10 spectacles à réserver pour la saison à Lyon

Théâtre | Immanquables ? Assurément. Voici 10 pièces de théâtre pour lesquelles il faut absolument réserver cette saison dans la Métropole lyonnaise. Sélection.

Nadja Pobel | Mercredi 8 septembre 2021

Photo : © DR


Love

Trois ans que l'on attend de revoir ce Love depuis qu'il était passé au CDN de Valence dans la foulée de Paris. Ce travail du Britannique, auteur et metteur en scène Alexander Zeldin nous convie sur le palier d'un étage de logement social. Un quadra y vit avec sa mère incontinente, une famille d'immigrés tente d'y nourrir correctement ses enfants. Des hommes sans papier passent par là. Les langues se mélangent, les corps, dont aucun ne ressemble à celui d'un autre, se frôlent. L'amour déborde mais se heurte à la plaie béante qu'est la pauvreté. Cette grande pièce, déchirante et bouleversante, décalée par le Covid, trouvera enfin sa place à Lyon. Et c'est une joie.

Aux Célestins du mercredi 3 au dimanche 7 novembre


Pli

Il y a eu la tornade de papier sous la verrière des Subs. Et il y a désormais les agrès de la circassienne israélienne Inbal Ben Haim. Tout dans Pli, créé la fois aux Subs et au centre chorégraphique de Grenoble auquel elle est associée, est fait de papiers et de cartons, les cordes avec lesquelles elle se balance comme les tapis qui amortissent ses chutes. Ce travail plastique d'Alexis Mérat et Domitille Martin est assez stupéfiant et visuellement magnifique. Le duo a également conçu en partie les "costumes", véritables deuxième peau de cette promue 2018 du CNAC. De quoi explorer toujours plus l'antagonisme force / fragilité et toucher concrètement la métamorphose.

Aux Subs du mercredi 10 au samedi 20 novembre


Sabordage

À toute allure avec dextérité et drôlerie mais aussi une conscience politique assez enragée (et le couteau entre les dents), les Belges du collectif Mensuel nous avaient livré un excellent Blockbuster, un bout-à-bout des scènes cultes du cinéma américain bruitées et sonorisées. Si leur Homme qui valait 35 milliards était plus tendre, c'est une très bonne nouvelle de voir le Théâtre de Vénissieux leur être fidèle et aller voir à quoi ressemble la fin du monde sur un îlot d'Océanie avec toujours « musique live, séquences télé braconnées, théâtre, claquettes, vidéos montées en direct, bruitages et faux dialogues » comme ils le décrivent eux-mêmes.

À Pôle en Scène à Bron le mardi 16 novembre
Au Théâtre de Vénissieux le vendredi 11 février 2022


Quoi / maintenant

Cet été les tg STAN ont sérieusement pris l'eau aux Nuits de Fourvière jouant sous des pluies diluviennes au point de faire gondoler un peu leur spectacle. Leurs Molière étaient un peu trop en roue libre. Ici le délirant collectif flamand s'empare de Dors mon petit enfant du norvégien Jon Fosse sur notre absence au monde et de Pièce en plastique de l'Allemand Marius Von Mayenburg, complice de longue date de Thomas Ostermeier, sur le trop-plein de la société de consommation. Grinçant, politique et bien souvent désopilant.

À La Mouche à Saint-Genis-Laval les samedi 27 et dimanche 28 novembre


Clara Haskil, prélude et fugue

On sait depuis qu'elle a été l'Ondine de Jacques Weber en 2004 que Lætitia Casta est une véritable actrice. Avec une pianiste, elle interprète la vie de Clara Haskil, cette compositrice née à Bucarest en 1895 qui est devenue Suisse au cours d'une vie mouvementée. Elle ne sera reconnue par ses pairs que tardivement et surtout après sa mort accidentelle à 65 ans. Le metteur Safy Nebou, avec ce texte de Serge Kribus, retrouve l'ancien mannequin qu'il avait déjà dirigé au théâtre de l'Œuvre dans Scènes de la vie conjugale d'Ingmar Bergman

Au Radiant le dimanche 28 novembre


Le Paradoxe de Georges

Il y a eu le cirque (Pinder, Grüss...) puis le nouveau cirque. Avec Yann Frisch, il y a désormais la magie nouvelle. Même s'il a fait le tour du monde avec ses vidéos de bonimenteur (Baltass), il sait aussi livrer des spectacles mémorables de noirceur, quand la magie et le clown sont au service de l'état dépressif (Le Syndrome de Cassandre). Pourtant la malice n'est jamais loin et dans ce Paradoxe de Georges, il invite à sa table de jeu de cartes pour se délecter de l'esprit de manipulation voire d'escroquerie. Spectacle pour petite jauge dans son camion qu'il emmène partout sur les routes

À la Ferme Berliet à Saint-Priest (Théâtre Théo Argence délocalisé) du mardi 14 au dimanche 19 décembre


Ça marchera jamais

C'est un bel exercice auquel s'est livré Nicolas Ramond avec sa compagnie des Transformateurs : celui d'une cartographie de l'échec en faisant une introspection de son parcours artistique. Nulle auto-flagellation pourtant mais une chronique douce-amère sur les choix que l'on fait et les conséquences des décisions des autres sur soi. Drôle, ce court spectacle d'une grosse heure est porté par Anne de Boissy et Philippe Salério qui avaient obtenu un prix spécial du jury lors de la première édition du Prix Célest'1 en 2019.

Au Théâtre Jean Marais à Saint-Fons le vendredi 11 février


Une cérémonie

Des Belges ? Oui encore des Belges ! Cette sélection très subjective en contient beaucoup. C'est que le Conservatoire de Liège et celui d'Anvers font du bon boulot et rendent sacrément curieux leurs élèves. Voire militants. Passé par Avignon 2019 — il y a un siècle — cette nouvelle création du Raoul Collectif débarque enfin ici après maints reports. Eux qui ont déjà frayé avec des hommes étranges (l'assassin Jean-Claude Romand, le navigateur Mike Horn…) dans Le Signal du promeneur, préféré les Rumeurs et petit jour aux déclarations tonitruantes des grands soirs, font leur Cérémonie. Oui mais pour dire quoi ? Faire quel geste ? Dérapages en vue.

Au Théâtre de la Croix-Rousse du mardi 15 au vendredi 18 mars


Optraken

Passé par la Maison de la Danse en juin 2019 deux ans après sa création, Optraken offre enfin une séance de rattrapage à Villefranche. Auréolé d'une solide réputation, ce spectacle du Galaktik Ensemble explore, comme beaucoup de spectacles de cirque, la gravité mais en se jouant des éléments météorologiques et donc de l'imprévu. Cinq circassiens sont au plateau dont le trampoliniste Karim Messaoudi, acolyte de Mathurin Bolze avec qui il a joué Fenêtres et créé Barons perchés.

Au Théâtre de Villefranche les vendredi 6 et samedi 7 mai


L'Île d'or

C'est toujours un événement. Après le Palais des Sports de Gerland, les Subsistances… Ariane Mnouchkine sera au TNP qui s'est associé pour sa venue avec pas moins de six autres salles (Toboggan, Radiant, Renaissance, Célestins, Croix-Rousse, Nuits de Fourvière et même Comédie de Saint-Étienne). Cette création collective pilotée par la fidèle Hélène Cixous et le musicien Jean-Jacques Lemêtre se nomme aussi Kanemu-jima car cette île d'or, terre d'accueil de ceux qui fuient le chaos du monde, trouve ses origines dans le (premier) voyage au Japon que la fondatrice du Théâtre du Soleil a fait en 1963 dont elle n'est jamais totalement revenue et qui l'a précédemment guidée dans son travail sur Richard II (1981), Henry IV (1984) et Tambours sur la digue (1999). Pour déployer cette nouvelle fable, elle a fait appel à 35 comédiens de nationalités différentes dont Georges Bigot ou Hélène Cinque, ses compagnons depuis quelques décennies.

Au TNP du mercredi 9 au dimanche 26 juin

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Aux Célestins, Love, à la folie

Théâtre | Bouleversant, intimidant par tant de sensibilité, Love est un immense spectacle de théâtre dans lequel Alexander Zeldin nous convie dans un foyer d’urgence de l’aide sociale britannique.

Nadja Pobel | Mercredi 6 octobre 2021

Aux Célestins, Love, à la folie

C’est un fils quadra, tatoué, un peu gros, qui lave les cheveux de sa vieille mère incontinente dans l’évier, avec une casserole et du liquide vaisselle. C’est une gamine qui dit qu’elle a froid, c’est un homme qui s’agace qu’une autre lui ai piqué sa tasse parce qu’il n’a que ça et elle s’excusera de son erreur involontaire, c’est un père qui, faute d’avoir honoré un rendez-vous à l’agence pour l’emploi, voit ses allocations supprimées et l’obligation, en dernier recours, d’aller à la banque alimentaire. Du pathos ? Certainement pas. Love n’est pas un petit précis illustré de la misère à l’heure du néo-libéralisme, dans un pays qui n’a pas manqué d’être pionnier en la matière sur ce vieux continent européen. L’auteur et metteur en scène britannique de 36 ans, Alexander Zeldin, neveu de l’historien des Passions françaises, ne construit pas des personnages pour donner corps à un propos mais parce qu’il les aime, les estime, il leur rend leur dignité. C’est bien toute l’affaire de ce spectacle créé en 2016, vu en France en 2018 et sans cesse reporté depuis, qui trouve son origine dans la lecture d’un rapport à l’intention d’un important

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De l’autre côté : les sorties cinéma de la quinzaine (du 22 au 29 septembre)

Théma | Pile, la vie qui continue, l’espoir… Face, le néant. Entre les deux, l’exil, la maladie ou le combat, pour abolir le désastre ou précipiter la fin. Refuser de basculer de l’autre côté ou y courir, telle est la question… Où l'on parle de "La Voix d'Aida", "La Traversée", "I Am Greta", "Bigger Than Us", "Tout s'est bien passé" et "After Love".

Vincent Raymond | Mardi 21 septembre 2021

De l’autre côté : les sorties cinéma de la quinzaine (du 22 au 29 septembre)

Sur le fil, jusqu’au bout : au printemps dernier, La Voix d'Aida de Jasmila Žbanić (22 septembre) aurait pu valoir à la Bosnie-Herzégovine son deuxième Oscar du film international. Voire aurait dû pour sa prescience. Car s’il évoque le passé — en se déroulant durant la chute de Srebrenica en 1995, quand l’ONU laisse la ville aux mains de Mladic —, il trouve un stupéfiant écho dramatique avec l’actualité afghane. On y suit la course folle d’Aida, interprète pour les Casques Bleus, tentant d’exfiltrer son mari et ses fils alors que la milice se rapproche. Ce film glace les sangs par son tragique (et hélas historique) suspense, transmettant l’étouffement progressif saisissant Aida. Respectueux des victimes, il rappelle la réalité des épurations ethniques comme la fragilité de la paix. Sur une thématique voisine mais dans un traitement fort différent, La Traversée de Florence Miailhe (22 septembre) relate sous forme de conte atemporel l'exil de Kyona et Adriel, sœur et frère essayant de gagner un pays plus tolérant. Une route semée d’embûches inspirée par l’histo

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Play it again, festival de cinéma de patrimoine, dévoile sa programmation à Lyon

ECRANS | Prenez un fauteuil pour faire un saut dans la passé : grâce au festival Play it Again !, vous allez voir ce que vous allez voir, voire revoir autrement ce que vous avez déjà vu… Le tout dans différentes salles de la Métropole de Lyon.

Vincent Raymond | Jeudi 9 septembre 2021

Play it again, festival de cinéma de patrimoine, dévoile sa programmation à Lyon

« Du passé, faisons salles combles ! » : telle pourrait être la devise de Play it again ! Se déroulant dans les cinémas français membres de l’ADRC (Agence Nationale pour le Développement du Cinéma en Régions), ce festival met chaque année à l’honneur des œuvres du patrimoine fraîchement restaurées afin de leur redonner pleine et entière existence sur grand écran. En cette période post-confinement qui a vu la consommation de films classiques augmenter sur les plateformes, une telle manifestation peut contribuer à ranimer l’appétit et la curiosité de découvrir des “nouveautés anciennes” là où elles s’épanouissent le mieux : dans les salles. Brillant par son éclectisme, le millésime 2021 compte une vingtaines de titres, dont des programmes de courts. Impossible toutefois de déguster l’ensemble du programme — les cinémas piochent dans les sélections mises à disposition — ; il y a de quoi se régaler malgré tout avec les assortiments concoctés par les écrans de l’agglomération lyonnaise. Au menu… Notez qu’il faudra naviguer d’Ouest en Est pour découvrir ces

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Point du Jour et Célestins : cap sur la saison 2020-21

Au Théâtre l'année prochaine | Quand ils se sont fermés le 14 mars, les théâtres publics fignolaient leur saison prochaine. Voici que le Point du Jour et les Célestins en ont dévoilé tout le contenu cette semaine. Et voient les choses en grand.

Nadja Pobel | Vendredi 12 juin 2020

Point du Jour et Célestins : cap sur la saison 2020-21

Angélique Clairand et Éric Massé, pour leur deuxième saison, ont choisi de reporter tous les spectacles annulés ce printemps dont ceux des deux compagnies en résidence : les Y d'Étienne Gaudillère (avec Pale blue dot, fresque sur la plateforme lanceuse d'alerte Wikileaks et l'art et ses enjeux politique dans Cannes) et le collectif Marthe pour Tiens ta garde, d'après l'ouvrage d'Elsa Dorlin relatif à l'autodéfense et l'histoire des luttes menées par les femmes. Avec Le Monde renversé, ces filles, fraîchement sorties de l'École de la Comédie de Saint-Étienne, avaient démontré la pertinence et la solidité de leur travail de plateau sur un sujet politique puissant : déjà sur les persécutions

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Séances pour amoureux

Saint-Valentin | L’approche de la Saint-Valentin donne des idées tendres de programmation aux grands circuits cinématographiques, qui vont piocher dans le (récent) (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Séances pour amoureux

L’approche de la Saint-Valentin donne des idées tendres de programmation aux grands circuits cinématographiques, qui vont piocher dans le (récent) patrimoine des œuvres sentimentales voire mélodramatiques — tous les moyens sont bons pour se blottir contre son ou sa voisine. Chez Pathé, on mise sur la romance rigolote entre un libraire londonien bobo et la star hollywoodienne (Hugh Grant + Julia Roberts = Coup de Foudre à Notting Hill) ; du côté de chez UGC, on prépare plutôt les mouchoirs avec l’histoire de la liaison impossible entre deux amis et voisins (Joaquin Phoenix + Gwyneth Paltrow + James Gray = Two Lovers). Le pire, c’est qu’il faut choisir… Coup de Foudre à Notting Hill Aux Pathé Bellecour, Vaise et Carré de Soie le jeudi 7 février à 19h45 Two Lovers À l'UGC Astoria et Ciné-Cité Confluence du 6 au 12 février

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Aux marges du palais : "L'Incroyable histoire du Facteur Cheval"

Biopic | de Nils Tavernier (Fr, 1h45) avec Jacques Gamblin, Laetitia Casta, Bernard Le Coq…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Aux marges du palais :

Drôme, XIXe siècle. Maladivement réservé et mutique, le facteur Cheval effraie bon nombre des villageois qu’il croise durant sa tournée. Sauf la belle Philomène, qu’il va épouser. Pour leur fille Alice, il va entreprendre la construction d’une œuvre spontanée et insensée : un palais idéal. À partir des bribes de témoignages et de rares documents d’époque (dont le fameux cahier autographe de Joseph-Ferdinand Cheval), Nils Tavernier dresse son portrait du mystérieux architecte naïf autodidacte, postulant à demi-mots que son aversion pour les rapports humains relevait peut-être d’un trouble du spectre de l’autisme. Obstiné, raide dans son col et sa souffrance, Gamblin s’accapare ce personnage s’exprimant davantage par ses doigts bandés et ses monosyllabes soufflées sous ses volumineuses moustaches : le moindre de ses tressaillements est signifiant. De fait, sa construction de Cheval s’avère tout aussi fascinante que l’histoire de l’édification de son palais, qui elle répond à des impératifs narratifs plus classiques, scandée de drames et de deuils ayant marqué le bâtisseur,

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Louis Garrel : « dès le début, il devait y avoir trois voix »

L’Homme fidèle | Bref par la durée, le deuxième long-métrage de Louis Garrel est un grand et beau film atemporel coécrit par un scénariste de légende, Jean-Claude Carrière et co-interprété par Laetitia Casta. Conversation à trois, entre voix feutrées et phrases alertes…

Vincent Raymond | Lundi 24 décembre 2018

Louis Garrel : « dès le début, il devait y avoir trois voix »

Après Les Deux Amis inspiré de Musset, vous vous êtes ici plus ou moins inspiré de La Seconde Surprise de l’amour de Marivaux. Louis Garrel : L’homme fidèle aux classiques… Jean-Claude Carrière : Infidèle ! LG : Toi oui, mais moi, fidèle aux classiques. Comme j’étais mauvais élève à l’école, j’essaie de me rattraper en faisant des films. J’aime bien prendre des trucs ancrés dans l’inconscient collectif, des arguments classiques et les retourner dans tous les sens. Les Américains le font bien avec Shakespeare, pourquoi ne pourrait-on pas le faire avec Marivaux ? Au finale, il ne reste ici pas grand chose de Marivaux en vrai : deux idées de personnages. Quelle a été la toute première idée de ce film ? JCC : Elle est née de son autre film. Quand il a écrit Les Deux amis, il m’a demandé de me le

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Ça va mieux en dix ans : "L'Homme fidèle"

Drame | De et avec Louis Garrel (Fr, 1h15) avec également Laetitia Casta, Lily-Rose Depp…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Ça va mieux en dix ans :

Un jour, Marianne annonce à Abel qu’elle est enceinte de leur ami Paul et qu’elle le quitte. Abel encaisse. Dix ans plus tard, Paul est mort et Abel revient dans la vie de Marianne, désormais mère de Joseph. Il faut aussi compter avec Ève, jeune sœur de Paul, éprise depuis toujours d’Abel… Serait-ce un Conte moral inédit, une romance truffaldienne, un drame bourgeois chabrolien où soudain surgit une fantastique étrangeté ? À moins qu’il ne s’agisse d’une de ces relectures à la Desplechin revivifiant le genre “film en appartement parisien“… L’Homme fidèle, comme Garrel, ne peut renier sa filiation avec la Nouvelle Vague et à ses héritiers — elle est de toutes façons constitutive de son identité, pour ne pas dire inscrite dans ses gènes. Synthèse habile du cinéma des aînés, bénéficiant de surcroît de la “patte“ d’un coscénariste chevronné en la personne de Jean-Claude Carrière, ce film est une splendeur d’équilibre, de délicatesse et de surprises — les réactions des protagonistes étant tout sauf convenues. Ainsi la brutale scène de rupture initiale pourrait-elle ten

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Des chants au grand jour avec Hymn to Love

Théâtre | Au cri dans la nuit, Marta Gornicka préfère la chorale de ces hommes et femmes debouts, dressés face au monde. Le festival Sens interdits offre en son année off cette première date en France du spectacle de la Polonaise à qui il est fidèle.

Nadja Pobel | Mardi 6 novembre 2018

Des chants au grand jour avec Hymn to Love

Un hymne à l'amour. Voilà comment la Polonaise Marta Gornicka nomme cette création née à Poznan en janvier 2017. Durant une heure, face public, 25 hommes et femmes, de tous âges et même des enfants, forment un chœur, selon le mode d'expression que la metteuse en scène pratique. Nous n'avons pas vu ce spectacle mais Chœur de femmes présenté dans le festival Sens interdits 2013, deux ans après que celui-ci ait accueilli RequieMachine et Magnificat. Que disaient-elles, ces femmes ? Que le pouvoir est entre leurs mains, qu'elles n'ont peur de rien, refusent les diktats et que l'avenir leur appartient. Banal ? Certainement pas. Entre temps, le mouvement #metoo a mis au jour le manque abyssal d'écoute de la parole féminine. La Pologne a sérieusement régressé en la matière avec une loi de plus en plus restrictive concernant l'IVG, les nationalistes prennent le pouvoir jusqu'à la nausée (Italie, Autriche...) ou entrent des les assemblées (l'AfD en Allemagne). Alors, les œuvres de

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Sur le divan : "Love addict"

Flirt | de Frank Bellocq (Fr, 1h33) avec Kev Adams, Mélanie Bernier, Marc Lavoine...

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Sur le divan :

Séducteur compulsif, Gabriel a perdu son dernier job à cause de son… inextinguible besoin de conquérir les femmes. Pour conserver son nouveau poste, il a recours aux services d’une psy reconvertie coach, Marie-Zoé. Leur animosité mutuelle ne cache-t-elle pas une vague attirance ? Et si le problème cardinal des films avec Kev Adams, c’était tout simplement Kev Adams ? Dans son genre, Love Addict n’est pas si mal : pour qui s’est infligé Gangsterdam ou Les Aventures d’Aladdin, c’en est presque miraculeux. Car il s’agit d’une variation ne disant pas son nom — se peut-il qu’elle s’ignore ? — et assagie du délirant What’s New Pussycat ? (1965) de Clive Donner. Jadis scénarisée par Woody Allen, cette comédie sur un impénitent collectionneur prend au passage une sale teinte ironique à présent que ce dernier est considéré comme un vieux satyre. Frank Bellocq n’est ni Donner ni Allen, mais il se tire plutôt bien de

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Deux visions de l'amour

ECRANS | On a récemment parlé du vétéran Kirk Douglas comme de l’un des derniers représentants de l’Âge d’or des studios. Mais le vénérable centenaire n’est pas l’ultime (...)

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Deux visions de l'amour

On a récemment parlé du vétéran Kirk Douglas comme de l’un des derniers représentants de l’Âge d’or des studios. Mais le vénérable centenaire n’est pas l’ultime star de caractère encore de ce monde : il se trouve même être le cadet de cinq mois de Olivia de Havilland, l’inoubliable Melanie Hamilton d’Autant en emporte le vent, par ailleurs double détentrice de l’Oscar de la meilleure actrice. L’une de ses statuettes fut conquise pour sa prestation dans un mélodrame de la plus belle eau signé William Wyler, L’Héritière (1949). Jouant mieux que personne de la paupière accablée, elle y campe Catherine, une oiselle timide et peu apprêtée, étouffée par son ladre de père la tenant à distance des coureurs de dot. Un père autoritaire allant jusqu’à la priver de celui qu’elle pense être son grand amour : Morris Townsend, un gandin empressé ayant les traits de Monty Clift. Townsend éprouve-t-il pour elle de tendres sentiments, ou bien cherche-t-il à atteindre son portefeuille à travers son cœur ? On ne révélera pas le fin mot de l’intrigue, ni son dénouement d’une noirceur sent

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The Younger Lovers, missionnaires en lo-fi

Queer Punk | Sans retouches et sans barrières, Brontez Purnell et ses Younger Lovers font partie des derniers représentants du lo-fi et du queer-punk californien. Avec des textes crus et une production minimaliste, ils ramènent le rock à ses racines les plus primitives.

Gabriel Cnudde | Mardi 13 septembre 2016

The Younger Lovers, missionnaires en lo-fi

De Brontez Purnell, leader noir et gay de The Younger Lovers, on connaissait le côté engagé et revendicateur. On le sait aujourd'hui plus romantique, mais pas moins libre de faire ce qui lui plait. Figure de proue de la scène queer-punk californienne des années 2000, le guitariste chanteur a d'abord officié au sein de Gravy Train ! sous le pseudonyme de Junx avant de lancer, en 2003, son nouveau projet. Trois albums plus tard (Newest Romantic, Rock Flawless, Sugar in my pocket), les trois rockeurs de Younger Lovers ont affirmé leur style, alliant avec tact ce que le rock fait de plus brut et ce qu'il écrit de plus simple : la romance. À travers ses chansons, Purnell livre à ses fans diverses histoires de cœur. Si ces dernières finissent mal, en général, d'autres sont plus légères, voire triviales. Servie par un power trio qui sait aller à l'essentiel, la discographie des Younger Lovers ferait taper du pied le plus récalcitrant des auditeurs. Mais pour pleinement saisir la musique des californiens, il faut passer outre ce rapprochement avec la pop dansante et contagieuse des Mystery Je

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Les 10 concerts à voir en septembre

Musique | La concurrence (ou les confrères) prenant leur temps pour redémarrer la saison en mode diesel, c'est une certaine péniche du quai des Étroits, qui ce mois-ci fait figure de bon élève boulimique, alignant comme des perles les concerts de musique pas comme les autres. Septembre sera (surtout) Sonic ou ne sera pas.

La rédaction | Jeudi 1 septembre 2016

Les 10 concerts à voir en septembre

Daniel Romano Les fans hardcore de l'ancien Daniel Romano ont sans doute eu du mal à reconnaître leur protégé canadien lorsqu'ils ont posé l'oreille sur Mosey, son dernier album, puis constaté qu'il avait troqué le costume de dandy à Stetson – et les chansons crincrin qui allaient avec – pour une veste de jogging. Finie (pour le moment) la country pliant (magnifiquement) le genou devant les figures d'Hank Williams ou Merle Haggard, Romano a ici sorti le couteau suisse musical et donne l'impression de balayer d'un revers de main sa discographie précédente à coups de pop cinématographique, emphatique ou intime, reliant par la grâce du fil invisible d'un songwriting impressionnant Morricone, Dylan, Newman, Hazlewood. Et surtout l'ancien Daniel avec le nouveau, génial dans toutes les configurations. Au Sonic le mardi 13 septembre

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"Love & Friendship" : une délicieuse adaptation de Jane Austen

ECRANS | Avec cinq longs-métrages en vingt-cinq ans, Whit Stillman semble du genre à se faire désirer. Logique qu’il ait succombé aux charmes de Lady Susan, cultivant la séduction comme l’un des beaux-arts. En résulte une transposition délicieuse du roman épistolaire de la jeune Jane Austen.

| Mardi 21 juin 2016

Le rôle du cinéma et de la télévision dans le regain de popularité rencontré par l’œuvre de Jane Austen est indubitable : la prodigieuse quantité d’adaptations — qui elles-mêmes ne l’étaient pas toutes — déversées sur les écrans depuis une vingtaine d’années a contribué à la postérité contemporaine de l’auteure britannique au-delà du périmètre des lecteurs avertis et des anglophones. La surexposition de Orgueil et Préjugés, Raison et Sentiments ou Emma a cependant eu comme corollaire étrange de restreindre la notoriété de ses écrits à ces quelques titres, abandonnant les autres à une ombre plus épaisse encore. En un sens, c’est heureux que personne ne se soit emparé de Lady Susan avant Whit Stillman : il a eu le bonheur de travailler sur un matériau vierge de tout repère. Et de façonner “son” image de Lady Susan. Une Kate avisée d’un époux aisé Celle-ci épouse les traits merveilleux — comment pourrait-il en être autrement, puisqu’il s’agit d’une coureuse de beau parti, fine manigancière au physique envoûtant — de Kate Beckinsale

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10 Cloverfield Lane

ECRANS | de Dan Trachtenberg (É-U, 1h50) avec Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher Jr.…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

10 Cloverfield Lane

En 2008, Matt Reeves électrochoquait le principe du film catastrophe apocalyptique en hybridant faux found footage et monstres exterminateurs dans Cloverfield, une expérience de cinéma aussi accomplie du point de vue théorique que spectaculaire. Ni suite, ni spin-off classique, 10 Cloverfield Lane s’inscrit dans sa lignée en combinant atmosphère de fin du monde, huis clos sartrien avec potentiel(s) psychopathe(s)… et monstres exterminateurs. Producteur des deux volets, J.J. Abrams pourrait lancer une franchise en s’attaquant ensuite au mélo, à la comédie musicale, au polar : tout peut convenir, du moment que l’on ajoute “Cloverfield” dans le titre et intègre des monstres en codicille ! Si Cloverfield montrait une fiesta virant au massacre, puis au survival, 10 Cloverfield Lane démarre privé de toute insouciance par une rupture pour se précipiter, très vite, dans le confinement subi d’un bunker et sa promiscuité. C’est que les temps ont changé : l’inquiétude et la paranoïa règnent. Plus pressante, la menace n’est plus le seul fait d’entités étrangères ; elle émane aussi de bon gros rednecks se révélant immédiatement

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Much Loved

ECRANS | Salué dans tous les festivals où il est projeté, le nouveau film de Nabil Ayouch parle avec force et subtilité d’amours occultes et tarifées, mais aussi de la condition féminine. À votre avis, laquelle des deux thématiques lui a valu une censure totale au Maroc ?

Vincent Raymond | Mardi 15 septembre 2015

Much Loved

Elles sont trois colocataires, bientôt quatre, vivant à Marrakech. Menées par Noha, elles survivent en se prostituant, participant quand elles le peuvent à des soirées-orgies données en l’honneur de Saoudiens venus "se distraire". Traquant la moindre opportunité leur permettant d’accroître leur pécule, elles doivent faire face à la violence des clients et de la rue, à l’opprobre public, à la corruption de la police, au rejet de leurs proches… C’est un flot ordurier qui se déverse durant les premières minutes ; un torrent de grivoiseries que Noha et ses comparses évacuent en surabondance devant Saïd, l’homme mutique leur servant de chauffeur de taxi et de garde du corps. Qu’on ne s’y trompe pas : ces obscénités langagières ne révèlent aucune prédisposition à la frivolité ; il s’agit d’une sorte de mise en condition. Comme un maquillage de souillure dont les prostituées se revêtent pour s’éloigner d’elles-mêmes, avant d’aller exercer leur besogne. Nabil Ayouch assène une claque d’entrée, ce ne sera pas la seule : il veut montrer la société marocaine, quant à elle, sans fard. Engluée dans le paradoxe de sa morale élastique, tell

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Love

ECRANS | Le souvenir d’une histoire d’amour racontée par ses étapes sexuelles : Gaspar Noé se met autant à nu que ses comédiens dans ce film unique, fulgurant et bouleversant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 juillet 2015

Love

Un 1er janvier, Murphy reçoit un message sur son répondeur : la mère d’Electra s’inquiète car elle est sans nouvelle d’elle depuis plusieurs semaines. Qui est Electra ? La femme que Murphy a aimée, avec qui il a vécu une passion ardente puis qu’il a laissée partir. Aujourd’hui, Murphy vit avec une jeune fille dont il a un enfant, mais ce n’est pas la vie qu’il a désirée — elle n’aurait dû être qu’une passade et ce foutu préservatif n’aurait pas dû craquer… Alors, dans un mélange de regrets et d’inquiétude, Murphy va se souvenir de son histoire avec Electra. Love s’inscrit immédiatement sous le signe de cette nostalgie des amours gâchés, et ce saut dans le temps est pour Gaspar Noé l’occasion de construire un puzzle mental dont toutes les pièces seraient des images renvoyant au sexe – avant, pendant et après. D’où le paradoxe sublime sur lequel s’érige le film : à mesure qu’il s’enfonce dans le cerveau de Murphy, il en ramène des corps, de la chair, du plaisir, de la jouissance. Et tandis que son héros se heurte aux quatre murs de son appartement, couverts de traces d’un passé qui est autant celui du personnage que de l’auteur lui-même (un poster de

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Un Moi(s) de cinéma #7

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo.

Christophe Chabert | Mardi 30 juin 2015

Un Moi(s) de cinéma #7

Au sommaire de ce Moi(s) de cinéma, les films à voir absolument en ce mois de juillet : • Victoria de Sebastian Schipper • Microbe et Gasoil de Michel Gondry • Love de Gaspar Noé • While we're young de Noah Baumbach • Sorcerer de William Friedkin (reprise)

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Valley of Love

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h32) avec Gérard Depardieu, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Valley of Love

«Putain, la chaleur !» dit Gérard (Depardieu) transpirant sous le soleil californien lorsqu’il retrouve son ex-compagne Isabelle (Huppert). Qui sont-ils et que viennent-ils faire là ? La première réponse est la plus complexe : Depardieu et Huppert sont comme des hybrides du couple qu’ils formèrent à l’écran à l’époque de Loulou et des comédiens qu’ils ont été ensuite. Ce mélange-là, entre ce que l’on sait de leur vie — étalée et commentée pour Depardieu, plus discrète pour Huppert — et les rôles que leur fait jouer Guillaume Nicloux, est la meilleure idée de Valley of Love, son mystère le plus persistant. Il repose sur l’idée que certaines stars ont un besoin minimal de fiction pour exister à l’écran, charriant leur légende avec elles. Cette fiction a minima répond à la deuxième question et s’avère plus problématique : convoqué post-mortem par un fils gay, exilé aux États-Unis et récemment suicidé, le couple traverse le désert en attendant un signe de cet enfant disparu qui leur promet de revenir. On sent que Nicloux aimerait retourner aux sources atmosphériques et inquiétantes de ses premiers polars — notamment le beau

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Cannes 2015, jours 10 et 11. La dernière ligne droite…

ECRANS | "Valley of Love" de Guillaume Nicloux. "Chronic" de Michel Franco. "Macbeth" de Justin Kurzel. "Notre petite sœur" d’Hirokazu Kore-eda. "Marguerite et Julien" de Valérie Donzelli. Le Palmarès du festival.

Christophe Chabert | Mardi 26 mai 2015

Cannes 2015, jours 10 et 11. La dernière ligne droite…

Encore une poignée de films arrachés à l’épuisement de fin de festival. Une journée pour souffler après le Palmarès. Et nous voilà de retour derrière notre clavier pour commenter tout ça, depuis nos calmes pénates et sous un ciel grisâtre, loin des coups de soleil et du stress cannois. Nicloux : Depardieu et Huppert, perdus dans l’espace La fin de la compétition — et les deux films rattrapés in extremis avant de rentrer — auront achevé de faire pencher la balance longtemps indécise du jugement global porté sur sa qualité : c’était quand même très moyen. On y reviendra à la fin de ce billet, mais il faut remonter à loin pour trouver autant de déceptions, sinon de films franchement mauvais, dans ce qui est censé être le top du festival. Et s’il y eût aussi quelques grands moments, c’est bien l’écart entre les deux extrêmes qui pose question. Mais bon, ne spoilons pas, on développera plus tard. Ainsi du Valley of Love de Guillaume Nicloux qui, sans être le «navet» proclamé par certains, nous a quand même sérieusement laissé sur notre faim. Il faut dire que Nicloux est un drôle de cinéaste, que l’on a d’abor

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Cannes 2015, jours 8 et 9. Love, love, love

ECRANS | "Youth" de Paolo Sorrentino. "The Assassin" de Hou Hsiao-Hsien. "Mountains May Depart" de Jia Zhang-ke. "Dheepan" de Jacques Audiard. "Love" de Gaspar Noé.

Christophe Chabert | Dimanche 24 mai 2015

Cannes 2015, jours 8 et 9. Love, love, love

Dur dur quand même ce festival de Cannes. Comme d’habitude, nous objecte notre petite voix intérieure. Oui, enfin, un peu plus que ça, lui répond-on, agacé. C’est parce que tu as la mémoire courte, renchérit-elle. Non, les pieds en feu et les yeux cernés surtout, tentons-nous pour couper court au débat. Sur quoi on se dit que si l’on en est à écrire ce genre de conversations imaginaires, c’est qu’effectivement il y a comme une forme de surchauffe intérieure et qu’on n’est pas loin de crier, proximité de l’Italie oblige : «Aiuto !» Youth : la grande mocheté de Sorrentino À moins que cet appel à l’aide ne soit la conséquence de l’accueil délirant réservé au dernier Paolo Sorrentino, Youth, qu’on considère pourtant clairement comme une horreur, sinon une infamie. C’est à ne plus se comprendre soi-même, tant on était resté sur le souvenir, émerveillé, de sa Grande Bellezza il y a deux ans, où il portait son cinéma rutilant et excessif vers une forme d’absolu, sillonnant les rues romaines avec une caméra virtuose et élégiaque dans un h

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Le Circuit Nuits Sonores 2015 en trois étapes

MUSIQUES | Trois étapes du Circuit Nuits Sonores à ne pas manquer : Warm Soda au Marché Gare, Blawan au Petit Salon et Somaticae au Sonic. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 12 mai 2015

Le Circuit Nuits Sonores 2015 en trois étapes

Étape 7 La musique à guitares n'ayant quasiment pas droit de cité dans la programmation "officielle" de Nuits Sonores cette année, c'est (notamment) du côté du Marché Gare qu'il faudra zoner pour se faire un fix d'électricité. Á l'affiche : le blues à seize chevaux-vapeur d'Harold Martinez, le post-punk du troisième type (et à effets secondaires) de I Love UFO et, surtout, le garage à moustaches et frisottis 70's de Warm Soda – emmené par l'ex Bare Wires Matthew Melton, proche du regretté Jay Reatard. Et Maria Rockmore, la plus rock'n'roll des selectas à chromosomes XX – aucun rapport avec le bon Jamie.

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Le Petit monde d’Arletty

ECRANS | Arletty représente, avec Gabin, la personnification du "réalisme poétique" tels que Carné et Prévert l’ont inventé dans les années 30. C’est d’ailleurs ce couple à (...)

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

Le Petit monde d’Arletty

Arletty représente, avec Gabin, la personnification du "réalisme poétique" tels que Carné et Prévert l’ont inventé dans les années 30. C’est d’ailleurs ce couple à l’écran qui en marque à la fois l’apogée — Hôtel du nord et sa célèbre réplique «Atmosphère… Atmosphère… Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ?» — et son déclin — L’Air de Paris, qui pour le coup sent surtout le renfermé du cinéma de studio. Ce sont ces deux films qui encadrent la "semaine avec Arletty" que propose l’Institut Lumière du 11 au 15 mars, avec en son cœur l’incontournable Le Jour se lève et le nettement plus rare — car passé au feu de la réputation infamante de son réalisateur Claude Autant-Lara — Fric-Frac, où Arletty partage l’affiche avec Fernandel et Michel Simon. Le sceau de l’infamie, c’est aussi ce qu’Arletty a connu au sortir de la guerre : pendant le tournage des Enfants du paradis, la comédienne, qui par ailleurs assumait clairement sa

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Écrans Mixtes se fait un Grec

ECRANS | Cinquième bougie pour Écrans Mixtes, le festival de films LGBT, et jolie édition 2015 avec comme invité d’honneur le cinéaste grec Panos H. Koutras et des films inédits aussi pertinents sur leurs sujets que surprenants dans leurs formes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

Écrans Mixtes se fait un Grec

Queer, festif, décalé, militant : Écrans Mixtes, le festival LGBT fête ses cinq ans avec à son frontispice ses adjectifs-là ; en 2015, il paraît plus que jamais au cœur des questions contemporaines, et pas seulement celles directement liées à l’homosexualité. Ainsi, l’invitation faite au cinéaste grec Panos H. Koutras n’est pas le moindre des symboles — même si sa venue a été annoncée avant la victoire de Syriza aux dernières élections. Koutras a bâti en quatre films une œuvre qui balance entre réalisme et fantaisie, tradition et modernité : de ce faux film Z qu’était L’Attaque de la moussaka géante au road-movie Xenia, Odyssée d’aujourd’hui à travers une Grèce dévorée par la crise et la violence, le cinéaste se plaît à empoigner les mythes, les sujets et les genres pour les passer au prisme d’une modernité queer. Écrans mixtes propose l’intégrale de ses films — dont l’inédit Real Life, tourné en 2004 — et lui a laissé carte blanche. Il a donc choisi deux films : le classique Stella, femme libre de Michael Cacoyannis — auquel son propre Strella rendait hommage — qu’il présentera à

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Rosemary Standley, reine du baroque'n'folk

MUSIQUES | Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, Rosemary Standley change de peau musicale comme on change de costume – et ceci d'autant plus aisément (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 3 mars 2015

Rosemary Standley, reine du baroque'n'folk

Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, Rosemary Standley change de peau musicale comme on change de costume – et ceci d'autant plus aisément qu'elle change aussi de costume. Après Moriarty et le duo Birds on a Wire avec Dom la Nena, après A Queen of Heart, son spectacle de music hall, revoilà la chanteuse protée sous un nouvel avatar. A croire que là où beaucoup de musiciens ont un ou des projets parallèles, en sus de leur formation principale, Rosemary est son propre projet parallèle – une version chantante du Michael Keaton de Multiplicity. Certes, il s'agit toujours plus ou moins de décliner le même goût du partage et de profiter d'un palais bien formé aux mélanges folk / musique baroque – deux de ses amours – et à grands renforts de reprises – son péché mignon. Cette fois-ci, avec Love I Obey, la Standley se coltine à l'ensemble Helstroffer, qui donne dans l'instrument ancien (théorbe, clavecin, orgue, viole de gambe, serpent – l'instrument, pas la bête) et toute sa patine à un ensemble d'incunables du folk (Poor Wayfaring Stranger, Hush Bye, tiré des malles d'Alan Lomax), du baroque anglais (William Lawes, pr

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Snow Therapy

ECRANS | De Ruben Östlund (Suède-Dan-Norv-Fr, 1h58) avec Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli…

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2015

Snow Therapy

Quelque part dans les Alpes, une famille suédoise parfaite jusqu’au bout des ongles — papa, maman, les enfants, tous beaux, propres et bien élevés — vont vivre un drôle de psychodrame. Alors qu’ils boivent tranquillement un verre dans un bar de montagne, une avalanche est déclenchée et le mari, paniqué, au lieu de secourir son épouse et ses gosses, préfère se carapater avec son portable. Incident anodin, a priori, mais dont les conséquences vont faire voler en éclats l’harmonie familiale : sa femme prend conscience que le chef de famille est en fait un lâche, et entêté par-dessus le marché puisqu’il refuse de reconnaître sa couardise. Ruben Östlund se livre alors à une analyse au scalpel des rapports humains, en enfermant ses personnages dans une multitude de bocaux hermétiques au monde extérieur : celui du décor, appartements tristes aux lignes géométriques coupantes ou pistes de ski enneigées et perdues dans la brume, mais surtout celui de la mise en scène, avec ses cadres inamovibles et mesurés au poil pubien près. Soit un cinéma qui se situe entre l’humour noir de l’Europe du Nord (Östlund est Suédois) et les études sociologiques glaciales et misanthropes d

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La route des indés

MUSIQUES | Dans la collection automne-automne musicale, la tendance est clairement à l'indie rock, cette notion floue et changeante qui pourtant se nourrit d'une évidence : quelles que soient sa nature, sa forme, son humeur, son envie, quand on voit un artiste indé, on le reconnaît au premier coup d’œil. Et à ce qu'on en veut toujours plus. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

La route des indés

«Just gimme indie rock !!!!» C'est sur ce cri primal que s'ouvre, en 1991, Gimme Indie Rock, EP culte et (re)fondateur de Sebadoh. Le trio, alors composé d'Eric Gaffney, Lou Barlow et Jason Loewenstein – qui vient de rejoindre le groupe du Massachussetts – y évoque ses influences dans une furieuse séance de name-dropping (Velvet Underground, Husker Dü, Sonic Youth et même Dinosaur Jr., dont Barlow vient pourtant de se faire éjecter comme un malpropre) qui s'accompagne du mode d'emploi indie : jouer plus lentement, fumer de l'herbe (pas forcément dans cet ordre) et hurler à la face du monde. Ce cri, c'est un peu le cri que le public lyonnais averti (qui comme chacun sait en vaut deux) est depuis quelques temps en mesure de pousser à chaque début de (demi-) saison. Car il sait, à mesure qu'on lui sert sur un plateau des Dinosaur Jr. donc, des Chokebore, des Swans et on en

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Seconde(s) chance(s) : les reprises ciné de l'été

ECRANS | Comme dans les années 80, la saison estivale est devenue le moment privilégié pour exposer des classiques dans les salles. La moisson 2014 est belle du côté du Comœdia, avec notamment un thriller génial de John Frankenheimer et les aventures américaines d’Agnès Varda. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Seconde(s) chance(s) : les reprises ciné de l'été

Premier événement de cet été de classiques au Comœdia : l’exhumation d’une perle rare du thriller américain, un film matrice et pionnier de John Frankenheimer, Seconds, L’Opération diabolique (à partir du 23 juillet) où un banquier âgé et déprimé par la monotonie de son existence accepte la proposition d’une mystérieuse organisation : changer de visage et démarrer ainsi une nouvelle vie. Le visage en question est celui de Rock Hudson, et voilà notre homme propulsé dans une communauté constituée uniquement d’autres «reborns» menant la vie facile, jusqu’à ce qu’il se rende compte du prix à payer pour cette opération effectivement diabolique. Dans un noir et blanc spectaculaire signé par le vétéran James Wong Howe — qui fut le directeur photo de John Ford — Frankenheimer signait un objet culte, le premier film casse-tête de l’histoire du cinéma. Tourné en 1965, c’est aussi un prototype parfait et précoce du cinéma conspirationniste et parano qui allait envahir Hollywood cinq ans plus tard. Terres étrangères Devenu invisible depuis sa sortie en 1970, Moonwalk One (à partir du 30 juillet) de Theo Tamecke r

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Bien frappé

MUSIQUES | Cette année encore, le festival d'été de la Ville de Grenoble a frappé très fort en termes de programmation : l'éventail est non seulement toujours aussi large, (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 26 juin 2014

Bien frappé

Cette année encore, le festival d'été de la Ville de Grenoble a frappé très fort en termes de programmation : l'éventail est non seulement toujours aussi large, mais en plus le beau linge est de la plus belle étoffe. Question éventail, une belle tranche sera notamment donnée au maloya avec la présence de Maya Kamati et de la grande Christine Salem – cette dernière dans un exercice d'hybridation avec ses amis de Moriarty. Pour le reste, toutes les esthétiques imaginables sont représentés ou presque : reggae (Ki-Mani Marley, fils de qui vous savez, Meta & the Cornerstones), blues sous toutes ses déclinaisons, du swing à l'électro (Stracho Temelkovski, They Call Me Rico, St.Lô), électro, elle-même en tous genres, avec une forte inclination tout de même pour ses versants pop et indie rock (As Animals, Natas Love You, As a New Revolt)... Au-delà de ce brassage, le Cabaret Frappé n'a pas son pareil pour attirer dans ses filets ces jeunes chanteuses irrésistibles qui nous font perdre tout sens commun et nous rendent plus prosélytes qu'un témoin de Jéhovah, à l'instar de l'éblouissante Joe Bel et de la ténébreuse Lou Ma

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L’esprit et la lettre

MUSIQUES | On allait écrire que dans le Love Letters des laborantins pop de Metronomy, infiniment bien produit et qui régalera sans doute les amateurs de vinyles et (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 29 avril 2014

L’esprit et la lettre

On allait écrire que dans le Love Letters des laborantins pop de Metronomy, infiniment bien produit et qui régalera sans doute les amateurs de vinyles et de son analogique – il a été enregistré dans le temple vintage Toe Rag – il manquait l’essentiel : des tubes. C’est effectivement ce qui apparaît lorsque l’on commence à se pencher sur ce troisième album, ou plutôt ce qui n’apparaît pas. L’emballage est tellement beau, le paquet cadeau si riche de couches successives, qu’on a le plus grand mal à dénicher le trésor qui s’y cache. Peut-être aussi, depuis Nights Outs (2008), s’est-on habitué, en enfants trop gâtés rendus paresseux par les sucreries, à un excès de générosité mélodique qui culmina fort haut avec The English Riviera, son The Look ravageur et sa Corinne aguicheuse. Le tube c’est la lettre de la pop, mais il y a, dit Saint-Paul dans son deuxième épître aux Corinthiens, la lettre et l’esprit. Et si l’on accepte ce principe, alors Love Letters et son esthétique suédée font mouche à coups de compositions aux rondeurs bizarres, profondément mélancoliques et infiniment vénéneuses (Monstrous, enfant du placard de Bowie, Mi

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Only lovers left alive

ECRANS | Retour en grande forme de Jim Jarmusch avec ce film à la force tranquille qui imagine des vampires dandy, rock’n’roll, amoureux et dépressifs, gardiens d’une culture mise en péril par la révolution numérique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 février 2014

Only lovers left alive

Adam et Eve ne sont ni le premier homme, ni la première femme de la Création, mais les derniers amants-vampires sur Terre ; c’est le premier scoop du nouveau film de Jim Jarmusch, joliment ironique. Eve s’est retirée à Tanger, où elle fréquente rien moins que Christopher Marlowe — qui, en plus d’avoir écrit les pièces de Shakespeare, est lui aussi une créature de la nuit, éternelle quoique mal en point ; Adam vit à Detroit au milieu de sa collection de guitares et de son studio analogique, reclus et phobique face aux «zombies» qui l’entourent — on ne saura pas si le terme qualifie péjorativement le commun des mortels ou si effectivement l’humanité est désormais divisée en deux catégories de morts-vivants. Les liens qui les unissent relèvent autant d’un héritage romantique que d’une réalité qui passe par les moyens de communication contemporains : Eve et son iPhone en FaceTime, Adam avec un bricolage mêlant câbles, télé et caméra. C’est en fait surtout la mise en scène de Jarmusch qui les réunit, comme lors de ces travellings en spirale enchaînés et fondus avec le mouvement d’un antique 33 tours. Son scénario aussi va les obliger à se retrouver : alors qu’Adam, t

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Insomniaque - Semaine du 22 au 28 janvier

MUSIQUES | 3 RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : le collectif Haste au Terminal, Anoraak au Kao et Kasper Björke au Sucre.

Benjamin Mialot | Jeudi 16 janvier 2014

Insomniaque - Semaine du 22 au 28 janvier

23.01 DriveAprès avoir ouvert sa résidence au Club Transbo à des structures partageant son approche pointilleuse et débrouillarde du clubbing et en attendant le lancement de son label, le collectif techno Haste ne perd pas une occasion de faire de parler de lui. Cette semaine, c'est ainsi le Terminal qu'il investit, le temps d'une soirée qui verra se succéder nul autre que ses quatre piliers : le fondateur PEEV (également connu de nos services en tant que producteur d'electronica tactile sous le nom d'Opti), la vénéneuse P.I.LA.R., l'énigmatique Heblank et le cadet Owlover. Si si la famille. 24.01 AnoraakFrédéric Rivière aurait pu se satisfaire de ses rentes de berger à poneys (il est le batteur scénique des trop dociles Pony Pony

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2014 : autant en emporte le Vent…

ECRANS | Après une année 2013 orgiaque, 2014 s’annonce à son tour riche en grands auteurs, du maître Miyazaki à une nouvelle aventure excitante de Wes Anderson en passant par les vampires hipsters croqués par Jarmusch et les flics tarés de Quentin Dupieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

2014 : autant en emporte le Vent…

Le Vent se lève, il faut tenter de vivre… disait le titre intégral du dernier film d’Hayao Miyazaki qui, après 25 ans au service de l’animation japonaise, a décidé de tirer sa révérence avec cette œuvre effectivement testamentaire. Réduite au seul Vent se lève pour sa sortie le 22 janvier, cette fresque narre les années d’apprentissage d’un ingénieur féru d’aviation, passion qui l’aveuglera sur la réalité de la guerre dans laquelle le Japon s’engage, mais aussi sur l’amour que lui porte une jeune fille qu’il a sauvée lors d’un spectaculaire tremblement de terre. En assumant la part la plus adulte de son cinéma et en se livrant en transparence à un troublant autoportrait en créateur obsessionnel, coupé du monde et de la vie, Miyazaki signe un chef-d’œuvre alliant splendeur plastique, force émotionnelle et intelligence du regard. Les Belles et les Bêtes Il sera le premier en cette rentrée à illuminer les écrans, mais 2014 ne sera pas en rade de grands auteurs, au contraire. On ronge bien sûr notre frein en attendant de découvrir la deuxième partie du Nymphomaniac de Lars von Trier (29 janvier), dont le

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Alex Ramirès, un grand garçon dans le vent

SCENES | Révélé par un premier one-man-show prodigieusement schizophrène dans lequel il racontait son dépucelage sur un texte de Jocelyn Flipo, Alex Ramirès revient avec Alex Ramirès est un grand garçon, "spectacle de la maturité" aussi jubilatoire qu'émouvant dont la construction ne doit (presque) rien à personne. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 12 décembre 2013

Alex Ramirès, un grand garçon dans le vent

La, si, do, mi, fa, sol, fa, mi, do, si. Toute la personnalité d'Alex Ramirès est contenue dans ces dix notes, qui composent (en la majeur) la mélodie douce-amère du Kids de MGMT, et au son desquelles il salue le public au terme de son nouveau one-man-show, Alex Ramirès est un grand garçon. Un lucide et décoiffant autoportrait du comédien en "fuyard en avant" dont la genèse remonte justement à l'enfance. Nous sommes en 1998 à Roussillon, en Isère. Alex n'a que 9 ans, mais assez d'énergie et de volubilité pour que sa mère juge opportun de l'inscrire au cours d'improvisation théâtrale du centre social du coin. Il va y faire sa première rencontre déterminante : celle du conteur Olivier Ponsot, avec lequel il va apprendre à matérialiser une histoire en deux temps trois mouvements. Au sens propre, l'endroit disposant pour seul matériel de deux paravents, qui font office de coulisses. Galvanisé à l'idée de pouvoir être, au gré de ce qui le traverse le jour, qui il veut le soir à l'instar, d'une certaine façon, des super-héros masqués dont il goûte alors les exploits, il suivra cet atelier toute une décennie. Dix ans pendants lesquels ce tchatcheur né, qui con

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Twenty feet from stardom

ECRANS | Un formidable documentaire sur les choristes noires américaines qui, des années 60 à aujourd’hui, ont écrit à l’ombre de la célébrité une page de l’histoire musicale anglo-saxonne, de la soul au rock, mais aussi une page de l’Histoire américaine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 29 novembre 2013

Twenty feet from stardom

Les frères Coen l’ont montré dans Inside Llewyn Davis : l’histoire de la musique est faite de héros et d’anti-héros, de génies vénérés et de talents vivant dans leur ombre. Morgan Neville, avec Twenty feet from stardom, donne un contrechamp documentaire à ce postulat fictionnel, en s’intéressant à une génération de choristes noires apparues avec la mode soul des années 60. Le film détricote ainsi la hiérarchie habituelle : la star qui place son nom au sommet des pochettes, les musiciens qui composent le groupe, le producteur qui griffe de sa patte sonore le disque et enfin les choristes qui ne sont souvent que la dernière roue du carrosse. Neville retrace leur histoire depuis ses origines : les églises évangéliques et le gospel, la plupart étant des filles de pasteur ayant découvert leur vocation dans les temples. L’apparition de la soul, sous l’impulsion de la Motown, du diable Phil Spector et de son fameux «mur du son», est comme la réinvention laïque du gospel, l’amour charnel remplaçant l’amour divin. Mais ces filles re

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La bataille du Mount Kimbie

MUSIQUES | Quoi de plus beau que la métamorphose d'une chenille en papillon ? Celle de Mount Kimbie, duo d'avant-gardistes de la bass music devenu paire d'orfèvres pop. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 28 novembre 2013

La bataille du Mount Kimbie

La présence d'une personne de forte corpulence sur la pochette d'un disque n'est jamais anodine. Le petit grassouillet qui roule des mécaniques sur You've Come a Long Way, Baby, l'enregistrement le plus rentable de Fatboy Slim ? L'assurance d'en prendre plein la (smiley) face. Le moustachu à bourrelets qui prend la pose, nu, sur le Hefty Nine du Bloodhound Gang ? La promesse d'une bonne tranche de rigolade subabdominale. Pour son premier album, Crooks & Lovers, le duo anglais Mount Kimbie a lui jeté son dévolu sur une black en jogging écarlate dont le postérieur n'a rien à envier, question circonférence, à celui de The Watermelon Woman (La Femme Pastèque), une habituée des pages de Playboy qui, forte d'un tour de hanches de 120 cm, règne sur le pays des gros popotins, le Brésil. Signe qu'à son écoute nous allions littéralement nous remuer les fesses ? Loupé. Car la black en question s'éloigne nonchalamment de l'objectif, comme Dominic Maker et Kai Campos ont pris leur distance avec le dubstep pour mieux renouveler, à renforts de réverbérations à basse fréquence, de mélodies sous-marines

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Classique chic

ECRANS | Le cinéma de patrimoine, par-delà le festival Lumière, va-t-il devenir le prochain enjeu de l’exploitation lyonnaise ? En attendant d’aller voir de plus près ce qui se passe en la matière, revue des classiques à l’affiche dans les mois à venir et focus sur l’intégrale Desplechin proposée au Cinéma Lumière en septembre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 23 août 2013

Classique chic

Le succès du festival Lumière aurait-il aiguisé les appétits ? Toujours est-il qu’il semble désormais certain que l’exploitation lyonnaise, saturée de multiplexes et peinant à trouver une solution à ce qu’il faut bien appeler le "blocage Moravioff", qui laisse les CNP dans une situation de précarité extrême, empêchant ainsi une exploitation décente pour l’ensemble du cinéma d’art et essai, regarde de près ce qui se passe sur le terrain du cinéma de patrimoine. UGC Ciné Cité Confluence et le Comoedia ont développé tout l’été une politique de programmation de classiques — parfois incongrus du côté de chez UGC, comme Trois femmes de Robert Altman — et Plein soleil a eu droit à une exposition sur les écrans comme on n’en avait pas vu depuis longtemps pour un film tourné il y a près de soixante ans ! L’Institut Lumière et Thierry Frémaux n’ont jamais caché leur envie de donner un petit frère à leur cinéma Lumière de la rue du Premier film, d’autres circuits s

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It felt like love

ECRANS | D’Eliza Hittman (ÉU, 1h22) avec Gina Piersanti, Ronen Rubinstein…

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

It felt like love

L’initiation sentimentalo-sexuelle d’une adolescente comme matière à un premier film réalisé par une jeune femme, c’est un programme désormais attendu et qui relie Europe, Asie et Amérique. It felt like love souffre de ce manque d’originalité, même si Eliza Hittman sait de toute évidence mettre en scène les situations traversées par son héroïne Lila sans sombrer dans les clichés les plus éculés. Tentant avec obstination de perdre sa virginité, elle se heurte à un double obstacle : celle de sa meilleure amie, plus précoce et lucide qu’elle, dont elle fait son modèle, et celle du beau gosse sur lequel elle a jeté son dévolu, et qui semble manifestement peu intéressé par cette ado à côté de la plaque. La neurasthénie de Lila, immuable du premier au dernier plan, insuffle une santé morose au film que le naturalisme étouffant d’Hittman contribue à souligner. Empêtré dans son esthétique 5D (du nom de l’appareil photo vidéo Canon devenu le refuge des productions à petit budget), It felt like love peine à s’extraire d’une enfilade de gros plans à la mise au point aléatoire, comme si la cinéaste était inc

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Cannes, à la Vie, à l’amour…

ECRANS | En couronnant ce qui est incontestablement le meilleur film de la compétition, "La Vie d’Adèle" d’Abdellatif Kechiche, Steven Spielberg et son jury ont posé un beau point final à un 66e festival de Cannes passionnant en son centre, sinon dans ses périphéries. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 27 mai 2013

Cannes, à la Vie, à l’amour…

Y croyait-on vraiment ? Imaginait-on Steven Spielberg se lever de sa chaise durant la cérémonie du palmarès cannois pour annoncer, du haut de sa stature de cinéaste mondialement reconnu et présentement président du jury, la Palme à La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, chef-d’œuvre du naturalisme à la française relatant la passion entre Adèle et Emma à coups de grands blocs de réalité réinventée, des premiers regards à la dernière étreinte en passant par de longs moments d’intimité physique ? C’est pourtant ce qui s’est passé, et on en est encore ému. Car si La Vie d’Adèle n’était pas notre film préféré de la compétition — on dira lequel plus tard — c’était d’évidence le meilleur, le plus incontestablement ample et abouti, le plus furieusement contemporain, que ce soit dans sa matière romanesque, ses personnages ou son dispositif. Kechiche est aujourd’hui l’héritier direct de Pialat, même s’il développe aussi sa propre singularité et même si, avec ce film-là, il dévoile sa part la moins sombre, la plus solaire, comme une antithèse absolue de son précédent et terrible

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Cannes – Jour 10 : Bouquet final

ECRANS | "The Immigrant" de James Gray. "Only lovers left alive" de Jim Jarmusch. "La Vénus à la fourrure" de Roman Polanski.

Christophe Chabert | Samedi 25 mai 2013

Cannes – Jour 10 : Bouquet final

Au moment où n’importe quel festivalier voit apparaître sur son visage des rides de fatigue qui le font ressembler à Bruce Dern dans Nebraska, il fallait pourtant se ressaisir d’urgence, car Thierry Frémaux, dans un hallucinant tir groupé final, avait placé en fin de compétition de très gros morceaux signés par de très grands cinéastes. C’est d’ailleurs à l’aune de cette attente, pour le coup gigantesque, que The Immigrant de James Gray a déçu. Attention, tout de même… Gray, dont les quatre derniers films ont tous été présentés en compétition, y a systématiquement récolté les mêmes commentaires perplexes ou frustrés, avant que lesdits films, à leur sortie, ne reçoivent un accueil enthousiaste d’une presse ayant revu son jugement à la hausse, et de spectateurs qui ont l’avantage considérable de ne pas s’être empiffré 35 films en dix jours. Mais la déception est soigneusement entretenue par Gray lui-même. En effet, The Immigrant part sur une piste qu’on identifie immédiatement comme coppolienne façon Parrain 2. Plan sur la stat

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Like someone in love

ECRANS | D’Abbas Kiarostami (Fr-Jap, 1h49) avec Rin Takanashi, Tadashi Okuno…

Christophe Chabert | Mercredi 3 octobre 2012

Like someone in love

Comme s’il faisait le tour du monde aux frais de son producteur selon le deal un pays = un film, Kiarostami débarque au Japon après avoir visité la Toscane et en tire une œuvre déroutante. Adieu les dispositifs conceptuels et les dialogues chiants comme la mort de Copie conforme ; Like someone in love marque un retour confortable à la figure kiarostamienne par excellence, à savoir la promenade en voiture. D’abord en taxi avec une étudiante call girl, puis dans le 4X4 d’un vieux professeur pas très libidineux, qui doit se dépatouiller avec le petit ami jaloux de ladite call girl. Constitué de grands blocs en temps réel parfois paresseux (l’écoute en continu des dix messages sur la boîte vocale), parfois inspirés (le premier dialogue entre le prof et le boyfriend nerveux), le film se repose entièrement sur sa petite musique narrative et ne cherche jamais à développer de sous-texte ou de théorie. Tant mieux car à ce petit jeu, Kiarostami s’en tire plutôt bien, avec un dialogue élégant et des comédiens toujours justes. Reste la queue-de-poisson finale : le cinéaste a-t-il sciemment coupé la résolution de son film ou montre

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Do not disturb

ECRANS | Yvan Attal s’empare d’une commande — faire le remake de «Humpday» — et la transforme en exercice de style fondé sur le plaisir du jeu et la sophistication de la mise en scène, prenant le risque d’intensifier la vacuité de son matériau. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 1 octobre 2012

Do not disturb

Yvan Attal ne s’en est jamais caché : Do not disturb est avant tout une commande venue de son producteur, qui avait acheté les droits d’une comédie indé américaine de Lynn Sheldon, Humpday. Où il était question de deux vieux potes qui, par défi, décident de participer à un festival de porno amateur en tournant un film où ces deux hétéros convaincus se mettraient en scène en plein ébat homosexuel. Après Ma femme est une actrice et Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, tous deux marqués par les questions existentielles, sentimentales et professionnelles de leur auteur, voilà donc Attal face à un matériau impersonnel au sens strict. Sa stratégie, évidente, consiste alors à y instiller du plaisir pur. D’abord celui du jeu : son tandem avec François Cluzet est le vrai moteur de la comédie, lui en bourgeois bohème dont la vie affective est sur des rails trop huilés, Cluzet en aventurier de pacotille dissimulant derrière son chapeau de paille et sa barbe mal taillée sa nature profonde de glandeur velléitaire. Do not disturb aurait pu se contenter de mettre en scène de manière théâtrale cette joyeuse rencont

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To Rome with love

ECRANS | Poursuivant son exploration des métropoles européennes après Londres, Barcelone et Paris, Woody Allen se montre bien peu inspiré face à Rome, se contentant d’un poussif récit multiple où tout sent la fatigue et le réchauffé, à commencer par sa propre prestation d’acteur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 juillet 2012

To Rome with love

La familiarité avec le cinéma de Woody Allen, autorisée par la livraison annuelle d’un nouvel opus, permet à l’amoureux de ses films de vite reconnaître quand le maître (osons le mot, il n’est pas volé) est en pleine santé ou quand, au contraire, il est en petite forme. Il ne faut pas longtemps pour s’apercevoir que To Rome with love appartient à la deuxième catégorie, tant il transpire le manque d’inspiration, le programme mécanique et l’agrégat poussif d’idées plus ou moins bonnes. Ainsi, si les cartes postales qui ouvraient Minuit à Paris (un vrai grand Allen, celui-là) n’étaient qu’un trompe-l’œil, le film s’acharnant ensuite à en montrer le caractère illusoire, celles que le cinéaste compile sur Rome ne seront jamais vraiment déchirées par le récit. Pire, elles conduisent à une accumulation de petites intrigues véhiculant leur lot de clichés, là où Allen n’avait besoin que d’un solide concept pour dérouler celle du film précédent. Ce n’est d’ailleurs par la première fois que, dans ses mauvaises années, Allen se repose sur les récits multiples comme sur une canne, espérant que dans l’ensemble, quelques-uns surnagent de la mollesse ambiante. Ce n’est

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Cannes Jours 4 et 5 : Les yeux (et tout le reste) mouillés

ECRANS | Lawless de John Hillcoat. Jagten de Thomas Vinterberg. Like someone in love d’Abbas Kiarostami. Amour de Michael Haneke.

Christophe Chabert | Lundi 21 mai 2012

Cannes Jours 4 et 5 : Les yeux (et tout le reste) mouillés

Ce festival de Cannes restera sans doute dans les mémoires pour au moins une raison : la météo particulièrement capricieuse. La journée de dimanche aura été pour le moins agitée : traversée épique de la Croisette sous des bourrasques qui retournaient les parapluies et faisaient s’effondrer les barrières, queue interminable dans des files d’attente de gens frigorifiés et trempés jusqu’à l’os (et sans rouille), arrivée dans le Palais surpeuplé transformé en camps de réfugiés connectés (les réseaux sont saturés cette année, chacun étant venu minimum avec un ordi, un smartphone et une tablette !) et patinoires à l’entrée des salles lorsque tout le monde referme son pépin, créant une mare glissante pour les festivaliers. Le plan vigipirate draconien en a volé en éclats : plus personne ne fouillait rien du tout, tellement la situation devenait critique. Mieux vaut en rire, d’autant plus que la compétition continue clopin clopant. Ce fut d’abord le redoutable Lawless de John Hillcoat. Pour ceux qui se demandaient après le raté La Route

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Arizona Junior(s)

MUSIQUES | Tucson Songs, l'album, «parrainé» par les incontournables Calexico et Giant Sand (qui clôt la marche), commence par un titre assez extraordinaire qui a le (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 13 avril 2012

Arizona Junior(s)

Tucson Songs, l'album, «parrainé» par les incontournables Calexico et Giant Sand (qui clôt la marche), commence par un titre assez extraordinaire qui a le mérite de mettre immédiatement l'auditeur dans l'ambiance, ne serait-ce que par son titre : The Rust, The Knife interprêté par Gabriel Sullivan, Taraf de Tucson et Brian Sedlmayr. Une envolée à la croisée de Morricone, du Grand Chapparal et de Ghost Riders in the Sky version Johnny Cash. Chœurs épiques, guitares westerns inondées de cuivres mexicains, de violons pincés et de bruitages inquiétants, rejouent une cavalcade digne de nos plus grands souvenirs de western à l'ombre du talk-over conteur de Sedlmayr et de la voix très Tombstone – du nom d'un mythique lieu arizonien – de Gabriel Sulivan. À partir de là, malgré la grande variété stylistique du disque qui témoigne des esthétiques propres à la scène de Tucson, entre mythologie

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Frànçois le Frànçais

MUSIQUES | Avec E Volo Love, Frànçois & the Atlas Mountains a trouvé sa voix dans l'égarement musical. Parti des Charentes, passé par l'Angleterre, étranger en pays étrange, il entraîne l'auditeur sur la trace d'un absolu pop aussi attachant que sans attache. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 25 novembre 2011

Frànçois le Frànçais

A la réception du premier disque de Frànçois & the Atlas Mountains, Plaine inondable, sorti de nulle part et sans prévenir, on pouvait légitimement se demander d'où venait cet ovni au patronyme et à la musique difficile à localiser sur le Google Maps musical mondial. Il fallait attentivement décrypter la pochette et attendre la deuxième chanson de l'album, l'addictif Be Water (Je suis de l'eau),  pour être fixé. À la sortie d'E Volo Love, on sait au moins qui c'est Raoul, enfin François Marry, jeune Charentais un temps exilé en Angleterre. Pour y faire quoi ? De la brit-pop ? Pas vraiment. «Mind the gap», disent les avertissements du métro londonien. Et ici, le gap est immense, y compris avec ce premier album qui contenait pourtant toutes les promesses ici tenues. E Volo Love est un étrange objet volant : mélange de pop apatride et de chanson française faussement tarte quand il s'agit de chanter, avec une certaine affectation, dans la langue charentaise, ce qui n'est pas toujours le cas (on y chante aussi en anglais avec l'accent français et parfois faux). Sédiments Ça commence un peu comme 50% de

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Love and Bruises

ECRANS | De Lou Ye (France, 1h45) avec Tahar Rahim, Corinne Yam, Vincent Rottiers…

Jerôme Dittmar | Vendredi 28 octobre 2011

Love and Bruises

Suzhou River avait lancé Lou Ye comme potentiel successeur de Wong Kar Wai. La comparaison n'a pas tenu longtemps. Dix ans après le cinéaste court encore les festivals mais sa côte reste en berne. Love and Bruises n'y changera rien. Exilé à Paris pour adapter le roman d'une étudiante chinoise décrivant sa passion amoureuse avec un Français, Lou Ye suit son éternel programme inspiré par la révolution sexuelle. Composant un film physique, sur des corps enchainés, où sexe et liberté résonnent ensemble, dans le monde et au travers de trajectoires individuelles, le cinéaste se heurte à un mur : sa mise en scène à l'épaule, écrasante, sans idée, courant débraillée derrière la spontanéité de ses acteurs. En quête de réalisme, Lou Ye s'agite dans les pires endroits et mélange tout. Il veut filmer le mystère du désir sans perdre de vue féminisme et matérialisme pour donner du poids à l'affaire. Tout ça finit mal, sur un film moche, lourd, étouffant et mesquin avec ses personnages. Jérôme Dittmar

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The Loved ones

ECRANS | Sean Byrne ARP / TF1 vidéo

Dorotée Aznar | Jeudi 13 octobre 2011

The Loved ones

Resté scandaleusement inédit en salles, cet excellent film d’horreur australien sort en DVD, et on ne saurait trop vous conseiller de vous jeter dessus. Sean Byrne, avec un mauvais esprit digne des créateurs de South Park mais aussi du Tobe Hooper de Massacre à la tronçonneuse, imagine une famille très particulière puisque le père choisit d’offrir à sa fille, rejetée par ses camarades de classe, un beau cadeau d’anniversaire : un amoureux parfait, beau gosse, intelligent, sympa. Il le séquestre et décide de lui faire passer une soirée mémorable, où l’expression «papa bricoleur» prend un sens particulièrement macabre. Sa fifille elle-même a l’air salement endommagé niveau matière grise et ne semble pas se formaliser des pulsions incestueuses de son géniteur. Byrne trouve même une parade bienvenue au reproche qu’on pourrait lui faire (celui de se mettre du côté des gens normaux plutôt que des freaks) : le beau gosse est un nœud de culpabilité, tout sauf un teenager arrogant et méprisant. De toute façon, là n’est pas vraiment la question : The Loved ones est avant tout un grand huit horrifique à la mise en scène particulièrement chiadée, s’aventurant dans le grand-guignol pour mieux r

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La Nouvelle guerre des boutons

ECRANS | De Christophe Barratier (Fr, 1h40) avec Guillaume Canet, Laetitia Casta, Kad Merad…

Dorotée Aznar | Dimanche 18 septembre 2011

La Nouvelle guerre des boutons

Comme prévu, cette deuxième Guerre des boutons est plus présentable que celle de Yann Samuell. Barratier a soigné la manufacture du film, et supplante son challenger sur tous les paramètres (scénario, direction d’acteurs, réalisation, photo). Ceci étant, cette version «propre» verse aussi dans ce qui était l’écueil attendu de cette vague boutonneuse : son côté chromo de la France villageoise, muséifiée malgré la tentative d’y incorporer la noirceur d’une époque pas vraiment édénique (l’occupation en 1944). Les acteurs sont engoncés (l’hypersexuée Laetitia Casta est renvoyée à sa première période Bicyclette — fleur — bleue), la mise en scène tient de la mise en images, et cette Nouvelle Guerre est quand même la plus vieillotte. Plus encore, on se rend compte que le roman de Pergaud a beau être mis à toutes les sauces, il manque sérieusement de piment, et dans tous les cas, c’est bien derrière le film d’Yves Robert que les cinéastes cavalent. Barratier gagne donc aux points un match définitivement nul. Christophe Chabert

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Crazy, stupid, love

ECRANS | Les deux réalisateurs d’I love you Philip Morris s’essayent à la comédie romantique chorale mais ne confectionnent qu’une mécanique théâtrale boulevardière et ennuyeuse, dont seul s’extirpe le couple formé (trop tardivement) par Ryan Gossling et Emma Stone. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 9 septembre 2011

Crazy, stupid, love

Emily (Julianne Moore) demande en plein dîner le divorce à son mari Cal (Steve Carell). Dévasté, il ne voit pas que la toute jeune baby-sitter de ses enfants n’a d’yeux que pour lui, et préfère s’en remettre à Jacob (Ryan Gossling), playboy aux mille conquêtes croisé dans un bar, qui va lui donner des cours de séduction et faire de lui un vrai tombeur. D’abord tenté par l’envie de rendre jalouse son ex, Cal finit par prendre goût à cette nouvelle vie, renonçant à l’amour éternel pour les plaisirs d’un soir. Après I love you Philip Morris, John Requa et Glenn Ficarra s’inscrivent dans un genre américain par excellence, la comédie du remariage, dont les rebondissements forment l’échine de Crazy, stupid, love. Ils tentent cependant d’en renouveler le principe en la mariant avec une comédie de mœurs entre Robert Altman (en moins cruel) et James L. Brooks (en moins arthritique), créant autour de l’intrigue principale des micro-intrigues qui se croisent furtivement avant d’entrer en collision dans le dernier acte. Le monde est Stone Ce finale dit d’ailleurs la vérité sur le film tout entier : il est sans arrêt écrasé par sa mécaniqu

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