Bruno Messina : « Berlioz était un punk ! »

Festival Berlioz | Cela fait maintenant 24 ans que La Côte-Saint-André accueille un festival dédié au compositeur français Hector Berlioz (1803 – 1869). D’année en année, l’événement prend de l’ampleur, à tel point qu’il est aujourd’hui l’un des plus grands festivals de musique classique de la région. Pour Bruno Messina, son directeur artistique depuis 2009, un tel rassemblement est un hommage logique pour celui qui, de son temps, a toujours vu les choses en grand.

Nicolas Joly | Mardi 20 juin 2017

Photo : © DR


Grâce à vous, Berlioz est un véritable globe-trotter : après l'Italie en 2012 et l'Amérique en 2014, il se rend cette fois en Angleterre (le sous-titre de cette nouvelle édition est "Berlioz à Londres au temps des expositions universelles"). Pourquoi ce choix ?
Bruno Messina :
Berlioz était un vrai voyageur. Au XIXe siècle, il fut l'un des premiers compositeurs à connaître plus de succès à l'étranger qu'en France, et notamment en Angleterre.

Surtout, la musique classique peut tenir à l'écart les gens qui ne la connaissent pas. C'est donc plus facile d'amener le public à s'y intéresser en lui racontant une histoire, qui est celle de l'aventurier qu'était Berlioz. D'autant plus que Berlioz vouait un amour profond à l'Angleterre, un amour de cœur. Il découvrit Shakespeare à 24 ans, qui le fascina, et se découvrit en même temps une passion pour une actrice irlandaise, Harriet Smithson, qui sera le deuxième grand coup de foudre de sa vie et pour laquelle il écrira la Symphonie fantastique. C'est aussi cette histoire que l'on va raconter.

Son voyage au pays de Shakespeare a l'air de l'avoir beaucoup marqué. C'est ce que l'on voit sur l'affiche du festival, sur laquelle il arbore un look complètement punk !
Mais Berlioz en son temps était un punk ! C'est pour cela qu'on l'a représenté de cette façon sur l'affiche, un clin d'oeil à la pochette de l'album Anarchy in th U.K des Sex Pistols. Berlioz a véritablement rompu avec la musique de son époque en s'éloignant des académismes français.

On a parfois l'impression que les grands compositeurs étaient des gens très sages, qui mangeaient en levant le petit doigt, mais pas du tout. Berlioz était subversif, en permanence dans la provocation. On m'a fait le reproche de lui avoir mis du rouge à lèvres sur l'affiche et pourtant c'est lui qui, à un moment de sa vie, a envisagé de se travestir pour aller assassiner sa fiancée. L'idée n'est pas de moi en réalité !

Votre capacité à sortir Berlioz des clichés habituels témoigne d'une connaissance très personnelle de celui-ci. Comment arrivez-vous à dépasser l'image traditionnelle du compositeur ?
Je m'intéresse à Berlioz à partir de l'homme qu'il était. Pas uniquement le compositeur et les quelques lignes qui lui sont consacrées dans les dictionnaires. C'est en lisant la correspondance personnelle qu'il tenait avec un ami isérois, que j'ai découvert son désir de faire un « concert shakespearien ». C'est-à-dire un concert qui rassemblerait toutes les œuvres que Berlioz a écrites en rapport à Shakespeare. Ce rêve, qu'il n'a jamais pu concrétiser de son vivant, nous avons décidé de le réaliser cet été.

Est-ce qu'un festival aussi fourni, centré autour d'une seule personnalité, peut être accessible aux néophytes qui ne connaissent pas du tout Berlioz ?
On travaille pour cela en tout cas, et c'est une volonté partagée par le département de l'Isère qui nous soutient. Nous accueillons chaque année des gens issus de milieux totalement différents, qui ont en commun de ne pas avoir eu accès à Berlioz. J'ai vu ces dernières années des jeunes étudiants qui n'avaient sur lui que des a priori et à qui je dis : sachez que Berlioz n'était pas coincé, il était plus fou que vous, regardez la vie qu'il a eue ! Ou bien des agriculteurs à qui je dis : vous croyez que Berlioz c'est un autre monde ? Mais lui aussi a vécu des produits de sa ferme, pas de ses compositions ! Et en prenant les gens par la main, comme cela, je vous assure que je ne les ai jamais déçus.

L'un des éléments qui rendent ce festival si particulier, c'est son cadre : La Côte-Saint-André, dont Berlioz est natif. Comment vous êtes-vous approprié ce lieu ?
D'abord de façon anthropologique. Ayant une double formation de musicologue et d'ethnologue, je me suis demandé : quel était le contexte de Berlioz ? Qu'est-ce qu'on dansait à son époque ? Qu'est-ce qu'on mangeait ? Afin de pouvoir le transmettre aux spectateurs.

Ensuite, le lieu n'étant pas destiné à accueillir des concerts, il a fallu faire des forces de nos difficultés. Ainsi, notre festival est peut-être le seul au monde où l'on peut venir écouter la pastorale de Beethoven [le festival ne programme pas que des œuvres de Berlioz – NDLR] et certains soirs, du haut des gradins, voir des vaches brouter sur la colliine de La Côte-Saint-André.

Festival Berlioz
À La Côte Saint-André du 18 août au 3 septembre

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Jeune création : les Mondes d'après

Politique Culturelle | Lucie Campos, directrice de la Villa Gillet, vient d'intégrer, avec entre autres Bruno Messina du festival Berlioz, le comité artistique chargé de mener à bien "l'appel à manifestation d'intérêt à destination des jeunes créateurs" lancé par le gouvernement dans le cadre du volet culturel du plan de relance. Un programme de soutien à la conception et à la réalisation de projets artistiques originaux doté d'un budget de 30 millions d'euros. Explications.

Stéphane Duchêne | Mardi 29 juin 2021

Jeune création : les Mondes d'après

Déjà évoqué, et même promis, il y a presque un an dans le cadre du plan de relance, le gouvernement a lancé le 22 juin son appel à manifestation d'intérêt à destination des jeunes créateurs baptisé "Mondes nouveaux". Un programme doté de 30 millions d'euros (sur les 2 milliards du plan de relance dévolus à la culture) qui doit permettre à « des artistes ou collectifs d'artistes, français ou résidents en France » de concevoir des projets artistiques dans un éventail de disciplines telles que le spectacle vivant, les arts visuels, la musique, les écritures, le design et les métiers d'art. Des projets qui se feront, non pas au sein de lieux constitués de la culture (musées, centres chorégraphiques...), mais dans des lieux du territoires, par exemple en résonance avec des sites du patrimoine architectural et historique tels que gérés par le Centre des monuments nationaux ou avec des sites naturels placés sous la responsabilités du Conservatoire du Littoral, tous deux associés à cet appel. Les projet

Continuer à lire

Tout en majesté

Festival Berlioz | Pour le 150e anniversaire de la mort de Berlioz - acte 2 - on nous annonce : "Le roi Hector". L’acte 1 nous avait montré un "sacré Berlioz". In fine, on célèbre un sacré roi Hector Berlioz par toutes ses facettes, dans tout son génie.

Pascale Clavel | Mardi 11 juin 2019

Tout en majesté

Berlioz, compositeur si singulier dans l’histoire de la musique, est fêté en grande pompe, et cela promet de la démesure, du faste, du grandiose mais aussi beaucoup d’émotions en tous genres. Il ne faut jamais oublier que Berlioz est un immense compositeur et à la fois, cela ne peut le résumer lui qui est écrivain, chef d’orchestre, journaliste, grand voyageur, amoureux transi, visionnaire fou et surtout autodidacte talentueux… Pour cette édition 2019 du Festival Berlioz, clin d’œil appuyé au roi Hector le compositeur doublé d’un autre clin d’œil au fameux roi Hector de l’Énéide tué par Achille au cours de la guerre de Troie. Cette programmation a été tricotée à partir de cette histoire et de ce que Berlioz en a fait. De la démesure, puisqu’un village troyen va être installé au cœur même de la Côte-Saint-André, de la démesure encore puisqu’un cheval de six mètres de haut déambulera dans les rues du village, quelques musiciens cachés dans son ventre… Bruno Messina promet que l’on boira et dansera toute la nuit, ivresse assurée. Une grande fête populaire pour ouvrir le Festival et le public pourra se balader à sa guise dans un village fantastique, pourra se pre

Continuer à lire

Berlioz, un sacré musicien !

Festival Berlioz | Chaque fin d’été à la Côte-Saint-André, Berlioz renait. Le Festival est devenu un événement musical incontournable pour les amoureux d’une musique française romantique inclassable. 2018, un cru prestigieux.

Pascale Clavel | Mardi 19 juin 2018

Berlioz, un sacré musicien !

Après le succès d'une édition 2017 "so british", le festival se tourne vers les œuvres sacrées de Berlioz et en même temps accueille les commémorations du 150e anniversaire de la mort du compositeur. Par son ambiguïté, "Sacré Berlioz", résume bien l’homme à la personnalité toute singulière : compositeur romantique avant-gardiste, écrivain, poète, orchestrateur hors cadre, maître de l’idée fixe (ce thème principal obsessionnel qui ne vous lâche jamais…), Berlioz pousse l’écriture de ses mélodies comme personne : des phrases fiévreuses, des envolées charnelles, jamais décoratives, des thèmes qui vous collent aux oreilles, absolument. Il fallait oser, sacré festival ! Qui s’ouvre sur une grande fête des moissons avec musiques et métiers d’antan, à Saint-Pierre de Bressieux. On y retrouve la folle ambiance d’un village dauphinois comme on y vivait au 19e siècle. Les batteuses, les jeux en bois, la fabrication du pain artisanal et la fanfare des Violons du Rigaudon, constituée de violonneux traditionnels. L’orchestre Les Corsaires Rouges fera danser les festivaliers jusqu’au bout de la nuit lors d’un petit bal o

Continuer à lire

Un Festival Berlioz impérial

MUSIQUES | Pas facile d’imaginer été après été un festival dédié à un même compositeur sans risquer de tourner en rond. Le Festival Berlioz réussit pourtant à surprendre avec un (...)

Philippe Yves | Mercredi 24 juin 2015

Un Festival Berlioz impérial

Pas facile d’imaginer été après été un festival dédié à un même compositeur sans risquer de tourner en rond. Le Festival Berlioz réussit pourtant à surprendre avec un programme à l’inspiration chaque fois renouvelée, grâce à une maline approche thématique. Sans oublier les tubes berlioziens tels la Symphonie fantastique, le festival nous emmène cette année sur la route Napoléon (qui relie les Alpes et la Côte d’Azur), en Corse et sous la figure impériale de… Napoléon. Bonaparte est au centre des choix musicaux des invités, dont le chef Daniel Kawka avec trois évocations napoléoniennes (Schönberg, Castérède, Honegger), ainsi que d’une création mêlant les polyphonies corses d’A Filetta et un orchestre signée Bruno Coulais. Et comme on ne saurait fêter Berlioz sans ses œuvres XXL pour masses orchestrales et chorales, le festival investira le Théâtre antique de Vienne pour une nuit autour du monumental Te Deum dirigé par François-Xavier Roth réunissant près de mille pros et amateurs. Une nuit symboliquement ouverte aux jeunes et clôturée par une relecture jazz avec Louis Sclavis,

Continuer à lire

Harold en Amérique

MUSIQUES | Après les Bleus, c'est au tour du Festival Berlioz de s'envoler pour l'Amérique du Sud à l'occasion de sa vingt-et-unième édition, ordonnée par Bruno Messina sous l'intitulé imaginaire "Berlioz en Amérique au temps de la révolution industrielle". En point de mire : le Brésil et la ville de Rio de Janeiro, dont Hector Berlioz fut membre correspondant de l'Académie impériale des Beaux-Arts. Régis Le Ruyet

Benjamin Mialot | Jeudi 26 juin 2014

Harold en Amérique

Ça commencera fort : lors de sa journée inaugurale, le jeudi 21 août, le Festival Berlioz reprendra le concert monstre qu'Hector Berlioz échafauda à Paris le 1er août 1844 dans le cadre de l'Exposition de l’Industrie. Ce jour-là, devant un parterre de 8 000 spectateurs, le fils du docteur de la Côte-Saint-André mobilisa l'essentiel des forces musicales de la capitale dans une grande œuvre qu’il dirigea pour mille exécutants. Un désir que Berlioz caressa d'abord comme un rêve, mais qu'il put répéter à quatre reprises dans la salle du vaste Cirque Olympique. Afin de réitérer cet exploit, le festival se déploiera à grande échelle et investira l'Usine-pensionnat Girodon. Cité ouvrière édifiée à Saint-Siméon-de-Bressieux dans les années 1870, l'établissement réunissait, dans un même espace, lieu de production et d'habitation. Pour cette odyssée monumentale, le jeune chef français Nicolas Chalvin dirigera, outre son Orchestre des Pays de Savoie, l'Orchestre Symphonique de Mulhouse, le Chœur Emelthée et les amateurs rhône-alpins ayant voulu

Continuer à lire

Un cru exceptionnel

MUSIQUES | La nouvelle édition du Festival Berlioz, sis depuis 17 ans à la Côte Saint-André, lieu de naissance du grand compositeur français Hector Berlioz, reprend la formule de l’édition passée qui avait séduit plus de 20 000 spectateurs. Georges Renau

Dorotée Aznar | Mercredi 16 juin 2010

Un cru exceptionnel

Du 18 au 29 août, plusieurs événements jalonneront les journées du festival Berlioz : en début d’après-midi, des rencontres et conférences seront proposées au Musée Hector Berlioz autour du compositeur qui fut également écrivain et voyageur. Plus tard dans l’après-midi, le festival se décentralisera et voyagera dans les environs, avec notamment l’excellent Quatuor Debussy, les sœurs serbes Bizjak pour un concert de piano à quatre mains, un quatuor original de saxophones, ainsi que l’Orchestre européen de cuivres dirigé par Sylvain Cambreling. Enfin, tous les soirs à 21h, dans le très beau Château Louis XI de la Côte Saint-André se produiront dix grands orchestres dirigés par des chefs prestigieux. Pour l’ouverture du festival, le 18 août, les Musiciens du Louvre-Grenoble sous la baguette de Marc Minkowski nous offriront un programme Berlioz 100% italien : Le Carnaval romain, Cléopâtre (interprétée par l’excellente mezzo Anne Sofie von Otter - photo) et Harold en Italie (avec l’altiste Lise Berthaud). Morceaux choisisLe musée Hector Berlioz offre une exposition relatant l’influence de Berlioz sur les compositeurs russes : Glinka et Rimski-Korsakov, mais aussi Tchaïkovsk

Continuer à lire