Festin aux Célestins

SCENES | Alors que s’achève tout juste, sur le plateau des Célestins, une version tonitruante de "Cyrano" (avec un Torreton sidérant), le théâtre de la Ville de Lyon annonce une future saison résolument européenne et contemporaine. Laquelle sera lancée par la mise en scène de "Chatte sur un toit brûlant" par Claudia Stavisky et l’indispensable festival international Sens interdits. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 5 juin 2013

Photo : Eric Roux-Fontaine


Bien sûr, nous sommes aux Célestins, un des théâtres d'excellence de la région, où ce sont les mots qui sont portés aux nues au fil des très nombreux levers de rideaux (270 lors de la saison qui vient de s'écouler). Ce sont toutefois des chiffres qui nous permettront d'y voir plus clair dans sa saison 2013/2014 : un tiers de spectacles mis en scène par des femmes, dont la moitié écrits par la gente féminine, cinq grands maîtres du plateaux (Bondy, Ostermeier, Lupa, Goebbels, et Vogel), neuf pièces internationales, un tiers de la programmation composée de compagnie de la région Rhône-Alpes (Nöjd, Haut et Court…).

Des locaux et des stars

Du côté des mots, les premiers à résonner seront ceux de Tennessee Williams avec Chatte sur un toit brûlant, créé cet été au Château de Madame de Sévigné à Grignan (44 représentations !) et repris dès le 19 septembre. Autre résident (temporaire), le circassien Mathurin Bolze qui présentera en novembre Ali + Nous sommes pareils à des crapauds qui dans l'austère nuit… (attention, titre à rallonge). Parmi les temps forts attendus, citons Les Fausses confidences mises en scène par le directeur de l'Odéon à Paris, Luc Bondy, avec un casting vedette incluant Isabelle Huppert, Louis Garel, Bulle Ogier et Bernard Verley (avril) et Non réconciliés de et avec François Bégaudeau (avril). Enfin, question jeunesse et théâtre contemporain, les Célestins (dans leur petite salle modulable) feront la part belle à Howard Barker via une pièce inédite, Innocence, (en janvier), grâce aux Nöjd. À découvrir également : Une heure et dix-huit minutes, pièce documentaire d'Elena Gremina par la compagnie Gazoline (février).

Sens interdits obligatoire

En parallèle, les Célestins organiserontt pour la troisième fois le festival Sens Interdits. Du 23 au 30 octobre, à domicile mais aussi au TNG, aux Subsistances, au TNP, au Radiant, à la Renaissance, aux Asphodèles, à la Croix-Rousse, à l'Elysée et à l'Opéra, Patrick Penot, co-directeur du théâtre, et fondateur-programmateur de cette manifestation, prouvera à nouveau que lorsque le théâtre est politique, il est infiniment passionnant et même parfois nécessaire. Il n'est pas là question de querelle de parti ou de programmes et de promesses mais bien de résistance, du politique plus que de la politique.Des Indignados du théâtre en quelque sorte. Des troupes égyptienne, allemande, hongroise, chilienne… viendront ainsi dire l'état de leur monde.

D'autres seront de retour pour présenter la suite de ce que l'on avait découvert avec délectation lors de l'édition précédente, en 2011. C'est le cas par exemple du chœur de femmes polonais, des gamins cambodgiens de Batambang, qui racontent leur histoire tragique entre Sihanouk et Khmers rouges ou de la Russe Tatiana Frolova pour une création loin du théâtre officiel de son pays. À retenir aussi, un jubilatoire spectacle sans autres acteurs que le spectateur : dans Pediente de voto, à chacun de voter en répondant à une litanie de questions de plus en plus pernicieuses, lesquelles dessinent un tableau pertinent de la société que l'on se choisit et du degré de résignation ou de persévérance dont chacun fait preuve pour soi ou la collectivité. Grisant.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Lyon : la Biennale de la Danse dévoile son programme

Danse | Repoussée, remodelée, raccourcie, la 19e Biennale de la Danse aura cependant bien lieu. Et c’est avec une certaine joie que nous vous en présentons les grands axes et quelques spectacles à ne pas manquer.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 3 mai 2021

Lyon : la Biennale de la Danse dévoile son programme

Réduite à quinze jours, la 19e Biennale de la Danse n’en reste pas moins foisonnante dans sa programmation, avec vingt-eux créations et une quarantaine de compagnies internationales invitées ! Nouveauté remarquable, la Biennale propose cette année aux anciennes usines Fagor ("L’expérience Fagor" du 8 au 16 juin) une multitudes de pièces ou formes expérimentales gratuites, ouvrant la danse contemporaine à un public possiblement plus large, et sans pour autant lésiner sur la qualité des intervenants : le chorégraphe français Noé Soulier, deux anciens danseurs de William Forsythe, Brigel Gjoka et Rauf Yasit, le Collectif Es… Pour le reste, l’ADN de la Biennale demeure le même : un savant mélange des genres chorégraphiques, et de grandes pointures et de chorégraphes moins connus… Même si, période oblige, certains créations phares ont été annulées comme Le Lac des cygnes d’Angelin Preljocaj (mais il sera présenté cet automne à la Maison de la Danse). Le défilé associé à la Biennale, sous les couleurs de l’Afrique (comme une partie de la programmation) aura lieu, quant à lui, ex

Continuer à lire

François Bégaudeau passe au docu avec "Autonomes"

Documentaire | On ne l’arrête plus ! Lorsqu’il ne signe pas un livre (ou deux, comme cette année), qu’il n’écrit pas une pièce de théâtre, l’ancien [prenez votre souffle] prof (...)

Vincent Raymond | Vendredi 9 octobre 2020

François Bégaudeau passe au docu avec

On ne l’arrête plus ! Lorsqu’il ne signe pas un livre (ou deux, comme cette année), qu’il n’écrit pas une pièce de théâtre, l’ancien [prenez votre souffle] prof de lettres-chanteur de Zabriskie Point-critique de cinéma/littéraire-fondateur de revue François Bégaudeau réalise des documentaires et sillonne la France pour les présenter. Après N’importe qui, voici Autonomes consacré à ces individus ayant réussi à s’affranchir (intellectuellement et/ou matériellement) de l’emprise de la société et surtout, d’une forme de dépendance. L’idée est sans doute de montrer qu’un mode alternatif est possible et viable. À découvrir donc en sa compagnie le 8 octobre au Zola de Villeurbanne, cinéma indépendant — mais là, il vaut mieux quand même qu’il y a ait du monde…

Continuer à lire

Galilée éclairé

Théâtre | En choisissant de monter un texte passionnant et d'une actualité tragiquement permanente, Claudia Stavisky signe, avec La Vie de Galilée (aux Célestins (...)

Nadja Pobel | Mardi 19 novembre 2019

Galilée éclairé

En choisissant de monter un texte passionnant et d'une actualité tragiquement permanente, Claudia Stavisky signe, avec La Vie de Galilée (aux Célestins jusqu'au 1er décembre) son meilleur spectacle depuis Blackbird (2008). Dans un décor clos tout en hauteurs, dans lequel Galilée se calfeutre, étouffe et travaille à notre discernement, elle signe une mise en scène sobre qui rend grâce à ce mathématicien pour qui le but des sciences est de « poser une limite aux erreurs infinies ». Au XVIIe siècle, Galilée n'a eu de cesse de s'opposer aux lois divines et d'étayer, via l'observation des astres, les hypothèses de Copernic avant lui : la terre tourne autour du soleil. Dans ce texte dont l'écriture est entamée au commencement de la Seconde Guerre mondiale et sera révisé jusqu'à la mort en 1956 de Brecht, le dramaturge dit l'impossible humilité de l'humain face à l'univers et les ravages des dogmes religieux, ridicules, tellement ridicules. Ph

Continuer à lire

Sens interdits à quai

Théâtre | La 6e édition du festival Sens interdits aura fait la part belle à la capacité de jeunes artistes belges à gratter et bousculer autant leur art que leur temps quand les Russes ne cessent de tenter de prendre la mesure de la répression soviétique à l'aune de l'ère poutinienne. Retour sur dix jours bringuebalés dans la tourmente du monde et de tentatives d'en faire théâtre.

Nadja Pobel | Mercredi 13 novembre 2019

Sens interdits à quai

Sens Interdits s'est joué dans treize théâtres mais aussi sous le chapiteau, où spectateurs et artistes se rencontraient, notamment lors de table rondes. À la veille de la clôture, Tatiana Frolova, qui avait ouvert le festival dix jours plus tôt, le disait : « rien n'a changé ». La metteuse en scène évoquait l'époque des années 30 où Mandelstam, poète dissident arrêté et déporté, n'aura été soutenu que de façon verbale et pas concrètement par son ami Pasternak (son épouse refusait d'héberger ce dissident). Quand Mandelstam lui lit un poème virulent contre le régime, celui-lui lui rétorque « qu'il n'a rien entendu » afin de ne pas être complice, ainsi que le relate la pièce montée par Roman Viktyuk et présentée également dans le festival. « Quand je joue Je n'ai pas encore commencé à vivre à Vladivostok, les journalistes sortent en disant qu'ils n'ont rien entendu » confiait-elle. Ma petite Antarctique n'a pas la force dramaturg

Continuer à lire

Sens interdits à pile et face

Théâtre | 21 spectacles mais aussi des débats, des lectures, des expos : parce que l'âme d'un festival est aussi composée de ses à-côtés.

Nadja Pobel | Mardi 15 octobre 2019

Sens interdits à pile et face

Spectacles De l'incontournable russe Tatiana Frolova qui ouvre les festivités avec sa création Ma petite Antarctique à Des caravelles et des batailles, nouvelle démonstration de la pertinence de la formation dispensé à l'ESACT de Liège, le festival fera passer par le Mexique, le Rwanda, le Kosovo ou la Pologne, 21 spectacles (dont six en première française) prennent ainsi place dans une quinzaine de théâtre. Bonus Un festival, c'est aussi un QG. Celui de Sens Interdits se trouve sous la toile du chapiteau posé devant les Célestins. Outre une librairie et un bar, il sera question d'exposition (celle de Femmes en résistance par le photo-journaliste Pierre-Yves Ginet) et de lecture (le texte de la jeune autrice Marilyn Mattei, Mathias ou l'itinéraire d'un enfant paumé, sur l’accueil d'un jeune migrant dans une famille mis en scène par Colin Rey de La Nouvelle Fabrique) vendredi 18 octobre à 11h. Des débats sont également organisés, en e

Continuer à lire

Patrick Penot, le laboureur

Portrait | Parler avec Patrick Penot, c'est évoquer le théâtre mais plus encore l'ailleurs, la résistance et une forme de joie, soit ce qui constitue la matrice du festival Sens Interdits qui fête ses dix ans et qu'il a fondé avec force et évidence.

Nadja Pobel | Mardi 8 octobre 2019

Patrick Penot, le laboureur

À peine arrivé au rendez-vous, il nous fait part de ce pépin de dernière minute : la troupe kosovare du spectacle Peer Gynt était affrétée sur une compagnie aérienne qui vient de faire faillite. Plus de billets, tout à racheter au prix fort. Dans son festival à l'équilibre financier fragile, il est pourtant hors de question de renoncer à la parole de ces artistes qui seront bien sur le plateau des Ateliers durant le festival Sens Interdits. Il est important que cette troupe soit présente, et que « ceux qui n'en ont pas les codes puisse y entrer » dit-il tant la parole qui s'y distille depuis six éditions est différente de ce qui s'entend habituellement dans ces enceintes. Rien ne prédisposait Patrick Penot à pousser les portes d'un théâtre. Né dans le Berry, à une date qui lui va à ravir, le 1er avril des blagues affectueusement collées au dos, il part à 4 ans avec son père percepteur des impôts et sa mère, qui élèvera quatre enfants, dans un village du Puy-de-Dôme, à Saint-Anthème, puis à Chazelles-sur-Lyon. Viré de l'école publique car il ca

Continuer à lire

Hasta siempre Sens Interdits !

Tour du monde | En mode biennale, le festival dédié au théâtre de l'urgence célèbre, du 16 au 27 octobre, fête ses dix ans avec une programmation extrêmement prometteuse où les maux du monde sont exprimés avec forces et talents par des artistes résistants et résistantes, à commencer par le maître Milo Rau. Débroussaillage avec le fondateur et directeur Patrick Penot.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Hasta siempre Sens Interdits !

La Russie Cette habituée du festival (quatre spectacles déjà passés par là) nous avait bluffés avec la raideur et la profonde émotion et intelligence qui se dégageait de Je n'ai pas encore commencé à vivre, bilan de ce que fut l'URSS et de ce qui se dessine en Russie. Cette fois, Tatiana Frolova fera sa création sur le grand plateau des Célestins ! De quoi la changer de son théâtre KnAM où en Sibérie elle dispose de vingt places. Elle travaille sur le gel dans Ma petite Antarctique « car il a deux effets : il détruit la vie par son intensité et la protège via le permafrost ». En 2021, est d'ores et déjà annoncé un festival dans le festival dédié à cette équipe rare, politiquement intransigeante avec le pouvoir actuel, pas par contestation viscérale mais par le simple fait de dire ce qu'est la Russie d'aujourd'hui. Ma petite Antarctique Aux Célestins d​u mercredi 16 au samedi 19 octobre Le Mexique Souvent le festival a déplacé ses spectateurs en Amérique du Sud. Le Chilien R

Continuer à lire

Maison de la Danse : quarante balais et du panache !

Danse | La Maison de la Danse fêtera en 2020 ses quarante ans d'existence. Et propose dès cet automne une saison pour le moins alléchante.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 mai 2019

Maison de la Danse : quarante balais et du panache !

La quarantième saison de la Maison de la Danse a du panache : toujours ouverte aux divers courants de la création chorégraphique (nouveau cirque, hip-hop, classique, contemporain...), et riche en grandes figures de la danse contemporaine (Anne Teresa de Keersmaeker, Sidi Larbi Cherkaoui, Akram Kahn, Jean-Claude Gallotta...). On y décèle, aussi, avec joie, une certaine veine lyrique avec la chorégraphie de l'album mythique de John Coltrane, A Love Supreme, signée par Anne Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis (du 1er au 3 octobre). Une pièce d'une grande précision et qui laisse aussi à ses quatre interprètes une part d'improvisation, en écho au free jazz de Coltrane. Le Ballet de Montréal et trois chorégraphes s'emparent quant à eux du répertoire de Leonard Cohen à travers la danse virtuose de quinze interprètes (du 5 au 13 novembre). Enfin, cerise ou légume sur le gâteau lyrique : Gallotta reprend, dix ans après sa création, L'Homme à tête de ch

Continuer à lire

Des chants au grand jour avec Hymn to Love

Théâtre | Au cri dans la nuit, Marta Gornicka préfère la chorale de ces hommes et femmes debouts, dressés face au monde. Le festival Sens interdits offre en son année off cette première date en France du spectacle de la Polonaise à qui il est fidèle.

Nadja Pobel | Mardi 6 novembre 2018

Des chants au grand jour avec Hymn to Love

Un hymne à l'amour. Voilà comment la Polonaise Marta Gornicka nomme cette création née à Poznan en janvier 2017. Durant une heure, face public, 25 hommes et femmes, de tous âges et même des enfants, forment un chœur, selon le mode d'expression que la metteuse en scène pratique. Nous n'avons pas vu ce spectacle mais Chœur de femmes présenté dans le festival Sens interdits 2013, deux ans après que celui-ci ait accueilli RequieMachine et Magnificat. Que disaient-elles, ces femmes ? Que le pouvoir est entre leurs mains, qu'elles n'ont peur de rien, refusent les diktats et que l'avenir leur appartient. Banal ? Certainement pas. Entre temps, le mouvement #metoo a mis au jour le manque abyssal d'écoute de la parole féminine. La Pologne a sérieusement régressé en la matière avec une loi de plus en plus restrictive concernant l'IVG, les nationalistes prennent le pouvoir jusqu'à la nausée (Italie, Autriche...) ou entrent des les assemblées (l'AfD en Allemagne). Alors, les œuvres de

Continuer à lire

Une saison à la Villa

Villa Gillet | Toujours aussi éclectique dans ses choix littéraires et scientifiques et exigeante dans ses thématiques, la Villa Gillet inaugure une saison de rencontres qui s'annonce aussi dense que passionnante.

Stéphane Duchêne | Mardi 2 octobre 2018

Une saison à la Villa

Entre sciences humaines, sciences tout court et bien sûr littérature, c'est à un automne bien chargé que nous invite la Villa Gillet pour ses rencontres de saison – comprendre, hors Assises Internationales du Roman et La Chose Publique. Cela avait débuté avec un prolongement haïtien du Festival America et se poursuit dès ce mercredi 3 octobre avec le premier volet de rencontres intitulées Le Temps de... On commence donc avec Le Temps du temps à l'Institution des Chartreux le 9 octobre où les toujours passionnants physicien et historien Étienne Klein et Patrick Boucheron, qu'on ne présente plus, se demanderont, en compagnie de la femme rabbin Delphine Horvilleur, directrice de la revue Tenov'a, ce qu'est le temps et si simplement nous en avons la moindre idée. Le cycle se poursuivra le 9 novembre au Grand Amphi de l'Université Lyon 2 avec les écrivains Philippe Sands (Retour à Lemberg, Albin Michel) et Javier Cercas (Le Monarque des Ombres, Actes Sud) pour Le Temps de la Mémoire sur les liens qu'entretienne

Continuer à lire

La Métropole investit dans la culture

Politique Culturelle | Elle en aura mis du temps à se trouver une voie en matière de culture, la Métropole. Mais près de trois ans après sa création, elle choisit d'aider financièrement les festivals Sens interdits, Karavel et la biennale Hors normes. Un geste politique loin d'être anodin.

Nadja Pobel | Lundi 24 septembre 2018

La Métropole investit dans la culture

David Kimelfeld ressent le souffle des vents contraires : du retour annoncé précipitamment de Gérard Collomb à une séance du Conseil ce 17 septembre où il fut interpellé par l'élue Nathalie Perrin-Gilbert quant à l’insuffisance réelle d'hébergement des mineurs isolés alors que la Métropole en a la responsabilité... Mais sur un autre volet, la culture, il avance quelques pions plus importants qu'il n'y paraît. Lors de ce même conseil de mi-septembre, la Métropole a voté une subvention à trois festivals : Sens Interdits, Karavel, la Biennale Hors Normes. Pourquoi ceux-ci ? Selon Myriam Picot, vice-présidente chargée de la culture, il fallait que ce soit « des événements déjà connus, qui ont un retentissement avec des acteurs nationaux voire internationaux, qui se produisent dans plusieurs communes de la métropole et surtout qu'ils soient différenciants (sic) au niveau des esthétiques et des pratiques. » Le GRAME, qui organise la Biennale Musique en Scène, devrait être concerné par cette aide dans un an, à quelque mois de sa prochaine éditio

Continuer à lire

Les créations de la saison fait maison par les directeurs

Théâtre | Focus sur les créations ou reprises concoctées par les directeurs et directrices des théâtres de la métropole, de Claudia Stavisky à Louise Vignaud.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

Les créations de la saison fait maison par les directeurs

Si Joris Mathieu passe son tour après des années foisonnantes (reprise de son très dark Frères sorcières et tournée d'Artefact et Hikikomori, souvent à l'étranger), c'est Christian Schiaretti qui sera le directeur de structure le plus prolifique. Initialement en poste jusqu'au 31 décembre 2019, il sera finira en fait son contrat fin de saion 2019-20 et coordonnera bien le centenaire du TNP en 2020. Dans les prochains mois, il sera omniprésent : outre la reprise de La Leçon (mai) et la création de La Voix humaine avec la magnétique Sylvia Bergé-de-la-Comédie-Française (octobre), il s'attelle à deux mastodontes : Victor ou les enfants au pouvoir de Roger Vitrac (mars), fable cruelle dont Antonin Artaud fut le premier "montreur" et L'Échange de Paul Claudel (décembre). Au vu de l'explication de texte qu'en a faite Schiaretti lui-même lors des Langagières (festival réitéré en mai), il est sûr que sa lecture en sera acérée, infiniment réfléchie tant la diction et les césures qu'il en a alors proposées étaient soupesées « Il faut respecter le vers clau

Continuer à lire

L'infinie densité de la 5e édition de Sens interdits

Théâtre | Comment ça commence ? Comment ça finit ? Magistralement. Sens interdits, 5e du nom, a été plus qu'à la hauteur de l'urgence et la nécessité qui le sous-tendait. Ce festival international de théâtre, en faisant place autant à des troupes de non-professionnels qu'au savoir-faire et aux propos cinglants de Matthias Langhoff et Tatiana Frolova a démontré que sur les planches se dessine un regard sur le monde sans concession, qui fait tant défaut dans une société anormalement tiède et affadie.

Nadja Pobel | Mardi 31 octobre 2017

L'infinie densité de la 5e édition de Sens interdits

Si les discours politiques n'ont plus de sens depuis longtemps déjà, si les « en même temps » d'un président français tenant d'une ligne droite de plus en plus marquée – économiquement au moins - n'étaient pas si tragiques, si les mots ne s'annulaient pas tant les uns les autres (une autonomie retirée par ici, une indépendance proclamée par là) alors peut-être que le théâtre pourrait se contenter de nous conter encore les fables – pourtant hautement dérangeantes en leur temps – de Tchekhov ou Ibsen. Oui mais voilà, ce n'est pas le cas. Alors Tatiana Frolova, qui s'est pris les pieds dans le tapis de Dostoïevski il y a deux ans (Le Songe), a recréé son petit laboratoire dans son village de Sibérie. Des caméras, de vieilles photos, une paire de ciseaux, un peu de terre, « celle qu'[on] a biné, sarclé... la patrie. » Et voilà qu'elle et ses comparses dressent l'histoire du XXe siècle avec une application qui n'a d'égale que le caractère personnel qu'elle confère à ces événements célèbres dont elle aligne à la craie sur un tableau noir le nombre de victimes. Lénine, Staline – et ce Nuremberg que l'URSS n'aura

Continuer à lire

Sens Interdits : L'art à l'écoute du monde

Dans la rue et gratuit | Ce théâtre élitaire pour tous que Vitez appelait de ses vœux trouve un écho à Sens Interdits, avec notamment trois propositions gratuites, dans l'espace (...)

Nadja Pobel | Mardi 17 octobre 2017

Sens Interdits : L'art à l'écoute du monde

Ce théâtre élitaire pour tous que Vitez appelait de ses vœux trouve un écho à Sens Interdits, avec notamment trois propositions gratuites, dans l'espace public, sans réservation. Cette liberté s'accompagne d'un conseil hautement mesuré : être à l'heure aux rendez-vous fixé par Zora Snake et Garniouze (le 3e spectacle, Trafic, est relatif à la prostitution et se déroulera aux Ateliers Frappaz). Ce dernier est un conteur-acteur sidérant par son flow et sa capacité à quasiment rapper la parole de ceux que la société - eux, vous, moi - laisse s'échouer sur le bas côté ; ici, des victimes de la guerre économique mondiale. Gageons que Je m'appelle (texte d'Enzo Cormann) aura la force inouïe de Rictus, vu il y a deux ans. Transfrontalier a de façon absolument certaine cette puissance. Le danseur camerounais se livre dans un premier temps à une performance qui crée la gêne et la crainte : simplement vêtu d'un slip, il s'enduit de terre, s'enserre de fils barbelés et part, sur la route, en traînant son matelas. À ces ig

Continuer à lire

Festival Sens Interdits : Interdit d'interdire

Théâtre | Exception dans le paysage théâtral lyonnais, le festival international Sens Interdits concentre, depuis dix ans, les maux du monde et fait place aux petites troupes comme à Matthias Langhoff. Du 19 au 29 octobre, 21 spectacles en version originale : coup de projecteur sur les humbles et renversants Hospitalités et Une longue peine.

Nadja Pobel | Mardi 17 octobre 2017

Festival Sens Interdits : Interdit d'interdire

C'est une conviction que Patrick Penot, directeur et fondateur de Sens interdits, a chevillée au corps et qu'il rappelait encore tout récemment : « rien ne fait plus réfléchir que le théâtre, car nous sommes là au milieu des autres ; le théâtre est une solitude partagée. » Ce ne pourrait être qu'une lapalissade, mais pour qui a déjà fait cette expérience avec un spectacle à hauteur de cette belle ambition, c'est un fait avéré. Pour qui s'est cogné aux parois d'un travail bâclé ou d'un texte imbitable, il est probable que cela lui ait été fatal. Ainsi va le destin d'un art si âpre souvent, si émouvant parfois. Même avec des propositions sans esbroufe. C'est le cas de Hospitalités créé en janvier dernier au théâtre de Vidy-Lausanne. Des chaises, des acteurs non-professionnels, mais acteurs de la cité au sens fort, et des images diffusées (celles de Jérémie Cuvillier, auteur d'un passionnant documentaire sur Thomas Ostermeier et sa Mouette l'an dernier pour Arte) sur l'un des "plus beaux villages de France", ceux dont au cœur d'un été étouffant, on trouve plus de charme qu'à une

Continuer à lire

Un simple constat : Rabbit Hole aux Célestins

Théâtre | D'un texte sur un drame familial, prix Pulitzer, Claudia Stavisky fait un spectacle très honnête traversé par une Julie Gayet qui s'avère s'adapter avec opiniâtreté à des plateaux de théâtre qu'elle avait jusque-là très peu arpentés.

Nadja Pobel | Mardi 19 septembre 2017

Un simple constat : Rabbit Hole aux Célestins

Elle plie le linge de son fils sans nervosité particulière. Tout est calme si ce n'est sa petite sœur un peu survoltée qui lui annonce, par voies détournées, qu'elle est enceinte. Peut-être que ces vêtements, elle pourra les récupérer pour son petit à venir ? Non, il ne vaut mieux pas. Tout n'est pas si simple et déjà ça grince. Le texte de l'Américain David Lindsay-Abaire est ainsi construit : par strates, presque par devinettes car il traite de l'indicible : la mort d'un enfant. Dans cette entame de spectacle, ce procédé narratif s'avère un tantinet lénifiant, car dans cette maison de la middle class US, les sujets de conversation sont pauvres : offrir un set de salle de bain, jouer au tennis... Peu à peu l'intrigue va se densifier pour se resserrer autour de ce sujet tragique et les comédiens, de concert, vont s'engouffrer plus puissamment dans leur rôle. Claudia Stavisky, qui persiste avec raison à imposer sur le plateau des Célestins des auteurs vivants, contemporains, souvent anglophones (Harrower, Barker, Skinner...) trouve là une matière sobre, qui est universelle (le chagrin) mais ne prétend pas être

Continuer à lire

Nouvelle saison théâtre : du côté des festivals

Panorama | Bien sûr, il y a du théâtre toute l’année. Et partout, dans cette agglo foisonnante : l’opération Balises le rappelle (une place achetée / une place (...)

Nadja Pobel | Mardi 5 septembre 2017

Nouvelle saison théâtre : du côté des festivals

Bien sûr, il y a du théâtre toute l’année. Et partout, dans cette agglo foisonnante : l’opération Balises le rappelle (une place achetée / une place offerte pour 70 spectacles ciblés dans 45 salles). Mais les festivals, temps forts, aimantent à ce qui parfois manque. L’indispensable Sens Interdits, à ses débuts adossé aux Célestins et aujourd’hui autonome, va vivre sa 5e édition grâce à la volonté de son inénarrable directeur Patrick Penot, nettement moins par celles des pouvoirs publics si timides. Dans cette grande cité de culture, le théâtre international est si absent que ce festival semble devenu la seule réponse à ce vide : « urgence et nécessité » est-il annoncé d’emblée, pour ces spectacles qui disent comment se porte l’art et la vie là-bas, en Lituanie, en Russie, au Rwanda, en Grèce ou en Bolivie. Nous y reviendrons largement tant depuis sa création ce moment est une ouverture sur le monde, réaffirmant une altérité face à l'autre et une croyance absolue en la puissance de cet art. Autres événements marquants installés à force de s'être déployés avec pertinence sur leurs précéde

Continuer à lire

Les Écrans du doc : Sur les barricades

ECRANS | C’est la lutte initiale ! Fenêtre sur le monde et l’Homme, Les Écrans du doc témoignent d’une prise de conscience des enjeux socio-politiques (...)

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Les Écrans du doc : Sur les barricades

C’est la lutte initiale ! Fenêtre sur le monde et l’Homme, Les Écrans du doc témoignent d’une prise de conscience des enjeux socio-politiques contemporains, par le peuple et pour le peuple. Un soulèvement civil et salutaire. Ouverture toute trouvée, Silvia Munt lancera les hostilités avec son brûlot Afectados, témoignant de la révolte aussi intime que collective des Indignés espagnols. Le combat continuera avec Food Coop de Tom Boothe, consacré à la réussite d'un supermarché coopératif à New York. Pour alimenter le débat et distribuer leurs avis, les membres du projet Demain ou les Amis du Monde Diplomatique basés à Lyon viendront partager leur point de vue. Swagger d’Olivier Bab

Continuer à lire

Claudia Stavisky, d'une bataille à l'autre

Théâtre des Célestins | Retrouvant sobriété et singularité au service d'un thème qui lui est cher (le pouvoir et l'art), Claudia Stavisky signe son meilleur spectacle depuis Lorenzaccio.

Nadja Pobel | Mardi 22 novembre 2016

Claudia Stavisky, d'une bataille à l'autre

« Je ne suis pas en paix avec la vie. Ça n'existe pas. » Galactia, lucide et torturée, gravite autour d'un homme engagé par ailleurs, qui la malmène, et du pouvoir politique venant de lui confier une grande mission : peindre la bataille de Lépante que les Vénitiens viennent en 1571 de gagner, face aux Ottomans. Là où le doge ne voit qu'un triomphe, elle est hantée par le carnage et les milliers de victimes. Elle fera le Tableau d'une exécution. Howard Barker, historien de formation, aime à puiser dans le réel un support à sa réflexion qu'il déploie depuis plus de quarante ans dans ce qu'il a lui-même nommé "le théâtre de la catastrophe", sorte de retour à l'essence humaine dans le grand maelström du monde. Christiane Cohendy porte durant plus de deux heures cette femme aux convictions affirmées mais qui ne s'exonère pas de ses fêlures et fragilités. Claudia Stavisky parvient à l'orienter vers cette dualité, comme elle l'avait fait avec Marie Bunel

Continuer à lire

Théâtre made in Lyon : Tour d'horizon des créations maison

De Stavisky à Lacornerie | Inchangés depuis des lustres pour la plupart, les directeurs des grandes scènes de Lyon creusent scrupuleusement leur sillon, en montant des textes attendus.

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

Théâtre made in Lyon : Tour d'horizon des créations maison

Incroyable ! Christian Schiaretti aura l'honneur d'imaginer le centenaire du TNP en 2020 : en poste depuis 2002, il a été reconduit à la tête de l'établissement jusqu'à fin 2019 ; son contrat arrivait à échéance en décembre. En cette rentrée, il revient, après un Bettencourt Boulevard bancal, à l'auteur qu'il a le mieux transposé à la scène depuis son arrivée : Aimé Césaire. Il reprend Une saison au Congo (du 2 au 10 décembre), créé en 2013 puis signera La Tragédie du roi Christophe (du 19 janvier au 12 février). Dans la première, il avait su organiser clairement la conquête de l'indépendance de ce pays et la chute de son héros pacifiste Lumumba grâce à une alchimie entre sa troupe habituelle du TNP et des comédiens du collectif burkinab

Continuer à lire

Les arts transgressés aux 7 Collines

Les 7 Collines | Festival majeur de la Loire et l'un des plus importants en Rhône-Alpes, Les 7 Collines reviennent avec une programmation très circassienne. Dans les propositions de cette 22e édition, focus sur deux artistes passionnants : le magicien sombre Yann Frisch pour Le Syndrôme de Cassandre et le trampoliniste Mathurin Bolze qui se dédouble dans Barons perchés.

Nadja Pobel | Mardi 21 juin 2016

Les arts transgressés aux 7 Collines

Elle a les pieds dans l'eau, des bottes de Bretonne et elle se marre. La fille de l'affiche des 7 collines n'a pas l'air d'arpenter la Loire mais le festival semble la réjouir. Avec des tarifs bas (10€ ou 14€ le spectacle) et des mastodontes du cirque (notamment), chaque année cette manifestation se débrouille pour que des compagnies internationales fassent escale ici. Certaines viennent plusieurs fois. C'est le cas ces deux dernières années pour les 7 doigts de la main venus avec le trop bavard et pour tout dire raté, Cuisine et confessions l'an dernier, ou le beaucoup plus sportif Séquence 8 juste avant. Cet été, c'est avec Mathurin Bolze que le festival renoue. Aérien Le circassien, déjà passé par là avec son cultissime Du goudron et des plumes en 2010 et le plus transitoire À bas bruit en 2013, présente Barons perchés. Encore tout frais (à peine une quinzaine de représentations depuis sa création cet automne), ce spectacle est en fait une réplique de Fenêtres, également au générique du festival. Animé par le théâtre (figurant pour Jean-Paul Delore ou Bruno Boeglin),

Continuer à lire

Mathurin Bolze, l'utopiste appliqué

Cirque | Il a la tête en l'air et les pieds sur terre. À l'occasion du festival UtoPistes et de sa présence aux Nuits de Fourvière, le trampoliniste Mathurin Bolze raconte son métier récemment vilipendé et son bonheur de générer des collaborations artistiques.

Nadja Pobel | Mardi 7 juin 2016

Mathurin Bolze, l'utopiste appliqué

Il a pratiqué le théâtre et surtout la gym à haute dose, avant de filer au Centre national des arts du cirque à Chalôns-en-Champagne. Rapidement, en 2001, Mathurin Bolze fonde la compagnie mpta et, à l'occasion d'une commande de La Brêche, le pôle national des arts du cirque de Cherbourg, il invente La Cabane aux fenêtres. Cette forme courte de 15 minutes va grandir, se nommer Fenêtres. Quinze ans plus tard, il donne cette création à Karim Messaoudi, rencontré lors d'un stage de formation, et dédouble le rôle dans une autre pièce qui prend directement le nom — mais au pluriel — du roman d'Italo Calvino qui l'a inspiré précedemment, Barons perchés. En duo, il défie le sol et s'entiche du volume. Bien avant que Yoann Bourgeois n'emmène le trampoline dans tous les théâtres, Bolze choisit cet agrès pour les propriétés ludiques et aussi «

Continuer à lire

Le retour des UtoPistes

Festival | Voici venir la 3e édition du festival UtoPistes (du 2 au 11 juin) aux Célestins, TNG, Toboggan, Maison de la Danse et Subsistances. Et in situ, à (...)

Nadja Pobel | Mercredi 4 mai 2016

Le retour des UtoPistes

Voici venir la 3e édition du festival UtoPistes (du 2 au 11 juin) aux Célestins, TNG, Toboggan, Maison de la Danse et Subsistances. Et in situ, à l’air libre, gratuitement. Mathurin Bolze et sa compagnie mpta (les mains, les pieds et la tête aussi) proposera la recréation de Fenêtres et sa suite dédoublée, Barons perchés (également au programme des Nuits de Fourvière). C’est aussi durant ces dix jours que la nouvelle icône de la performance parlée, Sébastien Barrier, viendra pour sept heures consacrées au vin naturel (Savoir enfin qui nous buvons, complet) et cette fable souvent émouvante sur la perte, Chuncky Charcoal. Le grand retour du maitre James Thierré — qui promet, avec La Grenouille avait raison, de revenir a plus d’épure que pour son très raté Tabac rouge — n’éclipsera pas le talent de jeunes acrobates tels Justine Bertillot et Frédéric Vernier (Noos, voir photo) ou les jongleurs de Petit Travers (Nuit) à destination du jeune public. À vous de piocher parmi ces trente représentations.

Continuer à lire

Des affaires sans folie aux Célestins

SCENES | Du texte noir d'Octave Mirbeau sur un homme puissant, vaniteux et autoritaire, Claudia Stavisky tire un spectacle académique et sans fioriture porté par un François Marthouret en grande forme. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 11 mars 2016

Des affaires sans folie aux Célestins

Quand le rideau se lève sur Les Affaires sont les affaires (1903), le décor beau, imposant et presque sobre (dépourvu de toutes les babioles afférentes à un intérieur bourgeois) donne cette fâcheuse impression d’être revenu des décennies en arrière et d’assister à une séquence d’Au théâtre ce soir. La scène inaugurale entre une épouse sage et trop brushée et sa fille ado révoltée, les cheveux en bataille, n’arrange pas le tableau d’une opposition trop caricaturale. Quand l’intrigue progresse, Claudia Stavisky tente d’introduire un peu de contemporanéité avec une télé écran plat. Raté ! L’émission diffusée est commentée par un homme se revendiquant d’antan, Stéphane Bern. L’animateur nous parle d’un château occupé par monsieur Lechat, parvenu qui s’est construit une fortune en escroquant à tout-va, s’est acheté un journal et s'essaye désormais à la politique, en mentant sur ses convictions. Toute ressemblance avec Bernard Tapie et Silvio Berlusconi est bienvenue. Mais la metteur en scène a la délicatesse de ne pas les singer. À chacun sa cassette Et voilà que son travail trouve alors sa vitesse de croisière. Grâce notamment à son

Continuer à lire

Sens Interdits 2015 : 4 spectacles à ne pas manquer

SCENES | Le Songe de Sonia (Russie) Pour la troisième fois, Tatiana Frolova expose sa Russie au festival. Elle qui, en 1985, fonda le KnAM, un des tout (...)

Nadja Pobel | Mardi 13 octobre 2015

Sens Interdits 2015 : 4 spectacles à ne pas manquer

Le Songe de Sonia (Russie) Pour la troisième fois, Tatiana Frolova expose sa Russie au festival. Elle qui, en 1985, fonda le KnAM, un des tout premiers théâtres libres de Russie, tente aujourd'hui de survivre sous Poutine et met en avant ce que le régime tait, ici le mystère qui plane sur le nombre élevé de suicides dans son pays. Elle s’appuie pour cela sur un travail vidéo une fois de plus remarquable et sur Le Songe d’un homme ridicule de Dostoïevski, où un homme sur le point de se supprimer est rattrapé par le souvenir d’une enfant. Du 15 au 23 octobre et du 3 au 7 novembre aux Célestins Dreamspell (Lituanie) Encore étudiante en troisième année à l’académie lituanienne de musique et de théâtre, Kamilé Gudmonaité s’est elle aussi inspirée d’un Songe, celui, plus onirique, de Strinberg cette fois-ci. Elle y emmène six comédiens très expressifs, en exploration de questions existentielles tenant, par exemple, au rôle de l’individu dans le système sociétal. Ce spectacle inédit en France a déjà été salué dans plusieurs festivals européens, notamment celui de Brno où a il reçu, en 2015, le prix de la meilleure mise en sc

Continuer à lire

Sens Interdits, le carrefour mondial du théâtre

SCENES | «Ce n’est pas du jeu, c’est la vie. Et pourtant c’est du théâtre !» Voilà comment Patrick Penot parle de ce festival Sens (...)

Nadja Pobel | Mardi 13 octobre 2015

Sens Interdits, le carrefour mondial du théâtre

«Ce n’est pas du jeu, c’est la vie. Et pourtant c’est du théâtre !» Voilà comment Patrick Penot parle de ce festival Sens Interdits qu’il a imaginé en 2009 sous forme de biennale. Au départ, il y a la volonté de montrer un théâtre international peu diffusé sur les scènes lyonnaises, à l’exception des géants Ostermeier ou Claus Peymann – même si, à l’époque, le TNP en accueillait encore quelques-uns dans le sillage du Festival d’Automne parisien. Pour avoir travaillé en Pologne, à Vienne ou Athènes, l’ancien co-directeur des Célestins sait qu’une autre voix dramatique nous manque : celle, plus politique, des pays où la culture n’est pas un joyau de famille comme en France. Cette année, c’est l’exclusion qui constitue le fil rouge de l'événement, celle dont sont victimes les ex-Yougoslaves de Common ground, les rescapées de la Seconde Guerre mondiale de Displaced women ou les Françaises rapatriées d’Indochine (et parquées dans des centres d’accueil sommaires et largement méconnus) de CAFI. Sens Interdits n’est toutefois pas une simple compilation de témoignag

Continuer à lire

Sens Interdits 2015 : le Chili de Pablo Larraín

SCENES | Pour sa première mise en scène de théâtre, le cinéaste Pablo Larraín livre avec "Acceso" un spectacle à l’image du festival Sens Interdits : férocement politique et fondamentalement humain. Retour sur son cheminement et sur l’histoire chilienne, que cette manifestation internationale raconte depuis trois éditions.

Nadja Pobel | Mardi 13 octobre 2015

Sens Interdits 2015 : le Chili de Pablo Larraín

Seul en scène, Sandokan trimbale sa vie en bandoulière. Dans sa sacoche, des babioles qu’il vend aux passants pour trois pesos six sous. Et puis aussi un livre, la nouvelle constitution politique du Chili, qui affirme que «chaque individu chilien a le droit d’avoir accès» (aux biens communs). Sur le mode de l’interpellation – qui sera la forme entière de la pièce – il s’adresse à son président. «Combien de fois nous avez-vous aidé ?» l’interroge-t-il. Sans vraiment dater leur propos, Larraín et son comédien Roberto Farias, qui ont travaillé de concert, questionnent ce que leur pays a à offrir à sa population dans cette époque contemporaine. Autrement dit pas grand chose. C’est de cette injustice-là que naît la colère du protagoniste qui, entre deux commerces (de peignes, d’une revue pour se muscler), déballe sa vie personnelle, de son enfance passée dans un centre de réinsertion pour mineurs où il a subi des sévices en tous genres à sa copine enceinte qui s’est pris des coups de pieds dans le ventre par son père qu’il a alors poignardé dix-huit fois. La langue est crue, vulgaire parfois, virulente toujours. Sandokan martèle cette inégalité de traitem

Continuer à lire

Les grands rendez-vous de la saison théâtrale 2015/2016

SCENES | Souvent sur un mode biennal, tous les festivals de théâtre qui comptent réapparaîtront cette saison. Présentation.

Nadja Pobel | Mercredi 9 septembre 2015

Les grands rendez-vous de la saison théâtrale 2015/2016

Sens Interdits C’est LE festival. Celui qui tous les deux ans nous transmet les récits du monde, de ses déchirures et de ses espoirs, sur un plateau. Cette année, quinze spectacles venus de quatorze pays permettront d’explorer notre mémoire commune, le long du fil rouge de l’exclusion, qu'il soit question des migrants avec Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu ou du Chili traumatisé par Pinochet avec Acceso par le réalisateur Pablo Larraín (No). Les rescapés du Rwanda se feront aussi entendre dans Hate Radio grâce au Suisse Milo Rau et la fidèle Tatiana Frolova reviendra pour la troisième fois avec un spectacle documentaire qui mènera chez elle, au fin fond d’une Russie endolorie. Mais si les thèmes abordés à Sens Interdits sont durs, jamais ce festival n’est mortifère. Il est, au contraire, depuis trois éditions, la preuve que le théâtre contemporain est d’une vitalité inouïe. Du 20 au 28 octobre aux Célestins et dans la Métropole

Continuer à lire

Une saison théâtrale sous le signe du politique

SCENES | Souvent taxé d’art vieillissant, le théâtre ne cesse pourtant, à l’instar des sociologues ou historiens, d’ausculter le monde contemporain. Cette saison, plusieurs auteurs décryptant la trivialité des rapports sociaux seront portés au plateau. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Une saison théâtrale sous le signe du politique

Christine Angot le déclarait fin août au Monde : «il n’y a pas de vérité hors de la littérature». Théâtre inclus. Le festival international Sens Interdits, en prise directe avec les maux du Rwanda, des réfugiés ou de la Russie, en sera une déflagrante preuve en octobre. Plus près de nous, avec la vivacité d’un jeune homme, Michel Vinaver (88 ans) a repris la plume pour signer Bettencourt boulevard ou une histoire de France, une pièce en trente épisodes mettant au jour les rouages de la fameuse affaire. Ne surtout pas chercher dans ce texte monté par Christian Schiaretti au TNP (du 19 novembre au 19 décembre) des règlements de comptes entre un chef d’État, une milliardaire et un photographe-abuseur, des comptes-rendus judicaires ou de grands discours. Vinaver fait de ses célèbres protagonistes les personnages d’une tragédie grecque contemporaine, remontant à leurs origines et évoquant leur rapport à la judéité, montrant ainsi, loin des polémiques, comment une vieille dame absolument sénile se laisse courtiser par un bellâtre peu scrupuleux. Ce simple jeu d’influence

Continuer à lire

La saison 2015/2016 des Célestins

ACTUS | Toujours plus internationale et comptant 8 créations et 9 co-productions, la nouvelle saison des Célestins, au cours de laquelle sa co-directrice Claudia Stavisky se mesurera au très caustique "Les Affaires sont les affaires" de Mirbeau, s'annonce prometteuse. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

La saison 2015/2016 des Célestins

Belgrade, l'un de leur meilleur spectacle de la saison en cours, n'a pas encore été joué que déjà les Célestins dévoilent déjà leur programmation 2015-2016. Bien que des mastodontes nationaux et internationaux soient à l'affiche, la jeunesse s'y fait une place avec : Piscine (pas d'eau) (du 3 au 13 février), pièce trash de Mark Ravenhill et inspirée de la biographie de la photographe Nan Goldin, récemment passée (plus que furtivement) à Nuits Sonores. La metteur en scène Cécile Auxire-Marmouget travaille par ailleurs avec Claudia Stavisky sur le projet La Chose publique, médiation avec les habitants de Vaulx-en-Velin. Pour Piscine, elle a notamment convié l'excellent David Ayala, l'amant un peu rustre de En roue libre cette année. Un beau ténébreux (du 10 au 13 mars) du très précieux mais pas si populaire Julien Gracq, mis en scène par Matthieu Cruciani, déjà aux manettes de Non réconciliés de François Bégaudeau, vu à la Célestine La fidélité qui caractériste par ailleurs le théâtre permettra cette saison de revoir des artistes particuli

Continuer à lire

La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

ACTUS | Ludique et politique est le visuel de la nouvelle plaquette (une croix faite de craies fragilisées) du Théâtre de la Croix-Rousse. Ludique et politique (et du coup franchement excitante) sera sa saison 2015/2016. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 31 mai 2015

La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

Des Fourberies de Scapin décapées au karcher par Laurent Brethome, le crépusculaire Mon traître d'Emmanuel Meirieu, David Bobée et son Lucrèce Borgia à (trop) grand spectacle... L'entame de la saison 2014/2015 du Théâtre de la Croix-Rousse fut l'une des plus fulgurantes qu'on ait connue depuis l'arrivée à sa direction de Jean Lacornerie. La rentrée 2015/2016 est bien partie pour soutenir la comparaison, ne serait-ce que parce qu'elle s'ouvrira sur la reprise du Bigre de Pierre Guillois, comédie muette «à voir et à revoir» (du 29 septembre au 3 octobre) selon la formule consacrée car aussi hilarante qu'ingénieuse. Suivront : une prometteuse transposition des conseils pour accéder à un trône et le conserver de Machiavel dans l'univers férocement contemporain du stage de formation par Laurent Guttmann (Le Prince, du 6 au 16 octobre) ; le retour, sous bannière Nimis Groupe, d'une partie des singuliers Belges du Raoul collectif (Le Signal du promeneur) avec Ceux que j'ai rencontrés ne

Continuer à lire

Bron, commune des livres

CONNAITRE | Rarement sans doute les différentes rencontres, dialogues et débats réunissant les auteurs invités par la Fête du Livre de Bron auront constitué de la sorte (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 3 mars 2015

Bron, commune des livres

Rarement sans doute les différentes rencontres, dialogues et débats réunissant les auteurs invités par la Fête du Livre de Bron auront constitué de la sorte les pièces d'un puzzle thématique qui n'a sans doute jamais été aussi commun – et n'a donc jamais aussi bien porté son nom. «Qu'est-ce qu'on a en commun ?», donc, pose la question inspirée de l'essai de Christian Dardot et Pierre Laval, évidemment invités pour parler du vaste sujet de leur livre : à savoir proposer une révolution politique, sociale et écologique pour le XXIe siècle, celle du commun. Pour commencer, on pourrait dire plus précisément ici que ce qu'on a en commun, c'est la ou les littératures, quelles qu'en soient les approches. Littérature, qui cette année porte donc à la Fête du Livre une série de regards sur le contemporain à travers les enjeux du commun. Qu'ils passent par l'évocation du monde social et le plus souvent de son effritement (les rencontres "roman choral, roman social" avec Olivier Adam et Donal Ryan, "La France à hauteur d'homme" avec Florence Aubenas, "L'Italie, un nouveau monstre" avec Silvia Avalone et Simonetta Greggio) ; de l'histoire et de la mémoire ("La mém

Continuer à lire

Liberté chérie

SCENES | Pour sa dernière création, "En roue libre", Claudia Stavisky a réuni un casting assez exceptionnel dont émerge Julie-Anne Roth, qui tient de bout en bout son rôle de femme insoumise, assumant ses désirs même en pleine maternité. Rencontre avec une comédienne viscéralement – mais pas exclusivement - liée au théâtre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 20 janvier 2015

Liberté chérie

C’est en 1993 qu’elle apparait au cinéma. Julie-Anne Roth est castée par Cédric Klapisch dans le film générationnel qu’est Le Péril jeune, après un petit rôle dans La Reine Margot, où elle est l’amie féministe de la bande. Elle n’a que 19 ans et vient à peine de découvrir le théâtre. Alors en fac de lettre, elle veut devenir chef opérateur et préparer la FEMIS, «mais pour filmer les gens, il me fallait comprendre ce que c’est que de jouer». Elle suit donc les cours du soir de Pierre Debauche qui l’encourage à fréquenter son école à plein temps. Après trois années en compagnie à Agen, elle veut «apprendre encore et rencontrer des personnes de mon âge, créer des amitiés car c’est important dans ce métier qu’il est difficile de faire seul». Ce sera donc le Conservatoire national à Paris dont elle sort diplômée en 1999, déjà remarquée par les professionnels et nommée aux Molière en 1997 pour son rôle dans Sylvia (mise en scène par A. R. Gurney). Stuart Seide l’emmène (ou la ramène) à Shakespeare. De l’auteur britannique, elle dit «vouloir jouer tous les rôles féminins» ! «Quand j’ai lu Shakespeare, j’ai eu l’impressio

Continuer à lire

Deuxième départ

SCENES | Après un premier tiers de saison assez calme, l’activité théâtrale s’intensifie nettement cette rentrée. Entre stars de la scène locale et internationale, créations maison et découvertes à foison, revue de détails. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 6 janvier 2015

Deuxième départ

Une Biennale de la danse enchaînée avec les vacances de la Toussaint auront bien grévé la dynamique théâtrale de ce début de saison, sauf à la Croix-Rousse qui a, en apnée, aligné Laurent Brethome, Emmanuel Meirieu, David Bobée et Pierre Guillois. Le rythme n'y faiblira pas en 2015 avec notamment les très attendus Elle brûle (mars) du duo féminin Mariette Navarro / Caroline Guiela Nguyen et Discours à la nation (avril), manifeste d'Ascanio Celestini dont s’est emparé David Murgia du Raoul Collectif. Claudia Stavisky se confrontera elle à nouveau à un texte britannique après le très réussi Blackbird, en montant pour la première fois en France En roue libre (j

Continuer à lire

Diète à la maison

SCENES | Qu’ont cuisiné les directeurs des grandes salles pour cette saison ? En marge des spectacles qu’ils accueillent, ils mitonnent d'ordinaire leurs plats en arrière-salle mais cette saison, hormis à la Croix-Rousse, c’est régime. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Diète à la maison

C’est ce qui s’appelle un été pourri : non seulement Météo France a enregistré, sur la période juillet-août, le plus fort cumul de précipitations dans l’Hexagone depuis 1959, mais comme si cela ne suffisait pas, Christian Schiaretti, directeur du TNP, a dû en plus affronter des vents contraires. Pour son retour au festival d’Avignon après des années de disette sous l’ère Archambault-Baudrillier, son didactique quoique passionnant Mai, juin, juillet s’est en effet pris une volée de bois vert de la part de la presse nationale, en même temps que le poste d’administrateur général de la Comédie Française lui échappait. Son dossier ayant mystérieusement disparu entre la rue de Valois et le palais de l’Elysée, il n’a jamais été remis au chef de l’Etat qui a choisi Éric Ruf, aux dépens également du candidat dépêché en dernière minute (Stéphane Braunschweig ) par l’ex-ministre de la culture Aurélie Filippetti. Les camouflets sont une denrée bien partagée. Toujours est-il qu’au TNP, dont il reste directeur au moins jusqu’en 2016, il n’avait de toute façon pas prévu de création en 2014-2015, notamment à cause de la diminution de son budget, amputé de 250 000€ (sur un total

Continuer à lire

La tendresse des fous

SCENES | A écouter les histoires du conte philosophique Aventures, extrait du recueil du Polonais Witold Gombrowicz Bakakaï (1933), on croirait naviguer dans les (...)

Nadja Pobel | Mardi 15 avril 2014

La tendresse des fous

A écouter les histoires du conte philosophique Aventures, extrait du recueil du Polonais Witold Gombrowicz Bakakaï (1933), on croirait naviguer dans les bandes dessinées de l’apocalyptique Philippe Druillet, mis à l’honneur dans notre précédent numéro. Car il y a dans ce texte des ressorts aussi déglingués et pourtant parfaitement maîtrisés que ceux que restitue le bédéiste. Ici, l’héroïne navigue sur l’écume des océans dans une bulle de verre puis se retrouve coincée dan un cône d’acier au fond de l’eau avant d’atterrir en Pologne, d’y rencontrer l’amour et de s’envoyer en l’air avec son homme dans une montgolfière. Puis elle s’ennuie, s’enfuit et met le cap sur la Chine, où des millions de lépreux lubriques la poursuivent ! Impossible à monter ? Pas pour Chloé Bégou. La jeune comédienne de la compagnie Gazoline se met en scène avec quatre musiciens dans une salle de classe à l’ancienne, jonchée de vieilles (et magnifiques !) cartes de géographie. À leurs bureaux de bois, sur leurs petits bancs, deux instrumentistes cl

Continuer à lire

Fausse promesse

SCENES | Événement théâtral absolu, du moins si l'on se base sur l'affluence du public (que ce soit ici à Lyon ou à Paris, où la pièce fut créée et jouée deux mois), le (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 avril 2014

Fausse promesse

Événement théâtral absolu, du moins si l'on se base sur l'affluence du public (que ce soit ici à Lyon ou à Paris, où la pièce fut créée et jouée deux mois), le casting (Huppert et Garrel fils sur le plateau, Luc Bondy, directeur de l'Odéon, à la mise en scène) et les costumes (Dior pour Huppert), Les Fausses confidences de Marivaux laissent pourtant un goût d'inachevé, tout y étant trop parfaitement calibré, au détriment de l'émotion. Pourtant Isabelle Huppert quitte là les rôles torturés auxquels Haneke, notamment, l'avait abonnée pour incarner avec une maîtrise et une gourmandise totales le rôle central d'Amarinthe, bourgeoise nouvellement veuve. Alors que le public s'assoie, elle s'essaye au tai-chi avec son coach au milieu de ses innombrables chaussures amoureusement rangées en cercle. Désinvolte, centrée sur elle, elle refuse sans ambages une alliance avec le comte Dorimont pour se laisser séduire par le jeune désargenté Dorante, qui se fait engager comme intendant grâce à l'entremise de Dubois (grandiose Yves Jacques !), son ancien valet. Dominant toute la troupe, Huppert éclabousse tout son monde avec une fraîcheur qu'on ne lui conna

Continuer à lire

Jeunes confidences

SCENES | Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 3 janvier 2014

Jeunes confidences

Enfin ! Enfin le théâtre des Ateliers est sorti de son état végétatif. Et la relève est tout un symbole, puisque c'est Joris Mathieu, adepte de la vidéo, qui en a été nommé directeur à la place du fondateur Gilles Chavassieux (lequel ne créera plus dans ce lieu). Autre désignation importante, celle de Sandrine Mini au Toboggan à Décines. D’autres directeurs tireront eux leur révérence : Roland Auzet à la Renaissance, par envie de reprendre son travail de compagnie, et Patrick Penot aux Célestins, pour cause de retraite. C’est d'ailleurs dans ce théâtre qu’il sera possible de découvrir le travail de Mathieu avec Cosmos de Witold Gombrowicz (février). D'une manière générale la jeune génération (disons les moins de quarante ans) fera l'actu de la rentrée avec Mon traître d’Emmanuel Meirieu (voir page 16) au Radiant, Dommage qu’elle soit une putain de John Ford par Marielle Hubert au Radiant encore (plus tard en janvier), qui s’annonce d’une curieuse violence mêlée de douceur, mais aussi l’exceptionnelle venue d’Howard Barker à Lyon, convaincu par la comédienne Aurélie Pitrat du collectif nÖjd de m

Continuer à lire

Sens interdits 2013, jours 7 & 8 : L’Adieu aux larmes

SCENES | "Regards de femmes" de Chrystèle Khodr et Chirine El Ansary. "Pendiente de voto" de Roger Bernat. "L’histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge" de Georges Bigot et Delphine Cottu.

Nadja Pobel | Jeudi 31 octobre 2013

Sens interdits 2013, jours 7 & 8 : L’Adieu aux larmes

Sens Interdits s’est achevé pour nous avec deux pièces déjà vues en amont du festival et dont vous avions parlé dans la version papier du Petit Bulletin. Si Pendiente de voto s’avère être un spectacle très dépendant de la participation du public et de sa capacité à débattre intelligemment ou pas (ce qui fut loin d’être le cas lors de notre séance), L’Histoire terrible… est lui d’une solidité constante. La troupe de jeunes Cambodgiens a fait se lever spontanément toute la grande salle des Célestins après 3h30 en khmer exigeantes et néanmoins passionnantes. Et nous voilà à nous demander depuis quand nous n'avions pas vu pareil enthousiasme du public dans cette ville de Lyon réputée (et souvent à juste titre) froide. En effet peu nombreuses sont les pièces à pouvoir déclencher une vraie ferveur au cours d’une saison. Sur le festival, elles furent pourtant plus d'une, qui plus est dans des salles bien remplies, quand elles n’étaient pas

Continuer à lire

Sens interdits, jours 5 & 6 : aux noms des pères

SCENES | "El año en que nací" de Lola Arias.

Nadja Pobel | Mardi 29 octobre 2013

Sens interdits, jours 5 & 6 : aux noms des pères

Appliquant à la lettre une mesure de gauche existante (oui ça existe encore parfois), nous nous sommes accordés une pause dominicale.Retour au théâtre ce lundi avec la première déception du festival : El año en que nací, présenté au Radiant. Onze jeunes Chiliens nés entre 1971 et 1989 racontent la dictature de Pinochet et le sort de ses opposants via l'histoire vraie de leurs pères. Au plateau, le dispositif scénique est réjouissant : une table en verre avec caméra à jardin (qui, exactement, comme dans Je suis de Tatiana Frolova, va servir à faire défiler des documents liés à l'histoire de chacun), une série de casiers de lycées américains en fond de scène et des comédiens à vue côté cour... Et puis des micros et une guitare, qui semblent garantir que la pièce ne se vautrera pas dans la naphtaline passéiste. Problème, les onze racontent leur histoire sur le même mode opératoire : des documents réels ayant appartenus à leurs paternels (photos, pièces d'identité...) sont systématiquement filmés, projetés sur écran et sourlignés au feutre au fur et à mesure qu'ils sont commentés.C'est là que le

Continuer à lire

Sens interdits 2013, jour 4 : «avec humanité et chœur»

SCENES | "Chœur de femmes" de Marta Górnicka. "Je suis" de Tatiana Frolova.

Nadja Pobel | Dimanche 27 octobre 2013

Sens interdits 2013, jour 4 : «avec humanité et chœur»

Il est facile de parodier cette petit phrase perfide et cynique que Jean-Louis Debré, alors ministre de l’Intérieur, avait prononcée lors de l’évacuation musclée de trois-cents sans-papiers de l’église Saint-Bernard en 1996, mais elle résume bien notre quatrième journée passée à Sens interdits, le cœur s'y étant allègrément confondu avec le chœur des Polonaises. Nous les avions ratées lors de leur passage dans ce même festival en 2011, et ce n’est pas en voyant Chœur de femmes que notre curiosité fut rassasiée. Car aussitôt conquis, la frustration de manquer les deux autres volets (Magnificat et Requiemachine) a fait son apparition (on ne pas être partout…). C’est que ces femmes de tous âges, toutes tailles et toutes corpulences, sont épatantes. Impeccablement dirigées, autant vocalement que dans l’espace du plateau, par Marta Górnicka, elles disent rien moins qu’elles existent, que la vaisselle ne leur est pas exclusivement réservée, que Lara Croft, c’est elles aussi. Elles le martèlent avec conviction mais aussi avec humour, elles le chantent collectivement, et parfois

Continuer à lire

Sens Interdits 2013, jour 3 : ArabRévolt

SCENES | "ArabQueen" de Nicole Öder. "Invisibles" de Nasser Djemaï.

Nadja Pobel | Samedi 26 octobre 2013

Sens Interdits 2013, jour 3 : ArabRévolt

Ca va, ça vient sous le chapiteau posé devant les Célestins. Une première pour ce festival qui du coup revêt vraiment un aspect convivial (café, snack, librairie, et un même un bal balkanique survolté !). Mais pas le temps de s’attarder aux débats sur la place publique et de discuter du nouvel espace de liberté conquis par les artistes tunisiens ou égyptiens après les révolutions arabes. Nicole Öder et ses copines allemandes nous attendent au TNG. Filons.   Reines d’elles-mêmes Un cube carré bien tassé et un sol blanc immaculé. Voilà tout. Avec si peu, Tanya Erarstin, Inka Löwendorf et Sasha Ö Soydan vont faire beaucoup dans ArabQueen. À cour et jardin, à peine dans l’ombre, elles opèrent aux yeux de tous leurs transformations pour incarner pléthore de personnes récurrentes, hommes ou femmes, vieux ou ados. Rien n’est caché. Et ça marche ! Seule l’une d’elles interprète, de bout en bout ou presque, Mariam, jeune fille d’aujourd’hui qui vit dans un foyer d’hier, celui de ses parents traditionnalistes immigrés en Al

Continuer à lire

Sens interdits 2013, jours 1 et 2 : Les femmes au pouvoir

SCENES | Maudit soit le traître à sa patrie. Bussy monologues. Villa + Discurso.

Nadja Pobel | Vendredi 25 octobre 2013

Sens interdits 2013, jours 1 et 2 : Les femmes au pouvoir

Après une ouverture coup de poing, passablement énervée et sacrément accusatrice envers les spectateurs (qui tous n'ont pas souhaité la nomination de Manuel Valls au ministère de l'Intérieur, quoi qu'en disent les véhéments comédiens) par les Croates et Slovènes de Maudit soit le traître à sa patrie, le programme de jeudi fut plus posé mais pas moins calme et tranchant.   Un héros ? Des égyptiennes ! À peine débarquées d'Egypte, Mona El Shili et Sondos Shabayek ont posé leurs petites affaires en fond de scène du Théâtre de l'Elysée : des foulards, une brosse à cheveux, une poupée d'enfant... Et pendant une heure, dans Bussy Monologues, elles ont incarné leurs compatriotes féminines qui, depuis plusieurs années, leur laissent des témoignages à l'Université américaine du Caire, là où les deux jeunes filles se sont rencontrées et ont eu l'idée de ce spectacle - dont une partie seulement est présentée ici. Il y est question du corps de la femme, de l'apparition des règles aux premiers désirs, des tentatives d

Continuer à lire

Mon vieux

SCENES | Pour sa troisième pièce en tant qu’auteur, le Grenoblois Nasser Djemaï s’intéresse aux travailleurs immigrés restés en France sans leur famille. Et offre un spectacle d’une justesse de ton remarquable. Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Mardi 22 octobre 2013

Mon vieux

Les invisibles, ce sont ces « travailleurs immigrés, écartelés entre les deux rives de la Méditerranée, qui ont vieilli ici, en France » explique en note d’intention l’auteur et metteur en scène Grenoblois Nasser Djemaï. « Ils sont restés seuls, pour des raisons diverses. La France est devenue leur pays, mais ils sont devenus des fantômes. » Un constat cruel et désabusé sur une société française qui a longtemps fait appel à une immigration de travail, mais qui a ensuite refusé de considérer ces travailleurs comme des citoyens à part entière. Nasser Djemaï s’est ainsi servi d’une histoire à la Wajdi Mouawad centrée sur la quête des origines (à la mort de sa mère, un jeune homme apprend qu’il a un père, et part à sa recherche) pour dresser le portrait de ces Chibanis (cheveux blancs en arabe) aujourd’hui à la retraite et vivant en groupe dans des foyers, loin de la collectivité et – surtout – de leur famille restée au bled. Je t’aime, moi non plus En suivant les énigmatiques derniers mots prononcés par sa mère sur son lit de mort, Martin, agent immobilier à la

Continuer à lire

L'art de prendre les Sens interdits

SCENES | Le festival international Sens Interdits se tiendra du 23 au 30 octobre dans divers théâtres lyonnais. Décryptage de son contenu.

Nadja Pobel | Jeudi 17 octobre 2013

L'art de prendre les Sens interdits

Bien souvent, dans les théâtres, des artistes d'ici nous racontent le monde (quand ce n’est pas leur tout petit monde). Durant Sens Interdits, festival de théâtre international créé en 2009, ce sont des comédiens et metteurs en scène d'ailleurs qui viennent nous dire comment ils vivent, quelles sont leurs interrogations, mais aussi et surtout comment ils font du théâtre. À l’initiative de Patrick Penot, co-directeur des Célestins et lui-même baroudeur qui a travaillé en Europe de l’est avant et après la chute du Rideau de fer, des questions essentielles de mémoire, d'identité et de résistance seront posées durant sa troisième édition, programmée du 23 au 30 octobre sur onze scènes de Lyon et des alentours. Les femmes y occupent une très large place, un hasard qui en dit long sur leur manière de porter haut la parole de leur peuple: Nicole Öder nous emmène dans le quartier de l’immigration turque de Berlin, Neukölln pour évoquer l’intégration dans ArabQueen (au TNG), la troupe du Chœur de femmes polonaises de Marta Górnika réhabilite le souffle antique et critique (à la Renaissance), les Hongrois

Continuer à lire

Bien léché

SCENES | 4, 3, 2, 1, top ! Maggie entre en scène et se lance dans un monologue assourdissant. Elle dit tout : sa douleur de ne plus être aimée par son mari adoré, son (...)

Nadja Pobel | Vendredi 27 septembre 2013

Bien léché

4, 3, 2, 1, top ! Maggie entre en scène et se lance dans un monologue assourdissant. Elle dit tout : sa douleur de ne plus être aimée par son mari adoré, son inquiétude que les beaux jours soient autant de lointains souvenirs, et en même temps son immense optimisme, presque maniaque, que tout revienne à la normale. Sans faux-semblant, la divine Laure Marsac se jette sur ce texte éblouissant de Tennessee Williams comme son personnage s’accroche vaille que vaille à son homme, Brick (Philippe Awat, plus proche de Bruce Willis dans Piège de cristal que de Paul Newman dans le film de Richard Brooks). Pour ce huis-clos étouffant, créé et joué 44 fois en plein air à Grignan cet été, Claudia Stavisky signe une mise en scène appliquée, sans grande surprise et de facture classique, mais portée par des acteurs investis, notamment Alain Pralon, qui sait donner les nuances nécessaires à l’expression de la complexe personnalité du beau-père de Maggie. Du lit au bar, du bar au lit en passant par un canapé et un mini dressing, les personnages ont beau s’agiter, aller et venir, c’est b

Continuer à lire

Sens interdits : obligatoire !

SCENES | Quand ils étaient venus lors de la précédente édition du festival Sens interdits, en 2011, de tous jeunes acteurs cambodgiens nous racontaient l’histoire de (...)

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2013

Sens interdits : obligatoire !

Quand ils étaient venus lors de la précédente édition du festival Sens interdits, en 2011, de tous jeunes acteurs cambodgiens nous racontaient l’histoire de Norodom Sihanouk, leur prince, déchu et trahit par le dictateur Pol Pot. Ils reviendront cette année nous narrer la deuxième partie de cette pièce fleuve d’Hélène Cixous mais depuis le vieux Sihanouk est mort. Ainsi va la vie Sens interdits (du 23 au 30 octobre dans les salles de Lyon et l’agglomération) dont la programmation théâtrale est bousculée autant qu’elle est inspirée par l’actualité d’ici mais surtout d’ailleurs. Patrick Penot, co-directeur des Célestins, n’a pas eu besoin de changer le sous-titre de l’événement qu’il a lancé en 2009 : interroger les «mémoires, identités» et surtout «résistances». Si le propos politique sous-tend chaque spectacle, aucune des troupes n’oublie de faire du théâtre avant tout. Ce sera le cas avec des artistes du monde arabe (Bussy monologies, ArabQueen, Regards de femmes) mais aussi de l’Europe vieillissante et quoique colérique (les slovènes de Maudit soit le traître à sa

Continuer à lire

Livraison à domicile

SCENES | Les prochaines créations des directeurs-artistes des grandes maisons. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 6 septembre 2013

Livraison à domicile

TNP Christian Schiaretti monte Le Roi Lear de Shakespeare (du 10 janvier au 15 février) à la demande de (et avec) l’acteur rocailleux et monumental Serge Merlin. Le comédien avait déjà interprété ce rôle sous la direction de Matthias Langhoff avec une grosse machinerie dont il souhaite se débarrasser ici. Ca tombe bien, Schiaretti n’a pas son pareil pour mettre en avant le texte, ici traduit par Yves Bonnefoy. Célestins Déjà joué 44 fois cet été dans la cour du château de Madame de Sévigné à Grignan, Chatte sur un toit brûlant, mis en scène par Claudia Stavisky, ouvrira durant un mois (du 19 septembre au 20 octobre) la saison des Célestins. Théâtre de la Croix-Rousse Bells are ringing, c’est la création dont Jean Lacornerie rêve depuis longtemps. Triomphe à Broadway dès sa création en 1956 avant d’être porté à l’écran par Vincente Minelli, ce spectacle n’a jamais encore été joué en France. Ce

Continuer à lire

Jeux de piste

SCENES | Le nouveau cirque n'est pas qu'un produit d'appel. C'est le constat qui s'imposait au terme de la saison 2012/2013, plutôt époustouflante en la matière. C'est le même qui se dessine en creux des plaquettes estampillées 2014. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 5 septembre 2013

Jeux de piste

Politique et contracté (Propaganda, par les punks d'Acrobat), tendre et intimiste (Pour et le meilleur et pour le pire, du Cirque Aïtal), souple et détendu (Nuage, avec Mathurin Bolze et Yoann Bourgeois), freaky et inquiétant (

Continuer à lire

Cirque engagé

SCENES | Pour la deuxième année consécutive, les Célestins donnent carte blanche à Mathurin Bolze, fondateur de la compagnie Les Mains, les Pieds et la Tête Aussi pour (...)

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 22 juin 2013

Cirque engagé

Pour la deuxième année consécutive, les Célestins donnent carte blanche à Mathurin Bolze, fondateur de la compagnie Les Mains, les Pieds et la Tête Aussi pour programmer l'éclectique festival utoPistes. Le talentueux circassien lyonnais résume ainsi sa contribution : «Quatre soirées, en plusieurs lieux d’intérieur et de plein air, des pièces de cirque incontournables, des créations dédiées au festival, et jusqu’au bout quelques surprises, tel est le programme composé par la compagnie Mpta». Mathurin Bolze créera en effet une courte pièce avec la collaboration, notamment, du non moins talentueux Yoann Bourgeois (auteur de L’Art de la fugue et du superbe Wu Wei, présenté cette saison à la Maison de la Danse). Mais la grande curiosité de cette édition vient d’Australie avec la compagnie Acrobat. Ses fondateurs, les quadragénaires Jo-Ann Lancaster et Simon Yates, ont mis en scène, après un voyage à Cuba, l’étonnant Propaganda en 2010. Dans une grande économie de moyens scéniques et vêtus souvent de simples sous-vêtements peu glamours, ces deux activistes nourris des œuvres de Marx,

Continuer à lire