Summer Wars

Un "Second Life" murakamisé et piraté par une intelligence artificielle menaçant de détruire le monde. Un nerd, une jolie fille et sa famille dans un Japon rural pour sauver l’univers. Voici "Summer Wars", beau petit conte moderne et estival. Jérôme Dittmar

L’animation japonaise n’est plus ce qu’elle était. Outre l’endurance d’un Miyazaki et Satoshi Kon qui avec "Millenium Actress" signa son chef-d’œuvre, rares ont été ceux à survivre ou à émerger durant la décennie passée. Face à cet état des lieux, l’arrivée de Mamoru Hosoda en 2006 avec "La Traversée du temps" a apporté un peu d’air frais. Rien de révolutionnaire a priori, mais des lignes claires et lumineuses, un sens du cadre posé et plein, un récit maîtrisé, à la fois habilement conceptuel et installé dans le quotidien. Tout ce qu’est "Summer Wars", confirmant au passage le charme persistant du cinéma d'Hosoda. Une manière d’être à cheval entre les époques, à mi-chemin d’une ligne qui synthétiserait classicisme et hyper modernité. À l’image du pitch, difficile à résumer, mais où le souvenir vivant d’un Japon rural côtoie un univers virtuel aux couleurs du SuperFlat de Murakami. Comme si Second Life rencontrait une version pop de "Wargames" avec des réminiscences d’Ozu ou Hou Hsiao Hsien. La famille, nombreuse, les héros, plutôt adolescents, complétant un tableau aux allures de petite fable contemporaine solidement attachée à des valeurs locales sinon universelles.

SuperFlat Socialisme

L’intelligence de "Summer Wars" tient d’abord à sa façon d’éluder le discours opposant virtuel et réel. Hosoda préférant une voie plus animiste où illusion et réalité ne se contredisent pas, mais cohabitent. De ce principe de contamination, on pourra reprocher au film ses limites. Mais s’il traite à moitié de son sujet, c’est aussi pour s’attarder sur une foultitude de moments justifiant son processus. Ne comptent pas tant les dangers d’un réseau numérique qu'insister sur le concret, l’actuel, le lien et ceux qui le fondent. Pour Hosoda, "Summer Wars" montre une expérience collective. On sauve le monde d’une intelligence artificielle dégénérée depuis la campagne, en famille, sans que celle-ci soit préférée au réseau virtuel qui la complètera. La beauté de "Summer Wars" repose alors sur cet élan fédérateur, ludique, et son inscription dans un paysage estival. Le soin accordé aux détails, ambiances, lumières et couleurs dans ce décor champêtre, déroule un cadre quotidien typiquement japonais. Auquel répondent les envolées psychédéliques du monde virtuel où se déploient mille figures inspirées du manga. Par ce jeu complémentaire des textures ou motifs, ses références historiques, sa foi dans le lien social, familial et les sentiments, "Summer Wars" formule un nous simple, mais qui compte.

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