"Santa & Cie" : on tient enfin le futur classique télévisuel de Noël !

ECRANS | de & avec Alain Chabat (Fr., 1h35) avec également Pio Marmaï, Golshifteh Farahani, Audrey Tautou…

Vincent Raymond | Lundi 4 décembre 2017

Photo : ©Nicolas Guiraud - 2017 LEGENDAIRE / GAUMONT


Comme par un fait exprès, la Saint-Nicolas tombe cette année le jour de la sortie de la nouvelle comédie d'Alain Chabat consacrée au Père Noël. Un Père Noël à sa hotte, c'est-à-dire prêt à transgresser les conventions. En l'occurence de quitter le pôle Nord en avance afin de venir chercher de quoi soigner la soudaine épidémie frappant ses lutins. Sauf que Santa Claus n'ayant pas l'habitude des usages du monde réel, ni des enfants éveillés, il va un peu patiner…

Chabat ne cesse de se bonifier avec le temps. Au départ très inféodé aux ZAZ (ces stakhanovistes du gag visuel/référentiel le distribuant à la mitraillette dans Y a-t-il un pilote dans l'avion et compagnie), le réalisateur-comédien s'est depuis affranchi de ces tutelles d'outre-Atlantique hurlantes pour travailler un registre où la connivence demeure, mais à un niveau plus souterrain : la parodie n'étant plus une finalité, il dispose de plus de place pour sa vaste fantaisie.

Ses multiples niveaux de lecture font de ce film une authentique comédie grand public et familiale, dépourvue de ce kitsch façon glaçage de cupcake dont la majorité des films de Noël sont recouverts. On tient enfin le futur classique diffusé à la télé chaque année pour les fêtes – en attendant, il faut aller le voir en salles. Certes, du fait de la prochaine concurrence stellaire, Santa & Cie ne sera sans doute pas le roi du box-office ; il peut néanmoins viser la couronne de rennes.


Santa & Cie

De Alain Chabat (Fr, 1h35) avec Alain Chabat, Audrey Tautou...

De Alain Chabat (Fr, 1h35) avec Alain Chabat, Audrey Tautou...

voir la fiche du film


Rien ne va plus à l'approche du réveillon : les 92 000 lutins chargés de fabriquer les cadeaux des enfants tombent tous malades en même temps ! C'est un coup dur pour Santa (Claus), plus connu sous le nom de Père Noël... il n'a pas le choix : il doit se rendre d'urgence sur Terre avec ses rennes pour chercher un remède. À son arrivée, il devra trouver des alliés pour l'aider à sauver la magie de Noël.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Kaamelott – Premier Volet" de et avec Alexandre Astier : le Retour du Roi

ECRANS | À la fois prologue et poursuite de la série télévisée, film d’épée et de fantasy, épopée dramatique teintée de notes burlesques et d’éclats symphoniques, Kaamelott – Premier Volet marque le retour attendu de l’inclassable saga arthurienne comme celui du réalisateur Alexandre Astier. Une concrétisation artistique ouvrant sur une prometteuse trilogie.

Vincent Raymond | Mercredi 21 juillet 2021

Deux tailles, deux ambiances… La porosité est faible entre le petit et le grand écran. S’il arrive qu’un succès au cinéma trouve des prolongations en feuilletonnant à la télévision en version longue des sagas (Le Parrain, Jean de Florette/Manon des Sources) ou en donnant naissance à une déclinaison/spin off (M*A*S*H, Fame, L’Arme Fatale, Star Wars : Clone Wars, The Mandalorian…), plus rares sont les séries TV à atteindre les salles. Et encore : sous forme de reboot semi-nostagique, comme en témoignent Chapeau melon et bottes de cuir (1998), The Wild Wild West (1999), Starsky et Hutch (2004) ou The Man from U.N.C.L.E. (2015). Rares exceptions à ce jour, Espace détente (long métrage autour de Caméra café, 2005), Sex and the City (2008) ou Downtown Abbey (2019) ont poursuivi dans la foulée de leur diffusi

Continuer à lire

Alexandre Astier : « J’avais envie de dire aux gens : “vous croyiez connaître Arthur“… »

ATTENTION SPOILERS ! | Attention spoilers ! Alors que sort le mercredi 21 juillet le film plus attendu de l’année, Alexandre Astier revient sur la genèse et le tournage de Kaamelott - Premier Volet. Écriture, personnages, musique, image, distribution… L’auteur-réalisateur-compositeur-interprète aborde tous les postes et ouvre des perspectives. Quitte à se répéter : attention, spoilers ! Vous ne viendrez pas nous dire qu’on ne vous aura pas prévenus !

Vincent Raymond | Mercredi 21 juillet 2021

Alexandre Astier : « J’avais envie de dire aux gens : “vous croyiez connaître Arthur“… »

Dix ans se sont écoulés entre la fin du Livre VI de la série télévisée et Kaamelott - Premier Volet. La même durée dans la fiction pour les personnages (donc l’équipe) que pour le public… Néanmoins, vous avez vécu à la fois avec et sans Arthur durant tout ce temps puisqu’il a été celui de la préparation du film… Alexandre Astier : Il y a déjà un avantage à cet arrêt : la série se termine sur un mec lui-même à l’arrêt, plus du tout concerné par ce qui se passe dans une Bretagne sur laquelle il n’a plus aucun impact, et qui erre à Rome comme un clochard. Le royaume de Logres, aux prises avec ses anciens camarades, est devenu un état dictatorial mené par un taré, dans un bain de collaboration et de résistance. Du point de vue d’Arthur, comme ça ne le concerne plus, ça aurait pu durer vingt ou trente ans. Dire « Je pars ; non, je déconne, en fait, je reviens », ça ne peut pas marcher ! Il faut justement que celui qui ne voudrait pas revenir soit obligé de revenir sur une seule patte. L’autre avantage concerne l’écriture. À

Continuer à lire

Un Noël dans les rues de Tokyo

ECRANS | Animation. Avec le fabuleux "Tokyo Godfathers", le génie regretté de l’animation japonaise Satoshi Kon livrait en 2003 une relecture aussi singulière qu’émouvante du traditionnel conte de Noël.

Damien Grimbert | Mardi 8 décembre 2020

Un Noël dans les rues de Tokyo

S’il reste avant tout célébré pour ses œuvres les plus avant-gardistes et oniriques, marquées par leur approche "subjective" de la réalité (Perfect Blue, Paprika, la série Paranoïa Agent…), Satoshi Kon, disparu en 2010 à l’âge de 46 ans, n’en a pas moins jamais cessé d’aborder en filigrane, tout au long de sa courte mais irréprochable filmographie, les névroses profondes du Japon contemporain. Une exploration sociétale qu’on retrouve une nouvelle fois à l’œuvre dans Tokyo Godfathers, bouleversante quête de trois sans-abri pour retrouver les parents d’un bébé abandonné pendant les fêtes de Noël. Portrait touchant de trois parias cantonnés aux marges de la société (une femme transgenre au grand cœur, une adolescente fugueuse et revêche, et un père de famille ruiné, râleur et alcoolique), le film s’inscrit ainsi ouvertement dans les codes du conte de Noël, tout en les transcendant sans cesse par sa soif romanesque. À la fois récit initiatique, mélodrame flamboyant, chronique sociale, thriller haletant et fable rédemptrice, le métrage multiplie les registres sans jamais se perdre en cours de route, embarquant le spectateur dans un grand-huit émoti

Continuer à lire

"Le Mystère de Noël" : ♪ Lost Christmas ♫

ECRANS | ★★☆☆ De Andrea Eckerbom (Nor., 1h10) avec Trond Espen Seim, Anders Baasmo Christiansen… En salles le 23 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Dans le village de la petite Élisa, on oublie tout, jusqu’à l’existence de la fête de Noël ! La découverte dans un grenier par la fillette d’une étrange boîte à tiroirs ornés de nombres (en fait, un calendrier de l’avent) provoquera d’heureux changements et même la venue du Père Noël… On aimerait tous avoir les disponibilités d’agenda du vieux bonhomme barbu, capable d’ajouter un apéro au village d’à côté, pile la nuit où il doit livrer (sans attestation) chaque foyer du monde ! Moins glauque que Le Grinch, cette fantaisie enfantine venue des neiges norvégiennes tient davantage de l’anecdote que du film épique, mais comme elle est de saison et d’une durée mesurée, on la déguste tel un chocolat chaud : en oubliant l’excès de sucre. Et les incohérences scénaristiques.

Continuer à lire

Noël avant l'heure

Festival | C’est une fête d’anniversaire à laquelle tout le monde peut venir : le collectif Mann’Art(e) souffle dix bougies les soirs des 13 et 14 décembre, à la Salle noire. Au programme : de la danse, de la musique et un dîner philosophique. On vous explique.

Martin de Kerimel | Mardi 10 décembre 2019

Noël avant l'heure

Ils affichent une belle ambition : celle de proposer un rendez-vous « en terres inconnues ». Pas question toutefois de plagier la célèbre émission de télé : pour les membres du collectif Mann’Art(e), le voyage s’effectue d’abord dans l’imaginaire et autour du spectacle vivant. Dix ans déjà que les sept associations artistiques se retrouvent à l’approche des Fêtes, lors d’un événement ouvert à tous : le fameux Noël au balcon. Vendredi 13, le public est invité à s'associer aux festivités à partir de 19h. La soirée s’ouvrira avec les habituels participants des Ateliers Scalène, qui présenteront une chorégraphie de Youtci Erdos. Une rencontre est ensuite prévue autour de l’astrophysicien Aurélien Barrau, réputé pour ses positions tranchées sur les sujets environnementaux. Après un possible dîner sur place (à pré-réserver), les curieux pourront enfin assister à Eos, un « concert dessiné » né de l’imagination de Lise Dieumegard et Soizic Séon. En duo, les deux artistes ont sillonné les mers du monde : avec leur voix… et de la peinture à l’huile, elles évoquent les océans comme frontières naturelles et espaces de liberté. Dansez, m

Continuer à lire

Jean-Noël Scherrer (Last Train) : sa petite entreprise rock...

Concert / Portrait | À bientôt 25 ans, Jean-Noël Scherrer assume la double casquette de leader du groupe Last Train et de directeur de l'agence lyonnaise Cold Fame, combinant avec un infatigable panache et une volonté farouche le rock et l'entrepreneuriat. Alors qu’est sorti en septembre dernier "The Big Picture", deuxième album de son groupe, et qu’il sera jeudi 7 novembre sur la scène de la Belle électrique, on lui a taillé le portrait.

Stéphane Duchêne | Dimanche 3 novembre 2019

Jean-Noël Scherrer (Last Train) : sa petite entreprise rock...

Dans le dernier clip de Last Train, montage d'images réalisé par le guitariste Julien Peultier qui illustre The Big Picture, chanson-titre d’un deuxième album sorti en septembre, on peut voir le quatuor à différentes étapes de sa vie musicale, des premières répétitions alsaciennes aux concerts telluriques devant des foules immenses. On y voit surtout le chanteur Jean-Noël Scherrer électriser le public et le même, à 13 ans, martyriser une guitare trop grande pour lui dans quelque salon de rock'n'roll improvisé à la maison. Peut-être le jeune garçon d'alors s'imagine-t-il, comme tous les ados du monde, dans la peau d'une rock star, leader, chanteur et guitariste d'un groupe qui compterait dans le paysage rock français et même au-delà. Mais ce que le novice d'Altkirch (Haut-Rhin) n'imagine alors sûrement pas, c'est qu'une décennie plus tard, il sera aussi dirigeant et/ou associé de cinq sociétés, formateur, intervenant du Chantier des Francofolies, et surtout patron de Cold Fame, agence de diffusion et de production de concerts basée à Lyon

Continuer à lire

"L'Angle mort" : au revoir mon amour

ECRANS | De Patrick-Mario Bernard & Pierre Trividic (Fr., 1h44) avec Jean-Christophe Folly, Isabelle Carré, Golshifteh Farahani…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Dominick (Jean-Christophe Folly) possède depuis l’enfance l’étrange pouvoir de se rendre invisible. Une faculté dont il fait un usage modéré (chaque "passage" lui coûtant cher en énergie vitale) car elle suscite aussi, surtout, moult quiproquos gênants avec ses proches. Est-ce un don ou une malédiction ? Les histoires de couples perturbés par des interférences créées par des mondes parallèles – ésotériques ou psychiques – forment "l’ordinaire fantasmatique" du cinéma de Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic, collectionneurs de discordances en tout genre. Dancing (2003) et L’Autre (2009) traquaient déjà en effet des irruptions singulières dans ce que l’on nomme la normalité, en adoptant des constructions cinématographiques volontiers elliptiques, mentales ou peu linéaires. Est-ce ici l’influence d’Emmanuel Carrère, qui leur a soufflé l’argument de L’Angle Mort ? Sans déroger à leur propension au fantastique, ce film manifeste un changement de forme radical, adoptant une narration plus posée et une structure de conte contemporain à morale philosophique – comme si R

Continuer à lire

"Je promets d'être sage" : prenez garde !

ECRANS | de Ronan Le Page (Fr., 1h32) avec Pio Marmaï, Léa Drucker, François Chattot…

Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

Lassé par ses années d’échec au théâtre, Franck (Pio Marmaï) se fait recruter comme gardien vacataire dans un musée. Sa présence suscite l’hostilité de Sybille (Léa Drucker), une consœur rigide, mais complète le staff et permet au conservateur de lancer un inventaire des collections. Au grand dam de Sybille … Imaginez ce que peut donner la rencontre d’un chien fou et d’une minette sauvage dans un magasin de porcelaine : à peu de choses près, voilà à quoi équivaut l’association entre Franck et Sybille ; deux caractères tellement dissonants qu’ils sont fatalement faits pour s’entendre. Cette comédie trépidante s’inscrit dans la droite ligne du cinéma de Pierre Salvadori, où prédominent fantaisie des situations, dialogue parsemés d’absurdités cocasses et courses-poursuites. Le réalisateur Ronan Le Page laisse quelques zones d’ombre bienvenues sur le passé de Sybille et donc la latitude de l’imaginer ou le déduire de ses actes. Quel plaisir : rien n’est plus agaçant qu’un scénario où la moindre intention a besoin d’être justifiée. Couronnée cette année pour une prestation dramatique (un registre dans lequel elle

Continuer à lire

Faisez tous comme nous, revoyez "La Cité de la peur"

ECRANS | Ce sera vendredi 31 mai à 19h45 aux Pathé Chavant et Échirolles. Et ce sera forcément culte !

Élise Lemelle | Mardi 28 mai 2019

Faisez tous comme nous, revoyez

Un quart de siècle après la sortie de La Cité de la peur, le film des Nuls (réalisé par Alain Berberian), Alain Chabat et Gérard Darmon (alias Serge Karamazov et le commissaire Patrick Bialès) sont remontés sur les planches. C’était à l’occasion d’une projection commémorative cannoise, et dans le but de redanser la carioca, leur improbable chorégraphie immortalisée dans une scène culte. Comme ils sont partageurs, ils proposent à tout un chacun de retrouver sur grand écran et en version restaurée ce long-métrage devenu depuis l'objet d’un culte bon enfant, et dont pas mal de monde connaît les répliques et l’histoire par cœur. L’histoire, justement, est celle d’un tueur en série qui terrorise le Festival de Cannes en assassinant tous les projectionnistes d’un film d’horreur minable dont il favorise sans le vouloir le succès. Une trame qui n’est bien sûr qu’un prétexte à une avalanche de gags absurdes, scatos, visuels ou encore parodi

Continuer à lire

"Mais vous êtes fous" : de la poudre aux yeux

ECRANS | De Audrey Diwan (Fr, 1h35) avec Pio Marmaï, Céline Sallette, Carole Franck…

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Dentiste apprécié, mari et papa aimant, Roman (Pio Marmaï) cache sa cocaïnomanie. L’une de ses fillettes étant victime d’une surdose, la police et les services sociaux débarquent : la famille entière se révélant positive à la drogue, les enfants sont placés. Et l’image du bonheur parfait est pulvérisée… Audrey Diwan a tiré son argument d’une histoire vraie en modifiant, comme le veut la coutume, les noms et situations des protagonistes afin qu’ils ne soient pas identifiables. Partant d'un fait divers à énigme qui aurait pu ne tenir qu’en un court-métrage (en clair, comment ont-ils tous pu être contaminés par le père ; ce dernier les a-t-il délibérément empoisonnés ?), la réalisatrice a su étoffer son propos en composant un film où l’addiction prend des significations supplémentaires et se transforme en bombe à fragmentation. S’ouvrant sur la dépendance aux stupéfiants, le drame bifurque en effet vers un récit centré autour du manque : celui éprouvé par des parents privés de leur progéniture, et puis surtout celui que les deux amants Roman et Camille (Céline Sallette) officiellement séparés ressentent l’un po

Continuer à lire

Un "Noël au balcon" pour « croiser les publics »

Festival | Fidèle au rendez-vous, la 9e édition du festival « de danse, de théâtre et de musique » Noël au balcon initié par Mann’Art(e) (un « collectif (...)

Alice Colmart | Mardi 11 décembre 2018

Un

Fidèle au rendez-vous, la 9e édition du festival « de danse, de théâtre et de musique » Noël au balcon initié par Mann’Art(e) (un « collectif regroupant plusieurs associations culturelles et artistiques grenobloises ») s’installera cette semaine à la Salle noire des Barbarins fourchus, dans le quartier Bouchayer-Viallet. « C’est un quartier très riche culturellement ! Il y a Cap Berriat, la Belle électrique, l’Ampérage… D’ailleurs, même si on a déjà essayé de le faire par le passé, ce serait intéressant de créer un vrai projet ensemble » explique Christoo Duron, coordinatrice du festival. En attendant, ce Noël avant l'heure réserve bon nombre de surprises, « l’objectif étant de croiser les publics et partager des émotions artistiques à travers une programmation très éclectique ». Au menu, des propositions participatives, « pour profitez ensemble de ces moments que sont les périodes de Noël, ces moments familiaux où l'on se réunit ». Avec, par exemple mercredi 12 décembre, une création jeune public du collectif Grim(m) (« un co

Continuer à lire

Le Père Noël est musicien (ou comédien)

CONNAITRE | Le centre-ville grenoblois se met en mode marché de Noël jusqu'au dimanche 30 décembre. Avec pas mal de concerts et de spectacles.

Aurélien Martinez | Lundi 3 décembre 2018

Le Père Noël est musicien (ou comédien)

Voilà, c’est décembre : le marché de Noël, les petits chalets, le froid… Et les animations proposées sur les différents sites grenoblois (places Victor-Hugo et Grenette et square Docteur-Martin). Car consommer, c’est bien (même si cette assertion est politiquement contestable, mais là n’est pas la question), mais consommer tout en profitant d’un spectacle ou d'un concert gratuit, c’est mieux. Ainsi, square Docteur-Martin (la partie plus "économie sociale et solidaire" du marché de Noël), c’est l’association Mix’Arts, dont on parle souvent dans ces colonnes, qui assure la programmation (que l’on relaiera chaque semaine dans l’agenda papier du journal) tant musicale que spectacle. Et il y aura du prometteur comme, par exemple, l’excellent Quintana Dead Blues Experience (dont on a aussi souvent parlé dans ces pages) vendredi 7 décembre à 18h30, le spectacle Fichtre Diantre présenté comme une « farce médiévale tout public » dimanche 9 à 16h ou encore les efficaces

Continuer à lire

"Mimi & Lisa, les lumières de Noël" : une guirlande d’amis

ECRANS | de Katarina Kerekesova (Slova, 0h47) animation

Vincent Raymond | Mardi 20 novembre 2018

C’est le retour des inséparables Mimi (brunette non-voyante se fiant à tous ses sens) et Lisa (blondinette habituée à foncer tête baissée dans toutes les aventures). Avant de plonger dans le court-métrage grand format (et le temps) donnant son nom à ce programme, elles aident un lombric à se repérer sous terre, cuisent des gâteaux en apprenant à suivre la recette et adoptent ensemble un chien en peluche grognon. La jolie idée de cette série au trait naïf et au rendu "papier-découpé modifié informatique" est de considérer les atouts sensoriels (odorat, tact, goût…) de Mimi plutôt que sa cécité. Mais aussi sa prudence, qui la prémunit des bosses dont Lisa se retrouve gratifiée. Voyantes ou non, les deux copines partagent beaucoup, surtout leur propension à imaginer… l’invisible. En arrière-plan de ces trois épisodes "plus un", on assiste à l’inéluctable rapprochement de leurs parents célibataires (nommés dans la version hexagonale François et Catherine). Voilà qui est peu courant, car l’on a l’habitude de cadres immuables et de séquences ritualisées dans les séries jeune public ; or cette inflexion laisse entrevoir un éventuel foyer commun pour les deux amies

Continuer à lire

"En liberté !" : les magnifiques

ECRANS | Pour compenser ses années de taule, un innocent commet des délits. Sans savoir qu’il est "couvert" par une policière, veuve de celui qui l’avait incarcéré à tort, elle-même ignorant qu’un collègue amoureux la protège… Encore un adroit jeu d’équilibriste hilarant signé Pierre Salvadori, porté par l'excellent duo Adèle Haenel – Pio Marmai.

Vincent Raymond | Lundi 29 octobre 2018

Policière, Yvonne élève son fils dans la légende de son défunt époux Santi, flic héroïque mort en intervention. Découvrant fortuitement que celui-ci était un ripou de la pire espèce, elle entreprend de réhabiliter une de ses victimes, et cause son pesant de dommages collatéraux… Après une parenthèse semi-tendre célébrant les épousailles de la carpe et du lapin (Dans la cour, avec Deneuve et Kervern), Pierre Salvadori revient à ses fondamentaux : une comédie portée par des bras cassés, émaillée d’un franc burlesque et construite autour de mensonges plus ou moins véniels. Qu’ils proviennent de mythomanes pathologiques ou d’affabulateurs·trices d’occasion, qu’ils visent à duper ou à adoucir la vie de ceux qui en sont les destinataires, les gauchissements de la vérité constituent en effet la trame régulière du cinéma salvado

Continuer à lire

Pierre Salvadori « "En liberté !" est le film où Camille Bazbaz me complète et comprend le mieux mon univers »

ECRANS | L’accord entre un cinéaste et son compositeur est la clé invisible de nombreuses réussites cinématographique. Pierre Salvadori le confirme en évoquant sa collaboration harmonieuse avec Camille Bazbaz sur "En Liberté !". Avec, en prime, un solo de Pio Marmaï…

Vincent Raymond | Jeudi 1 novembre 2018

Pierre Salvadori «

Ce n’est pas la première fois que vous travaillez avec Camille Bazbaz… Pierre Salvadori : Oui, c’est le quatrième film ensemble après Comme elle respire, Les Marchands de sable, Hors de prix… Pio Marmaï (surgissant) Quelle fripouille celui-ci. J’adore ! Il a une identité musicale ce film, c’est un chef-d’œuvre – César ou je meurs ! T’imagines, le roublard ? Je veux voir son costume ! Vous l’auriez vu, à Cannes. On avait un look… PS : Moi je m’en fous de l’avoir, mais je prie pour que Camille retire un peu de gloire. Entre nous, c’est une vieille histoire. Comment vous êtes-vous rencontrés ? PS : Par la musique, dans les années 1990. Dans le XVIIIe arrondissement, il y avait un endroit qui s’appelait l’Hôpital Éphémère, un squat, avec des peintres où il avait son studio de répétition. J’allais voir ses concerts

Continuer à lire

"Le Dossier Mona Lina" : promesses trompeuses

ECRANS | de Eran Riklis (Isr-All, 1h33) avec Golshifteh Farahani, Neta Riskin, Lior Ashkenazi…

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Remise d’une mission éprouvante, une agent du Mossad est affectée à une opération en théorie tranquille : veiller le temps de sa convalescence sur une transfuge du Hezbollah libanais, Mona (Golshifteh Farahani), dans une planque sécurisée en Allemagne. Mais les anciens alliés de Mona sont sur ses traces… Qui manipule qui, qui est l’appât, qui est la proie ? À la base complexe (et plongée dans un vortex diplomatique depuis les décisions intempestives de Donald Trump), la situation géopolitique au Levant constitue un terreau favorable pour un bon thriller d’espionnage en prise avec le réel. Rompu aux questions de frontières (voir notamment La Fiancée syrienne en 2005), le réalisateur israélien Eran Riklis n’hésite pas ici à critiquer le cynisme des officines d’État (y compris le sien) manœuvrant en dépit de la morale et en fonction des intérêts du moment, quitte à sacrifier autant de pions (c’est-à-dire de vies) que nécessaire. Après un démarrage tonitruant porté par une musique et une distribution dignes des grandes productions internationales, le film s’engage dans un face-à-face prometteur puisqu’il oppose une renég

Continuer à lire

"La Nuit a dévoré le monde" : Paris, je te zombifie

ECRANS | Jeu d'évasion dans les conditions d’un réel apocalyptique, ce premier long-métrage aussi sobre que maîtrisé réunit un trio brillant autour d’un scénario rigoureux. En peuplant la capitale de zombies désarticulés, Dominique Rocher gagne haut le moignon son Paris.

Vincent Raymond | Lundi 5 mars 2018

Au lendemain d’une nuit agitée, dans un recoin de l’appartement de son ex (où il était venu chercher ses affaires en pleine soirée festive), Sam découvre que le monde est désormais peuplé de zombies. Se pourrait-il qu’il soit l’ultime homme sur Terre ? À lui d’organiser sa survie… De son titre poétique à sa réalisation d’une efficacité à faire pâlir George A. Romero, La Nuit a dévoré le monde s’impose par sa singularité dans un paysage contemporain montrant une insatiable appétence pour le cinéma de genre, et tout particulièrement horrifique. Les séries à succès telles que The Walking Dead ou Les Disparus n’y sont sans doute pas étrangères, elles qui ont également contribué au décloisonnement des univers et prouvé aux derniers rétifs que Cronenberg ou Carpenter sont davantage que des seigneurs (saigneurs ?) dans leur partie gore. Naufrage, ô désespoir Maîtrisant la grammaire du film de zombies, le réalisateur Dominique Rocher installe un climat parfaitement anxiogène de bout en bout : il évite tout temps mort – si l’on ose – en dosant les surgissements de figures terrifiantes et disti

Continuer à lire

Le Marché de Noël de Grenoble, c'est aussi culturel

Concerts et spectacles | Plusieurs concerts et spectacles sont à découvrir jusqu'au 24 décembre.

Alice Colmart | Lundi 4 décembre 2017

Le Marché de Noël de Grenoble, c'est aussi culturel

Sur le marché de Noël de Grenoble, disséminé en centre-ville depuis le 24 novembre, on peut boire du vin chaud, trouver de l’artisanat local, mais aussi profiter d’animations culturelles… ce qui est plutôt sympa ! Dans la partie « équitable et culturelle » située square Docteur Martin et gérée par l’association grenobloise Mix’Arts, groupes et artistes locaux se succèdent chaque jour (sauf les lundis) sur la petite scène. « Du spectacle de cirque au concert de rap en passant par la chanson burlesque, les animations que l’on propose s’éloignent des codes traditionnels » nous explique Fanchon Menart Pajean, chargée de communication de l’association. « Pour preuve, on a déjà accueilli le groupe de reggae et de dub Roots Collective, ou encore le DJ Lakay, mais ce n’est pas fini. Il y aura par exemple la Diva rurale, une chanteuse qui reprend des chansons paillardes de manière classe. » Et aussi le Grenoblois Bleu Russe (David Litavicki ) et son « punk / rap / rock / électro » (c’est lui qui le dit), le crew techno de Nymphony Records, le dub de Docteur B.brain

Continuer à lire

Thierry de Peretti : « Il faut arrêter Astérix en Corse ! »

ECRANS | Avec "Une vie violente", en salle le 9 août, le metteur et scène, acteur et cinéaste Thierry de Peretti consacre un film à son île d’origine, la Corse. Une œuvre politique, loin des clichés, qu’il évoque avec son comédien fétiche Henri-Noël Tabary.

Vincent Raymond | Jeudi 20 juillet 2017

Thierry de Peretti : « Il faut arrêter Astérix en Corse ! »

Thierry, depuis combien de temps portiez-vous Une vie violente ? Thierry de Peretti : Depuis Les Apaches, je cherchais un récit capable d'évoquer la force romanesque de ce que je vois et ressens en Corse – sur la société corse de cette époque-là. Mais pour moi, c’est moins une reconstitution qu’une évocation ou qu’un dialogue avec ces années-là. Ce n’est pas le film ultime sur le nationalisme en Corse et la lutte armée. Le personnage de Stéphane passe par là comme Rimbaud passe par la poésie et se rêve ailleurs. Il est un peu comme le Prince Mychkine dans L’Idiot de Dostoïevski : il nous fait pénétrer plusieurs cercles de la société : les étudiants, les petits voyous, les nationalistes… Henri-Noël, comment vous êtes vous immergé dans ce rôle et ce contexte ? Henri-Noël Tabary

Continuer à lire

"Une vie violente" : bons baisers de Corse

ECRANS | de Thierry de Peretti (Fr., 1h47) avec Jean Michelangeli, Henry-Noël Tabary, Cédric Appietto...

Vincent Raymond | Lundi 17 juillet 2017

Au péril de sa vie, Stéphane sort de sa clandestinité parisienne et retourne en Corse assister aux obsèques de son compagnon d’armes Christophe, qui vient d’être exécuté. Il se remémore leur trajectoire commune… Traitant de la particulière situation corse, si chatouilleuse pour les insulaires, ce film qui fuit le folklore caricatural possède une dimension régionaliste forte. Pour autant, l’histoire n’a rien d’hermétique pour les "pinzuti" : le contexte, aussi dramatique que politique, est détaillé par des cartons explicites. On assiste ici à une scission dans les rangs des indépendantistes, entre une composante minoritaire inspirée par une doctrine marxiste, et une frange davantage tentée par le banditisme. À ces "philosophies" irréconciliables s’ajoutent des querelles personnelles, qui tournent vite, promiscuité oblige, en peines capitales. S’ouvrant sur un plan choc (et cependant sans gratuité ni complaisance) montrant frontalement l’abomination d’une élimination "typique", Une vie violente évoque par moments la tragédie grecque, en particulier lors d’un déjeuner de veuves. Entre rires

Continuer à lire

"Ce qui nous lie" : millésime de qualité pour Cédric Klapisch

ECRANS | D’une vendange à l’autre, une fratrie renoue autour du domaine familial… Métaphore liquide du temps et de la quintessence des souvenirs précieux, le (bon) vin trouve en Cédric Klapisch un admirateur inspiré. Un millésime de qualité, après une série de crus inégaux.

Vincent Raymond | Lundi 12 juin 2017

Dix ans après avoir laissé sa Bourgogne pour courir le monde, Jean (Pio Marmaï) s’en revient au domaine viticole familial, alors que son père agonise. Oubliant rancune et rancœur, dépassant les tracas administratifs, il s’emploie avec sa sœur (Ana Girardot) et son frère (François Civil) à réussir le meilleur vin possible. Le travail d’un an, le travail de leur vie… Loin de délaisser la caméra ces mois passés (il a en effet enchaîné pour la télévision la création de la série Dix pour cent et des documentaires consacrés à Renaud Lavillenie) Cédric Klapisch a pourtant pris son temps avant de revenir à la fiction sur grand écran. Une sage décision, au regard de ses dernières réalisations : sa sur-suite facultative et paresseuse à L’Auberge espagnole en mode cash-machine ou son recours systématique au film choral néo-lelouchien constituaient autant de symptômes d’un essoufflement préoccupant.

Continuer à lire

Cédric Klapisch : « Le drame se fabrique avec du rien »

Interview | On a rencontré le fameux réalisateur qui, avec "Ce qui nous lie", livre un beau drame familial autour du vin.

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Cédric Klapisch : « Le drame se fabrique avec du rien »

Qu’est-ce qui, dans Ce qui nous lie, vous a amené à parler du vin et de la transmission aujourd’hui ? Cédric Klapisch : C’est toujours compliqué de savoir pourquoi l’on fait un film. En tout cas, c’est sûr que le vin m’intéresse, pas seulement parce que je l’aime mais parce que c’est un produit qui contient du temps. Je voulais terminer par quelqu’un qui boit un verre de vin contenant tout ce que l’on a vu dans le film, mais j’ai placé ce plan assez tôt. Les personnages boivent le vin de leur grand-père, de leur père… On sent que dans le verre, il y a une personne qui s’est exprimée. Au-delà de ça, le film raconte que le vin est à la fois un savoir-faire que l’on apprend par ses parents, un terroir, tellement de choses qui n’existent dans aucun autre produit. Le vin a quelque chose de mythologique, avec des dieux (Dionysos, Bacchus) très signifiants, qui mélangent la raison et le côté irrationnel. Bref, des choses assez complexes. Étrangement, le

Continuer à lire

"Paterson" : poète, vos papiers (du véhicule)

ECRANS | Une semaine ordinaire dans la vie de Paterson, chauffeur de bus à Paterson, New Jersey, et poète à ses heures. Après la voie du samouraï, Jim Jarmusch nous indique celle d’un contemplatif alter ego, transcendant le quotidien sur son carnet. Une échappée hors du temps bienvenue.

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Dalí soutenait que la gare de Perpignan était le centre du monde. Alors la ville de Paterson, avec ses rues peu fréquentées, ses murs de briques rouges et sa quiétude provinciale, ne pourrait-elle pas être le nord magnétique de la poésie américaine ? Escale obligée – semble-t-il – pour une foule de maîtres du verbe, de Ginsberg à Iggy Pop, ce cadre apparemment dépourvu de pittoresque et de distractions a inspiré le poète et romancier américain William Carlos Williams tout au long de sa carrière. Il est aussi la patrie d’un bien nommé Paterson, émule du précédent ; le lieu d'où il compose son œuvre dans le secret d’un carnet de notes, sans jamais se départir de son impassibilité. Citoyen en apparence quelconque d’une ville banale, Paterson trouve dans son train-train matière à émerveillement, transmutant les choses vues en vues singulières. Carnet de notes sur revêtement de ville Emboîtant les pas de ce scribe machiniste, Jim Jarmusch révèle le caractère ininterrompu du processus d’écriture : entre la cristallisation de l’inspiration et la fixation du texte sur le papier, les mots s’affichent, s’accumulent, s’agencent dans son esprit – et, pour nou

Continuer à lire

"Go Home" : maison, dure maison

ECRANS | de Jihane Chouaib (Fr.-Sui.-Bel.-Lib., 1h38) avec Golshifteh Farahani, Maximilien Seweryn, François Nour…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Longtemps après avoir dû quitter la maison familiale, une Libanaise exilée en Europe est de retour pour exhumer des souvenirs et élucider un mystère datant de son enfance malgré l’indifférence – voire l’hostilité du village. Creuser le passé comme on déblaye un sol jonché de détritus ; réinvestir sa maison pour se réapproprier son histoire… La métaphore choisie par Jihane Chouaib est plutôt transparente dans ce film à certains égards austère : silences, obscurité, intériorité, permanence d’un deuil, tension continue et surtout machisme latent. Dans ce village où règne la tradition du patriarcat, Nada l’héroïne est ignorée, tandis que son frère considéré comme un messie – guère surprenant, mais toujours consternant. La réalisatrice dépeint l’inconscient d’un pays marqué par la guerre, où le refoulé a encore de beaux jours devant lui grâce à l’omerta. Comédienne caméléon pour toutes les productions moyen-orientales, Golshifteh Farahani constitue davantage qu’une colonne vertébrale à ce film, hanté à chaque plan ou presque par sa beauté douloureuse ; elle en est quasiment la raison d’être.

Continuer à lire

"L’Odyssée" : aquatique en toc

ECRANS | de Jérôme Salle (Fr., 2h02) avec Lambert Wilson, Pierre Niney, Audrey Tautou…

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Rien de tel qu’un biopic pour hameçonner public et récompenses. Alors imaginez qu’on en consacre un à l’icône Jacques-Yves Cousteau… c’est du dragage dans les grandes profondeurs ; de la pêche à la dynamite – pour reprendre ses gaillardes méthodes de recensement des espèces pélagiques. Sauf que "JYC", comme tout un chacun, n’était pas clair comme de l’eau de roche et Jérôme Salle n’a pas réussi à trancher entre l’hagiographie consensuelle ou l’étude critique des nombreuses vies du bonhomme. Faussement âpre pour ne pas paraître (trop) complaisant, son film est pareil à un grand livre privilégiant les belles images en couleurs, arrachant celles qui seraient trop ternes ou gênantes – ah, l’art pratique de l’ellipse ! Si Jérôme Salle ménage la dorure de la statue du Commandant, il montre cependant la course perpétuelle après l’argent de cet utopo-égoïste plus imbu de sa propre publicité et de ses aventures que du destin de ses proches ou de celui de la planète. Le vieux cabot de mer s’est mué sur le tard en héraut de l’environnement : une conversion devant beaucoup à son fils Philippe (Pierre Niney), et au fait que son aud

Continuer à lire

"Vendeur" : elle n'est pas belle ma cuisine ?

ECRANS | de Sylvain Desclous (Fr., 1h29) avec Gilbert Melki, Pio Marmai, Pascal Elsoplus…

Vincent Raymond | Mardi 3 mai 2016

Grandeur et servitudes des cuisinistes… Vendeur rend hommage à un métier qui, lorsqu’il est bien exercé, emprunte son spectaculaire au jeu d’acteur et à son habileté à l’art de l’escroc, tout en cumulant pour l’officiant le stress engendré par ces deux activités. Davantage qu’aux façades brillantes ou aux réussites de la profession, Sylvain Desclous s’intéresse à ses coulisses, à ses recoins sombres et aux contrastes métaphoriques qu’ils révèlent. Aux magasins où les commerciaux font l’article autour de modèles étincelants, il oppose ainsi les hôtels impersonnels et les cafétérias interchangeables des zones d’activité, où les vendeurs se posent entre deux “représentations”. Se consumant dans le négoce de la promesse, le héros Serge (sur)vit dans un présent permanent et contagieux, puisque son fils habite une maison inachevée, et son père se contente d’un minimum pour subsister. Serge semble autant de passage dans son existence que les clients en transit dans les galeries marchandes, dans l’attente d’être harponnés.

Continuer à lire

Les Malheurs de Sophie

ECRANS | Cinéaste aux inspirations éclectiques (mais à la réussite fluctuante), Christophe Honoré jette son dévolu sur deux classiques de la Comtesse de Ségur pour une surprenante adaptation à destination des enfants autant que des adultes… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Lundi 18 avril 2016

Les Malheurs de Sophie

La filmographie de Christophe Honoré ressemble à la boîte de chocolats de Forrest Gump (« on ne sait jamais sur quoi on va tomber »), à la différence notable que chacune de ses douceurs est dûment ornée d’une étiquette… omettant de signaler sa teneur en poivre ou piment. Résultat : appâtés par ses distributions appétissantes, becs sucrés et novices ressortent invariablement de ses films la gueule en feu ; quant aux autres, à force d’être échaudés, ils ont appris la méfiance et à espérer davantage de saveur dans la “seconde couche”, lorsque l’enrobage les déçoit. Sophistication, heurs et malheurs Bien que prolifique auteur de romans jeunesse, Honoré n’avait encore jamais franchi le pas au cinéma, où il flirte avec un public de préférence âgé de plus de 16 ans. S’emparant d’un pilier des bibliothèques respectables que sont Les Malheurs de Sophie, il procède à l’inverse de Jean-Claude Brialy, lequel avait réalisé en 1981 une transposition sagement premier degré, aux remugles de vieille confiture. Plutôt qu’égrener les sottises de la gamine dans une enfilade de saynètes (ce que l’ouvrage, dans sa forme théâtrale, incite à faire, et l’amorce du

Continuer à lire

Noël tardif au Magasin

ARTS | En parallèle de l'exposition de Didier Faustino prolongée jusqu'au 27 mars, le Magasin présente les lauréats de ses expositions de Noël 2013 et 2014. L'occasion de retrouver des artistes intéressants, avec comme grand gagnant le médium vidéo.

Charline Corubolo | Mercredi 24 février 2016

Noël tardif au Magasin

Quand, chaque année au mois de décembre, la célébration de la naissance du divin enfant approche, le Magasin, centre national d'art contemporain de Grenoble, n'est pas avare en cadeaux et propose sa traditionnelle exposition de Noël. Organisée depuis 2007 à l'Ancien musée de peinture place de Verdun, elle rassemble entre 20 et 30 artistes ayant un lien avec la région Rhône-Alpes. Une proposition qui permet une ouverture sur la création artistique locale, et qui se trouve accompagnée de la remise de deux distinctions : le prix de la Ville de Grenoble, décerné par le jury qui a sélectionné les jeunes créateurs, et le prix Édouard Barbe, donné par un groupe de collectionneurs. Pour chaque cru, deux artistes sont donc mis en avant et fort d'une excellente cuvée en 2013, dont un prix ex aequo, et en 2014, le Magasin présente aujourd'hui les lauréats de ces deux éditions, dans ses murs cette fois-ci. Le temps d'une exposition sont ainsi réunis les couronnés Laura Haby, Mükerrem Tuncay, Stéphanie Solinas, Laura Kuusk et Christophe Tournay. Un concentré de talents contemporains qui s'expriment en photographie, en installation, en peinture et en vidéo. Gloire à la vi

Continuer à lire

Noël ne se passe pas comme prévu

ARTS | Pour sa neuvième édition, l'exposition de Noël du Magasin s'avère inégale même si certains artistes méritent le détour. Direction l'Ancien musée de peinture.

Charline Corubolo | Mardi 22 décembre 2015

Noël ne se passe pas comme prévu

Le Magasin, centre national d'art contemporain de Grenoble, dévoile en cette fin d'année sa désormais traditionnelle Exposition de Noël à l'Ancien musée de peinture. Ayant pour ambition de présenter dans un même lieu une sélection hétéroclite d'artistes contemporains de la région Rhône-Alpes, cette nouvelle édition tient malheureusement plus du déballage de cadeaux de Noël que de la manifestation défricheuse de nouveaux talents artistiques. Comme au petit matin du 25 décembre, il y a certaines pièces présentées place Verdun que l'on souhaiterait échanger sur eBay. Mais fort heureusement ça reste Noël, avec dans le lot toujours de bonnes surprises. On (re)trouve les photographies de nature mortifère d'Alexis Berar découvertes en octobre à la galerie Ex Nihilo. Jérôme Cavaliere et Stéphane Déplan, eux, présentent une vidéo intitulée Désaccords faite de séquences de baston récupérées sur Internet sur lesquelles ont été apposés des sous-titres ironiques sur le discours de l'art. Dès lors, un dialogue plein d'humour et de

Continuer à lire

Il était une fois la peinture avec Pécarrère et Lucci

ARTS | Malgré des techniques et des modèles différents, les univers de Marie-Noëlle Pécarrère et Dominique Lucci se croisent et s'entremêlent dans une sorte de manifeste pour la peinture figurative. Donnant la primeur aux signes, les deux artistes esquissent un fil enchanté et désenchanté empreint de métamorphoses. Un fil à suivre à l'Espace Vallès. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Mardi 8 décembre 2015

Il était une fois la peinture avec Pécarrère et Lucci

La peinture et la figuration ont souffert un certain moment d'un manque d'intérêt, notamment durant la deuxième moitié du XXe siècle, lorsque l'abstraction américaine était légion malgré le pop art. La peinture figurative, pourtant porteuse d'une créativité narrative puissante, annonce néanmoins depuis quelques années un retour excitant. C'est avec ingéniosité que l'Espace Vallès le démontre en mettant en parallèle deux artistes adeptes d'une imagerie absurde et poétique, et en pinceaux donc. Dominique Lucci, Grenoblois exposé plusieurs fois dans la région, et Marie-Noëlle Pécarrère, Marseillaise dévoilée en Isère, travaillent des symboles appartenant à la mémoire collective pour aboutir à de nouvelles histoires issues de leur onirisme personnel mais dont la portée visuelle et le discours dissimulé finissent par trouver un écho commun. Par un jeu d'hybridations, animalières ou végétales, les deux artistes au style maniériste convoquent la banalité de la vie : Dominique Lucci en projetant des objets du quotidien dans ses univers en noir et blanc, Marie-Noëlle Pécarrère en tissant des références multiples dans ses œuvres. Une confrontation qui, dès lors, plonge le regard

Continuer à lire

"Une étoile pour Noël" : bonté pas si divine par Nasser Djemaï

Théâtre | Avec "Une étoile pour Noël", l’auteur, metteur en scène et comédien (oui, tout ça à la fois) Nasser Djemaï livre un seul-en-scène survolté et drôle au sous-texte percutant. Ou comment un gamin prénommé Nabil va accepter de s’appeler Noël pour se conformer aux désirs de certains adultes – et, plus largement, d’une partie de la société. Une recréation (le spectacle a vu le jour dix ans plus tôt) plus que bienvenue qui nous a donné envie d’en discuter avec son concepteur. Magnéto.

Aurélien Martinez | Mardi 13 octobre 2015

Une étoile pour Noël ou l’ignominie de la bonté : voilà qui est on ne peut plus clair. Nasser Djemaï ne masque pas le propos qui l’anime en l’affichant clairement dans le titre de son spectacle. Il nous l’explique, au lendemain de la première à la MC2 de la nouvelle version de cette pièce qui a vu le jour en 2005. « Le modèle dominant me fascine beaucoup. Toutes ces valeurs et tous ces codes qui se déversent sur nous en permanence : voilà comment il faut être, voilà comment il faut penser. Je trouve qu’il y a une vraie fracture avec une partie de la population qui ne se reconnaît pas dans ces valeurs plutôt bourgeoises, catholiques et blanches. » Une étoile pour Noël, c’est en partie son histoire : celle d’un gamin que la grand-mère d’un de ses camarades de classe a décidé de prendre sous son aile pour l’élever, « pour en faire une personne modèle ». « C’est vraiment comment faire en sorte, avec la plus grande bonté et le plus grand amour sincère, que ce petit soit à l’abri de tout. C’est toute l’ambigüité de la bienveillance : comment on projette des choses par rapport à soi. »

Continuer à lire

"Microbe et Gasoil" : Michel Gondry en mode nostalgie créative

ECRANS | Un road movie dans une voiture bricolée avec deux ados en marge de la jeunesse versaillaise : Michel Gondry signe un film simple et très personnel, qui carbure à l’humour et à la nostalgie.

Christophe Chabert | Mardi 7 juillet 2015

Insaisissable Michel Gondry ! Alors s’être embourbé dans une adaptation coûteuse de L’Écume des jours, il revenait quelques mois plus tard avec un petit film enthousiasmant où il partait à la rencontre de Noam Chomsky… Il en est ainsi depuis qu’il est passé de réalisateur de clips à cinéaste : il alterne les registres et les budgets, navigue entre la France et Hollywood, préservant une certaine idée du "do it yourself" dont il fait soit la matière de ses films, soit leur sujet. En cela, Microbe et Gasoil, film simple, léger dans son tournage comme dans son résultat à l’écran, est bien plus qu’une parenthèse récréative dans son œuvre ; c’est peut-être là où il dit le mieux la vérité de son projet. Et pour cause : il replonge dans les souvenirs de sa propre enfance, qu’il projette dans une France d’aujourd’hui comme pour la marquer d’un sceau d’intemporalité. Microbe et Gasoil, ce sont deux héros adolescents en goguet

Continuer à lire

"Réalité" : il était une fois le cinéma

ECRANS | Un caméraman qui veut tourner son premier film d’horreur, un producteur instable, un animateur atteint d’un eczéma imaginaire, une petite fille nommée Réalité… Avec ce film somme et labyrinthique, aussi drôle que fascinant, Quentin Dupieux propulse son cinéma vers des hauteurs que seul un David Lynch a pu atteindre ces dernières années.

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Vient toujours un moment, dans la carrière d’un cinéaste digne de ce nom, l’envie de tourner son Huit et demi (film de Fellini), c’est-à-dire une grande œuvre réflexive sur la manière dont il aborde le cinéma : Truffaut avec La Nuit américaine, Almodovar avec Étreintes brisées, David Lynch avec Mulholland drive… Quentin Dupieux, qui avait déjà approché la question dans Rubber à travers des spectateurs regardant avec des jumelles le film en train de se dérouler sans caméra, ni équipe, ni projection, en fait le cœur de Réalité. Le titre lui-même est un leurre sublime : ici, la réalité est sans doute ce qu’il y a de plus incertain et fluctuant, toujours contaminée et reformulée par le cinéma et la fiction. En fait, ce n’est pas la réalité que le film cherche à capturer, mais une petite fille prénommée Réalité, que l’on filme en train de dormir et dont on veut atteindre le subconscient – autrement dit, la capacité à produire de l’imaginaire. Dans la boucle folle que le scénario finira par créer, on comprendra que cet imaginai

Continuer à lire

Déballage de Noël

ARTS | Pour sa huitième édition, l'exposition de Noël du Magasin s'est allégée pour notre plus grand bien. Certes, il y a comme toujours à boire et à manger lorsqu'il (...)

Charline Corubolo | Mardi 9 décembre 2014

Déballage de Noël

Pour sa huitième édition, l'exposition de Noël du Magasin s'est allégée pour notre plus grand bien. Certes, il y a comme toujours à boire et à manger lorsqu'il s'agit d'une sélection, mais par rapport à l'an passé, la scénographie est mieux gérée – plus aérée et lisible afin de rentrer aisément dans les œuvres intéressantes. Parmi les 19 artistes sélectionnés en région Rhône-Alpes (contre 28 en 2013), six ont retenu notre attention. Avec les sculptures Tablée I et Tablée II, Jérôme Dussuchalle propose un ensemble de formes en continu rythmées par des ruptures. Telle une analyse fragmentaire de la Terre, les deux pièces évoquent l'architecture et la topographie qui animent nos imaginaires collectifs. L'installation Une partie indivisible de sa scénographie aquatique, La Piscine d'Amélie Giacomini et Laura Sellies est la résultante d'une recherche menée sur la natation synchronisée et d'une performance. Les éléments mis en place suffissent à évoquer cet univers dans lequel la surface de l'eau devient la limite entre le spectacle et l'effort d'un corps. Il en est de même pour l’œuvre Freedonia de Vincent Guillermin et Laur

Continuer à lire

Noël rock’n’roll

CONNAITRE | Chaque année avant Noël, on a droit au sympathique petit festival Noël au balcon du collectif Mann’art(e), toujours guidé par un souci de convivialité et de (...)

Charline Corubolo | Mardi 9 décembre 2014

Noël rock’n’roll

Chaque année avant Noël, on a droit au sympathique petit festival Noël au balcon du collectif Mann’art(e), toujours guidé par un souci de convivialité et de pluridisciplinarité. Et cette année encore, il y a aura de tout pendant ces trois jours (les 11, 12 et 13 décembre, aux Salles noire et blanche) : un apéro, des spectacles, des courts-métrages, ainsi que plusieurs concerts. Dont un des Barbarins fourchus intitulé The Shaggy Barbares. À l'occasion d'une répétition publique dans leur Salle noire, nous avons pu en découvrir un aperçu. Librement inspiré de l'histoire mythique du groupe The Shaggs dont on se faisait écho la semaine dernière dans le Petit Bulletin (l’un des pires groupes de l’histoire du rock – mais « meilleur que les Beatles » selon Zappa !), le nouveau projet des Barbarins divulgue un son rock gravé au fer rouge par une voix suave qui manie aussi bien l'anglais que le français. En pleine recherche d'épuration musicale, le groupe grenoblois lui aussi mythique n'en perd pas son mordant légendaire en s’aventurant au cœur des années

Continuer à lire

« Un marché de Noël dynamique et fun »

CONNAITRE | Il y a de l'ambiance au marché de Noël de Grenoble cette année ! Reggae, soul, rock, hip hop, gospel et bien d'autres encore se sont invités jusqu'au 24 décembre pour casser l'image traditionnelle de cet incontournable des fêtes de fin d'année. Reportage. Adeline Gailly

Aurélien Martinez | Vendredi 28 novembre 2014

« Un marché de Noël dynamique et fun »

Une musique forte, puissante et un bruit de foule se font entendre dans le centre-ville de Grenoble, ce jeudi 27 novembre. On se laisse guider, pour déboucher au milieu de quelques centaines de personnes regroupées au pied d'une vaste scène, en plein cœur du marché de Noël, place Victor-Hugo. Le groupe de reggae I Woks Sound s'est approprié les lieux le temps d'une soirée pour galvaniser les Grenoblois venus flâner parmi les chalets illuminés. Mélanger vin chaud, décorations de Noël avec un show de reggae, ragga, hip hop, il fallait oser, et la recette prend. Beaucoup sont venus spécialement pour le spectacle, comme Tom, 19 ans : « S'il n'y avait pas eu le concert, je ne serais pas venu au marché de Noël. » L'événement a attiré une majorité de jeunes venus profiter d'un concert gratuit entre amis. Certains flâneurs s'arrêtent un instant, intrigués, quand d'autres dégustent un morceau tout en appréciant l'ambiance. Et les exposants s'en réjouissent : « J'aime bien le reggae et en plus ça amène du monde. » Au milieu d'allées qui ne désemplissent pas, les acheteurs sont au rendez-

Continuer à lire

Panique chez les jouets

ECRANS | De Joël Simon, Bruno Collet, Vincent Patar et Stéphane Aubier (Fr-Belg, 43 min) animation

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

Panique chez les jouets

À l’approche de Noël, les programmes réunissant plusieurs courts pour enfants se multiplient. Mais Panique chez les jouets est clairement à part. S’adresse-t-il vraiment au jeune public ? Sans doute, mais il y a fort à parier que les adultes y prendront autant, voire plus, de plaisir. Notamment face à La Bûche de Noël, servi en dessert du programme, le nouveau délire de Patar et Aubier, créateurs des mythiques PicPic André, qui reprennent les personnages de leur long Panique au village pour trente minutes de conte de Noël parfumé à la bière belge. On y retrouve cette alliance démente entre minimalisme et littéralité (les trois personnages principaux, Cowboy, Indien et Cheval, sont des figurines de… cowboy, d’indien et de cheval) autorisant ensuite toutes les élucubrations – comme tenter de récupérer la dernière bûche du supermarché, achetée par le fermier Steven, grand numéro vocal d’un Poelvoorde braillard et hilarant, ou organiser une soirée techno avec la police et le garde-barrière. Depuis Panique au village, l’animation des personnages a gagné en souplesse, l’hystérie est moins systématique et le scénario, plutôt bien cha

Continuer à lire

Dans la cour

ECRANS | Rencontre dans une cour d’immeuble entre un gardien dépressif et une retraitée persuadée que le bâtiment va s’effondrer : entre comédie de l’anxiété contemporaine et drame de la vie domestique, Pierre Salvadori parvient à un équilibre miraculeux et émouvant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2014

Dans la cour

En pleine tournée et avant même le début du concert, Antoine décide de ne plus chanter dans son groupe de rock. Plus la force, plus le moral. Après un rapide passage par Pôle emploi, il est engagé comme gardien d’immeuble par Mathilde, nouvellement retraitée. Quelques jours plus tard, Mathilde découvre une fissure dans le mur de son appartement, et cette lézarde va devenir une obsession ; la voilà persuadée que c’est tout l’immeuble qui menace de s’effondrer. Pendant ce temps, Antoine doit faire face aux doléances des autres voisins, dont un architecte à fleur de peau et un marginal trafiquant de vélos. Le dernier film de Pierre Salvadori rompt ainsi avec les tentatives lubitschiennes de Hors de prix et De vrais mensonges pour revenir à ses premières amours : la comédie douce-amère en forme de chronique du temps présent et, surtout, du temps qui passe. Antoine est à bout de souffle social et sentimental, Mathilde en

Continuer à lire

Halloween vs Noël

ECRANS | D’un côté, il y a Jack, grand squelette qui règne sur le monde d’Halloween et ses monstres effrayants ; de l’autre, il y a la ville de Noël et son Santa (...)

Christophe Chabert | Vendredi 13 décembre 2013

Halloween vs Noël

D’un côté, il y a Jack, grand squelette qui règne sur le monde d’Halloween et ses monstres effrayants ; de l’autre, il y a la ville de Noël et son Santa Claus empâté. Mais voilà : Jack en a un peu ras la citrouille de faire peur, et aimerait bien aller faire un tour chez son voisin merveilleux. Unanimement applaudi grâce à Edward aux mains d’argent et au deuxième Batman, Tim Burton, ici producteur et auteur, retrouvait avec cet Étrange Noël de Monsieur Jack l’animation de ses débuts chez Disney, dont il s’était fait éjecter comme un malpropre pour cause d’imaginaire trop tordu. L’histoire du film peut d’ailleurs se lire comme un pied de nez à cette anecdote biographique : comment un grand gamin torturé, mal coiffé et à l’inspiration macabre et gothique tente d’infiltrer l’usine à rêves pour y apporter un peu de fraîcheur et de modernité. La revanche de la marge sur la norme, de l’excentricité baroque sur le conformisme lénifiant, voilà à quoi se résume le parcours de Jack, dont on tombe instantanément amoureux tant Burton et son réalisateur Henry Sellick – qui plus tard signera le très beau

Continuer à lire

Collectes en tous genres

ARTS | Proposer une exposition sur le principe d’un appel à candidatures comporte des risques : recevoir des choses de qualité diverse. Une supposition qui se vérifie avec l’exposition de Noël organisée par le Cnac jusqu’à la fin décembre à l’Ancien Musée de Peinture. Zoom sur les pièces présentées qui ont retenu notre attention. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Lundi 9 décembre 2013

Collectes en tous genres

Pour la nouvelle édition de l’exposition de Noël du Magasin, 28 artistes ont été sélectionnés parmi 237 dossiers. Et parmi ces 28 artistes, une dizaine propose des œuvres fines et percutantes, à l’image de Mükerrem Tuncay et sa vidéo When you were a kid, were you afraid of your shit ? (2012) qui lui a valu le prix la Ville de Grenoble. Se faisant face à face autour d’une table, deux femmes portant les mêmes nom et prénom s’adonnent à une forme particulière d’interview. Sorte d’introspection, la jeune femme de dos interroge la vieille dame, projection supposée d’elle-même. Les interstices entre le présent et le passé se dessinent à travers le dialogue, avec humour. La narration permet de mettre en lumière le travail du temps, et c’est avec amusement que le public peut s’identifier dans certaines questions. Le montage ingénieux dévoile les transformations physiques et psychiques qu’un être humain encourt durant sa vie. Stéphanie Solinas s’intéresse, elle, plus particulièrement à l’individu passé. Lauréate du prix des Collectionneurs, l’artiste offre une pièce complexe et sensible. Le déserteur (2010-2013), véritable travail de la mémoire, redonne vie à de

Continuer à lire

Éclectiquement vôtre

CONNAITRE | Chaque fin d’année depuis trois ans, Noël au balcon pointe son nez. Un festival organisé par le collectif Mann'Art(e) qui regroupe des compagnies d’artistes (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 5 décembre 2013

Éclectiquement vôtre

Chaque fin d’année depuis trois ans, Noël au balcon pointe son nez. Un festival organisé par le collectif Mann'Art(e) qui regroupe des compagnies d’artistes et plusieurs associations d’actions culturelles. D’où un événement qui brasse large, guidé par l’envie de créer un cadre agréable propice au spectacle comme au rassemblement populaire – les salles blanche et noire, où se déroulent les trois jours de festivités, sont des lieux parfaitement adaptés (pas de rapport figé et frontal artiste-public, vastes espaces de déambulation, ...). « Pour une autre approche de cette période de fête » dixit les organisateurs. Niveau programmation, on a surtout envie de mettre en avant le spectacle Cake Shop d’Isabelle Üski et Sébastien Coste. Un concert-dansé d’une grande intensité (comme on l’avait déjà écrit dans nos colonnes – interview toujours en ligne) qui a malheureusement été trop peu vu. Ce sera pour le je

Continuer à lire

Casse-tête chinois

ECRANS | De Cédric Klapisch (Fr, 1h54) avec Romain Duris, Audrey Tautou, Cécile de France…

Christophe Chabert | Vendredi 29 novembre 2013

Casse-tête chinois

Après L’Auberge espagnole et surtout l’affreux Les Poupées russes, il y avait de quoi redouter les retrouvailles entre Cédric Klapisch et son alter ego romanesque Xavier-Romain Duris. Or, Casse-tête chinois se situe plutôt dans la meilleure veine du cinéaste, celle de Peut-être et de Paris, lorsqu’il baisse les armes de la sociologie caustique – que Kyan Khojandi, qui fait un petit coucou dans le film, a customisé dans sa série Bref – pour se concentrer sur la singularité de ses personnages et laisser parler une certaine mélancolie. Il faut dire que ce troisième volet raconte surtout des séparations, des renoncements et des désenchantements, sans pour autant que cela vaille constat générationnel ou métaphore de l’état d’un monde. New York n’est jamais regardé béatement pour son exotisme – ce n’est pas Nous York, donc – mais comme une ville à appréhender dans son multiculturalisme, sa géographie, son prix et ses tracas. Sur

Continuer à lire

"L’Écume des jours" : mais qu'est-il donc arrivé à Michel Gondry ?

ECRANS | Avec cette adaptation du roman culte de Boris Vian, Michel Gondry s’embourbe dans ses bricolages et recouvre d’une couche de poussière un matériau littéraire déjà très daté. Énorme déception.

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

Plus madeleine de Proust adolescente que véritable chef-d’œuvre de la littérature française, L’Écume des jours avait déjà fait l’objet d’une adaptation cinématographique, devenue difficile à voir pour cause de gros échec à sa sortie en salles. Le cinéma français ayant redécouvert les vertus de son patrimoine littéraire, voici donc Michel Gondry qui s’y colle. Le moins que l’on puisse dire est que, là où beaucoup auraient jugé l’univers métaphorico-poétique de Vian ardu à transposer à l’écran, Gondry est face à lui comme un poisson dans l’eau, trouvant une matière propice à déverser toutes ses inventions visuelles. Trop propice, tant les premières minutes du film fatiguent par leur accumulation d’idées passées au broyeur d’un montage hystérique. On n’a tout simplement pas le temps de digérer ce qui se déroule sous nos yeux, Gondry enchaînant à toute blinde les trouvailles, multipliant les accélérés, les changements d’échelle ou les trucages à la Méliès. D’une certaine manière, sa fidélité à Vian est déjà un handicap : là où il aurait pu faire le tri, il préfère empil

Continuer à lire

Syngué Sabour

ECRANS | D’Atiq Rahimi (Fr-All-Afghanistan, 1h42) avec Golshifteh Farahani, Hamidreza Javdan…

Christophe Chabert | Vendredi 15 février 2013

Syngué Sabour

Il faut reconnaître à Atiq Rahimi une bonne décision, peut-être la seule de cette auto-adaptation de son roman goncourisé : miser énormément sur son actrice principale, l’épatante Golshifteh Farahani, pour apporter une force d’incarnation très troublante à son personnage, une vie que le scénario, chargé d’intentions et de vouloir-dire, ne cesse de lui dénier. Car le discours de Rahimi pèse une tonne : il ne s’agit pas seulement pour cette femme de raconter le présent des événements à son époux dans le coma, mais aussi de révéler derrière le héros de guerre célébré le mari négligent et sourd au désir de sa compagne. Récit d’émancipation très théorique, dont l’horizon est beaucoup trop évident : dire que la femme afghane n’a pas encore gagné le droit d’exister en tant que femme. Le film se heurte aussi à son dispositif, qui n’arrive jamais à être tout à fait cinématographique. Rahimi a beau essayer d’aérer l’action, celle-ci revient toujours entre les quatre murs de la maison où elle se retrouve mise en mots, pure paraphrase des images. Un sujet traité en thèse, antithèse, synthèse, un rapport purement illustratif à la mise en scène, un zeste de bonne conscience : Syngué Sabou

Continuer à lire

Turf

ECRANS | De Fabien Onteniente (Fr, 1h42) avec Édouard Baer, Alain Chabat, Lucien Jean-Baptiste…

Christophe Chabert | Jeudi 7 février 2013

Turf

Dire du mal de Turf revient à tirer sur une ambulance. Quoique, comme la plupart des comédies commerciales françaises, il affiche une insolente santé, trop bien nourri aux euros sonnants et trébuchants. Cela ne masque pas le recyclage poussif et transparent qui lui sert de pitch : Un éléphant ça trompe énormément dans le milieu du tiercé. Soit quatre potes dont un avec une mère juive (Marthe Villalonga, pour être original), l’autre qui trompe sa femme jusqu’à ce qu’elle en ait marre et le foute dehors, un troisième plus effacé mais solide dans les affaires comme en amitié, et un quatrième qui expose le tout en voix off et se met à l’équitation pour séduire une jeune et jolie demoiselle. Au milieu, Onteniente projette ses vannes, sa mythologie beauf (on a du fric, on fait la fête sur la côte) et son absence totale de direction artistique, pour un résultat sinistre qui a l’air de durer trois plombes. C’est nul donc, et seul un Depardieu d’une sincérité totale s’échappe du marasme. Qui d’autre que lui pourrait faire sonner juste une réplique comme : «Tiens, voilà tes deux places pour Lady Gaga !» ? Christophe Chabert 

Continuer à lire

« Ça déchire! »

CONNAITRE | Fort du succès des années précédentes, le festival Noël au balcon revient pour une troisième édition. Cet événement transdisciplinaire est organisé par le collectif Mann'art(e) afin d'animer le quartier Bouchayer et de promouvoir de jeunes artistes. Guillaume Renouard

Aurélien Martinez | Mercredi 12 décembre 2012

« Ça déchire! »

Petit rappel, d'abord. Mann'art(e) est un regroupement d'associations né il y a une dizaine d'année autour d'un projet de requalification des anciens locaux du Centre dramatique national des Alpes (CDNA), sur le site Bouchayer-Viallet (ouest grenoblois). Leur objectif était alors de conserver une vocation culturelle à ce lieu, aujourd'hui divisé en trois espaces : la salle rouge, la salle noire et la salle blanche. Pari réussi. Le collectif s'est ensuit consacré à la construction d'un projet commun pour ceux-ci, la salle blanche étant occupée par Mann'art(e) eux-mêmes, et la salle noire par les Barbarins Fourchus, l'une des associations-membre. C'est ainsi qu'est né le festival Noël au balcon, de même que son homologue printanier, Pâques au tison. L'an dernier, les membres du collectif ont voulu donner plus d'ambition à leur projet, en étendant la synergie entre les trois salles à tous les acteurs du quartier.  Deux structures ont ainsi rejoint le festival dans le cadre de ce nouveau concept, intitulé Courant Continu: Citédanse, qui officie sur la danse contemporaine, et Le Tricycle, dédié au théâtre. « De nouve

Continuer à lire

Fatras arty

ARTS | Véritable vitrine d’artistes ayant un rapport avec la région Rhône-Alpes, la traditionnelle exposition de Noël du Magasin a une fois de plus investi l’antre (...)

Aurélien Martinez | Lundi 10 décembre 2012

Fatras arty

Véritable vitrine d’artistes ayant un rapport avec la région Rhône-Alpes, la traditionnelle exposition de Noël du Magasin a une fois de plus investi l’antre grandiose de l’Ancien musée de peinture (place Verdun) : choc des esthétiques assuré. Une manifestation rassemblant divers univers qui n’avaient pas été pensés pour partager l’espace, certains se faisant donc plus imposants que d’autres – on pense notamment aux sculptures de tapis d’Arielle Dufour ou aux immenses installations en bois de Fiona Valentine Thomann, qui interpellent d’emblée l’œil. Si, pendant le parcours, on découvre plusieurs œuvres typiques du jeune artiste contemporain (des œuvres questionnant le regard notamment, avec toute une réflexion développée dans le carnet proposé à l’entrée), plusieurs surprennent et amusent. Comme les très courtes vidéos ludiques de François Roux (un œuf projeté sur un pilier jaune et blanc, un écureuil mort lancé dans le ciel au passage d’un avion...), ou les dessins de Lucy Watts (des graphiques illustrant avec originalité une donnée statistique).

Continuer à lire

Thérèse Desqueyroux

ECRANS | Avec cette adaptation de François Mauriac, Claude Miller met un très beau point final à son œuvre : réquisitoire contre une bourgeoisie égoïste, cruelle et intolérante, le film fait vaciller son rigoureux classicisme par une charge de sensualité et d’ambiguïté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 15 novembre 2012

Thérèse Desqueyroux

Quatre gouttes d’arsenic dans un verre d’eau. C’est le rituel quotidien qu’effectue Bernard Desqueyroux, riche bourgeois girondin un peu hypocondriaque, pour calmer ce qu’il pense être des alertes cardiaques. Pour sa femme Thérèse (Audrey Tautou, dans un grand rôle à sa mesure), avec qui il s’est uni par intérêt, ce rituel est comme le reflet d’un ordre qui l’étouffe. Un jour, elle décide de le fausser et son geste va tout faire vaciller. À commencer par la mise en scène de Claude Miller : jusqu’ici, il racontait avec un classicisme élégant l’histoire de Thérèse Desqueyroux, préférant la chronologie aux flashbacks du roman de Mauriac. Le trouble venait d’ailleurs : de cette ouverture pleine de sensualité où deux jeunes adolescentes se livraient à des jeux aux relents érotiques, baignées dans la lumière dorée de l’été aquitain ; de ce voilier qui passe au loin et dont le propriétaire, Jean Azevedo, n’est qu’un « juif » pour Bernard Desqueyroux ; ledit Azevedo qui séduit la sœur de Bernard, passion fougueuse qui ébranle un temps la discipline bourgeoise de la famille. C’est d’ailleurs lors d’une lune de miel pétrifiée dans l’ennui de Baden-Baden que Miller introd

Continuer à lire

Alyah

ECRANS | Faux polar suivant la dérive existentielle d’un dealer juif qui tente de raccrocher pour s’exiler à Tel Aviv, le premier film d’Elie Wajeman opère un séduisant dosage entre l’urgence du récit et l’atmosphère de la mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 14 septembre 2012

Alyah

À 27 ans, Alex Rafaelson est dans l’impasse. Dealer de shit tentant de se ranger des voitures, il n’arrive pas à se décoller d’un frère, Isaac, dont il éponge les dettes et dont il dissimule les embrouilles sentimentales. Un soir de Shabbat, son cousin Nathan lui propose de devenir son associé pour ouvrir un restaurant à Tel Aviv ; mais pour cela, Alex doit faire son Alyah — la procédure de demande d’exil en Israël — et réunir 15 000 euros. Si Alyah possède les atours du film noir, avec son héros cherchant à échapper à son destin en s’offrant un nouveau départ, quitte à sombrer un peu plus dans la délinquance en passant au trafic de cocaïne, Elie Wajeman s’est fixé un cap plus complexe et ambitieux pour ses débuts dans le long-métrage. Exil existentiel C’est d’abord l’observation d’un milieu, la communauté juive, qu’il traite dans tous ses paradoxes, subissant autant qu’elle profite de sa culture — liens familiaux écrasants, ombre du sionisme transformée en point de fuite existentiel… C’est ensuite le beau dialogue qu’il instaure entre les urgences de son récit, de l’apprentissage de l’hébreu à la nécessité de se procurer la somme nécessaire pour quitt

Continuer à lire

Sur la piste du Marsupilami

ECRANS | De et avec Alain Chabat (Fr, 1h45) avec Jamel Debbouze, Fred Testot…

François Cau | Vendredi 30 mars 2012

Sur la piste du Marsupilami

Soyons honnêtes avec le nouveau film d’Alain Chabat : on a pris plaisir à retrouver l’humour délicatement absurde du meilleur survivant des Nuls. Malgré de gros retards à l’allumage et des baisses de rythme dommageables, ce délire filmique marche sur des plates-bandes réservées jusqu’ici aux productions Pixar et, dans une moindre mesure, Dreamworks – soit le mélange périlleux entre un humour slapstick orienté cartoon (pour les plus jeunes) et de multiples références très “esprit Canal“ (pour les plus âgés), la fusion des deux s’opérant lors de deux futures scènes cultes mettant en scène un surprenant Lambert Wilson. Si cette atmosphère potache fonctionnait parfaitement dans Astérix et Obélix Mission Cléopâtre grâce à un casting aussi riche que cohérent et à un tempo comique destructeur, l’impression globale qui se dégage de Sur la piste du Marsupilami est à ces deux égards bien plus mitigée. Les quelques autocitations de Chabat laissent suggérer que ce dernier se repose sur les acquis de son film précédent, sans développer une once de parti pris de mise en scène – voir pour s’en convaincre la scène finale, expédition chaotique de tous les enjeux du récit. Alors

Continuer à lire