«On est affamés»

ARTS | Ouvert depuis quelques mois seulement, l’atelier-galerie Going Blind frappe vite et fort. À l’occasion de sa nouvelle exposition dédiée au remarquable David Poumon, rencontre avec Riton & Frigo, créateurs du lieu. Propos recueillis par Damien Grimbert

François Cau | Lundi 25 janvier 2010

À quelle forme d'art est dédiée votre galerie ?Frigo : Ce qui nous intéresse le plus, c'est les gens issus de la micro-édition, du graphzine. Des gens qui vont éditer des livres avec des moyens qu'ils se sont donné eux : photocopieuse, ateliers de sérigraphie artisanaux, levée des fonds via un concert pour faire un truc à l'imprimerie… C'est des gens qui se sont donnés eux-mêmes le statut d'éditeur, qui se prennent en main. C'est complètement Do It Yourself.Riton : C'est un dessin qui est vraiment issu de la contre-culture et de la société de consommation, c'est plus directement influencé par des images quotidiennes, des boîtes de céréales, que de "réelles" œuvres d'art comme on peut voir dans les musées.F : Il y a pas mal cet effet de modelage de l'art via les techniques, le matériel et les outils de communication que tu vas utiliser. Ils vont forger le discours et le style graphique que tu vas avoir. Faire avec les moyens du bord, c'est aussi évoluer dans un cadre que tu construis toi, qui est restreint, parce que tu n'as pas des moyens illimités, et du coup, qu'est-ce que tu fais ? Tu mets plein de couches, tu laisses baver, c'est pas uniquement la volonté d'être crade, c'est l'atmosphère dans laquelle tu travailles qui fait que les choses sont plutôt trash…R : Dans l'art "officiel", ce qui se rapproche le plus de ce qu'on fait, ça va être l'art brut, avec des artistes névrosés qui ne se prennent pas la tête à se référencer par rapport à d'autres personnes, qui font juste ce qu'ils aiment et ce qui les obsède…F : Il y a vraiment un parallèle avec la culture punk, cette espèce de sursaut adolescent… Bosser dans l'urgence, ne pas perdre de temps, juste faire les choses, sans réfléchir trop longtemps parce qu'on n'est pas des intellectuels, on est des illustrateurs qui veulent faire avancer leur truc. On n'a pas de moyens mis à notre disposition donc on se les donne, et on fait avancer le truc hyper vite, on accumule des expositions le plus rapidement possible, on est affamés.Vous exposez actuellement David Poumon ?F : C'est un mec qui bosse dans les mêmes conditions d'urgence : il fait de la récup, vit en banlieue parisienne, a un boulot alimentaire à la con, et a côté, il fait de la sérigraphie dans sa chambre sur un truc minuscule entouré de bouquins, dans des conditions à deux doigts de l'insupportable. Il gère la Commissure, un label graphique qui sort des bouquins, et fait plein de pochettes de disques de musique expérimentale. Comme il est pas du tout dans un délire d'ego, il change de pseudo à chaque nouveau projet, ce qui le rend hyper difficilement traçable, même si graphiquement les gens le reconnaissent.Ses œuvres sont vraiment intenses…F : C'est chargé, dans la surenchère, hyper–organique, avec énormément de textures, de personnages, des scènes proches de la partouze… Des amas… Presque des charniers en fait. Ces persos sont mis à l'épreuve dans des situations de violence, de torture, de domination… Il noie le regard, ça fait mal à la tête. C'est quelqu'un qui est vraiment gentil, incroyablement doux, avec une vraie éducation graphique, mais aussi une grosse sensibilité humaniste… Son travail est hyper fragile.En complément de l'exposition, vous éditez également un poster sérigraphié, et Hard Discunt, une bande dessinée de sa création…F : C'est l'histoire d'une caissière dans un supermarché et d'un inspecteur du travail, c'est une œuvre sensible, cynique, moderne… C'est un truc qu'on va essayer de faire régulièrement : accompagner chaque expo avec un poster au minimum, et un bouquin quand on peut.Pourquoi enchaîner les expositions aussi vite ?Les expos durent 3 semaines, avec une semaine de battement pour monter la suivante, donc effectivement, ça va hyper vite. C'est lié au fait qu'il y a plein de gens qu'on veut montrer, et encore une fois, à cette notion d'urgence : On a ce lieu, mais pour combien de temps, on n'en sait rien, donc on n'a pas de temps à perdre.Le mot de la fin ?On est ouvert à toutes les rencontres. Il ne faut pas que les gens aient peur, on n'est pas en mode hardcore à cracher sur tout le monde, on est en mode « venez nous poser des questions ça nous fait tellement plaisir ! ».David Poumon, jusqu'au 6 février 2010 à Going Blind, 9 ancienne route de Lyon. Visite sur rendez-vous : deveniraveugle@gmail.comHard Discunt, de David Poumon (éditions Cotoreich), 10 € (15 € avec poster sérigraphié), disponible sur placePlus d'infos sur David Poumon : http://lacommissure.free.fr/

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Peter Kernel et Marietta, le rock en trompe-l’œil

MUSIQUES | Il y a quelques semaines de cela, le duo suisse Peter Kernel (en photo) interpellait son public sur les réseaux sociaux : « Ssérieusement, quel type (...)

Damien Grimbert | Lundi 29 novembre 2021

Peter Kernel et Marietta, le rock en trompe-l’œil

Il y a quelques semaines de cela, le duo suisse Peter Kernel (en photo) interpellait son public sur les réseaux sociaux : « Ssérieusement, quel type de musique faisons-nous à votre avis ? » Et c’est vrai que la question est moins évidente à répondre qu’il n’y paraît. Il y a clairement une dimension très pop dans leurs compositions, une sorte d’évidence presque "tubesque" qui frappe immédiatement dès la première écoute et constitue une bonne partie de leur appel. Mais également une esthétique indie rock assez marquée, avec tout ce que cela sous-entend de sonorités lo-fi, de tension retenue, d’embardées bruyantes et d’accalmies mélodiques, de digressions inattendues… Et c’est sans doute la confrontation de ces deux approches qui rend l’univers du Suisse Aris Bassetti et de la Canadienne Barbara Lehnoff, déployé sur pas moins de six albums studio et une compilation depuis 2008, aussi attachant. Si on retrouve un peu de cette instantanéité dans la musique de Marietta, ancien de The Feeling of Love et pilier discret du label Born Bad Records, qui développe depuis la sortie en 2015 de son très bon Basement Dreams Are The Bedroom Cream une passionnante carri

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La cote de "Mailles"

SCENES | Dans ses précédentes créations Samedi détente (2014) et Unwanted (2017), Dorothée Munyaneza renouait avec le Rwanda, terre d’enfance qu’elle quitta à l'âge de 12 (...)

Eloïse Bonnan | Lundi 29 novembre 2021

La cote de

Dans ses précédentes créations Samedi détente (2014) et Unwanted (2017), Dorothée Munyaneza renouait avec le Rwanda, terre d’enfance qu’elle quitta à l'âge de 12 ans. Avec sa dernière pièce Mailles, la chanteuse, auteure et chorégraphe démontre encore un engagement sincère en faveur de la féminité et la dignité. Mailles est un spectacle de femmes, né de l'envie de « rassembler et partager des mémoires intimes et collectives, ces mémoires dont nous portons les traces indélébiles et fécondes et que nous façonnons chaque jour », explique la chorégraphe. Tout au long de la pièce, où tourbillonnent danse, chant et poésie, se tissent ensemble les récits personnels de six femmes noires, artistes ou intellectuelles venues des quatre coins du monde. À des années lumières des longs discours, Dorothée Munyaneza signe un spectacle d’une vivacité saisissante. À l’image des mailles, ces petites boucles dont l’entrelacement forme un tissu, chaque femme apporte sa contribution singulière en fonction de son âge, son origine, son corps, ses moyens d'expression prop

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DJ Nobu, outsider techno

Electro | Originaire de la ville insulaire de Chiba au Japon, au sein de laquelle il organise depuis de nombreuses années les emblématiques soirées Future Terror, DJ (...)

Damien Grimbert | Lundi 29 novembre 2021

DJ Nobu, outsider techno

Originaire de la ville insulaire de Chiba au Japon, au sein de laquelle il organise depuis de nombreuses années les emblématiques soirées Future Terror, DJ Nobu est sans doute l’un des DJs les plus intéressants de la scène techno internationale actuelle. Dans chacun de ses sets, il explore en effet les différentes facettes de cette sphère musicale avec une infinie richesse de gammes et de nuances, plus soucieux d’emmener ses auditeurs dans un univers hypnotique aux couleurs chatoyantes sans cesse changeantes que de leur fournir un simple kick basique sur lequel se défouler. Explorant sans cesse différents chemins de traverse, associant percussions envoûtantes et sonorités étranges, samples futuristes et envolées acides, ambiances sombres et oniriques et montées en puissance soudaines, il redonne ainsi à la techno toute sa grâce et sa puissance d’évocation originelle, tout en assurant les transitions d’un morceau à l’autre avec une fluidité sans égale. Cette approche de la techno et du deejaying devenue trop rare, DJ Nobu la doit sans doute, entre autres, à son parcours peu commun. Avant de percer progressivement à l’échelle internationale au fur et à mesure des années

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Good sad happy bad : bonjour tristesse

Pop | L'émanation de Micachu & the Shapes sera en concert au Ciel de Grenoble vendredi 10 décembre. C'est à ne pas manquer.

Stéphane Duchêne | Lundi 29 novembre 2021

Good sad happy bad : bonjour tristesse

C'est en quelque sorte un changement de nom purement cosmétique que celui opéré par Mica Levi pour son Micachu & the Shapes devenu Good sad happy bad – qui était accessoirement le titre du dernier album émis en 2015 par Micachu. Mais pas de quoi dérouter au-delà de ce jeu de chaises musicales identitaire – auquel il faut ajouter le coming-out non-binaire de l'ex-chanteuse devenu iel – car pour le reste, la musique offerte continue d'œuvre quelque part entre noise-pop, grunge et pop siégeant à l'avant-garde, un joyeux mélange que l'on fera figurer sous l'appellation indie-rock par commodité mais qui s'avère en réalité réductrice. Il faut jeter une oreille, et plus prudemment les deux, sur l'album Shades pour se faire une idée de ce qui sort de l'esprit tourmenté de Micachu – dont l'univers singulier s'était pas mal cristallisé sur la BO composée pour l'ovni filmique de Jonathan Glazer, Under the skin. D'où jaillissent des textes aux préoccupations infiniment plus terre à terre que la musique flottante, abrasive et dégagée de toute notion d'espace temps qui l'accompagne : textes sur les relations intersubjectives à l'heure des quest

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Jazz à Vienne 2022, les premiers noms

ACTUS | C'est un mélange d'habitués et d'artistes reportés des précédentes éditions que propose Jazz à Vienne avec les premiers noms de son édition 2022, déjà alléchante, qui dévoile également sa nouvelle identité visuelle.

Stéphane Duchêne | Jeudi 25 novembre 2021

Jazz à Vienne 2022, les premiers noms

Voilà le genre d'annonces qui donne comme un avant-goût d'été en plein mois de novembre et au beau milieu d'une vague de froid (et d'une cinquième vague de Covid) : les premiers noms de la programmation de Jazz à Vienne. Bon, on se garde sous le coude l'idée qu'une programmation dévoilée à huit mois de l'événement ne mange plus beaucoup de pain depuis deux ans, mais quand même, il s'agirait de n'être pas trop fataliste. Alors voilà, comme chaque année depuis que Bruno Théry a passé la main, c'est par le dévoilement de l'auteur de l'affiche de la future édition que commence l'annonce. En l'occurrence une autrice puisque c'est Audrey Spiry qui a été désignée pour une touche, enfin, féminine qui a travaillé sur l'idée de vibration. Le dessin, et son mariage avec la musique, sera encore au centre le vendredi 8 juillet pour un concert dessiné – en partenariat avec le Festival d'Angoulême – où un line-up premium réunissant Laurent Bardainne, Thomas de Pourquery et Fabrice Martinez se confrontera à l'univers oniriqu

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Riad Sattouf et l'acteur du futur

BD | Avec Le Jeune acteur 1, Riad Sattouf poursuit ses études adolescentes en BD avec le premier volet d'une biographie consacrée à l'acteur Vincent Lacoste, qu'il révéla au cinéma dans Les Beaux Gosses. Et en qui il semble avoir trouvé son Antoine Doinel. Hilarant et touchant.

Stéphane Duchêne | Lundi 29 novembre 2021

Riad Sattouf et l'acteur du futur

Jeune dessinateur, Riad Sattouf ne rêvait que de héros de science-fiction et de créatures fantastiques, fou qu'il était de la BD de SF et des films de Steven Spielberg. Ces dessins (et son style) n'intéressant personne, l'artiste s'est alors penché sur d'autres créatures plus banales mais à leur manière tout aussi fantastiques : les ados, dont en quelques albums, La Vie secrète des Jeunes, Retour au collège, Les Cahiers d'Esther, et bien sûr L'Arabe du Futur où il conte sa propre jeunesse, il a fait l'un des plus savoureux bestiaires de la BD française et internationale. À l'œuvre, un sens aigu de l'observation, un genre d'hypermnésie pour raviver les souvenirs d'enfance les plus ténus, et une capacité hilarante à croquer la laideur de l'âge ingrat à coups d'appareils dentaires, de regards bovins et de lèvres baveuses. Car oui chez Riad Sattouf l'ado est (très souvent) moche, très moche, rappelant par là une réalité biologique : la puberté est à ce point cruelle qu'elle fait pousser les extrémités à des vitesses différentes pour ne pas dire capricieuses.

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The Limiñanas : dans la brume électro

Psychélectrorock | En 2018, on consacrait la Une du Petit Bulletin aux Catalans de The Limiñanas avant leur venue à la Belle Electrique (déjà) ; pour notre plus grand plaisir, le groupe est de retour, avec un pari risqué mais réussi : un album en collaboration avec le DJ Laurent Garnier.

Stéphane Duchêne | Lundi 29 novembre 2021

The Limiñanas : dans la brume électro

Il y a chez The Limiñanas un tropisme collaboratif qui confine à la gourmandise, à une insatiable envie de se mélanger, d'hybrider, de copuler joyeusement. Emulez, émulez, il en restera toujours quelque chose, aurait pu dire le poète. C'est cette stratégie du mouvement perpétuel et du crash-test sans cesse réitéré qui semble maintenir la flamme des Perpignanais. Récemment il y eut les partages avec Anton Newcombe et Emmanuelle Seigner sur leur projet commun L'Epée, les invitations faites à Peter Hook et Bertrand Belin sur le précédent album estampillé Limiñanas et des embardées avec Etienne Daho, Kirk Lake ou Golden Bug. Et voilà De Pellicula qui convie le pape techno Laurent Garnier à un pas de deux. On n'ira pas jusqu'à dire qu'on aurait pu s'attendre à ce mariage de la carpe et du lapin mais connaissant les deux parties, on est finalement guère étonné. Après tout, il ne s'agit que de l'union entre deux formes de psychédélisme – rock d'un côté, électro de l'autre. Un mariage – qui compte quelques invités dont le fidèle Belin – plus harmonieux qu'ont eut pu l'imaginer puisque Garnier se fond corps et biens dans l'univers de

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Fête des Lumières : une nouvelle ère à bas-bruit

Hit the lights | Du 8 au 11 décembre, la Fête des Lumières version élus EÉLV ressemblera aux précédentes avec les mêmes sites éclairés. Mais elle renouvelle en revanche grandement les artistes conviés pour plus de proximité et s'adresse aux petits dans le parc Sergent Blandan.

Nadja Pobel | Lundi 29 novembre 2021

Fête des Lumières : une nouvelle ère à bas-bruit

Il se dit « tellement content de pouvoir enfin parler de la Fête des Lumières ». Après y avoir cru jusqu'au bout l'an dernier et avoir dû l'annuler pour cause de crise sanitaire, Grégory Doucet, le maire EELV de Lyon, présente enfin sa première Fête en tant qu'édile, le « premier grand événement culturel et festif gratuit et dans l’espace public de l'ère post-Covid », dit-il avec des pincettes sachant que les contaminations font encore des vagues. Si la Ville maintient son budget de 2, 2 millions d'euros, les mécènes de leur côté divisent par deux leurs contributions qui s'élèvent cette année à un total 800 000€. Si les principaux sites de la Fête sont toujours les places des Terreaux, Bellecour, Pradel, Bourse, République, Sathonay, Célestins, la façade Saint-Jean, la colline de Fourvière et le parc de la Tête d'Or, une page tente de se tourner, doucement. Pour les enfants Les quais sont réinvestis et, les attentats de 2015 et 2016 s’éloignant, la Fête peut selon les vœux du candidat Doucet revenir vers les quartiers périphériques. On est toutefois loin de ce qui se déployait dans les années 2000. Tous les arrondissements ne son

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Trois petits pas au cinéma a (enfin) 10 ans !

Jeune public | Un festival bien pensé pour les (tout-)petits, programmé les mercredi, samedi et dimanche : pas de doute, c’est enfin le retour de Trois petits pas au (...)

Vincent Raymond | Lundi 29 novembre 2021

Trois petits pas au cinéma a (enfin) 10 ans !

Un festival bien pensé pour les (tout-)petits, programmé les mercredi, samedi et dimanche : pas de doute, c’est enfin le retour de Trois petits pas au cinéma. Un cadeau de Noël anticipé avec son menu de choix exclusivement en animation : Le Menu de Petit Lièvre Brun, Zébulon le Dragon et les Médecins volants (contenant le génial Vive les mousquetaires !), les avant-premières de Princesse Dragon (la nouvelle production des studios Ankama) et de Jean-Michel le Caribou et les histoires d’amour interdites, le héros de Magali Le Huche et enfin, pour célébrer ses 20 ans, Shrek — ne serait-ce que pour retrouver l’âne… et permettre aux parents de rajeunir. Trois petits pas au cinéma du 8 au 12 décembre à Mon Ciné, Saint-Martin-d’Hères

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Jérôme Villeneuve : « L’art permet vraiment de questionner la science »

ACTUS | Le trentenaire a pris la tête de l’Hexagone le 15 novembre dernier, succédant à Antoine Conjard. De formation scientifique, Jérôme Villeneuve a su également concilier sa passion pour les arts dans un parcours atypique mêlant les deux disciplines. Un profil idéal pour le théâtre meylanais qui a fait des rapprochements entre l’art et la science sa marque de fabrique.

Hugo Verit | Lundi 29 novembre 2021

Jérôme Villeneuve : « L’art permet vraiment de questionner la science »

Pouvez-vous nous raconter votre parcours, pour le moins atypique, qui vous a conduit aujourd’hui à la tête d’une scène nationale arts sciences ? Je fais partie de ceux qui ont eu la chance d’être très tôt plongés dans la musique et dans l’art en général, grâce à des parents qui m’ont gentiment inscrit au conservatoire (en batterie, puis piano et trompette) et qui m’amenaient souvent voir des spectacles. Mais, tout en gardant en tête cette passion, j’ai suivi un cursus scientifique car j’étais notamment très attiré par la recherche en cosmologie et en astrophysique. De Montélimar, je suis venu à Grenoble, réputée dans ce domaine-là, et lorsqu’il a été question de choisir un master, j’ai découvert qu’il existait, dans cette ville, un diplôme "Arts sciences et technologies", ce qui était presque unique en France à l’époque. J’étais extrêmement satisfait de ce que j’avais pu apprendre en physique et en sciences dures mais l’idée de renouer avec des choses qui m’excitaient immensément encore à ce moment-là – c’est-à-dire la musique, la création, l’expérimentation – a pris complètement le pas sur le projet que j’avais à la base. Puis tout a été trè

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Au centre-ville, 30 artisans créent un parcours des arts

Créateurs | Sculpteurs, potiers, peintres, photographes, maroquiniers, graveurs, gantiers... C’est fou le nombre d’artisans créateurs et de galéristes implantés au (...)

Jérémy Tronc | Lundi 29 novembre 2021

Au centre-ville, 30 artisans créent un parcours des arts

Sculpteurs, potiers, peintres, photographes, maroquiniers, graveurs, gantiers... C’est fou le nombre d’artisans créateurs et de galéristes implantés au centre historique de Grenoble. Une trentaine selon le site Parcours des Arts Grenoble, récemment mis en ligne afin de valoriser ces ateliers d’artistes et ces galeries que l’on croise entre le quartier Saint-Laurent et l'ensemble des quartiers Antiquaires, Très-Cloîtres et Notre-Dame. Une initiative à mettre au crédit de l’association Symp’art dont le but est de promouvoir le travail des artistes et artisans dans les quartiers susmentionnés. Différents moyens sont mis en œuvre pour valoriser ces lieux et établir entre eux un lien cohérent : le site internet donc, mais aussi des brochures disponibles dans des points stratégiques, un signalétique au niveau de chaque lieu participant et des visites guidées en compagnie d’un guide professionnel (programme sur le site de Parcours des Arts Grenoble). « La mise en place du Parcours des arts est une reconnaissance certaine de la part des collectivités publiques avec qui nous travaillons, de l'importan

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Antonin Peretjatko : « Je suis prêt à remettre le couvert avec Josiane Balasko »

Entretien | Une guichetière épouse un fils de famille et éprouve l’hostilité continue de la revêche “Reine Mère” déçue par cette mésalliance. Tel est le point de départ de la nouvelle comédie burlesque du Grenoblois Antonin Peretjatko, en partie tournée à Lyon avec Josiane Balasko. Rencontre…

Vincent Raymond | Lundi 29 novembre 2021

Antonin Peretjatko : « Je suis prêt à remettre le couvert avec Josiane Balasko »

Était-il facile pour vous de composer un personnage aussi détestable que celui de cette “Reine Mère” ? Josiane Balasko: Oh, c’est amusant ! Faire “semblant de”, comme les enfants qui jouent au gendarme, ou au théâtre où l’on gueule sur scène, c’est pas pour de vrai… Entrer dans un personnage qui n’est pas le mien et jouer ce qu’il y a à jouer, c’est ça que j’aime. Mais il faut qu’on ait l’impression que c’est pour de vrai ! Le truc amusant en plus ici, c’est que c’est un personnage de bourgeoise, très riche, avec des bijoux, qu’elle vit dans une maison incroyable. Justement, cette maison, plus qu’un décor, est un élément central du film… Antonin Peretjatko : On l’a trouvée vers Lyon, après une recherche basée autour de l’époque. Et ce n’était pas du tout ce que j’imaginais au départ — à savoir un intérieur un peu haussmannien, plus classique comme on peut s'y attendre dans la bourgeoisie. Elle contournait un peu le cliché de ce qu’on pouvait attendre et surtout sa coursive m’a très vite inspiré des idées de mise en scène. En plus, quand on a visité des immeubles haussmanniens, j’ai

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"Fables à la fontaine" : eh bien, dansez maintenant !

Danse jeune public | L'idée, lancée dans les années 2000, est originale : demander à différents chorégraphes d'imaginer une courte (20 minutes) proposition dansée autour de (...)

Aurélien Martinez | Lundi 29 novembre 2021

L'idée, lancée dans les années 2000, est originale : demander à différents chorégraphes d'imaginer une courte (20 minutes) proposition dansée autour de l'une des fameuses fables de Jean de La Fontaine. « Chaque pièce est drôle comme est drôle le monde de l’enfance et sérieuse comme il l'est aussi », résumait la productrice Annie Sellem à l’initiative du projet, qui compte déjà un paquet de versions. Pour cette nouvelle tournée, on retrouve la spécialiste de la danse baroque Béatrice Massin, la Brésilienne engagée Lia Rodrigues et la directrice de la Maison de la danse de Lyon Dominique Hervieu. Si Le Loup et l'Agneau de la première est illustrée de façon très littérale (avec un premier tableau sous de grandes – fausses – peaux de bêtes très fort, mais vite abandonné), et si Le Corbeau et le Renard de la troisième est pleine de facéties à même de régaler le jeune public à qui s'adresse avant tout cette aventure, c'est la proposition de Lia Rodrigues qui sort du lot. La Brésilienne, souvent vue sur les scènes de l'agglo avec ses spectacles choc et politiques, est allé

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"Le Diable n’existe pas" : quatre morts et une seule vie

Le film de la quinzaine | Un film en quatre temps et en crescendo pour montrer la banalité de la peine capitale en Iran, où la mort donnée sur ordres détruit par contrecoup bien des vies. Un conte d’une tragique beauté visuelle, douloureusement bien interprété, comme toujours chez Mohammad Rasoulof. Ours d’Or à Berlin en 2020.

Vincent Raymond | Lundi 29 novembre 2021

Un père de famille, époux et fils attentionné, exerce un métier peu commun ; un militaire cherche à éviter de participer à une exécution capitale ; un autre militaire profite d’une permission pour aller fêter l’anniversaire de sa fiancée ; une jeune femme expatriée débarque en pleine campagne pour faire connaissance avec son oncle malade… sans se douter de ce qu’elle va découvrir. Quatre courts métrages se déroulant dans l’Iran contemporain, quatre histoires se répondant entre elles, quatre contes liés à la question de la peine de mort… De la contrainte naît la créativité, hélas ! Rasoulof a opté pour ce film en quatre tableaux afin d’éviter d’attirer l’attention des autorités sur son travail. Pour qui est familier du court métrage (et de sa construction “à chute”, sans exécrable jeu de mot), son premier volet se révèle prévisible ; mis en perspective dans la globalité de l’œuvre, il prend une dimension davantage inquiétante contrastant avec son apparente douceur : la peine de mort est cette épée de Damoclès gangrénant le quotidien, menaçant tout le monde, et dont tout un chacun peut être malgré soi complice. Une mé

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L’appel des clowns de Soleil Rouge

Solidarité | Le Covid a mis un coup de frein à l’activité des clowns au CHU de La Tronche, privant les enfants malades, leurs familles et les soignants de parenthèses (...)

Valentine Autruffe | Lundi 29 novembre 2021

L’appel des clowns de Soleil Rouge

Le Covid a mis un coup de frein à l’activité des clowns au CHU de La Tronche, privant les enfants malades, leurs familles et les soignants de parenthèses rigolardes bienvenues. « Depuis quinze jours, on n'intervient plus que deux jours par semaine, contre quatre auparavant », explique Coralie Weigerding, alias Dolly, de l’association Soleil Rouge. Depuis 20 ans, cette dernière finance les déambulations de dix clowns professionnels, dont Coralie, dans les chambres du service couple-enfants. « L’association est quasiment exclusivement financée grâce aux dons de particuliers, et à l’organisation d’événements par des bénévoles, comme des concerts ou des pièces de théâtre. » Événements qui ont pris du plomb dans l’aile depuis l’apparition du satané virus, entraînant la dégringolade des finances de la structure. En désespoir de cause, celle-ci vient de lancer une campagne de financement participatif en ligne. Objectif : lever 20000€ d’ici le 31 décembre. A ce stade, plus de 9000 euros ont été récoltés. « C’est bien parti au début, mais maintenant ça stagne », s’inquiète Coralie. « On n’a pas envie que Soleil Rouge s’arrête, au bout de vingt ans

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"La voie du milieu" ou magnifier le dérisoire

Photographie | L'espace Vallès de Saint-Martin-d'Hères réunit deux photographes qui parviennent à rendre la beauté d'images a priori anodines, Julien Guinand et Éric Hurtado.

Benjamin Bardinet | Lundi 29 novembre 2021

Invité par l’espace Vallès à faire dialoguer ses images avec celles d’un autre photographe, Éric Hurtado a d’emblée pensé au travail photographique de Julien Guinand. Tous deux portent un intérêt pour les paysages et les traces – dérisoires ou monumentales – que l’activité humaine peut y laisser. Julien Guinand évolue plutôt du côté du documentaire, tandis qu’Éric Hurtado développe une approche teintée de poésie. Réalisés au Japon, les clichés de Julien Guinand témoignent de la manière singulière que les habitants de l’archipel ont de modeler le paysage (treillis de béton, recouvrements de ciment…), au point que la nature leur semble soumise. Or, c’est plutôt l’inverse : ces infrastructures monumentales attestent de la puissance des manifestations naturelles auxquels les Japonais sont soumis. De son côté, Éric Hurtado choisit pour ses diptyques des titres laconiques qui ouvrent une dimension poétique dans laquel

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Martin Belou, rien que de l'eau

Art contemporain | Les infos que l’on avait glanées sur son travail nous avait semblé parfois un peu fumeuses. Il n’en n’est rien ! L’exposition de Martin Belou au CAB est claire comme l’eau de roche qui la parcourt. Une superbe proposition qui ravira autant les amateurs d’installations in situ que ceux de Morandi.

Benjamin Bardinet | Lundi 29 novembre 2021

Martin Belou, rien que de l'eau

On le sait, le CAB n’est pas un lieu facile pour faire des expositions. Et même si depuis plusieurs années la direction se démène pour inviter des artistes dont l’approche s’accommode souvent avec brio des nombreuses contraintes du lieu (humidité, lumière naturelle, murs de pierres…), la proposition de Martin Belou est certainement l’une des plus réussies qu’il nous ait été donné de voir. Intitulé Aguardiente ("eau ardente"), ce gigantesque et délicat circuit hydraulique sensoriel se déploie sur les trois niveaux du centre d’art. Instinctivement, le visiteur est ainsi amené à suivre le trajet parcouru par l’eau dans un état de fascination qu’il doit autant au perpétuel mouvement du liquide qu’au clapotis incessant qui résonne sur les voûtes humides du centre d’art. On se prend ici à rêver un peu comme lorsque l’on contemple, hypnotisé, la formation des nuages ou les remous d’une cascade… Amphores maison Réalisée à partir d’amphores fabriquées maison, de vieilles bassines en zinc, de

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En salles : "La méthode Williams", "Lingui, les liens sacrés", "Animal"...

Théma | Le monde tourne en rond et sur lui-même. Quant à nous, nous hésitons entre l’arbre et la pirogue, laquelle nous permet de voguer vers un autre arbre voire, mieux, au cinéma voir des films parlant ou montrant des allers-retours…

Vincent Raymond | Lundi 29 novembre 2021

En salles :

Qu’est-ce que ça bouge sur les écrans ! Espérons toutefois conserver un peu de stabilité pour les films, certains sortant à la vitesse d’un service des sœurs Williams (207 km/h). Celles-ci sont justement au cœur de La Méthode Williams, biopic autorisé de Reinaldo Marcus Green (01/12) dans lequel Will Smith incarne leur père et coach Richard, promoteur d’une méthode destinée à faire dès le berceau de ses filles des championnes. La nécessité de créer des role models aux États-Unis, alliée au politiquement correct, abrasent les rugosités du personnage. Certes, il apparaît déterminé et doué d’une formidable vista, mais ses zones d’ombre avérées sont soit à peine évoquées, soit “arrangées” en extravagances de caractère. Dommage, car en instillant ces nuances dans le rôle, il y aurait eu davantage d’enjeu pour Will Smith. Et plus d’intérêt à coller à la vérité. Autre relation parent-enfant forte faite de valses-hésitations, celle de Lingui, les liens sacrés de Mahamat-Saleh Haroun (8/12), où une mère tchadienne célibataire doit, contre ses convictions e

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Double dose d’amour sur grand écran

ECRANS | Hasard du calendrier, le cycle “La Machine à parler d’amour” de la cinémathèque voit se succéder deux films comptant à leur générique Dean Stockwell (1936-2021) — (...)

Vincent Raymond | Lundi 29 novembre 2021

Double dose d’amour sur grand écran

Hasard du calendrier, le cycle “La Machine à parler d’amour” de la cinémathèque voit se succéder deux films comptant à leur générique Dean Stockwell (1936-2021) — l’un des rares enfants-comédiens d’Hollywood ayant su se construire une carrière de l’adolescence à la vieillesse —, qui vient de s’éteindre il y a quelques semaines. Deux films quasi contemporains, visuellement captivants, abordant la passion amoureuse jusqu’aux confins de la folie et de l’oubli de soi, avec pour toile de fond l’Amérique profonde. Mais ce qui différencie foncièrement la Palme d’Or Paris, Texas (1984) de Wim Wenders du Grand Prix d’Avoriaz Blue Velvet (1986) de David Lynch, c’est sans doute l’approche géographique. Road movie, le premier se déploie dans l’immensité et les horizons infinis dès les premières images accompagnant la quête — on dirait “résiliente” aujourd’hui — d’un homme perdu cherchant à ressouder sa famille atomisée ; le second tient en revanche du vortex, précipitant son malheureux héros dans l'étrangeté d’une petite ville typique aux allures de piège, entre deux histoire

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Le ciné-club s’anime !

ECRANS | À cette lointaine époque où l’offre en longs-métrages d’animation se résumait grosso modo au Disney annuel, toute proposition alternative était la bienvenue. (...)

Vincent Raymond | Lundi 29 novembre 2021

Le ciné-club s’anime !

À cette lointaine époque où l’offre en longs-métrages d’animation se résumait grosso modo au Disney annuel, toute proposition alternative était la bienvenue. Car elle ouvrait sur des formes et des sujets inhabituels — voire franchement désinhibés comme chez Picha ou Bakshi —, pouvant attirer un public plus large que celui circonscrit aux seuls écoliers. Ce que ce superbe cycle du Ciné-club rappelle en trois films (rares pour certains) et autant d’approches esthétiques différentes, toutes au service de l’affranchissement et de la liberté. Premier rendez-vous avec La Planète sauvage (1973) de René Laloux et Topor, où le style graphique de ce dernier et la technique du papier découpé habillent un conte futuriste dans lequel les hommes (pardon, les Oms) sont ravalés au rang d’animaux de compagnie de créatures démesurées bien plus évoluées. Jusqu’à une révolution… Plus qu’hier encore, il y a bien des leçons à tirer de cette fable relativisant la place de notre espèce dans la "pyramide écologique". Vient ensuite ce pari insensé, consistant à raconter une histoire de fantasy

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Musilac annonce dix noms supplémentaires

Festival | Après l'annonce de vingt premiers artistes à l'affiche du festival Musilac 2022 à Aix-les-Bains, l'organisation vient de dévoiler dix autres noms.

Valentine Autruffe | Lundi 22 novembre 2021

Musilac annonce dix noms supplémentaires

Dutronc & Dutronc, Gaëtan Roussel, Metronomy, Alt-J, Juanes, Tim Dup, Claire Laffut, Feu! Chatterton, Kas:st et Lilly Wood and the Prick : voici les dix noms qui s'ajoutent au line-up de Musilac 2022, qui se tiendra du 6 au 10 juillet à Aix-les-Bains, au bord du lac du Bourget. Pour rappel, les premiers atistes annoncés sont Angèle, Benjamin Biolay, Dropkick Murphys, Fat Freddy’s Drop, Hatik, -M-, Declan McKenna, Nada Surf, Niska, Nothing But Thieves, Orelsan, Parcels, Queens of the Stone Age, Rilès, Simple Minds, Sum 41, Skunk Anansie, Tones and I, Vianney, Zucchero.

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Hymne keupon

Danse | Pantins désarticulés, bouches béantes, gestes saccadés, rires grotesques, bousculades... Le nouveau spectacle du Collectif Ès, Fiasco, relève explicitement de (...)

Valentine Autruffe | Lundi 29 novembre 2021

Hymne keupon

Pantins désarticulés, bouches béantes, gestes saccadés, rires grotesques, bousculades... Le nouveau spectacle du Collectif Ès, Fiasco, relève explicitement de l’âme punk. Danser en slip sur l’hymne britannique, avant de se disloquer, colliers de perles et chemisiers en soie, chignon ravagé, sur les riffs saturés des Sex Pistols (bien sûr). Les danseurs lâchent tout, jusqu’à se rouler par terre et se mordre, hurlent, s’éclatent finalement, à tel point que ça paraît improvisé – c’est compter sans la précision de la mise en scène. La libération du corps est totale, le physique exulte. En résidence à La Rampe, le Collectif Ès a travaillé sur le mouvement punk et est parvenu à la conclusion suivante : « Pour nous, c’est un corps en action, en lutte, intérieure et partagée. Un corps non éduqué, avec une dimension ludique et de jeu. Il y a une ambiguïté, une complexité entre des choses très sombres et très joyeuses. » Selon les extraits que l’on a pu voir avant la première à Echirolles, la transcription à la scène de cette (bonne) définition du punk est réussie. Oï ! Fiasco le 14 décembre à La Rampe, Echirolles

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Feu ! Gwizdek

Rock | A peine 30 ans et déjà empreints de nostalgie du passé ; on ne peut malheureusement pas nier qu’on les comprend... Feu ! Chatterton dépose les armes et (...)

Valentine Autruffe | Lundi 29 novembre 2021

Feu ! Gwizdek

A peine 30 ans et déjà empreints de nostalgie du passé ; on ne peut malheureusement pas nier qu’on les comprend... Feu ! Chatterton dépose les armes et ses mélodies pop-rock imprégnées de douceurs électroniques pour affronter ce Monde nouveau qui l’angoisse et l’agace, à en écouter le 3e album du groupe, Palais d’argile. « Nous marchons tous les deux sur les braises de la nation française » (Ecran total), « Adieu vieux monde adoré » (Cristaux liquides)… La dysphorie d’une génération, qui tentera d’évacuer son mal-être en se déhanchant un soir durant dans une Belle Electrique comble. Il serait bien dommage qu’elle rate la première partie grenobloise de cette soirée. Jusqu’alors on connaissait Daniel Gwizdek pour ses très belles chansons électro-folk au tempo lent (très lent) mais depuis plus d’un an, le garçon négocie à merveille un virage pop réjouissant et prend une ampleur inédite sur la scène locale. Et nationale bientôt ? C’est tout ce qu’on lui souhaite, alors que les deux premiers clips de cette nouvelle formule, Trop Tard et On & On, engrangent doucement et sûrement des vues b

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Le son de l’effondrement

Noise | Pas de tout repos cette soirée ! Le duo La Jungle viendra présenter son dernier album apocalyptique Fall off the apex qui ne connaît pas d’accalmie. (...)

Hugo Verit | Lundi 29 novembre 2021

Le son de l’effondrement

Pas de tout repos cette soirée ! Le duo La Jungle viendra présenter son dernier album apocalyptique Fall off the apex qui ne connaît pas d’accalmie. Tout du long (ou presque), un noise rock technoïde asséné à grands coups de batterie galopante et de guitares monomaniaques à la face d’une humanité que les musiciens belges enterrent déjà volontiers (Feu l’Homme). On peut regretter ce discours cynique et fataliste, nouveau poncif dans lequel plongent allégrement les artistes de nos temps désespérés. Mais difficile de leur en vouloir, surtout lorsque cela donne des morceaux comme The end of the score, un quart d’heure évolutif de boucles bien ficelées à la recherche d’une ultime transcendance. Après tout, est-ce que ça ne ressemblerait pas à de l’espoir ? Nous, on prend. La Jungle + Lalalar + Black Snail le 4 décembre à La Bobine

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Concours Podium : découvrez les quatre lauréats !

Danse | A l’issue de deux soirées de représentation ce week-end à La Rampe, les quatre lauréats du concours de danse Podium ont été désignés par le public et le jury.

Valentine Autruffe | Lundi 22 novembre 2021

Concours Podium : découvrez les quatre lauréats !

Quatre compagnies de danse bénéficieront, l’an prochain, de la Tournée Podium. Elles ont été sélectionnées parmi douze propositions, vendredi et samedi soir, à La Rampe. Pour les pièces en solo et duo, présentées vendredi, le jury de professionnels a choisi B4 summer de Mercedes Dassy (Belgique). Pour les pièces de groupe, c’est Muyte Maker, de Flora Détraz (France), qui a été sélectionnée. Vendredi soir, le public a préféré Learning from the Future, de Colette Sadler (Royaume-Uni), et samedi, c’est Entropie de Léo Lérus (France, Guadeloupe) qui a été le coup de cœur des spectateurs. Les lauréats seront programmés, pour la saison 2022-2023, parmi les dix-sept scènes partenaires de Podium, réparties un peu partout en France, et dans le réseau des « voisins » de ces théâtres. La répartition des tournées sera annoncée prochainement. Si Podium est bel et bien un concours, c’est avant tout l’occasion pour les compagnies de montrer leur travail à des professionnels ; en dehors des soirées de spectacles, des temps d’échanges informels ont été

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"La Morsure de l’Âne" par Émilie Le Roux : « Ce texte nous a attendus »

Théâtre | La nouvelle création de la compagnie Les Veilleurs, mise en scène par la Grenobloise Emilie Le Roux, aborde le sujet de la vie et la mort. Pensée aussi bien pour les enfants que pour leurs parents, La Morsure de l’Âne, issue d’un texte de Nathalie Papin, sera jouée du 30 novembre au 4 décembre à la MC2 de Grenoble.

Valentine Autruffe | Lundi 22 novembre 2021

« Vivez, mourez, mais choisissez enfin ! » Tout au long du spectacle, accompagné d’un âne malicieux, Paco oscille entre pulsions de vie et de mort, visité par des créatures, des personnages, des membres de sa famille, dans un univers onirique. Que faire ? Emilie Le Roux s’attaque, avec la compagnie Les Veilleurs, à un thème aussi difficile qu’universel : la mort, et comment on vit avec la conscience de cette inéluctable fin. Après Le Pays de Rien, c’est une nouvelle fois un texte de Nathalie Papin qui est mis en scène, coproduit par la MC2, en partenariat avec l’Espace 600. « C’est sûrement le seul texte de Nathalie Papin qui n’a pas été monté ! On doit le faire depuis 12 ou 13 ans ; on attendait que ce soit le moment, que la compagnie soit capable de porter le projet. Ce texte nous a attendus », commente Emilie Le Roux. Sujet ardu, mais abordé avec l’intelligence et la finesse que l’on connaît à Nathalie Papin, et « beaucoup de malice. Ce ne sont pas des blagues, mais une forme d’humour qui permet de prendre de la distance. Son écriture est très concise, sans bavardage ; cela peut paraître simple au premier abord, mais si l’on s’y penche

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La Voisine change de concept

Verrines | L’autre jour, en passant devant le restaurant La Voisine, où l’on avait déjà mangé (très bien) il y a deux ans, on a été surpris : plus d’enseigne (...)

Hugo Verit | Lundi 29 novembre 2021

La Voisine change de concept

L’autre jour, en passant devant le restaurant La Voisine, où l’on avait déjà mangé (très bien) il y a deux ans, on a été surpris : plus d’enseigne visible sur la devanture, à la place un large écriteau pour signaler « du changement ». Un nouveau propriétaire ? « Non un nouveau concept. Le resto devient un bar à verrines et à grignotage. En fait, on avait délocalisé une partie de la cuisine il y a trois ans pour lancer Le Voisin, un service de traiteur. Mais Le Voisin n’a pas survécu à la crise sanitaire alors La Voisine n’avait plus lieu d’être. Aujourd’hui, on ne cuisine plus sur place, c’est plus simple. Tout ce que l’on sert est concocté par "Trois drôles de mecs", un traiteur à Saint-Martin-d’Hères dont je suis l’un des associés », explique Julien Neveux-Violet, gérant de ce qu’il faudra désormais appeler L’1D3. Ici, on peut donc venir déguster de véritables plats en verrines (préparées à l’avance et donc servies immédiatement) : canard aux olives, thonine à l’escabèche, araignée de porc au caramel… Ou partager des planches de charcuteries/fromages et des terrines faites maison plutôt originales (poulet/bacon, dinde/citron/pistaches, etc.). Le tou

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L’Autre Marché, par Miss Oscar Factory

Emplettes | Il est tout petit certes, mais sans doute plus sympathique et vertueux que la plupart des marchés qui prospèrent avant Noël. L’Autre Marché est un (...)

Jérémy Tronc | Lundi 29 novembre 2021

L’Autre Marché, par Miss Oscar Factory

Il est tout petit certes, mais sans doute plus sympathique et vertueux que la plupart des marchés qui prospèrent avant Noël. L’Autre Marché est un rassemblement de créateurs organisé le dimanche 5 décembre par Céline Maras, de la boutique Miss Oscar Factory, implantée tout proche de la gare de Grenoble. Ses machines à coudre et surjeteuses utilisées habituellement pour son métier et ses cours de couture seront temporairement poussées dans un coin afin d'accueillir les six artisans qu’elle a sélectionnés dans son réseau. « Ce ne sont que des petits créateurs locaux qui se sont lancés il y a peu de temps. Tous ont des produits et des univers très différents et originaux. L’idée c’est de les révéler au public et de créer la surprise », assure Céline Maras. On retrouvera ainsi Conquest Squares et ses dessins sur papier velin aux ambiances dark et ésotériques ; Patatouille Créations avec des bijoux et accessoires dans l’univers kawaii et licornesque ; Tinta Nera proposant des objets d’intérieur rehaussés de sérigraphies inspirées de la beauté de la nature ; OriginaLiz’lingerie et sa lingerie responsable ; Kalicoco avec une gamme de vêtements éthique et évolutive à

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No One Is Innocent fourbit ses armes à la Belle Electrique

ACTUS | L’inépuisable groupe métal No One Is Innocent a terminé cette semaine une résidence de quelques jours à la Belle Electrique, afin de peaufiner la tournée Ennemis 2022.

Valentine Autruffe | Vendredi 19 novembre 2021

No One Is Innocent fourbit ses armes à la Belle Electrique

Bientôt trente ans que No One Is Innocent écluse toutes les scènes rock et métal du pays et au-delà, avec toujours la même verve chantée en français. Cette semaine, le groupe a passé quelques jours en résidence à Grenoble, à la Belle Electrique, afin de préparer son retour sur les routes (No One ne s’en éloigne jamais bien longtemps) avec un nouvel album, Ennemis, sorti en octobre 2021. Quelques Zénith au programme de lives qui seront toujours aussi rugueux ; il suffit d’écouter le titre qui porte le disque, Forces du désordre, pour imaginer la furie prendre possession de la fosse… De quoi exulter contre les ennemis de No One, explicitement rhabillés pour l’hiver dans Les Hyènes de l’info, La Caste ou Polit Blitzkrieg. Rendez-vous le 19 mai 2022 à la Belle Electrique pour le concert grenoblois de No One is Innocent. Et pour les impatients inconditionnels du genre, on se note aussi la date du 5 février à la Halle Tony Garnier de Lyon, où No One sera accompagné d’Ultra Vom

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"A Quiet Evening of Dance", pur Forsythe

Danse | La MC2 de Grenoble accueille les 14 et 15 décembre le maître néoclassique qu'est William Forsythe, pour A Quiet Evening of Dance.

Valentine Autruffe | Lundi 29 novembre 2021

Difficile de résumer l'univers du chorégraphe William Forsythe, tant son œuvre, débutée dans les années 1970, est riche, débordant même parfois les frontières de la danse pour des installations ou des performances dans les musées… Né en 1949 à New York, féru au départ de rock et de comédie musicale, Forsythe émigre en Allemagne où il dirigera bientôt le Ballet de Francfort, de 1984 à 2004. Une formation de culture classique avec laquelle il invente son propre style fait à la fois de déconstruction des codes classiques, mais aussi d'une extrême virtuosité technique (vitesse d'exécution ébouriffante, membres sous forte tension…). En 2005, il crée une compagnie indépendante, toujours basée en Allemagne, multipliant les collaborations (dernièrement avec le Ballet de l'Opéra de Paris en 2015). Plusieurs de ses pièces ont été transmises au Ballet de l'Opéra de Lyon, qui se montre souvent brillant dans leur exécution (leur difficulté faisant sans doute aussi partie du plaisir du danseur). Limpide Forsythe présentera à la MC2 l'une de ses dernières

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Le charme de l’Oblomovisme

Théâtre | Chef d’œuvre de la littérature russe, Oblomov est adapté à la scène par Les Tréteaux de France. On a vu le spectacle à l’Hexagone de Meylan : mentions spéciales à l’interprète d’Ilya Ilitch Oblomov, Guillaume Pottier, et à la mise en scène de Robin Renucci.

Valentine Autruffe | Jeudi 18 novembre 2021

Le charme de l’Oblomovisme

Oblomov, Ilya Ilitch de son prénom, élève la paresse en art de vivre. Vautré dans son lit, en robe de chambre, sa mauvaise foi et son oisiveté patente agaceraient n’importe qui. Puis au fil des 2h30 de la pièce (un poil long, mais on ne résume pas un monument de la littérature russe de 500 pages en une heure), on s’adoucit face à ce caractère enfantin et bon, qui finalement souffre du mal qui le ronge et auquel il a donné son nom : l’Oblomovisme, terme encore usité aujourd’hui pour désigner un fainéant, un gros dormeur… Il est si touchant qu’on finit par avoir presque envie de le rejoindre dans son petit intérieur feutré, encadré de voilages, pour se laisser aller à une décadente paresse, laisser tomber le monde… Presque ; jusqu’à ce que cet intérieur devienne une prison, palais d’ennui et de mollesse, désiré et haï à la fois. La magie Oblomov opère, et c’est en grande partie dû à la performance du comédien qui l’incarne, Guillaume Pottier : un Ilya Ilitch plus vrai que nature, puéril comme un ado, exalté comme un amoureux, paresseux, tire-au-flanc, peureux, perdu. Très maligne, aussi, la mise en scène imaginée par Robin Renucci. Au final, quel charme, cet Oblomov…

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Et vous, à pied ou à pédales ?

GUIDE URBAIN | A l’heure où l’on ne parle que de mobilités douces, et dans la première grande ville écolo de France, le SMMAG (Syndicat mixte des mobilités de l’aire (...)

Valentine Autruffe | Lundi 29 novembre 2021

Et vous, à pied ou à pédales ?

A l’heure où l’on ne parle que de mobilités douces, et dans la première grande ville écolo de France, le SMMAG (Syndicat mixte des mobilités de l’aire grenobloise) a publié il y a quelques jours une enquête mobilité, vaste puisqu’elle prend en compte 359 communes autour de Grenoble. Les 326000 habitants de ce territoire conduisent en majorité leur voiture. Quand on habite la Matheysine ou le Voironnais… En dix ans, cette part a quand même diminué, passant de 46 à 41%. A Grenoble-ville, les chiffres confirment l’engouement cycliste, mais la voiture reste devant avec 18% de conducteurs et 5% de passagers. Première façon de bouger : la marche à pied (43% des sondés), loin devant le biclou (12%) ! En revanche, moins d’un quart des Grenoblois utilise les transports en commun pour circuler. Cela paraît peu vu le maillage dense de la ville en matière de tram/bus. Question de coût (autour de 50 € par mois pour l’abonnement annuel de base), d’horaires (le soir, on attend parfois longtemps…) ? La crise sanitaire a aussi refroidi les usagers des transports collectifs. Pour autant, si l’on compare 2020 et 2010, la fréquentation des trams et bus par les Grenoblois est identique (21

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Sapin phallique et discours nuptial

SCENES | Allez voir les yeux fermés ce seul en scène du Grenoblois Gregory Faive, adaptation du roman de Fabcaro Le Discours : promis, vous allez vous marrer !

Valentine Autruffe | Lundi 29 novembre 2021

Sapin phallique et discours nuptial

«Je suis là, à manger du gigot et du gratin, alors que l’objet de mon tourment est ailleurs, et qu’une fourchette menace de grincer dans l’assiette à tout moment ! » Coup de génie du comédien grenoblois Grégory Faive que cette adaptation au théâtre du roman à succès de Fabrice Caro, Le Discours. Seul en scène pendant plus d’une heure et demie, le comédien déborde d’énergie, passant d’un état dépressif désopilant à l’exultation à peine exagérée quand son téléphone vibre, tout fébrile qu’il est d’espérer ardemment un texto de sa belle. Nous sommes dans un dîner de famille, avec tous ses aléas ; le beau-frère et ses qualités d’aménageur, la sœur qui va se marier, les reliques de son enfance conservées précieusement par maman, quitte à en devenir gênants comme ce porte-manteau-sapin-pénis… Et le mariage sororal, avec des variations du fameux discours qu’on lui intime de prononcer, et moult digressions plus drôles les unes que les autres - l’inévitable danse de la ch

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Importunées, agressées, droguées : les Grenobloises dénoncent sur #BalancetonBar

ACTUS | Né à Bruxelles, le mouvement Balance ton Bar fait des petits, y compris à Grenoble où une page Instagram recense les témoignages de femmes et cumule déjà près de 5000 abonné(e)s.

Valentine Autruffe | Jeudi 18 novembre 2021

Importunées, agressées, droguées : les Grenobloises dénoncent sur #BalancetonBar

Après MeToo, Balance ton porc, MeTooThéâtre ou encore MeTooPolitique, un hashtag né à Bruxelles il y a quelques semaines se répand comme une traînée de poudre. Des centaines de femmes racontent leurs soirées dans des bars, boîtes de nuit et salles de concert où elles affirment, pour beaucoup, avoir été droguées à leur insu. Drogue du viol Une page Balance ton Bar Grenoble a été récemment créée sur Instagram, et recense les témoignages de femmes anonymes qui rapportent leurs mésaventures dans les établissements grenoblois. De la lourdeur à l’agression, voire au viol à proprement parler, il y a de tout, mais ce qui frappe surtout ce sont les soupçons répétés d’avoir consommé à leur insu du GHB, dite "drogue du violeur". Ces nouveaux récits résonnent évidemment avec l’actualité récente ; fin octobre, le parquet de Grenoble a ouvert une enquête après un signalement de Grenoble Ecole de Management, qui a indiqué à la justice que du GHB aurait circulé dans (au moins) trois soirées étudiantes.

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À Échirolles, on fabrique les emplois de demain

ACTUS | L'association Solidarité pour l'emploi à Échirolles-Ouest (SOLEEO) a inauguré mardi 16 novembre ses nouveaux locaux dans l'ancienne maison de l'égalité femmes/hommes dans le quartier de la Luire. Tête de pont du dispositif national Territoire Zéro Chômeurs de Longue Durée (TZCLD), l'association est prête à relever le défi de mettre fin au chômage sur le territoire imparti.

Eloïse Bonnan | Mercredi 17 novembre 2021

À Échirolles, on fabrique les emplois de demain

Au 2, rue Pablo-Picasso, l’association Solidarité pour l’emploi à Échirolles-Ouest (SOLEEO) a inauguré mardi ses nouveaux locaux en présence de son président Georges Van Billoen et de Claire Dupin, future directrice de l’association, des représentants des collectivités locales, ainsi que de tous les participants du projet Territoire Zéro Chômeurs de Longue Durée (TZCLD). Ce bassin de 9400 habitants sera-t-il l’un des 50 nouveaux territoires ambitieux à expérimenter le dispositif, qui veut résorber le chômage de longue durée ? Verdict en début d’année 2022. En attendant, la campagne de financement participatif citoyen pour venir en aide aux premiers investissements de l’association est lancée. Malgré une « candidature solide » comme l’affirme Loëva Labye, cheffe de projet TZCLD à Grenoble Alpes Métropole, et le « soutien indéfectible » exprimé par Christophe Ferrari au nom de la métropole toute entière, personne ne dit que le cahier des charges est fastoche... Produire des emplois en fonction des compétences des salariés Créée le 17 mars dernier, l’association SOLEEO doit préfigurer la future Entreprise à but d’emploi (E

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"Oranges Sanguines" : pas de quartier !

Le film de la semaine | Deuxième incursion du maître de La Compagnie des Chiens de Navarre au cinéma après le bancal Apnée, Oranges Sanguines rectifie le tir pour viser juste dans plusieurs directions à la fois : politique, économie, famille, adolescence… Un tableau acerbe et féroce de la société française, façon puzzle.

Vincent Raymond | Mercredi 17 novembre 2021

Pendant qu’un ministre des Finances tente de gérer en coulisses l’étouffement d’un scandale médiatique (en clair, ses fraudes fiscales), un couple de vieillards surendettés essaie de se sortir de sa mouise en participant à un concours de rock. Et une adolescente rêve à sa première fois. Mais, méfiance, dans la campagne profonde, un frappadingue attend son heure pour commettre des agressions sexuelles. La France, en 2021… Passer des planches à la caméra est rarement une sinécure pour les metteurs en scène, qui doivent apprendre à changer de dimension : réduire les trois de la scène à deux pour l’écran, et puis dompter le temps à coup d’ellipses et de montage. Jean-Christophe Meurisse avait sans doute besoin d’ajustements à l’époque d’Apnée, objet peu mémorable aux faux-airs de prototype ; il en a tiré de vertigineuses leçons pour ces Oranges Sanguines. Volontairement “impur” dans sa forme — une construction de saynètes se succédant avant de s’entremêler rend le fil de sa narration discontinu, mais l’effet mosaïque en résultant sert admirablement le propos — ce film

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Regards sur le point de vue : leurs yeux, mon œil

Expo interactive | Surpris par les courtes et froides journées d’automne, vous vous retrouvez à ne plus savoir quoi faire de la marmaille qui vous court dans les pattes tous (...)

Benjamin Bardinet | Lundi 29 novembre 2021

Regards sur le point de vue : leurs yeux, mon œil

Surpris par les courtes et froides journées d’automne, vous vous retrouvez à ne plus savoir quoi faire de la marmaille qui vous court dans les pattes tous les week-ends ? À Échirolles, le Centre du Graphisme a une solution pour vous : l’exposition Mon œil, regards sur le point de vue ! À l’origine de ce projet, une web-série produite par le centre Pompidou et dont l’ambition est de permettre aux enfants (et aux ados) de découvrir le monde de la création à travers des petits films d’animation réalisés par cinq artistes – graphistes ou illustrateurs. Réalisée en écho à cette série, l'exposition invite ces mêmes artistes à proposer des installations interactives qui permettent aux (jeunes) visiteurs de découvrir certains procédés créatifs ou principes perceptifs autour de la notion de point de vue. Les enfants pourront distordre leur reflet sur la boule déformante de Pierre Vanni, réaliser une composition originale à partir des form

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Infrason fête ses 4 ans

Electro | Après quatre ans d’existence et une centaine d’évènements organisés sur Grenoble, Lyon et Paris, le collectif Infrason fêtera samedi 20 novembre son (...)

Damien Grimbert | Mardi 16 novembre 2021

Infrason fête ses 4 ans

Après quatre ans d’existence et une centaine d’évènements organisés sur Grenoble, Lyon et Paris, le collectif Infrason fêtera samedi 20 novembre son anniversaire… à la Belle Electrique, autour d’un line-up massif rassemblant des poids-lourds de la scène techno française actuelle. Un vrai accomplissement pour cette jeune association qui a rapidement pris de l'ampleur, et défend « une approche militante du dancefloor » autour de valeurs comme le féminisme, l’inclusivité ou encore la réduction des risques, concrétisée par un conséquent travail de terrain. Autre particularité d’Infrason, le soin apporté à conceptualiser ses résidences bimestrielles : au Drak-Art, les soirées LGBTQI+ friendly Unleashed réunissent ainsi une programmation techno pointue et des performances de drag-queens & kings, tandis qu’à l’Ampérage, les soirées Funk’Invaders associent house, funk et disco à l’univers du retrogaming via des projections de jeux vidéo vintage. Un concept amené à se moderniser en 2022, avec l’ouverture à des sonorités plus vastes (électro, trance) et des jeux vidéo… plus récents. En dépit de ces belles réussites, Infrason n’a pas pour autant l’intention «

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Villa Glovettes, résidence d’artistes en Vercors

Villard-de-Lans | Aux Glovettes, énorme complexe résidentiel typique des stations de ski, la majorité de l’année les appartements sont vides. Une association créée par quatre femmes fait vivre le bâtiment en dehors de la saison des neiges en le transformant en résidence d’artistes et en proposant des actions culturelles aux habitants du Vercors.

Valentine Autruffe | Mardi 16 novembre 2021

Villa Glovettes, résidence d’artistes en Vercors

En cette fin d’automne, le lieu est fantomal. Silence de forêt au milieu de ces énormes bâtiments de béton qui serpentent au creux d’un vallon, en surplomb de Villard-de-Lans. Au pied des immeubles, le télésiège est à l’arrêt, le court de tennis vieillit. Sorti de terre à la fin des années 70, dans la ruée sur l’or blanc, le complexe des Glovettes peut accueillir, au cœur de l’hiver, jusqu’à 5000 vacanciers skieurs. Le reste de l’année, quarante personnes s’y croisent de loin. Parmi elles Agathe Chion, metteuse en scène qui après avoir bourlingué dans les théâtres de Berlin et Bruxelles, a pris un virage radical avec conjoint, enfants et chien pour s’installer dans l’appartement familial des Glovettes. Au vert. Rapidement elle s’est liée avec trois comparses vertacomicoriennes, Adrianna Wallis, artiste plasticienne, Hélène Fournié, illustratrice médicale, et Célia Vaudaine, professionnelle de l'édition.

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Galerie street-art avec vue

Friche d'altitude | Une station de ski fantôme et un bâtiment abandonné transformé en galerie de street-art : c’est le menu de cette escapade sur le plateau matheysin, au sud de Grenoble.

Sandy Plas | Lundi 29 novembre 2021

Galerie street-art avec vue

La route qui mène au hameau de la Chaud, sur les hauteurs de Saint-Honoré, un petit village de 800 âmes situé à quelques encablures de la Mure, s’élève peu à peu. Les lacets serpentent dans la montagne et laissent entrevoir la silhouette grise d’un bâtiment déserté, qui domine le paysage. Une image de désolation qui est devenue le symbole de la station fantôme de Saint-Honoré, aménagée dans les années 80, et abandonnée une décennie plus tard, payant le prix du redressement judiciaire et de la condamnation pour escroquerie du promoteur immobilier chargé de développer le site ainsi que des déboires financiers de la mairie, qui exploite le domaine. Sur le papier, le coin n’est pas très vendeur pour une escapade. Pourtant, les amateurs de street-art et les photographes ne s’y trompent pas. En accès libre, le bâtiment abandonné, qui devait accueillir des appartements et un hôtel, s’est transformé au fil du temps en un festival Peinture Fraîche à ciel ouvert, comme l’explique Christophe Stagnetto, photographe

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"Cinéma de quartier" haute intensité

ECRANS | Après quatre années d’absence, le Cinéma de quartier des Barbarins Fourchus revient à la Salle Noire pour deux séances exceptionnelles, le temps de mettre en lumière deux œuvres hors-normes et insensées venues respectivement de Hong Kong et du Japon.

Damien Grimbert | Mardi 16 novembre 2021

Pourvoyeuses d’un cinéma bis fauché, fantasmatique et volontiers transgressif, tout entier voué à la satisfaction des pulsions primales de spectateurs en quête de dépaysement et de sensations fortes à l’issue d’une dure journée de travail, les salles de quartier ont depuis longtemps disparu de nos villes. Pour autant, leur héritage populaire, et la cohorte de films à petit budget mêlant sexe, violence, action et aventure qui les accompagnaient, sont maintenus en vie par intermittence depuis maintenant une bonne quinzaine d’années par le cinéma de quartier des Barbarins Fourchus. Pour cette nouvelle mouture après une longue, trop longue, pause, la formule a néanmoins (temporairement ?) changé : finis les double-programmes réunissant films de kung-fu, horreur gothique et westerns italiens des années 60 et 70, et place à deux films asiatiques plus récents mais tout aussi démentiels, faisant écho sans détour à la période de pandémie et de confinement traversée. Vers l’infini et au-delà Dans Symbol (2009), deuxième long-métrage de l’humoriste japonai

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"Le Fils" : si maman si ; si seulement

Théâtre | Il était une fois une famille catholique de l'Ouest de la France, que l'on pourrait classer du côté de la petite bourgeoisie. Il était une fois une mère qui, (...)

Aurélien Martinez | Mardi 16 novembre 2021

Il était une fois une famille catholique de l'Ouest de la France, que l'on pourrait classer du côté de la petite bourgeoisie. Il était une fois une mère qui, progressivement, va embrasser la cause des traditionalistes. C'est l'époque du vote de la loi dite du mariage pour tous, et de ces manifestants bien décidés à ce que cette, selon eux, « menace contre la famille » ne soit pas adoptée. C'est, surtout, l'époque où des gamins étaient traînés dans les cortèges pour scander des slogans du type « un papa, une maman, on ne ment pas aux enfants ». Leur a-t-on demandé, à eux, ce qu'ils en pensaient vraiment de tout ça ? Avec Le Fils, l'autrice Marine Bachelot Nguyen a construit un texte fort (quoiqu'un brin balisé) sur une mère aveuglée par son combat. En jouant autant sur le "je" que sur une parole plus extérieure à la troisième personne du singulier, elle a offert à la comédienne Emmanuelle Hiron la possibilité d'incarner avec recul cette militante sur le tard. Son monologue captive alors pendant une heure, notamment grâce au travail sobre du metteur en scène David Gauchard – qu

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Brigid Dawson & The Mothers Network, la Californie sous la pluie

Folk | On dit souvent que les artistes sont en grande partie le produit de leur environnement. Une analyse sans doute un peu cliché, mais qui s’applique à la (...)

Damien Grimbert | Mardi 16 novembre 2021

Brigid Dawson & The Mothers Network, la Californie sous la pluie

On dit souvent que les artistes sont en grande partie le produit de leur environnement. Une analyse sans doute un peu cliché, mais qui s’applique à la perfection à la musique de Brigid Dawson, chanteuse et claviériste pendant pas loin de dix ans au sein de la fameuse formation de garage rock psychédélique californienne Thee Oh Sees. Et la Californie, berceau ensoleillé de la contre-culture des 60’s et terre d’accueil de l’utopie hippie, est bel et bien présente en esprit au sein de Ballet of Apes, son premier album solo sous le nom Brigid Dawson & The Mothers Network : voix apaisée, ambiances planantes, ballades folk langoureuses au doux parfum psychédélique… Mais elle n’est pas la seule. Elevée en Angleterre dans une famille de musiciens (son père était un pianiste de jazz), Brigid Dawson a passé une bonne partie de sa jeunesse à vivre consécutivement entre ces deux pays, et sa musique s’en ressent. Une sorte de spleen pluvieux et mélancolique infuse en permanence en arrière-plan, et la rencontre de ces deux univers opposés donne, dans ses meilleurs moments, une singularité peu commune à ce Ballet of Apes, qu’on est assez impatients de découvrir

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Ygal Ohayon, explorateur des années 90

DJ | On a souvent tendance à sous-estimer l’incroyable travail d’archéologie musicale auquel se livrent les DJs les plus chevronnés. Après avoir dépoussiéré et remis (...)

Damien Grimbert | Mardi 16 novembre 2021

Ygal Ohayon, explorateur des années 90

On a souvent tendance à sous-estimer l’incroyable travail d’archéologie musicale auquel se livrent les DJs les plus chevronnés. Après avoir dépoussiéré et remis au goût du jour, pendant des décennies, les perles les plus obscures des années 70 et 80, c’est ainsi désormais au tour des musiques électroniques du début des années 90 d’être redécouvertes et célébrées. Et dans le cas d’Ygal Ohayon, ancien manager du label parisien Versatile de de 2005 à 2015 et aujourd’hui membre des collectifs Antinote et Deviant Disco, on parle plus précisément de la constellation des musiques dansantes downtempo en provenance d’Italie, d’Autriche et d’Allemagne qui revisitaient l’héritage du "cosmic sound" européen en y adjoignant des influences ethniques d’une confondante naïveté et quelques emprunts aux technologies musicales naissantes de l’époque. Tout cela vous semble passablement obscur ? Imaginez des nappes de synthé planantes, des percussions tribales, des samples vocaux étranges et volontiers kitsch et des rythmiques lourdes, lentes et obsédantes entre house au ralenti, space disco mollassonne et trance sous codéine. Le plus surprenant là-dedans ? Un charme aussi envoût

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Festival international du film nature et environnement : écran vert !

Ecologie | Si ces dernières années les prises de conscience et les alternatives écologiques ont fleuri, certains organismes s’attellent à la tâche depuis déjà (...)

Jérémy Tronc | Mardi 16 novembre 2021

Festival international du film nature et environnement : écran vert !

Si ces dernières années les prises de conscience et les alternatives écologiques ont fleuri, certains organismes s’attellent à la tâche depuis déjà longtemps. À l’image de France nature environnement Isère, association de protection de la nature qui milite depuis près de 50 ans et revient à partir du 25 novembre avec son Festival international du film nature et environnement pour une 35e édition qui s’annonce riche. Jusqu’au 5 décembre, une sélection de 27 courts et longs-métrages (sur 230 reçus cette année) sera projetée, entre films contemplatifs et documentaires engagés, avec toujours cette volonté de sensibiliser le public et de proposer des solutions en vue d’une paix des ménages entre l’Homme et la nature. Notez parmi les temps forts la soirée d’ouverture (le 25/11) avec le parrain de cette édition, Laurent Baheux, photographe animalier reconnu dans le monde entier et activiste de la protection environnementale. Lors de la soirée de clôture (le 5/12), le jury décernera les fameux prix “Hérisson” aux meilleures réalisations. Festival international du film nature et environnement du 25 novembre au 5 décembre à Grenoble et agglomération.

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Le Mois de la photo : votre attention s'il vous plaît !

ARTS | Jusqu'au 5 décembre, la Maison de l'Image organise le Mois de la photo, avec une exposition principale à l'Ancien musée de peinture et des multiples propositions dans d'autres lieux de Grenoble et de l'agglo. Le Petit Bulletin est parti à la découverte de deux expositions qui méritent l'attention, et ça tombe bien car l'attention est le thème principal de cette édition 2021.

Eloïse Bonnan | Mardi 16 novembre 2021

Le Mois de la photo : votre attention s'il vous plaît !

Le Mois de la photo, manifestation annuelle portée par la Maison de l’Image, a débuté le 5 novembre à Grenoble. L’espace d’un mois complet, l’Ancien musée de peinture et l’ensemble des lieux partenaires abritent en leur sein de séduisantes propositions artistiques. Ces dernières déclinent les nuances de l’attention, thème principal de l’édition 2021. Deux oeuvres photographiques ont particulièrement retenu la nôtre : Solitude Cosmique de Yulia Grigoryants exposé à double titre à la Maison de l’International (dans les cadres du Mois de la photo et du Mois de l’Arménie en Isère) ; et La mémoire en miroir d’Ina Thiam à l’Ancien musée de peinture. A travers Solitude Cosmique, la photographe indépendante arménienne Yulia Grigoryants raconte l’isolement et la solitude des trois derniers employés vivant à l’intérieur d’une Station de recherche sur les rayons cosmiques construite à l'époque soviétique. Les balades esseulées, la silhouette voûtée du cuisinier âgé de 70 ans, des pièces à vivre défraîchies, l’eau stagnante du lac Qari, l’ancien matériel scientifique et le sol enneigé deux tiers de l’an

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Concerto en braille

ACTUS | « Tu sais, une machine Perkins, normalement c’est pas pour faire de la musique. Moi ça me sert à écrire en braille parce que je suis déficient visuel (...)

Jérémy Tronc | Mardi 16 novembre 2021

Concerto en braille

« Tu sais, une machine Perkins, normalement c’est pas pour faire de la musique. Moi ça me sert à écrire en braille parce que je suis déficient visuel et que je ne lis pas en noir comme les voyants. » Fadi, 9 ans, élève à l’école élémentaire Ferdinand-Buisson, participe à un étonnant projet avec neuf autres de ses camarades. Tous en situation de handicap visuel, ils répètent depuis quelques semaines, aux côtés de 30 élèves-musiciens du collège Charles-Munch, le Concerto pour machines Perkins, œuvre de François Rossé pour ensemble instrumental et machines à écrire en braille, utilisées ici comme instrument de percussions. « Les machines constituent un pupitre comme les autres, avec une partition écrite pour elles », explique Christophe Louboutin, professeur de guitare au Conservatoire et intervenant sur le projet. « C’est un morceau contemporain d’une grande exigence artistique, comportant des passages improvisés et d’autres très écrits. Pour les malvoyants, des repères sonores leur permettent de savoir à quels moments ils doivent intervenir. Ce qu’ils joueront pendant la pièce est loin d’être anodin. » L’œuvre a été co

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En salle : "Oranges sanguines", Haut et fort", "De son vivant", "Les Magnétiques"...

Th?ma | C'est la clef, dit-on, du succès d’un film. Bien plus que les critiques. Mais le bouche-à-oreille peut aussi évoquer des histoires de bouches… et d’oreilles…

Vincent Raymond | Mardi 16 novembre 2021

En salle :

Voix et parole vont souvent de pair, en particulier dans le vocable politique. En pleine précampagne électorale, Jean-Christophe Meurisse des Chiens de Navarre sort avec Oranges sanguines (17/11) un bijou corrosif évoquant (notamment) la figure du politique et son usage de la langue de bois à travers un ministre gérant en coulisses l’étouffement d’un scandale médiatique. Volontairement “impur” dans sa forme — une construction de saynètes rend le fil de sa narration discontinu, mais l’effet mosaïque en résultant sert admirablement le propos — ce film choral restitue l’impureté de la chose publique, les arrangements boiteux, les masques sociaux et l’hypocrisie ambiante dont, pourtant, personne n’est dupe. Dialogue, distribution, jeu sont impeccables, et si l’on rit devant ces polaroïds du cynisme contemporain érigé en norme, c’est jaune : qui est le plus monstrueux ? Chacun fabrique le monstre de son prochain. Tragiquement drôle ! Oh, ouïe, encore ! À la même date, mais plus près des tympans, une rom’-com’ charmante, cocasse et touchante de & avec Pascal Elbé, On est fait pour s’entendre (17/11) dans lequel il incarne un prof se découvra

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"L'Événement" : La peur au ventre

Le film de la semaine | Mûrie de longues années par Audrey Diwan, cette adaptation d’Annie Ernaux saisit l’ascèse et la précision de l’autrice, pour la transmuter en portrait dépourvu de pathos d’une éclaireuse engagée malgré elle dans une lutte à la fois intime et secrète. Un souffle de vivacité autour d’un sujet toujours brûlant — l’avortement. Un Lion d’Or à la clef.

Vincent Raymond | Mardi 16 novembre 2021

Brillante élève, Anne ambitionne de suivre des études de lettres et de devenir écrivaine. La découverte d’une grossesse totalement inattendue menace ses plans, mais dans la France provinciale de 1963, avorter est un crime passible de prison pour qui le commet et qui le facilite. Entre secret, honte et résolution, Anne tente de trouver des informations, de l’aide, des solutions… Tout pour que son avenir ne soit pas obéré par un événement non désiré… Trente-trois ans plus tard, un même regard. Qui interpelle et prend à témoin le public. Deux femmes, comme deux faces d’une même pièce, liées par leur “condition” et singulièrement par une postérité comparable. Deux affiches de films distingués à Venise qui se répondent en nous tendant un miroir. Et résonne en sourdine la terrible mise en garde de Simone de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant » En 1988, Une affaire de femmes

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Audrey Diwan : « Ce que je voulais, c’est être à l’épure »

L’Événement | Parmi les invités d’honneur du 30e festival de Sarlat, la réalisatrice Aurey Diwan tout juste laurée de son Lion d’Or à la Mostra de Venise pour le coup de poing "L’Événement" — et également au centre de toutes les attentions depuis que "Bac Nord" (qu’elle a coscénarisé) triomphe au box-office. L’occasion de reprendre avec elle le fil d’une conversation entamée en 2019 entre Avignon et Gérardmer…

Vincent Raymond | Mardi 16 novembre 2021

Audrey Diwan : « Ce que je voulais, c’est être à l’épure »

Lors de notre précédente discussion, à l’époque de Mais vous êtes fou, vous évoquiez déjà votre travail sur l’adaptation de L’Événement… Audrey Diwan : J’avais déjà commencé il y a deux ans ? Au bout d’un moment on ne sait plus : comme les livres, les films, et les histoires d’écriture nous portent, c’est difficile de circonscrire la période de travail. Quand j’ai commencé à écrire, je pensais au livre depuis longtemps — je l’avais lu quelques années avant. L’angle que vous avez choisi, c’est de raconter l’histoire dans le film au présent alors que le récit par Annie Ernaux dans le livre est au passé… Je crois que c’est la clé que je cherchais. D’abord, c’est toujours complexe de mettre en scène l’auteur cherchant son œuvre — mais ça peut se faire. Ensuite, ce qui me plaisait moins dans cette idée, et la raison pour laquelle j’ai élagué cette partie du texte, c’est que si j’avais montré Annie Ernaux en train de regarder cette histoire, je l’aurais mise dans le rétro

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