Blanc comme neige

ECRANS | De Christophe Blanc (Belgique, 1h35) avec François Cluzet, Olivier Gourmet, Louise Bourgoin

Dorotée Aznar | Vendredi 12 mars 2010

Le thriller starring François Cluzet, presque un genre en soi. Avec toujours un peu les mêmes personnages et motifs, de vagues décalques naissant de ce corps nerveux au regard naïf et idéalement dépassé par les événements. Ce qu'a bien compris Christophe Blanc qui, en se reposant, trop, sur cette Cluzet touch, en oublie de blinder les enjeux de son scénario. Peu importe alors que son récit se déploie en cascade stylisée d'accidents ou qu'il évoque de loin les frères Coen (le talent en moins). Pas facile de s'attacher à son personnage d'homme candide, enlisé en famille dans une spirale meurtrière pour sauver son standing de nouveau riche. En prenant l'argent comme seul leitmotiv, renversé lors d'un twist hélas tardif, Blanc camoufle mal sa petite vision du monde. JD

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Graine de discorde : "L'Enfant rêvé" de Raphaël Jacoulot

Drame | Un drame passionné aux accents ruraux avec Jalil Lespert.

Vincent Raymond | Vendredi 9 octobre 2020

Graine de discorde :

À la tête de la scierie jurassienne familiale, François et Noémie luttent chaque jour pour leur entreprise comme pour leur couple, infécond. Mais voilà que François entame une liaison clandestine avec Patricia, une cliente par ailleurs mariée. Celle-ci va tomber enceinte… Le drame passionné en gestation, aux accents ruraux (et musicaux) de La Femme d’à côté, est hélas rattrapé par une triste prévisibilité lorsqu’à la trame sentimentale s’ajoutent des enjeux plus terre à terre. Le personnage de François ressemble alors une foultitudes de protagonistes masculins vus ici ou là ces dernières années, embringués dans des histoires vaguement similaires (entreprise à sauver avec patriarche emmerdeur dans le terroir/couple en déroute/histoire de fesses) ; à croire que cette situation tient du lieu commun, et que Jalil Lespert se substitue ici à Guillaume Canet ou Gilles Lelouche en chemise à carreaux. Restent les paysages du Jura filmés par drone… L'Enfant rêvé ★★☆☆☆ Un film de Raphaël Jacoul

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Antoine Russbach : « L’espace cinématographique nous renvoie à nos responsabilités collectives »

3 questions à... | Antoine Russbach signe avec Ceux qui travaillent (présenté à Avignon et Gérardmer) l’un des premiers films francophones les plus percutants de l’année, où il expose en pleine lumière les coulisses du système capitaliste. À voir pour dessiller les consommateurs !

Vincent Raymond | Mardi 24 septembre 2019

Antoine Russbach : « L’espace cinématographique nous renvoie à nos responsabilités collectives »

Quel est le point de départ de ce film ? Antoine Russbach : Au départ, ce film s’inscrivait dans un projet plus vaste, beaucoup trop compliqué et trop cher pour un premier film : Ceux qui travaillent, ceux qui combattent et ceux qui prient, reprenant l’ordre de la société médiévale — ceux qui travaillent étant le tiers-état, les paysans ; ceux qui combattent, la noblesse et puis ceux qui prient le clergé s’occupant de notre âme. Je l’ai scindé en trois et donc ce film se pose la question de qui, aujourd’hui, nous nourrit. Je suis parti de la chaîne de distribution logistique de biens, la manière que l’on a de consommer aujourd’hui. La particularité, c’est que ça parle du travail dans sa finalité avec un personnage d’une classe sociale élevée qui représente le modèle de réussite que l’on peut avoir naïvement dans notre société et qui contient quelque chose de défaillant. ll serait clairement coupable Toutes les décisions que prend votre personnage semblent répondre à une logique pragmatique — même si elles peuvent paraître absurdes, voire inhumaine

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La gueule de l’emploi : "Ceux qui travaillent"

Kapital | Premier arrivé, dernier parti ; costume cravate, droit comme un i… Frank a tout du cadre modèle dans la société de fret maritime où il a gravi tous les échelons. Mais une décision coupable lui vaut d’être licencié. Lui qui se pensait pour toujours dans le camp des vainqueurs va vaciller…

Vincent Raymond | Mardi 24 septembre 2019

La gueule de l’emploi :

Précipité d’économie, de chronique sociale et d’éthique cristallisé en une fiction tragiquement réelle, ce premier long-métrage électrifiant fait d'un Olivier Gourmet marmoréen (et magistral, comme à l’accoutumée) le bras armé du capitalisme sans état d’âme — pléonasme. Antoine Russbach ayant de surcroît l’adresse de ne pas tomber dans le piège du manichéisme, le personnage de Frank gagne en épaisseur humaine au fur et à mesure de sa déchéance et de ses rechutes, puisqu’il comprend être aussi la victime du système dont il se croyait seulement bénéficiaire — “profiteur“ serait plus exact. On le hait en le plaignant à la fois, en particulier lorsqu’il constate la fragilité de sa “réussite” reposant sur le fait qu’il est un tiroir-caisse pour toute sa famille. Exception faite de sa plus jeune fille, encore épargnée par la fièvre consumériste. Et puis Ceux qui travaillent prend à son dernier tiers un chemin dérangeant pour le spectateur, plongeant crûment dans les coulisses des marchés de gros alimentant le confort occidental. Russnach promène alors sa caméra en documentariste, guidé par

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Encore un peu plus à l’ouest : "Nous finirons ensemble"

Comédie dramatique | De Guillaume Canet (Fr, 2h15) avec François Cluzet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Encore un peu plus à l’ouest :

Dix ans après l’été maudit qui vit périr l’un des leurs, le groupe d’amis du Cap Ferret s’est disloqué. Sous l’impulsion d’Éric, ils se retrouvent tous pour célébrer les 60 ans de Max. Or celui-ci, sur le point de vendre sa maison, goûte guère la surprise… On prend les mêmes et on continue en suivant la recette : faire fermenter dans une résidence de nabab émirati ou de milliardaire texan un groupe “d’amis“ aux égos hypertrophiés se mesurant la longueur du portefeuille pour savoir qui sera le nouveau mâle alpha de la bande. Fatalement, il faut s’attendre à du combat de coqs. Quand ils en ont le temps, certains et certaines de ces quadra adulescents pensent (un peu) aux autres. Pas forcément à leurs enfants — ces boulets d’arrière-plan décoratif conservés en cas de nécessité dramatique — ; plutôt à la planète le temps d’un couplet fédérateur dans l’air du temps. Ces personnages seraient faits pour être raillés, on souscrirait volontiers. Mais non : il faut les aimer pour leurs “blessures“, conséquences de leur égoïsme et de leur arrogance aveugle. Des liens profonds unissant Canet

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Le doute à l’ombre : "Une intime conviction"

Procès | De Antoine Raimbault (Fr, 1h50) Avec Marina Foïs, Olivier Gourmet, Laurent Lucas…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Le doute à l’ombre :

Accusé d’avoir tué sa femme, Jacques Viguier se terre dans un mutisme coupable. Nora le croit si viscéralement innocent qu’elle convainc Me Dupond-Moretti de le défendre, se dévouant sans relâche pour trouver des preuves le disculpant, au risque de polluer la procédure par son action… Il est peu fréquent sous nos latitudes de voir une affaire judiciaire aussi promptement adaptée sur les écrans français, et ce en conservant les noms des protagonistes. Le fait que le réalisateur ait été proche du dossier n’y est pas étranger, mais ne doit rien enlever aux mérites de ce qui constitue son premier long-métrage. Un film de procédure et de prétoire répond en effet à un strict protocole : il se doit de reproduire la théâtralité de la liturgie judiciaire tout en intégrant son jargon et ses pesanteurs — qui en amenuisent sérieusement la dramaturgie. Raimbault use d’un “truc“ pour dynamiser son film : l’invention de Nora, investigatrice parallèle, agissant comme les auxiliaires de la défense dans le monde anglo-saxon. Son action sur la narration (et globalement positive sur le verdict) repo

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Naissance d’un nouveau nez : "Edmond"

Pif parade | De et avec Alexis Michalik (Fr, 1h50) avec également Thomas Solivérès, Olivier Gourmet, Mathilde Seigner…

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Naissance d’un nouveau nez :

Malgré la présence de Sarah Bernhardt, la dernière pièce d’Edmond Rostand a été un four cuisant. Deux ans plus tard, il a l’occasion de se refaire… s’il signe en trois semaines une comédie épique pour l’illustre comédien Coquelin. Seul le titre est trouvé : Cyrano de Bergerac… Éloge de la mise en abyme : la pièce racontant l’histoire du plus grand succès théâtral de l’Histoire a connu un tel succès qu’elle a été transposée au cinéma. L’heureux jeune dramaturge de ce triomphe contemporain, Alexis Michalik, s’est même vu confier le soin de signer la réalisation de ce qui ce trouve être son premier long-métrage. À l’auteur, l’industrie cinématographique confiante — en attendant d’être reconnaissante ? Sans minimiser leur investissement, reconnaissons que les producteurs jouent sur du velours : le prestige des planches est double (grâce à la référence patrimoine et la tournée toujours en cours), la distribution extra-large et le style de nature à n’effrayer personne : non point une qualité française, mais une facture charentaise - puisqu’il a été en compétition au festival d

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Astre déchu : "Un Peuple et son roi"

Le Film de la Semaine | Dans cette fresque révolutionnaire entre épopée inspirée et film de procédure, Schoeller semble fusionner Versailles et L’Exercice de l’État, titres de ses deux derniers long-métrages de cinéma. Des moments de haute maîtrise, mais aussi d’étonnantes faiblesses. Fascinant et bancal à la fois.

Vincent Raymond | Lundi 24 septembre 2018

Astre déchu :

1789. La Bastille vient de tomber, et le Roi quitte Versailles après avoir signé la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen soumise par l’Assemblée. Dans les rues de Paris, la famille d’un souffleur de verre est portée par ce vent d’espérance. Et si le peuple avait enfin voix au chapitre ? Moment clef de notre histoire, tournant civilisationnel du fait de sa résonance sur les nations voisines, de son potentiel dramatique et de ses conséquences contemporaines, la Révolution française constitue un morceau de choix pour tout amateur de geste épique, de combats d’idées et d’élans tragiques. Filmer l’exaltation d’une guerre civile éclatant sous l’auspice des Lumières et la conquête de la liberté par le peuple a déjà galvanisé Gance, Guitry ou Renoir. Comme eux, Schoeller rallie ici la quintessence des comédiens de son époque : le moindre rôle parlé est donc confié à un ou une interprète de premier plan. Le défilé en est étourdissant, mais pas autant que celui des députés ayant à se prononcer par ordre alphabétique de circonscription et à haute voix sur la mort de Louis XVI dans une séquence aussi édifiante que ca

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Chienne de guerre ! : "Le Collier rouge"

Pacifiste | de Jean Becker (Fr, 1h23) avec François Cluzet, Nicolas Duvauchelle, Sophie Verbeeck…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Chienne de guerre ! :

1919. L’officier Lantier doit instruire le dossier de Morlac, un héros de guerre accusé d’un mystérieux crime contre la Nation. Pendant qu’un chien aboie sans cesse hors de la caserne où le prévenu est retenu, Lantier cherche à comprendre et, pourquoi pas, à obtenir son élargissement… De Jean Becker, on espère encore la sécheresse et la sensualité d’un Été meurtrier ; hélas, depuis Les Enfants du marais, il semble préférer les crépuscules du passé ou d’un présent vitrifié. Parfois, cela donne des moments de grâce (le tendre La Tête en friche) ; parfois de fausses bonnes idées. Tel ce film-dossier montant tout une mayonnaise autour d’un acte que des yeux contemporains jugeront insignifiant de banalité. Car jamais il ne leur est permis d’épouser le regard de l’époque, ni de s’installer dans la mentalité d’alors. L’emboîtement des récits, la romance et la politique se marchent sur les pieds au point de se faire trébucher ; quant aux personnages, il n’ont pas le temps d’être incarnés dans leurs profondeurs

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À poil les culs terreux ! : "Normandie Nue"

Comédie mal fagotée | de Philippe Le Guay (Fr, 1h45) avec François Cluzet, Toby Jones, François-Xavier Demaison…

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

À poil les culs terreux ! :

Pour attirer l’attention du monde entier sur sa commune où les éleveurs et paysans n’en finissent plus de crever à petit feu, le maire Balbuzard accepte la proposition d’un artiste américain souhaitant photographier ses concitoyens nus dans un champ. Il lui reste juste à les convaincre… Transposer la démarche de Spencer Tunick sur une communauté en pleine lutte sociale, voilà qui aurait pu faire un bon Ken Loach. Sauf que c’est un Le Guay. Et que le cinéaste français a des ambitions de téléfilm, préférant à une comédie à enjeu dramatique des plans brumeux bucoliques, une surabondance de protagonistes vêtus de chemises à carreaux et des sous-intrigues de clocher éculées. Certes, pour la caution sociale, il glisse bien de-ci de-là une allusion aux cours de la viande, à la concurrence germano-roumaine, aux grandes surfaces, à l’usage des produits phytosanitaires, mais cela pue l’alibi comme une fosse à purin. Le Guay semble avoir en outre la même vision étriquée de la campagne que le personnage du néo-rural — un pubard parisien, interprété par Demaison

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Troquées : "L’Échange des princesses"

ECRANS | de Marc Dugain (Fr, 1h40) avec Lambert Wilson, Olivier Gourmet, Anamaria Vartolomei… (sortie le 27 décembre)

Vincent Raymond | Mardi 19 décembre 2017

Troquées :

Pour asseoir son pouvoir, le régent Philippe d’Orléans ourdit la double union d’un Louis XV de onze ans avec la malheureuse Infante d’Espagne de quatre ans, et de sa fille avec l’héritier d’Espagne. Mais hélas, aucun des deux mariages ainsi arrangé n’est heureux… Derrière la caméra, ce sont les noces entre le cinéaste-écrivain Marc Dugain et sa coscénariste autrice du roman, Chantal Thomas que l’on célèbre. Et elles sont fécondes : rarement récit historique fut rendu avec autant de finesse, de réalisme et cependant de liberté(s). L’un des derniers à nous avoir immergé aussi exactement dans les bouillonnements du XVIIIe siècle était Benoît Jacquot avec Les Adieux à la Reine, également adapté de… Chantal Thomas. Conte absurde où des enfants sont tout à la fois déifiés et traités comme des marionnettes, L’Échange des princesses montre l’ambition des uns, la bigoterie des autres

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Graine de coco : "Le Jeune Karl Marx" de Raoul Peck

Biopic | de Raoul Peck (All-Fr-Bel, 1h58) avec August Diehl, Stefan Konarske, Vicky Krieps, Olivier Gourmet…

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

Graine de coco :

1844. Chassé d’Allemagne pour ses écrits jugés subversifs, le jeune Karl Marx s'expatrie à Paris avec son épouse Jenny. Au même moment à Londres, le jeune Engels s’insurge contre son père industriel et exploiteur. La rencontre entre Marx et Engels va accoucher d’une nouvelle doctrine… Raoul Peck se ferait-il une spécialité de dresser les portraits des grandes figures politico-morales progressistes ? Après son très récent documentaire consacré à James Baldwin (I am not your Negro) et surtout son Lumumba (2000) qui ressuscitaient des visages méconnus du grand public, le cinéaste haïtien braque ici sa caméra sur le totem rouge par excellence. Ce biopic polyglotte à hauteur “d'honnête d’homme”, en cela certainement fidèle au contexte de l’époque, ne sacralise pas le philosophe en le renvoyant régulièrement à ses contingences physiques (sexe, faim…) et matérielles — ce qui est, somme toute, d’une grande logique concernant le théoricien du matérialisme. Karl est un corps massif, qui use de sa présence pour asseoir ses idées. Si son am

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J’aurai ta peau ! : "L'un dans l'autre" de Bruno Chiche

ECRANS | de Bruno Chiche (Fr, 1h25) avec Louise Bourgoin, Stéphane De Groodt, Pierre-François Martin-Laval…

Vincent Raymond | Mardi 19 septembre 2017

J’aurai ta peau ! :

Amants, Pierre et Pénélope sont mariés chacun de leur côté. Enfin, pas Pénélope, qui va épouser Éric, l’ami et collègue de Pierre. Ce dernier le prend mal mais obtient un ultime rendez-vous, à l’issue duquel, tada ! chacun se retrouve dans le corps de l’autre. Définitivement. De Blake Edwards à Audrey Dana (…), la liste des réalisat·eurs·rices désireux de tâter du body swap ne cesse de s’allonger. En général, c’est pour le plaisir de se frotter à un ressort comique bien particulier : faire en sorte que la dame découvre (puis joue avec) ses bijoux de famille masculins — et réciproquement. Une fois qu’on a réglé la chose, comment occuper les 1h15 restantes ? Facile : il suffit de coller du bourgeois néo-defunèsien, des portes qui claquent, des décors de studio, de l’homosexualité honteuse comme dans les années 60 (de quel siècle ?) et un p’tit drame intime de société “concernant” en forme de désir d’adoption. On éprouve une peine sincère pour Stéphane De Groodt, qui a accumulé les films ces derniers mois, mais pas franchement les réussites. Savoir écrire

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"Grand froid" de Gérard Pautonnier : cadavre en cavale

ECRANS | de Gérard Pautonnier (Fr-Bel-Pol, 1h26) avec Jean-Pierre Bacri, Arthur Dupont, Olivier Gourmet, Fedor Atkine…

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

L’entreprise funéraire d’Edmond Zweck ne devrait pas connaître la crise. Mais dans sa petite bourgade au nord de nulle part, personne ne meurt. Sur le point de licencier son fidèle Georges et son apprenti Eddy, il récupère un défunt. Hélas, les obsèques vont tourner au désastre… Distribution de prestige pour cette comédie d’humour noir-givré, rappelant à bien des égards cette frange de cinéma nordique qui joue sur l’absurdité découlant de la dilatation du temps : chez Roy Andersson, van Warmerdam, Kaurismäki, mais aussi les Coen de Fargo, quand le dérisoire devient par la contemplation forcenée un inépuisable réservoir d’extraordinaire et l’incongru totalement banal — tel le restaurant asiatique, inattendu dans ce décor. Si l’insolite surgit pour faire pivoter l’histoire vers un burlesque macabre, il reste des non-dits tout aussi porteurs de bizarrerie dérangeante (en témoignent les relations troubles “unissant” le prêtre à ses enfants de chœur). Il faut toutefois accepter le rythme traînant du début, parce qu’il participe pleinement de l’écriture comique. Pauton

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"Sous le même toit" : objectif nul

ECRANS | de Dominique Farrugia (Fr, 1h33) avec Gilles Lellouche, Louise Bourgoin, Manu Payet…

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Delphine et Yvan divorcent. Fauché, ce dernier revendique les 20% de la demeure familiale qu’il possède, et les occupe, histoire d’avoir en permanence un œil sur son ex. Ce sont leurs enfants, ignorés, qui en auront assez de cette scabreuse situation. Difficile de rire avec, de ou grâce à ce personnage immature exerçant un chantage afin de maintenir son emprise sur la vie privée de son ancienne épouse : ce type de possessivité pathologique et de perversité narcissique aurait davantage sa place dans un thriller. Difficile également de ne pas être écœuré par la vulgarité diffuse dégagée par cet étalage de fric, de jalousie mesquine, de testostérone satisfaite et de machisme graveleux. Et si à la toute fin, Farrugia tente de donner du sens à son (involontairement) dramatique comédie en abordant le sujet du harcèlement scolaire, c’est peu dire que le sujet tombe comme un cheveu sur la soupe. Bien que raté, L’Économie du couple (construit sur une trame immobilière proche), avait au moins le bon goût de ne pas sombrer dans un pareil pathétique.

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"Le Secret de la chambre noire" : un spectre argentique

ECRANS | Jeune homme sans histoire, Jean devient l’assistant de Stéphane, photographe miné par le décès de son épouse et vivant seul dans sa propriété avec sa fille (...)

Julien Homère | Jeudi 16 mars 2017

Jeune homme sans histoire, Jean devient l’assistant de Stéphane, photographe miné par le décès de son épouse et vivant seul dans sa propriété avec sa fille Marie. Au cours des multiples séances où elle sert de modèle, Jean réalise l’amour qu’il lui porte et la nécessité pour eux de quitter ce lieu toxique. S’entourant d’interprètes français solides comme Gourmet et Rahim, Kiyoshi Kurosawa construit un récit non dénué de finesses psychologiques et formelles, mais qui passe après un (trop) grand héritage gothique sur le fantôme et son reflet. Le film tente de se démarquer par un point de vue plus naturaliste qui, malheureusement, s’essouffle dans le troisième acte par manque d’émotion et d’intensité. La retenue formelle empêche toute immersion et ne reste qu’en surface d’une histoire qui aurait mérité plus de passion, de rage et de désespoir. Le Secret de la Chambre Noire de Kiyoshi Kurosawa (Fr, Be, Jap, 2h11) avec Tahar Rahim, Constance Rousseau, Olivier Gourmet…

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Kiyoshi Kurosawa : « je filme en ressentant. »

Entretien | Quand Kiyoshi Kurosawa pose sa caméra en France, il emporte avec lui les spectres de son cinéma intime. Explications d’une relation entre un pays et un univers se contaminant mutuellement.

Julien Homère | Mercredi 15 mars 2017

Kiyoshi Kurosawa : « je filme en ressentant. »

Est-ce que les fantômes dans ce film français sont les mêmes que les japonais ? Kiyoshi Kurosawa : Il y a exactement les mêmes fantômes et d’autres qui sont totalement différents. Dans le film, dés l’introduction, le personnage de la mère est le genre de fantôme que l’on voit dans les films qui font peur, notamment les films d’horreur japonais traditionnels. Ce qui est nouveau, c’est le personnage de Marie [Constance Rousseau, NDLR] qui n’était pas un fantôme au départ, mais l’est devenue. Cela ouvre un nouveau drame avec un personnage différent. Cette manière de représenter les fantômes est un challenge car elle ne se fait pas du tout dans l’horreur japonaise ou dans le cinéma de genre mondial en général. C’est vrai que mes films s’inscrivent dans le genre horreur. Et j’ai commencé à avoir envie de ne pas seulement représenter la peur dans les fantômes, mais aussi d’autres facettes de l’être humain, plus sensibles. Comment expliqueriez-vous la dialectique entre les photographies et les fantômes ? Je filme en ressentant. Lorsqu’on regarde un film ou une photographie, ça appartient au pass

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"La Mécanique de l'ombre" : Affaires intérieures

ECRANS | de Thomas Kruithof (Fr-Bel, 1h33) avec François Cluzet, Denis Podalydès, Sami Bouajila…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Solitaire, chômeur et buveur repenti, un comptable est recruté par un discret commanditaire pour retranscrire à la machine à écrire des écoutes téléphoniques enregistrées sur cassettes magnétiques. Sans le savoir, il va pénétrer dans les sordides coulisses de l’appareil d’État… Un thriller politique s’inscrivant dans le contexte de ces officines supposées gripper ou fluidifier les rouages de notre république, bénéficie forcément d’un regard bienveillant. Pas parce qu’il alimente la machine à fantasmes des complotistes — fonctionnant sans adjonction de carburant extérieur — mais parce qu’elles recèlent autant de mystères et d’interdits que les antichambres du pouvoir américaines, si largement rebattues. Comme un creuset où se fonderaient entre elles les affaires Rondot, Squarcini, Snowden et Takieddine, cette première réalisation de Thomas Kruithof est à la fois très concrète et pétrie de symboles (tel celui du puzzle, l’objet fétiche du héros ; une structure complexe rendue inopérante dès lors que la plus misérable pièce fait défaut). Esthétiquement composé en Scope, ce film à la lisière de l’enquête intérieure et de l’actualité rappelle aut

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François Cluzet : « Le rôle de l’interprète, c’est uniquement d’être vivant »

3 questions à... | La Mécanique de l’ombre est aussi l’occasion d’explorer celle du comédien en compagnie de François Cluzet. Cours magistral sur son métier qu’il résume ainsi : « Un acteur, c’est d’abord un corps dans une situation. »

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

François Cluzet : « Le rôle de l’interprète, c’est uniquement d’être vivant »

Comment ressent-on la question de la surveillance d’une manière générale lorsqu’on exerce un métier où l’on est constamment scruté ? François Cluzet : À dire vrai, je ne m’occupe pas trop d’être scruté ; c’est le problème des spectateurs. Nous, les acteurs, on est des exhibitionnistes ; il faut qu’on se se méfie du narcissisme, de l’ego hypertrophié. Le rôle de l’interprète, c’est uniquement d’être vivant — j’ai beaucoup réfléchi à cela parce que je suis passionné et que j’essaie de faire mon boulot le mieux possible. Alors, depuis très longtemps, je ne joue plus : j’essaie de vivre les situations sans ramener mon grain de sel. Bien sûr, elles sont vécues sur commandes, car reliées au script, mais finalement j’aime bien cette idée. Longtemps ça m’a fait peur, je pensais qu’il ne se passerait rien. Je me suis rendu compte que c’était le contraire. Je me sens proche de cet acteur américain à qui un metteur en scène avait demandé s’il pouvait jouer plus expressif, et qui avait répondu : « — Non, mais toi tu peux rapprocher un peu plus ta caméra. » (rires) Quelles sont les exigences d’un tel rôle ?

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Médecin de campagne

ECRANS | Porté par le succès d’Hippocrate, chronique du monde impitoyable des carabins et des mandarins, le Dr Lilti renouvelle son ordonnance dans l’univers des blouses blanches en se focalisant sur un malade très singulier, puisqu’il prend soin des autres.

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Médecin de campagne

Pour ouvrir Le Samouraï (1967), Melville avait choisi une citation prétendument extraite du bushido : « Il n'y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï. Si ce n'est celle d'un tigre dans la jungle… Peut-être… » Toutes proportions gardées, cette sentence pourrait s’appliquer au personnage de Jean-Pierre, ici incarné par François Cluzet. Taiseux, déterminé, porté par un sens de sa mission confinant à l’apostolat (et longeant les lisières de la fierté orgueilleuse), le médecin de campagne, s’il est l’ultime avatar du sorcier ou druide au sein de sa communauté, tient aussi du rōnin : un fauve inflexible prêt à lutter et de préférence sans secours jusqu’au terme de ses forces. Thomas Lilti ne va pas jusqu’à transformer son portrait de toubib en ferraillerie — le scalpel ou l’abaisse-langue se substituant au katana. Il dépeint bien, en revanche, l’obstination d’un homme dans toutes ses nuances : en proie à des combats stériles et vains (son refus initial de se soigner), préservant à tout crin le droit de ses ouailles à bénéficier de traitements adaptés, même s’ils s’écartent des pratiques orthodoxes. L’on pourrait aussi parler d’u

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Les Chevaliers blancs

ECRANS | S’inspirant de l’affaire de l’Arche de Zoé, Joachim Lafosse confie à un Vincent Lindon vibrant un rôle d’humanitaire exalté prêt à tout pour exfiltrer des orphelins africains. L’année 2016 pourrait bien être aussi faste que la précédente pour le comédien récompensé à Cannes avec "La Loi du marché".

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Les Chevaliers blancs

Qu’il situe ses histoires dans le cadre intime d’une famille en train de se disloquer (Nue Propriété, À perdre la raison) ou, comme ici, au sein d’un groupe gagné par le doute et miné par les tensions, Joachim Lafosse suit film après film des shémas psychologiques comparables : il décrit des relations excessives, où un dominateur abusif exerce une subjugation dévastatrice sur son entourage. Cette figure charismatique n’est pas toujours ab initio animée d’intentions malveillantes : le personnage que joue Lindon dans Les Chevaliers blancs est mu par une mission humanitaire qu’il considère comme supérieure à toute autre considération, toute contingence, y compris la sécurité des membres de son équipe. La poursuite orgueilleuse de son idéal va le faire glisser dans une spirale perverse. Hors de tout manichéisme, Lafosse ne réduit pas ce mentor déviant aux seuls effets de sa malignité : sans chercher à l’exonérer, il le montre dévoré par de sincères souffrances ; pareil au Drogo du Désert des Tartares, écrasé par la chaleur, l’attente, l’impatience — plus éprouvé et manipulé en s

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L’Odeur de la mandarine

ECRANS | ​Une veuve et un mutilé de la Grande Guerre contractent un arrangement matrimonial dont chacun tire un avantage égal… jusqu’à ce que l’asymétrie des sentiments perturbe la donne. Avec ce double portrait de cœurs et de corps meurtris, Gilles Legrand signe son meilleur film.

Vincent Raymond | Mercredi 30 septembre 2015

L’Odeur de la mandarine

1918. Alors que les combats se poursuivent, Angèle arrive avec sa fille au château de Charles, un officier amputé d’une jambe. Infirmière, elle a elle-même perdu son compagnon au front. Entre Angèle et son patient, une relation de camaraderie puis de complicité se noue, au point que le militaire, sans famille — tout en sachant qu’elle ne l’aime pas —, lui propose de l’épouser et de faire de sa fille son héritière. Ils établissent alors un protocole d’accord laissant à l’épousée une liberté peu fréquente pour l’époque. Mais leur entente finit par se fissurer, d’autant qu’un déserteur à l’animalité exacerbée a fait irruption dans leur entourage… Il s’est passé quelque chose dans le cinéma de Gilles Legrand ; comme un électrochoc lui donnant l’impulsion de dépasser le classicisme très "qualité française" de ses réalisations précédentes (Malabar Princess, La Jeune Fille et les Loups et Tu seras mon fils) pour atteindre un niveau de gravité et de grâce jusqu’à présent inégalés. Peut-être l’envie d’oser, tout simplement ; une envie que ce producteur connaît déjà lorsqu’il s’engage dans des projets aussi insolites que le documentaire abstrai

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Jamais de la vie

ECRANS | De Pierre Jolivet (Fr, 1h35) avec Olivier Gourmet, Valérie Bonneton…

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Jamais de la vie

Courant manifestement après sa veine de polar social dont le sommet — et un de ses plus gros succès — reste Fred avec Vincent Lindon, Pierre Jolivet est allé débaucher Olivier Gourmet pour incarner ce gardien de nuit, ex-taulard et ex-syndicaliste revenu de tout, observant avec fatalisme la crise lui dérober ses dernières illusions et découvrant qu’un casse se prépare dans l’hyper qu’il doit surveiller. Gourmet est formidable, évidemment, mais le film, pour ainsi dire, ne le mérite pas. On aura rarement vu scénario aussi pépère et mise en scène aussi manifestement sous Lexomil ; c’est bien simple, n’importe quel épisode de série télé française a aujourd’hui plus conscience de la nécessité d’insuffler rythme et tension à son récit. Mais Jolivet préfère engourdir l’ensemble, histoire de bien faire passer ses messages politico-sociaux ; sauf que, lorsqu’il s’agit de peindre la banlieue et son quotidien, il ne se rend même pas compte qu’il conforte les clichés au lieu de les renverser — ici, les jeunes des quartiers, même gentils et serviables, restent des petits délinquants. Mais on n’a même pas envie de lui chercher des noises sur ce terrain-là ; on a

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Terre battue

ECRANS | De Stéphane Demoustier (Fr, 1h35) avec Olivier Gourmet, Charles Merienne, Valeria Bruni Tedeschi…

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

Terre battue

Viré de son poste de responsable d’un grand magasin, Jérôme (Olivier Gourmet, parfait, comme d’habitude) cherche à se remettre en selle en créant sa propre boutique de chaussures féminines. En parallèle, son fils Ugo, 11 ans, décide de se consacrer au tennis, où il développe des aptitudes prometteuses. Pour son premier long, Stéphane Demoustier, frère d’Anaïs et auteur de quelques courts remarqués, investit un territoire à la fois balisé et inédit. Les relations père / fils, le réalisme social, ça, c’est pour l’attendu. La description des efforts et sacrifices pour monter sa boîte ou pour s’accomplir dans un sport, en revanche, est plus rarement montée à l’écran. C’est en fin de compte la réunion des deux qui donne son charme à Terre battue, Demoustier évitant certains écueils comme la projection des désirs du père sur l’avenir de son fils. Les deux sont dans des logiques de perdants et le film suit cette trajectoire très frères Dardenne — par ailleurs coproducteurs — sans en rajouter, avec une modestie qui en marque à la fois l’intérêt et les limites — à trop vouloir être modeste, il manque quand même d'envergure. Dès qu’il s’en éloigne, il est nettement moins

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Louise l’insoumise

ECRANS | Ancienne des Beaux-arts, ex-Miss météo du "Grand Journal" sur Canal + récupérée par le cinéma industriel français, Louise Bourgoin s’affirme enfin comme une comédienne libre et accomplie avec "Un beau dimanche". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Louise l’insoumise

L’histoire est connue mais mérite d’être rappelée : alors qu’elle étudie les Beaux-Arts à Rennes, celle qui ne s’appelle pas encore Louise Bourgoin se retrouve à jouer les mannequins pour des photos de mode. Ce drôle de mélange entre profondeur et superficialité, approche conceptuelle et glamour sur papier glacé déterminera la suite de son parcours : animatrice télé sur le câble, puis Miss Météo dans Le Grand Journal de Canal +, où ses prestations marqueront durablement l’exercice au point de devenir l’étalon de toutes celles qui s’y essaieront ensuite. Dans ce cadre a priori rigide, elle utilise ses atours sexy et son naturel éclatant pour en faire des armes de distraction massive, donnant à ses interventions des airs de performances subversives. Sur le plateau, elle n’a peur de rien, ni de la nudité, ni du ridicule, ni des invités en tournée promo — version people — ou en tournée de propagande — version politique… «Sur les rotules» C’est justement pour la promo du dernier film de Nicole Garcia, Un beau dimanche, qu’on la rencontre, dans un chalet-restaurant cerné par d’abondantes chutes de neige, quelques jours avant Noël. Elle sign

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Un beau dimanche

ECRANS | De Nicole Garcia (Fr, 1h35) avec Pierre Rochefort, Louise Bourgoin, Déborah François…

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Un beau dimanche

On connaît désormais si bien le cinéma de Nicole Garcia, et on l’apprécie si peu, que chaque film vient consolider une œuvre dont la cohérence est aussi indéniable que l’absence d’intérêt. Sans surprise, Un beau dimanche regorge de plans où les personnages se figent, le regard pénétré, absorbés par leur tourment, et de dialogues signifiants et sentencieux, psychologisme souligné au feutre noir. Le film repose en partie sur les épaules de Pierre Rochefort, qui doit composer un personnage corseté par cette introversion forcée et une forme de passivité face au monde guère pratique pour discerner ses qualités de comédien. Dans un paradoxe qui rendrait presque l’ensemble mystérieux, on nous raconte comment un homme décide de refuser l’héritage familial, alors que Garcia cherche à offrir son premier grand rôle à l’écran à son propre fils… Cette curiosité ne tient pas longtemps, emportée par un dernier acte où la lutte des classes se résume à un empilement de clichés gênants — la haute bourgeoisie réduite à de grandes demeures, des parties de tennis et des pulls noués autour des épaules. Au milieu de ce film congelé, Louise Bourgoin apporte une rafraîchissante

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La Marche

ECRANS | De Nabil Ben Yadir (Fr, 2h) avec Tewfik Jallab, Olivier Gourmet, Charlotte Le Bon, Vincent Rottiers…

Christophe Chabert | Mercredi 20 novembre 2013

La Marche

La marche contre le racisme et pour l’égalité, partie des Minguettes de Vénissieux il y a trente ans, méritait mieux que ce navet dont les maladresses se retournent contre son message même. La caractérisation des marcheurs est au-delà du stéréotype, et leur évolution est conduite avec d’énormes sabots, quand cela ne relève pas de l’aberration totale. Ainsi du personnage de Philippe Nahon, franchouillard grognon et raciste qui finit en défenseur fervent d’une France métissée ; mais les autres sont à l’avenant, telle cette pseudo Fadela Amara qui découvre, après une bonne dizaine de séquences à éructer en féministe courroucée, que le dialogue apaisé, c’est bien, en fait. Tout est exagéré, outré, noyé dans un humour de multiplexe et, pire du pire, écrit avec un manuel de scénario à l’américaine sur les genoux. Le film a donc besoin sans cesse de désigner des ennemis pour créer du conflit dramatique et en général ce sont les péquenauds français, forcément cons, intolérants, fermés, méchants qui en prennent pour leur grade ­— mais même SOS Racisme se fait tacler dans les cartons de fin ! La nuance n’est donc pas le fort de La Marche, mais la mise en scène non plus, s

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En solitaire

ECRANS | De Christophe Offenstein (Fr, 1h36) avec François Cluzet, Samy Seghir, Guillaume Canet…

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

En solitaire

Yann Kermadec, marin chevronné, remplace au pied levé son frère qui s’est cassé une jambe pour participer au Vendée Globe. À peine parti, il découvre un clandestin dans la soute, se retrouvant malgré lui en infraction avec le règlement de cette course «en solitaire». Si on enlève le défi du tournage dans les conditions réelles de la navigation, ce premier film du chef opérateur de Guillaume Canet est un naufrage intégral. Le récit prend l’eau de partout, noyé par une avalanche de bons sentiments, sur le bateau comme sur la terre ferme, ce qu’une musique de supermarché vient souligner jusqu’à l’overdose. Surtout, le film ne prend le temps de rien, ni de filmer le professionnalisme du marin, ni de montrer les liens affectifs qui se nouent entre les personnages. C’est une bouillie télévisuelle écrite par des disciples de Robert MacKee qui créent des conflits artificiels et les résolvent en deux secondes — les rapports entre la fille de Cluzet et sa belle-mère jouée par Virginie Efira atteignent ainsi des sommets de niaiserie. Heureusement que le film sort un mois avant

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Tirez la langue, mademoiselle

ECRANS | D’Axelle Ropert (Fr, 1h42) avec Louise Bourgoin, Laurent Stocker, Cédric Kahn…

Christophe Chabert | Mardi 27 août 2013

Tirez la langue, mademoiselle

Critique de cinéma et scénariste des films de Serge Bozon (dont l’exécrable Tip Top, en salles la semaine prochaine), Axelle Ropert signe ici son deuxième long après La Famille Wolberg et confirme son projet de cinéaste : refaire les films qu’elle aime en leur enlevant tout ce qui pourrait faire spectacle, comme si les originaux avaient ingurgité un tube de Lexomil. Après La Famille Tenenbaum, c’est Faux semblants de Cronenberg qui est ici lointainement remaké, puisqu’on y retrouve deux frères médecins dont la relation à la fois fusionnelle et complémentaire va être fragilisée lorsqu’ils tombent amoureux de la même femme. Plutôt que de jouer la carte de la tragédie, Ropert s’en tient donc à un recto tono émotionnel, sans cris, larmes, rires ou effusions d’aucune sorte. Le film semble avancer sur une ligne droite d’où il ne doit absolument jamais dévier, entraînant tout (dialogues, séquences, jeu des acteurs) vers une platitude absolue. Ce qui, pour la réalisatrice, est sans doute une preuve de radicalité, apparaît en fin de compte, à l’inverse, comme le plus ordinaire d

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Grand central

ECRANS | Après "Belle épine", Rebecca Zlotowski affirme son désir de greffer le romanesque à la française sur des territoires encore inexplorés, comme ici un triangle amoureux dans le milieu des travailleurs du nucléaire. Encore imparfait, mais souvent passionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Grand central

Gary (Tahar Rahim, excellent comme jamais depuis Un prophète) est en quête de stabilité professionnelle après des années de jobs plus ou moins louches. Il atterrit dans la Drôme et intègre assez vite une équipe d’ouvriers travaillant au cœur des centrales nucléaires. La communauté, masculine, virile et solidaire, obéit à des règles draconiennes qui visent à éviter la contamination par la «dose» radioactive. La contagion, pour Gary, sera d’abord amoureuse : il croise un soir la femme d’un de ses collègues, Toni (prénom renoirien qui fait écho au cadre, curieusement bucolique, dans lequel vivent ces prolos du nucléaire, des mobile homes en bord de fleuve) et une passion physique va naître presque instantanément entre eux. C’est tout le projet de Rebecca Zlotowski : comme les courses de motos clandestines de Belle épine accompagnaient la quête existentielle de Léa Seydoux, le nucléaire est ici la toile de fond qui permet de renouveler un classique triangle amoureux, même si le scénario s’emploie à intriquer jusqu’à la folie les deux éléments, poussant Gary à mettre sa vie en péril pour espé

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La Religieuse

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h54) avec Pauline Étienne, Louise Bourgoin, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

La Religieuse

Pour avoir beaucoup défendu Guillaume Nicloux dans ces colonnes, on sait aussi à quel point les échecs répétés (et souvent injustes) de ses films dans les salles l’ont rendu amer et méfiant. Cette nouvelle adaptation de La Religieuse montre en effet un cinéaste qui, sans mauvais jeu de mots, ne sait plus à quel saint se vouer pour séduire le public, et lorgne ouvertement vers le triomphe de Des hommes et des dieux. Comment expliquer autrement sa quasi démission dans la mise en scène, qui confond austérité et académisme, à la lisière du téléfilm, embourbée dans l’uniforme grisaille des murs et des habits sacerdotaux, les chuchotements du cloître et le silence de sa religieuse incapable de se révolter contre les injustices qu’elle subit ? Le problème, c’est que si Beauvois affichait une empathie (contestable) pour ses moines, Nicloux doit faire avec l’anticléricalisme du roman de Diderot, qu’il tente de désamorcer jusqu’au contresens. Il faut attendre l’arrivée d’Isabelle Huppe

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Do not disturb

ECRANS | Yvan Attal s’empare d’une commande — faire le remake de «Humpday» — et la transforme en exercice de style fondé sur le plaisir du jeu et la sophistication de la mise en scène, prenant le risque d’intensifier la vacuité de son matériau. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 1 octobre 2012

Do not disturb

Yvan Attal ne s’en est jamais caché : Do not disturb est avant tout une commande venue de son producteur, qui avait acheté les droits d’une comédie indé américaine de Lynn Sheldon, Humpday. Où il était question de deux vieux potes qui, par défi, décident de participer à un festival de porno amateur en tournant un film où ces deux hétéros convaincus se mettraient en scène en plein ébat homosexuel. Après Ma femme est une actrice et Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, tous deux marqués par les questions existentielles, sentimentales et professionnelles de leur auteur, voilà donc Attal face à un matériau impersonnel au sens strict. Sa stratégie, évidente, consiste alors à y instiller du plaisir pur. D’abord celui du jeu : son tandem avec François Cluzet est le vrai moteur de la comédie, lui en bourgeois bohème dont la vie affective est sur des rails trop huilés, Cluzet en aventurier de pacotille dissimulant derrière son chapeau de paille et sa barbe mal taillée sa nature profonde de glandeur velléitaire. Do not disturb aurait pu se contenter de mettre en scène de manière théâtrale cette joyeuse rencont

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L’Amour dure trois ans

ECRANS | De Frédéric Beigbeder (Fr, 1h38) avec Gaspard Proust, Louise Bourgoin, JoeyStarr…

Dorotée Aznar | Mercredi 11 janvier 2012

L’Amour dure trois ans

Écrivain, Frédéric Beigbeder aimait les formules-choc, probablement héritées de son passé de publicitaire. Devenu cinéaste (mais on devrait plutôt dire qu’il s’improvise dans cette fonction), le voici qui tente pathétiquement d’en trouver un équivalent filmique. Solution 1 : faire reprendre par son personnage-alter ego (un médiocre Gaspard Proust dont le jeu bien pauvre consiste à dire son texte en bougeant les bras) les aphorismes lourdingues du roman, dans des intérieurs chics qui doivent valoir l’équivalent d’une vie entière d’un SMICARD. Solution 2 : pomper sans vergogne le style Fight club en lui ôtant toute substance (car ce que raconte le film sur l’amour, le couple, les hommes, les femmes et la vie, est au bas mot sans intérêt), comme un défilé fatiguant de formats courts télé (Bref n’est pas très loin…) où l’on injecte guests (certaines sont très bien, Lemercier en particulier) et clins d’œil, jusqu’à ce climax cauchemardesque où Louise Bourgoin regarde sur son écran plat Le Grand journal de Canal +. Dur de faire plus bêtement corporate que cette mise en abyme éloquente, où l’on regarde son nombril télévisuel avec satisfaction. L’

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L’Art d’aimer

ECRANS | De et avec Emmanuel Mouret (Fr, 1h25) avec François Cluzet, Frédérique Bel, Judith Godrèche…

Christophe Chabert | Mercredi 16 novembre 2011

L’Art d’aimer

Critique / Depuis Changement d’adresse, le cinéma d’Emmanuel Mouret tournait en rond dans ses ratiocinations amoureuses et son envie de fantaisie, déclinant le personnage campé par Mouret acteur et sa sympathique gaucherie dans des situations timidement burlesques. L’Art d’aimer lui donne enfin un nouvel horizon, tout en renforçant la petite musique qui lui sert de style. Dans cette ronde de personnages qui éprouvent, chacun à leur manière, le décalage entre suivre leurs désirs et prendre en compte le désir des autres, il place dès l’ouverture une pincée de tristesse qui, paradoxalement, ne rendra que plus drôle les segments suivants. La colonne vertébrale, par exemple, où un François Cluzet magistral tente de séduire une Frédérique Bel hilarante dans ses perpétuelles valses-hésitations, va à l’essentiel (un appartement, deux acteurs) mais pousse la folie de la situation jusqu’au vertige. Par instants, Mouret s’approche d’un vrai trouble des sentiments, comme lors de ce double adultère voulu mais avorté qui devient une preuve d’amour, ou dans le marivaudage sexuel à l’aveugle qui se développe entre Julie Depardieu et Laurent Stocker. Précis autant que précieux,

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Intouchables

ECRANS | Raconter l’amitié entre un ancien homme d’affaires, tétraplégique après un accident de parapente, et un gaillard de banlieue tout juste sorti de prison, en (...)

Dorotée Aznar | Mardi 25 octobre 2011

Intouchables

Raconter l’amitié entre un ancien homme d’affaires, tétraplégique après un accident de parapente, et un gaillard de banlieue tout juste sorti de prison, en voilà du sujet casse-gueule. Mais Olivier Nakache et Eric Toledano ont su slalomer entre les écueils et si leur film s’avère émouvant, c’est aussi parce que l’émotion ne surgit jamais là où on l’attend. On aurait pu se retrouver avec une double dose d’apitoiement (sur les handicapés et sur les déclassés), mais les deux s’annulent et le film raconte la quête d’une juste distance entre ce qui nous contraint (son corps ou ses origines) et ce que l’on aspire à être. C’est en refusant la compassion facile que le film trouve son ton, parfois au prix d’un effort un peu mécanique pour ménager l’humour et la mélancolie, mais en s’appuyant sans arrêt sur son atout principal : un couple de comédiens qui, comme les personnages qu’ils interprètent, ne semblaient faits ni pour se rencontrer, ni pour se compléter à l’écran. Rivé à son fauteuil, Cluzet doit réfréner son tempérament explosif et physique, tandis qu’Omar Sy, assez bluffant, troque en cours de route sa nonchalance sympathique pour une gravité et une précision qu’on ne lu

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L'Exercice de l'État

ECRANS | Avec «L’Exercice de l’État», Pierre Schoeller réussit à donner de la chair et un rythme à l’action politique, dans un film vif et rapide, magistralement mis en scène et interprété. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 19 octobre 2011

L'Exercice de l'État

L’Exercice de l’État pose cette question : c’est quoi, aujourd’hui en France, faire de la politique ? Tel un philosophe étudiant précisément l’intitulé de la question, Pierre Schoeller ne s’intéresse d’abord qu’au «faire» ; cela implique un environnement, un rythme, des circulations, des gestes et des outils que le film, avec une précision tout à fait inédite dans le cinéma français, s’applique à rendre immédiatement crédibles. Un exemple au début : quand le ministre des transports Bernard Saint-Jean monte dans sa voiture de fonction et y retrouve son attachée de communication, celle-ci lui lit les titres de la presse matinale en faisant défiler les Unes sur son IPad. Il n’est pas inutile de préciser que ce contact avec le monde, doublement médiatisé (l’écran tactile et la dir’ com’ exaltée), suit une séquence qui montrait exactement l’inverse : le Ministre, seul et solennel, dans une chapelle ardente où ont été regroupées les victimes d’un dramatique accident d’autocar. Levé du lit après un cauchemar ô combien signifiant (des hommes masqués installent un bureau ministériel pour y assister à une cérémonie où une femme nue — la République ? se fera avalée par un énorme crocodile

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Un heureux événement

ECRANS | De Rémy Bezançon (Fr, 1h50) avec Louise Bourgoin, Pio Marmaï…

Dorotée Aznar | Jeudi 22 septembre 2011

Un heureux événement

Le Premier jour du reste de ta vie sera-t-il comme un heureux accident dans la carrière de Rémy Bezançon ? Car cet Heureux événement retombe dans les scories de son premier film, Ma vie en l’air, ce mélange d’air du temps branchouille, d’observation sociétale façon magazine féminin et de cynisme médiocre qui glorifie la nullité ordinaire, laissant l’héroïsme et l’altérité dans un hors-champ phobique. Cette chronique d’une maternité comico-dramatique est non seulement très mal écrite (au bout d’une heure, on a déjà le sentiment d’attendre la dernière scène), mais se gargarise d’un déterminisme social qu’on croirait inspiré d’une mauvaise enquête d’opinion. Du coup, Bezançon fait du Bénabar cinématographique : de la vie de couple, il ne retient que les moments merdiques (les engueulades, les lâchetés, les gaps lacaniens en version hi-tech, lui devant ses films et sa Playstation, elle avec ses bouquins et ses cupines) ; de l’enfantement, il souligne les détails bien crados (l’utérus déchiré, puis recousu) ou franchement insupportables (les grands-mères intrusives) ; quant à l’amitié, il la transforme en complicité beauf, y compris au féminin. Dans un monde bien fa

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Robert Mitchum est mort

ECRANS | D’Olivier Babinet et Fred Kihn (Fr-Pol-Norv, 1h31) avec Olivier Gourmet, Pablo Nicomedes…

Christophe Chabert | Mardi 5 avril 2011

Robert Mitchum est mort

Un manager douteux, un acteur qui n’a presque jamais joué, un sans-papier qui fait du rockabilly : voilà le trio de Robert Mitchum est mort, road-movie direction le cercle polaire à la recherche d’un mythique cinéaste américain. L’argument est improbable, mais c’est justement l’improbable qui donne tout son sens à cette comédie à la fois déjantée et extrêmement rigoureuse. Ode aux marginaux et à l’indépendance, le film met immédiatement en pratique sa théorie : Pablo Nicomedes et son visage aplati et allongé peut-il vraiment s’imaginer devenir acteur ? C’est compliqué pour son personnage, mais évident pour le spectateur, conquis par son apathie délirante et ses répliques pince-sans-rire. Olivier Gourmet va-t-il faire oublier les dizaines de rôles dans lesquels on l’a vu ces dernières années ? Oui, car ce comédien polymorphe, à l’aise dans l’imaginaire comme dans le réalisme, déploie ici un abattage burlesque grandiose. Enfin, Bakary Sangaré, pensionnaire de la comédie française, se coulera-t-il hors de son moule théâtral pour donner vie à un personnage aux relents jarmuschiens ? Une gouffa électrique et un jeu très drôle entre sa raideur distinguée et les contorsions qu

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Les Petits Mouchoirs

ECRANS | De Guillaume Canet (France, 2h34) avec François Cluzet, Marion Cotillard, Benoît Magimel

Dorotée Aznar | Jeudi 14 octobre 2010

Les Petits Mouchoirs

Quels meilleurs qualificatifs que gentil et inoffensif pour définir Guillaume Canet ? Naïf ? Fade ? Nul ? On est méchant ? C’est vrai, mais il le faut. Car s’il manquait une preuve à ses admirateurs après le surestimé et invraisemblablement récompensé Ne le dis à personne, Les Petits Mouchoirs devrait mettre tout le monde d’accord. Inspiré par un florilège bâtard de références où se croisent pêle-mêle Jean-Marie Poiret, Yves Robert, Claude Sautet, Lawrence Kasdan et Cassavetes (sic), Canet s’offre un film de potes, avec ses potes (Cluzet, Lellouche, Dujardin etc.), pour la bagatelle de 25 millions d’euros. Un peu cher pour un projet dont l’ambition se résume, grosso modo, à filmer les tracas existentiels et sentimentaux de petits-bourgeois en vacances. Rien ne fonctionne dans ce grand film personnel sur la vie et l'amour selon Saint-Guillaume : le scénario s’acharne à combler du vide et tresser laborieusement des enjeux ; la mise en scène est molle et insignifiante ; le casting en pilotage automatique ; les personnages aussi passionnants à regarder qu’un poster de l’UMP – la palme à Marion Cotillard en anthropologue bisexuelle fumeuse de joints. L’envi

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À l'origine

ECRANS | Remonté et raccourci après sa présentation cannoise, le quatrième film de Xavier Gianolli y a gagné en force, cohérence et mystère, donnant à l’odyssée d’un petit escroc construisant un tronçon d’autoroute un caractère épique et fascinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 novembre 2009

À l'origine

Lors du dernier festival de Cannes, 'À l’origine' avait surtout frappé par sa durée un peu mégalo (2h35 !) et son désir de tout expliquer, frisant la surdose psychologique. Xavier Gianolli a depuis revu sa copie, dans le bon sens : la version qui sort en salles est bien meilleure, puisqu’elle ressert et opacifie les enjeux, se concentre sur l’action et relègue les motivations à l’arrière-plan (il en reste toutefois quelques traces dans des dialogues qui, parfois, mettent dans la bouche des personnages les intentions de l’auteur). Ainsi du protagoniste de l’histoire ; on ne sait plus rien du passé de ce type bizarre qui, dès les premiers plans, monte un «coup» aussi énorme qu’étrange. Il se fait passer pour Philippe Miller, patron d’une filiale fictive de la CGI, une entreprise de travaux publics qui a arrêté net la construction d’une autoroute sous la pression des écologistes locaux défendant une race de scarabées. Miller fait croire qu’il va la remettre en chantier. Son plan fonctionne au-delà de ses attentes : dans une région dévastée par le chômage, il apparaît comme un messie moderne, ressuscitant les rêves de travail de la population, élus ou citoyens, entrepreneurs ou simples

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Le Dernier pour la route

ECRANS | De Philippe Godeau (Fr, 1h47) avec François Cluzet, Mélanie Thierry, Michel Vuillermoz…

Christophe Chabert | Mardi 15 septembre 2009

Le Dernier pour la route

Qu’allait donc faire Philippe Godeau, producteur français important, notamment de Pialat (Le Garçu) et Despentes (Baise-moi), une fois passé derrière la caméra ? Avec cette adaptation du récit autobiographique d’Hervé Chabalier racontant son passage en centre de désintoxication pour lutter contre son alcoolisme, Godeau s’efface devant son sujet, mais surtout devant ses acteurs. La mise en scène, à quelques affèteries en flashbacks près, cherche la discrétion et la note juste, une élégance invisible et efficace qui ne confond jamais objectivité et froideur, vérité humaine et psychologisme. Le Dernier pour la route est donc un film d’acteurs au sens le plus noble du terme : Cluzet, impressionnant, magnifique, bouleversant, mais aussi une Mélanie Thierry transfigurée, formidable en nymphette autodestructrice, incapable de saisir la main qu’on lui tend pour la sauver de la noyade. Les meilleures scènes du film prennent le temps de capter ce fil fragile où un destin peut basculer sur un geste, un regard, une parole mal dite, mal comprise ou mal interprétée. Un beau film, tout simplement. CC

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Home

ECRANS | Ursula Meier Seven7

François Cau | Vendredi 3 juillet 2009

Home

Non, rien à voir avec le film de cartes postales aériennes du pote de Luc Besson. Nous avons là un premier long métrage inventif et marquant et, ne vous en faites pas, on se flagelle bien violemment de l’avoir loupé à l’époque de sa sortie. Dans la lignée des premières œuvres frondeuses de François Ozon, mais avec une identité artistique propre, Home nous dévoile le délitement d’une famille retranchée sur elle-même jusqu’à l’absurde. Reclus en bordure d’une autoroute inachevée et accaparée par leurs soins, les membres de ce microcosme heureux, car retiré du chaos du monde, vont vite déchanter à la reprise inattendue des travaux, se soldant par la destruction symbolique de leur havre de paix. Sur cette trame a priori simple, Ursula Meier prend soin de créer un film retors, où la folie gangrène peu à peu tous les personnages, retourne leurs fonctions originelles, les maltraite, entraîne le spectateur effaré dans un huis-clos littéralement étouffant. Là où bon nombre de cinéastes se contentent pour leur premier long de broder autour d’un sujet de court métrage, la réalisatrice justifie pleinement la durée de son film par une évolution psychologique dûment maîtrisée

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La Vérité ou presque

ECRANS | de et avec Sam Karmann (Fr, 1h35) avec Karin Viard, André Dussollier, François Cluzet...

Christophe Chabert | Mercredi 19 septembre 2007

La Vérité ou presque

Vaudeville comique dans le microcosme de la bourgeoisie quadra lyonnaise (à peine plus crédible que dans le Chabrol, ce qui est un exploit !), le nouveau film de Sam Karmann est le genre de produit inoffensif qui fera les beaux jours de France Télévisions d'ici quelques années. Autant dire que l'affaire se regarde avec distraction, à quelques détails involontairement amusants près, que l'on ne peut s'empêcher de raconter ici : Karin Viard y bosse à TLM, décrit dans le film comme un sommet de ringardise provinciale dirigé par un requin démago obsédé par le «local». Bon, toute ressemblance avec des faits et des personnes existants ne serait que pure coïncidence, hein... Les traboules y deviennent un lieu de drague homosexuelle, propices aux petits coups vite faits dans les coins sombres. Et cette classe moyenne-là baise dans les 4 étoiles et a les moyens de se faire livrer par le traiteur le repas du soir. Dernier point au crédit du film : chaque fois que François Cluzet apparaît à l'écran, pour défendre un personnage pourtant gratiné (un businessman macho et menteur), il est simplement génial. Cet acteur-là est un miracle. Dire qu'il surclasse tous ses camarades du cinéma français e

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