IAM sera à la Belle électrique en mars

La rédaction | Vendredi 11 octobre 2019

Photo : Didier D Daarwin - Tous des K


Alors qu'ils sortent d'une grosse tournée anniversaire pour les 20 ans de leur cultissime L'École du micro d'argent, les Marseillais du groupe IAM sont de retour sur le devant de la scène avec un nouvel album (le dixième) prévu pour le 22 novembre et intitulé Yasuke. « IAM résiste. IAM respire. IAM est là ! » annonce le communiqué de presse.

On verra ça à l'écoute. Et, surtout, sur scène, là où ils sont toujours excellents. Bonne nouvelle : la Belle électrique les accueillera vendredi 6 mars pour un concert qui risque de très vite afficher complet. Mise en vente des billets vendredi 18 octobre à 10h.

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À la rencontre de l’autre

Danse | Danseuses et chorégraphes, Myriam Lefkowitz et Catalina Insignares viennent de passer trois semaines en résidence à Grenoble à l’invitation du Pacifique, centre de développement chorégraphique national. Elles ont travaillé avec des migrants autour de la Facultad, un ensemble de propositions artistiques qu’elles ont élaboré. Leur démarche : placer l’attention à l’autre au cœur de la création.

Martin de Kerimel | Lundi 29 mars 2021

À la rencontre de l’autre

Pour elles, la danse ne se limite pas à une pratique artistique sur scène. Myriam Lefkowitz s’interroge sur les questions d’attention et de perception et travaille notamment sur des dispositifs immersifs, pour favoriser la relation directe entre les spectateurs et les interprètes. Catalina Insignares, elle aussi, aime questionner la relation des artistes à la société. La permanence qu’elles viennent d’organiser dans un appartement du quartier de l’Abbaye, à Grenoble, les a placées en contact direct avec plusieurs dizaines de personnes exilées, ainsi qu’avec d’autres, issues du monde associatif, qui les accompagnent, les écoutent et les soutiennent. L’idée : expérimenter des pratiques qui, par nature, nécessitent la mise en place d’une relation à l’autre. Marches urbaines les yeux fermés, danse de mains, dialogues basés sur l’imaginaire et les ressentis… un ensemble de démarches mis au service de la rencontre, sans intention d’en tirer un spectacle. « Déségrégation » Cette résidence à Grenoble était également, pour les deux jeunes femmes, une expérience personnelle.

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Les fantômes du Congo

Photo | De 2014 à 2019, le photographe William Dupuy a arpenté les confins de la République démocratique du Congo à la rencontre des enfants soldats. Une plongée dans l’enfer des conflits inter-ethniques dont le regard hagard des protagonistes témoigne de la détresse, souvent inconsciente, qui les hante. Une exposition à découvrir au Studio Spiral.

Benjamin Bardinet | Vendredi 19 mars 2021

Les fantômes du Congo

Sous un ciel encombré de nuages teintés d’un gris électrique, une luxuriante végétation vert sombre recouvre le doux relief de collines dont les lignes sinueuses se perdent dans le lointain. L’ambiance singulière qui se dégage du paysage que dévoile le cliché introductif de l’exposition de William Dupuy a autant pour but de témoigner des caractéristiques géographiques du Nord Kivu, à l’Est de la République démocratique du Congo, que de nous plonger dans l’étrange atmosphère de cette contrée en proie à de multiples conflits. Une dimension fantasmatique que William Dupuy amplifie en re-baptisant ce territoire Neverland en référence à Peter Pan, car, tout comme la fameuse île issue de l’imaginaire de J.M. Barrie, cette région abrite un grand nombre "d’enfants perdus". En effet, embrigadés dès leur plus jeune âge, les enfants-soldats du Nord Kivu s’engagent dans de multiples micro-conflits qui les dépassent et dont ils ne savent généralement pas grand-chose, si ce n’est que s’ils ne tuent pas l’ennemi qui leur est désigné, c’est eux qui seront tués. Totalement désœuvrés et déscolarisés (les rares instituteur.trices encore en place expliquent généralement

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Doublé Capra : du bonheur pour cinéphiles

Reprises | Le grand cinéaste américain est à l'honneur du Ciné-Club et de la Cinémathèque de Grenoble, qui projettent deux de ses films parmi les plus emblématiques les 18 et 20 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Doublé Capra : du bonheur pour cinéphiles

Heureux cinéphiles grenoblois qui, en moins d’une semaine, vont se régaler les yeux avec deux classiques de Frank Capra ! On pourrait parler de hasard de programmation entre le Ciné-Club et la Cinémathèque, mais y a-t-il vraiment un hasard à l’approche de Noël lorsque l’un des deux films projetés se trouve être La Vie est belle (photo, 1946) ? Depuis sa sortie, ce long métrage est aux États-Unis indissociable des fêtes de fin d’année, tant il incarne l’esprit (et le miracle) de Noël. On y suit George, un brave type (le prototype de l’altruiste capresque, incarné par Jimmy "homme-de-la-rue" Stewart) sur le point de se supprimer, sauvé grâce à l’intervention providentielle d’un apprenti ange lui révélant à quel point le monde serait un enfer pour les autres s’il n’existait pas. Malgré les années, l’histoire demeure très moderne, si l’on y réfléchit : l’ange a recours à une vérité alternative pour étayer ses propos, et fait œuvre de coach en développement personnel pour convaincre George de sa valeur intrinsèque. Soooo 2019 ! Autre monument, mais au rayon comédie dramatique, New York-Miami (1934) avec Claudette Colbert e

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"Debout sur la montagne" : là-haut, y a pas débat

ECRANS | De Sébastien Betbeder (Fr., 1h45) avec William Lebghil, Izïa Higelin, Bastien Bouillon…

Vincent Raymond | Mardi 29 octobre 2019

Quinze ans après leur enfance montagnarde, trois amis se retrouvent dans leur village d’origine à l’occasion des funérailles du grand frère de l’un d’entre eux. Leurs rêves de jeunesse disloqués, ils constatent que la vie d’adulte donne plus souvent des raisons de pleurer que de rire… Sébastien Betbeder a de la constance, il faut le lui reconnaître. N’aimant rien tant que les histoires de copains en quête d’une forme de retrouvailles dans un milieu plutôt hostile, le prolifique cinéaste décline son thème chéri dans tous les environnements et avec toutes les configurations possibles. Après l’île de Marie et les Naufragés, le grand Nord enneigé du Voyage au Groenland, la bourgade d’altitude constitue ici une suite logique pour le sympathique trio. Quant à la réunion entre potes, si elle est entravée par le poids d’un passé commun traumatique alourdi par les blessures intimes de chacun, son issue offre une délivrance générale façon absolution. Jonglant avec les peurs d

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"Portrait de la jeune fille en feu" : consumée d’amour

ECRANS | Sur fond de dissimulation artistique, Céline Sciamma filme le rapprochement intellectuel et intime de deux femmes à l’époque des Lumières. Une œuvre marquée par la présence invisible des hommes, le poids indélébile des amours perdues et le duo Noémie Merlant / Adèle Haenel, qui a récolté le Prix du scénario au dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Lundi 16 septembre 2019

Fin XVIIIe. Officiellement embauchée comme dame de compagnie auprès d’Héloïse, Marianne a en réalité la mission de peindre la jeune femme qui, tout juste arrachée au couvent pour convoler, refuse de poser car elle refuse ce mariage. Une relation profonde, faite de contemplation et de dialogues, va naître entre elles… Il est courant de dire des romanciers qu’ils n’écrivent jamais qu’un livre, ou des cinéastes qu’ils ne tournent qu’un film. Non que leur inspiration soit irrémédiablement tarie au bout d’un opus, mais l’inconscient de leur créativité fait ressurgir à leur corps défendant des figures communes, des obsessions ou manies constitutives d’un style, formant in fine les caractéristiques d’une œuvre. Et de leur singularité d’artiste. Ainsi ce duo Héloïse-Marianne, autour duquel gravite une troisième partenaire (la soubrette), rappelle-t-il le noyau matriciel de Naissance des pieuvres (2007) premier long-métrage de Céline Sciamma : même contemplation fascinée pour une jeune femme à l’aura envoûtante, déjà incarnée par Adèle Haenel, mêmes souffrances dans l’affirmation d’une ide

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"Yves" : robot après tous

ECRANS | Un rappeur en échec se retrouve propulsé au sommet grâce à l’aide de son réfrigérateur intelligent, qui va peu à peu exciter sa jalousie… Une fable contemporaine de Benoît Forgeard sur les périls imminents de l'intelligence artificielle, ou quand l’électroménager rompt le contrat de confiance. Grinçant.

Vincent Raymond | Lundi 24 juin 2019

En galère personnelle et artistique, Jérem (William Lebghil) s’est installé chez sa feue grand-mère pour composer son album. Mentant sur sa situation, il s’inscrit pour devenir testeur d’un réfrigérateur tellement intelligent baptisé Yves qu'il va devenir son valet, son confident, son inspirateur et finalement son rival… Mieux vaut rire, sans doute, de la menace que constituent les progrès de l’intelligence artificielle et le déploiement – l’invasion – des objets connectés dans l’espace intime. D’un rire couleur beurre rance, quand chaque jour apporte son lot "d’innovations" dans le secteur du numérique et des assistants personnels ou de l’agilité des robots androïdes. Sans virer dans le catastrophisme ni prophétiser pour demain le soulèvement des machines décrit par la saga Terminator, mais en envisageant un après-demain qui déchante lié à l’omniprésence de ces technologies ou à notre tendance à tout leur déléguer inconditionnellement. Mister Freezer Yves n’es

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"Just Charlie" : surface de séparation

ECRANS | De Rebekah Fortune (GB, 1h39) avec Harry Gilby, Karen Bryson, Scot Williams…

Vincent Raymond | Mardi 14 mai 2019

Jeune footballeur doué, Charlie Lindsay est repéré dans son club par un recruteur, au grand bonheur de son père qui aurait aimé être pro. Mais Charlie se sent mal dans sa peau : au plus profond de lui, il se sait femme. Quand son entourage l’apprend, les réactions divergent… Il en va du football comme d’un culte en Angleterre (et tout particulièrement à Manchester) : on s’y consacre avec dévotion, on entre dans un centre de formation comme dans les ordres avec, outre l’ambition de faire triompher les couleurs de son église/club, la promesse d’un paradis bien terrestre. Ce prérequis semble nécessaire pour comprendre pourquoi la "confession" courageuse (en réalité, l’affirmation de son identité) de Charlie est perçue par certains proches comme la trahison d’un apostat. Pour son père, qui fantasmait une carrière par procuration, c’est une double peine : croyant perdre un fils et un futur glorieux, son rejet égoïste est aussi violent que celui des homophobes excluant Charlie… ou lui cassant la figure. Girl de Lukas Dhont avait déjà,

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Les Détours de Babel 2019 en 14 concerts

Festival | C’est parti pour la neuvième édition des Détours de Babel, festival estampillé « musiques du monde, jazz, musiques nouvelles ». Soit l’occasion, pendant plus de trois semaines (du 15 mars au 7 avril), de découvrir des artistes de tous horizons et des musiques non formatées. Histoire de se repérer dans le vaste et passionnant programme, on vous livre une sélection de nos attentes à écouter à Grenoble, dans l'agglo et même, parfois, au-delà.

La rédaction | Mardi 12 mars 2019

Les Détours de Babel 2019 en 14 concerts

Traversées – Constantinople et Ablaye Cissoko Il y aura une belle teinte mandingue cette année aux Détours de Babel, pas mal de kora, et quelques Cissoko. À commencer, par ordre chronologique, par Ablaye, qui vient ici flirter avec la musique des cours persanes aux côtés notamment de Kiya Tabassian, chantre irano-canadien de la musique traditionnelle et savante venue de Perse, et grand spécialiste du sétâr, lointain cousin persan de la kora. Ablaye se produira également en solo vendredi 15 mars aux Salons de musique de la Maison de l’international. Samedi 16 mars à 19h à la salle des fêtes de Commelle et dimanche 17 mars dans le cadre du Brunch #1 du quartier Très-Cloîtres Trois lettres de Sarajevo – Goran Bregović Dans ce Sarajevo d'avant la guerre où a grandi Goran Bregović, les cultures et les religions cohabitaient avec bonheur. C'est cette Jérusalem des Balkans, ce paradis perdu du vivre-ensemble que les national

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"Diamantino" : comme un air de Cristiano Ronaldo

ECRANS | de Gabriel Abrantes & Daniel Schmidt (Por-Fr-Bré, 1h32) avec Carloto Cotta, Cleo Tavares, Anabela Moreira…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Star de l’équipe portugaise de football, Diamantino manque sa finale de la Coupe du monde. Désespéré, désorienté, cet esprit simple instrumentalisé par les siens craint d’avoir perdu sa vista. Un parti souverainiste europhobe essaie alors de le cloner mais, ouf, les services secrets veillent… Inutile d’être spécialiste du ballon rond pour deviner à travers le personnage de Diamantino, surdoué se transcendant sur le gazon, incapable de la moindre réflexion construite à l’extérieur du stade, un "hommage" à Cristiano Ronaldo. Postulant que son héros doit son talent (génie ?) à des visions psychédéliques d’espèces de bichons bondissant dans des vapeurs roses, ce film s’inscrit clairement dans un registre décalé ; une sorte de conte bizarroïde où la princesse aurait des crampons, le prince serait un faux-migrant travesti (mais vrai membre des services secrets) et la marâtre deux sœurs jumelles obsédées par la fortune du frangin débile, prêtes à le vendre à la découpe. Émaillé de flashes proto-organico-fantastiques à la

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"Première année" : toubib or not toubib ?

ECRANS | de Thomas Lilti (Fr, 1h32) avec Vincent Lacoste, William Lebghil, Alexandre Blazy…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Par conformisme familial, Benjamin entre en première année de médecine où il est vite pris sous l’aile d’Antoine, un sympathique triplant acharné à réussir. Quand, à l’issue du premier semestre, le nonchalant bleu se trouve mieux classé que son besogneux aîné, leurs rapports changent… Poursuivant son examen du monde médical après Hippocrate et Médecin de campagne, le réalisateur Thomas Lilti s’attaque concomitamment dans cette comédie acide à plusieurs gros dossiers. D’abord, ce fameux couperet du concours sanctionnant la première année commune aux études de santé, mais aussi l’incontournable question de l’inégalité profonde face aux études supérieures. La fracture sociale ne se réduit pas en médecine, bien au contraire : construite sur la sélectivité et l’excellence, cette filière est un vase clos favorisant la reproduction des élites – et de celles et ceux en maîtrisant les codes. Enfant du sérail ayant déjà pas mal étudié la question, Lilti juge avec clairvoyance cette période plus dévastatrice qu’épanouissante pour les futurs carabins : est-il raisonnable de faire perdre la raison à des aspirants médecins ? Coupable, l’i

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Grand bain musical à Musilac

Festival | Vieilles gloires, valeurs sûres, piliers de festoche, jeunes pousses, smoothies de genres et autres étrangetés à découvrir : le festival lacustre Musilac, prévu du jeudi 12 au dimanche 15 juillet à Aix-les-Bains (Savoie), va baigner l'été musical d'un éclectisme qui attire les foules comme les amateurs éclairés, jusqu'à les confondre. La preuve avec la programmation détaillée par jour.

Stéphane Duchêne | Mardi 19 juin 2018

Grand bain musical à Musilac

Old Wave le jeudi D'une certaine manière, s'il fallait un hymne en ouverture de cette édition 2018 de Musilac, il pourrait consister en trois bouts de refrains se répondant depuis le fin fond des âges 80 ; quand les uns martèleraient « I Just can't get enough », les autres répondraient « Don't you forget about me » ou « Always the sun ». Car, on l'aura compris, c'est une soirée très marquée "ressac de la new wave" que celle du jeudi, avec Depeche Mode, Simple Minds et The Stranglers – quand bien même les carrières de chacun de ces groupes britanniques n'auraient pas résisté d'égale manière au passage du temps. Pour le reste, on notera que J. Bernardt, transfuge des Belges de Balthazar, remplacera numériquement son collègue Warhaus, présent l'an dernier ce même soir ; que le rock indé répondra présent avec le Stroke Albert Hammond Jr. (le meilleur d'entre eux, sans doute), Findlay et The Mistery Lights ; que les amateurs de bizarrerie en auront pour leur compte avec le black metal-gospel-blues de Z

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"L’Homme qui tua Don Quichotte" : tout ça pour ça ?

ECRANS | Pendant un quart de siècle, le réalisateur Terry Gilliam a quasiment fait don de sa vie au Don de Cervantès. Un dévouement aveugle, à la mesure des obsessions du personnages et aussi vaste que son monde intérieur. Mais l’histoire du film n’est-elle pas plus grande que le film lui-même ?

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

De retour en Espagne où il avait tourné son film d’études inspiré de Cervantès, un réalisateur de pubs en panne créative (Adam Driver) retrouve le cordonnier (Jonathan Pryce) à qui il avait confié le rôle de Don Quichotte. Mais celui-ci se prend désormais pour le chevalier à la triste figure et l’entraîne dans sa quête… À un moment, il faut savoir terminer un rêve. Même quand il a tourné en cauchemar. L’histoire de la conception L’Homme qui tua Don Quichotte est l’une des plus épiques du cinéma contemporain, bien davantage que celle racontée par ce film aux visées picaresques. Palpitante et dramatique, même jusque dans ses ultimes et rocambolesques rebondissements. Idéalisée par son auteur pendant un quart de siècle, cette œuvre a gagné au fil de ses avanies de production une de nimbe de poisse à côté de laquelle la malédiction de Toutankhamon passe pour un rappel à la loi du garde-champêtre. Elle a aussi susc

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"Tesnota – Une vie à l'étroit" : elle est libre Ilana

ECRANS | de Kantemir Balagov (Rus, int-12 ans avec avert., 1h58) avec Darya Zhovner, Veniamin Kats, Olga Dragunova…

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Russie, 1998. Ilana vit avec ses parents dans une petite congrégation juive plus ou moins intégrée dans le Nord Caucase. Un soir, après le célébration des fiançailles de son frère, celui-ci et sa future femme sont kidnappés et une rançon réclamée. À quels sacrifices consentir pour réunir les fonds ? S’inspirant de faits avérés, Kantemir Balagov décrit un contexte particulièrement pesant pour les citoyens juifs, considérés par la population locale comme des individus de seconde zone ; des butins ambulants à détrousser impunément ou des corps adaptés aux émois privés. Loin de faire le seul procès de la société russe, le cinéaste montre également l’archaïsme coutumier de cette communauté étouffant sa jeunesse, où l’on en est réduit à brader une fille pour sauver un fils. Parce qu’il se concentre sur Ilana, garçonne ayant soif d’indépendance et de l’énergie à revendre, Balagov prend le parti de la jeunesse, de la révolte et de la modernité. Elle se pose non à la place de la victime consentante, dans l’acceptation de la fatalité, mais dans un désir d’émancipation, d’ailleurs et de combat. En fait, le rapport de forces ne peut évoluer que si des Ilana font b

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"Corps étranger" : sans-papiers, sans pantalon

ECRANS | de Raja Amari (Fr.-Tun., 1h32) avec Hiam Abbass, Sara Hanachi, Salim Kechiouche…

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Le drame des réfugiés est le sujet du moment ; il irrigue donc à des degrés divers, et avec plus ou moins d’inspiration, une part non négligeable des scénarios actuels. Parfois, on a l’impression qu’il sert de prétexte commode à des auteurs pour "faire concernant" ou donne une colonne vertébrale socio-politique à une histoire manquant d’assise. Tel ce Corps étranger de la cinéaste tunisienne Raja Amari​. Bien sûr, il y a à la base l’arrivée clandestine en France de Samia, ayant fui le Maghreb et un frère fondamentaliste. Mais le cœur du film, c’est surtout la relation qu’elle va entretenir avec la femme qui lui donne un toit et du travail, Leila, ainsi qu’un jeune homme de son village, Imed. Ce ménage à trois violent et délétère, fait de trouble sensualité, de jalousies et de dominations à géométrie variable, intéresse en premier chef la réalisatrice, davantage que les misères des sans-papiers. Il ne s’agit pas là d’un jugement moral, seulement d'un constat. Le fait est que ses réalisations précédentes montraient déjà sa fascination pour l’érotisation des corps et le charme v

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"4 Histoires fantastiques" : bon choc, bon genre

ECRANS | de William Laboury, Steeve Calvo, Maël le Mée, Just Philippot (Fr., 1h22) avec Sophie Breyer, Malivaï Yakou, Didier Bourguignon…

Vincent Raymond | Lundi 12 février 2018

Souvent défendu aux p’tits francophones pour des raisons culturelles et de moyens, le territoire du genre demeure, en dépit des assauts asiatiques, le pré carré des Anglo-Saxons. Lancé par la société Fidélité, un label (Bee Movies) avait tourné court il y a une dizaine d’années : les productions (Un jeu d’enfants, Bloody Malory…) étaient trop fragiles et de qualité inégale – même si elles assumaient leur identité de séries B. Espérons pour la nouvelle génération que 4 Histoires fantastiques connaisse un destin plus radieux. Car ce carré de courts-métrages initié par le magazine SoFilm, Canal+ et tout une flopée d’institutions offre un bel écrin et un joli écho à l’émergence hexagonale ayant choisi de s’illustrer dans ce registre. Totalement indépendants, ce sont quatre univers qui s’enchaînent donc ici. Après deux films corrects mais classiques (Chose mentale, une sortie de corps par une jeune femme électrosensible, et Livraison, la longue marche d’un fermier convoyeur de zombies), Maël le Mée nous offre une ambiance sérieusement cronenbergienne avec Aurore

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Hugh Jackman : « Barnum était plus grand que nature »

ECRANS | Pour "The Greatest Showman", Hugh Jackman a posé les griffes de Logan et enfilé la tenue de Monsieur Loyal de l’inventeur du spectacle moderne, Phineas Taylor Barnum. Showtime !

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Hugh Jackman : « Barnum était plus grand que nature »

Pour quelles raisons teniez-vous à ce film ? Hugh Jackman : J’ai grandi dans l’amour des comédies musicales avec Fred Astaire et Gene Kelly – comme Chantons sous la pluie. En 2009, alors que je présentais la cérémonie des Oscars, son producteur Larry Mark m’a proposé de faire un "musical". Mais à l’époque, c’était difficile de convaincre Hollywood sur un projet totalement original et neuf – l’ironie étant que La La Land​ était parallèlement en production, sans que nous le sachions. L’essentiel dans un "musical" étant le livret, c’était risqué de soumettre onze chansons originales à l’approbation du public. Mais lorsque Justin Paul en a écrit cinq, on a su que l’on tenait quelque chose – et le studio aussi. D’abord, le sujet "Barnum" s’adaptait parfaitement à un "musical" : avec ses rêves et son imaginatio

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"The Greatest Showman" : un joyeux Barnum

ECRANS | de Michael Gracey (E.-U., 1h46) avec Hugh Jackman, Michelle Williams, Zac Efron…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Des poussières de son enfance miséreuse aux paillettes de la gloire, en passant par ses échecs, The Greatest Showman est la vie romancée à la façon d’une comédie musicale de l’inventeur du spectacle moderne, l’entrepreneur Phineas Taylor Barnum (1810-1891). Créée ex nihilo pour le cinéma, sans passer par la case Broadway (une exception partagée avec La La Land), cette comédie musicale adopte les codes du grand spectacle contemporain pour en conter la genèse, avec ce qu’il y a d’extravagance, de scintillant, mais aussi de clichés et de tape-à-l’œil façon Baz Luhrmann – la mise en abyme est de ce point de vue réussie. Et quel meilleur ambassadeur pour incarner Barnum que Hugh Jackman ? Ultime représentant de ces showmen plus qu’accomplis : absolus, conservant leur crédibilité sur toutes les scènes, il fait évidemment le job. Paradoxalement, sa franchise sert la rouerie vaguement cynique de l’entrepreneur, dont on ne parvient à savoir ce qui chez lui primait de la soif de reconnaissance sociale et de l’argent ou du désir d’"entertainment". Partition aux notes volontairement appuyées, The Great Showman accuse quelques

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Liam Neeson : « Ma vie pendant le tournage de "The Passenger" était monastique »

ECRANS | Regard bleu mélancolie et silhouette émaciée, Liam Neeson marque une pause pour évoquer sa nouvelle course contre la montre à grande vitesse dans "The Passenger". En voiture s’il vous plaît…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Liam Neeson : « Ma vie pendant le tournage de

C’est la quatrième fois que vous travaillez avec Jaume Collet-Serra ; dans quelle mesure parvenez-vous à vous surprendre mutuellement ? Liam Neeson : Nous ne nous surprenons pas vraiment. En tout cas, à chaque fois c’est de plus en plus facile pour nous de travailler ensemble et nous sommes de plus en plus proches. On ne cherche pas à suranalyser chaque chose ni des motivations aux personnages ; on est tout de suite dans le concret. J’arrive sur le tournage, on regarde les mouvements de caméra, et puis on met en boîte – c’est aussi simple que cela. Sauf s’il y a une scène un peu plus complexe, auquel cas on fait une répétition. Nous aimons notre énergie mutuelle. L’équipe le perçoit ; elle sait qu’on ne va pas attendre jusqu’à la cinquième prise. Et puis, il est très inventif ; sa caméra est au service de l’histoire et j’adore ça. Après Non Stop, il m’a fait passer d’un avion à un train – j’étais curieux de savoir comment il allait filmer. Et l’on va recommencer pour notre cinquième film ensemble, dans un espace encore plus petit : un placard (sourires). Non, en fait je ne peux pas encore en parler.

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"The Passenger" : hors du train-train quotidien

ECRANS | de Jaume Collet-Serra (E.-U.-Fr.-G.-B., 1h43) avec Liam Neeson, Vera Farmiga, Patrick Wilson…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Ancien flic reconverti dans les assurances, Michael est brutalement viré. Le même jour, ce fringant sexagénaire voit sa routine chamboulée dans son train de banlieue quand une inconnue lui propose un étrange marché. À la clé, beaucoup d’argent. Mais aussi des dangers potentiels… Jaume Collet-Serra serait-il devenu pour Liam Neeson ce que J. Lee Thompson fut pour Charles Bronson – un réalisateur transmutant jusqu’à plus soif un type ordinaire harcelé par des malfaisants en surhomme capable de sauver la planète ? Relativisons : Neeson est moins ouvertement justicier que Bronson, et semble plutôt pousser pour leur quatrième collaboration son personnage du côté des Tom Hanks/Harrison Ford : toute l’ouverture est une tentative en ellipses "pixariennes" pour l'ancrer dans sa monotonie consentie de banlieusard. Ensuite, la victime idéale se transforme bourreur de pifs expert. Si Collet-Serra maîtrise son espace contraint (en un seul mot), il succombe à la tentation de la surenchère, perdant dans les vingt dernières minutes le bénéfice de l’armature sociale et humaine, ainsi que de son suspense à l’ancienne. Plus sec, sans rebondiss

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"Ami-ami" : viens pas chez moi, j’habite avec une copine

ECRANS | de Victor Saint Macary (Fr., 1h26) avec William Lebghil, Margot Bancilhon, Camille Razat…

Vincent Raymond | Lundi 15 janvier 2018

Vaste famille ayant donné naissance au meilleur (L’Auberge espagnole) comme au pire (Five), la comédie-de-colocation-entre-potes s’enrichit d’un nouveau rejeton tentant le vaudeville contemporain sans pour autant recourir à la grivoiserie. Louable effort compensant les maladresses d’usage d’un premier film alternant potacherie classique et audaces scénaristiques. Le cœur brise par son ex, le "héros" de ce badinage s’installe avec sa meilleure copine, en tout bien tout honneur. Une nouvelle histoire d’amour lui cause un double embarras : il n’ose avouer à sa conquête qu’il "vit" avec une amie, laquelle se montre plus que jalouse : possessive. Si le côté Guerre des Rose (film de Danny DeVito sorti en 1990) avec saccage majuscule de l’appartement sent le réchauffé, reconnaissons que le réalisateur Victor Saint Macary surprend en renversant une situation très convenue : ici, ce n’est plus le mec qui rompt un pacte d’amitié homme-femme et en détruit l’harmonie mais bien l’amie éconduite – ce qui sort le film du schéma du m

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"L’École du micro d’argent" d'IAM : classiquement rap

Concert | Les rappeurs marseillais seront dimanche 12 novembre au Summum pour fêter les 20 ans de la sortie de leur album culte.

Aurélien Martinez | Vendredi 3 novembre 2017

Petit frère qui « n'a qu'un souhait devenir grand » ; Nés sous la même étoile déplorant que « personne ne joue avec les mêmes cartes » ; le très Star Wars L'Empire du côté obscur ; le morceau fleuve Demain, c'est loin… L’École du micro d’argent, troisième album du groupe marseillais IAM sorti en mars 1997, est une véritable référence dans le monde du rap français (et l’une des meilleures ventes), grâce notamment à des textes puissants qui ont parfaitement cerné l’époque dans laquelle ils s’inscrivaient – et s’inscrivent toujours pour certains. Depuis 20 ans, l’image de cette réussite colle encore à la peau des membres d’IAM, comme si jamais ils ne pourraient faire mieux. À chaque concert, ils reviennent à ces morceaux cultes, comme on avait pu le constater en 2012 à Grenoble par exemple. Ça tombe bien, le public n’attend que ça. Qu’Akhenaton, Shurik'n et les autres célèbrent les 20 ans de la sortie de l’album par une grande tournée nationale, qui passera par le Summum de Grenoble l

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William Z. Villain : Z comme Villain

Concert | Vendredi 3 novembre, on a rendez-vous à la Bobine avec un jeune (26 ans seulement) grand du folk. On fait les présentations.

Stéphane Duchêne | Mardi 24 octobre 2017

William Z. Villain : Z comme Villain

Il vit aux États-Unis, dans le Wisconsin, mais semble venir d'une autre planète, ce que toute sa fiche signalétique a l'air de confirmer dans les grandes largeurs. Il a 26 ans, mais « en années humaines » précise-t-il, ce qui indique peut-être quelque origine extraterrestre. Il se nomme Benjamin Bill mais se fait appeler William Z. Villain, soit quelque chose comme "Guillaume le Méchant", ce qui en dit encore un petit peu plus. Il est maraîcher, spécialisé dans la permaculture, mais est parvenu à notre connaissance non pas pour la qualité de ses légumes mais pour la bizarrerie de ces étranges fruits blues poussés sur un premier album aussi déviant que fascinant. Un ovni enregistré en solo, à la va-comme-je-balance-sur-mon-siège, et avec les moyens du bord et une National Resonator (une guitare) blanche, en présence d'un chat. D'ailleurs son chant même, quand il se dédouble en voix de fausset, évoque la personnalité duplice et parfois inquiétante de nos amis félins. Elle caresse autant qu'elle hérisse et prend autant de liberté que la musique qui l'accompagne. Comme sur Anybody Gonna Move, un reggae aux airs de blues. À moin

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"La Belle et la meute" : les prédateurs de la nuit tunisienne

ECRANS | de Kaouther Ben Hania (Tu.-Fr.-Sue.-No.-Lib.-Qa.-Sui., 1h40) avec Mariam Al Ferjani, Ghanem Zrelli, Noomane Hamda…

Vincent Raymond | Lundi 16 octobre 2017

Étudiante à Tunis, Mariam participe à une soirée de bienfaisance durant laquelle elle rencontre Youssef. Leur idylle naissante est dramatiquement interrompue par une patrouille de police et Mariam est violée par ces prétendus "représentants de l’ordre". Son enfer ne fait que débuter… Révélée par le documenteur incisif Le Challat de Tunis (2015), Kaouther Ben Hania poursuit dans la même veine tranchante, dénonçant encore et toujours le sort réservé aux femmes en Tunisie — un Printemps arabe, pas plus qu’un Prix Nobel de la Paix, ne suffisent hélas à balayer des années de machisme ni de patriarcat. La cinéaste use ici d’une forme de narration radicale, mais appropriée : de longs plans-séquences montrent la victime en proie à une cascade de violences psychologiques, ajoutant à son traumatisme. Chacun figure l’une des insoutenables étapes de son interminable calvaire intime, aggravé par des mentalités étriquées et une barbarie administrative (à l’hôpital, au commissariat) rappelant par instants l’excellent

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Mercredi, le Ciné-Club de Grenoble ouvre sa saison avec "French Connection" de William Friedkin

ECRANS | Pour sa grande rentrée, le Ciné-Club de Grenoble voit noir avec un cycle polars 70’s et la projection d’un bon vieux William Friedkin en ouverture (...)

Vincent Raymond | Lundi 2 octobre 2017

Mercredi, le Ciné-Club de Grenoble ouvre sa saison avec

Pour sa grande rentrée, le Ciné-Club de Grenoble voit noir avec un cycle polars 70’s et la projection d’un bon vieux William Friedkin en ouverture (mercredi 4 octobre à 20h) : French Connection, grâce auquel le maître était reparti nanti d’une jolie statuette dorée de meilleur réalisateur. Farci d’instants cultes (la poursuite avec Bozu dans le métro new-yorkais demeure une référence), ce petit bijou est en outre montré au public grenoblois avant le Festival Lumière de Lyon qui le programme mi-octobre à l’occasion d’une nuit Friedkin, en présence du réalisateur. Vous pourrez doubler la mise.

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Amadou et Mariam ou la géniale "Confusion" des genres

musique | Avec "La Confusion", Amadou et Mariam opèrent un retour clair et tranchant. Oscillant entre la profondeur de thèmes délivrés dans la plus grande naïveté d'expression et la pulsion de danse, voilà sans doute leur album le plus grave et le plus dansant. Le plus dansant, peut-être parce que le plus grave. À constater mercredi 27 septembre sur la scène de la Belle électrique.

Stéphane Duchêne | Lundi 25 septembre 2017

Amadou et Mariam ou la géniale

Il y a chez Amadou et Mariam comme un paradoxe permanent. D'abord, une musique des plus festives délivrée avec une sorte de stoïcisme marmoréen, conséquence peut-être de leur condition de non-voyant empêchant toute frontalité des rapports et extériorisation excessive. Ensuite, des textes d'une naïveté proverbiale qui pourtant se muent, peut-être précisément pour cette raison, en messages universalistes. Et font du duo malien l'un des ambassadeurs les plus courus non pas des musiques du monde, comme on le dit vulgairement, mais de la musique mondiale tout court. C'est que cette musique et les thèmes qui la font sont traversés par les catastrophes qui agitent notre planète et plus particulièrement l'Afrique. Et voilà un autre paradoxe : délivrer une musique dansante, contagieusement jouissive, consignant les malheurs du monde, ce qui donne une autre indication sur le pourquoi du stoïcisme évoqué plus haut. C’est chaud Composé dans le contexte de la guerre au Mali, le dernier album d'Amadou et Mariam ne pouvait trouver pour toutes ces raisons titre plus approprié : La Confusion. Celle d'un monde en pleine mutation, de plus e

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Et voici les 20 concerts de l’automne

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Une sélection à base de stars de la chanson, de rock qui déménage ou encore de surprises musicales bienvenues.

La rédaction | Mercredi 13 septembre 2017

Et voici les 20 concerts de l’automne

A-Wa Les trois sœurs Haim n'en finissent plus de passer près de chez nous – ce sera leur cinquième date dans la région en tout juste deux ans. Et de s'ouvrir toutes les portes depuis la parution de leur Habib Galbi, transformé en hit au fil des mois (y compris en Israël, chose très rare pour un morceau chanté en arabe) et flanqué d'un album tout aussi réjouissant baptisé du même nom. Soit des chansons issues du répertoire traditionnel yéménite qu'elles ont souhaité s'approprier, le malaxant de leurs multiples influences allant des Beach Boys (ah, les harmonies vocales !) à Kendrick Lamar. On est fans, surtout en concert. À la Rampe mardi 26 septembre Amadou et Mariam Ils sont loin les Dimanche à Bamako (15 ans déjà) qui ont mis Amadou et Mariam sur la carte de la musique internationale (après 15 ans d'une première carrière) et ont permis de démontrer que la musique malienne allait bien au-delà de la kora traditionnelle e

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"Cherchez la femme" : cachez ce film qu’on ne saurait voir

ECRANS | de Sou Abadi (Fr., 1h28) avec Félix Moati, Camélia Jordana, William Lebghil…

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

Anne Alvaro est, décidément, une immense comédienne que son talent préserve de l’adversité – c’est-à-dire des pires des naufrages cinématographiques. Sa confondante interprétation d’une militante iranienne (accent inclus) réfugiée dans le XVIe arrondissement lui vaut ainsi de sortir sans dommage de cette épouvantable comédie sentimentale. Elle est bien la seule. La réalisatrice Sou Abadi, par exemple, manque son coche dans ce mariage entre romance et critique sociale humoristique. Pas du fait d’une hybridation hasardeuse, ni du thème puisque l’on peut rire de tout, si c’est fait avec intelligence et talent. Car hélas, le choix d’un sujet brûlant n’exonère pas un auteur de maladresse ni de naïveté. Sou Abadi raconte ici le stratagème trouvé par un étudiant désirant continuer à voir sa copine enfermée chez elle par son grand frère revenu radicalisé d’un camp : il se couvre d’une burqa et se fait passer pour une femme. Quiproquos à l’ancienne, situations balourdes, personnage de fondamentalistes d’une bêtise profonde… Défendre des idées justes ne dispense pas de travailler en profondeur la construction dramatique et devrait empêcher de réduire

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Rap français : les 90’s au sommet

MUSIQUES | Assassin, Busta Flex, Ménélik, Nèg’ Marrons, Nuttea, Passi, Stomy Bugsy, les Sages Poètes de la rue… Sortez les mixtapes des tiroirs et les baggys de la penderie : une partie des protagonistes d'une certaine époque sont de retour avec "L’âge d’or du rap français", grande tournée passant par le Summum vendredi 23 juin. On en a interviewé certains en amont.

Anaïs Gningue | Mardi 13 juin 2017

Rap français : les 90’s au sommet

« On parle beaucoup du rap social, mais à la base le hip-hop c’est de la joie, une communion pour sortir du coma de la routine » déclare d’emblée Stomy Bugsy du groupe Ministère A.M.E.R. Il se souvient de Sarcelles, alors l'un des spots du mouvement, et du hall du centre commercial des Flanades qui grouillait de danseurs... Le hip-hop le percute au début des années 1980, par le biais de son grand-frère José et d'une cassette de Sugarhill Gang : « groovy ! ». À l’époque, le vestiaire est encore inspiré du disco et du funk – « c’était un trip Funkadelic, avec les paillettes, les costumes avec épaulettes, les lunettes en forme d’étoiles... » se souvient Nuttea, roi du ragga français qui collabora beaucoup avec IAM. Un vestiaire qui, pourtant, laissera vite place aux baggys et teddys made in USA. Le style faisait ainsi partie intégrante de la mouvance, une manière de vivre à part entière comme le dit la chanteuse K-Reen : « À l’époque, être dans le hip-hop, c’était être soi-même. » Stomy Bugsy confirme : « C’était une façon de s’autoproclamer, de se montrer. De par ton accou

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Amadou & Mariam en septembre à Grenoble

Annonce | Couple mythique auteur de tubes comme Beaux dimanches, Je pense à toi ou encore le génialissime Sabali produit par Damon Albarn (presque dix ans après sa (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 31 mai 2017

Amadou & Mariam en septembre à Grenoble

Couple mythique auteur de tubes comme Beaux dimanches, Je pense à toi ou encore le génialissime Sabali produit par Damon Albarn (presque dix ans après sa sortie, on ne s'en est toujours pas remis), les Maliens Amadou Bagayoko et Mariam Doumbia seront de passage par la Belle électrique le mercredi 27 septembre. Avec, dans leurs bagages, La Confusion, nouvel album à paraître à la rentrée (il sera marqué par « l'influence du blues et du rock » ) déjà annoncé grâce au single ultra dansant, disco et un poil moralisateur (« Il faut travailler dans la vie. Il faut pas croiser les bras dans la vie. Il faut te rendre utile dans la vie » – ah bon ?) Bofou Safou. Plus d’infos

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"Get Out" : beaucoup de bruit pour pas grand-chose

ECRANS | de Jordan Peele (É.-U., int. -12 ans, 1h44) avec Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener…

Vincent Raymond | Mardi 2 mai 2017

Chris part passer le week-end chez les parents de sa petite amie Rose. Avec appréhension : il ne les a jamais rencontrés ; ils sont blancs et lui noir. Après un accueil très (voire trop) bienveillant, Chris découvre un gros méchant loup, et qu’il est piégé comme un mouton à l’abattoir… Vous la voyez venir, la métaphore politique, sociale et raciale ? Avec ses gros sabots qui claquent, il faudrait être sourd jusqu’aux yeux pour ne pas la sentir arriver. Il y a cinquante ans et réduit à 26 minutes, Get Out aurait pu être un épisode génial de la série La Quatrième Dimension ; aujourd’hui, il manque un tantinet de fraîcheur – celle qui glace les omoplates. Le film ne manque pourtant pas de bonnes idées : engagé comme une romance indé, il est insensiblement gagné par une forme d’intranquillité galopante, entrelardé de gags à la Chris Rock, avant de s’achever dans une épouvante organique que ne dédaignerait pas Cronenberg. Las, il est pénalisé par son rythme trop lent qui condamne le spectateur à prendre de l’avance sur l’intrigue. Dommage.

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"À mon âge je me cache encore pour fumer" : no smoking

ECRANS | de Rayhana Obermeyer (Fr.-Gr.-Alg., 1h30) Hiam Abbass, Biyouna, Fadila Belkebla, Nadia Kaci…

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Dans l’enceinte d’un hammam algérien, pendant les années noires, des femmes se retrouvent hors de la férule et des regards des hommes. Entre complicité et solidarité, rivalités et divergences, elles se mettent à nu, au propre comme au figuré. Au départ succès sur les planches, la pièce de Rayhana Obermeyer s’offre ici une parcelle d’éternité grâce à la productrice engagée Michèle Rey-Gavras, séduite par sa dimension politique. Il est vrai que cette confrontation kaléidoscopique d’opinions et de vécus féminins mérite de prolonger sa vie sur grand écran aujourd’hui, alors que les fièvres islamistes des années 1990 ont contaminé d’autres pays. Certes, le message véhiculé se révèle plus marquant ou remarquable que la forme du film, mise en images plutôt sèche (un comble pour un hammam) devant beaucoup à l’intensité de ses comédiennes. La séquence finale toutefois tranche par sa profondeur métaphorique : on y voit des voiles s’envoler au-dessus de la Méditerranée, pareils à des oiseaux. Les Algériennes se sont débarrassées de l’oppressante étoffe, mais d’autres femmes sur les rives opposées en ont hérité.

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"The Young Lady" : minimalisme érotico-dramatique

ECRANS | de William Oldroyd (G.-B., 1h29) avec Florence Pugh, Cosmo Jarvis, Paul Hilton…

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Dans l’Angleterre rurale victorienne, une jeune oie innocente prénommée Katherine épouse un Lord brutal tyrannisé par son père. Leurs fréquentes absences engendrant l’ennui, elle se laisse séduire par un palefrenier. Les sens désormais éveillés, elle s’enhardit et tient tête aux hommes… Évoquant à la fois Loin de la foule déchaînée et Lady Chatterley​ (pour la sensualité animale de la relation transgressant les ordres social et patriarcal), le film de William Oldroyd est aussi sous-titré Lady Macbeth. Du personnage shakespearien, Katherine possède en effet l’inextinguible soif de pouvoir… dès lors qu’elle se découvre la capacité de l’étancher. En conquérant le domaine, c’est le plein contrôle de ses désirs et pulsions qu’elle vise. Et obtient. Puissant dans son minimalisme, The Young Lady déborde pourtant de cette intensité érotico-dramatique que tout tente de refréner – du hors-champ aux robes à corset, en passant par la fixité glaciale des plans. Le jeu dépourvu d’intention de la brillante Florence Pugh ajoute à la complexité de son personnage, dont on suit avec dé

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Gloire au "Police fédérale Los Angeles" de William Friedkin

Reprise | Ce film sorti en 1985 et réalisé par le papa de "L'Exorciste" et de "French Connection" est à redécouvrir vendredi 24 mars au cinéma Arts et Plaisirs de Voreppe.

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Gloire au

On a tendance à résumer le grand William Friedkin à ses faits d’armes glorieux des seventies tels que French Connection et The Exorcist. Il faut dire que les lendemains de Sorcerer ont été durs pour le wonder boy, cousin poissard de Michael Cimino, porté aux nues puis descendu violemment. Arrivent les années 1980 avec leur lot de kitsch et de mauvais goût, période oubliée du cinéaste qui contient pourtant quelques perles. Cinq ans après le controversé Cruising, Friedkin revient à ses premières amours et livre un polar halluciné. To Live and die in LA (le titre original) raconte la poursuite que Richard

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"Silence" : du doute, pour une foi

ECRANS | En relatant le chemin de croix de jésuites du XVIIe siècle éprouvant leur foi en évangélisant un Japon rétif à la conversion, Scorsese le contemplatif explore ici sa face mystique — ce nécessaire ubac permettant à son œuvre d’atteindre des sommets.

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Loin d’être monochromatique, la filmographie de Scorsese reflète depuis toujours une admiration conjointe pour deux mondes ritualisés : le temporel des truands et le spirituel des religieux. S’il n’y a guère de malfrats dans Silence, on y découvre toutefois quelques châtiments pratiqués par les autorités nippones sur les chrétiens refusant d’apostasier, et que des mafieux trouveraient à leur goût ! La violence des confrontations entre ces deux univers autour de la notion de foi ne pouvait que fasciner le réalisateur de Taxi Driver et de Casino. Pour autant, Silence ne s’inscrit pas dans la veine stylistique des Infiltrés ou des Affranchis : la question intérieure et méditative prime sur la frénésie exaltée. Lent, posé, d’inspiration asiatique dans sa facture, il se rapproche du semi ésotérique Kundun (1997). Chacun sa croix Débutant par la recherche d’un missionnaire porté disparu, Silence se poursuit par une succession d’introspections pour le père Rodrigues parti sur ses traces. Feindre une abjuration

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Martin Scorsese : « Je vis toujours avec Silence »

ECRANS | Lors de son bref passage en France, Martin Scorsese a brisé le silence pour évoquer celui qui donne le titre à son nouveau film. Morceaux choisis et propos rapportés…

Vincent Raymond | Vendredi 3 février 2017

Martin Scorsese : « Je vis toujours avec Silence »

Votre titre est accompagné au générique de début par un réel silence. Doit-il s’entendre comme un constat ou une injonction ? C’est une façon d’attirer l’attention du spectateur, mais aussi une forme de méditation intime, car ce film exige une concentration du public. Nous venons tous du silence et nous allons tous y retourner ; alors autant s’y habituer et s’y sentir bien. Qu’est-ce qui vous a autant attiré dans le livre de Shūsaku Endō ? J’ai été attiré — obsédé, devrais-je dire — par l’histoire qu’il raconte. Pour moi, il parle d’une manière extraordinaire de la façon d’accepter la spiritualité qui est en nous. Sa résonance est toute particulière de nos jours, alors que le monde rencontre de grands changements technologiques et que des faits horribles se déroulent. J’espère que cette histoire, et donc le film, pourra ouvrir un dialogue en montrant que la spiritualité existe, puisqu’elle est une part intégrante de notre humanité profonde. Vous avez porté ce projet plusieurs décennies. Que ressentez-vous à présent qu’il est achevé ? Cela a duré longtemps, en effet. J’ignorais c

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"Diamond Island" : Phnom Penh en version Luna Park

ECRANS | de Davy Chou (Fr.-Camb.-All.-Qat.-Thaï., 1h39) avec Sobon Nuon, Cheanick Nov, Madeza Chhem….

Vincent Raymond | Vendredi 23 décembre 2016

Parti de sa campagne pour travailler à Phnom Penh sur un pharaonique chantier immobilier, Bora retrouve dans la capitale cambodgienne son frère Solei, qui fraye avec une jeunesse plus favorisée. La tentation de le rejoindre dans ses affaires mystérieuses est grande… Une utopie hôtelière de luxe en plein milieu de bidonvilles : voilà ce que bâtit la foule grouillante de petites mains aspirées par le mirage de cette ville champignon, à cheval entre l’ultra-misère et l’über-modernité. Une cité potentielle qui, la nuit venue, se pare de néons fluo lui donnant des allures de Luna Park, où toutes les classes sociales viennent se mélanger. Le cinéaste franco-cambodgien Davy Chou rend bien l’irréalité paradoxale de ce décor pourtant bien réel (et qu’il connaît parfaitement pour s’y être intéressé dans des œuvres précédentes), saturant ses couleurs pour instiller un effet de décalage fascinant. Mais si l’on fait abstraction de cette ambiance à l’esthétique splendidement travaillée et de l’exotisme du cadre, il ne reste qu’une ligne narrative bien étique, d’une prévisibilité décevante. Davy Chou semble avoir réduit son film à un exercice fo

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Notre sélection de concerts et spectacles à offrir à Noël

ACTUS | Comme chaque année en décembre, tout le monde se demande quoi mettre à qui sous le sapin. Laissons à nos confrères les suppléments en papier glacé vantant les mérites de produits high-tech capables de vider un porte-monnaie en deux secondes et autres biens de consommation qui en jettent une fois le papier déballé mais n’ont plus aucune utilité dès le 26 décembre, et optons pour une sélection 100% immatérielle à base de spectacles et de concerts. C'est cadeau !

La rédaction | Mardi 6 décembre 2016

Notre sélection de concerts et spectacles à offrir à Noël

Jeff Mills Pour les vétérans de l’électro Jeff Mills ? Une véritable légende de la musique électronique, à la fois technicien hors pair, artiste inspiré et figure historique de la scène techno de Détroit. Avec sa création atypique de 2014 baptisée Planets, il a réinterprété l’une des partitions les plus célèbres du répertoire symphonique classique (Les Planètes de l’Anglais Gustav Holst, composée il y a un siècle) pour un voyage dans le système solaire (d’où le titre) en dix mouvements. Et autant (voire plus) d’émotions, comme « le mélange du classique et de la musique électro produit toujours des résultats inattendus » selon lui. On le croit sur parole. À la MC2 vendredi 31 mars De 10 à 29€ ______ Julien Doré Pour les amateurs de chanson française à tendance hipster On a toujours regardé avec intérêt Julien Doré, même s’il y a toujours eu un petit quelque chose en lui qui ne nous convainquait pas totalement – son personnage de dandy adepte des références

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Mardi, on boit au ciné avec "Un fauteuil pour deux"

ECRANS | Pour le lancement de la deuxième saison de leur cycle de rencontres cinématographiques "Un fauteuil pour deux", Manuel Houssais de France (...)

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

Mardi, on boit au ciné avec

Pour le lancement de la deuxième saison de leur cycle de rencontres cinématographiques "Un fauteuil pour deux", Manuel Houssais de France Bleu et le cinéma la Nef s’associent au Festival œnologique et musical le Millésime. Au programme ce mardi 4 octobre à 20h, une projection du gouleyant Sideways (2005) d’Alexander Payne, suivie d’une dégustation de vins issus du cépage pinot noir (pour rester dans l’ambiance du film) sélectionnés par le caviste Éric Esnault, prolongée pour les amateurs par un souper au restaurant À ma façon. Le tout avec modération, cela va sans dire…

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"Je me tue à le dire" : la mort avec du mousseux

ECRANS | de Xavier Seron (Bel./Fr., 1h30) avec Jean-Jacques Rausin, Myriam Boyer, Fanny Touron…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Est-ce parce qu’il enseigne le cinéma que Xavier Seron s’est acquitté d’une réalisation à la forme aussi respectueusement scolaire ? Noir et blanc léché vintage, chapitrage méthodique, cadres surcomposés intégrant jusqu’au tournis la figure du cercle (ce symbole du sein maternel malade d’une tumeur par lequel la somatisation du fils arrive), tout porte à croire que le cinéaste s’est fabriqué l’objet filmique idéal… pour une dissection en compagnie de ses élèves. Malgré ce sentiment d’application contrainte, Je me tue à le dire touche par son parfum d’antan, mâtiné de surréalisme belge qui doit beaucoup à son protagoniste, visible émule de Vincent Macaigne (au niveau vestimento-capillaire, s’entend). Seron manifeste enfin un indéniable courage en abordant le thème répulsif du cancer sur un mode décalé et non larmoyant. On trinque (au mousseux) davantage qu’on déguste (à la chimio), et l’on croise de beaux personnages campés par des visages, des figures et des corps : Serges Riaboukine, Myriam Boyer ainsi que l’ineffable Jackie Berroyer, bouleversant de tendresse.

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Petit "Diamant noir" pour Arthur Harari

ECRANS | de Arthur Harari (Fr., 1h55) avec Niels Schneider, August Diehl, Hans Peter Cloos…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Petit

Un cadre réputé prestigieux et impénétrable (le monde dynastique des diamantaires d’Anvers), de la spoliation d’héritage, des truands, un cousin épileptique, une thésarde boxeuse, un négociant indien prêchant le jaïnisme, une bonne vengeance des familles bien remâchée, des cas de conscience en veux-tu en voilà et une séquence d’ouverture sanglante… Pour son premier long-métrage, Arthur Harari avait suffisamment d’éléments attrayants en mains pour signer un thriller original ou, à tout le moins, vif. Sauf qu’il a dû égarer en cours de route sa notice de construction. Cela reste dépaysant pour qui aime entendre causer flamand ou allemand, même si l’on attendait davantage des personnages et surtout du rythme, rivalisant ici en tonus avec un ressort distendu…

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IAM en novembre 2017 au Summum de Grenoble avec "L'École du micro d'argent tour"

MUSIQUES | Le groupe de rap culte rejouera son album tout aussi culte sorti en 1997. Rendez-vous le dimanche 12 novembre 2017 au Summum de Grenoble. Oui, c’est loin.

Aurélien Martinez | Mercredi 11 mai 2016

IAM en novembre 2017 au Summum de Grenoble avec

Petit frère qui « n'a qu'un souhait devenir grand » ; Nés sous la même étoile déplorant que « personne ne joue avec les mêmes cartes » ; le très Star Wars L'Empire du côté obscur, le morceau fleuve Demain, c'est loin… L’École du micro d’argent, troisième album du groupe marseillais IAM sorti en mars 1997, est une véritable référence dans le monde du rap français (et l’une des meilleures ventes), grâce notamment à des textes puissants qui ont parfaitement cerné l’époque dans laquelle ils s’inscrivaient – et s’inscrivent toujours pour certains. Depuis 20 ans, l’image de cette réussite colle encore à la peau des membres d’IAM, comme si jamais ils ne pourraient faire mieux. À chaque concert, ils reviennent à ces morceaux cultes, comme on avait pu le constater à Grenoble par exe

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"Boulevard" : point d'orgue pour Robin Williams

ECRANS | de Dito Montiel (E.-U., 1h24) avec Robin Williams, Kathy Baker, Roberto Aguire…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Robin Williams partage avec James Dean ce redoutable privilège d’accumuler les rôles posthumes : quasiment deux ans après sa disparition, le voici qui se rappelle à notre bon souvenir – se peut-il qu’on l’oublie ? – avec un film inédit. Mais à la différence, par exemple, du pathétique La Nuit au musée : le Secret des Pharaons (2015) de Shawn Levy, où le comédien, le regard déjà ailleurs, assurait une silhouette fantomatique, Boulevard constitue une conclusion de carrière magistrale. Un point final aux allures de point d’orgue. Williams y campe un employé de banque modèle, marié, discret, succombant une nuit à l’attirance pour les hommes qu’il avait réfrénée pendant des années. Cette libération personnelle, en forme d’aveu secret, s’incarne dans un tapin qui va devenir le nouvel axe de son existence, perturbant dans tous ses compartiments l’ordonnancement de sa vie si bien rangée. Du fait de la proximité de leur arrivée sur les écrans, on ne peut s’empêcher de noter de troublantes similitudes entre Boulevard et le récent

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"Dégradé" : film brillant sur Gaza

ECRANS | de Arab & Tarzan Abu Nasser (Pal./Fr./Qat., 1h23) avec Hiam Abbass, Maisa Abd Elhadi, Manal Awad…

Vincent Raymond | Mardi 26 avril 2016

À quoi reconnaît-on un “bon” film de guerre ? Certainement pas au volume de ses reconstitutions méthodiques de combats, ni au réalisme hurlant de ses scènes d’étripages ; plutôt à la manière dont il donne à partager l’atmosphère pesante d’un conflit – cette oppression qui s’exerce par contamination directe sur les civils, et pollue leur existence comme une maladie collective en s’insinuant dans tous les interstices de leur quotidien. Dégradé est un “bon” film de guerre parce qu’il se joue dans le huis clos d’un salon de coiffure, autrement dit un lieu anodin cultivant une image de frivolité, de superficialité, où les clientes incarnent une forme de résistance face à l’absurdité du contexte gazaoui. Parce qu’il nous montre comment chacune tente de surmonter la menace chronique, de s’accommoder des privations, de répondre de manière pragmatique à la logique de mort ambiante. Dégradé ne rend pas extraordinaires des situations qui le sont pourtant toutes (y compris la présence d’un lion domestique dans la rue !), parvient à représenter la proximité menaçante du front de manière ultra-réaliste… tout en s’abstenant de le filmer. Il y a autant d’in

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Quand on a 17 ans

ECRANS | Deux ados mal dans leur peau se cherchent… et finissent par se trouver à leur goût. Renouant avec l’intensité et l’incandescence, André Téchiné montre qu’un cinéaste n’est pas exsangue à 73 ans. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Quand on a 17 ans

On avait un peu perdu de vue André Téchiné depuis quelques années : le cinéaste a pourtant tourné sans relâche (et en rond), s’inspirant volontiers de faits divers pour des films titrés de manière la plus vague possible – La Fille du RER, L’Homme qu’on aimait trop… Un cinéma à mille lieues de ses grandes œuvres obsessionnelles et déchirantes des années 1970-1990, de ses passions troubles, lyriques ou ravageuses. Comme si le triomphe des Roseaux sauvages (1994), puisé dans sa propre adolescence, avait perturbé le cours initial de sa carrière… Cela ne l’a pas empêché d’asséner de loin en loin un film pareil à une claque, à une coupe sagittale dans l’époque – ce fut le cas avec Les Témoins (2007), brillant regard sur les années sida. Le chenu et les roseaux De même que certains écrivains trouvent leur épanouissement en tenant leur journal intime, c’est en prenant la place du chroniqueur que Téchiné se révèle le plus habile, accompagnant ses personnages de préférence sur un

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Le Chant du merle

ECRANS | de Frédéric Pelle (Fr., 1h20) avec Adélaïde Leroux, Nicolas Abraham, Myriam Boyer…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

Le Chant du merle

Des portraits de soubrettes naïves, de “Dentellières” abusées par des VRP prédateurs, on en a vu des dizaines. Mais cette histoire-là recèle une grâce particulière, une transparence touchante. Frédéric Pelle ne cherche pas à surprendre avec des coups de théâtre improbables, ni à raconter un conte de fées : il délivre la réalité, dans sa morne crudité et sa terne banalité. Il en extrait cependant avec acuité des moments signifiants, et par son admirable pratique de l’ellipse, évite cette graisse d’images polluant l’ordinaire du cinéma. En réduisant son film à son essence, Frédéric Pelle nous oblige à écouter chaque mot du dialogue. Stupéfiant : la réplique la plus insignifiante trahit les intentions des personnages. Il faut du talent pour raconter les histoires les plus simples et les plus désuètes. Un styliste comme Pelle en possède des réserves. VR

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Les pirates de l'art se la jouent Lowbrow

ARTS | Courant artistique enfanté sous le soleil californien et bercé par les différentes formes de contre-culture des années 1960 et 1970, le Lowbrow tourne le dos aux diktats de l’art contemporain pour mieux s’inspirer des icônes colorées de la culture populaire américaine. À l'occasion de l'exposition "Lowbrow en France" proposée par Spacejunk, on retrace son histoire. Damien Grimbert

Damien Grimbert | Mardi 9 février 2016

Les pirates de l'art se la jouent Lowbrow

Los Angeles, début des années 1960. Alors que le conceptualisme et le minimalisme entament leur règne sans partage sur le monde de l’art contemporain, un jeune artiste frondeur du nom de Robert Williams accumule frustration sur frustration. Il faut dire que ses références culturelles à lui se situent aux antipodes de ces deux courants : pulp magazines, comic-books, films de monstres de série B, magazines de charme, motos... Bref, les influences classiques d’un jeune adolescent de la classe moyenne américaine. Après quelques années à décorer différents véhicules pour le compte de l'artiste d’Ed « Big Daddy » Roth, figure de proue de la « Kustom Kulture », il s’installe à San Francisco en 1969, dans le quartier de Haight-Ashbury, épicentre californien du mouvement psychédélique. C’est là qu’il va trouver enfin une famille d’adoption au sein de Zap Comix, une revue underground fondée par Robert Crumb qui va révolutionner le monde de la bande dessinée. Dix ans plus tard sort son premier livre d’artiste, The Lowbrow Art of Robt. Williams. Lowbrow pour « bas du front ». En choisissant ce terme ironique, Williams n’a pas l’intention de faire école,

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Les disciples de Narcisse

ARTS | Exercice de fascination depuis des millénaires, l’autoportrait est bien plus qu’une simple représentation de soi. Tout comme le portrait révèle autant de choses sur le sujet que sur celui qui l’exécute. L'exposition "Vis-à-vis" à la Bibliothèque centre-ville dévoile un ensemble de (auto)portaits remarquables avec notamment des grands noms de la photographie comme Robert Doisneau, Denis Roche, Patrick Tosani...

Charline Corubolo | Mardi 24 novembre 2015

Les disciples de Narcisse

Si, théoriquement, les premiers autoportraits ont été réalisés en peinture, ceux actuellement exposés à la Bibliothèque centre-ville relèvent de la photographie. Vis-à-vis, en marge de l’événement (terminé le week-end dernier) consacré à Vivian Maier, présente une exposition collective de photographes adeptes de cette représentation de soi par l’image, clichés issus de la collection de l’Artothèque de Grenoble. Un exercice de projection qui, au fil des âges, s’est diversifié pour offrir de nouvelles formes et des esthétiques renouvelées. En ouverture de ce panorama, Jing Wang (re)montre ses autoportraits scénarisés renversant la prise de vue. S’en suit un panel dense qui met en lumière les diverses approches de cette application. Samuel Fosso s’immortalise de face mais grimé en quelqu'un d’autre, quand Patrick Tosani et Dieter Appelt brouillent la photographie aux moyens de flous et de superposition

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Sorcerer

ECRANS | Dans un été riche en belles et grandes reprises, le retour sur grand écran dans une version restaurée et supervisée par son auteur de "Sorcerer" va permettre de découvrir enfin ce film maudit et génial de William Friedkin. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 juillet 2015

Sorcerer

Lorsqu’il entreprend Sorcerer en 1976, William Friedkin est encore le parrain tout puissant du Nouvel Hollywood. Il a décroché des oscars avec French connection (de retour lui aussi sur les écrans cet été) et un succès planétaire avec L’Exorciste, flanquant les miquettes à toute une génération de spectateurs. Autant dire qu’on ne peut rien lui refuser, surtout un budget confortable pour tourner un remake du Salaire de la peur, le film d’un de ses cinéastes préférés, Henri-Georges Clouzot, avec qui il partage une même vision désespérée d’une existence gouvernée par le mal. La malédiction Sauf que deux choses vont envoyer Sorcerer dans le fossé. D’abord, l’accumulation de tuiles qui se produisent durant la préparation, puis pendant le tournage. Alors que Friedkin envisageait Steve MacQueen et Lino Ventura dans deux des rôles principaux, il doit se rabattre sur Roy Scheider et Bruno Crémer, tout de suite moins bankables. Quant à la fabrication même du film, elle tourne au cauchemar : la jungle encore plus hostile que prévue, les conditions climatiques catastrophiques, les techniciens camés et cramés, le budget qui e

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Le coup du chapeau de Pharrell Williams

MUSIQUES | Producteur branché devenu star mondiale au gré d'une ascension exponentielle, Pharrell Williams est aujourd'hui le nouveau roi de la pop. Et en plus, il a un chapeau à poser sur un éventuel melon.

Stéphane Duchêne | Mercredi 17 juin 2015

Le coup du chapeau de Pharrell Williams

« L'homme est un animal à chapeau mou qui attend l'autobus 27 au coin de la rue de la Glacière » écrivait Alexandre Vialatte qui n'avait sans doute pas tort sur toute la ligne – en tout cas pas sur la ligne 27. Mais la maxime de l'inoubliable chroniqueur du journal La Montagne, il faut bien le reconnaître, ne s'applique guère au cas de Pharrell Williams, accueilli comme un pharaon en concert spécial pré-Jazz à Vienne. Le natif de Virginia Beach a beau arborer comme un symbole de la marque qu'il est devenu la mère de tous les chapeaux mous – ce fameux galure Vivienne Westwood "Petit Prince-style" et hors de prix qui a tant fait parler – il n'a pas attendu longtemps l'autobus du succès, ni même que celui-ci l'emmène sur une autoroute de la gloire tapissée de dollars. L'ascension fut progressive mais a semblé aller en s'accélérant de manière exponentielle : des productions R'n'B recherchées (à tous les sens du terme) du duo Neptunes au succès intergalactique de l'album GIRL stratosphérisé par le tube Happy, mascotte musicale de Moi, Moche et Méchant 2

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Jazz à Vienne 2015 : la programmation

MUSIQUES | La programmation de Jazz à Vienne ? Du classique jamais trop classique, des habitués qui prennent le temps de se changer, des têtes d'affiches de tous ordres. Bref, Vienne tel qu'en lui même : ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 24 mars 2015

Jazz à Vienne 2015 : la programmation

Après un premier vrai-faux départ sous forme d'Extra Night avec Pharrell Williams, c'est en mode pas moins happy que va débuter cette année Jazz à Vienne le 26 juin avec un week-end aux accents carnavalesques de la Nouvelle Orléans : de la légendaire figure locale Allen Toussaint au Dirty Dozen Brass Band et à la fascinante et prometteuse Leyla McCalla. En passant, on serait tenté de dire "bien sûr", par Dee Dee Bridgewater qui, après avoir gratifié Vienne de tout le spectre esthétique de la black music, revient en compagnie du New Orleans Jazz Orchestra. Et puisqu'on en est à parler des habitués du festival – ceux dont on a l'impression qu'ils sont là même quand ils ne le sont pas, comme Jean-Jacques Milteau, Éric Bibb, Didier Lockwood ou Éric Truffaz – on ne peut faire l'économie d'un Marcus Miller qui, en compagnie de l'ONL, dirigé pour l'occasion par Damon Gupton, retourne aux sources musicales et géographiques du jazz – un projet au départ discographique baptisé Afrodeezia et première in

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