Vengeance

ECRANS | Cinéma / Johnnie (To) et Johnny (Hallyday) réunis avec une pléiade de stars de Hong Kong pour un polar au scénario minimaliste mais à la mise en scène flamboyante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 18 mai 2009

Les derniers films de Johnnie To nous avaient laissés sur notre faim. Depuis Le sommet Election 2, il semblait vivre de projets mineurs, distractions qui rejoignaient les œuvres cosignées avec son associé Wa Ka-Fai. Vengeance, dont l'influence revendiquée est celle de Jean-Pierre Melville, augurait d'un retour aux choses sérieuses. Ce n'est pas le cas, mais ça ne l'empêche pas d'être un fort agréable film mineur.

Samouraï amnésique

Commençons par la grande faiblesse du film : son scénario minimaliste, d'ailleurs écrit par Ka-Fai, où un restaurateur français, qu'on devine charriant un lourd passé mafieux, débarque à Macao pour venger sa famille dessoudée par une triade chinoise. Étranger dans la ville, il devra faire équipe avec trois gangsters caractérisés avec la patte Johnnie To, et incarné par une bande de stars locales fidèles du cinéaste. C'est à peu près tout, et ce serait un peu maigre si le cinéaste ne déployait une artillerie visuelle absolument somptueuse ; sa manière de filmer Macao comme une mégalopole aux néons irisés et aux perspectives monstrueuses a quelque chose à voir avec le L.A. futuriste de Blade Runner, et sa capacité à transformer chaque décor, intérieurs comme extérieurs, en merveille d'environnement organique, prouvent que To est un immense styliste. Mais ce sont bien sûr les gunfights qui l'expriment le mieux. Poussant loin son art de la suspension - avant la marave, les tueurs prennent le temps d'un pique-nique en famille ! le cinéaste s'approche l'air de rien des grands westerns crépusculaires de Peckinpah. Sauf que les meules de foin, ironique innovation, sont devenues des ordures compactées... Et Johnny, alors ? Figure taciturne, iconisée et peu loquace, entre Melville et Eastwood, il apporte une étrangeté réelle au projet. Son arrivée, avec chapeau et lunettes noires, évoque plus le fantôme fascinant de Bashung dans ses derniers mois que la silhouette de Delon dans Le Samouraï (les deux personnages portent le même nom, Costello). Au fil du film, ce tueur vieillissant perd la mémoire, jusqu'à ne plus garder que ses réflexes d'assassin, perdant le motif et ne gardant que les gestes. C'est un bon résumé du cinéma de Johnnie To, son fétichisme des codes au détriment du sens. Sûr ce coup-là, on ne s'en plaindra pas...

Vengeance
De Johnnie To (Hk-Fr, 1h45) avec Johnny Hallyday...

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Une ville mise aux placards : "3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance"

Le film de la semaine | Marqué par un enthousiasmant trio d’interprètes (Frances McDormand/Woody Harrelson/Sam Rockwell) et une narration exemplaire, ce revenge movie décalé nous fait tomber avec délices dans le panneau. Le Midwest, le vrai…

Vincent Raymond | Mercredi 17 janvier 2018

Une ville mise aux placards :

Excédée par l’inertie de la police dans l’enquête sur le meurtre de sa fille, l’opiniâtre Mildred le fait savoir sur trois pancartes géantes jusqu’alors à l’abandon au bord d’une route peu fréquentée. Les conséquences indirectes de cette initiative dépasseront tout ce qu’elle aurait pu imaginer… La présence en tête de gondole de Frances McDormand biaise sans doute l’appréciation. N’empêche : Joel & Ethan Coen auraient pu signer 3 Billboards… Son scénariste et réalisateur, Martin McDonagh, qui s’était déjà illustré avec Bons baisers de Bruges (2008) — polar sérieusement déviant en dépit de son titre français bien naze — fond en effet avec une maestria comparable chronique sociale et sarcasme décapant dans une matrice de film noir. Certes, la géographie les sépare (McDonagh opte pour le Missouri quand les Coen balancent entre la froidure du Minnesota et le torride du Texas), mais le creuset humain est le même : une population globalement rurale riche en stéréotypes conservateurs ; un vase clos éloigné de l’administration fédérale conspuée à l’envi.

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Les sorties ciné de 2018

Panorama Cinema | Janvier annonce la seconde rentrée cinéma de l’année. Avec son lot de promesses, d’incertitudes et, surtout — on l’espère — d’inconnues. Voyez plutôt…

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Les sorties ciné de 2018

Ce que l’on sait… Préparez-vous à quatre uppercuts d’entrée. D’abord, 3 Billboards, les Panneaux de la vengeance de Martin McDonagh (17 janvier), un brillant western contemporain aux faux-airs de frères Coen qui ne cesse d’épater par ses rebondissements déroutants, ses personnages peaufinés et sa réalisation impeccable. Trois lauréats de la Mostra se succèderont ensuite sur les écrans : L’Insulte du Libanais Ziad Doueiri (31 janvier), ou comment une querelle de voisinage se transforme en affaire d’État (et vaut un prix d’interprétation masculine à Venise) ; Jusqu’à la garde de Xavier Legrand (7 février), glaçant drame de l’après séparation qui sourd d’une tension permanente et le poétique Lion d’or vintage de Guillermo del Toro, La Forme de l’eau (21 février), conte façon Belle et la Bête revisitant la Guerre froide et les fifties. Ce que l’on attend… Le Janus Spielberg, qui n’avait rien livré depuis d

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Claude Lelouch : « je crois à l’incroyable fertilité du chaos »

4 questions à... | Claude Lelouch n’en a pas fini avec l’envie de filmer. Et ce n’est pas parce qu’il tourne autour des Hospices qu’il songe à l’hospice : son truc à lui, ce serait plutôt les bons auspices…

Vincent Raymond | Mardi 14 mars 2017

Claude Lelouch : « je crois à l’incroyable fertilité du chaos »

Comment avez-vous repéré les talents d’acteur de Me Dupond-Moretti ? Claude Lelouch : C’est mon métier, je ne sais rien faire d’autre (sourire). C’est quelqu’un que j’ai admiré. J’avais l’impression de voir Lino Ventura : ce type a une force incroyable ! Si je pouvais la conserver derrière une caméra, ce serait génial. Je l’ai rencontré par un copain, on a sympathisé et il m’a invité à une audience. Sa plaidoirie a duré 1h30, le temps d’un long-métrage. J’ai regardé tous les gens qui jugeaient l’accusé et je me suis dit que c’était eux qu’il fallait juger : l’avocat général qui réclame la perpétuité, le président qui se prend pour Dieu, les gens dans la salle qui viennent pour déguster le malheur des autres, les jurés… J’ai imaginé que tous avaient des casseroles : on a tous les qualités de nos défauts, on a tous des jardins secrets. Est-ce la vie qui vous donne l’envie de faire du cinéma, ou bien le cinéma qui vous donne le plaisir de la vie ? Je vie une double histoire d’amour avec le cinéma et la vie. L’un renforce l’autre, ils sont complémentaires. La vie est le plus grand

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"Chacun sa vie" : un Lelouch treize embrouillé

ECRANS | Entièrement récoltée à Beaune, la 46e cuvée de Claude Lelouch a un goût de déjà-bu. Pas étonnant, venant d'un réalisateur ayant autant de bouteille…

Vincent Raymond | Mardi 14 mars 2017

Attendre de Lelouch qu’il fasse autre chose que du Lelouch reviendrait à espérer d’un chat et d’une souris un concert d’aboiements. Si le cinéaste s’est jadis montré capable de détonner, pour répondre à un violent désamour du public (en témoigne le singulier Roman de gare), il ferait plutôt en règle générale sien l’aphorisme de Cocteau : « Ce qu’on te reproche, cultive-le : c’est toi ». Chacun sa vie est, à cette enseigne, un parfait exemple de monoculture lelouchienne — certes “hors-sol”, puisque totalement tourné à Beaune, où le virevoltant réalisateur a installé son école de cinéma. Il troque donc ses plans de Tour Eiffel ou de Champs-Élysées contre de larges vues de la Place Carnot, microcosme valant ici pour le monde entier. La Beaune année Autour de cette esplanade noyée sous le piano-jazz ininterrompu d’un assommant festival estival gravitent donc des êtres divers, soumis aux petits ou grands tracas de la vie, qui auront pour point commun de se retrouver tous témoins, jurés, juges, défenseur ou public dans une salle d’audience lors d’un procès final… Faut-il s’étonner que les meilleurs comédiens du film

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Johnnie To de confiance

ECRANS | Ça bouge du côté de ZoneBis… Le 3 mars, l’association accueillera Marjane Satrapi au Comœdia pour présenter son effectivement très bis The Voices et, un mois (...)

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Johnnie To de confiance

Ça bouge du côté de ZoneBis… Le 3 mars, l’association accueillera Marjane Satrapi au Comœdia pour présenter son effectivement très bis The Voices et, un mois plus tard, elle organisera une huitième édition d’Hallucinations collectives, indispensable festival de cinéma différent. Quelques lignes en ont déjà été tracées : un focus sur le cinéma italien, un coup de projecteur sur l’animation japonaise, une carte blanche à l’un des cinéastes cinéphiles les plus pointus de France, Christophe Gans, et une thématique sur l’alternative possible à l’humanité — thème assez mystérieux, il est vrai… En attendant tout cela, ZoneBis fête le nouvel an chinois à sa manière avec une nouvelle Nuit Hallucinée en hommage à Johnnie To. Seul réalisateur majeur de Hong Kong à ne pas avoir tenté l’aventure hollywoodienne, To possède une œuvre pléthorique et, il nous le confessait lui-même lors de sa venue à Lyon pour présenter Sparrow, difficile à suivre pour les spectateurs occ

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La Halle Tony Garnier a 100 ans

MUSIQUES | C'était en 1914, souvenez-vous (mais si, faites un effort) : sur une commande du maire Edouard Herriot, Tony Garnier mettait la touche finale à la fameuse (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 2 octobre 2014

La Halle Tony Garnier a 100 ans

C'était en 1914, souvenez-vous (mais si, faites un effort) : sur une commande du maire Edouard Herriot, Tony Garnier mettait la touche finale à la fameuse halle qui porte aujourd'hui son nom, censée abriter abattoirs et marché aux bestiaux. La Première Guerre mondiale en décida temporairement autrement. Réquisitionnée, elle  casernes et usine d'armement avant de retrouver sa fonction. Devenu à terme une salle de spectacles, l'endroit fête donc ses cent ans. Et c'est nous qui sommes bien contents. Déjà parce que la Halle en profitera, comme vous le savez, pour "investir" toutes les salles qui comptent à Lyon (Breton au Marché Gare le 21 novembre, Deltron 3030 au Transbordeur le 27, Owen Pallett à l’Épicerie Moderne le 6 décembre...). Mais aussi parce que la fête se prolongera en 2015 avec l'accueil de belles pointures parmi lesquelles le duo blues-rock The Black Keys (7 mars), les vieilles gloires du nu-metal System of a Down (14 mars, date unique en France qu'on espère plus calme que celle de 2005), Ennio Morricone (18

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Salaud, on t’aime

ECRANS | De Claude Lelouch (Fr, 2h04) avec Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Sandrine Bonnaire…

Christophe Chabert | Mardi 1 avril 2014

Salaud, on t’aime

En hommage à son ami Georges Moustaki — «qui vient de nous quitter», est-il dit deux fois dans le dialogue au cas où on ne serait pas au courant — Claude Lelouch fait entendre sur la bande-son de Salaud, on t’aime Les Eaux de mars. Jolie chanson qui dit le bonheur du temps qui s’écoule, de la nature et des plaisirs fugaces. Soit tout ce que le film n’est pas, torture ultime où en lieu et place de cascade, on a surtout droit à un grand robinet d’eau froide déversant les pires clichés lelouchiens sur la vie, les hommes, les femmes, l’amitié, le tout en version "vacances à la montagne". La vraie star du film, ce n’est pas Johnny, marmoréen au possible, mais un aigle que Lelouch filme sous toutes les coutures. Se serait-il découvert un caractère malickien sur le tard ? Pas du tout ! Cette fixette sur l’animal est une des nombreuses stratégies pour remplir cette interminable histoire de retrouvailles entre un mauvais père et ses quatre filles — qu’il a appelées Printemps, Été, Automne, Hiver ; Claude, arrête la drogue ! Son meilleur ami et médecin — Eddy Mitchell, tout content de faire du playback sur la scène chantée de Rio Bravo, et c’est

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La Vie sans principe

ECRANS | De Johnnie To (HK, 1h47) Avec Lau Ching Wan, Denise Ho, Richie Ren

Jerôme Dittmar | Vendredi 13 juillet 2012

La Vie sans principe

La crise de la dette filmée par Johnnie To, on ne pouvait rêver projet plus improbable. Passé l'étonnement, le dernier maître du polar honkongais pourrait bien être l'auteur idéal. Depuis longtemps, To ne cesse de bâtir son cinéma géométrique autour d'un principe de diagramme. Chez lui, tout est lié et n'est qu'une question de rapport entre les individus. La Vie sans principe vient approfondir la mathématique de ses films, pour adapter son économie (stylistique et métaphysique) au capital. Tout repose donc ici sur trois destins croisés liés à l'argent : une employée de banque sous pression, une petit malfrat courant après le fric pour son boss, un flic assistant intimement au sentiment d'effondrement général. To n'a rien perdu de sa malice, et le film joue avec une espièglerie jubilatoire de l'ironie du destin et d'un système financier aussi absurde que sans foi ni loi. Si les parties ne sont pas égales (la première, rapport ultra réaliste sur l'exploitation des petits épargnants, se révèle la plus passionnante), l'ensemble tient au final par sa description personnelle et cinglante de la crise. Puisque chez To l'interdépendance domine, sa vi

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Déflagrations burlesques

SCENES | THÉÂTRE / Avec ‘Vengeance nippone’ et ‘Human profit’, Le Spoutnik – l’une des compagnies lyonnaises les plus prometteuses – présente deux créations totalement dingues. Aurélien Martinez

Dorotée Aznar | Vendredi 25 septembre 2009

Déflagrations burlesques

Peut-on rire franchement au théâtre ? Si la question a de quoi surprendre, force est de constater que les jeunes metteurs en scène contemporains sont souvent plus enclins à rechercher d’autres types d’émotions chez le spectateur, craignant de ne pas être pris au sérieux par leurs pairs. La compagnie Le Spoutnik décide de passer outre ces réflexions existentielles pour offrir au public deux spectacles bluffants et extrêmement drôles. IIIe siècle avant notre ère, sous la dynastie des Souchong. La fille de l’empereur ne peut se résigner à épouser son promis, elle qui se pâme d’amour pour un simple serviteur. ‘Vengeance nippone’ raconte la suite : ici, on est clairement dans le rire pour le rire, ce qui n’est pas sans rappeler la feu troupe de comiques les Robins des bois. Le metteur en scène Rémy Piaseczny a créé un univers déglingué pétri de références cinématographiques et littéraires, la pièce devenant une série B théâtrale et musicale de haute tenue qui séduit par son exigence. Le tout sans jamais tomber dans le graveleux ou la facilité (même si on conçoit que les plus réfractaires à l’humour gros sabots puissent rester dubitatifs). «Mon petit Denis»Changement radical

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Sparrow

ECRANS | Nouvel opus dans la filmographie du prolifique Johnnie To, «Sparrow» est une comédie avec des pickpockets dedans, une œuvre mineure que le cinéaste semble avoir tourné pour le plaisir d’un morceau de bravoure final effectivement époustouflant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 27 mai 2008

Sparrow

Lors de sa venue en France en février dernier, Johnnie To avait décrit Sparrow comme un film politique sur le déclin architectural de Hong-Kong. On le croit sur parole, mais on défie quand même le cinéphile, et même le sinophile le plus pointu, de saisir où cette tentation pamphlétaire est allée se nicher dans le film. Certes, la ville est omniprésente dans les séquences, actrice à part entière de la mise en scène (et notamment ses étonnantes rues en pente), mais ce que l’on voit surtout, ce sont les manigances de quatre pickpockets d’opérette, officiant avec des lames de rasoirs pour tailler les costards et récupérer ainsi quelques portefeuilles sans se faire gauler. Les quatre brigands vont tomber sur un gros bonnet, un ex-as de la fauche devenu parrain tranquille de la métropole, et sur sa petite amie, dont le plus ingénieux de tous s’entiche, ne voyant pas que c’est elle qui le mène par le bout du nez. Fais comme l’oiseau…Dès le générique, Johnnie To fait vite comprendre au spectateur que, loin de ses opéras urbains les plus sombres (PTU, Election ou le récent Mad Detective), c’est une légèreté ensoleillée après laquelle il court. À l’image du moineau qui donne son

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L'Ange de la vengeance

ECRANS | ABEL FERRARA Aquarelle/Seven 7

Dorotée Aznar | Jeudi 27 mars 2008

L'Ange de la vengeance

Deuxième film d'Abel Ferrara, pas encore sorti des bas-fonds new-yorkais qui irriguent l'oppressante première partie de son œuvre, L'Ange de la vengeance possède le cachet cheap et sale d'un cinéma tourné à l'arraché, à l'énergie mais avec une sincérité sans faille. Le titre original Ms. 45 (rien à voir, rassurez-vous, avec l'horrible MR 73 !) dit mieux que son emphatique traduction française de quoi le film retourne : une demoiselle sourde et muette nommée Thana (comme Thanatos : attention, symbole !), se fait violer deux fois dans la même journée, mais bute son dernier agresseur puis récupère le magnum 45 avec lequel il la menaçait. Elle se transforme alors en justicière nocturne, flinguant sauvagement tout ce qui porte couilles et se montre un peu entreprenant avec la gente féminine. De la névrosée fragile à la névropathe déterminée, de la vierge effrayée à l'archange exterminant toute trace de sexualité (c'est déguisée en nonne qu'elle orchestre le carnage final), la transformation de Thana est aussi la métamorphose de son actrice, Zoé Tamerlis, qui retravaillera avec Ferrara pour le scénario de Bad Lieutenant, avant de connaître une overdose fatale. Faisant apparaître progress

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La méthode To

ECRANS | Johnnie To, en visite à Lyon entre deux sorties de films pour inaugurer la rétrospective que lui consacre l'Institut Lumière, revient sur une filmographie complexe et labyrinthique où l'on passe de manière déroutante de l'expérimentation osée au plaisir mineur. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mardi 11 mars 2008

La méthode To

Mad detective, co-réalisé avec son partenaire et associé Wai Ka-Fai, à peine sorti sur les écrans lyonnais, et déjà se profile le nouveau Johnnie To, annoncé fin avril. Sparrow va de nouveau dérouter les admirateurs du cinéaste qui ne se sont jamais remis de The Mission, PTU ou des deux volets d'Election. C'est une comédie avec un vague prétexte mafieux où quatre pickpockets Pieds Nickelés tombent sur plus fort qu'eux, un vieux de la vieille devenu parrain du racket à Hong-Kong, le tout pour les beaux yeux d'une jolie fille un peu victime et un peu complice de ce manège criminel. C'est le genre d'objets mineurs dont Johnnie To est aujourd'hui capable entre deux grands films ; le regard du cinéaste y semble tout entier focalisé sur une scène finale effectivement époustouflante, un ballet de pickpockets sous la pluie et au ralenti, où les lames de rasoir sont comme la métaphore du montage souverain orchestré par le cinéaste. «C'est un film sur ma nostalgie de l'ancien Hong-Kong, celui de mon enfance» explique Johnnie To. «C'est aussi un hommage aux Parapluies de Cherbourg...» L'analogie est poussée jusqu'à une surprenante considération politique : «Le gouvernement actue

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Mad Detective

ECRANS | de Johnnie To et Wai Ka-Fai (HK, 1h29) avec Lau Ching-Wan, Kelly Lin…

Dorotée Aznar | Vendredi 29 février 2008

Mad Detective

La relative déception occasionnée par ce thriller métaphysique mérite quelques éclaircissements. Johnnie To est l’auteur des polars hongkongais parmi les plus originaux et emballant de la décennie écoulée. Quasiment à lui seul, il tient les rênes de ce qui reste de l’industrie cinématographique de l’archipel, à la tête de sa société Milky Way. Une omniscience (à l’image de celle de Tsui Hark dans les années 80 / 90) qui ne manque pas d’entraîner des redites, des redondances dans sa propre filmographie, comme peut en témoigner ce Mad Detective. Le script (un flic extralucide, grillé pour ses méthodes peu orthodoxes, retourne aux affaires pour enquêter sur un meurtre non élucidé) devient peu à peu une relecture ramassée de son précédent Running on Karma, la partie policière de l’intrigue fait des clins d’œil très appuyés à PTU… Le tout dans une forme lissée – tout du moins par rapport aux expérimentations esthétiques et narratives auxquelles ce cinéaste d’exception nous avait habituées. La vision de Mad Detective n’en devient pas pour autant pénible, mais à force d’user de références, Johnnie To et son fidèle co-réalisateur Wai Ka-Fai nous donnent la désagréable sensat

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La Vengeance dans la peau

ECRANS | De Paul Greengrass (ÉU, 1h51) avec Matt Damon, Joan Allen...

Christophe Chabert | Mercredi 19 septembre 2007

La Vengeance dans la peau

Paul Greengrass ne s'embarrasse pas d'un quelconque résumé des épisodes précédents. La première scène fait directement suite à l'ultime séquence de La Mort dans la Peau, et donne le ton, paranoïaque, crépusculaire. Jason Bourne/David Webb est donc à Moscou, la police à ses trousses. Il a beau connaître désormais sa réelle identité, il lui reste tout de même à savoir quelles furent les raisons qui le poussèrent à devenir un assassin d'élite et, simple routine, à échapper aux opérateurs omniprésents de la CIA, dont les pontes le considèrent toujours comme une menace. Des bouquins de Robert Ludlum, on sait qu'il ne reste plus grand chose, si ce n'est que la psyché et la quête identitaire du personnage principal se sont vues retournées de fond en comble par Doug Liman mais surtout par Paul Greengrass, ce dernier parvenant in fine, via de subtiles touches acides disséminées ça et là (guettez le moindre détail), à métamorphoser une saga littéraire cocardière en films (doucement) contestataires. Le réalisateur de Bloody Sunday et de Vol 93, en bon fan de La Bataille d'Alger, prend visiblement un malin plaisir à se jouer de l'espace et de la t

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