Iron Man 2

Blockbuster ludique, théorique et même politique, "Iron Man 2" confirme la bonne surprise de son premier volet : la naissance d’un super-héros différent dont les aventures sont aussi divertissantes que riches de sens. Christophe Chabert

Le blockbuster de printemps annonce l’arrivée des beaux jours et la promesse d’un été américain, souvent en deçà de ce coup d’éclat inaugural. Évidemment, le Iron Man 2 de 2010 est moins surprenant que le Star Trek de 2009 ou… le Iron Man de 2008 ! Et pourtant, il est encore mieux… Il y a deux ans, on ne misait pas grand-chose sur cette énième adaptation de comics, lassés par trop de sous Spider-man (dont le 3e du nom !) et plutôt flippés par la présence derrière la caméra de Jon Favreau, acteur comique de seconde zone reconverti dans la mise en scène de navets.

Contre toute attente, Iron Man nous avait épatés : le film se payait le luxe de repenser la manière de construire un super-héros en affichant, dans une posture aussi ludique que théorique, son "making of" à l’écran. D’abord choisir un acteur ; pas n’importe lequel, le génial Robert Downey Jr, revenu de la came et de l’alcool pour s’établir en comédien ultra-populaire aussi à l’aise chez les grands auteurs — Fincher — les francs-tireurs — Stiller — que dans cette machine moins lourde qu’on ne le pensait. Downey Jr, comme il le disait à la fin du film, est Iron Man : un être de chair et d’acier, un jouisseur capitaliste et un justicier humaniste, un cabot et un monstre de sincérité. Le film suivait sa transformation, d’abord prototype mal dégrossi — comme un trait d’union entre les lignes du comics et le réalisme de l’écran — puis héros achevé, de la création en dur à sa reproduction numérique, en gardant un ton de comédie légère gavée de sous texte.

L’homme de fer, le marché et Obama

Fort logiquement, Iron Man 2 commence par déshabiller son super-héros dans un grand show où, plus qu’un mythe, Tony Stark est surtout accueilli comme une rock star. Tel un ponte de l’UMP, il veut «changer le monde» ; dans la scène suivante où il comparaît devant une mission parlementaire qui lui reproche de garder pour lui sa technologie alors que l’Iran et la Corée sont en train de se doter d’Iron men maison, il lance cette phrase terrible : «J’ai privatisé la paix dans le monde». La scène en question est par ailleurs une satire de la démonstration menée par Colin Powell à l’ONU pour prouver l’existence d’armes de destruction massive en Irak… On n’attendait pas le film sur ce terrain-là, mais le scénario signé par le trublion Justin Théroux — acteur chez Lynch et co-auteur de Tonnerre sous les tropiques — n’a peur de rien. De fait, un des nombreux enjeux d’Iron man 2 consiste à montrer que cette privatisation est surtout un appel à la concurrence contre les intérêts de l’État, la loi du marché ne faisant pas de nuances entre bonnes et mauvaises intentions.

Justin Hammer, principal rival de Stark, ne pense ainsi qu’au profit, pas à ses conséquences. La voix de la raison viendra toutefois du probe Colonel Rhodes : le public triomphe du privé, et le film de faire un énorme clin d’œil à Obama (Rhodes est joué, comme par hasard, par Don Cheadle). Entre temps, Favreau aura ouvert un premier duel dans son récit : celui que mènent, sur le terrain de la comédie, Downey Jr et Sam Rockwell, dans des joutes oratoires hilarantes, où les dialogues se chevauchent jusqu’à un vertige digne de certaines comédies de Hawks (La Dame du vendredi, surtout). On l’aura compris, ce deuxième Iron Man retrouve le principe du premier : on ne sait jamais si l’on regarde à l’écran le film ou son architecture, les personnages ou les acteurs, le super-héros ou son "alter-ego" arrogant et séduisant. Une des scènes les plus dingues montre Stark dansant, bourré comme un coing, dans son armure d’Iron man lors d’une soirée bling-bling qui vire boing-boing. Il faut être sûr de son coup pour oser ridiculiser ainsi son super-héros… ou confiant dans la capacité de son comédien à perdre dignement sa dignité en se moquant outrageusement de lui-même et de son passé !

Plus, plus, plus !

Au cœur de cet Iron man 2 bluffant surgit un drôle de méchant : Ivan Vanko, incarné par un Mickey Rourke excellent, prenant au sérieux son personnage et lui donnant ainsi toute son ambiguïté. C’est de son côté que le film rejoue la part la plus réussie du premier volet : la fabrication d’un personnage au sens le plus littéral du terme. D’abord le gros corps malade de Rourke, aussi fascinant de présence mutique et têtue que dans "The Wrestler ; ensuite sa fusion avec des lassos électriques surpuissants, au cours d’une séquence d’action à couper le souffle pendant la course de F1 de Monaco ; puis son «ironmanisation» finale, donnant lieu à un vrai et beau choc de titans.

Nota bene : dans ce 2 qui porte bien son nom, Théroux et Favreau ont aussi multiplié les femmes, «Pepper» Paltrow se retrouvant en concurrence avec «Natalie» Johansson, qui s’offre un magistral exercice de savatage acrobatique — oubliez tout de suite les gesticulations de Matthew Vaughn dans Kick-ass, grotesques à côté de la limpidité jouissive voulue par Favreau. Aussi drôle que riche en lectures de tout ordre, palpitant d’un bout à l’autre, Iron Man 2 est un blockbuster de printemps parfait, à savourer sans modération.

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