Trois hommes à la tête de chou

Danse | Dix ans après sa création, Gallotta reprend à Lyon sa pièce rock et érotique, adaptation de l'album de Gainsbourg chanté par Bashung, "L'Homme à tête de chou".

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 4 février 2020

Photo : © Guy Delahye


Formé par Merce Cunningham, oscillant depuis entre abstraction et figuration ou narration, Jean-Claude Gallotta a toujours défendu, coûte que coûte, une « danse d'auteur ». À 70 ans, il a signé d'innombrables pièces, parmi lesquelles, en 2009, L'Homme à tête de chou n'est certes pas la plus follement innovante. Mais elle a pour argument choc de réunir trois monstres de la création française : Serge Gainsbourg, Alain Bashung qui a repris juste avant sa disparition l'album de Gainsbourg, et Gallotta lui-même ! Autre argument : si Gallotta ne s'y réinvente guère, ne s'y pose pas trop de questions éthiques ou artistiques, il y insuffle néanmoins une énergie à la fois sombre et rock, avec des mouvements choraux des douze interprètes souvent ébouriffants et jouissifs. L'Homme à tête de chou se développe en flux continu, avec des corps à la fois virtuoses et déglingués qui se jettent dans la bataille de la vie, de l'érotisme et de la mort.

Sans tabou

La voix émouvante de Bashung nous narre-chante l'histoire dramatique de Marilou et de son amant journaliste à scandales qui sombre peu à peu dans la jalousie et la démence meurtrière. La pièce est émaillée de moments expressifs et mimés qui reprennent les scènes clefs de l'album de Gainsbourg : la rencontre dans le salon de coiffure, les plaisirs solitaires de Marilou, le triolisme avec les deux rockers, le meurtre à l'extincteur d'incendie, l'internement à l'asile... Tout est représenté de façon explicite et franche : les mains plongent entre les cuisses, Marilou danse avec ses deux amants en les agrippant par leurs braguettes, les corps se dénudent... Sans le moindre tabou, sans trop réfléchir, Gallotta fait filer sa pièce à toute et belle allure.

Jean-Claude Gallotta, L'Homme à tête de chou
À la Maison de la Danse du mardi 11 au vendredi 14 février


L'homme à tête de chou

Chor Jean-Claude Gallotta, dès 14 ans, 1h15
Maison de la Danse 8 avenue Jean Mermoz Lyon 8e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Un pas en avant, un pas en arrière

Danse | La deuxième partie de la saison danse s'annonce tout à la fois sous le signe de la découverte et des reprises. Et aussi du retour à Lyon de grands chorégraphes comme Sidi Larbi Cherkaoui, Akram Kahn, Eun-Me Ahn...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 janvier 2020

Un pas en avant, un pas en arrière

Maintenant bien ancrés dans le paysage culturel lyonnais, deux festivals de danse ouvrent l'année avec des chorégraphes méconnus ou cheminant hors des sentiers battus. À partir du 23 janvier, le Moi de la Danse aux Subsistances nous invitera à découvrir un solo de Youness Aboulakoul (danseur pour Christian Rizzo, Olivier Dubois...) autour de la violence, le travail de la compagnie Dikie autour de l'oppression et du soulèvement, et une pièce du chorégraphe lyonnais Alexandre Roccoli. Un peu plus tard (à partir du 9 mars à la Maison de la Danse), la huitième édition de Sens Dessus Dessous rassemblera pêle-mêle la compagnie espagnole La Veronal qui navigue entre danse, théâtre, cinéma et arts plastiques ; Rianto, un jeune artiste javanais ; la dernière création du collectif (La) Horde ; le travail entre écriture et danse de Pierre Pontvianne avec David Mambouch... On retrouvera d'ailleurs le chorégraphe stéphanois Pierre Pontvianne avec le Ballet de l'Opéra qui, du 28 au 30 avril au Toboggan, s'offre un bain de jouvence en invitant trois chorégra

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Les dix rendez-vous qui vont vous faire valser

Danse | Festivals installés comme Sens Dessus Dessous ou le Moi de la Danse, chorégraphes stars tels Christian Rizzo ou Merce Cunningham, découvertes potentielles : voici les dix dates que les amateurs de danse se doivent de cocher de suite sur leur agenda.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 septembre 2019

Les dix rendez-vous qui vont vous faire valser

Spirituelle La grande chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker tisse toujours des liens singulièrement étroits entre la musique et ses chorégraphies : qu'il s'agisse de musique classique (Beethoven, Mahler...) ou plus contemporaine (Joan Baez, Steve Reich...). Créée en 2005 avec Salva Sanchis, sa pièce A Love Supreme explore l'album éponyme de John Coltrane, album mythique du Free Jazz. Chaque danseur est associé à un instrument du quatuor de Coltrane, et l'écriture précise de De Keersmaeker s'octroie ici une part de liberté et d'improvisation (à l'instar du jazz). Douze ans après, en 2017, la pièce est recréée avec quatre nouveaux interprètes et leurs nouvelles sensibilités. A Love Supreme À la Maison de la Danse du 1er au 3 octobre Technique Les pièces de Merce Cunningham sont d'une difficulté technique rare, et le Ballet de l'Opéra en compte déjà plusieurs à son répertoire. Cet automne, le Ballet présentera deux pièces du maître new-yorkais, créées à vingt ans d'intervalle : Exchange (1978) et Scenario

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Maison de la Danse : quarante balais et du panache !

Danse | La Maison de la Danse fêtera en 2020 ses quarante ans d'existence. Et propose dès cet automne une saison pour le moins alléchante.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 mai 2019

Maison de la Danse : quarante balais et du panache !

La quarantième saison de la Maison de la Danse a du panache : toujours ouverte aux divers courants de la création chorégraphique (nouveau cirque, hip-hop, classique, contemporain...), et riche en grandes figures de la danse contemporaine (Anne Teresa de Keersmaeker, Sidi Larbi Cherkaoui, Akram Kahn, Jean-Claude Gallotta...). On y décèle, aussi, avec joie, une certaine veine lyrique avec la chorégraphie de l'album mythique de John Coltrane, A Love Supreme, signée par Anne Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis (du 1er au 3 octobre). Une pièce d'une grande précision et qui laisse aussi à ses quatre interprètes une part d'improvisation, en écho au free jazz de Coltrane. Le Ballet de Montréal et trois chorégraphes s'emparent quant à eux du répertoire de Leonard Cohen à travers la danse virtuose de quinze interprètes (du 5 au 13 novembre). Enfin, cerise ou légume sur le gâteau lyrique : Gallotta reprend, dix ans après sa création, L'Homme à tête de ch

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Peter Martensen : ce sont des gens dans des chemises...

Peinture | L'artiste danois Peter Martensen présente à Saint-Étienne sa première exposition personnelle dans un musée français. Son œuvre, fort troublante, reflète notre condition post-moderne et soulève quelques énigmes atemporelles.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 mars 2017

Peter Martensen : ce sont des gens dans des chemises...

« C’est un grand terrain de nulle part / À la lunette d’un microscope / On regarde, on regarde, on regarde dedans / On voit de toutes petites choses qui luisent / Ce sont des gens dans des chemises... » chantent Gérard Manset, et Alain Bashung. Écrite par Manset, la chanson Comme un Lego dit la mélancolie d'une époque où les individus font masse, où les villes et les hommes deviennent interchangeables, où les microscopes et les statistiques scrutent et gouvernent les âmes... L'auditeur est partagé entre une compassion émue pour notre condition dérisoire et un grand dégoût face à tant d'objectivité, de calcul, de délires comptables... Rarement morceau de musique aura résonné aussi bien avec l’œuvre (peinte et dessinée) d'un artiste, celle du danois Peter Martensen. Même s'il se défend d'être un peintre d'histoire, et s'il rappelle qu'il « peint d'abord et réfléchit après », Peter Martensen se réclame d'un « réalisme mental » : soit une plongée dans la

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Jack et la mécanique du cœur

ECRANS | De Mathias Malzieu et Stéphane Berla (Fr, 1h34) animation

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Jack et la mécanique du cœur

La longue, laborieuse et coûteuse gestation de cette adaptation par Mathias Malzieu de son livre et de son concept-album n’explique pas intégralement l’indigence du résultat. Déjà fortement influencé par Tim Burton, l’imaginaire de Malzieu se confronte ici encore plus directement à son modèle, notamment dans un prologue enneigé qui évoque Edward aux mains d’argent ; la comparaison n’est guère flatteuse. C’est peu dire que le leader de Dionysos est un piètre narrateur, meublant les intervalles entre les moments chantés pour tenter de créer une introuvable continuité aux événements. Les chansons elles-mêmes paraissent déjà d’un autre âge — et leurs interprètes avec, Olivia Ruiz et Grand Corps Malade en tête — mais c’est surtout l’animation qui fait un bond de quinze ans en arrière. Froids pantins numériques lisses et inexpressifs, les personnages sont d’une rare laideur et évoluent dans des univers tout aussi impersonnels. Malzieu tente parfois d’inscrire son récit dans une évocation cinéphile qui relierait Méliès au western leon

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Jean Fauque à Lyon le 10 décembre

MUSIQUES | Jean Fauque, parolier historique et fétiche d'Alin Bashung, mais aussi un des auteurs les plus recherchés de la chanson française (Jacques Dutronc, Patricia (...)

Nadja Pobel | Lundi 2 décembre 2013

Jean Fauque à Lyon le 10 décembre

Jean Fauque, parolier historique et fétiche d'Alin Bashung, mais aussi un des auteurs les plus recherchés de la chanson française (Jacques Dutronc, Patricia Kaas, Angun, Vanessa Paradis, Marc Lavoine...) sera à Lyon mardi 10 décembre à 19h au Jazz Club Lyon Saint-Georges (4 rue Saint Georges, Lyon 5e) Ce concert se déroule uniquement sur invitation à demander à pierre.espourteille@gmail.com.

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À Fourvière exactement

SCENES | Emmanuel Daumas donne une seconde vie à "Anna", téléfilm culte de Pierre Koralnik diffusé en 1967. Exit Jean-Claude Brialy et Anna Karina (mais pas Serge Gainsbourg, auteur de la mythique bande son de cette histoire d'amour évitée) et place à d’anciens élèves de l’ENSATT, dont Cécile de France. En attendant de l'entendre interpréter "Sous le soleil exactement", entretien avec le metteur en scène et coup d'oeil sur les répétitions. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 20 juin 2013

À Fourvière exactement

, D’où vient cette idée d’adapter le téléfilm Anna à la scène ? C’est une commande des Nuits de Fourvière ?Emmanuel Daumas : Au départ c’est Jean-Marc Ghanassia [agent et producteur, NdlR] qui a eu l’idée. Quand il me l’a soumise, je ne connaissais pas le téléfilm, mais j’avais beaucoup écouté l'album de Gainsbourg, que j’aimais et connaissais même par cœur. Ce projet m’a donc tout de suite vraiment excité et je me le suis approprié facilement. Dans le téléfilm, les deux protagonistes ne s’adressent pas la parole, ce qui est très peu théâtral. Comment peuvent-ils tenir tous les deux sur une même scène ?C’est vrai que quand on voit le film, l’idée d'en faire un spectacle musical, une espèce de concert amélioré par ces petites histoires, peut paraître étrange. Le film est déstabilisant. En revanche, quand on lit le scénario, on se rend compte qu'il est très bien construit, que ce petit conte de personnages qui s’aiment et ne se rencontrent pas est efficace. J’ai pensé qu’on aurait beaucoup d’éléments à transformer ou de choses à ajouter mais

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"Anna" en image le 25 juin au Comœdia

SCENES | Le Comoedia s'associe aux Nuits de Fourvière et à l'INA pour présenter Anna (séance unique), de Pierre Koralnik avec Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Marianne (...)

Nadja Pobel | Mercredi 12 juin 2013

Le Comoedia s'associe aux Nuits de Fourvière et à l'INA pour présenter Anna (séance unique), de Pierre Koralnik avec Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Marianne Faithfull et Serge Gainsbourg, mardi 25 juin à 20h.Anna Karina (sous réserve) et une partie de l'équipe artistique du spectacle du même nom, mis en scène par Emmanuel Daumas avec Cécile De France et Grégoire Monsaingeon aux Nuits de Fourvière, seront présents.Anna est l'histiore d'une jeune provinciale, qui travaille depuis peu dans une agence de publicité parisienne et rêve du prince charmant. De son côté, le directeur de l'agence s'éprend d'une jeune femme dont il ne connait que la photo... qui est celle d'Anna. C'est en 1967 que Pierre Koralnik réalise ce téléfilm. Serge Gainsbourg en compose la bande originale, dont les célèbres Sous le soleil exactement et Roller girl. À cette occasion, Koralnik s’entoure de Jean-Loup Dabadie (dialogues), Marianne Faithfull, Eddy Mitchell et Anna Karina dans le rôle principal. Dans le cadre intime de l’Odéo

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Boom à la Maison

SCENES | Premier temps fort de l’année, «Le boom des années 1980» nous invite, pendant trois semaines et neuf spectacles, à nous replonger dans une bouillonnante et trépidante période de la danse hexagonale. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 3 janvier 2013

Boom à la Maison

«La nouvelle danse française», puisque c'est ainsi que les historiens nomment le courant chorégraphique né à l'époque, fut caractérisée par les spécificités suivantes : «Un goût pour le petit geste, le détail, la sophistication, plus que pour l’exploit... Le développement des scénographies de plus en plus importantes marque une tendance à représenter des espaces clos, ou denses, plutôt que des étendues illimitées. Il indique aussi que la danse française hérite d’une tradition théâtrale riche. C’est peut-être ce dernier trait qui détermine une identité française : le mouvement ne sert pas à se déplacer à travers l’espace, mais s’offre plutôt en miroir à l’intériorité du danseur » (in La Danse au XXe Siècle, Bordas). Ses jeunes représentants, bientôt estampillés «auteurs» (comme il existe un cinéma d’auteur) se nomment alors Dominique Bagouet, Odile Duboc, Régine Chopinot, Joëlle Bouvier, Régis Obadia, Maguy Marin, Jean-Claude Gallotta… Et la nouvelle vague s’étend en dehors des frontières de l’Hexagone avec la Belge Anne Teresa de Keersmaeker, par exemple. Paradis retrouvé De cette dernière on p

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Vertiges de l’amour

SCENES | Danse / Un Jean-Claude Gallotta inspiré donne forme aux mots de Gainsbourg interprétés par Bashung : rien que pour le plaisir intense qu’il procure, L’Homme à tête de chou s’impose déjà comme l’un des spectacles de l’année. François Cau

Dorotée Aznar | Vendredi 26 novembre 2010

Vertiges de l’amour

Impossible de faire abstraction de l’émotion entourant la création. Avec la responsabilité monumentale de devoir faire honneur à l’œuvre posthume d’Alain Bashung, Jean-Claude Gallotta est sous le coup d’une pression que bon nombre d’artistes doivent, cela dit, lui envier. Il s’en serait fallu de très peu pour que ce magnifique cadeau se transforme en héritage empoisonné, on en connaît qui auraient botté en touche, qui auraient opté pour une transposition littérale de la narration sans se poser plus de questions, s’effaçant derrière la puissance d’évocation sidérante de la bande sonore. Au fil des répétitions ayant suivi la disparition de l’icône, Gallotta a dû réviser de fond en comble ses partis pris de départ, pallier l’absence monstrueusement envahissante de son narrateur, ne pas donner à l’ineffable beauté de son enregistrement une tonalité trop sépulcrale. Gommer les aspérités, les facilités, interroger son propre style pour offrir la chorégraphie la plus harmonieuse possible. On savait le directeur du Centre Chorégraphique National de Grenoble en plein questionnement artistique, comme pouvaient en témoigner les détours théoriques de ses dernières créations, leur rapport très

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Chanteur Total

MUSIQUES | Musique / Alain Bashung s’arrête à l’Auditorium cette semaine pour y chanter son dernier album, l’apaisé «Bleu pétrole», un disque entre bonne santé et crépuscule, où il reprend plaisir (communicatif !) à chanter. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 avril 2008

Chanteur Total

Parce qu’il a enregistré un chef-d’œuvre du rock en français (Fantaisie militaire), puis un disque-monstre, complexe et d’une ambition inégalée (L’Imprudence) ; parce que ces prestations sur scène, même au prix de quelques maladresses, ont toujours été de sublimes moments d’émotion ; et parce qu’il est aujourd’hui une figure révérée mais jamais distante de la scène hexagonale, on ne peut que se réjouir du retour d’Alain Bashung. Bleu pétrole, son nouvel album, est une passe en retrait, un geste de beau jeu après des buts historiques marqués contre le cours du match musical. Adieu les longs poèmes obscurs, labyrinthiques et fascinants de Jean Fauque ; terminés les arrangements complexes, novateurs et audacieux de Jean Lamoot : ce disque est une œuvre simple, facile d’accès, ne cherchant pas le détour mais la ligne droite entre le chanteur et l’auditeur. L’arc textuel de l’album a été confié à Gaétan Roussel de Louise Attaque, qui n’est pas connu pour écrire des chansons de trois pages cherchant à éclaircir une énigme métaphysique ; de fait, ces morceaux-là sont surtout pour Bashung l’occasion de retrouver un plaisir qu’il ne s’offrait plus depuis longtemps : chanter. Et on redécouvr

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