Mondkopf - Hadès

Quatrième album de Mondkopf, Hadès est le récit d'une métamorphose : celle d'un rêveur – son pseudonyme germanophone signifie «Tête de Lune» – dont la musique charmait les hommes comme les animaux sauvages – et Zeus sait à quel point la faune électronique en grouille – en un paria en proie aux sentiments les plus vifs. Toute ressemblance avec un personnage célèbre de la mythologie grecque n'est pas fortuite.

Véritable Orphée des temps modernes, Mondkopf a lui aussi poursuivi une quête intime dans les profondeurs infernales. Il en a ramené des bourdonnements infra-terrestres, des trompettes apocalyptiques et des mélodies d'une immuable mélancolie, essences d'une musique à mi-chemin de l'ambient et de la noise où la noirceur et le monolithisme ne sont pas des fins en soi – comme c'est le cas chez Sunn O))), dont le spectre encapuchonné plane sur les titres les plus retentissants du disque, à commencer par Eternal Dust – mais les révélateurs d'un romantisme wagnérien – en particulier sur le grandiose triptyque éponyme.

Sauf qu'à la différence du héros d'Ovide, Mondkopf a eu la jugeote de ne pas se retourner avant son retour à la surface, quitte à tourner le dos au sacro-saint grand public. Ni sur Rising Doom (2011), son précédent enregistrement, où sa capacité toute malickienne – son cinéaste fétiche – à donner corps au sacré par de diaboliques détails (quelques notes de piano, les cris d'une femme, des bruitages spatiaux) allait encore de pair avec un certain hédonisme techno à la Modeselektor. Ni sur Un été sur l'herbe (2007) et Galaxy of Nowhere (2009), ses deux premiers longs, précis de dance music atmosphérique qui n'auraient pas dépareillé dans le catalogue Warp et la bibliothèque de Brian Eno, bien qu'ils furent à leur sortie associés sans discernement à la passagère French Touch 2.0. Rien à voir, pourtant, entre le postmodernisme marketé de Justice et l'amour sincère que cet ex-prescripteur de tendances (via l'audioblog Fluokids) porte au heavy metal : chez Mondkopf comme chez Extreme Precautions, le nom sous lequel il publie ses travaux les plus paroxystiques (en l'occurrence un disque au format grindcore), il est avant tout une sorte de guerre avec soi-même.

Benjamin Mialot

Hadès (In Paradisum)
Extreme Precautions (In Paradisum)

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