Virginie Despentes : la Voix du peuple

CONNAITRE | À Bron, Virginie Despentes dialoguera ce week-end avec Edouard Louis. Et donnera une lecture-concert autour de Louis Calaferte, accompagnée du groupe Zëro. Dotée d’un talent certain pour peindre en quelques phrases le portrait de ses contemporains, celle qui doit son pseudonyme aux pentes de la Croix-Rousse est l’une des voix les plus passionnantes de la littérature populaire contemporaine.

Sébastien Broquet | Mercredi 2 mars 2016

Photo : © JF Paga


Vernon Subutex est une parfaite photographie de l'époque, des débats qui l'animent, des trajectoires parfois contradictoires d'individus. Comment avez-vous créé cette fresque du temps présent ?
Virginie Despentes : J'avais comme point de départ l'idée d'un presque quinquagénaire qui perd son appartement. Ensuite est venue l'idée qu'il ait été disquaire. Ça devait être un livre très court. Et puis c'est devenu Subutex. Je ne me suis pas dit que j'allais faire une photographie de l'époque, mais une fois qu'on prend le rock comme moteur, on se retrouve vite à brasser beaucoup de gens différents… Ce n'était pas prémédité, mais c'est un vrai centre de tri, ce truc !

En le lisant, on sent un vrai plaisir à l'écrire. Baise-moi était un cri sorti en quelques jours, là, il y a une maîtrise nouvelle dans l'écriture, une sorte de confiance à toute épreuve. Et aussi, une tendresse différente pour les personnages, surtout dans le volume 2.
Je ne suis pas bien placée pour me rendre compte de ça. Je sais que j'avais plus de temps, plus les moyens de prendre ce temps pour écrire, parce qu'Apocalypse Bébé avait été un succès et que ça me laissait plus de confort que d'habitude. Écrire est difficile pour moi, celui-là comme les autres.
Pour la tendresse, je ne sais pas – j'ai l'impression que j'ai toujours à peu près le même rapport de bienveillance avec mes personnages, je n'ai pas un jugement dur sur ce qu'ils font. Peut-être que le fait que Vernon soit un personnage masculin fait que cette tendresse est plus facile à partager – les lecteurs sont moins habitués à surveiller et juger une conduite masculine.

On ne peut éviter d'évoquer les séries TV, dont vous être friande, en parlant de Vernon Subutex…
Je regarde beaucoup de séries. Et j'y ai pensé, pas au moment d'écrire Vernon, mais au moment de le relire et le corriger. J'ai pensé à la structure de séries comme Lost, ou à l'exigence de True Detective – je me suis dit que même si je voulais faire un roman facile à lire, je pouvais me permettre d'introduire des flashbacks très longs et de ne pas m'en faire : le lecteur de base regarde lui aussi des séries, il est habitué à des structures narratives beaucoup plus complexes que ce que je fais.

Où en-est le troisième volume de Vernon Subutex ?
Il a pris du retard… mais il est plutôt agréable à écrire.

Baise-Moi était carrément en avance et a mis sur le devant de la scène un monde que la société refusait de voir, avant de l'absorber. Quel regard portez-vous sur l'impact de ce livre, sur cette époque où le succès de Nirvana pourrait être un parallèle ?
Baise-Moi a été écrit l'été de l'album de Nirvana. Je ne crois pas qu'on puisse mettre les deux ouvrages sur le même plan… (Ça me plairait beaucoup, ceci dit, mais Nirvana… reste Nirvana !) Nevermind a éclairé le livre, l'a propulsé dans un truc encore plus nihiliste, parce que quelque part le succès de Nirvana n'augurait rien de bon, on savait sur le coup que ça signait la fin de quelque chose. C'est aussi l'époque du premier film de Tarantino, Reservoir Dogs – une décennie pendant laquelle les médias mainstream allaient s'intéresser à des trucs qui n'étaient pas conçus au départ pour l'être, comme les grands succès de NTM. Comme auteur, j'ai bénéficié de ce moment précis. Je ne pense pas que ce serait encore possible aujourd'hui – si une jeune fille écrivait quelque chose d'équivalent à Baise-Moi, Manuel Valls, Christine Boutin et l'association Promouvoir organiseraient tout de suite des barrages pour qu'elle ne s'exprime nulle part, demanderaient que son éditeur soit trainé devant les tribunaux, sécurité de l'État oblige…

Vivre en marge, comme un groupe de rock des années 80, libre et heureux, c'est encore possible ? Où se situerait l'équivalent ?
Je ne sais pas. Je ne suis plus jeune. Je ne sais pas si les gamins de Notre-Dame-des-Landes vivent un truc comparable. Je n'y suis jamais allée. Mais peut-être que oui… Par contre, la musique est plus surveillée qu'elle ne l'était. Aujourd'hui, on trouve normal de demander à un artiste hip hop de répondre d'un texte comme s'il était écrit pour être lu dans les maternelles. Dans les années 80, les groupes underground faisaient ce qu'ils voulaient – c'était un truc d'initié, il n'y avait pas de regard extérieur. Je pense que c'est ce qui a fondamentalement changé : aujourd'hui l'industrie du spectacle s'adresse tout le temps aux gens très jeunes, ils s'emparent des cerveaux des enfants. Dans les années 80, il y avait le club Dorothée, tout le reste du temps les adultes nous laissaient faire nos trucs sans s'occuper de nous. On avait beaucoup plus d'espace libre, mentalement.

Lyon, aujourd'hui, ça représente quoi pour vous ? Des souvenirs du disquaire Gougnafland, qui a bien dû inspirer certaines scènes de Vernon Subutex ?
Des amis, oui. Des souvenirs, beaucoup. Mon passé – et je n'en aurais pas d'autre, donc c'est important. Et j'ai aimé avoir vingt ans dans ce milieu là, beaucoup. Évidemment Gougnafland – et Attaque Sonore, avant ça – qui étaient les magasins de disques qu'on avait sont au coeur de Vernon Subutex. Ça ne veut pas dire que j'ai remis tels quels les situations ou les gens, mais j'ai repensé au magasin énormément, pendant que j'écrivais le roman.

Un mot sur Gaspar Noé, qui semble être l'artiste français le plus proche de votre univers, de votre art ? Est-ce que vous échangez en période de création sur le travail de l'un et de l'autre ?
J'aime Gaspar. Les films qu'il fait. Et la personne qu'il est. C'est Coralie qui me l'a présenté quand on préparait Baise-Moi, il a été très présent, d'une façon vraiment géniale et généreuse, pendant tout le film. Et après son interdiction. Depuis on se croise, la vie à Paris fait qu'on ne se voit pas tout le temps. Mais par exemple, il a tourné de grandes parties de Love dans le parc des Buttes Chaumont et je l'ai beaucoup vu travailler. Je ne pense pas que Gaspar lise mes livres – parce qu'il ne lit pas. Mais quand je travaille sur un film, il est toujours prêt à passer sur le montage ou en prépa, et j'aime sa façon de voir les choses. Je connais peu de gens aussi généreux et aussi drôle que Gaspar, et aussi improbable, en fait.

Vous venez à Bron invitée sur un salon où nombre d'auteurs de choix se présentent aussi : quelle lectrice êtes-vous, quel rapport avez-vous avec le livre ? Comment vos goûts ont évolué ?
Mes goûts n'ont pas tellement évolué, je crois. J'ai toujours beaucoup lu et un peu tout et son contraire – je n'ai pas d'époque ou de style ou de pays de prédilection. J'aime bien être seule, et donc j'ai du temps pour lire. Je suis contente d'avoir l'occasion de rencontrer Edouard Louis, que je ne connais pas.

Rencontre avec Edouard Louis
À la Salle des Parieurs de la Fête du Livre de Bron samedi 5 à 15h30

Carte blanche à Virginie Despentes
Lecture-concert avec Zëro
À l'Espace Albert Camus samedi 5 à 19h30

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"Allemagne année zéro" à l'Institut Lumière

Reprise | L’un des chefs-d’œuvres fondateurs du néoréalisme italien fut tourné… à Berlin, dans les décombres fumants de la guerre, peu après la capitulation nazie. (...)

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

L’un des chefs-d’œuvres fondateurs du néoréalisme italien fut tourné… à Berlin, dans les décombres fumants de la guerre, peu après la capitulation nazie. Rossellini y montre la situation d’un enfant cherchant à subvenir aux besoins de sa famille et piégé par un environnement décidément trop hostile. Un constat terrible, et surtout une mise en garde toujours d’actualité, hélas. Allemagne année zéro Au Lumière Bellecour le mardi 8 octobre à 20h30

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Enfin l'ouverture officielle de Grrrnd Zero

Nouveau Spot | Enfin. Après près de quatre années de travaux et de vie cachée, Grrrnd Zero, squatt autorisé désormais localisé dans le quartier de La Soie, peut ouvrir grand ses portes officiellement, ayant recueilli toutes les autorisations nécessaires. L'occasion de revenir sur l'histoire de ce spot dédié aux cultures underground par la voix du collectif, aussi anonyme que pluriel.

Sébastien Broquet | Mardi 24 septembre 2019

Enfin l'ouverture officielle de Grrrnd Zero

#Start Grrrnd Zero : C’est le troisième lieu que l’on investit, il y en a eu deux autres avant. Deux et demi, si l’on compte notre incursion au Rail Théâtre. Notre collectif existe depuis 2004, monté à Lyon par des gens d’ici pour ouvrir un spot où accueillir des musiques alternatives. Le Pezner de Villeurbanne était fermé depuis un petit moment, le Kafé Myzik qui accueillait les musiques de traviole venait de fermer aussi ; la mairie s’était engagée à les reloger, en vain. Au sein de notre collectif, certains venait du Kafé Myzik, d’autres du milieu squatt d’autres villes. Ou n’avaient pas encore participé à des projets, mais voulaient s’investir. Tous se connaissaient très peu avant d’ouvrir le lieu. La solution du squatt n’a pas été envisagé de suite : on a cherché pendant un moment des locaux à occuper par un conventionnement, voire même loué. On s’est rendu compte assez r

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Street art : cuvée d’automne

Street Art | Après les murs de la ville et ceux des galeries d'art, le street art s'invite cet automne sur les pavés, au centre commercial et au stade !

Lisa Dumoulin | Jeudi 6 décembre 2018

Street art : cuvée d’automne

Après la vague d’expositions de street art à la rentrée dont on vous parlait ici, l’automne regorge encore de projets artistiques dédiés à cet art urbain. Du côté du crew décidément superactif de Superposition, plusieurs projets d’envergure ont vu le jour. Comme la fresque peinte à même le sol de la rue Victor Hugo et de la place Ampère, un projet mené en partenariat avec la Taverne Gutenberg, Maison G et l’association My Presqu’île. Onze artistes ont mis la main à la pâte : Azed, Bambi, Alex Beretta, Laurent Claveau, Khwezi, Masta, Koey, Osru, Quetzilla, Sphinx et Yandy. Le résultat filmé en vidéo est bluffant. Autre projet ambitieux : la réunion d’une trentaine d’artistes lyonnais et internationaux sur les murs d’un magasin du centre commercial Confluence. Une “coque” vide dans le jargon, en attente avant l’emménagement prochain d’une nouvelle marque. La boutique est transformée en galerie ép

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Zëro au Marché Gare

Hardcore | Zëro, en attendant un nouvel album à venir, squatte la scène du Marché Gare en compagnie de Noir Boy George : rappelons l'importance trop méconnue de ce trio né sur les cendres de Deity Guns et Bästard.

Sébastien Broquet | Mardi 23 janvier 2018

Zëro au Marché Gare

Zëro est devenu si rare à Lyon, que ce concert est presque un événement. Un joli coup, assurément, pour Le Chenil, tout jeune promoteur et collectif d'artistes (illustrateurs, sérigraphes, tatoueurs, musiciens...) des pentes né début 2016, qui convie sur la scène du Marché Gare le groupe le plus injustement méconnu du pays avec les Limiñanas ; mais pour ces derniers, la baguette magique d'Anton Newcombe vient de déclencher la mise en lumière... Ce n'est pas faute d'avoir croisé au fil des années des fées underground : Lee Ranaldo par exemple (guitariste de Sonic Youth) produisit en son temps (1992) Trans Lines Appointments, album fondateur et furieusement indispensable (réédité l'an dernier par Ici d'Ailleurs) des Deity Guns, ce groupe séminal qui fût la première incarnation de ce qui deviendra en 2006 Zëro. L'époque était noise, la suivante verra quasi les mêmes musiciens initier le post-rock en France avec un second classique instantané, signé désormais Bästard et intitulé Radiant, Discharged, Crossed-Off (lui aussi réédité l'an der

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Le gay savoir : "Marvin ou la Belle Éducation"

ECRANS | Marvin ou la belle éducation de Anne Fontaine (Fr, 1h53) avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Le gay savoir :

Depuis toujours, Marvin Bijou se sent “à part”. Traité de “pédé” et harcelé au collège, il étouffe aussi dans sa famille à peine quart-monde. Grâce à un atelier théâtre et à sa rencontre avec un metteur en scène, il va découvrir qu’une issue existe, qu’il peut s’affirmer dans son identité… Anne Fontaine a une manière de filmer la misère sociale qui rappelle, sans vouloir faire offense ni à l’une ni à l’autre, le Scola de Affreux, sales et méchants. Sauf que le cinéaste italien tournait au second degré. Pas la réalisatrice française, qui pense nécessaire de représenter dans leur caricature la plus élimée des pauvres qu’elle ne doit guère connaître. Non qu’il faille adoucir ni faire de l’angélisme, mais cette représentation tient davantage du vieux stéréotype que du réalisme — curieusement, sa vision des sphères bourgeoises est plus réaliste. De fait, elle pousse vers une outrance aussi aberrante qu’inutile ses comédiens, au premier chef desquels Grégory Gadebois plus excessif à lui seul que toute la famille Groseille de La Vie est un long fleuve tran

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Anne Fontaine : « avoir un autre regard sur soi peut permettre d’exister autrement »

Entretien | Queer Lion à la Mostra de Venise, le quinzième long-métrage d’Anne Fontaine est une adaptation aussi lointaine que promet de l’être son futur Blanche-Neige, qu’elle tournera en avril et mai entre Lyon et Vercors avec Isabelle Huppert…

Vincent Raymond | Lundi 20 novembre 2017

Anne Fontaine : « avoir un autre regard sur soi peut permettre d’exister autrement »

Adapté d’un livre racontant une “renaissance” passant par un changement de nom, votre film Marvin change également le nom du protagoniste. À travers le prisme du cinéma, il s’agit donc d’un changement au carré… Anne Fontaine : Le point de départ a été la rencontre avec En finir avec Eddy Bellegueule dont j’ai voulu sortir en inventant le parcours que j’imaginais pour le personnage à travers les années : comment il pouvait trouver sa vocation, comment il pouvait s’en sortir… Ce qui n’est pas le cas du livre, qui est sur l’enfance, et ne traite pas l’épanouissement ni la singularité de son destin. Très vite avec Édouard Louis [l’auteur du livre, NDR], on est tombé d’accord sur le fait que ce n’était pas une adaptation, mais un acte d’inspiration. Près de 70% du film est inventé à partir d’une enfance traumatisante et difficile. Mais j’ai aussi mis beaucoup d’éléments personnels : j’ai moi aussi changé de nom quand j’avais 17 ans, j’ai été actrice… J’ai construit l’histoire avec des points communs, et elle un peu mienne. Y avait-il chez vous le même bes

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Les bons plans de la semaine #1

Un bon plan par jour jusqu'à la rentrée | Ne jamais s'ennuyer, jusqu'à la rentrée : voici nos sorties de l'été.

La rédaction | Mercredi 5 juillet 2017

Les bons plans de la semaine #1

Mercredi 5 juillet : Rotatives #4 Quatrième volet des soirées Rotatives. Déjà la dernière de la saison pour Hétéroclite, qui présente son numéro 124 couvrant juillet-août. En afterwork après une journée de labeur, pour prolonger l’apéro, prenez place dans l’ambiance feutrée du L Bar. On va picorer, on va picoler… Rentrer dans l’été en se trémoussant frénétiquement sur la playlist de l’éternel Yves Sans Roland, et chanter à s’en décoller le palais. En somme, une soirée Rotatives comme les autres. Au L Bar à 19h Jeudi 6 juillet : Tshegue chauffe les Summer Sessions Chaque année, aux premières lueurs des vacances, nous vous convions à une soirée en compagnie de l’équipe du journal au Transbordeur, avec un coup de cœur qui sera cette année Tshegue. Coup de foudre, aussi : entre la voix de l’ancienne chanteuse de Jaguar, la congolaise Faty Sy Savanet, et les productions de Nicolas Dacunha (aka Dakou), c’est assurément une belle histoire qui vient de débuter par un premier maxi

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La France dans l'œil de Virginie Despentes

Littérature | Le troisième volet des aventures de Vernon Subutex vient tout juste de paraître, et Virginie Despentes en parlera à la librairie Ouvrir l'Œil ce vendredi.

Sébastien Broquet | Mardi 13 juin 2017

La France dans l'œil de Virginie Despentes

Virginie Despentes conclut sa fresque, après deux ans d'attente (le tome 2 datait de juin 2015) qui furent assez longs pour les mordus de Vernon Subutex, l'anti-héros devenu une sorte de gourou à son corps défendant. L'écriture a pris plus de temps que prévu : les événements IRL se sont enchaînés, touchant directement au cœur de la vie de ces personnages, "l'obligeant" à les intégrer. Comment ne pas parler de Charlie Hebdo et du Bataclan, quand sa bande (la vraie, comme celle du bouquin) est branchée rock et rap, a grandi en écoutant NTM et allant voir les concerts du crew indé d'Angers tournant autour de la boutique Black & Noir, ou ceux de la bande Gougnaf à Lyon ? Comment occulter Nuit Debout, qui par certains aspects pourrait presque être vue comme inspirée par les longues sessions de discussion au parc des Buttes Chaumont, où Vernon, l'ancien disquaire respecté devenu sans domicile fixe, avait posé ses fesses fatiguées ? Despentes a pris acte et a chamboulé la troisième partie de son roman, lui

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Insomniaque

MUSIQUES | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 18 octobre 2016

Insomniaque

22>10>16 NINKASI KAO EZ! #43 Amateurs de bass music, cette soirée va vous combler : c'est un best of du label Château Bruyant qui est ici convié, avec celui qui est sans doute le meilleur représentant du dubstep dans nos contrées, Niveau Zéro, accompagné d'un duo calorifère sur scène (Tambour Battant), d'un DJ passionnant repéré par Gilles Peterson (Nikitch) et enfin de The Unik : clairement pas une nuit pour âmes sensibles, mais les adeptes de breaks tropicalisés et de basses massives vont se caler sur le beat. Heavy. 22>10>16 LE PETIT SALON KEVIN SAUNDERSON Voici venir le quota de légende techno hebdomadaire dans la ville : et pour le coup, c'est rien moins que l'un des trois fondateurs du genre à Détroit, Kevin Saunderson, qui fait une halte au Petit Salon... On lui doit ce qui est devenu un mouvement de masse, mais aussi quelques hits absolus continuant de réveiller n'importe quel dan

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Lectures de saison

TNP | Voilà une autre façon de faire une présentation de saison. Les comédiens de la troupe du TNP lisent ce vendredi 23 septembre à la Maison de l'Image du livre et (...)

Nadja Pobel | Mardi 20 septembre 2016

Lectures de saison

Voilà une autre façon de faire une présentation de saison. Les comédiens de la troupe du TNP lisent ce vendredi 23 septembre à la Maison de l'Image du livre et du son à 19h de nombreux textes qui seront à l'affiche du théâtre villeurbannais cette année, à commencer par celui dans lequel ils joueront : La très excellente et lamentable histoire de Roméo et Juliette d’après William Shakespeare mise en scène par l'une d'entre eux, Juliette Rizoud, extraordinaire dans le rôle de la Jeanne de Delteil il y a quelques temps. Tous les autres écrits, très éclectiques, seront montés et interprétés par des personnes extérieures : La Boîte de Jean-Pierre Siméon, Bella Figura de Yasmina Reza, Gonzoo – Pornodrame de Riad Gahmi, Meurtres de la princesse juive d’Armando Llamas, Le Temps et la chambre

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Louis Calaferte : De la zone à la jungle

CONNAITRE | Dans le cadre d’une carte blanche accordée par la Fête du Livre, Virginie Despentes retrouve ses amis de Zëro pour une lecture-concert du Requiem des (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 2 mars 2016

Louis Calaferte : De la zone à la jungle

Dans le cadre d’une carte blanche accordée par la Fête du Livre, Virginie Despentes retrouve ses amis de Zëro pour une lecture-concert du Requiem des Innocents, de Louis Calaferte, dont elle nous conte la genèse : « Je suis entrée dans Calaferte par le Septentrion. Il y a plus de vingt ans… À l’époque j’ai fait plusieurs lectures avec Bästard (deux musiciens des Bästard sont aujourd’hui dans Zëro) : je lisais des nouvelles que j’avais écrites – mais aussi Calaferte. Quand Arnaud Cathrine – qui travaille à la Maison de la Poésie – m’a proposé de faire une lecture chez eux, je venais de voir Zëro en concert, et du coup j’ai tout de suite pensé – Zëro et Calaferte. Il a été d’accord. » « Je suis partie sur le Requiem de Calaferte parce que je l’ai lu récemment. C’est le plus grand livre sur la précarité que j’ai jamais lu. Il y a tout, dedans : beaucoup d’humour et de la tendresse, mais aussi ce que ça implique, vivre dans une jungle – ce qu’on appelait “la zone” à l’époque de Calaferte ressemblant de façon troublante à ce que l’on appelle “la jungle” aujourd’hui. » Lecture musicale du Requiem des Innocen

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Zëro dëfaut

MUSIQUES | Zëro. Avec un tréma autant qu'un trauma, le même qui trônait par dessus l'ancien avatar qu'était Bästard. L'un succédant à l'autre sont deux légendes de la noise (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 2 mars 2016

Zëro dëfaut

Zëro. Avec un tréma autant qu'un trauma, le même qui trônait par dessus l'ancien avatar qu'était Bästard. L'un succédant à l'autre sont deux légendes de la noise lyonnaise. Lyonnaise, mais pas que. Noise, mais pas que. En quatre ans d'existence (si l'on occulte leur vie passée sous le nom de Deity Guns) Bästard a creusé le sillon de tout un pan du rock expérimental français (noise, jazz bruitiste, no wave, indus) au fil de nombreux disques dont l'un fameux, produit par Lee Ranaldo de Sonic Youth. Séparé en 1997, après une éclipse de dix ans et épuré de quelques membres, le groupe repart à Zëro et la machine aussi, résolument tournée vers le post rock. Depuis un moment associés aux lectures toute en tension de Virginie Despentes, il se dit que l'expérience a quelque peu joué sur la conception de leur cinquième album, San Francisco, tout juste paru. Un album qui sonnerait presque plus "pop", avec tous les guillemets qu'une telle mention nécessite (on pense aux morceaux Ich... Ein Groupie ou Cheap Dream Generator). Zëro ou un groupe qui ne souffrira pas de la disparition de l'accent circonflexe mais ne débarrassera jamais l'auditeur,

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«Être à la marge de l'institution» - Interview du collectif Grrrnd Zero

MUSIQUES | Forcé de déménager à Vaulx-en-Velin suite à son expulsion des usines Brossette, le collectif Grrrnd Zero s'apprête, suite à quelques concerts en extérieur, à reprendre le chemin du nomadisme. L'occasion de faire le point sur l'avancée de son installation, débutée il y a un peu plus d'un an dans une papeterie à l'abandon.

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«Être à la marge de l'institution» - Interview du collectif Grrrnd Zero

Avec le recul, compte tenu de l'état de vétusté de votre nouveau domicile et de son éloignement du centre-ville, avez-vous l'impression d'avoir reçu un cadeau empoisonné ? Grrrnd Zero : La localisation n'est pas si problématique. Par contre, l'ampleur du chantier, effectivement... On a encore beaucoup de taf à abattre. On savait que ça allait prendre du temps, mais il y a quelque chose d'intéressant dans cet effort. On repart avec une énergie nouvelle. Avec du recul, on regrette surtout l'enfumage de départ. On nous a forcé à partir très vite d'un endroit qui aurait pu être utilisé plus longtemps et nous permettre de préparer les travaux sereinement. C'était tellement urgent que le bâtiment est encore debout trois ans après. Le déménagement en lui-même n'est pas compliqué, c'est vraiment le contexte dans lequel il s'est produit : dans le speed, avec beaucoup de retards administratifs et des moyens insuffisants. Ce n'est pas rien, 300 000 balles de subventions. Mais d'après nos estimations, on est sur un projet à un million minimum. Même avec des architectes arrangeants et beaucoup de bénévoles, on est obligés de recourir à la débrouille

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Grrrnd Zero pousse le volume à onze

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Benjamin Mialot | Mardi 8 septembre 2015

Grrrnd Zero pousse le volume à onze

Previously on the Grrrnd Zero show : alors que le chantier de remise aux normes de l'ancienne papeterie du 60 avenue de Bohlen, Vaulx-en-Velin, se poursuit, ses occupants se sont vu accorder l'autorisation de donner quelques concerts au pied du bâtiment. Celui du vendredi 11 septembre a ceci de particulier qu'il coïncidera non seulement avec l'anniversaire du collectif, mais aussi avec le coup d'envoi de la cinquième édition du Humanist SK Festival – dont on vous reparlera plus amplement au moment de la venue des fulgurants Solids, dans une dizaine de jours. Pour l'occasion, GZ a convié autant de groupes qu'il a d'années d'activisme électrique à commémorer, soit onze (!). Parmi les premiers noms annoncés : Gammy Bird, espoir anglo-local de l'indie rock straight outta the 90s (i.e. à la fois tranchant et haut perché), les luchadores rapiécés de Cowbones, émules valentinois des Cramps et autres rockeurs de l'âge des cavernes, et les increvables maçons soniques de Cosmic Dead – leur dernier enregistrement en date totalise sur seulement quatre pistes débordant de f

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Étoiles noires sur Quais du Polar

CONNAITRE | Un an après la venue exceptionnelle et fort réussie de l'immense James Ellroy, Quais du Polar revient avec une édition 2015 non moins riche en figures importantes et en questionnements de fond sur l'état de l'art noir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 24 mars 2015

Étoiles noires sur Quais du Polar

Le public n'est semble-t-il plus le seul à se bousculer pour assister au festival Quais du polar – et participer à sa désormais célèbre enquête grandeur nature dans la ville. Même les auteurs, y compris les plus prestigieux, feraient des pieds et des mains pour s'y montrer. Ceci explique sans doute pourquoi Quais du Polar est chaque année aussi bien fréquenté – même s'il faut bien admettre que l'édition 2014 a placé la barre à une hauteur quasi inatteignable. Aucun Michael Connelly ou John Grisham, pour parler des principales têtes d'affiches, ne s'est ainsi fait prier pour rejoindre la toujours impressionnante cohorte d'auteurs de cette édition 2015 – les deux rois du procedural sont d'ailleurs conviés à régaler les fans autour d'une rencontre front contre front. Nord/Sud On imagine qu'il n'a guère été plus difficile de convaincre Luis Sepùlveda, Paco Ignacio Taïbo II (Mexique), Santiago Gamboa (Colombie) ou Leonardo Padura (Cuba) – l'accent étant mis cette année, on l'aura compris, sur l'Amérique latine, notamment lors d'une alléchante rencontre "Nord/Sud", ainsi que d'incontournables évocations de cartels et de dictatures qui ont au mo

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La nuit de Château

MUSIQUES | «Ne jamais faire confiance à un type qui après avoir été un punk joue de l'électro» prévenaient les Wampas. Didier et ses copains édentés auraient pu formuler le même (...)

Benjamin Mialot | Mardi 24 février 2015

La nuit de Château

«Ne jamais faire confiance à un type qui après avoir été un punk joue de l'électro» prévenaient les Wampas. Didier et ses copains édentés auraient pu formuler le même avertissement à propos d'un metalhead devenu producteur de dubstep, mais ils auraient pour le coup eu tort : le Parisien Niveau Zero a suivi un tel parcours – et arboré un temps une chevelure arachnéenne à faire passer Sinsémilia pour un bataillon d'apprentis Jacques Dessange – sans que cela l'empêche de s'imposer en une paire d'albums, dont le terrible Jasmine, bande-son âcre et tellurique du Printemps arabe, comme un pilier de la bass music hexagonale. Massif le pilier, à l'instar du reste de l'édifice Château Bruyant, du nom du radar à basses fréquences qu'il co-manœuvre avec le duo marseillais Tambour Battant – qui fait dans la ghetto-tech/house/whatever et le fait bien – et auquel le Transbordeur consacrera une "label night" ce samedi 28 février. Outre ces trois châtelains (manque à l'appel The Unik, mais il se ratt

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Une marée de basses

MUSIQUES | An de grâce 79 ap. J-C : le Vésuve pique un fard et ensevelit Pompéi sous les cendres. Nos experts sont formels, Lyon va subir le même sort cette semaine. La faute au Rumble Festival. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 30 septembre 2014

Une marée de basses

Pour une fois, commençons par la fin. Commençons par le dimanche 5 octobre, date à laquelle l'édition 2014 du Rumble Festival prendra fin, sur un open air qui devrait faire écho à l'une des soirées les plus mémorables de la défunte Fée Verte : le back to back du 7 septembre 2012, qui opposa Douster à Flore et se conclut sur une relecture trap de La Chenille. Le premier, sorte d'Alan Lomax en boubou, s'est depuis lancé dans une collecte de folklores électroniques à mêmes de se substituer à une liposuccion des fesses. La seconde, prêtresse de la bass music à racines (africaines) apparentes, vient elle de faire son retour avec Ritual, une performance audiovisuelle impressionnante de tellurisme, et s'apprête à donner à ses soirées Polaar une assise discographique. Ces deux Lyonnais de sang et tiers-mondistes de tympan se "contenteront" ici de se relayer sur scène – mais avec un peu de chance, c'est sur son remix en mode cumbia du thème du Roi lion que Douster laissera la place à sa consœur.   Ça va trembler chérie Les jours qui précèdent, le Rumble fera ressembler le périphérique

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Insomniaque - Semaine du 9 au 15 juillet

MUSIQUES | 3 RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : le premier anniversaire du Zèbre Magazine, la dernière Cosmic Adventure de la saison et Bobmo au DV1. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 8 juillet 2014

Insomniaque - Semaine du 9 au 15 juillet

10.07 Zebra One Parmi les médias invités par le Transbordeur à enivrer ses Summer Sessions, il en est un qui tirera la couverture à lui plus que les autres : le Zèbre Magazine, émanation du troquet associatif La Coopérative du Zèbre, qui fête son premier anniversaire. Pour l'occasion, il a mis les petits plats (éthiques) dans les grands en invitant, outre des selectors chevronnés, Zëro, monument noise bien de chez nous qui vient de publier un mini album tout ce qu'il y a de plus foudroyant. Pour un peu, c'est-à-dire si Shigeto n'avait pas tout déchiré le soir où nous étions de "corvée" de mix, on serait jaloux. 11.07 Tour de France – Cosmic AD Il y a les empêcheurs de tourner en rond, et il y a les autres, ceux dont le fil vital s'enroule sur lui-même avec l'homogénéité d'un ruban de Möbius. L'hirsute Kosme semble appartenir à la seconde catégorie, sa

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Vis ma vie

CONNAITRE | C’est le roman de ce début d’année, au succès impressionnant : "En finir avec Eddy Bellegueule" du jeune Édouard Louis. Un récit à la première personne sur l’enfance douloureuse d’un garçon «efféminé» ne répondant pas aux codes sociaux de son milieu. Remarquable. Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Mardi 18 février 2014

Vis ma vie

«Dans ce monde où les valeurs masculines étaient érigées comme les plus importantes, ma mère disait d’elle "J’ai des couilles moi, je ne me laisse pas faire"». Ce monde, c’est un village picard jamais nommé. Un bout de France isolé où règne une misère sociale et intellectuelle, et où tout ce qui sort des rails préétablis est suspect. Le jeune Eddy Bellegueule est suspect, puisqu’il ne correspond pas aux codes de la masculinité imposante défendue par son père, ses frères, ses cousins, mais aussi sa mère, sa sœur... Bref, tous les hommes et toutes les femmes de son entourage. Eddy Bellegueule, c’est Édouard Louis, auteur qui a changé de nom en s’extirpant de la vie qu’on lui programmait – «l’intello» est depuis élève à l’École Normale Supérieure. «Ces choses dérisoires pour un adulte» En finir avec Eddy Bellegueule se lit vite. Et marque d’un coup, dès les premières pages, où le jeune Eddy se fait agresser sans broncher par deux garçons qui le traitent de «pédé». Une violence quotidienne qu’il taira pendant toute son enfance, préférant encaisser les coups plutôt que d’avoir à justifier les raisons qui amènent ses agresseurs – e

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Année zéro

MUSIQUES | «N'est pas mort ce qui à jamais dort». Cette citation "lovecraftienne", le collectif Grrrnd Zero aurait presque pu la faire sienne. Presque, car alors (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 25 septembre 2013

Année zéro

«N'est pas mort ce qui à jamais dort». Cette citation "lovecraftienne", le collectif Grrrnd Zero aurait presque pu la faire sienne. Presque, car alors qu'on le craignait au bord du démantèlement depuis son éviction des anciennes usines Brossette, voilà-t'y-pas que nous apprenons, au détour de l'une des proto-affiches dont il a le secret, qu'il s'apprête à fêter son neuvième anniversaire. Cela se passera lundi 7 octobre avec le batteur du formidable duo noise Lightning Bolt, Brian Chippendale (ou plutôt Black Pus, du nom de son projet prétendument pop et réellement siphonné), dans un lieu pour l'heure indéterminé, Grrnd Zero étant toujours sans domicile fixe – mais comme il faut obligatoirement réserver sa place par courriel à l'adresse jesuisanxieux@gmail.com, vous serez prévenus à temps. Il le sera pour une bonne dizaine de mois encore, le temps que soit remis aux normes le site industriel qui lui a (enfin) été octroyé pour cinq ans au 60 avenue de Bohlen, à Vaulx-en-Velin. D'ici là, on prendra soin de de lire et relire le nécessaire manifeste que ces increvables promote

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Planète Lyon

ARTS | Tandis que les Musées Gadagne et les Archives célèbreront Lyon et ses habitants tout au long de l’année, le Musée de l’imprimerie ouvre grand ses portes à un dissident tchèque et le CHRD fait la part belle aux femmes. Revue de détail de ce qui vous attend dans les lieux patrimoniaux. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 13 septembre 2013

Planète Lyon

Après Lyon l’internationale aux Archives municipales (à voir jusqu’au 31 octobre), voici venir en cet automne Lyon, centre du monde ! aux musées Gadagne. À six mois de l’échéance des élections locales, cela ne manque pas d’ironie. Au moins ne pourra-t-on pas accuser les organisateurs de faire dans la demi-mesure. Si la première exposition s’attachait à dérouler le développement récent (en matière de culture, d'industrie, de santé…) de la ville, la seconde (du 21 novembre au 27 avril) s’attachera à revenir sur l’Exposition internationale urbaine de 1914, durant laquelle Lyon montra au monde qu’elle était une cité moderne répondant aux besoins nouveaux de l’hygiénisme, nécessaire au progrès social et porté par Edouard Herriot, Tony Garnier, Jules Courmont et Louis Pradel. Gadagne consacrera aussi une plus petite exposition au compagnonnage (dès avril 2014). Toujours au rang des hommages aux Lyonnais, les Archives se pencheront sur la vie de François-Régis Cottin (du 15 octobre au 31 janvier), architecte et historien de Lyon, mort cette année à 93 ans. Il est notamment l’urbaniste q

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Zero Dark Thirty

ECRANS | Sur la traque de Ben Laden par une jeune agent de la CIA, Kathryn Bigelow signe un blockbuster pour adultes, complexe dans son propos, puissant dans sa mise en scène de l’action, personnel dans le traitement de son personnage principal. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 17 janvier 2013

Zero Dark Thirty

Dans Démineurs, Kathryn Bigelow montrait avec un mélange de fascination et de distance critique le travail de quelques GIs en Irak drogués à l’adrénaline guerrière. La soif d’action et d’efficacité de la cinéaste concordait avec leur propre plaisir du danger, jusqu’à ce qu’un vide existentiel vienne les aspirer dans la dernière séquence. Zero Dark Thirty est comme une variation autour du même thème, à ceci près que le sujet est encore plus explosif : comment, durant dix longues années, Maya (Jessica Chastain) va pister Oussama Ben Laden, d’abord comme une jeune agent de la CIA intégrant une équipe chevronnée, puis seule face à l’inertie de sa hiérarchie. Écrit en épisodes scandés par les nombreuses défaites occidentales contre cet ennemi fantomatique, Zero Dark Thirty raconte dans un même geste l’enquête, ses erreurs, ses impasses et son succès final, et l’apprentissage de Maya, ce qui pour Bigelow revient à lui conférer l’aura d’une héroïne. Défaite intérieure Dès le premier mouvement, une longue et éprouvante séquence de torture, M

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Le Riddim bat la démesure

MUSIQUES | La World Wrestling Entertainment Inc., la plus grande promotion de catch du monde, organise tous les ans depuis 1988 le Royal Rumble, un événement dont (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 2 novembre 2012

Le Riddim bat la démesure

La World Wrestling Entertainment Inc., la plus grande promotion de catch du monde, organise tous les ans depuis 1988 le Royal Rumble, un événement dont le principal combat voit une trentaine de participants gagner le ring à tour de rôle, dans le but de s'en expulser les uns les autres jusqu'au dernier. Là où ça devient bizarre, c'est qu'il plane sur ledit combat une malédiction : tous les types qui sont entrés en quatorzième position ont vu leur carrière s'effondrer et/ou leur vie prendre fin prématurément. Si nous en faisons état ici, c'est parce qu'en apprenant, à une semaine du coup d'envoi de la quatorzième édition du Riddim Colision, l'annulation de la venue du beatmaker californien Nosaj Thing, l'une de ses têtes d'affiche, on s'est demandé si quelqu'un chez Jarring Effects/Active Disorder n'avait pas tiré le mauvais numéro dans une carrière antérieure. Vérification faite, il n'en est rien, le festival devrait donc se dérouler sans autres encombres. Tant mieux, car il y a une fois de plus du très bon. En tête The Oscillation, quatuor briton donnant dans le rock altérateur de perception (mercredi 7 au Clacson), nos petits chouchous d'

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Bye Bye Blondie

ECRANS | De Virginie Despentes (Fr, 1h37) avec Béatrice Dalle, Emmanuelle Béart, Pascal Greggory...

Jerôme Dittmar | Vendredi 16 mars 2012

Bye Bye Blondie

Bloquée dans les 80's, ses années rebelles, Virginie Despentes continue de brandir le drapeau usé d'un féminisme baddass. Pour preuve Bye Bye Blondie, chronique sentimentale d'un couple de filles sous la forme vertigineuse et balourde d'un avant (l'adolescence et les années no future) après (l'embourgeoisement et l'âge adulte). Adaptation par elle-même de son roman, Despentes filme donc Gloria la punkette fan des Bérus devenue artiste au RSA, et Frances, son amoureuse en Fred Perry, qui deviendra star de la télé, mariée à un romancier gay pour une union libre. En se réunissant à quarante ans pour le grand amour, c'est évidemment plus que les sentiments qui sont mis à l'épreuve, mais les rêves de jeunesse au travers de la sexualité. Despentes se penche ainsi sur la fin des utopies, qu'elle découvre après tout le monde, pour un film nostalgique et utopique où l'âme punk (à choyer) fait un peu de peine. Depuis Baise moi, la mise en scène est devenue insipide et conformiste. Tout s'explique.Jérôme Dittmar

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Grnd Zero à la rue ?

ACTUS | Interview / Après 7 ans d'existence et de «camping», le collectif artistico-musico-alternatif Grnd Zero est à deux doigts de se retrouver à nouveau SDF. Après son divorce d'avec le Rail Théâtre en mars, voilà Grnd Zero sommé par le Grand Lyon de quitter ses locaux de Gerland. Explications. Propos recueillis par Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 16 septembre 2011

Grnd Zero à la rue ?

Comme vous le dites sur votre site internet : Grnd Zero c'est «7 ans de camping» et vous voilà de nouveau quasiment à la rue. Que s'est-il encore passé ?... Grnd Zero : En juin 2010, le bâtiment que nous occupons à Gerland, rue du Pré-Gaudry, avec le Secours Populaire, a été racheté par le Grand Lyon [il était auparavant la propriété de la SACVL, NdlR] qui a fait réaliser une visite de sécurité par une entreprise privée en mai dernier. Étant effectivement presque insalubre, on pensait naïvement que le Grand Lyon souhaitait juste faire le point sur ce bâtiment qu'il venait d'acheter. Et puis, douche froide, on a reçu une dédite le 20 juillet nous demandant de quitter les lieux le 21 octobre au plus tard, le site étant jugé dangereux pour le public. Un argument imparable, non ?On est d'accord. D'ailleurs, on est presque surpris que ça n'arrive que maintenant. Car si le bâtiment est vétuste et «dangereux», il l'était déjà lorsque la Ville nous l'a proposé en bail précaire en 2006. Ce qui est étrange c'est que la dédite ne concerne que Grnd Zero et pas le Secours Populaire. Qu'en pense la Ville ?Su

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Suite impérieuse

MUSIQUES | Rock / Liars fête dix ans d’embardées post-punk, no-wave et krautrock ce mois de novembre et c’est Grrrnd Zero Vaise qui aura le privilège d’allumer les (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 21 octobre 2010

Suite impérieuse

Rock / Liars fête dix ans d’embardées post-punk, no-wave et krautrock ce mois de novembre et c’est Grrrnd Zero Vaise qui aura le privilège d’allumer les bougies du trio new-yorkais, pour leur second concert lyonnais. Un retour attendu comme celui du messie après que la bande d’Angus Andrew a déjà incendié le Marché de Gros au mois de mai, en assurant pour Nuits Sonores un pur moment psychédélire, une grand-messe de bruit blanc où le chanteur sorti de ses gonds réincarnait d’un seul homme la transe épileptique de Ian Curtis et le grunge épique de Kurt Cobain. La set list faisait alors la synthèse de cette décade menée tambour battant, alternant punk-rock supersonique (The Garden Was Crowded And Outside), zones de turbulences aux foudres volcaniques, jusqu’aux ambiances anxiogènes du récent Sisterworld, un cinquième album qui quitte New York pour Los Angeles. «Cette ville donne en permanence l’impression d’être au bord de l’apocalypse, confiait récemment Angus aux "Inrocks", je n’ai jamais vécu dans un endroit plus effrayant». Si Sisterworld reflète à merveille l’envers des étoiles qui s’assombrissent sur Hollywood Boulevard, si ses mélodies dantesques sont le miroir Lynchien d’un Mu

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« Soirée de soutien à l’affichage libre »

MUSIQUES | L’affichage libre est le serpent de mer judiciaro-artistique lyonnais de ces dernières années, opposant, devant les tribunaux, afficheurs (pas si) libres (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 11 décembre 2008

« Soirée de soutien à l’affichage libre »

L’affichage libre est le serpent de mer judiciaro-artistique lyonnais de ces dernières années, opposant, devant les tribunaux, afficheurs (pas si) libres et spectre de l’écologie (pas bien) urbaine. Parmi les associations culturelles concernées, Grnd Zero qui organise, en clôture de son festival au long cours, une sauterie destinée à alimenter les nombreux frais de justice. Pour l’occasion, Grnd Zero Vaise accueillera le samedi 20 décembre un panel des tendances qu’il chérit : antifolk (Coming Soon), hip-hop noise (Rature), rock gothique (Castrati) et une poignée d’amis de la famille pour les DJ set.

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L’art et la guerre au XXe siècle

ARTS | Guerre de 1914-1918En 1916, en pleine boucherie, Hugo Ball, Tristan Tzara, Jean Arp inventent «Dada», vomissant les valeurs bourgeoises établies, l’art (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 30 octobre 2008

L’art et la guerre au XXe siècle

Guerre de 1914-1918En 1916, en pleine boucherie, Hugo Ball, Tristan Tzara, Jean Arp inventent «Dada», vomissant les valeurs bourgeoises établies, l’art coupé de la vie, l’esprit de sérieux… On considère souvent Dada comme un mouvement purement nihiliste (Éric de Chassey, dans le passionnant catalogue de Repartir à zéro, qualifie Dada de période de deuil et de négation ; à tort selon nous !). Tzara, Jean Arp, Duchamp, Picabia, Raoul Hausmann, Hannah Höch, Kurt Schwitters et consorts, ont pourtant inventé ou réinventé plusieurs formes artistiques majeures : la performance, le photomontage, l’assemblage, le ready-made… VietnamDans les années 1960-1970, certains artistes du pop Art et les peintres de la Figuration Narrative (Fromanger, Erro, Rancillac…) réagissent directement aux problèmes politiques de leur époque et à la Guerre du Vietnam en particulier…

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Artistes, rompez !

ARTS | Expo / Mêlant célébrités de l’art moderne et artistes méconnus, « Repartir à zéro » rouvre le dossier des années 1945-1949, période de traumatismes autant que d’ébullition créative… Une très grande exposition ! Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 30 octobre 2008

Artistes, rompez !

Entre conflit mondial et Guerre froide, traumas de la Shoah ou d’Hiroshima et allégresses utopistes de la Libération : cinq petites années, de 1945 à 1949, où tout redevient possible sur fond d’horreurs, et où beaucoup d’artistes repartent à zéro, convaincus de la nécessité d’une rupture… C’est une période restreinte et très spéciale, située avant que les choses ne se rigidifient, avant que les artistes ne se définissent comme abstraits ou figuratifs, autonomes ou engagés, pro-soviétiques ou pro-américains, précise Éric de Chassey, commissaire de l’exposition avec Sylvie Ramond. Le parcours de Repartir à zéro est thématique, égrenant ses sections déroutantes : témoigner, expérimenter, balbutier, remplir/vider… D’où un curieux et intelligent mélange des genres, où le propos historique s’entremêle à des problèmes formels et artistiques, sans démonstration rigide ni point de vue uniforme. L’exposition invite plutôt à se perdre, redistribuant les cartes, pour mieux donner à voir des œuvres… Et quelles œuvres ! La première salle rassemble plusieurs artistes qui ont sciemment désiré témoigner des horreurs de la guerre. Et l’on tombe, là, d’emblée, nez à nez a

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Apocalypse now

MUSIQUES | Musique / À trois jours du premier tour de l'élection présidentielle, on ne sait trop si le retour de Silver Mount Zion dans une salle de concert (...)

| Mercredi 25 avril 2007

Apocalypse now

Musique / À trois jours du premier tour de l'élection présidentielle, on ne sait trop si le retour de Silver Mount Zion dans une salle de concert lyonnaise (le Grnd Zero, en plus !) est un bon ou un mauvais présage... Véritables trompettes d'une apocalypse imminente, ce big band canadien pratique un rock du chaos aux relents messianiques et aux accents inquiets ; ses membres s'époumonent à scander dans des micros volontairement déréglés des rengaines désespérées. Pour leurs premiers disques (enregistrés à l'époque sous le nom de A silver mount zion), majoritairement instrumentaux, la beauté complexe des compositions, leur durée stupéfiante et hypnotique, et la puissance de leurs crescendos évoquaient du Michael Nyman sous peyotl. Dans des paysages que l'on imagine vides et désolés, cette fanfare d'un millénaire mal barré faisait pleurer violons, pianos et guitares lors de symphonies qui n'avaient pas à rougir face aux plus grandes œuvres de musique contemporaine. Ils disputaient amicalement à l'époque le titre de groupe le plus déchirant du monde à leurs homologues (et frères de luttes) Godspeed you black emperor. Depuis qu'ils ont troqué le A pour un Thee et choisi de se produire

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Menteurs démonteurs

MUSIQUES | Musique / Caprices d'un calendrier bancal, la semaine passée était tellement chargée qu'on n'a même pas pu vous parler de Liars, de passage à Grrrnd Zero Vaise (...)

| Mercredi 28 novembre 2007

Menteurs démonteurs

Musique / Caprices d'un calendrier bancal, la semaine passée était tellement chargée qu'on n'a même pas pu vous parler de Liars, de passage à Grrrnd Zero Vaise dès ce mercredi (et tant pis pour ceux qui attendent le jeudi pour lire le Petit Bulletin). Le trio devrait normalement démonter le Rail Théâtre jusqu'au dernier écrou. Leur premier gros concert français, à la Cigale en novembre 2002, avait été une boucherie au cours de laquelle ils avaient mis les redoutables The Rapture minables. Mais Liars, entre punk, indus, et hip-hop east-coast, avait deux atouts majeurs : un single, Mr You're on Fire Mr, assaisonné au Plutonium et un chanteur, le gigantesque Angus, sorte de Nick Cave hypertrophié, persuadé d'être le fils naturel du Marsupilami et de Skippy le kangourou. Résultat, la Cigale, en fusion intégrale, faillit bien comme dans la fable ne pas passer l'hiver et Liars devenir le roi du retour en grâce de l'after-punk. Sauf que non, car les new-yorkais, tenants d'une conception de l'avant-garde qui meurt mais ne se rend pas, se sont souvent enferrés dans des albums nébuleux (Drum's not dead notamment) livrés sans mode d'emploi pour mieux cacher leurs honteuses dispositions à comp

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