Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

SCENES | Sélection réalisée par Nadja Pobel, Benjamin Mialot et Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Mardi 10 septembre 2013

Regards

Née avec une malformation au visage, Séverine Fontaine a dû composer avec pendant toute son enfance. La jeune femme devenue comédienne a décidé de se nourrir de cette expérience pour livrer ce solo présenté comme «un manifeste pour la différence». Dans une scénographie convoquant une série de lampes, elle joue habilement avec le regard du spectateur. Un spectacle sincère et fort.
Au Centre Albert Camus, Bron, du 1
er au 4 octobre


Le Président

C'est grinçant et marquant comme… du Thomas Bernhard. Michel Raskine a su adapter cet immense dramaturge autrichien avec le fiel nécessaire. Plus d'un an après sa création aux Nuits de Fourvière 2012, sous chapiteau, il nous reste du Président ce décor bleu mat asphyxiant et ces marionnettes incarnant des personnages téléguidés par un couple diabolique et déchiré d'autocrates incarnés par Charlie Nelson et une éternelle Marief Guittier. Comme dans les dictatures, leur pouvoir est aussi effrayant qu'il est minuscule, apeurés qu'ils sont face à la menace anarchiste, retranchés dans leur tour de pacotille. À voir et revoir avant que Marief Guittier ne retrouve Michel Raskine pour sa création de la saison, Le Triomphe de l'amour de Marivaux au TNP (le 29 janvier au 21 février).
Au Théâtre de la Croix-Rousse, du 1er au 11 octobre
Au Théâtre de Villefranche, le 6 novembre


Une saison au Congo

Pour Mai, juin, juillet, ils étaient une cinquantaine sur scène. Dans Une saison au Congo, ils ne sont "que" 37, pour la plupart d'origine africaine. Mais à l'arrivée, le constat est le même : Christian Schiaretti n'est jamais aussi bon que lorsqu'il se confronte à l'Histoire, en l'occurrence à celle du Congo telle que la narra Aimé Césaire, de sa soif d'indépendance à sa gueule de bois au lendemain de l'assassinat de son premier héros national, Patrice Lumumba. Un matériau éminemment politique et poétique, que le directeur du TNP (et ses comédiens, tous plus habités les uns que les autres) transfigure par son amour du verbe et une astuce scénique qu'on ne lui soupçonnait pas.
Au TNP, du 16 au 25 octobre


El Cid !

Au Petit Bulletin, vous l'avez sans doute remarqué, nous avons quelques obsessions. Notamment sur le théâtre dit classique (ou de répertoire), valeur sûre pour les programmateurs désireux de remplir leur salle. Pourquoi pas, mais il faut alors que les metteurs en scène qui s'attaquent à ces textes maintes fois joués en proposent leur vision, dans l'idée mûrement réfléchie, pour ne pas apparaître comme de vils paresseux. Philippe Car, de la compagnie L'Agence de Voyage Imaginaires, a l'intelligence de ceux qui ont compris que le passé pouvait être (une partie de) l'avenir si l'on sait comment le prendre. Molière, Shakespeare, et aujourd'hui Corneille : les plus grands sont passés entre ses mains, pour des spectacles inventifs, généreux, et surtout très drôles. On attend avec impatience son Cid !.
Au Sémaphore, Irigny, les 18 et 19 octobre
Au TNG, du 26 au 29 mars


Avenir radieux, une fission française

Après Elf, la pompe Afrique, spectacle à succès qui porte bien son nom, et avant une troisième création sur l'industrie de l'armement, Nicolas Lambert s'attaque au sujet sensible du nucléaire, et à la construction depuis une soixantaine d'années du mythe qui l'entoure (une énergie propre, sûre, qui permet l'indépendance énergétique...). Sur scène, il incarne tout un tas de personnages, du politicien au directeur de la filière nucléaire française, en passant par le citoyen lambda ou encore le journaliste, pour cerner au plus près son objet d'étude. Le tout en retranscrivant mot à mot les discours des acteurs en présence, issus de coupures de presse, d'archives télévisées, ou encore de verbatims. Deux heures tour à tour drôles, cyniques et acerbes.
Au Théâtre Jean Marais, Saint-Fons, le 22 novembre


André

André Agassi n'aimait pas le tennis. C'est ce qu'il a tenté de faire croire à ceux qui l'ont apprécié sur les courts en dur, en herbe ou terre battue (il a gagné tous les tournois du Grand Chelem) dans sa biographie Life, dont s'est inspirée Marie Rémond pour ce spectacle modeste et diablement réussi. En fait, grimée en champion, la metteur en scène montre surtout l'assujettissement auquel le joueur a été contraint tout petit par son père ex-champion de boxe, puis par Nick Bolletieri, GI déguisé en coach. Ce sont eux et l'entourage mal intentionné d'Agassi que Marie Rémond fustige, rendant le joueur aussi attachant qu'il l'était sur les courts. André où l'art de bricoler un très beau spectacle d'à peine plus d'une heure avec trois chaises, une perruque et une bonne dose de tendre dérision.
À La Mouche, Saint-Genis-Laval, le 29 novembre
Au Radiant-Bellevue, les 3 et 4 décembre


Chocolat, clown nègre

La rencontre improbable entre le texte d'un historien spécialiste des questions d'identité et de minorités, Gérard Noiriel, et un metteur en scène et acteur, Marcel Bozonnet, par ailleurs ex-directeur de la Comédie Française. Ils joignent leurs forces au service du premier artiste noir de la scène française, Rafael, qui à la fin du XIXe siècle a fait la joie des Parisiens et de nombreux artistes - Toulouse-Lautrec l'a peint, les frères Lumière l'ont filmé. Au plateau, c'est la promesse d'un spectacle enlevé et réflexif.
Au TNG (programmation du TNP), du 30 novembre au 1er décembre


Le Crocodile trompeur

C'est du théâtre. Mais aussi un opéra. Du théâtre-opéra ? Sans doute, même si le genre, finalement, on s'en balance. Il faut simplement retenir que ce Crocodile trompeur est à voir. Aux commandes, Jeanne Candel, que l'on croisa dans le collectif La Vie Brève, et Samuel Achache, comédien issu de feu le collectif D'Ores et Déjà – oui, ceux qui livrèrent en 2009 Notre terreur, l'un de nos spectacles préférés du monde entier. Un duo qui a librement revisité le Didon & Énée de Purcell (une bien triste histoire d'amour). Sur scène les acteurs, dont l'inestimable Judith Chemla, sont fabuleux, énergiques à souhait, notamment dans les moments les plus loufoques – ah, la visite d'un corps humain par des médecins so british ! Et quand ils se lancent dans des envolées lyriques, nous restons stupéfaits par leur maîtrise technique. On en reparlera plus longuement en temps voulu.
Au Radiant-Bellevue, les 30 novembre et 1
er décembre
Au Théâtre de la Renaissance, le 16 mai
Au théâtre de Villefranche, les 20 et 21 mai


Perturbation

Attention débarquement de grands metteurs scène européens aux Célestins! Si Ostermeier déçoit un peu avec son premier spectacle en français (Les Revenants), les créations de Luc Bondy et Krystian Lupa sont encore à découvrir. Le premier compte sur Isabelle Huppert, Louis Garrel ou Bulle Ogier pour que la pauvre Dorante franchisse la frontière sociale et se marie à son amoureux, le riche Araminte, dans Les Fausses confidences (du 2 au 12 avril). Le second monte Perturbation, de l'indispensable Thomas Bernhard, avec une des meilleurs actrices françaises, Valérie Dréville. Reste à voir si Lupa et Bondy seront à la hauteur de leur réputation. Ils font, à tout le moins, partie des incontournables de la saison.
Perturbation aux Célestins du 3 au 7 décembre


Les Clowns

Quand des clowns s'ennuient, que font-ils ? Ils s'essaient au théâtre, tout simplement. Et, quitte à y aller franco, autant se confronter au mythique Shakespeare, à ses intrigues à rallonge et ses personnages en veux-tu en-voilà. Le spectacle de François Cervantès est ainsi une subtile mise en abîme orchestrée par trois clowns apprentis comédiens : Boudu, Arletti et Zig. Une création touchante, emplie de poésie et de tendresse, même dans ses moments les plus cavaliers, quand la tension se fait de plus en plus pressante entre les personnages, et où les «salope» fusent à tout va. Immanquable.
Au Théâtre de la Croix-Rousse, du 3 au 7 décembre


La Carriole fantasque de Monsieur Vivaldi

Il y a le théâtre tiré à quatre épingles, où rien ne dépasse. Et puis il y a le théâtre de la jeune compagnie grenobloise Les Gentils, à l'esprit très Do It Yourself. Sur le plateau, ça brasse, ça vit, ça chante, et ça fait beaucoup de bien ! Au TNG, ils dévoileront leur nouveau cabaret déjanté et volontairement désuet, intitulé La Carriole fantasque de Monsieur Vivaldi. Tout un programme.
Au TNG, du 14 au 22 décembre


The Animals and Children Took to the Streets

Grand succès au festival d'Avignon 2012, cette pièce merveilleuse mêlant théâtre, animation et musique live, en anglais surtitré et accessible aux enfants dès 10 ans, déboule enfin chez nous. Elle est signée Suzanne Andrade et conte l'histoire d'une petite fille et de sa maman découvrant, un soir de 1927, un immeuble abandonné dans un quartier pauvre où tout est possible. La scène y est infiniment imagée et emprunte au cinéma, à l'image animée, au théâtre d'ombre, à Méliès, à Keaton et Burton. Splendide !
Au Théâtre de la Renaissance, du 18 au 20 décembre


Mon traître

On a vu naitre Emmanuel Meirieu avec des créations maison à l'Élysée et au Théâtre de la Croix-Rousse à l'époque du regretté Philippe Faure. Hormis quelques écarts du côté des classiques (Sophocle, Shakespeare), il s'est toujours consacré aux contemporains anglo-saxons (Connely, Butterworth, Mamet, Banks), qui l'ont poussé hors de sa ville (créations récentes à Vidy-Lausanne et longues séquences aux Bouffes du Nord parisiennes). Voilà qu'en avril dernier, il adaptait deux romans de Sorj Chalandon, Mon traître et Retour à Killybeg, dans lequel le journaliste et écrivain narre son incroyable histoire de reporter en Irlande du Nord aux côtés de combattants de l'IRA, tout près de leur leader devenu son icône, Tyrone Meehan, qui se révèlera être au service des services secrets anglais - son traître donc. La scénographie est minimale et splendide, l'émotion maximale : Sorj Chalandon, qui s'est volontairement tenu à l'écart de tout ce travail théâtral, ne s'en est pas remis.
Au Radiant-Bellevue, le 11 janvier


Innocence

À force de travailler les textes d'Howard Barker, d'assister à des stages sur son écriture jusqu'à pousser les portes de sa Wrestling School londonienne, Aurélie Pitrat, du collectif nÖjd, a fini par le ramener dans ses bagages. Non seulement le grand dramaturge anglais lui a confié un texte inédit relatant la persécution et la mort de Marie-Antoinette et son fils durant la Révolution de 1789, mais en plus il le mettra lui-même en scène avec son collaborateur Gerrard McArthur.
Aux Célestins (petite salle), du 21 janvier au 1er février


Ekatérina Ivanovna

Après avoir démontré que Shakespeare était soluble dans la culture street le temps d'une très inventive trilogie et mis à jour sa viscérale adaptation du tout premier texte de l'Écossais David Harrower (DesCouteaux dans les poules), David Gauchard, pour sa troisième et dernière année de résidence à Villefranche, s'attaque à Léonid Andreïev. Plus précisément à Ekatérina Ivanovna, texte aussi tragique que critique dans lequel l'auteur russe, à travers le destin d'une femme aisée accusée à tort d'adultère, interrogeait la place de la femme dans la société du début du XXe siècle. Prometteur, d'autant que Gauchard retrouvera pour l'occasion le guitariste Olivier Mellano.
Au Théâtre de Villefranche, les 28 et 29 janvier


Kiss & cry

Kiss & Cry, comme le nom désignant le minuscule coin où les patineurs attendent fébriles les notes des jurés, serrés contre leur coach (souvent une mama russe bien arrondie). Pour autant, point de Gritschuk-Platov rongeant leur frein avant de décrocher l'or olympique ici, mais un spectacle co-signé par le réalisateur de Toto le héros, Jaco van Dormael, et la chorégraphe Michèle Anne de Mey. Au plateau, des manipulateurs-acteurs jouent avec leurs doigts filmés en gros plan. Ce ballet miniature est retransmis sur un écran en fond de scène et entrecoupé de divagations oniriques via un petit train qui, là encore filmé en gros plan, devient une bête humaine. Avec une infinie finesse, se construit sous nos yeux un spectacle atypique.
Aux Célestins, du 29 janvier au 6 février


Un beau matin, Aladin

Voilà un casting comme on en rêve, entre éclectisme et talents purs. Dans Un beau matin, Aladin, le vieux routier Charles Tordjman met en scène le conte des Mille et une nuits avec sa complice et actrice fétiche, la précieuse Agnès Sourdillon, non sans s'entourer de l'un des frères Forman, fils de Miloš, qui signe la scénographie et la création de marionnettes. Nous n'avons pas encore vu le spectacle, créé bientôt dans le cadre de Marseille-Provence 2013, mais nous avons toute confiance en ces artistes réunis pour illuminer les yeux des petits (dès 8 ans) et des plus grands.

Au Théâtre de Villefranche, le 15 février

Au Théâtre de la Renaissance, le 23 mai


End/igné

Combattre la religion qui prend le pas sur le politique, dire et redire au monde que tous les Algériens (comme d'autres habitants du Maghreb) ne sont pas au garde-à-vous devant le Coran. Tel est l'objet de ce solo impeccablement maîtrisé de Azeddine Benamara, dans lequel il incarne les mots de Mustapha Bendofil, romancier, dramaturge et journaliste au quotidien progressiste El Watan. Moussa, préposé à la morgue, veille son ami qui s'est suicidé, désespéré de ne pouvoir être libre de ses mouvements dans son pays. Dans la deuxième partie du spectacle, le comédien devient l'ami et dresse un bilan terrifiant d'une Algérie engoncée dans son immobilisme. End/Igné est constamment à la lisière de la douleur, de la colère et de l'espoir. Mémorable.
Au Théâtre de Vénissieux, vendredi 21 février


Cendrillon

Ce n'est certainement pas très original pour qui nous est fidèle, mais le spectacle que l'on place tout en haut de la liste des conseils de rentrée est signé Joël Pommerat, qui revient à Lyon avec une pièce de son répertoire des contes. Mais attention, il a tant modelé ce Cendrillon à sa convenance que le texte s'est endurci et contemporanéisé. Au final, ce n'est pas que pour les enfants, ça fume, ça jure et ça berce aussi. La jeune fille, rebaptisée Cendrier, n'a pas bien entendu les derniers mots prononcés par sa mère avant de mourir et croit qu'elle doit penser à elle tout le temps. Sa montre à quartz 80's sonne donc sans cesse sur les notes de «à vous dirais-je maman», et voilà la gamine entravée par cette mémoire à porter, sa marâtre de belle-mère et son père inerte, jusqu'au face-à-face, miraculeux, avec un prince qui n'a rien de charmant, en fait un gosse aussi perdu qu'elle. Quand la salle se rallume, plus de la moitié des spectateurs – et nous avec - sont en larmes. Rarissime.
Au TNP du 13 au 22 mars


Steve V

Déjà deux ans que Steve Jobs est décédé, et, sorti d'un paresseux biopic avec l'attrape-cougars Ashton Kutcher, le visionnaire co-fondateur d'Apple n'a toujours pas eu droit à une canonisation artistique digne de ce nom. Steve V pourrait bien remédier à cela, cet «opéra de chambre» ayant sur le papier tout pour marquer la saison : un parti pris audacieux (le parcours de Jobs y est mis en parallèle avec la belliqueuse accession d'Henri V au trône de France), un passif encourageant (Aucun homme n'est une île et La Nuit les brutes, les deux précédentes collaborations de Fabrice Melquiot et Roland Auzet étaient de belles réussites) et une inconnue (le rappeur Oxmo Puccino, en narrateur shakespearien).
Au Théâtre de la Renaissance, du 14 au 18 mars


En travaux

Succès du Off du Festival d'Avignon 2012, la création de Pauline Sales, auteur et metteur en scène qui sillonne la France, s'arrête dans trois villes de l'agglomération. Résolument contemporaine, l'histoire est celle un homme bien implanté dans sa région et d'une biélorusse émigrée et intérimaire. Leur rencontre et leur découverte se déroulent dans un décor de plus en plus utilisé par le cinéma : un chantier. Dans cet antre peu glamour, Pauline Sales signe un spectacle où les contraires s'attirent autant qu'ils se craignent.
À l'Atrium, Tassin-la-demi-Lune, le 22 avril
Au Centre Théo Argence, Saint-Priest, les 24 et 25 avril
Au Théâtre Jean Marais, Saint-Fons, le 26 avril


Karamazov

L'un des plus intenses moments de théâtre de la saison dernière s'est produit hors programmation, pour une poignée de professionnels, au Théâtre des Ateliers : la mise en scène par La Meute, collectif déjà très remarqué, et Thierry Jolivet, de Belgrade. Dans ce texte déchirant, Angelica Liddell embarquait une reporter de guerre dans la ville serbe à l'heure des obsèques de Milosevic à la rencontre des victimes et des complices de la guerre, tous meurtris. S'il est déplorable, qu'à l'exception du théâtre Jean-Vilar (les 25 et 26 février) hors les murs de Bourgoin-Jallieu, ce travail en cours, plus abouti que bien des créations, ne soit pas sur les scènes lyonnaises cette saison, il faut aller revoir Karamazov, créé précédemment par la compagnie. Plus obscure que Belgrade, ce travail est néanmoins la preuve éclatante que cette toute jeune compagnie a déjà les épaules pour mettre en scène les sentiments paroxystiques de la haine et du désespoir.
Au Centre Charlie Chaplin, Vaulx-en-Velin, les 10 et 11 avril


L'Augmentation

Ils se nomment La Nouvelle Fabrique et ça correspond bien leur sens du bidouillage. Ces jeunes comédiens sortis de l'ENSATT ne sont toutefois pas des Géo Trouvetout qui dézingueraient le plateau mais, par de petits trucs, ils inventent leur monde. Avec de la musique, de drôles de mimiques et un don pour le comique décalé, ils avaient fait de La Vieille de Daniil Harms un petit bijou de fantaisie, alors que le texte raconte l'embarras d'un jeune souhaitant se débarrasser du corps d'une vieille dame, morte par hasard chez lui, afin de rattraper une demoiselle pour laquelle il vient d'avoir le coup de foudre. Il y a fort à parier que l'univers de Perec et de son Augmentation leur conviendra à merveille.
Au théâtre des Clochards Célestes du 12 au 27 mai


Le Président

De Thomas Bernhard, ms Michel Raskine, 1h40. Un couple présidentiel survit à un attentat terroriste. mais Madame ne se remet pas de la mort de son petit chien
Théâtre de la Croix-Rousse Place Joannès Ambre Lyon 4e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Une Saison au Congo

D'Aimé Césaire, ms Christian Schiaretti. Lorsque le Congo belge acquiert son indépendance, débutent des affrontements pour l'accès au pouvoir
Théâtre National Populaire 8 place Lazare-Goujon Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Avenir radieux, une fission française

De et par Nicolas Lambert, cie Un Pas de Côté, 1h45. Histoire du nucléaire français, de ses ors républicains à ses non-dits étouffants
Théâtre Jean Marais 53 rue Carnot Saint-Fons
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Wauquiez et la culture : c'est compliqué (bis)

Covid-19 | Laurent Wauquiez est passé à deux doigts de se remettre l'ensemble du monde culturel à dos. Il est retombé lundi, à peu près, sur ses pattes. Mais comment a-t-il fait pour glisser ainsi sur une peau de banane, après des semaines de mesures concrètes et de com' massive pour s'instaurer en "sauveur" du milieu culturel post-Covid ? On vous raconte.

Sébastien Broquet | Mercredi 9 septembre 2020

Wauquiez et la culture : c'est compliqué (bis)

Dès le début du confinement, la vice-présidente à la Culture Florence Verney-Carron capte l'ampleur de la crise à venir dans son secteur et mobilise ses services. Son président joue le jeu et la com' se met en branle : étonnement dans les milieux culturels, mais c'est bel et bien la Région qui s'affirme comme moteur de l'aide au secteur — avec une communication au cordeau, comme tout au long de la crise. Début mai, Laurent Wauquiez annonce 32 M€ d’aides au secteur culturel. Une élue de gauche nous confie alors : « ça me fait mal de le dire, mais faut avouer qu'ils font le boulot. » C'est d'autant plus flagrant que l'État est alors à la ramasse sur le sujet. Tout n'est pas parfait, certains producteurs pointent la faiblesse du montant maximum de l'aide, mais d'autres lieux non subventionnés apprécient a contrario l'aide exceptionnelle. Sur

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Blanche-Neige, #SheToo

Théâtre | Garder la noirceur initiale du conte, y injecter les tragédies modernes, déconstruire le genre... Une pièce à thèse ? Non ! Avec Blanche-Neige, son premier spectacle jeune public, Michel Raskine excelle à réunir tout les éléments foutraques dans ce qui fut un des temps forts d'Avignon l'été dernier.

Nadja Pobel | Mardi 14 janvier 2020

Blanche-Neige, #SheToo

« Spectacle pour adulte à partir de 8 ans » préférait-il dire cet été dans la Cité des Papes. Ainsi Michel Raskine se détachait de l'étiquette "jeune public" dans laquelle il était programmé. C'est une manière détournée d'affirmer que se trouvent dans cette création des nœuds sociétaux qui embrassent les considérations de chacun. Ainsi Blanche-Neige est-elle interprétée par un homme grimé (Tibor Ockenfels) et le Prince — d'habitude escamoté — par Magali Bonat (qui remplace pour cette série de représentations une Marief Guittier momentanément blessée). Il est question de libération de la femme d'un joug masculin d'arrière-garde. De son mariage malheureux, elle s’échappe avec ce mot totem de l'époque « j'étouffe » et envoie valdinguer « la morale judéo-chrétienne » d'un mari qu'elle vouvoie mais à qui elle n'est pas fidèle, lorgnant du côté de Monsieur Seguin tout en regrettant de ne pas avoir accepté les avances de Peau d'âne. Travaillant fréquemment avec des aut

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Au bout des contes : et pour les enfants, quelles pièces réserver ?

Conte | Loin du théâtre collé à l’actu, d’autres artistes ont choisi les contes et s’adressent aussi aux petits. Mais leur propos n’est pas si déconnecté du réel qu’il n’y paraît.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Au bout des contes : et pour les enfants, quelles pièces réserver ?

Drôle, sombre, grinçant et pour tout dire ébouriffant est la Blanche-Neige, histoire d’un prince (au Théâtre de la Croix-Rousse en janvier) de Michel Raskine qui a fait les beaux jours du In d’Avignon cet été. L’autrice Marie Dilasser y a incorporé ses préoccupations sur l’écologie, a détourné le genre et avec un castelet de marionnettes (101 nains dont Lèche-botte), l’ancien directeur du théâtre du Point du Jour livre aux enfants une fable parfaite. Joël Pommerat lui ne signe pas la suite de Ça ira mais sa nouvelle création, Contes et légendes (au TNP en décembre), se fera avec des enfants confrontés aux adultes et androïdes pour tenter de comprendre de quoi demain sera fait. Autre conte pour les grands cette fois, celui de Desplechin, Un Conte de Noël (au Radiant, via une programmation Célestins et Théâtre de la Croix-Rousse, en février) sera créé par Julie Deliquet. Le plus brillant des cinéastes français qui se délecte de mises en scène théâtrales occasionnellement, à la Comédie-Française (Père en 2015, Angels in America

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À Avignon, Blanche-Neige dynamitée

Théâtre | Michel Raskine, ancien directeur du théâtre du Point du Jour, s'offre une cure de jouvence avec son premier spectacle jeune public, "Blanche-Neige histoire d'un prince". Dans le In d'Avignon, il convoque le rire lié à une noirceur dont s'enduisent tous les autres spectacles vus au cours du festival. Pour l'occasion, il retrouve l'autrice Marie Dilasser dont il avait déjà monté "Me zo gwin ha te zo dour" ou "Quoi être maintenant ?". "Blanche-Neige" sera longuement en tournée dans les prochains mois et notamment au Théâtre de la Croix-Rousse, en janvier prochain. Le metteur en scène nous amène à la genèse de ce projet détonnant et la folle caisse de résonance que produit le festival.

Nadja Pobel | Mardi 20 août 2019

À Avignon, Blanche-Neige dynamitée

Vous connaissiez bien déjà Marie Dilasser dont vous aviez déjà monté des textes. Quelle est l'origine de ce nouveau projet ? Michel Raskine : Un projet s'est cassé la gueule et ça m'avait un peu atteint et j'ai dit à Marief Guittier [NdlR, comédienne avec qui il fraye depuis plus de trente ans] que depuis le temps qu'on voulait faire un spectacle jeune public, on allait le faire. Claire Dancoisne que je connais bien a un lieu sublime de résidence, le Théâtre de la Licorne, à Dunkerque. Elle nous a accueilli, mais il fallait intégrer des objets au spectacle car son lieu est axé sur la recherche pour la marionnette contemporaine et le théâtre d'objets. Ces contraintes ont été bénéfiques manifestement... Évidemment que c'est bien. On n'a pas trouvé la pièce que l'on voulait. Je ne voulais plus faire de duos avec Marief, il fallait minimum un trio. On a décidé de faire Blanche-Neige et qu'elle serait le prince. J'ai voulu un personnage de Blanche-Neige qui soit le plus loin possible de celui du prince. Je connaissais Tibor Ockenfels de l'École de la Comédie de Saint-Étienne. Si il y avait beaucoup d

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Pas si classique

Théâtre | Encore une mise en scène d’un texte de Molière (Le Bourgeois Gentilhomme cette fois) ? Oui. Mais par Philippe Car de L’Agence de voyages imaginaires, compagnie spécialisée dans le remodelage de textes classiques pour leur donner une nouvelle jeunesse, comme on pourra le constater avec plaisir au Théâtre de la Renaissance.

Aurélien Martinez | Mardi 21 mai 2019

Pas si classique

Depuis 2007, une compagnie de théâtre française se confronte à des textes du répertoire (Corneille, Shakespeare, Molière…) avec un talent certain. Son nom ? L’Agence de voyages imaginaires. Son boss ? Philippe Car, ancien Cartoun Sardines (compagnie mythique fondée dans les années 1980) à la fois metteur en scène et comédien. Sa méthode ? Prendre des œuvres classiques emblématiques, en garder l’idée principale et la trame avant de les remodeler partiellement ou entièrement pour concevoir des spectacles drôles et terriblement efficaces. Un choix que nous a expliqué Philippe Car lui-même. « Ce n’est bien sûr pas la seule façon de les transmettre. Il y a une manière un peu muséographique, avec le texte dans son intégralité et en costumes d’époque. La Comédie-Française est là pour ça : je trouve ça intéressant d’un point de vue d’archives, pour voir comment c’était à l’époque. Par contre, pour vraiment toucher le spectateur d’aujourd’hui de la même manière que l’auteur l’avait voulu à son époque, il faut aller un peu plus loin. » Et donc du côté de la réécriture de ces auteurs du patrimoine : un procédé qui a de quoi faire bondir

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Désertions et convoitises à la tête des théâtres

Rentrée Théâtre | Étrange rentrée que celle-ci dans le domaine du théâtre. Les spectacles sont multiples, mais rien ne semble immanquable a priori, et des directeurs ou directrices quittent la Ville abruptement... Débroussaillage.

Nadja Pobel | Mardi 8 janvier 2019

Désertions et convoitises à la tête des théâtres

« Cette ville est formidable, je l'adore, mais elle n'est pas dynamisante » déclarait Cathy Bouvard à nos confrères de Lyon Capitale en novembre dernier. La directrice des Subsistances quitte précipitamment mais pas tout à fait par hasard ce navire-phare qu'elle a dirigé avec rigueur et curiosité durant quinze ans et rejoint les Ateliers-Médicis à Clichy-sous-Bois. Lyon n'a pas su garder non plus Marc Lesage, qui, à la co-direction des Célestins a fait de ce théâtre le plus audacieux des mastodontes locaux. Il a désormais les rênes du théâtre (privé) de l'Atelier à Paris. Pierre-Yves Lenoir, co-créateur du Rond-Point avec Jean-Michel Ribes administrateur de l’Odéon aux côtés d’Olivier Py, Luc Bondy et Stéphane Braunschweig le remplace. Il arrive tout droit de la toute nouvelle La Scala (ouverte en septembre dernier) où il était directeur exécutif. . Plus problémat

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L'Echange à sec de Christian Schiaretti

Théâtre | Dans une proposition plus aride que jamais, Christian Schiaretti semble avoir trouvé avec L’Échange de Claudel la matière à un ascétisme qui repose entièrement sur le texte et les acteurs.

Nadja Pobel | Mardi 11 décembre 2018

L'Echange à sec de Christian Schiaretti

Il a beaucoup pratiqué les tréteaux avec ses Molière, avait placé Coriolan sur un plateau dénudé en pentes très douces où tout convergeait dans une petite bouche d’égout ; même lors de la réouverture du TNP rénové en 2011, les azuleros bleus de son Ruy Blas ne semblaient guère l'intéresser et faisaient plus figure de décorum que de décor. Désormais, Christian Schiaretti a pu faire, en cette maison qu'il dirige depuis 2002 et jusqu'à fin 2019, de la place au texte, rien qu'au texte et ses transmetteurs que sont les acteurs. De son propre aveu, ce sont là « des vacances scénographiques ! ». Fanny Gamet a simplement posé un sol bleu entaché de larges traces de plus en plus rougeoyantes au fil du spectacle entamé par une chute de sable en p

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Des naufragés sublimés par Emmanuel Meirieu

Nuits de Fourvière | Nouvelle agora et décor à couper le souffle : Emmanuel Meirieu adapte Les Naufragés de Patrick Declerck qui a écouté, soigné, pansé les clochards que la société efface. Spectacle hors normes.

Nadja Pobel | Mardi 5 juin 2018

Des naufragés sublimés par Emmanuel Meirieu

Il y a un mois, Nuits sonores rugissait dans le quartier Debourg. Plus accessible encore que ces anciennes usines Fagor, Julien Poncet, directeur de la Comédie Odéon de Lyon et initiateur-producteur du spectacle, a trouvé un autre local, sur la ligne de tram, à quelques encablures de la Halle Tony Garnier. C'est un ancien entrepôt de fret-triage dont l'histoire est encore un peu un mystère dans lequel Emmanuel Meirieu fait son retour en terres lyonnaises, les siennes, pour créer Les Naufragés d’après l’invraisemblable et déchirant témoignage qu’a publié l’ethnologue-psychanalyste Patrick Declerck. Depuis vingt ans, à quelques exceptions près (ses Chimères amères, Electre, Médée, De beaux lendemains

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Ma nuit chez Rohmer

Théâtre | La théâtralité de l’œuvre d'Éric Rohmer nous a parfois laissé à la porte de ses films. Contre toute attente mais, en toute logique, l’adaptation théâtrale que fait Thomas Quillardet des Nuits de la pleine lune et du Rayon vert est d'une épatante vitalité.

Nadja Pobel | Mardi 15 mai 2018

Ma nuit chez Rohmer

Deux longs-métrages qui se succèdent dans la filmographie de Rohmer comme sur la scène de Quillardet : Les Nuits de la peine lune, très écrit, 1984, puis Le Rayon vert basé sur l’improvisation, 1986, qui remporta le Lion d'Or à Venise. Dans les deux cas, une femme qui questionne son désir. Soit, dans le premier film, en vivant avec un homme en banlieue parisienne mais en gardant une indépendance (en tout sens) avec une chambre de bonne à Paris, soit en traînant une solitude encombrante et en cherchant l'amour avec la peur de s'y dissoudre. Naïve parfois mais absolument intemporelle, cette réflexion sur la place qu'on s'accorde à soi-même est infiniment séduisante au théâtre car le metteur en scène a totalement intégré l'aspect ludique de ces films inscrits dans la série des Comédies et proverbes du réalisateur décédé en 2010. « Tu me plais mais tu m'attires pas » Le terrain de jeu de Quillardet le plus évident est son décor pop-up, simple (feuille de papier blanc) que ses acteurs découpent pour en faire un tipi, un lit, qu'ils peignent aussi (une grande trace bleue et nous voil

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Jeanne, retour de flamme au TNP

Théâtre | Ce n'est pas un spectacle neuf, loin de là. Pourtant, dans le flot de ce qui se joue en ce mois de mai, cela reste une proposition majeure. Christian (...)

Nadja Pobel | Lundi 30 avril 2018

Jeanne, retour de flamme au TNP

Ce n'est pas un spectacle neuf, loin de là. Pourtant, dans le flot de ce qui se joue en ce mois de mai, cela reste une proposition majeure. Christian Schiaretti, sur adaptation de son acolyte et directeur artistique au TNP Jean-Pierre Jourdain, fait entendre la langue d'un auteur qui lui est cher : Joseph Delteil. Créé à Reims en 1995, ce spectacle, avec Juliette Rizoud sur scène depuis 2010, perdure. La comédienne, au casting de nombreuses pièces de Schiaretti et metteuse en scène semi-convaincante d'un Roméo et Juliette version forain, est ici à son meilleur. Elle nous confiait au début de sa prise de rôle à quel point c'est « un summum de spectacle vivant ». En effet, le propos est constamment matière à jeu, avec les éléments du bord, à la manière des enfants jouant avec des cailloux. La volonté de raconter cette histoire par une na

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Au Théâtre de l'Iris, notre histoire

Théâtre | Si le théâtre n'est jamais vraiment déconnecté du monde (comment le pourrait-il ?), il peut particulièrement coller au réel pour montrer l'Histoire d’une façon nouvelle. Durant un mois et demi, avec son cycle politique, le Théâtre d'Iris éclaire ce que nos yeux ne veulent pas voir.

Nadja Pobel | Mardi 13 mars 2018

Au Théâtre de l'Iris, notre histoire

Ce n'est pas un festival à proprement parler, avec condensation de spectacles dans un temps très court mais, en six semaines, quatre séquences fortes vont rythmer "l'autre" théâtre villeurbannais. Si, bien sûr, il est à chaque fois question de théâtre, la notion de documentaire n'est jamais bien loin. Ainsi de ce Sankara Mitterrand qui ouvre le bal mi-mars. Soit la rencontre entre le jeune président du Burkina Faso et ce vieux (déjà) briscard de socialiste au pouvoir depuis à peine cinq ans. Malgré une présentation théorique par un troisième homme, les joutes entre ces deux dirigeants permettent de voir ce qui, à ce moment-là, suinte encore du colonialiste et la volonté ferme de l'Afrique de se faire entendre : « vous, vous avez sommeil, nous nous avons la dent » comme le dit Ibrahim Ba, sous la direction de l'équipe toulousaine oulipenne de L'Agit et sous les mots retravaillés par Jacques Jouet, auteur édité chez P.O.L. et passé par la radio dans le culte Des papous dans la tête. Les puissants à la loupe En avril, il sera question de migration – pour les grands - avec l

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Marx bouge encore

Colloque | Karl Marx à toutes les sauces. Honni, déifié, ou simplement figure du quotidien comme à Berlin qui lui accorde encore une rue grouillante de vie (à l'Ouest) ou (...)

Nadja Pobel | Mardi 20 février 2018

Marx bouge encore

Karl Marx à toutes les sauces. Honni, déifié, ou simplement figure du quotidien comme à Berlin qui lui accorde encore une rue grouillante de vie (à l'Ouest) ou une avenue stalinienne (à l'Est). Et "Les théâtres de Marx". C'est ce que vont s'attacher à étudier des universitaires et des artistes durant un colloque international de quatre jours à l'ENS, à l'initiative du professeur et formidable transmetteur qu'est Olivier Neveux. Ouvertes à tous et toutes, entièrement gratuites, ces journées de réflexion sont l'occasion d'entendre le metteur en scène Jean-Pierre Vincent raconter (jeudi 1er à 11h30) ce qu'a été son spectacle Le Karl Marx Théâtre Inédit créé aux Amandiers-Nanterre en 1997 ou encore Bernard Sobel et Maguy Marin réunis ce même jour à 17h pour une table ronde sur ce sujet. Seront aussi présents Guy Alloucherie, et Bruno Meyssat, auteur d'un puissant spectacle pourtant peu diffusé, mais politiquement et poétiquement imparable sur la Grèce moderne :

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Michel Raskine débroussaille les chants aux Subsistances

Théâtre | « Lautréamont Les Chants de Maldoror / Tu n'aimes pas moi j'adore », tentait de chanter avec sa voix accidentée Jane Birkin dans l'ultime album (...)

Nadja Pobel | Mardi 10 octobre 2017

Michel Raskine débroussaille les chants aux Subsistances

« Lautréamont Les Chants de Maldoror / Tu n'aimes pas moi j'adore », tentait de chanter avec sa voix accidentée Jane Birkin dans l'ultime album studio que Gainsbourg lui écrivait en 1990. Un leitmotiv basique pour ce Et quand bien même sublime, forcément sublime. Michel Raskine s'élève heureusement au-dessus de ces paroles, démontrant qu'avec ce texte ardu (on aurait facilement tendance à le repousser), il y a tout de même une matière à théâtre et à jeu, notamment parce que Mervyn, un adolescent énigmatique, se lance dans une chevauchée nocturne. Et d'emblée, plutôt que nous relater les cinq chants précédents, le metteur en scène s'attache à nous donner une clé d'entrée à ce récit opaque avec la fameuse phrase du début de ce 6e chant qui inspira tant les surréalistes : « la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie », qui définit ici la beauté du jeune Mervyn, « 16 ans et 4 mois », auquel Maldoror, « ce sauvage civilisé », écrit. Jeu de poupées russes entre la personnalité de Lautréamont lui

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Emmanuel Meirieu : « Donner des émotions fortes c'est mon boulot »

Théâtre | Il trace un sillon de plus en plus fin dans le théâtre contemporain. Emmanuel Meirieu revient là où il y a presque vingt ans il dézinguait les contes avec Les Chimères amères. Des hommes en devenir lui ressemble. Les fêlures de ses personnages se sont accrues mais en émergent une humanité proportionnelle. Avec ce spectacle, il atteint l'acmé d'une émotion déjà largement contenue dans Mon traître qui repasse cette semaine aussi. Conversation

Nadja Pobel | Mardi 10 octobre 2017

Emmanuel Meirieu : « Donner des émotions fortes c'est mon boulot »

Vous souvenez-vous de la raison pour laquelle vous avez voulu faire du théâtre au lycée alors que depuis que vous êtes metteur en scène, vous ne montez quasiment pas de textes de théâtre (mais des contes, des romans) ? Vous vouliez casser le théâtre ? Je n'en ai pas eu l'intention. Même au tout début, je n'ai jamais eu la volonté d'être original, ou décalé, de casser les codes. Je n'ai pas poursuivi une recherche formelle ou de langage du théâtre. J'ai pas cherché ça. Quelle langue vous alors donné envie de faire du théâtre ? C'est le vivant et l'humain. C'est ma passion. Ce sont les voix humaines. Le théâtre n'est que ça. Il n'y a pas ça au cinéma. Pour autant, vos références sont souvent cinématographiques. Quand vous montez À tombeau ouvert, c'est parce que vous avez vu le film de Scorsese. Pas parce que vous avez lu le texte. Oui c'est vrai pour A tombeau ouvert,

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Place des héros : La Parole dégelée de Thomas Bernhard

Théâtre | Événement à mille lieues du très hype "2666" au dernier festival d'Avignon, la "Place des héros" de Thomas Bernhard adaptée par le vieux sage Lupa se laisse contempler comme un tableau à peine animé, témoin d'une Europe plus que jamais asphyxiée par ses démons.

Nadja Pobel | Mardi 11 avril 2017

Place des héros : La Parole dégelée de Thomas Bernhard

L'ascétisme de ce spectacle ne facilite pas l’absorption de ses quatre heures (avec deux entractes). Que faire avec ce dernier texte, publié quelques mois avant sa mort en 1989, de Thomas Bernhard, le chantre du nietzschéime théâtral ? C'est noir, très noir, pas nécessairement cynique. Le dramaturge autrichien regarde son pays dans les yeux et provoqua encore un scandale quand cette œuvre, commandée par le Burgtheater de Vienne, dut être montée par son directeur Claus Peymann. L'Autriche était incapable d'entendre qu'il y avait dans ces années 80 plus de nazis parmi elle que pendant la guerre. Kurt Waldheim, au passé national-socialiste tout juste ressurgi, venait d'être élu à la tête du pays - Jörg Haider n'était pas encore là. Ce sont précisément ces faux-semblants et cette hypocrisie que Bernhard pointe dans ce récit en trois actes, qui réunit les proches du professeur de mathématiques Schuster, exilé à Oxford pendant la guerre et revenu se défenestrer dans son appartement de la place des Héros où, en 1938, Hitler

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Ne pas louper Lupa

Théâtre | En ces temps de campagne électorale lamentable, où parmi bien d'autres inepties, le mot "culture", qui apparaît bien rarement, correspond à un chèque de 500€ à (...)

Nadja Pobel | Mardi 4 avril 2017

Ne pas louper Lupa

En ces temps de campagne électorale lamentable, où parmi bien d'autres inepties, le mot "culture", qui apparaît bien rarement, correspond à un chèque de 500€ à la majorité des jeunes français, peut-être que l'acte plus fort vient du TNP. Hasard du calendrier d'une tournée bien étoffée (In d'Avignon cet été, festival d'automne parisien...), Place des héros débarque du 6 au 13 avril dans l'arène de Roger Planchon. Oui, cette pièce est mise en scène par un polonais, Krystian Lupa, se joue en lituanien par des élèves du théâtre national de Vilnius, dure quatre heures et comble de la démagogie : nous ne l'avons pas vu. C'est pourtant là qu'il faut aller, car la culture n'est pas nécessairement facile d'accès et loin de nous l'idée masochiste que plus c'est obscur et difficile, meilleur c'est. Mais réside ici la promesse d'être percuté, dérangé et heureux. Parce que c'est un texte - son dernier, en 1988 - de l'indispensable Thomas Bernhard, observateur cynique, cruel et infiniment juste de son Autriche au XXe siècle. Parce que Krystian Lupa, du haut de ses 73 ans, est capable de sonder ce qui ne

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En route vers la mégalomanie et le despotisme

TNP | Poursuivant son exploration de la langue d'Aimé Césaire, Christian Schiaretti livre avec La Tragédie du roi Christophe un spectacle choral instructif mais étonnement figé.

Nadja Pobel | Mardi 31 janvier 2017

En route vers la mégalomanie et le despotisme

Comment se traduit au quotidien un régime démocratique ? Au travers des écrits de Césaire, Christian Schiaretti visite avec appétence cette question fondamentale qui agite continuellement le monde, notre riche Occident de plus en plus fragilisé par l'accroissement des inégalités n'étant pas en reste. Avec Une saison au Congo, il parvenait à matérialiser l'injuste chute de Lumumba et à rendre perceptibles les manigances hors-sols de l'ex-colonisateur belge. Le metteur en scène poursuit ce travail consistant à expliquer l’immense difficulté de rendre le peuple libre. En Haïti, sur les cendres de Saint-Domingue, Césaire saisit la première démocratie noire au monde, proclamée en 1804, avec en entame un combat symbolique de coqs entre Pétion qui règne sur le Sud de l'île et Henri-Christophe sur le Nord. Ce dernier l'emporte et va peu à peu faire marcher ses administrés aux pas militaires de son ambition, déviant vers la mégalomanie comme en témoigne la construction de la pharaonique citadelle pour laquelle même femmes et

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Aimé Césaire dans l’œil du cyclone

Théâtre National Populaire | Début ce 2 décembre d'une période de deux mois consacrée à Aimé Césaire au TNP. Avant la création de La Tragédie du roi Christophe mi-janvier, place à deux reprises de haut vol.

Nadja Pobel | Mardi 29 novembre 2016

Aimé Césaire dans l’œil du cyclone

C'est peut-être sa plus belle réalisation ici dans ce TNP qu'il pilote depuis 2002. Christian Schiaretti qui a tant travaillé sur un mode choral (Opéra de quat'sous, Par-dessus bord, Coriolan, Mai juin juillet et encore récemment un Bettencourt boulevard trop morcellé) a trouvé en Aimé Césaire un auteur dont la portée politique essentielle, alliée à une langue précise, littéraire sans être fantasmagorique, lui a permis de livrer un spectacle fort et homogène, donné sur un plateau recentré où l'action s'en trouve intensifiée. Une saison au Congo (1966), créée en mai 2013, sera donc reprise après être passé cet automne par l'Afrique. Le collectif burkinabé Béneeré est au cœur de ce travail associé

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Théâtre made in Lyon : Tour d'horizon des créations maison

De Stavisky à Lacornerie | Inchangés depuis des lustres pour la plupart, les directeurs des grandes scènes de Lyon creusent scrupuleusement leur sillon, en montant des textes attendus.

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

Théâtre made in Lyon : Tour d'horizon des créations maison

Incroyable ! Christian Schiaretti aura l'honneur d'imaginer le centenaire du TNP en 2020 : en poste depuis 2002, il a été reconduit à la tête de l'établissement jusqu'à fin 2019 ; son contrat arrivait à échéance en décembre. En cette rentrée, il revient, après un Bettencourt Boulevard bancal, à l'auteur qu'il a le mieux transposé à la scène depuis son arrivée : Aimé Césaire. Il reprend Une saison au Congo (du 2 au 10 décembre), créé en 2013 puis signera La Tragédie du roi Christophe (du 19 janvier au 12 février). Dans la première, il avait su organiser clairement la conquête de l'indépendance de ce pays et la chute de son héros pacifiste Lumumba grâce à une alchimie entre sa troupe habituelle du TNP et des comédiens du collectif burkinab

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Cocotte au CCN

Danse | Nouveau rendez-vous au CCN de Rillieux-la-Pape (ce samedi 11 juin à partir de 19h), Cocotte fait bouillir la danse dans sa dimension performative (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 juin 2016

Cocotte au CCN

Nouveau rendez-vous au CCN de Rillieux-la-Pape (ce samedi 11 juin à partir de 19h), Cocotte fait bouillir la danse dans sa dimension performative avec pas moins de 16 performances proposées durant cette soirée : des six minutes interprétées par le metteur en scène Michel Raskine sur une proposition chorégraphique de Yuval Pick, aux cinq heures (et jusqu'à épuisement) de la danseuse et chorégraphe japonaise Mikiko Kawamura...

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Christian Schiaretti : objectif 2019

SCENES | Le directeur du TNP, en place depuis 2002, a vu sa demande de prolongation acceptée par le ministère de la Culture. Le 9 mai dernier, Audrey Azoulay a (...)

Nadja Pobel | Vendredi 13 mai 2016

Christian Schiaretti : objectif 2019

Le directeur du TNP, en place depuis 2002, a vu sa demande de prolongation acceptée par le ministère de la Culture. Le 9 mai dernier, Audrey Azoulay a stipulé par courrier que Christian Schiaretti dirigerait le TNP jusqu’au 31 décembre 2019 alors que son mandat arrivait à échéance à la fin de cette année. Ce sera son dernier contrat. Il aura en charge d’organiser la célébration, en 2020, du centenaire de ce théâtre. Metteur en scène de Bettencourt Boulevard et Ubu (presque ) roi cette saison, il créera prochainement La Tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire.

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Ubu déchaîné

Théâtre | Et pourquoi pas remonter encore Ubu, ce despote plus attachant que bien d’autres plus réels ? Problème : la mise en scène est aussi fourre-tout que la scénographie. Et Stéphane Bernard s’expose bien seul aux vents contraires.

Nadja Pobel | Mardi 19 avril 2016

Ubu déchaîné

Gigantesque dépotoir, le décor de cet Ubu est très loin de la sobriété presque classieuse de la mise en scène d’Antoine Vitez (1985) mais elle a le mérite, même si elle pique les yeux, de faire évoluer les personnages dans cette merdre clamée d’entrée de jeu. De la terre, des détritus en tous genres, une flaque de facto boueuse jonchent le plateau au loin surmonté d’une colline qui semble faite de papier mâché. C’est ici que le Père Ubu se fait harponner par la Mère Ubu, véritable poissonnière qui porte la culotte et le pousse à attraper le pouvoir avant de s’offusquer que cette ambition n’ait plus de limites. Mêlant diverses versions de la pièce-étendard de Jarry (Ubu roi donc, Ubu sur la butte, Ubu cocu), Christian Schiaretti qui étrangement ne signe pas ici la mise en scène mais assure la "direction" du spectacle choisit l’option potacherie, ou plus exactement fatrasie (pièces satiriques du Moyen-Âge) comme annoncé. Mais à quoi cela rime-t-il sur scène ? À une course échevelée sans queue ni tête avec des clins d’œil lourds à l’époque actuelle : le trésor est « offshore », les Polonais miment des migrants fraîchement débar

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Inuk : David Gauchard brise la glace

Théâtre | Après avoir beaucoup travaillé Shakespeare, David Gauchard, le metteur en scène de la compagnie L'unijambiste s’adresse pour la première fois aux petits et aux grands. Et part au pays des Inuits pour un spectacle sensoriel d’une qualité rare.

Nadja Pobel | Mardi 5 avril 2016

Inuk : David Gauchard brise la glace

C’est comment la vie dans les glaciers ? Ça craque. Cette sensation autant que ce bruit irriguent la nouvelle création de David Gauchard (cie L’unijambiste), conçue après un voyage de deux semaines sur la banquise — à Kangiqsujuaq, la porte d’entrée du Nunavik, la terre des Inuits du Québec. Oui, ça craque et ça part en lambeaux à mesure que la planète se réchauffe. Il était impensable et impossible pour le metteur en scène de ne pas évoquer le dérèglement climatique actuel, non par démagogie (inexistante ici) mais par simple conscience. Sans didactisme, le texte relatif à cette question n’apparaît que dans les cartels des surtitres à destination des adultes, les enfants restant les yeux rivés au plateau sur lequel les pas des Inuits craquent lorsqu’ils bougent sur cette fausse glace en débris, laissant s’échapper un son d’une justesse absolue. Gauchard a également su instaurer les sensations de froid et d’hostilité dans lesquelles évoluent ses personnages semblant lutter de toutes leurs forces contre des vents contraires. Fondre devant l’inconnu Sans suivre de trame narrative précise, les séquences s’enchaînent comme autant d’instants

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Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

SCENES | Cinq mois après la version magistrale de Godot par Jean-Pierre Vincent, Lyon reçoit celle du stéphanois Laurent Fréchuret : si le casting est plus inégal, la vivacité et la férocité de l’époustouflant texte de Beckett sont bien là. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 26 janvier 2016

Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

Pour ceux dont les souvenirs remonteraient aux vieilles années du lycée, il y a urgence à réentendre ce texte. Plus puissant que Fin de partie ou Premier amour qui tournent partout, En attendant Godot est un chef d’œuvre, parfaite alchimie entre une désespérance profonde et un espoir ultime, celui d’être ensemble, toujours, même - et surtout - face à l’inéluctable. Laurent Fréchuret n’a pas souhaité faire le malin face à ce texte-monstre, bien lui en a pris : il suit les très précises indications que Beckett a livré en didascalies et c’est dans ces contraintes qu’il trouve la liberté de rire. Pour cela, le Stéphanois a convoqué un acteur immense, Jean-Claude Bolle-Reddat. Parfait Estragon qui, entre mille autres choses, a été membre de la troupe du TNS époque Martinelli, est passé dans le décapant Prix Martin de Labiche mis en scène par Boëglin, ou a joué au cinéma sous l’œil du surdoué en surchauffe François Ozon (Une nouvelle amie). En une fraction de seconde, Bolle-Reddat est juste et il tiendra cette tension deux heu

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Michel Raskine divise son "Quartett" par deux

SCENES | Et soudain surgit Winnie. Tout au long des 90 minutes de Quartett, mis en scène par Michel Raskine d'après Les Liaisons dangereuses, Marief (...)

Nadja Pobel | Mardi 12 janvier 2016

Michel Raskine divise son

Et soudain surgit Winnie. Tout au long des 90 minutes de Quartett, mis en scène par Michel Raskine d'après Les Liaisons dangereuses, Marief Guittier sera juchée et engoncée dans un talus de terre. Immobile, comme l’héroïne de Oh les beaux jours, la voilà qui elle aussi monologue. Elle sait parfaitement le faire, de surcroît avec les mots intemporels d’Heiner Müller évoquant «le gaspillage de jouissance qu’entraîne la fidélité d’un mari», ses propos féministes assurant que «l’homme n’est que l’instrument de la jouissance des femmes». Bien sûr, l'alchimie prend. Thomas Rortais est beaucoup plus jeune que Valmont ? Qu’importe. Les liens physiques n’en ont que faire, la torture du désir aussi. D'autant que les deux comédiens ont déjà parfaitement rodé leur duo dans Le Triomphe de l’amour et Au cœur des ténèbres en septembre dernier. Le décor, lu

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Au TNP, l'affaire Bettencourt n'est pas dans le sac pour Christian Schiaretti

SCENES | Si rares dans le théâtre français, les affaires politiques émaillent le nouveau texte de Michel Vinaver, "Bettencourt Boulevard". Malgré une scénographie d’une beauté plastique irréprochable, la pièce qu'en a tiré Christian Schiaretti manque malheureusement de rythme, entravée par une écriture qui se révèle, in fine, difficilement adaptable à la scène.

Nadja Pobel | Mardi 24 novembre 2015

Au TNP, l'affaire Bettencourt n'est pas dans le sac pour Christian Schiaretti

Construite en trente morceaux comme autant de portions d’une saga familiale se mêlant vertigineusement aux affaires publiques, Bettencourt Boulevard a été imaginée par Michel Vinaver avec ce qui lui est resté de tout ce qu’il a lu dans la presse de cette affaire mise au jour par Médiapart en 2010. Pour ne pas trop se disperser, il a supprimé les personnages liés aux milieux judiciaire, policier ou médical et y a ajouté le fantôme du père de Liliane, militant de la droite extrême et fondateur de L’Oréal, en dialogue avec le rabbin Robert Meyers, le père du mari de Françoise, la fille de Liliane, qui fut déporté à Auschwitz – soit deux visions de l’humanité glacialement opposées qui, en fin de partie, donnent du volume à la pièce. Au cœur du sujet, la milliardaire et François-Marie Banier papillonnent d’un interlocuteur à l’autre et cristallisent les ressentiments de leur entourage mais, avec sa forme éclatée, sans véritable scène où les personnages ont le temps d’instaurer une communication, la pièce s’avère très compliquée à tenir au plateau alors qu’à la lecture, cette choralité se digérait assez aisément. Bord cadre Dans un dé

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Marief Guittier illumine "Au cœur des ténèbres"

SCENES | Chez ceux qui ne l’ont jamais vue comme chez ceux qui la connaissent déjà bien, son talent hors norme et sans cesse renouvelé provoque le même étonnement. Marief Guittier le confirme à l'Elysée sous la houlette de son éternel acolyte Michel Raskine : elle est une très grande comédienne.

Nadja Pobel | Mardi 15 septembre 2015

Marief Guittier illumine

C’est un petit bout de femme, pourrait-on dire vulgairement. Elle est en vérité bien plus. Quand le prologue se termine, elle apparaît, toute mince, là où on ne l’attend pas : hissée en haut de gradins, assise, au premier plan d’une peinture d’océan un peu kitsch, scénographie resserrée dans laquelle elle trouve sa place avec évidence. Petites lunettes rondes, bonnet lui ôtant tout cheveu, cardigan noir sur chemise blanche, pantalon : elle est cet homme, héros de Conrad, Charles Marlow. Elle est cet homme plus que bien des acteurs masculins ne pourraient l’être. Marief Guittier a déjà été Max Gericke et Rousseau, elle sait que tout est possible au théâtre. Avec sa voix grave, son souffle travaillé et, surtout, sa capacité à faire passer dans sa prononciation un mélange d’ironie, de passion et de surprise, elle sait démultiplier mieux que quiconque les nuances des états d’âme de son personnage. Et donne à ce jeune officier de marine marchande britannique qui remonte le cours d'un fleuve au cœur de l'Afrique noire une fraîcheur absolue. Mi

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Les reprises de 2015/2016

SCENES | Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Les reprises de 2015/2016

Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans paroles sur l’ultra moderne solitude. Au même endroit Jean Lacornerie reprend ce qui est (avec Roméo et Juliette) sa comédie musicale la plus aboutie, Mesdames de la Halle (11 au 28 décembre). De son côté, au milieu d’une saison presque entièrement dédiée au langage, le TNP fait place aux délicats balbutiements de En courant, dormez par Olivier Maurin (6 au 15 avril), alors que la Renaissance reprend la foutraque Visite de la vieille dame (23 au 2

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L'Apocalypse selon Raskine

SCENES | À quoi ça tient, le projet d’une mise en scène de théâtre ? Au visionnage d’un documentaire parfois, comme celui vu par Michel Raskine au dernier (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

L'Apocalypse selon Raskine

À quoi ça tient, le projet d’une mise en scène de théâtre ? Au visionnage d’un documentaire parfois, comme celui vu par Michel Raskine au dernier festival Lumière, Hearts of Darkness, tourné sur le plateau d’Apocalyse Now. Ce documentaire lui remet en mémoire le récit de Joseph Conrad auquel il empreinte son titre, Au cœur des ténèbres. Alors que Quartett est déjà sur les rails, il décide de monter ce texte avec son éternelle Marief Guittier, dans une salle qu’il fréquente souvent et «que nous envie d’autres villes de province», le Théâtre de l'Élysée. Du 10 au 25 septembre, c’est de fait la petite salle de la Guill’ qui créera l’événement de cette rentrée théâtrale. Le texte, qui tient en une heure, est avant tout un monologue de Guittier dans la peau de Charles Marlow, le narrateur qui remonte le fleuve Congo durant la colonisation. Autour de l’actrice rôde l'éblouissant Thomas Rortais, déjà impeccablement dirigé par Raskine dans Le Triomphe de l’amour. Quoi d’autre ? Un prologue vraisemblablement de haut vol, «des fragments de décor, des bougies, Britten et Jim Morrison» compl

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Les locaux de la saison 2015/2016

SCENES | La crème des artistes internationaux (Lepage, Stein, Jarzyna pour une variation sur "Opening Night"...) a beau fouler nos planches cette saison, on aurait tort d'en oublier les pointures rhônalpines. Zoom sur les prochains spectacles de Richard Brunel, Michel Raskine et cie.

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Les locaux de la saison 2015/2016

Une fois n’est pas coutume, c’est à l’Élysée (quand bien même l’Espace 44 a rattaqué dès le 1er septembre) que débute en fanfare la saison théâtrale : Michel Raskine y adapte Au cœur des ténèbres de Conrad avec l’éternelle Marief Guittier et l’excellent Thomas Rortais qu’il avait déjà mis à l’épreuve dans son (forcément) triomphal Triomphe de l’amour en 2014. Plus tard, il prendra les mêmes et recommencera, cette fois aux Célestins, pour une adaptation de Quartett d’Heiner Müller (6 au 24 janvier) qui lui-même écrivait là sa version des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos – «une comédie» selon les mots du sulfureux écrivain. Le travestissement ne devrait jamais être loin, l’amusement non plus. La nouvelle création de Gilles Pastor s'annonce elle plus caustique que ludique puisque, après avoir brillamment mis en scène l’Affabulazione

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Laurent Brethome donne le ton de la saison jeune public

SCENES | Des spectacles à venir, "Riquet" (délesté de sa houppe) est sans conteste le plus émouvant et le plus abouti. Retour sur ce travail de Laurent Brethome qui passera par le Toboggan et tour d’horizon des propositions jeune public de la saison. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 9 septembre 2015

Laurent Brethome donne le ton de la saison jeune public

C’est quoi être différent ? Comment faire avec ce qui manque ? La beauté pour cette fille laide mais intelligente, la jugeote pour sa ravissante sœur, que leur père fatigué de porter la couronne veut marier à un prince repoussant ? De toutes ces aspérités handicapantes, il émane une humanité qu’Antoine Herniotte a su magnifiquement retranscrire dans son adaptation de Riquet et que Laurent Brethome a transposé sur le plateau en éléments très concrets. Les robes de princesse sont en papier froissé, le château se dessine en direct, les baguettes magiques sont des brosses à WC... À cette apparente économie de moyens correspond une débauche de créativité et, surtout, un goût pour une forme artisanale de théâtre qui ramène à des émotions très enfantines. Invité à ouvrir rien moins que le In d’Avignon cet été, Brethome a une nouvelle fois livré un spectacle très organique (la peinture dans Les Souffrances de Job, l'eau dans

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Une saison théâtrale sous le signe du politique

SCENES | Souvent taxé d’art vieillissant, le théâtre ne cesse pourtant, à l’instar des sociologues ou historiens, d’ausculter le monde contemporain. Cette saison, plusieurs auteurs décryptant la trivialité des rapports sociaux seront portés au plateau. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Une saison théâtrale sous le signe du politique

Christine Angot le déclarait fin août au Monde : «il n’y a pas de vérité hors de la littérature». Théâtre inclus. Le festival international Sens Interdits, en prise directe avec les maux du Rwanda, des réfugiés ou de la Russie, en sera une déflagrante preuve en octobre. Plus près de nous, avec la vivacité d’un jeune homme, Michel Vinaver (88 ans) a repris la plume pour signer Bettencourt boulevard ou une histoire de France, une pièce en trente épisodes mettant au jour les rouages de la fameuse affaire. Ne surtout pas chercher dans ce texte monté par Christian Schiaretti au TNP (du 19 novembre au 19 décembre) des règlements de comptes entre un chef d’État, une milliardaire et un photographe-abuseur, des comptes-rendus judicaires ou de grands discours. Vinaver fait de ses célèbres protagonistes les personnages d’une tragédie grecque contemporaine, remontant à leurs origines et évoquant leur rapport à la judéité, montrant ainsi, loin des polémiques, comment une vieille dame absolument sénile se laisse courtiser par un bellâtre peu scrupuleux. Ce simple jeu d’influence

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Le Tout Nouveau Testament

ECRANS | La vérité fait parfois mal à entendre : Dieu est misanthrope, sadique et résident bruxellois. S’épanouissant dans la création de catastrophes, ce pervers se (...)

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Le Tout Nouveau Testament

La vérité fait parfois mal à entendre : Dieu est misanthrope, sadique et résident bruxellois. S’épanouissant dans la création de catastrophes, ce pervers se double d’un tyran domestique séquestrant son épouse et sa fille de dix ans, Éa. Celle-ci, qui en a plein le Graal de ce monstre gorgé de bière, décide de suivre l’exemple de son aîné barbu, J.-C. Elle s’évade donc afin d’enrôler des apôtres et d’écrire son propre Nouveau Testament. Non sans avoir mis le bazar dans l’ordinateur paternel, en révélant à toute l’humanité l’heure de sa mort. Une plaisanterie qui lui vaut d’avoir un Dieu le père furibard (et en sandales) à ses trousses… Ténue, la filmographie de Jaco van Dormael ne compte que trois longs métrages depuis Toto le héros (1991), où s’affirmaient déjà pleinement son style comme ses influences. L’homme ayant biberonné au surréalisme belge — mâtiné de burlesque et d’onirisme nébuleux — son œuvre en est traversée, parfois illuminée : ici, la farce iconoclaste (un Dieu façon Gros Dégueulasse de Reiser) peut côtoyer le sublime éthéré ou le franchement potache lorsqu’il s’agit d’illustrer des métaphores. Affectionnant la forme du conte porté par u

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La saison 2015/2016 des Célestins

ACTUS | Toujours plus internationale et comptant 8 créations et 9 co-productions, la nouvelle saison des Célestins, au cours de laquelle sa co-directrice Claudia Stavisky se mesurera au très caustique "Les Affaires sont les affaires" de Mirbeau, s'annonce prometteuse. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

La saison 2015/2016 des Célestins

Belgrade, l'un de leur meilleur spectacle de la saison en cours, n'a pas encore été joué que déjà les Célestins dévoilent déjà leur programmation 2015-2016. Bien que des mastodontes nationaux et internationaux soient à l'affiche, la jeunesse s'y fait une place avec : Piscine (pas d'eau) (du 3 au 13 février), pièce trash de Mark Ravenhill et inspirée de la biographie de la photographe Nan Goldin, récemment passée (plus que furtivement) à Nuits Sonores. La metteur en scène Cécile Auxire-Marmouget travaille par ailleurs avec Claudia Stavisky sur le projet La Chose publique, médiation avec les habitants de Vaulx-en-Velin. Pour Piscine, elle a notamment convié l'excellent David Ayala, l'amant un peu rustre de En roue libre cette année. Un beau ténébreux (du 10 au 13 mars) du très précieux mais pas si populaire Julien Gracq, mis en scène par Matthieu Cruciani, déjà aux manettes de Non réconciliés de François Bégaudeau, vu à la Célestine La fidélité qui caractériste par ailleurs le théâtre permettra cette saison de revoir des artistes particuli

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La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

ACTUS | Ludique et politique est le visuel de la nouvelle plaquette (une croix faite de craies fragilisées) du Théâtre de la Croix-Rousse. Ludique et politique (et du coup franchement excitante) sera sa saison 2015/2016. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 31 mai 2015

La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

Des Fourberies de Scapin décapées au karcher par Laurent Brethome, le crépusculaire Mon traître d'Emmanuel Meirieu, David Bobée et son Lucrèce Borgia à (trop) grand spectacle... L'entame de la saison 2014/2015 du Théâtre de la Croix-Rousse fut l'une des plus fulgurantes qu'on ait connue depuis l'arrivée à sa direction de Jean Lacornerie. La rentrée 2015/2016 est bien partie pour soutenir la comparaison, ne serait-ce que parce qu'elle s'ouvrira sur la reprise du Bigre de Pierre Guillois, comédie muette «à voir et à revoir» (du 29 septembre au 3 octobre) selon la formule consacrée car aussi hilarante qu'ingénieuse. Suivront : une prometteuse transposition des conseils pour accéder à un trône et le conserver de Machiavel dans l'univers férocement contemporain du stage de formation par Laurent Guttmann (Le Prince, du 6 au 16 octobre) ; le retour, sous bannière Nimis Groupe, d'une partie des singuliers Belges du Raoul collectif (Le Signal du promeneur) avec Ceux que j'ai rencontrés ne

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Cannes 2015, jour 7. Exercices de style

ECRANS | "Sicario" de Denis Villeneuve. "Cemetery of Splendour" d’Apichatpong Weerasethakul. "Le Tout nouveau testament" de Jaco Van Dormael.

Christophe Chabert | Jeudi 21 mai 2015

Cannes 2015, jour 7. Exercices de style

Après la parenthèse enchantée de Vice Versa offerte (à vie) par les studios Pixar, retour à la dure réalité cannoise avec des films qu’on qualifiera gentiment d’inaboutis, pour des raisons somme toute très diverses. Prenons Sicario de Denis Villeneuve… Tout laissait à penser que le cinéaste québécois allait donner à ce polar sur fond de lutte contre les narcotrafiquants mexicains la même classe que celle insufflée à son superbe Prisoners. Le film démarre d’ailleurs très bien avec un assaut mené contre un repère de gangsters soupçonnés de détenir des otages. À la place, et après avoir soigneusement dégommé les habitants peu fréquentables du lieu, les agents découvrent un véritable charnier de cadavres étouffés dans des sacs plastiques puis dissimulés dans les murs de la maison. Vision d’horreur puissante qui permet aussi de mettre en avant la protagoniste du film : Kate (Emily Blunt), jeune recrue idéaliste du FBI, vite débauchée par un groupe d’intervention d’élite emmené par un type aussi débonnaire qu’inflexible (Josh Brolin) assoc

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La saison 2015/2016 du TNP

ACTUS | 22 spectacles dont 9 émanant de sa direction ou de ses acteurs permanents : la saison prochaine, le Théâtre National Populaire fera la part belle aux talents maison, à commencer par la création très attendue de "Bettencourt Boulevard" par Christian Schiaretti. Autre temps fort : "Ça ira", fable plus que jamais politique du maître Joël Pommerat. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 20 mai 2015

La saison 2015/2016 du TNP

L’an dernier à la même époque, Christian Schiaretti pouvait encore rêver de devenir patron de la Comédie Française, tandis que l’État et le Département supprimaient respectivement 100 000€ et 150 000€ de dotation à ce Centre National Dramatique majeur (sur un budget de presque 10M€). Depuis, le Ministère comme le Rhône ont rendu ce qu’ils avaient pris, le TNP peut rouler sur des rails paisibles. Quoique : la troupe permanente de 12 comédiens a été réduite à 6. Le coût de la vie augmentant, il faut bien faire des économies et puisqu’il n’est pas possible de baisser les frais de fonctionnement de cet énorme paquebot, ce sont les artistes qui trinquent. Mais de cette contrainte nait de l’inventivité. Le TNP proposera ainsi neuf spectacles dans lesquels des comédiens de la mini-troupe se feront metteur en scène, tout le monde travaillant de fait à flux constant. Julien Tiphaine portera à la scène La Chanson de Roland, Clément Carabédian et Clément Morinière s’attèleront au Roman de Renart, Damien Gouy au Franc-Archer de Bagnolet d’un anonyme du XVe siècle et Juliette Rizoud

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Emmanuel Meirieu fait voler Birdy

SCENES | Il rêvait de voler. Mais loin de lui donner des ailes, ce désir a mené Birdy dans un hôpital psychiatrique où son ami lui raconte leurs souvenirs d'enfance pour le ramener à lui. A partir du roman de William Wharton, Emmanuel Meirieu produit à nouveau un théâtre coupant. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 31 mars 2015

Emmanuel Meirieu fait voler Birdy

Comme dans De beaux lendemains et Mon traître, il fait sombre dans Birdy. Mais la pénombre est teintée d’un rouge qui distingue d’emblée ce spectacle des deux précédents. Et puis nous ne sommes pas dehors, par un froid glacial et en plein deuil, mais dans un hôpital psychiatrique dont la hauteur irréelle des murs dit à quel point il tient prisonniers ses patients. Dans ce décor inspiré de l’expressionnisme allemand et signé du sculpteur Victor Caniato, Al parle sans discontinuer à son ami Birdy, homme-oiseau recroquevillé sur un semblant de branche, une tige métallique qui lui sert de refuge. Il lui raconte leur enfance, pour lui redonner un peu de lueur et lui faire croire que la vie, fut-elle sur terre, sur cette basse terre, vaut la peine du moment qu'ils sont ensemble. Emmanuel Meirieu dit avoir voulu faire son «film américain», en hommage aux idoles qui ont agrandi le domaine de ses rêves (de Rob Reiner à Steven Spielberg). Il y a glissé quelques chansons a cappella et fait appel à des comédiens qu’il connait bien, avec lesquels il dessine depuis le début des années 2000 sa cartographie théâtrale : Thibaut Ro

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Faites entrer l'accusée

SCENES | Adoptant à bras le corps le chaotique "Ekaterina Ivanovna" du Russe Leonid Andreïev, David Gauchard signe un spectacle d'une sidérante âpreté. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 12 novembre 2014

Faites entrer l'accusée

Dans Des couteaux dans les poules, Vincent Mourlon interprétait, avec une intensité si redoutable qu'on se demande encore s'il était dans le sur-mesure ou dans la composition, un médiocre laboureur dont la femme s'éveille au langage et au désir au contact d'un meunier lettré. Dans Ekaterina Ivanovna, il campe un peintre hâbleur aux mœurs marginales qu'éclabousse l'effondrement du couple d'un ami député accusant avec une violence meurtrière sa femme d'adultère. Et sa prestation fait sourdre un doute similaire... Car tel est le théâtre de David Gauchard, le metteur en scène derrière ces distributions, depuis la fin de sa trilogie shakespearienne qui le vit rajeunir des tragédies du barde d'Avon avec une malice confinant à l'insolence : si viscéral qu'il en devient plus vrai que nature. Mise à nu Une conséquence directe de sa décision de réinterroger son art est de le confronter à des auteurs plus contemporains : hier David Harrower, aujourd'hui Leonid Andreïev, sulfureux et pourtant méconnu dramaturge russe dont il adapte ici l'un des textes les plus féroces, rendant à ses comédie

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Ressusciter le mort

SCENES | Emmanuel Meirieu revient dans le théâtre de ses débuts, la Croix-Rousse, présenter sa dernière création en date, "Mon traître". Un travail court, ciselé et percutant, adapté de deux livres de Sorj Chalandon. Critique et propos – émerveillés - de l’auteur.

Nadja Pobel | Mardi 14 octobre 2014

Ressusciter le mort

De la vie ordinaire des héros et anti-héros, Emmanuel Meirieu aime depuis longtemps faire des spectacles sans esbroufe, dans lesquels tout converge vers l’émotion. Mais c’est, paradoxalement, cette simplicité, ces plateaux dénudés, qui permettent de draper ses personnages d’une sorte d’éternité pas si banale. Il en avait déjà fait l’expérience avec De beaux lendemains, adapté de Russell Banks en 2011 ; il poursuit son travail dans ce sens avec Mon traître, créé au printemps 2013 à Vidy-Lausanne, non sans y adjoindre une entame de conte sur un mode inquiétant et noir, celui d’un château qui s’écroule au fur et à mesure de la naissance des enfants de ses princiers occupants. Car chez lui, même les histoires les plus enfantines déraillent. Qu’en est-il alors de celles des grands ? Ils se trahissent. En adaptant au cordeau les romans miroirs de Sorj Chalandon (Mon traître et Retour à Killybegs), Emmanuel Meirieu, associé à Loïc Varraut, plonge dans la guerre fratricide irlandaise qui culmina dans les années 80. A l'époque l’auteur, lui-même gr

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Diète à la maison

SCENES | Qu’ont cuisiné les directeurs des grandes salles pour cette saison ? En marge des spectacles qu’ils accueillent, ils mitonnent d'ordinaire leurs plats en arrière-salle mais cette saison, hormis à la Croix-Rousse, c’est régime. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Diète à la maison

C’est ce qui s’appelle un été pourri : non seulement Météo France a enregistré, sur la période juillet-août, le plus fort cumul de précipitations dans l’Hexagone depuis 1959, mais comme si cela ne suffisait pas, Christian Schiaretti, directeur du TNP, a dû en plus affronter des vents contraires. Pour son retour au festival d’Avignon après des années de disette sous l’ère Archambault-Baudrillier, son didactique quoique passionnant Mai, juin, juillet s’est en effet pris une volée de bois vert de la part de la presse nationale, en même temps que le poste d’administrateur général de la Comédie Française lui échappait. Son dossier ayant mystérieusement disparu entre la rue de Valois et le palais de l’Elysée, il n’a jamais été remis au chef de l’Etat qui a choisi Éric Ruf, aux dépens également du candidat dépêché en dernière minute (Stéphane Braunschweig ) par l’ex-ministre de la culture Aurélie Filippetti. Les camouflets sont une denrée bien partagée. Toujours est-il qu’au TNP, dont il reste directeur au moins jusqu’en 2016, il n’avait de toute façon pas prévu de création en 2014-2015, notamment à cause de la diminution de son budget, amputé de 250 000€ (sur un total

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Point haïssable

SCENES | «Molière, Feydeau… C’est vraiment s’enfermer dans des limites restreintes et, à mon avis, un peu périmées». Laissons au metteur en scène exigeant (et (...)

Benjamin Mialot | Mardi 25 mars 2014

Point haïssable

«Molière, Feydeau… C’est vraiment s’enfermer dans des limites restreintes et, à mon avis, un peu périmées». Laissons au metteur en scène exigeant (et passionnant) qu’est Claude Régy la parenté de cette analyse, mais affirmons tout de même que nous sommes, dans une certaine mesure, d’accord avec lui. Notamment lorsqu’il s’étonne que l’on monte toujours les mêmes auteurs classiques, toujours de la même façon. Ces «limites restreintes», Philippe Car (ex-Cartoun Sardines, maintenant à la tête de l’Agence de Voyages Imaginaires) les dynamite avec talent depuis de nombreuses années. Molière, Shakespeare et aujourd’hui Corneille : les plus grands sont tombés entre ses mains, pour des spectacles inventifs, généreux et surtout très drôles. C’est le cas du Cid, qu’il transpose dans une sorte de fête foraine, en ne lésinant pas sur les moyens - les décors et accessoires sont parfaits - et avec un souci constant de clarifier l’intrigue et d’en extraire les enjeux principaux, via notamment une réflexion sur l’honneur, au centre de la pièce – en gros, Rodrigue doit tuer le père de sa future femme car il a offensé le sien. Sur le plateau, ça

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Le Triomphe de Raskine

SCENES | Constamment jubilatoire, drôle, tendu et vif, "Le Triomphe de l'amour" signe les retrouvailles de Michel Raskine avec la si brillante écriture de Marivaux. Une très grande mise en scène, comme il en a déjà tant derrière lui. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2014

Le Triomphe de Raskine

Sartre, Manfred Karge, Duras, Dea Loher, Marie Dilasser, Strindberg, Lagarce, Bernhard, Pinget, Shakespeare, Marivaux… Le moins que l’on puisse dire est que Michel Raskine, depuis ses débuts de metteur en scène en 1984 avec l’inoubliable et maintes fois repris Max Gericke, s’est confronté à des registres tellement différents qu’il parait compliqué d’y déceler un fil rouge. Toutefois, si on se doute bien qu’il ne s’acharne pas à établir une continuité dans son travail, il n’en demeure pas moins que dès les premières minutes du Triomphe de l’amour, nous nous sentons autant chez lui que chez Marivaux par un savant décalage : les personnages sont costumés mais se trimballent avec un sac plastique Lidl ; le décor est massif, juste mélange de références antiques et modernistes, mais à jardin trône une table en formica avec bières, cagettes et vieille téloche qui sera le lieu de détente de l’un des comédiens à l’entracte. Chez Raskine, le spectacle ne s’arrête jamais vraiment, la vie et la comédie se mélangent, le factice et le réel ne font qu’un. Il en était notamment ainsi en 2009 avec Le Jeu de l’amour et du hasard, qu'il laissait en suspen

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«Un rêve commun»

SCENES | Six jours après la première du "Roi Lear", le metteur en scène Christian Schiaretti revient sur la genèse de ce qui pourrait être son dernier grand spectacle au TNP. Propos recueillis par Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 3 février 2014

«Un rêve commun»

Comment Serge Merlin a-t-il intégré ce projet ? Christian Schiaretti : Je le connaissais depuis longtemps. Nous nous croisions lors d’errances nocturnes vers la Closerie des Lilas, pas loin de chez lui, et avons tissé une relation très marquée par la poésie. J’ai étéle voir à propos de Ruy Blas pour être Don Saluste. Sa réponse fut drôle : «mais pourquoi je joue pas Ruy Blas ?». Il considérait qu’il ne devait ou ne pouvait jouer que les rôles éponymes. Il m’a donc proposé Lear.Ce n’est pas moi qui cherchait un roi Lear, vous montez Le Roi Lear quand vous l’avez. Dans la dévotion que Serge peut avoir vis-à-vis d’un texte (il vit à l’hôtel de façon monacale), j’avais là un roi Lear absolument possible, donc j’ai accepté. Il y avait dans mon souhait et ma motivation un autre larron important : Yves Bonnefoy. C’est Merlin qui a fait ce choix, mais je n’en aurais pas fait un autre. Sa traduction date de 1964, mais elle est totalement contemporaine et n’a pas besoin de faire des allusions lourdingues à la réalité pour que l’on comprenne bien que l’on croit vivre dans un monde d’avenir alo

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Faites entrer l'accusée

SCENES | L'an passé, au Théâtre de Villefranche, Vincent Mourlon interprétait, avec une intensité si redoutable qu'on se demande encore s'il était dans le sur-mesure ou (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 17 janvier 2014

Faites entrer l'accusée

L'an passé, au Théâtre de Villefranche, Vincent Mourlon interprétait, avec une intensité si redoutable qu'on se demande encore s'il était dans le sur-mesure ou dans la composition, un médiocre laboureur dont la femme s'éveille au langage au contact d'un meunier lettré. Les 28 et 29 janvier, il y campera un peintre éclaboussé par l'effondrement du couple d'un député qui accuse, à tort et avec une violence mortelle, son épouse d'adultère. Et on est sûr que le même doute poindra. Tel est le théâtre de David Gauchard, le metteur en scène derrière ces distributions, depuis la fin de sa trilogie shakespearienne, qui le vit rajeunir des tragédies du barde d'Avon avec une malice confinant à l'insolence : si viscéral qu'il en devient plus vrai que nature.  Une conséquence de sa décision de confronter son art à des a

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L'ire du roi

SCENES | Grand maître des épopées théâtrales au long cours, Christian Schiaretti revient à Shakespeare avec "Le Roi Lear", huit ans après "Coriolan", à l’initiative de son acteur-titre, le fascinant Serge Merlin. Retour sur cet impressionnant travail et rencontre avec le metteur en scène et directeur du TNP. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 16 janvier 2014

L'ire du roi

L’Opéra de quat’sous, Coriolan, Par-dessus bord, Ruy Blas, Mai, juin, juillet, Une saison au Congo : que ce soit avec des textes classiques (Shakespeare, Hugo) ou contemporains (Brecht, Vinaver, Césaire), voire dans le cadre commandes (à Daniel Guénoun), Christian Schiaretti s'est imposé, au fil des saisons, entre les séries qu'il monte par ailleurs avec sa troupe permanente du TNP (sept comédies de Molière, un triptyque du Siècle d’or espagn

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Jeunes confidences

SCENES | Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 3 janvier 2014

Jeunes confidences

Enfin ! Enfin le théâtre des Ateliers est sorti de son état végétatif. Et la relève est tout un symbole, puisque c'est Joris Mathieu, adepte de la vidéo, qui en a été nommé directeur à la place du fondateur Gilles Chavassieux (lequel ne créera plus dans ce lieu). Autre désignation importante, celle de Sandrine Mini au Toboggan à Décines. D’autres directeurs tireront eux leur révérence : Roland Auzet à la Renaissance, par envie de reprendre son travail de compagnie, et Patrick Penot aux Célestins, pour cause de retraite. C’est d'ailleurs dans ce théâtre qu’il sera possible de découvrir le travail de Mathieu avec Cosmos de Witold Gombrowicz (février). D'une manière générale la jeune génération (disons les moins de quarante ans) fera l'actu de la rentrée avec Mon traître d’Emmanuel Meirieu (voir page 16) au Radiant, Dommage qu’elle soit une putain de John Ford par Marielle Hubert au Radiant encore (plus tard en janvier), qui s’annonce d’une curieuse violence mêlée de douceur, mais aussi l’exceptionnelle venue d’Howard Barker à Lyon, convaincu par la comédienne Aurélie Pitrat du collectif nÖjd de m

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La maîtrise du traître

SCENES | Il est des auteurs qui arrivent presque par enchantement dans l’univers d’un metteur en scène. C’est le cas de Sorj Chalandon, qui a croisé la route d’Emmanuel Meirieu avec "Mon traître" et "Retour à Killybegs", deux splendides romans devenus un puissant spectacle de théâtre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 2 janvier 2014

La maîtrise du traître

«Quand j’ai refermé Mon traître, j’ai tout de suite demandé les droits de traduction !» plaisante encore Emmanuel Meirieu. Il faut dire que jusqu'ici, le metteur en scène lyonnais n’avait adapté que des auteurs anglophones (Joe Connelly, Russell Banks, Jez Butterworth), non par anti-patriotisme primaire, plutôt parce que ces écrivains ont inventé des personnages simples et tendres comme il les affectionne. C’est Loïc Varraut, son complice, co-directeur de sa compagnie Bloc opératoire qui lui a mis les textes de Sorj Chalandon entre les mains. Chalandon, qui vient d’obtenir le Goncourt des lycéens avec un bonheur contagieux pour Le Quatrième mur, a publié en 2008 et 2011 deux romans remuants qui fonctionnent en diptyque : Mon traître, qui relate la vie d’un petit luthier parisien qui se prend d’amour pour l’Irlande du Nord, le combat des catholiques de l’IRA et de leur icône Tyron Meehan, et Retour à Killybegs, miroir du premier ouvrage dans lequel Tyrone Meehan prend la parole pour dire son histoire familiale, celle de son pays, pourquoi on combat, comment on trahit. Le tout est un grand décalque de la réalité : le luthier est

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C'est gentil chez eux

SCENES | Le théâtre, ce sont des mots issus de textes plus ou moins classiques, mais aussi d’autres venus d’ailleurs. La jeune compagnie grenobloise Les Gentils, elle, est carrément allée les piocher dans des vieilles chansons françaises pour livrer un cabaret théâtralisé à l’énergie débordante, et au titre énigmatique : "La Carriole fantasque de Monsieur Vivaldi". Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Jeudi 5 décembre 2013

C'est gentil chez eux

«Je viens de Saint-Antoine-l’Abbaye [un village isérois, NdlR]. J’ai toujours eu envie de parler au plus grand monde, de faire un théâtre populaire et accessible pour des gens qui ne vont pas au théâtre, qui ne sont pas forcément "cultureux"... Un théâtre pour tous  » Bien sûr, le raisonnement n’est pas nouveau, et beaucoup de metteurs en scène affichent crânement les mêmes intentions. Mais dans le cas d’Aurélien Villard et de sa jeune compagnie Les Gentils, la démarche est sincère. Car nous avons affaire avec eux à un théâtre généreux, instinctif et non intimidant, comme en témoigne La Carriole fantasque de Monsieur Vivaldi, leur dernière création. «Ça faisait des années que je voulais que l’on fasse un spectacle qui irait de place de village en place de village. Un jour, mon père a trouvé une vieille carriole qu’on a retapée pour voir. Comme on n’avait pas de dates ni de lieu, on s’est dit que c’était le moment ! Faire une pièce de théâtre pouvait être compliqué pour alpaguer des gens dans la rue. Du coup, on est partis sur l’idée d’un cabaret avec de vieilles chansons françaises». Mais un cabaret théâtral. Les chansons choisies étant très n

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Shakespeare avec nez rouge

SCENES | "Les Clowns", c’est un spectacle sur le théâtre porté par trois clowns rocambolesques. C'est aussi et surtout un véritable coup de cœur. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 28 novembre 2013

Shakespeare avec nez rouge

Quand des clowns s’ennuient, que font-ils ? Ils s’essaient au théâtre, tout simplement. Et, quitte à y aller franco, autant se confronter au mythique Shakespeare, à ses intrigues à rallonge et ses personnages en veux-tu en voilà. Le Roi Lear, c’est bien, non ? Bon, certes, quand on est trois, le challenge ressemble plutôt à une gageure. Mais qu’importe, il n’y a qu’à s’adapter. On réduit la distribution au maximum, quitte à fusionner plusieurs rôles en un. Et niveau scénographie, quelques cartons ramassés ici et là serviront bien à faire un château, non ? Les Clowns, c’est ça ; une subtile mise en abyme orchestrée par trois clowns apprentis comédiens : Boudu (le colosse à barbe hirsute Bonaventure Gacon, croisé l’an passé dans l'inquiétant et formidable Matamore), Arletti (Catherine Germain) et Zig (Dominique Chevallier). Tous trois réunis par l’homme de théâtre François Cervantes, passionné par le monde des farceurs maquillés. Moi aussi je veux un cheval Les deux premières scènes servent de présentation. On y découvre les trois interpr

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