait du bien pour les deux. Enfin, il faudra suivre avec intérêt le traditionnel festival maison, explicitement baptisé "Pour l'humanité" (en mars).

Grands chemins de traverse

Au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse, c'est fête à tous les étages et surtout, tous les jours et plus encore, certaines nuits. Autant d'occasions de faire le tour du monde aux côtés des meilleurs instrumentistes du moment et ce, on ne le répètera jamais assez, à des prix défiant toute concurrence – voire gratuitement. La 35e saison publique de l'établissement se déroulera sur le thème de la "Ré-Invention". Trois nuits composeront une sorte de festival : une consacrée au répertoire américain du début du XXe siècle (10 novembre), une à la Corée, tiraillée entre passé et ultra contemporanéité (20 novembre), et une aux cuivres.

Dans le paysage musical lyonnais, Il faudra aussi compter dorénavant avec Spirito, fusion réussie entre le Choeur Britten et les Choeurs de Lyon/Bernard Tétu. Leur saison s'annonce rafraichissante, ne serait-ce que par la présence à son générique d'un Thé des poissons par Samuel Sighicelli (6 novembre au Toboggan), création puissament décalée où un oeuf adepte du yoga côtoie une carotte rêveuse.

Piano à Lyon, de son côté, reste 11 ans après son apparition toujours à l'affût des meilleurs pianistes du monde, accueillant Roger Muraro en entrée (9 octobre), Bertrand Chamayou (5 février) un peu plus loin et Alexandre Tharaud (11 mai) sur la même saison.

Enfin, Les Grands Concerts s'engagent au renouvellement, à la confrontation de la musique baroque avec d'autres formes plus ou moins exotiques. Cette saison, coup d'oeil sur Vivaldi in the Sky (18 au 20 décembre à la Chapelle de la Trinité), spectacle poétique et aérien où un clown, un trapéziste et un funambule racontent ensemble une fable portée par un instrumentarium baroque.

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Le Roi Carotte : un potager survitaminé

Opéra | De la joie, des outrances, de la drôlerie et une équipe de haute précision, Le Roi Carotte revient quatre ans après sa création, mis en scène par l'une des stars mondiales de l'Opéra et fidèle de celui de Lyon, Laurent Pelly.

Nadja Pobel | Mardi 17 décembre 2019

Le Roi Carotte : un potager survitaminé

Offenbach lui va si bien. Laurent Pelly s'en amuse depuis des décennies ou presque avec notamment cet épatant triptyque Monsieur Chouflerie restera chez lui / L'Île de Tulipatan / Le Petit voyage dans la lune. C'était en 2005 en itinérance dans Lyon. En 1998, il signait un Orphée aux Enfers royal dans des décors à couper le souffle, signés par la fidèle scénographe Chantal Thomas. La Vie Parisienne, La Belle Hélène, la Duchesse de Gérolstein, Les Contes d'Hoffmann suivront. Quand il monte en 2015 Le Roi Carotte, il va encore plus loin dans le plaisir du jeu et ne lésine pas sur les costumes, qu'il dessine comme dans chacun de ses travaux au théâtre ou à l'opéra, et affuble le ténor Christophe Mortagne d'une carotte à taille humaine très phallique. Car tout est poussé à son extrême dans cette adaptation de cet opéra-bouffe en trois actes créé en 1872. Lorsque la fée Rosée du soir est prisonnière dans un grenier, sur scène, elle est enserrée dans un gigant

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Insomniaque : où danser ce week-end ?

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 26 septembre 2017

Insomniaque : où danser ce week-end ?

29.09.17 > LE SUCRE SHAKE YOUR CLASSICS Est-il possible de clubber avec votre maman voire de partager des gin-to avec votre grand-mère ? Grâce au Sucre, à l'Auditorium et au GRAME, c'est oui : le cycle de soirées mêlant musique classique et techno reprend, conviant-là l'Orchestre National de Lyon dirigé par le chef américain Leonard Slatkin avant un live de Birth Of Frequency, dont la techno est sous perfusion Détroit. Collision. 30.09.17 > NINKASI RAGGATEK NIGHT On a vu surgir avec un peu de surprise cet hybride costaud entre vocaux raggamuffin et techno dure, emmené en particulier par DJ Vandal... Puissance du beat, caresse du skank : le Ninkasi consacre une nuit à ce style très free party en conviant Guigoo (des Narcotek, qui a lui-même collaboré avec le suscité Vandal), l'Italien Pitch (de Mad Attack) en live, Astifleure et Asco (Total Reez).

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Viva la Mamma ! Le bagou de la Castafiore

Opéra | Montrer sur scène les vicissitudes et les vices des divas de l'opéra. Voilà une mise en abyme ludique de Gaetano Donizetti qu'on dirait écrite pour Laurent Pelly. Le metteur en scène s'en empare avec son éternelle gourmandise.

Nadja Pobel | Mardi 27 juin 2017

Viva la Mamma ! Le bagou de la Castafiore

Même le vieux théâtre a été envahi par un parking. Quelques petites voitures de ville rutilantes sont garées entre les poteaux soutenant les balcons et corbeilles... Le décor est symbolique d'un univers qui part à vau-l'eau. Rien ne va plus. C'est ici que se répète Romulus et Ersilia, jusqu'à ce que débarque la Mamma exigeant que sa chanteuse de fille ait un duo avec la prima donna. Laquelle s'insurge et part, faisant du même coup déguerpir le contre-ténor que la Mamma Agata se propose de remplacer au pied levé, provoquant des départs à la chaîne. Et une distribution de branquignoles. Dans cette Italie du mitan du XIXe siècle, le nom des chanteurs est plus important encore que l’œuvre jouée, la gestion des desiderata de chacun est la clé de voûte d'un spectacle réussi. Et la perspicacité de Donizetti, chef de troupe et directeur de théâtre, est de montrer toutes les strates de cette production avec le directeur du lieu, l'impresario, le poète, qui se désespèrent de cette situation délétère exposant les chanteurs à leur égotisme. « Où va aller cet opéra ? » Sans que cette pièce, dont Do

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Un Homme de chœurs

Classique | Bernard Tétu quitte ses fonctions de directeur artistique au sein de Spirito. Rencontre avec un homme généreux, un bouillonnant tranquille, un musicien très éclairé.

Pascale Clavel | Mardi 3 janvier 2017

Un Homme de chœurs

Chef de chœur et chef d’orchestre reconnu à travers le monde, fondateur dans les années 80 des Chœurs de l’Orchestre National de Lyon, Bernard Tétu a révolutionné le chant choral français et a su donner une identité sonore singulière à chacun de ses ensembles. Il peut partir fier et tranquille de Spirito : nous savons qu’il poursuit son chemin de chef et de pédagogue avec ce qui l’anime depuis toujours : la transmission du beau. Vous allez donner samedi prochain vos derniers concerts avec Spirito. Dans quel état d’esprit abordez-vous ce moment ? Bernard Tétu : J’ai pris depuis longtemps l’habitude de vivre à plusieurs vitesses, je suis en ce moment dans la préparation d’autres concerts. Il y a Spirito, mais ma vie de chef se poursuit. Serge Baudo m’invite à diriger l’orchestre de l’Opéra de Toulon en juin. Je continue à être le directeur artistique du Festival Les Voix du Prieuré au Bourget-du-Lac, je dirige cet été le Requiem de Duruflé à Silvanes… mais oui, il faut bien l’avouer, c’est un pincement au cœur de quitter Spirito parce que je dirigerais bien un concert par semaine avec les chanteurs et les

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Un oiseau vert encadré

TNP | Créateur infatigable de grands spectacles jouissifs et épatants, Laurent Pelly trouve avec cet Oiseau vert de Gozzi une fable à sa mesure sans toutefois éviter quelques lourdeurs.

Nadja Pobel | Mardi 20 décembre 2016

Un oiseau vert encadré

Depuis 1994 qu'on le voit s'amuser du théâtre et le rendre divertissant sans le bêtifier, Laurent Pelly est un phare dans cet art des planches qui parfois se prend au sérieux (c'est heureux) immodestement (ça l'est moins). L'opéra lui permet d'avoir la folie des grandeurs (Pour son Orphée aux enfers ou son Hansel et Gretel, il a notre gratitude éternelle) corrélée à son goût insatiable du divertissement. Pelly aime Offenbach, Shakespeare, Copi et Levin. Et tout fonctionne. Voilà que dans ce Théâtre national de Toulouse qu'il dirige pour un an encore, il a monté, en février 2015, cet Oiseau vert de Gozzi. Moins passé à la postérité — sinon pour L'Amour des trois oranges — que son rival Goldoni (dont Pelly avait adapté Le Menteur sur un plateau transformé en lagune), Gozzi est le réac' qui doute des Lumières, de la philosophie et de la

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Le plus russe des Russes

Auditorium de Lyon | C’est un événement : en plein cœur du Festival Russe proposé par l’Auditorium, Leonard Slatkin dirige les six symphonies de Tchaïkovski.

Pascale Clavel | Mardi 15 novembre 2016

Le plus russe des Russes

À l’affiche, c’est un beau festival. L’âme slave révélée sous toutes les coutures : Borodin, Chostakovitch, et leur fantastique musique de chambre ; Moussorgski et ses Tableaux d’une exposition ; Grigori Sokolov, pianiste fascinant, aux interprétations quasi mystiques et profondément poétiques. Des festivités russes aussi, autour de musiques populaires où l’on comprend en trois mesures toute la mélancolie slave. En point d’orgue du festival, Tchaïkovski : compositeur éclectique, mélodiste hors pair. Son langage musical, fortement influencé par les romantiques allemands et par Berlioz pour l’orchestration, n’est pas vue d’un très bon œil par les compositeurs russes — en particulier ceux du Groupe des Cinq — parce que pour eux, le style doit être russe, uniquement, radicalement. L’âme humaine scrutée Entre symphonie classique et poème symphonique, les six symphonies de Tchaïkovski sont inclassables. Une dimension métaphysique pour chacune et une question en boucle pour toutes : quid

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D’un endroit à l’autre, la musique jaillit

Tour d'horizon | Au CNSMD, la saison publique d’Ombre et de lumière rend hommage au compositeur et chef d’orchestre Gilbert Amy, qui fut aussi directeur du lieu de 1984 à (...)

Pascale Clavel | Mardi 20 septembre 2016

D’un endroit à l’autre, la musique jaillit

Au CNSMD, la saison publique d’Ombre et de lumière rend hommage au compositeur et chef d’orchestre Gilbert Amy, qui fut aussi directeur du lieu de 1984 à 2000. Créations en tous genres, bouillonnements artistiques, les concerts montrent à l’envie toute la richesse du lieu : trois nuits festives, des concerts électro, de la musique ancienne… de beaux défis en perspective. Côté musique baroque, coup de maître ! Éric Desnoues réunit à la Chapelle de la Trinité, pour un concert exceptionnel en juin, deux des plus grandes voix de la scène internationale : Cécilia Bartoli et Philippe Jaroussky. Pour ceux qui trépignent déjà, Jaroussky interprète des cantates sacrées baroques au mois de novembre. Cette saison fait la part belle aux ensembles vocaux lyonnais : Calliope et les petits chanteurs de Saint Marc seront à l’affiche. Côté Piano à Lyon, rien ne s’essouffle et pour cette 11e saison, Jérôme Chabannes invite

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Rentrée classique 2016 : Lyon va piano

MUSIQUES | On vous a offert un agenda tout neuf pour 2016 ? Entre autres bonnes résolutions, vous allez pouvoir noter les rendez-vous classiques immanquables (...)

Philippe Yves | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée classique 2016 : Lyon va piano

On vous a offert un agenda tout neuf pour 2016 ? Entre autres bonnes résolutions, vous allez pouvoir noter les rendez-vous classiques immanquables des mois à venir. Et ce sont les amoureux du piano qui seront les mieux servis tant les organisateurs de concerts ont convoqué à Lyon le gratin pianistique international. À l’Auditorium, on applaudira les padawans (l’Autrichien Till Fellner, de Beethoven à Berio le 11 mars, et Lang Lang, dont on vérifiera le 11 avril si la démesure sied au Concerto italien de Bach) comme le maître Murray Perahia, accompagné de l’Academy of Saint Martin-in-the-Fields le 4 juin. En attendant la réouverture de la Salle Molière, le piano s’écoute aussi Salle Rameau avec Ravel par Bertrand Chamayou le 5 février et un récital d’Alexandre Tharaud le 11 mai. À l’encre indélébile, vous noterez le double récital de Martha Argerich et Nicolas Angelich le 13 avril dans un monstrueux programme avec la version deux pianos du Sacre du Printemps. Ça ne se refuse pas. Et comme il n’y a pas que le piano dans la

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Un "Roi Carotte" abracadabrantesque

MUSIQUES | Un roi un peu trop sûr de lui et bien peu soucieux de ses administrés se fait évincer du pouvoir par un légume humain, le roi Carotte, rendu aimable (...)

Nadja Pobel | Mardi 15 décembre 2015

Un

Un roi un peu trop sûr de lui et bien peu soucieux de ses administrés se fait évincer du pouvoir par un légume humain, le roi Carotte, rendu aimable par l’entourloupe d’une sorcière. Sur cette histoire délirante, Laurent Pelly signe des costumes aux petits oignons (à commencer par celui du rôle titre, très phallique et ludique) et une mise en scène en constant mouvement, s’autorisant toutes les folies des grandeurs. La princesse Rosée du Soir est prisonnière dans un grenier ? Voilà que la fidèle scénographe Chantal Thomas invente un gigantesque égouttoir. Fridolin doit passer par Pompei récupérer l’anneau de Salomon qui lui permettra de mettre fin aux pouvoirs de la sorcière ? Tout le chœur revêt des vêtements de l’Antiquité. Des fantaisies que relie l’adaptation de l’éternelle complice de Laurent Pelly, Agathe Mélinand, qui a même osé placer un train Intercité et un TGV dans le livret écrit par Victorien Sardou à la fin du XIXe. En faisant de ses personnages dépravés et inconséquents des gens de notre époque, Mélinand moque une classe dirigeante qui, ayant pour principe de «tourner avec le vent», pourrait bien être celle d’aujourd’hui. Si

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Laurent Pelly : «Mettre en images des rêves»

MUSIQUES | Depuis plus de trente ans, Laurent Pelly invente des spectacles d’une parfaite maîtrise formelle et visuelle en racontant Hugo, Levin, Copi ou Ionesco. A l’opéra, il retrouve, en ce moment, Offenbach pour la onzième fois et livre, avec Le Roi Carotte, sa création la plus déjantée.

Nadja Pobel | Mardi 15 décembre 2015

Laurent Pelly : «Mettre en images des rêves»

Vous souvenez-vous, quand en 1980, à 18 ans, vous avez fondé la compagnie Le Pelican, de l’idée que vous aviez du théâtre ? De pourquoi vous vouliez en faire ? Laurent Pelly : Je serais bien incapable de dire pourquoi, car les raisons sont sûrement profondes et psychanalytiques, mais c’est une vocation, c’est par amour du théâtre, tout bêtement, et par amour des œuvres. Et c’est ce que je continue à défendre aujourd’hui. Je me considère avant tout comme un artisan au service des œuvres. Ce que je préfère dans la vie, ce sont la littérature et la musique. C’est venu de là. Aviez-vous déjà cette idée de travailler particulièrement l’esthétique, le beau ? Ce sont des choses qui se sont affinées avec le temps. D’abord, il y a eu la rencontre avec Chantal Thomas qui date de la création de Tartuffe dans le Nord de la France, quand j’étais assistant dans un Centre Dramatique National, il y a 30 ans. Et je conçois toujours la mise en scène à la fois comme un travail très intime avec les acteurs mais aussi comme un objet visuel. Pour moi, c’est mettre en images des rêves. On a fait beaucoup de choses ensemble

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Eliahu Inbal / Sol Gabetta : une rencontre au sommet

MUSIQUES | Eliahu Inbal et Sol Gabetta sur un même plateau. On n'osait en rêver, l'Auditorium l'a quand même fait. En passe de fêter ses quatre-vingts ans, le chef (...)

Pascale Clavel | Mardi 1 décembre 2015

Eliahu Inbal / Sol Gabetta : une rencontre au sommet

Eliahu Inbal et Sol Gabetta sur un même plateau. On n'osait en rêver, l'Auditorium l'a quand même fait. En passe de fêter ses quatre-vingts ans, le chef israélien est entré dans la postérité depuis longtemps, grâce à ses interprétations sublimes des symphonies de Mahler, portées par une gestique ciselée et éloquente. Choisissant des œuvres dont il sait mieux que quiconque révéler la spiritualité, Eliahu Inbal s’engage physiquement, comme si sa vie en dépendait, et reste néanmoins d’une intransigeance absolue. Il en fait sa marque de fabrique et le démontrera ici en dirigeant à deux reprises le Concerto pour violoncelle d’Elgar. On ne voyait malgré tout plus trop de raisons d’aller écouter cette partition depuis que, dans les années 70, l’immense Jacqueline du Pré en avait livré une interprétation à couper le souffle. Mais voilà, au violoncelle officiera rien de moins que Sol Gabetta, trente-quatre ans et déjà une belle et méritée renommée internationale. Car à chaque fois que la violoncelliste prend son instrument, son jeu rempli d'élan et d'énergie fascine, Gabetta faisant du moindre phrasé un petit moment d'extase poétique. D'une grande force émo

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À l'Opéra, un "Faust" à se damner

MUSIQUES | Ouvrir une saison d'opéra avec une œuvre aussi hybride que "La Damnation de Faust" de Berlioz peut dérouter. À cette aune, le metteur en scène David Marton a fait le bon choix, s'effaçant pour mieux en servir la richesse musicale. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Mardi 13 octobre 2015

À l'Opéra, un

Avec la Damnation, Berlioz s’attaquait à un mythe comme d’autres s’attaquent à l’Everest : avec la soif d’en découdre et l'obsession d’y être enfin. En bon romantique, autrement dit en bon désespéré du genre humain, il s'y inspire très lointainement du Faust de Goethe (par Gérard de Nerval interposé), condamnant le savant prêt à pactiser avec le Diable pour assouvir son appétit de connaissances là où l'auteur lui offrait un salut. Fort de ce terreau dramatique exceptionnel, Berlioz a ensuite, comme pour son Requiem et son Roméo et Juliette, pris le temps de laisser s'installer la féerie, travaillant d'une manière organique les voix et les instruments, jusqu'à en faire de véritables chairs et ossatures, enchaînant les tableaux comme autant de formes insaisissables, tantôt opéra, tantôt oratorio. La discrétion selon Marton Il y a du matériel dans cette œuvre pour un metteur en scène aussi doué que David Marton, le livret se révélant un véritable catalogue d’émotions, articulé autour des notions de pouvoir, de destinée et de rédemption. De fait, le jeune Hongrois signe là une mise en scène tout au service de la mu

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Williams / Spielberg : terrain d’entente

ECRANS | Le cinéma regorge de duos fameux formés par un compositeur et un metteur en scène : Bernard Hermann et Alfred Hitchcock, Philippe Sarde et Claude (...)

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Williams / Spielberg : terrain d’entente

Le cinéma regorge de duos fameux formés par un compositeur et un metteur en scène : Bernard Hermann et Alfred Hitchcock, Philippe Sarde et Claude Sautet, Georges Delerue et François Truffaut, Pino Donaggio et Brian De Palma, Howard Shore et David Cronenberg ou encore Carter Burwell et les frères Coen. De tous, le couple John Williams et Steven Spielberg est de loin le plus fidèle : Williams a orchestré toutes les bandes originales du cinéaste, à l’exception du futur Bridge of Spies pour des raisons de santé. Surtout, le musicien a écrit des scores qui ont participé à la popularité des films : le thème des Dents de la mer avec son crescendo inquiétant, les partitions symphoniques d’Indiana Jones, E.T., Jurassic Park, les cinq notes à la base de Rencontres du troisième type… Leurs collaborations récentes sont même parmi les plus surprenantes : la musique épurée et sombre de Munich, virevoltante et "mancinienne" des Aventures de Tintin, ambitieuse et complexe de

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La saison 2015/2016 de l'Auditorium

ACTUS | L’Orchestre National de Lyon et l’Auditorium viennent de dévoiler une saison 2015/2016 monumentale et foisonnante dont les promesses vont ravir les mélomanes avertis comme ceux qui voudraient faire leurs premiers pas dans le répertoire symphonique. Philippe Yves

Benjamin Mialot | Mercredi 29 avril 2015

La saison 2015/2016 de l'Auditorium

Du côté des monuments symphoniques, Leonard Slatkin dirigera les épiques 5ème (les 12 et 14 novembre) et 9ème (le 12 septembre) Symphonies de Beethoven avant de s'attaquer, plus tard, à Ainsi Parlait Zarathoustra (le 4 février 2016), la plus kubrickienne des œuvres de Richard Strauss. Plus généralement, les pianistes tiendront le haut de l’affiche, en témoignent les invitations aux solistes Hélène Grimaud (les 17 et 19 septembre), Nikolaï Luganski (18 et 19 décembre), Lang Lang (le 11 janvier) ou encore Murray Perahia, qui se produira avec la Londonienne Academy of Saint Martin in the Fields (le 4 juin). Parmi les pépites de la saison, notons les Kindertotenlieder, le chef d’œuvre endeuillé de Mahler, sous la jeune baguette de Lionel Bringuier (19 et 21 mai) ou encore la venue du chef d’orchestre Charles Dutoit à la tête du Royal Philharmonic Orchestra de Londres (le 20 octobre) ainsi que le retour de T

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Un "Orphée et Eurydice" sans tralala

MUSIQUES | Au beau milieu d’un XVIIIe siècle qui cherche des dorures de plus en plus dorées et des ornements de plus en plus ornés, Christophe Gluck prend un sacré (...)

Pascale Clavel | Mardi 17 mars 2015

Un

Au beau milieu d’un XVIIIe siècle qui cherche des dorures de plus en plus dorées et des ornements de plus en plus ornés, Christophe Gluck prend un sacré contrepied et compose un opéra d’une simplicité émouvante. Orphée et Eurydice contraste en effet sauvagement avec les mœurs esthétiques et musicales de l’époque – écrire un opéra à trois personnages, sans plus d'esbroufe, il fallait le faire. Inutile de revenir sur Ovide, qui installa le mythe fondateur, ou sur les quelques modifications apportées par Gluck : de la beauté, de l’amour, du tragique, un esprit champêtre qui se fissure vite et nous voilà au cœur de ce drame humain qui traverse les grands opéras. Que faire du vide ? Que faire de l’absence ? Que faire de soi-même après la perte d’un être cher ? Ce n’est pas parce qu’il est "le plus en vue du moment" que la mise en scène de David Marton fait mouche. Sans tralala, le jeune hongrois pose un décor unique, sorte de no man’s land ensablé, d’entre-deux cotonneux, puis par petites touches, tisse judicieusement son propos. Sa plus belle idée, certes un peu schizophréne : montrer non pas un mais deux Orphée. L’un, comme il se doit, jeune e

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L'Auditorium à la fête

MUSIQUES | A l'Auditorium cette saison, c’est champagne. Quarante bougies pour le lieu, soixante-dix pour son chef Leonard Slatkin, de nouveaux événements étonnants... De la musique comme s’il en pleuvait, de l’Amérique en découverte, de la danse, et même une intégrale des symphonies de Brahms. Une saison qui risque le trop ? Pascale Clavel

Pascale Clavel | Mardi 23 septembre 2014

L'Auditorium à la fête

Jean-Marc Bador, directeur de l’Auditorium, a posé son style et la maison doit suivre. Il dépoussière, a envie, pense vite... Trop selon certains. Pourtant, il offre au public un choix inouï, varié, éclectique, sans perdre pour autant de vue l’option symphonique. «Une saison toute en couleurs qui porte au plus haut l’exigence artistique tout en s’aventurant avec délectation hors des sentiers battus». C'est ainsi qu'il nous résume son programme. Le décor étant posé, regardons de plus près ce patchwork musical. A commencer par les dix jours de fête qui marqueront les quarante années d’existence de l’Auditorium et qui verront, comme un cadeau, Serge Baudo donner le 8 février La Symphonie fantastique, lui qui avait dirigé cette même œuvre le 14 février 1975 à l’ouverture de l’Auditorium. Séquence émotion donc. Plusieurs fils rouge traversent le reste de la programmation. Les compositeurs américains, chers à Slatkin, vont ainsi côtoyer leurs homologues français, explorant ensemble les univers musicaux particuliers des deux pays. On entendra notamment Porgy and Bess (le 11 décembre) et We

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Léonard Slatkin, 70 ans de génie

MUSIQUES | Quand il ne mène pas son monde à la baguette, Leonard Slatkin, en bon Yankee, taquine un tout autre type de bout de bois, beaucoup plus robuste celui-ci : (...)

Benjamin Mialot | Mardi 16 septembre 2014

Léonard Slatkin, 70 ans de génie

Quand il ne mène pas son monde à la baguette, Leonard Slatkin, en bon Yankee, taquine un tout autre type de bout de bois, beaucoup plus robuste celui-ci : la batte de base-ball. Si bien qu'à l'occasion de son soixante-dixième anniversaire, qui coïncide avec les Journées européennes du patrimoine, le chef de l'ONL animera ce week-end à l'Auditorium une initiation au plus abscons des sports américains – rappelons par exemple que les matchs se jouent en neuf manches, rien que ça, on dirait une règle de Kamoulox. Ce n'est pas la seule activité au programme de ces "Happy Days"(du 18 au 21 septembre) décalés et gratuits (et un rien égocentriques) : outre un pique-nique made in USA et des visites guidées du Saint des saints de la musique orchestrale, l'Auditorium proposera un prolongement sous forme d'exercices d'adresse de l'opération Fauteuil & tribune, initiée avec l'OL en 2005. Et bien sûr des concerts dirigés par le maître, dont un triple-programme au féminin (avec un concerto de Beethoven par la pianiste Olga Kern, la violoniste Baiba Skride et la violoncelliste Sol Gabetta, habituées des lieux) et un pot-pourri transatlantique avec l'Harmonie du Rhô

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A chacun son comte

MUSIQUES | Comme chaque été depuis 2009, l’Opéra de Lyon propose de diffuser sur grand écran, gratuitement et parfois en direct, un spectacle phare de sa saison. (...)

Nadja Pobel | Jeudi 26 juin 2014

A chacun son comte

Comme chaque été depuis 2009, l’Opéra de Lyon propose de diffuser sur grand écran, gratuitement et parfois en direct, un spectacle phare de sa saison. Samedi 5 juillet, c’est ainsi le très festif Comte Ory de Rossini (1828) mis en scène par Laurent Pelly qui sera projeté sur les places et parcs de treize villes rhônalpines : Villefranche-sur-Saône, Lyon, Tarare, Ambérieu-en-Bugey, Nantua, Valence, Montélimar, Crest, Divonne-les-Bains, Thonon-les-Bains, Chamonix, Bellegarde-sur-Valserine et Usson-en-Forez. Le Comte Ory est un seigneur qui, loin du front des croisades, mène un combat intime visant à lui attirer les faveurs de la comtesse Anne. Il est pour cela prêt à user de tous les stratagèmes, allant jusqu'à se travestir en gourou puis en bonne sœur (!). À la manoeuvre sur ce qui constitue son presque trentième opéra, Laurent Pelly s’amuse à transposer l’intrigue de nos jours et joue surtout, avec une habileté sans pareille, avec la machinerie théâtrale, créant notamment un château dont défilent toutes les pièces sous nos yeux ébahis. À la baguette, Stefano Montanar, impulse lui un rythme soutenu, parachevant cette œuvre de 2h30 qui, bien qu'aboutie, ne se prend jamais

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Le comte Pelly

MUSIQUES | En s’attaquant à Rossini avec "Le Comte Ory", Laurent Pelly livre une création parfaite sur un homme boulimique et jouisseur. Et si cet Ory était le reflet de ce qu’il est devenu : un franc-tireur qui réussit tout ce qu’il entreprend, au risque parfois d’être en roue libre ? Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 25 février 2014

Le comte Pelly

Pour sa première incursion chez Rossini, Laurent Pelly, jusque-là fidèle parmi les fidèles des opéras-bouffes d’Offenbach, a choisi de s’amuser avec la comédie du Comte Ory. Le personnage éponyme est, selon les mots mêmes du metteur en scène, «un oisif, un déconneur». Replié sur le front intérieur alors que les croisades battent leur plein, il mène sa propre lutte : séduire la comtesse Adèle, sœur d'un seigneur croisé. Tous les moyens sont bons et notamment celui du travestissement : déguisé en gourou dans le premier acte, il prend les traits d’une bonne sœur dans le second, répétant les mêmes stratagèmes que précédement mais sous un costume différent. Le Comte Ory (1828) n’est pas un livret d’une grande finesse, loin de là. Tout y est sur-souligné, les chanteurs répétant encore et encore les mêmes phrases comme dans une comptine pour enfants. Tout se construit donc sur la capacité à assumer l’outrance des personnages et en cet art Laurent Pelly semble être passé maître. Pour se débarrasser des oripeaux de cette période ancienne, il a tout d'abord transposé l’action dans le monde moderne. Les croisades d’hier pourraient être l’Afghanistan d’auj

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Jeunes confidences

SCENES | Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 3 janvier 2014

Jeunes confidences

Enfin ! Enfin le théâtre des Ateliers est sorti de son état végétatif. Et la relève est tout un symbole, puisque c'est Joris Mathieu, adepte de la vidéo, qui en a été nommé directeur à la place du fondateur Gilles Chavassieux (lequel ne créera plus dans ce lieu). Autre désignation importante, celle de Sandrine Mini au Toboggan à Décines. D’autres directeurs tireront eux leur révérence : Roland Auzet à la Renaissance, par envie de reprendre son travail de compagnie, et Patrick Penot aux Célestins, pour cause de retraite. C’est d'ailleurs dans ce théâtre qu’il sera possible de découvrir le travail de Mathieu avec Cosmos de Witold Gombrowicz (février). D'une manière générale la jeune génération (disons les moins de quarante ans) fera l'actu de la rentrée avec Mon traître d’Emmanuel Meirieu (voir page 16) au Radiant, Dommage qu’elle soit une putain de John Ford par Marielle Hubert au Radiant encore (plus tard en janvier), qui s’annonce d’une curieuse violence mêlée de douceur, mais aussi l’exceptionnelle venue d’Howard Barker à Lyon, convaincu par la comédienne Aurélie Pitrat du collectif nÖjd de m

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Des airs de saison

MUSIQUES | En matière de musique classique, la proposition reste alléchante pour cette deuxième moitié de saison : variée comme on aime, surprenante comme on n'y croyait (...)

Pascale Clavel | Vendredi 3 janvier 2014

Des airs de saison

En matière de musique classique, la proposition reste alléchante pour cette deuxième moitié de saison : variée comme on aime, surprenante comme on n'y croyait plus. Quelques pistes pour se frayer un chemin de traverse dans un paysage musical parfois brumeux : en mars des Cantates de Bach par le chef d’orchestre japonais Masaaki Suzuki, à entendre au Festival de musique baroque de Lyon ; en avril, au même endroit, Marc Minkowski s’emparera avec fougue de La Passion selon saint Jean, pur bonheur. Du côté de l'Orchestre National de Lyon, on peut se frotter les mains, l’orchestre renouant pour de bon avec la musique vocale avec, en février, Roméo et Juliette de Berlioz, en mars les incontournables mais captivantes Carmina Burana et en avril La Passion selon saint Matthieu, dirigée par un Ton Koopman au sommet. Le Concert de L’Hostel Dieu offrira quant à lui un moment musical atypique, dialogue envoutant autour de la nuit, durant lequel les leçons de Ténèbres de Couperin s’emmêleront aux ragas des indiens. Piano à Lyon poursuit sur sa lancé

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Des contes d'auteurs

MUSIQUES | Ce n'est pas une surprise, mais cela n'enlève rien à la vision des "Contes d'Hoffmann" : Laurent Pelly est un metteur en scène de génie. Créé en 2005, cet opéra est de nouveau présenté avant les fêtes. Un cadeau XXL accessible dès 5€. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 16 décembre 2013

Des contes d'auteurs

On ne compte plus les Offenbach montés par Laurent Pelly, ni même d'ailleurs les pièces, théâtre et opéra confondus, portés à la scène par ce Parisien qui aura laissé une forte empreinte au Centre Dramatique de Grenoble (où il fut associé puis directeur de 1994 à 2007) et officie désormais au TNT de Toulouse, qu'il dirige depuis 2008 avec son éternelle acolyte, la dramaturge Agathe Mélinand. En 1997, il n'a que 35 ans quand il se lance dans l'art lyrique avec Orphée aux Enfers. Un coup d'essai immédiatement transformé en coup de maître. Le metteur en scène a trouvé en Offenbach (dont il a monté huit pièces depuis !) la matière pour exprimer tout ce qui l'anime : une histoire solide en forme de millefeuille, au service de laquelle il peut créer des décors fourmillant d'idées et des costumes à la mesure de l'excellence de ses interprètes. Bref, du grand spectacle intelligent. L'opéra lui offre les moyens de son talent et Pelly le lui rend bien, donnant à cet art bourgeois une vitalité rare. En re-proposant Les Contes d'Hoffmann à deux mois d'une création mondiale dans ces mêmes murs de l'Opéra de Lyon (Le Conte Ory de Rossini en février), il mont

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Home sweet home

MUSIQUES | Après quelques mois de travaux et autant de temps d’exil pour ses musiciens, l'Orchestre National de Lyon revient chez lui, à l'Auditorium. Pour fêter (...)

Pascale Clavel | Vendredi 11 octobre 2013

Home sweet home

Après quelques mois de travaux et autant de temps d’exil pour ses musiciens, l'Orchestre National de Lyon revient chez lui, à l'Auditorium. Pour fêter l’événement, Leonard Slatkin a concocté un moment de musique qui promet d'éclabousser plus d’un spectateur : deux soirées Tchaïkovski d’une grande et belle densité, l'une autour de son célèbre Concerto pour piano n°1, que magnifiera le  jeune et brillantissime pianiste russe Andeï Korobeïnikov, l'autre centrée sur son hypnotique Symphonie n° 5, sinistre et néanmoins d’une élégance absolue. Ce sont là deux œuvres déjà bien inscrites dans l’inconscient collectif que programme l'ONL, déroulant au passage l’un des fils rouges de sa saison, celui consacré aux compositeurs russes. Le concerto, pourtant méprisé dès l’origine par le pianiste Nikolaï Rubinstein - qui déclarait sans honte que cette musique était simplement mauvaise - est en effet devenu vite populaire. Leonard Slatkin ne pouvait en trouver meilleur interprète que le prodige Korobeïnikov. Vainqueur du concours Tchaïkovski en 2003, il est un musicien hors normes et hors conventions, un virtuos

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Ça bouge chez les classiques

MUSIQUES | Signe d’une grande et belle vitalité artistique, cette saison encore les plus grands interprètes seront à Lyon. De Grame à l’Auditorium en passant par l’Opéra, Piano à Lyon et tant d’autres, tous s’y mettent pour proposer à public exigeant toujours plus, encore mieux. Petit tour d’horizon… Pascale Clavel

Pascale Clavel | Vendredi 20 septembre 2013

Ça bouge chez les classiques

Quelle autre ville que Lyon peut s’enorgueillir d’abriter en son sein autant de propositions musicales généreuses et surprenantes ? Pour son 31e Festival de musique baroque, Eric Desnoues surprend encore et fait venir à Lyon les immenses Savall (le 12 octobre à la Chapelle de la Trinité), Jaroussky (le 12 décembre), Minkowski (le 15 avril) et Herrweghe (le 11 juin). Cerise sur le gâteau, il accueillera le 20 mars le chef d’orchestre japonais Masaaki Suzuki, qui dirigera des cantates de Bach. Suzuki à la baguette et le Kapellmeister renait de ses cendres. Piano à Lyon, qui se délocalise pour une saison salle Rameau, offre de son côté dix concerts de haute volée, Jérôme Chabanne ayant tissé un programme où anciens et nouveaux se croisent. Gautier Capuçon et son complice Frank Braley reviendront ainsi ébouriffer le public lyonnais le 7 février tandis que l’hypnotique Alexandre Tharaud se frottera à l’Adagietto de la 5e symphonie de Mahler - qu’il a lui même transcrit pour piano - le 24 avril. Les Percussions Claviers de Lyon, quant à

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"Blackmail" en ciné-concert au festival Lumière

ECRANS | Comme chaque année, le festival Lumière investira l'Auditorium pour un ciné-concert où l'Orchestre National de Lyon, sous la direction de Lenoard Slatkin, (...)

Christophe Chabert | Jeudi 5 septembre 2013

Comme chaque année, le festival Lumière investira l'Auditorium pour un ciné-concert où l'Orchestre National de Lyon, sous la direction de Lenoard Slatkin, mettra en musique un chef-d'œuvre du muet. Pour l'édition 2013, ce sera donc Blackmail d'Alfred Hitchcock, fraîchement restauré par le British Film Institute grâce à son programme "Rescue the Hitchcock 9" — neuf films muets du cinéaste dont les copies étaient menacées de disparition — dans la partition composée en 2008 par Neil Brand et orchestrée par Timothy Brock. Le ciné-concert se déroulera le mercredi 16 octobre à 20h15, et Lumière programmera durant le festival le remake parlant de Blackmail, tourné quelques années plus tard par Hitchcock lui-même.

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Une fête au diapason

MUSIQUES | Le 21 juin, à moins d'être complètement sourd, on sent bien qu’il se passe quelque chose, que la musique est partout, qu’elle remplit les moindres espaces (...)

Pascale Clavel | Jeudi 13 juin 2013

Une fête au diapason

Le 21 juin, à moins d'être complètement sourd, on sent bien qu’il se passe quelque chose, que la musique est partout, qu’elle remplit les moindres espaces publics, qu’elle traverse les pores des peaux les plus imperméables, qu’elle se veut universelle, fraternelle voire conviviale. La musique dite classique, qui a longtemps boudé l’affaire, s’y colle depuis peu et quelques rares propositions valent le coup d’être écoutées cette année. Il faut d'abord chercher du côté de l’Auditorium pour tomber sur une programmation simple, drôle et décalée. En deux fois quarante-cinq minutes, le centre commercial de la Part-Dieu vibrera en effet, grâce à lui, aux sons du "cancan" de Jacques Offenbach, se pliera aux rythmes endiablés des suites d’orchestre de L’Arlésienne de Georges Bizet. Au beau milieu de ce temple de la consommation, Leonard Slatkin et l’Orchestre National de Lyon donnent rendez-vous à tous ceux qui passent par là, pour un vrai moment de joie musicale, à midi et à 18h, comme un petit moment d’apéritif en suspend. Si vous aimez l’orgue, rendez-vous plutôt au CNSMD, p

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L’invention du tube

MUSIQUES | Leonard Slatkin a un rêve : enregistrer toute l’œuvre avec orchestre de Ravel. Ce pari fou est déjà bien avancé, l’intégrale se fabriquant chez Naxos au fil (...)

Pascale Clavel | Lundi 6 mai 2013

L’invention du tube

Leonard Slatkin a un rêve : enregistrer toute l’œuvre avec orchestre de Ravel. Ce pari fou est déjà bien avancé, l’intégrale se fabriquant chez Naxos au fil des saisons. En novembre, nous avons pu en entendre deux extraits, L’Heure espagnole et L’Enfant et les Sortilèges, deux délicieux opéras interprétés pour l'occasion en version concert. Pour les deux soirées à venir, tubes garantis avec le très (trop ?) connu Boléro de Ravel, La Mer de Debussy et quelques pages musicales plus intimes mais tout aussi exaltantes. Par exemple Pavane pour une infante défunte et Rapsodie espagnole, pièces dans lesquelles Ravel déploie tout son génie de coloriste, livrant le portrait d'une Espagne féérique. Quant au Boléro, Ravel disait de lui qu’il devrait porter en exergue : «Enfoncez-vous bien cela dans la tête». Et le compositeur d’expliquer : «en 1928, sur la demande de Mme Rubinstein, j'ai composé un boléro pour orchestre. C'est une danse d'un mouvement très modéré et constamment uniforme… Le seul élément

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1 Ravel, 2 opéras

MUSIQUES | L’Heure espagnole et L’Enfant et les sortilèges, les deux opéras en un acte de Ravel, ne sont que très rarement donnés et encore plus rarement programmés (...)

Pascale Clavel | Jeudi 17 janvier 2013

1 Ravel, 2 opéras

L’Heure espagnole et L’Enfant et les sortilèges, les deux opéras en un acte de Ravel, ne sont que très rarement donnés et encore plus rarement programmés ensemble dans une même soirée. Précipitons-nous donc à l’Auditorium les 24 et 26 janvier prochains pour entendre ces deux petits bijoux bouffis de poésie et de drôlerie. L’Heure espagnole, comédie musicale enlevée, a été créée à l’opéra comique en 1911. L’intrigue en est simple : une Espagnole veut profiter de l’heure d’absence hebdomadaire de son mari pour inviter ses amants. L’Enfant et les sortilèges, sur un livret de Colette, est une fantaisie lyrique savoureuse et décalée. Ces deux opéras sont proposés en version concert, ce qui peut paraitre étonnant lorsqu’on sait que la mise en scène souvent magnifie une œuvre lyrique. Le procédé peut cependant se révéler très efficace si la distribution est parfaite, l’auditeur se concentrant alors sur l’essence même de la musique. Pour ce programme attendu (et qui s’exportera dès le 29 janvier à la salle Pleyel à Paris), celle imaginée par Leonard Slatkin s'avère très cohérente. Musicalement, les deux opéras montrent comment Ravel s’inspire

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Slatkin trouve l’ouverture

MUSIQUES | Le nouveau directeur musical de l’Orchestre national de Lyon, Leonard Slatkin, a mijoté une saison qui tranche avec le passé. Pour l’ouverture, il a pris le pari audacieux de faire sonner le Requiem de Berlioz. Œuvre d’une puissance exceptionnelle et d’une religiosité toute singulière. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Vendredi 24 août 2012

Slatkin trouve l’ouverture

On ne l’attendait pas là ce Requiem. Peut-être pouvions-nous l’imaginer quelque part dans la saison, entre une œuvre symphonique et un concerto pour piano... Mais c’est peut-être cela le style Slatkin : un langage direct, un geste musical vigoureux et subtil à la fois. On connait son amour pour la musique américaine contemporaine, son penchant pour la musique française du début du XXe siècle. Nous ne connaissions pas encore le chef d’orchestre amoureux d’oratorio, prenant à bras le corps l’un des monuments de la musique religieuse d’une époque romantique en pleine révolution orchestrale. Slatkin et Berlioz réunis, c’est 350 musiciens sur scène, une masse orchestrale imposante, une fanfare de cuivres et des choristes comme s’il en pleuvait : le Chœur de Lyon-Bernard Tétu, un ensemble de Washington, un chœur de Londres. Que connaissent les mélomanes de Berlioz ? Son extravagante chevelure, son tempérament volcanique, sa Symphonie fantastique, son Traité d’harmonie, mais son Requiem, beaucoup moins. En pleine époque romantique, là où les sentiments les plus exacerbés s’expriment, Berlioz apparait comme LE compositeur providentiel même s

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Juste avant l’Evrest

MUSIQUES | Faut-il encore le présenter ? Alexandre Tharaud, le pianiste élégant, l’interprète subtil au toucher sensuel. Nommé soliste instrumental de l’année aux (...)

Pascale Clavel | Dimanche 4 mars 2012

Juste avant l’Evrest

Faut-il encore le présenter ? Alexandre Tharaud, le pianiste élégant, l’interprète subtil au toucher sensuel. Nommé soliste instrumental de l’année aux Victoires de la musique classique 2012, ce pianiste inclassable est à Lyon pour deux soirées savamment ficelées, les 15 et 16 mars. Alexandre Tharaud, c’est un style, un esprit libre, une pulsation reconnaissable entre toute, une jouissance du phrasé, une explosion de couleurs et une spontanéité du discours dont on ne se lasse jamais. Sa relation quasi charnelle à son instrument peut surprendre : «J’aime l’instrument, au point d’en caresser le vernis, de l’embrasser avant de jouer…». Pour son passage à Piano à Lyon, il s'attaque à deux programmes qui n’ont strictement rien à voir. Il se confronte tout d’abord aux Variations Goldberg de Bach, l’un des sommets de la littérature pour clavier et consacre sa deuxième soirée à 10 sonates de Scarlatti, aux Funérailles de Liszt et à la Sonate N°2 de Chopin. Tharaud s’est déjà frotté à Bach mais là, c’est toute une soirée pour faire entendre à sa façon, des Variations Goldberg jouées avant lui par des Maîtres redoutables – pensons à Gustav Leonhardt, à

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Le dernier des dinosaures

MUSIQUES | De la tempe des Ozawa, Solti, Kleiber et autres monstres sacrés du XXe siècle, le chef d’orchestre Sir Neville Marriner vient à Lyon pour un concert unique à (...)

Pascale Clavel | Jeudi 2 février 2012

Le dernier des dinosaures

De la tempe des Ozawa, Solti, Kleiber et autres monstres sacrés du XXe siècle, le chef d’orchestre Sir Neville Marriner vient à Lyon pour un concert unique à l’Auditorium. L’événement est précieux, le chef se fait rare maintenant et c’est peut-être la dernière fois que le public lyonnais pourra entendre un tel son jaillir d’un orchestre symphonique. Neville Marriner a fondé, il y a plus d’un demi siècle, la remarquable Academy of St. Martin-in-the-Fields et du même coup a ouvert tout le champs des possibles aux baroqueux actuels. L’Orchestre national de Lyon, dans ses petits souliers face à un chef de cette envergure, interprète la Symphonie 96 de Haydn, la Symphonie N°2 de Gounod et surtout le sublime Concerto pour piano de Mendelssohn. Chacun le sait dans l’orchestre, Neville Marriner, c’est toute une esthétique d’un XXe siècle bouillonnant d’idées qui déboule sur le plateau, un style si particulier, une élégance du phrasé qui n’existe plus. On en oublierait presque de mentionner l’excellent et jeune pianiste Bertrand Chamayou, élu soliste de l’année aux Victoires de la musique 2011, qui partage l’affiche avec le Maître. C'est le jeudi 9 février à 20

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Fait pour durer

SCENES | Acteur tout terrain depuis 18 ans au théâtre, à la télé et même chez Spielberg, Karim Demnatt revient à lui et puise dans son pays d’origine – le Maroc - une histoire intime qu’il présente à l’Espace 44, "Brûler". Portrait de ce touche-à-tout à l’énergie Duracell. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 20 janvier 2012

Fait pour durer

Première rencontre. Cette impression qui dessine les contours d’une personnalité : quelle énergie ! Quelle tchatche ! Et irrémédiablement l’envie de savoir qui se cache derrière. Au commencement, en 1974, Karim Demnatt est Karim Qayouh. Il naît en France de parents marocains venus chercher ici de meilleures conditions de vie. Maman est intendante de maison dans une grande famille autour de Roanne, papa travaille dans l’industrie automobile en banlieue parisienne. Rien ne destine Karim à passer sa vie sur les planches. Il est d’ailleurs plus pressé de pratiquer les sports de combat que d’accompagner ses copains au théâtre. C’est pour lui du haut de ses 15 ans,  «un truc de tapettes avec souliers vernissés». Mais les préjugés d’ado sont rapidement mis au placard : «Je m’approche du théâtre alors comme un animal craintif, à pas de loup comme s’il y avait un risque» et il découvre «que ça met de la beauté dans la vie, c’est comme un rapport amoureux». En route donc pour l’école de la Comédie de Saint-Etienne où il ne pense pas une seconde avoir réussi le concours d’entrée. Et pourtant si. Mais il reste à s’adapter à des gens pas comme lui, qui ne rêvaient

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L’opéra-bouffe se digère bien

MUSIQUES | Opera / A l’opéra de Lyon, on remet ça : un Offenbach, une Vie Parisienne, un Laurent Pelly et le tour est joué. La magie opère avec fulgurance : c’est jouissif, décalé, drôle… Pascale Clavel

Pascale Clavel | Jeudi 17 novembre 2011

L’opéra-bouffe se digère bien

Jacques Offenbach et Laurent Pelly : entre le compositeur et le metteur en scène, c’est une histoire d’amour comme on en voudrait toujours. Une alchimie totale, un duo de choc, une osmose qui traverse l’espace-temps. Offenbach compose sa Vie Parisienne voilà presque un siècle et demi. La satire qu’il fait de la société n’a rien perdu de son mordant ; troublant, car on pourrait croire qu’il est un de nos contemporains. Cette Vie Parisienne fonctionne à merveille parce qu’Offenbach croque avec justesse une société bouffie d’orgueil, remplie de ses petites convictions, engoncée dans des certitudes molles, truffée de rapports bling-bling au monde. Dans cette œuvre, les intrigues vont bon train, se chevauchent et s’interpénètrent. La musique d’Offenbach y est simplement délirante, légère, enivrante et entêtante. Dès la première, en 1866, elle a connu un succès phénoménal, triomphe magnifiquement orchestré par les directeurs du Théâtre du Palais-Royal d’alors. La finesse d’Offenbach et de ses deux librettistes (Meilhac et Halévy) a été d’offrir aux touristes le Paris qu’ils attendaient, son champagne, ses lumières, ses amours sans lendemain, tout en se moquant ouvert

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Les Aventures de Sindbad le marin

SCENES | En 1994 déjà, Laurent Pelly signait une mise en scène pour le jeune public, La Famille Fenouillard. Il n’était pas encore la star qu’il est aujourd’hui, (...)

Nadja Pobel | Jeudi 1 septembre 2011

Les Aventures de Sindbad le marin

En 1994 déjà, Laurent Pelly signait une mise en scène pour le jeune public, La Famille Fenouillard. Il n’était pas encore la star qu’il est aujourd’hui, réclamée dans toutes les salles du globe. Pas d’opportunisme donc chez lui lorsqu’il s’attelle à Sindbad le marin (créé au printemps au TNT de Toulouse qu’il dirige) mais une envie de partager son travail qui use du merveilleux et du fantastique. Les 8 et 9 novembre au Théâtre de Villefranche et du 16 au 18 décembre au TNG

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«On vit une époque de Restauration»

SCENES | Entretien / Laurent Pelly, ancien directeur du Centre dramatique national des Alpes et metteur en scène talentueux présente au Théâtre de la Croix-Rousse «Mille Francs de récompense» de Victor Hugo. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 31 janvier 2011

«On vit une époque de Restauration»

Petit Bulletin : Victor Hugo n’a pas souhaité monter «Mille Francs de récompense» de son vivant. Pourquoi choisissez-vous de mettre en scène cette pièce ?Laurent Pelly : Hugo n’a pas voulu monter cette pièce car le régime qui l’avait envoyé en exil était encore en place. Puis cette pièce est tombée dans l’oubli et n’a été créée qu’en 1966, soit cent ans après avoir été écrite. Depuis, elle a été montée à plusieurs reprises. Concernant mon choix, cela correspond au travail que je mène au TNT (Laurent Pelly est co-directeur, avec Agathe Mélinand, du Théâtre National de Toulouse Midi-Pyrénées (TNT) depuis 2008, NdlR), c’est-à-dire une volonté de montrer des pièces tout public, dans une grande salle. Je voulais un texte entre la comédie et le drame, même si «Mille Francs de récompense» est clairement une comédie. Au-delà de cette pièce en particulier, avez-vous découvert un auteur ?C’est essentiel d’entendre du Victor Hugo aujourd’hui : son intelligence, sa vision de l’humain fait froid dans le dos car en fait, les choses n’ont pas beaucoup évolué… Mais l’humanisme d’Hugo est vital ! Je n’avais jamais travaillé sur Hugo avant et j’ai aujourd’hui envie de m

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L’œuvre ultime

MUSIQUES | Le Requiem de Mozart reste entouré de légendes plus ou moins savoureuses et de mystères fort étonnants ; des circonstances bizarres de la commande de cette (...)

Pascale Clavel | Vendredi 14 janvier 2011

L’œuvre ultime

Le Requiem de Mozart reste entouré de légendes plus ou moins savoureuses et de mystères fort étonnants ; des circonstances bizarres de la commande de cette partition jusqu’à la mort du compositeur au beau milieu du Lacrimosa. Dès les premières mesures du Kyrie, c’est un véritable séisme interne qui se produit. Une pulsation lancinante ne nous quitte plus, les cors de basset étirent un phrasé qui semble hors du temps pendant que les cordes installent une puissante et hypnotique rythmique. Et voilà le génie de Mozart, du spirituel et du terriblement terrestre au même instant. Bien sûr, on connaît les tubes de l’œuvre comme l’explosif Dies Irae ou le merveilleux Lacrimosa. Des interprétations du Requiem, il en existe tant qu’on peut se demander pourquoi aller écouter celle du chef d’orchestre Ton Koopman plutôt qu’une autre. Pourtant, pour qu’une partition se réveille et se révèle, il faut des hommes comme lui, capables de faire entendre le sens du texte, la puissance spirituelle par delà un phrasé ou une harmonie. À la tête de l’Orchestre national de Lyon, Ton Koopman saura sans nul doute faire entendre la beauté totale du Hostias ou encore faire émerger les questions existentielles

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La belle mue de L’ONL

MUSIQUES | À y regarder de près, l’histoire d’un orchestre peut être palpitante. Le public ne saisit pas toujours l’importance de la cohésion du groupe, de l’esprit (...)

Pascale Clavel | Vendredi 10 décembre 2010

La belle mue de L’ONL

À y regarder de près, l’histoire d’un orchestre peut être palpitante. Le public ne saisit pas toujours l’importance de la cohésion du groupe, de l’esprit d’équipe qui impérativement opérer au sein d'un orchestre, de l’adhésion quasi inconditionnel que chaque instrumentiste doit à son chef. L’affaire est souvent complexe : entre lutte d’égos, jalousies diverses, l’équilibre est difficile à trouver. L’ONL a eu la chance d’avoir toujours à sa tête des chefs d’une exceptionnelle qualité artistique. Petit tour d’horizon chronologique de ceux qui ont fait, à leur manière, un véritable son d’orchestre salué par la presse internationale. Serge Baudo de 1971 à 1986 : Pendant toute cette période à la tête de l’ONL, il a fabriqué, à la manière d’un artisan, un son français si particulier, reconnaissable dans le monde entier. Il a été un chef d’orchestre rempli d’humanité, et sa générosité a transcendé les musiciens de l’orchestre sur chaque œuvre interprétée. Emmanuel Krivine de 1987 à 2000 : Véritable sorcier, cet homme volcanique est un musicien hors norme, impatient comme les plus grands, agacé quand un son ne vient pas immédiatement de l’orchestre. Malgré toutes les polém

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À feu vif

MUSIQUES | Laurent Pelly est de retour. Cette fois, c’est à l’Opéra de Lyon que l’on pourra croiser le metteur en scène qui présente, jusqu’au mercredi 16 juin, "Hänsel et (...)

Dorotée Aznar | Lundi 7 juin 2010

À feu vif

Laurent Pelly est de retour. Cette fois, c’est à l’Opéra de Lyon que l’on pourra croiser le metteur en scène qui présente, jusqu’au mercredi 16 juin, "Hänsel et Gretel", adapté du conte de Grimm et sous la direction musicale de Johannes Willig. Crée en 2008 au Festival de Glyndebourne, cet opéra est présenté en langue allemande.

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Voyage en Italie

SCENES | Théâtre / Laurent Pelly met en scène ‘Le Menteur’ de Goldoni, une comédie grinçante comme il les aime. Et une grande réussite à découvrir au Théâtre Les Célestins. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 12 octobre 2009

Voyage en Italie

Il sont peu nombreux les metteurs en scène qui savent donner des comédies de haute volée. Laurent Pelly est de ceux-là. Il aime quand ça faire rire, mais un peu jaune, quand ça pique derrière l’apparente douceur. ‘Le Menteur’ de Goldoni était donc la pièce idéale. Le Docteur Balanzoni a deux filles à marier, Béatrice et Rosaura, la première courtisée par Ottavio, la seconde par le timide Florindo, élève du docteur. Mais l’arrivée de Lélio, un fils de marchand napolitain qui se fait passer pour un gentilhomme, va bouleverser les plans de chacun. De retour à Venise après vingt ans d’exil à Naples et un petit séjour à Rome, le jeune homme entreprend de séduire les deux filles du docteur avec force «inventions spirituelles». Les mensonges s’enchaînent et deviennent tellement énormes que l’intriguant Lélio ne peut finir que pris à son propre piège, amoureux et dépité... Coups de théâtre à répétition, quiproquos, situations absurdes, la pièce de Goldoni est drôle. Mais elle met également en scène des personnages sombres, légers, inconstants ou fous dont l’ambiguïté n’a rien à envier au menteur, coupable tout désigné. À la perfectionPelly figure une Venise décadente, tantôt en

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Pelly, maître de la comédie

SCENES | Entretien / Laurent Pelly met en scène ‘Le Menteur’ de Goldoni. Il s’explique sur son amour pour la comédie, sans complexe. Propos recueillis par DA

Dorotée Aznar | Vendredi 9 octobre 2009

Pelly, maître de la comédie

Petit Bulletin : Pourquoi avez-vous choisi de mettre en scène cette pièce de Goldoni ? Qu’aimez-vous dans ce ‘Menteur’ ?Laurent Pelly : Je connais cette pièce depuis très longtemps, j’ai une véritable passion pour Goldoni, LE maître de la comédie. Ce que j’aime dans cette pièce, c’est que –comme toujours chez Goldoni- l’intrigue est assez classique mais tous les personnages ont une saveur, une matière. Ce sont tous des imbéciles, sauf Lélio qui est un fou, et pourtant l’auteur les regarde avec beaucoup de tendresse. Et puis la thématique du mensonge est merveilleuse, elle est fédératrice et parle autant du théâtre que de la politique… Lélio est fou selon vous ? Lélio est le menteur, c’est l’homme libre, le rêveur, le poète, l’inventeur… dans une société étriquée. Il est fou car il ne peut pas s’empêcher de mentir, mais c’est également lui qui permet à tous les autres de ne pas s’ennuyer. J’ai choisi Simon Abkarian pour interpréter Lélio car c’est un acteur que l’on aime en deux minutes et qui pourtant a une noirceur en lui… Quant à Florindo, le seul homme vraiment sincère de la pièce, vous en faites presque un personnage de cartoon…La pièc

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Pelly royal !

SCENES | Avec "Le Roi nu", Laurent Pelly propose le spectacle parfait : 2 heures de divertissement et d'intelligence qui ne souffrent aucune faiblesse, portées par un texte et des acteurs éblouissants. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 décembre 2005

Pelly royal !

On imagine bien Laurent Pelly pleurant de joie en découvrant le texte d'Evguéni Scwartz, Le Roi nu. Ravi de mettre la main sur une pièce qui semble répondre parfaitement à ses aspiration théâtrales, heureux que celle-ci soit encore quasi vierge de toute adaptation. Et pour cause ! Son auteur a vécu la censure soviétique, son conte de fée truculent étant aussi une redoutable satyre d'un régime totalitaire qui pue autant le nazisme que le stalinisme. Mais c'est d'abord la fantaisie qui l'emporte dans ce spectacle jubilatoire, la gravité étant effleurée avec une élégante désinvolture. Précision et profusion Même si la scénographie récrée un gigantesque environnement bureaucratique, s'il tombe des cintres une lampe à l'éclairage blafard pour un interrogatoire façon gestapo, c'est bien un conte de fée qui se déroule sous nos yeux. Un gardien de porc tombe amoureux d'une princesse simplette, mais celle-ci doit épouser un despote mégalomane et abruti ; pendant que les noces se préparent, le porcher et son camarade fidèle inventent un stratagème pour ridiculiser cette cour stupide, provoquant au passage une révolte démocratique. Un tel résumé passe sous silenc

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«Préserver l'idée de mystère»

MUSIQUES | Entretien / Laurent Pelly, directeur du Centre Dramatique National des Alpes, met en scène La Voix humaine et Le Château de Barbe Bleue. Propos recueillis par DA

| Mercredi 25 avril 2007

«Préserver l'idée de mystère»

Vous avez souhaité créer un lien entre les deux opéras que vous mettez en scène, pourquoi ? Laurent Pelly : Ce n'était pas prémédité. Judith dans Barbe Bleue et la femme de La Voix humaine portent en effet le même costume, comme si elles n'étaient plus qu'une seule et même femme. J'ai voulu mettre les deux œuvres en lien, utiliser les mêmes moyens de narration, mais il n'y a pas une seule clé de lecture ! Les décors ont une importance toute particulière dans ces deux mises en scène... Dans La Voix humaine, le personnage se déplace peu, elle est enfermée dans son appartement, dans son angoisse et sa solitude. Je ne voulais pas représenter une chambre immense, mais utiliser la scénographie comme un cadre mouvant ; le décor se déplace pour «zoomer» sur le personnage, comme on pourrait le faire au cinéma. Dans La Voix humaine, je pense que le public ne peut être réceptif que s'il est en position de voyeur. La Voix Humaine, c'est du théâtre mis en musique. Cela demande un investissement de jeu très fort. Cela ne fonctionne que si l'interprète est aussi bouleversante que la musique. Dans Barbe-Bleue, vous avez travaillé sur l'évocation, vous ne montrez pas l'intérieur des chambres pa

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L'œuvre dans la peau

SCENES | ENTRETIEN / AGATHE MÉLINAND ET LAURENT PELLY ACCOMPLISSENT LA GAGEURE DE REDONNER UN VIGOUREUX COUP DE FOUET AU CLASSIQUE DE LEWIS CARROLL. PROPOS RECUEILLIS PAR SÉVERINE DELRIEU

Christophe Chabert | Mercredi 23 mai 2007

L'œuvre dans la peau

Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur ce texte de Lewis Caroll ? Laurent Pelly : On avait envie de faire entendre ce texte dont on est amoureux depuis longtemps. C'est un ouvrage de référence pour nous, autour duquel on tourne. On n'avait pas envie d'en faire une adaptation, on voulait le texte brut. Notre idée était d'enlever l'imagerie jolie «Walt Disney» qui est collée au texte. Qu'incarne Christiane Millet, l'unique comédienne ? Laurent Pelly : On ne voulait pas fermer le texte. C'est comme en poésie : quand on se met à expliquer le poème, ça le tue. C'est pour cela que Christriane Millet pourrait être beaucoup de personnages différents : l'auteur, Alice qui a vieilli, la sœur... Agathe Mélinand : Ou une actrice qui doit jouer tous les jours Alice et qui est pleine de ce texte. Laurent Pelly : En travaillant, on s'est rendus compte qu'il n'y avait pas de choses positives, ni jolies dans le texte. Tout est frustration, embûches, peurs. Au bout du compte, pour moi, cette femme est une sorte de phénomène de foire enfermé dans une boîte et qui ne peut s'exprimer qu'à travers Alice. Une espèce de folie à l'image du texte. Car ce que j'aime particulièrement, c'est l'e

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