Timbuktu

Timbuktu
D'Abderrahmane Sissako (Fr-Mau, 1h37) avec Ibrahim Ahmed dit Pino, Toulou Kiki, Abel Jafri...

Après "Bamako", Abderrahmane Sissako continue d’explorer les souffrances politiques du Mali, non pas en instruisant le procès du FMI, mais en offrant une vision tragi-comique de la terreur djihadiste. Une approche pertinente de la question, qui ne fait pas oublier une forme auteurisante un peu datée. Christophe Chabert

La sortie de Timbuktu va donc se dérouler au moment où tous les yeux sont braqués vers l’État Islamique, tandis que le spectre d’une résurgence djihadiste au Mali est encore vivace. Autrement dit : en plein dans le mille de l’actu, ce qui est un avantage — médiatique — et un inconvénient — puisque le film se retrouve malgré lui à avoir quelque chose à dire sur le sujet. Or, le nouveau film d’Abderrahmane Sissako, même s’il parle d’un petit groupe d’islamistes qui mettent en coupe réglée un village mauritanien en voulant y instaurer la char’îa, n’a aucun discours rassurant à délivrer à un Occident angoissé.

Déjà, son génial Bamako intentait un procès réparateur mais fictif au FMI ; aujourd’hui, Timbuktu choisit de rire d’une autre tragédie. Ses djihadistes sont regardés comme une cohorte d’individus empêtrés dans leurs contradictions, mais qui puisent leur force du groupe qu’ils ont constitué. Et c’est en brisant la communauté à laquelle ils s’attaquent, créant des schismes selon le sexe, l’âge ou les origines des autochtones, qu’ils installent la terreur.

Dans sa première partie, le film montre cette emprise comme un petit théâtre de l’absurde où les règles sont tournées en ridicule et les terroristes ramenés à leurs pulsions. Ainsi, l’un d’entre eux doit se cacher pour fumer une cigarette, pratique interdite par la loi islamique ; et lorsqu’il voit au loin un buisson sur une dune qui dessine un sexe de femme, il sort sa grosse mitraillette pour le raser.

Ballon invisible

Cet humour détonnant, Sissako a besoin pour l’installer d’une forme un peu vieillotte, un cinéma de vignettes où l’ordre des scènes paraît interchangeable, comme autant d’espaces déconnectés dramatiquement — structure usée d’avoir trop servi depuis Dodeskaden. Cette facilité-là prend encore plus de place dans la deuxième partie où le cinéaste, après avoir raillé l’inconséquence intime des terroristes, montre que leur bêtise n’en est pas moins mortelle.

C’est finalement lorsqu’il choisit de décaler poétiquement ses situations que Sissako est le plus pertinent : ainsi de ce magnifique match de football que des enfants disputent avec un ballon invisible. C’est peut-être un hommage amusé à la fameuse partie de tennis de Blow up ; c’est surtout une manière simple de raconter comment, lorsqu’on prive un groupe de sa liberté, on ne parvient pas à entraver son imaginaire et sa capacité à faire semblant.

Timbuktu
D’Abderrahmane Sissako (Mali-Fr, 1h45) avec Ibrahim Ahmed dit Pino, Toulou Kiki…

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