Augustine

ECRANS | D'Alice Winocour (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Soko, Chiara Mastroianni…

Jerôme Dittmar | Mercredi 31 octobre 2012

Si les images de Charcot n'ont cessé d'irriguer le cinéma (de Furie à A.I en passant par Carrie), rarement l'histoire du docteur et sa patiente star, Augustine, n'a fait l'objet d'un film. À Alice Winocour de compenser cette absence avec un premier long aussi ambitieux que petit à l'arrivée.

La faute à une approche trop polie, presque scolaire, qui ouvre autant de pistes théoriques qu'elle enferme la mise en scène dans un carcan appliqué et limité. Tout est finalement si réfléchi, dans cette histoire sur les mystères de la sexualité féminine, qu'aucune ambiguité n'émerge.

Là où devraient exister des personnages ébranlés par leurs désirs, fascinés par une attirance réciproque dans un monde aux portes de la psychanalyse et du spectacle permanent, surnagent deux acteurs filmés par une caméra proche de l'académisme télévisuel.

Pas facile aussi d'être bouleversé par la semi-lourdeur de Soko dans le rôle d'Augustine. L'actrice, jamais troublante, plombant limite le film à elle seule.

Jérôme Dittmar  

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“Titane” de Julia Ducournau : au lit, motors !

Palme d'Or 2021 | Une carrosserie parfaitement lustrée et polie, un moteur qui rugit mais atteint trop vite sa vitesse de croisière pépère… En apparence du même métal que son premier et précédent long-métrage, Grave, le nouveau film de Julia Ducournau semble effrayé d’affronter la rationalité et convoque le fantastique en vain. Dommage.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“Titane” de Julia Ducournau : au lit, motors !

Victime enfant d’un accident de voiture dont elle a été la cause, Alexia vit depuis avec une plaque de titane dans le crâne. Devenue danseuse, elle se livre en parallèle des meurtres affolant le sud de la France et “s’accouple” avec une voiture. Pour se faire oublier après une soirée très sanglante, Alexia endosse l’identité d’Adrien, un adolescent disparu depuis dix ans. Son père, un commandant de pompiers détruit, va cependant reconnaître ce “fils” prodigue et l’accueillir… Programmé par la Semaine de Critique en 2016, le sympathique Grave avait instantanément transformé Julia Ducournau, dès son premier long-métrage, en nouvelle figure de la hype cinématographique française. Sans doute les festivaliers, déjà peu coutumiers des œuvres se revendiquant d’un “autre cinéma” louchant vers le fantastico-gore, la série B et les séances de minuit, avaient-il été titillés par le fait que ce film soit signé non pas par l’un des olibrius vaguement inquiétants fréquentant les marches du Palais (Gaspar

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Enrico Casarosa, réalisateur de “Luca” : « je m’identifie beaucoup à Miyazaki »

Pixar | Le réalisateur du nouveau Pixar (exclusivement visible en streaming sur Disney+) évoque quelques-unes des inspirations ayant guidé son trait et sa palette vers cet univers bariolé peuplé de monstres marins et d’une Italie idéale : celle de la Dolce Vita et des côtes. Propos rapportés.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

Enrico Casarosa, réalisateur de “Luca” : « je m’identifie beaucoup à Miyazaki »

Pourquoi cette décision de réaliser le film dans un décor du littoral Italien ? Enrico Casarosa : J’ai eu la chance de grandir à Gênes. J’ai passé tous mes étés sur le littoral Italien, en compagnie de mon meilleur ami qui s’appelait vraiment Alberto. Nous avons sauté des falaises pour plonger dans la mer ensemble… Enfin, il m’a surtout poussé ! Le littoral en Ligurie a une cote particulière, très escarpée : les montagnes paraissent s’élever droit au-dessus de l’océan. Et j’ai toujours aimé tout particulièrement les Cinque Terre. On dirait que ces cinq petites villes viennent de sortir de la mer et s'accrochent à la montagne afin de ne pas tomber. C’est un lieu vraiment unique, qui me semblait l’endroit idéal pour rendre hommage à la culture italienne : la petite ville ouvrière, le bleu de la mer… C'est très particulier, et ça me rappelle mes souvenirs d’enfance, notamment cette notion autour des amitiés qui nous changent et nous font grandir qui est cœur du film. Quelles recherches avez-vous faites pour ce film ? Concernant les villes qui nous ont inspirés, il y avai

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“Luca“ : Italia belle eau

Sur Disney+ | Le dernier Pixar en date, court et beau, dispo sur Disney+.

Vincent Raymond | Vendredi 25 juin 2021

“Luca“ : Italia belle eau

Aux abord des côtes italiennes, Luca est un gentil petit monstre marin tenu à l’écart des humains par ses parents. Jusqu’à ce qu’il rencontre Alberto : celui-ci lui révèle qu'il peut prendre forme humaine sur terre. Les deux amis vont s’enfuir et s’inscrire à un concours leur ouvrant le monde… Luca tranche par la simplicité de son intrigue — ce qui ne signifie pas qu’elle soit simpliste — comme en atteste la brièveté du film. Rappelant par son esprit “entre terre et mer“ Ponyo sur la falaise ou Lou et l’île aux sirènes, l'arc dramatique principal, la quête de Luca et d’Alberto, est elle-même basique, à hauteur de rêve d’enfant (même si la Vespa symbolise davantage qu’un deux-roues, la liberté et l’émancipation de leur quotidien, l’adolescence, etc.) ; l'unité de temps (l’été), de lieu (le village façon Cinque Terre), et d’action (la préparation du concours) est par ailleurs respectée. Cette épure presque nippone s’avère aussi bienvenue : en resserrant le film sur l’essentiel, sans digression, elle permet aux plus jeunes spectateurs de mieu

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Lyon : Nuits de Fourvière, le grand retour

Festival | Oui – trois fois youpi ! – les Nuits de Fourvière auront bien lieu cette année en juin et juillet. Avec au menu, une édition quelque peu adaptée – horaires, jauges, mesures barrières – mais surtout une édition en vrai, avec des gens. On vous détaille la programmation ici, où vous pourrez retrouver une bonne partie des têtes d'affiche et spectacles empêchés l'an dernier.

La rédaction | Lundi 3 mai 2021

Lyon : Nuits de Fourvière, le grand retour

La Biennale de la Danse, des fidélités, quelques reports de l’édition avortée et au final pas moins de onze propositions théâtre-cirque-danse aux Nuits de Fourvière cette année qui se dérouleront en très grande partie aux amphithéâtres et puis tout près, chez les voisins du 5e arrondissement (ENSATT et Point du Jour) jusqu’à faire un pas à la Renaissance d’Oullins. L’ouverture du festival se fera le 1er et 2 juin à 19h30 (attention horaires avancés en raison du couvre-feu), en collaboration avec la Biennale de la Danse devenue estivale, avec Alarm clocks are replaced by floods and we awake with our unwashed eyes in our hands … a piece about water without water signé de la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin qui retrouve pour l’occasion la chanteuse Camille après leur première collaboration sur l’album Ilo Veyou de cette dernière. L’interprète (qui se fait aussi danseuse) sera également au générique de Comprendre, en tant que co-compos

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Affaires de famille : "Mon Cousin" de Jan Kounen

Comédie | Le retour de Jan Kounen, avec une comédie. Et Vincent Lindon.

Vincent Raymond | Mercredi 30 septembre 2020

Affaires de famille :

Hasard des dé/re/programmations, ce nouveau Jan Kounen va voisiner sur les écrans avec les films de Gaspar Noé et d'Albert Dupontel, auteurs avec qui le réalisateur partage une fugace figuration parmi les pensionnaires d’un hôpital psychiatrique dans Mon Cousin. Cette camaraderie rappellera à ceux qui pensent trouver ici un “simple“ buddy movie qu’ils pourraient bien en être. Certes, il s’agit bien d’une comédie de caractères reposant sur la réconciliation entre un milliardaire aigri et un exalté cyclothymique sur fond d’héritage, cousue sur mesure pour Lindon (d’ailleurs crédité au scénario) et Damiens. Mais au-delà de la farce et de la critique, il y a une interprétation à la Piccoli chez Sautet pour le premier, et une totale projection des valeurs new age de Kounen dans le personnage du second. Ajoutez l’habituelle mise en scène virtuose de l’auteur de Dobermann et vous aurez une fable oscillant entre burlesque et mélancolie, anticipant avec une redoutable acuité le besoin de nature, d’espace et de contacts humain des urbains post-confinement.

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Stéphane Demoustier : « les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

La Fille au bracelet | Stéphane Demoustier signe un “film de prétoire“ inspiré d’un fait divers argentin en forme d’énigme absolue. Un film où la question de la culpabilité apparaît au second plan, derrière une étude fine de l’adolescence contemporaine…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Stéphane Demoustier : « les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

Pourquoi avoir voulu questionner l’adolescence à travers la justice ? Stéphane Demoustier : Parce que je trouve ça captivant ! On m’a parlé de ce fait divers argentin et, à la faveur de cette affaire, c’était un super moyen d’aborder l’adolescence comme de faire le portrait de cette jeune fille. Il y avait aussi la volonté de faire un film sur une question qui me hantait et que j’avais envie de partager : “connaît-on oui ou non ses enfants ?“. Un procès est un moment idéal pour cela : le père découvre sa fille sous un jour nouveau. Cette affaire m’a convaincu de raconter l’histoire du point de vue de cette jeune fille et de faire en creux le portrait de son altérité. Cette idée d’altérité est exacerbée au moment de l’adolescence. Acusada de Gonzalo Tobal a-t-il été un obstacle entre ce fait divers et votre film ? Oui, car il était tiré du même fait divers. Je l’ai su et tout de suite s’est posée la question de leur angle. Ils étai

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Maillons à partir avec la justice : "La Fille au bracelet"

Drame | Sur une plage estivale, la police interpelle Lise, 16 ans. Deux ans plus tard, la cheville ceinte d’un bracelet électronique, la jeune femme s’apprête à comparaître pour l’assassinat de sa meilleure amie. Le procès va révéler un visage insoupçonné de Lise. En particulier pour ses parents...

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Maillons à partir avec la justice :

Deux plans d’une brillante maîtrise encadrent La Fille au bracelet : l’interpellation de Lise, vue à distance sans autre son que le bruit océanique des vacanciers alentours ; et puis Lise, une fois le jugement prononcé, accomplissant un geste si particulier qu’il ne permet pas de statuer sur son innocence ni sa culpabilité. Deux plans qu’on aurait pu voir chez Ozon ou Haneke, exposant sans imposer, donnant en somme la “règle du jeu“ au public : « voici les faits objectifs, à vous de vous prononcer en votre âme et conscience ». Certes, si l’on en sait un peu plus que des jurés lambda en “s’invitant“ dans le foyer familial de la jeune fille un peu avant et pendant le procès, ce film de prétoire suit scrupuleusement la procédure, dans son crescendo dramatique ponctué de révélations, coups et rebondissements, sans jamais désopacifier l’affaire, bien au contraire. Il offre aussi des portraits pondérés de l’entourage, c’est-à-dire les parents confrontés à l’étonnant pouvoir de dissimulation de leurs ados ou à leur aveuglement, peinant à admettre que leurs “petits“ ont des désirs, bes

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Cinq expos à voir en février

Bons Plans | Cinq expositions gratuites à découvrir ce mois-ci dans les galeries lyonnaises, avec de la photographie, du dessin, de la peinture et même du "graffuturisme" !

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 6 février 2020

Cinq expos à voir en février

Fluorescences La galerie Pallade accueille la toute première exposition personnelle de la jeune peintre Claire Vaudey. Et c'est une très belle découverte ! Ses intérieurs imaginaires à la gouache, vides de toute présence humaine mais chargés d'éléments divers (fleurs, tissus, boîtes, bâtons...), vibrent de couleurs osées (des roses et des verts comme on en voit rarement) et fluorescentes. L'artiste y joue de subtils glissements entre le vivant et le décoratif, l'abstraction et le réalisme, la platitude et la profondeur, le rythme plastique et la musique, la peinture et ses doubles... Claire Vaudey À la Galerie Anne-Marie et Roland Pallade ​jusqu'au 7 mars Souffle On retient son souffle à la galerie Besson qui consacre à ce thème une exposition collective réunissant une quinzaine d'artistes. Un souffle qui peut être celui d'une brise marine dans les photographies de Gilles Verneret, le trajet léger de nuages ou de fumées dans les images de Julien Guinand, un mouvement érotique féminin pein

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Maman est au ciel : "Proxima"

Drame | Sélectionnée pour une mission d’un an à bord de l’ISS, la spationaute Sarah Loreau s’entraîne intensivement. Mais elle doit composer avec un paramètre de plus par rapport à ses collègues masculins : le fait d’être mère. Et anticiper la séparation d’avec sa fille Stella s’avère compliqué…

Vincent Raymond | Mardi 26 novembre 2019

Maman est au ciel :

À la toute fin de son film, Alice Winocour fait défiler les portraits des femmes astro-cosmo-spationautes posant avec leurs enfants. Si le doute subsistait encore, son intention était bien avec Proxima d’inscrire la situation particulière de la mère (et donc de la femme) dans la conquête spatiale particulièrement, et dans le milieu professionnel en général. Signant un film hautement documenté sur la marche d’une mission — on n’a d’ailleurs rarement vu les protocoles aussi bien détaillés, et sans la poudre aux yeux hollywoodienne —, la cinéaste fait pourtant de ce barnum un sujet satellite. En effet, c’est autant à la symbolique “ombilicale” de l’arrachement — le terme revient d’ailleurs dans le vocabulaire astronautique — avec toutes ses dérivées (naissance, fin de l’enfance, deuil…) qu'aux rapports entre les genres que Proxima renvoie. Surtout pour Stella dont la mère vise Mars et le père travaille sur… Vénus. En plus de sa distribution internationale, pour une fois logique du fait du sujet et du contexte, Alice Winocour élargit les horizons en confiant la bande originale à

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Christophe Honoré : « je ne suis pas sorti de ma chambre d’adolescent »

Chambre 212 | Rêverie mélancolique et sensuelle dans une chambre d’un hôtel du “libre et change“, Chambre 212 est un film très sérieux sous ses airs de fantaisie sentimentale. Et vice-versa. Explications de l’auteur, le prolifique Christophe Honoré…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Christophe Honoré : « je ne suis pas sorti de ma chambre d’adolescent »

Auriez-vous le fantasme d’observer les fantômes de votre propre jeunesse ? Christophe Honoré : J’ai l’impression qu’on est toujours très peuplé par — je ne sais pas si l’on peut appeler ça des fantômes de sa jeunesse — ces “moi“ successifs que l’on a été. À certains moments de ma vie, je ne crois pas être si éloigné de la personne que j’étais quand j’avais 20 ou 30 ans. C’est ce que dit le film : on est souvent très nombreux à l’intérieur de soi ! Des gens que l’on n’a pas croisé pendant des années vous donnent souvent l’impression qu’ils vous revoient vieilli alors que vous pensez être toujours avec les mêmes aspirations, les mêmes goûts que quand vous aviez 25 ans… De la même manière, dans le milieu professionnel ou les moments amoureux plus intimes, on a des âges différents : c’est très rare que l’on soit conforme à son âge véritable. On fluctue énormément d’un âge à l’autre, et ces fantômes de la jeunesse ne sont pas tant des fantômes que des personnes bien réelles, et bien bruyantes, à l’intérieur de soi. Quel “âge intérieur“ aviez-vous lorsque vous avez commencé à écr

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La clef des songes : "Chambre 212" de Christophe Honoré

Drame sentimental | Vingt ans après le début de son idylle avec Richard, Maria quitte le domicile conjugal pour faire le point dans l’hôtel d’en face, chambre 212. La nuit étant propice aux prodiges, Maria est submergée par les fantômes de ses amours du temps jadis, et ceux de son conjoint.

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

La clef des songes :

Chambre 212 est un peu une version sentimentale (et érotisée) du Christmas Carol de Dickens, où le personnage visité par des esprits du passé et se baladant dans des uchronies ne serait plus Scrooge l’avaricieux mais une quadragénaire random en plein cas de conscience. Et où les apparitions — en l’occurrence des doubles de ses amants d’antan — seraient plus désorganisées. Cette fantaisie grave oscillant entre le réalisme cru du drame sentimental et une artificialité assumée, comme elle module du cocasse au bizarre, évoque le cinéma de Blier où tous les temps et destins se superposent dans un cauchemar quantique ; où les personnages coexistent parfois sous divers âges et visages. On ne s’étonnera donc pas que le réalisateur de Merci la vie ! compte parmi les remerciements au générique. Christophe Honoré déploie ici tout son savoir-faire (qu’on sait immense) pour restituer la cotonneuse sensation d’une nuit blanche hantée par l’onirisme. Malgré son inventivité transmédiatique, malgré ses comédiens et comédiennes, malgré Apollinaire, son film laisse toutefois l’impression d’u

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Vincent Segal fait salon

Nuits de Fourvière | En ouverture classieuse des Salons de musique proposés par les Nuits de Fourvière, le maître violoncelliste Vincent Segal et le label No Format unissent leurs talents à l'Odéon pour célébrer leur conception de la musique pas comme les autres, friande de rencontres et d'épure.

Stéphane Duchêne | Mardi 18 juin 2019

Vincent Segal fait salon

D'une pierre deux coups, d'un concert deux rêves, c'est ce que réalisent cette année les Nuits de Fourvière en inauguration de ces Salons de musique, qui du 23 juin au 11 juillet offriront comme un genre de programmation parallèle au festival, entre l'Odéon, la Salle Molière et l'Opéra de Lyon. D'abord, il s'agissait d'exaucer le désir du violoncelliste protée Vincent Segal (révélé avec Bumcello et capable d'accompagner Enrico Macias et Susheela Raman, M et Mayra Andrade, Blackalicious et Agnès Jaoui) de proposer un autre genre de performance que celles régulièrement livrées par lui entre les marches des deux théâtres antiques, autour de quelques amis musiciens échangistes et sans amplification. Un salon de musique en somme. Ensuite, pourquoi pas en profiter pour fêter ainsi en grande pompe mais en toute modestie, les quinze ans du label No Format, fondé en 2004 par Laurent Bizot, défenseur des musiques singulières, immatures, métissées et improvisées, qui accueillit les premiers pas en piano solo de Gonzales,

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Vincent Lindon : « on fait ce métier pour s’oublier »

Dernier Amour | Passionné comme toujours et comme toujours passionnant, Vincent Lindon évoque sa nouvelle collaboration avec l’un de ses metteurs en scène fétiche. De l’approche d’un rôle historique et de la philosophie de l’interprétation des personnages…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Vincent Lindon : « on fait ce métier pour s’oublier »

Comment avez-vous convaincu Benoît Jacquot, avec qui vous avez une longue complicité, de vous confier ce rôle de Casanova ? Vincent Lindon : Au départ, je venais le chercher pour déjeuner, il était dans son bureau et il parlait de son prochain film avec ses producteurs. Il m’a annoncé : « je vais faire Casanova ». Et j’ai aussitôt répondu : « Non, c’est moi qui vais faire Casanova. — Non, il a 26 ans, c’est l’histoire d’un jeune Casanova avec une dame plus âgée. — Ben, c’est plus ça. Il y a bien un moment où il est vieux ? — Tu plaisantes ? — Non, non, je suis très sérieux. — Fais attention, Vincent : si je te prends au mot, tu vas être bien embêté — Pas du tout : prends-moi au mot ! — Il y a bien un épisode avec la Charpillon… » Et ils ont bifurqué sur cette histoire. Qu’est-ce qui vous a séduit à ce point dans ce personnage ? Casanova, quand même ! Il n’y a pas beaucoup de personnages de cette dimension. J’ai fait Rodin, le professeur Charcot. Si demain on me demande de jouer Enzo Ferrari je vais

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Plaire, aimer, éconduire vite : "Dernier Amour", avec Vincent Lindon

Drame | De Benoît Jacquot (Fr, 1h38) avec Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Plaire, aimer, éconduire vite :

Au soir de sa vie, Casanova évoque à une confidente un épisode de sa vie aventureuse se déroulant à Londres, où il vivait alors en exil ; un souvenir douloureux lié à une femme dont il s’est épris, qui jamais n’a cédé à sa cour : la Charpillon, une courtisane au corps et à l’esprit bien faits… Comment diable éprouver de l’empathie pour la personne de Casanova, l’aventurier qui épousa le XVIIIe siècle en triomphant des geôles, des duels et des revers de fortune ; l’infaillible séducteur que sa réputation en tout lieux précédait et qui, de surcroît taquina la muse pour composer en sus de ses mémoires, quelques ouvrages réputés ? En le dépeignant dépourvu de ses talents et mérites, chevalier à la triste figure confronté au doute, à l’échec et à la déchéance. En rendant, en fait, à ce héros hors normes sa qualité d’humain. Le Casanova façonné par Benoît Jacquot pour Vincent Lindon (et réciproquement) apparaît ainsi comme une montagne de fragilité et de doute, au moment où la certitude de son prestige commence à s’effiloche

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Claire obscure : "La Dernière Folie de Claire Darling"

Drame | De Julie Bertuccelli (Fr, 1h35) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Samir Guesmi…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Claire obscure :

Passé et présent se mélangent dans l’esprit de la très chic Claire Darling. Pensant être au seuil de son ultime jour sur terre, la voici qui brade tous ses meubles et bibelots pour une bouchée de pain. Peut-être que sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des années, pourrait remédier à ce chaos ? À chacune de ses réalisations de fiction, Julie Bertuccelli nous prouve qu’elle est décidément plutôt une grande documentariste, surtout lorsqu’elle s’attache à son sujet de prédilection qu’est la transmission, lequel n’est jamais bien loin de la mémoire — son premier long de fiction, Depuis qu’Otar est parti… était d'ailleurs furieusement documentarisant. Racontant la confusion mentale et spatio-temporelle d’une femme visiblement atteinte d’un Alzheimer galopant, ce Claire Darling propose de mettre en résonance le bric-à-brac interne du personnage, le marché aux puces qu’elle organise avec la forme déstructurée du film — façon onirisme à la Resnais, avec échos répétitifs entre passé et présent. L’effet, systématique, se

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Street Smart

street art | La galerie Spacejunk réunit de grands noms du street art explorant les arcanes de l'abstraction picturale. Ce qui s'y gagne en virtuosité, s'y perd cependant un peu en singularité.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 26 juin 2018

Street Smart

Dans les années 1920, Claude Monet "taguait" les murs de l'Orangerie à Paris, de ses vingt-deux panneaux des Nymphéas. Les critiques n'y ont vu alors qu'une « affligeante monotonie » et « une grave erreur artistique ». Trente ans plus tard, le dernier Monet est redécouvert et influence notamment fortement l'art abstrait américain (Impressionnisme abstrait, Abstraction gestuelle...), et des artistes tels que Mark Rothko, Mark Tobey, Joan Mitchell, Philip Guston, Jackson Pollock... Une superbe, et par ailleurs très sobre, exposition est consacrée (jusqu'au 20 août au Musée de l'Orangerie) à cet héritage artistique. On y perçoit clairement comment les artistes américains ont pu emprunter concrètement à l'approche de Monet, et comment, surtout, ils s'en sont décalés pour aller ailleurs, suivre leurs propres cheminements plastiques : l'expression d'affects et de forces intérieures notamment, prenant le pas sur toute idée de figuration ou de rendu de la réalité extérieure. Fascinante libération. La propriété c'est l'envol L'exposition de la galerie Spacejunk,

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La Loi n’a pas dû marcher : "En guerre"

On ne Loach rien ! | « Celui qui combat peut perdre. Celui qui ne combat pas a déjà perdu. » Citant Brecht en préambule, et dans la foulée de La Loi du marché, Stéphane Brizé et Vincent Lindon s’enfoncent plus profondément dans l’horreur économique avec ce magistral récit épique d’une lutte jusqu’au-boutiste pour l’emploi. En compétition à Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

La Loi n’a pas dû marcher :

Quand la direction de l’usine Perrin annonce sa prochaine fermeture, les représentants syndicaux, Laurent Amédéo en tête, refusent la fatalité, rappelant la rentabilité du site, les dividendes versés par la maison-mère allemande aux actionnaires, les sacrifices consentis. Une rude lutte débute… Nul n’est sensé ignorer La Loi du marché (2015), pénultième réalisation de Stéphane Brizé, qui s’intéresse à nouveau ici à la précarisation grandissante des ouvriers et des employés. Mais il serait malvenu de lui tenir grief d’exploiter quelque filon favorable : cela reviendrait à croire qu’il suffit de briser le thermomètre pour voir la fièvre baisser. Mieux vaudrait se tourner vers les responsables de ces situations infernales conduisant le vulgum pecus à crever de préférence la gueule fermée. Des responsables que Brizé, et Lindon son bras armé, désignent clairement, révèlent dans leur glaçant cynisme et la transparence de leur opacité.

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Rōnins canins : "L’Île aux Chiens"

Le Film de la Semaine | Wes Anderson renoue avec le stop motion pour une fable extrême-orientale contemporaine de son cru, où il se diversifie en intégrant de nouveaux référentiels, sans renoncer à son originalité stylistique ni à sa singularité visuelle. Ces Chiens eussent mérité plus qu’un Ours argenté à Berlin.

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

Rōnins canins :

Sale temps pour les cabots de Megasaki ! Prétextant une épidémie de grippe canine, le maire décide de bannir tous les toutous et de les parquer sur une île dépotoir. Atari, 12 ans, refuse d'être séparé de son Spots adoré. Il vole un avion pour rallier l’Île aux Chiens. Ce qu’il y découvrira dépasse l’entendement… Peu de cinéastes peuvent se targuer d’être identifiables au premier coup d’œil, qu’ils aient signé un film d’animation ou en prises de vues réelles. Tel est pourtant le cas de Wes Anderson, dont le cosmos se trouve, à l’instar d’une figure fractale, tout entier contenu dans la moindre de ses images. Martelée par trois tambourineurs asiates dans une pénombre solennelle, l’ouverture de L’Île aux Chiens est ainsi, par sa “grandiloquente sobriété”, un minimaliste morceau de bravoure andersonien en même temps qu’une mise en condition du public. Au son mat des percussions, celui-ci entame sa plongée dans un Japon alternatif nuke-punk, synthèse probable entre le bidonville de Dodes'kaden ! et le sur-futurisme c

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Xavier Giannoli : ”Un appel vers le mystère“

L'Apparition | Après Marguerite, Xavier Giannoli revient avec L’Apparition. Vincent Lindon y campe un journaliste envoyé par le Vatican dans les Alpes, où une jeune fille affirme avoir eu une apparition de la Vierge. L’enquête est ouverte… Propos recueillis par Vincent Raymond & Aliénor Vinçotte

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Xavier Giannoli : ”Un appel vers le mystère“

Qu’est-ce qui vous a mené sur ce chemin de la foi ? Xavier Giannoli : Je ne crois pas que L’Apparition soit un film sur le chemin de la foi. J’ai lu un fait divers où il était question d’une enquête canonique — c’est-à-dire une enquête diligentée par un évêque pour essayer de faire la lumière sur un fait surnaturel, “apparitionnaire”. J’ai tout de suite compris que c’était un sujet de film, de cinéma très romanesque et très intéressant. J’ai été baptisé, j’ai reçu une éducation chrétienne, mais je ne suis pas pratiquant et je pense comme tout le monde que cette question du religieux, de la foi, de l’existence ou de l’absence de Dieu est une question essentielle de nos vies. J’avais l’intuition que l’enquête était une proposition cinématographiquement forte et originale. Si ce n’est pas un film sur la foi, alors qu’en est-il ? C’est un film sur le doute. Des films sur la foi, j’en ai vu. Là, ce qui m’intéressait, c’est d’avoir le point de vue d’un sceptique sur un mystère. J’ai donc une approche documentaire, argumentée et étayée par une lon

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En présence d’un doute : "L'Apparition"

Mystère mystérieux | de Xavier Giannoli (Fr, 2h21) avec Vincent Lindon, Galatea Bellugi, Patrick d’Assumçao…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

En présence d’un doute :

Encore blessé et traumatisé par la mort d’un confrère sur le terrain, un reporter de guerre accepte de sortir de sa prostration quand un évêque du Vatican lui demande de participer à une enquête canonique : une jeune fille prétend que la Vierge lui est apparue, mais rien n’est moins sûr… Xavier Giannoli traite ici, comme dans nombre de ses réalisations précédentes — ses courts-métrages y compris —, d’une fascination pour une forme d’aura inexplicable ; la grâce mystique prenant dans L’Apparition le relai de la notoriété (Superstar), du charisme (Quand j’étais chanteur) ou du (non-)talent artistique (Marguerite). À cette note fondamentale, il ajoute un autre thème récurrent et souvent complémentaire : la dissimulation et l’usurpation de qualité. Pour les figures centrales de ses fi

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"Rodin" : mâle de pierre

Le Film de la Semaine | Pour commémorer le centenaire de sa disparition, Jacques Doillon statufie Auguste Rodin dans ses œuvres. L’incandescence contenue de Vincent Lindon et le feu d’Izïa Higelin tempèrent heureusement une mise en scène par trop classique. En lice à Cannes 2017.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

De 1880 à l’aube du XXe siècle, quelques particules de la vie d’Auguste Rodin : sa notoriété naissante, la passion fusionnelle vécue avec son élève et muse Camille Claudel, sa gloire parmi ses pairs émaillée de scandales artistiques, son caractère d’ursidé… Malgré son titre lapidaire et globalisant, ce Rodin ne prétend pas reconstituer l’entièreté de l’existence du sculpteur sous des tombereaux de détails mimétiques. Aux antipodes de ces émollientes hagiographies du type Cézanne et moi, Doillon opte en effet pour une approche impressionniste, en pierre brute, évoquant la démarche de Pialat dans Van Gogh — le temps et l’obstination rapprochent par ailleurs les deux plasticiens, aux fortunes pourtant diamétralement opposées. Buriné Malgré cela, Doillon ne parvient pas à se défaire d’une forme de pesanteur académique et conformiste. Cinéaste du heurt, de la parole torrentielle, d’une vie surgissante et spontanée, il se tr

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"La Danseuse" : au nom de la Loïe

ECRANS | de Stéphanie Di Giusto (E-U, 1h48) avec Soko, Gaspard Ulliel, Mélanie Thierry…

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

Rétablir dans sa vérité Loïe Fuller, l’une des fondatrices de la danse contemporaine injustement éclipsée par la postérité d’épigones plus charismatiques — ou plus rouées, à l’image d’Isadora Duncan —, tel était le propos de Stéphanie Di Giusto. Une démarche louable et sincère… pour un résultat un peu bancal. Certes, la cinéaste mène à bien sa mission réhabilitation : Fuller ressort du film auréolée d’un statut de première artiste multimédia du XXe siècle ; d’instinctive de génie ayant su mêler spectacle vivant, sons et lumières avec un perfectionnisme confinant à la folie — le fait que la polyvalente (et gentiment… azimutée) Soko l’incarne contribue à dessiner la silhouette d’une créatrice éprise autant d’absolu que du désir de bouger les lignes. Mais la réalisation manque d’une audace à la hauteur du personnag

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La Danseuse

ECRANS | Au lendemain de l’ouverture de la 17e Biennale lyonnaise, la danse s’insinue partout, y compris au cinéma avec l’avant-première du premier long-métrage de (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 septembre 2016

 La Danseuse

Au lendemain de l’ouverture de la 17e Biennale lyonnaise, la danse s’insinue partout, y compris au cinéma avec l’avant-première du premier long-métrage de Stéphanie Di Giusto, La Danseuse. Retraçant la carrière de Loïe Fuller, célèbre pour ses chorégraphies serpentines et ses voiles virevoltants, il narre aussi sa relation passionnée avec sa future rivale, Isadora Duncan. La projection se fera en présence de la cinéaste et de l’interprète du rôle-titre, Soko. Au Pathé Bellecour le jeudi 15 septembre à 20h30

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"Voir du pays" : réparer les survivantes

Et Aussi | De retour d’une opération traumatisante en Afghanistan, un contingent de bidasses fait escale dans une résidence hôtelière à Chypre, histoire de procéder à un (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 septembre 2016

De retour d’une opération traumatisante en Afghanistan, un contingent de bidasses fait escale dans une résidence hôtelière à Chypre, histoire de procéder à un “débriefing” collectif. Perturbés par les touristes autant que par les sessions de reconditionnement psychologique, certains soldats, en particulier les engagées, reconsidèrent leur place sous les drapeaux… C’est une armée de métier pas franche du collier — pléonasme ? — qui est ici décrite. Pour gommer ses bévues et échecs, elle fait preuve d’un raffinement suprême en usant d’une méthode de coercition psychique et non physique (donc, ne laissant pas de traces) déguisée en programme d’aide. Une opération blanche, puisqu’elle se montre par ailleurs incapable de gérer la mixité dans ses troupes, révélant que le pire danger pour des soldates, ce n’est pas le front, mais leur promiscuité avec leurs “frères” d’armes… Une démonstration un brin pesante pour une issue ne faisant aucun doute dès les premiers plans : l’apathie de la hiérarchie bloquée sur son joujou numérique, les images folkloriques des nuits chypriotes, le côté hommasse surjoué des troufionnes… Tout cela marche un peu trop au pas. Rompez !

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Terry Riley prend un ticket pour l'Africa Express

Nuits de Fourvière | Terry Riley est une figure de la musique minimaliste dont l'œuvre emblématique reste sans aucun doute la transcendante pièce In C, composée en 1964 en (...)

Sébastien Broquet | Mardi 21 juin 2016

Terry Riley prend un ticket pour l'Africa Express

Terry Riley est une figure de la musique minimaliste dont l'œuvre emblématique reste sans aucun doute la transcendante pièce In C, composée en 1964 en Californie et régulièrement interprétée depuis. Écrite pour 35 musiciens, potentiellement plus ou moins, elle est particulière dans le sens où elle laisse une grande liberté d'improvisation : elle est composée de 53 motifs qui doivent être joués dans l'ordre et répétés par tous les interprètes, mais ces derniers choisissent le nombre de fois où ils répètent chacun des phrasés, et ils doivent parfois s'interrompre pour écouter l'ensemble avant de reprendre. De plus, tous les instruments sont les bienvenus. Comme une impression d'infini, d'état onirique après des heures dans un train lancé au mitan de paysages inconnus, qui influença grandement le krautrock (cf. le E2-E4 de Manuel Göttsching). À la lecture de cette introduction, l'on saisit aisément tout l'intérêt du voyage effectué sur le continent africain par cette pièce historique : comme un retour aux sources de la m

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Dhafer Youssef au musée des Confluences

Jazz Days | S'il est né en Tunisie en 1967, il est fort difficile de résumer Dhafer Youssef à une origine ou à une époque : ce joueur de oud virtuose s'ingénie au (...)

Sébastien Broquet | Mardi 26 avril 2016

Dhafer Youssef au musée des Confluences

S'il est né en Tunisie en 1967, il est fort difficile de résumer Dhafer Youssef à une origine ou à une époque : ce joueur de oud virtuose s'ingénie au fil des années à brouiller les pistes et à marier les répertoires, naviguant d'un monde à l'autre, d'un continent au suivant. Même quand on l'invite pour un concert comme le fait le musée des Confluences, le Tunisien multiplie les perspectives : car ce n'est pas moins de trois concerts qu'il offre à ceux qui sont aussi curieux que lui. Outre celui en compagnie de Dave Holland ce mardi, le voici se présentant ce jeudi pour un voyage aux confins de la Perse et surtout une exceptionnelle rencontre avec son ami Ballaké Sissoko le samedi 30, pour une virée dans les contrées des griots. Avec ce maître malien de la kora, connu aussi pour ses collaborations en compagnie de Vincent Ségal, l'accord s'annonce parfait d'autant que le Norvégien Eivind Aarset les épaulera solidement. Grand moment en perspective pour amoureux de musiques sans étiquette.

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La Passion d'Augustine

ECRANS | de Léa Pool (Can, 1h43) avec Céline Bonnier, Lysandre Ménard, Diane Lavallée…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

La Passion d'Augustine

Associer bonnes sœurs et musique s’avère une recette toujours payante, surtout si l’on montre ces austères vestales dans des situations a priori inappropriées (s’opposant à leur hiérarchie, bougeant en rythme…). Avec son titre aux faux-airs canailles pour chaînes cryptées, La Passion d’Augustine n’a rien d’une comédie chantée façon Sister Act. Et pour les Québécois qui l’ont plébiscité, ce film relate surtout deux événements majeurs concomitants : la fin du contrôle du système éducatif par l’Église et l’abandon des tenues de religieuses classiques décrété par le concile Vatican II : deux évolutions allant dans le sens de la modernité. Mais si la progressiste sœur Augustine consent à adopter une vêture moins empesée, elle demeure rétrograde sur le chapitre de l’enseignement : obnubilée par son amour pour la musique, la nonne s’accroche au couvent qu’elle dirige, avec un entêtement de pécheresse — il est vrai que la bougresse a eu une vie de femme avant ses vœux… Pour éviter les maux de tête causés par ce paradoxe, on se bornera à suivre le merveilleux parcours de la jeune pianiste virtuose (mais sauvageonne) cornaquée par Augustine. En mettant son espr

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Good Luck Algeria

ECRANS | de Farid Bentoumi (Fr, 1h30) avec Sami Bouajila, Franck Gastambide, Chiara Mastroianni…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Good Luck Algeria

Aux origines, une belle histoire… qui donne naissance à un film joliment ourlé. Pas si fréquent sous nos latitudes, alors qu'Hollywood est coutumier de ces contes exaltant le dépassement de soi, forgés à partir d’un exploit individuel accompli dans un cadre absurde. Comparable au mémorable Rasta Rocket (1994) et voisin de Eddie the Eagle (narrant le parcours du premier sauteur à ski olympique britannique, en avril sur les écrans), Good Luck Algeria s’inspire des rocambolesques péripéties du frère du réalisateur, un Rhônalpin désireux de concourir pour les JO et “promené” par les responsables de la fédération algérienne de ski, moins intéressés par l’athlète que par l’aubaine d’une subvention à détourner — des notables ici moqués avec causticité. À partir de l’anecdote familiale, Farid Bentoumi tisse un scénario plus complexe, où le résultat devient annexe, le défi seul étant prétexte à une redécouverte par le héros, Sam, de ses origines doubles ainsi qu’à une mise à plat des rapports entre lui, son père et ses oncles restés au bled. Si pour la course Sam affiche son attachement au drapeau paternel (ses racines retro

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Les Chevaliers blancs

ECRANS | S’inspirant de l’affaire de l’Arche de Zoé, Joachim Lafosse confie à un Vincent Lindon vibrant un rôle d’humanitaire exalté prêt à tout pour exfiltrer des orphelins africains. L’année 2016 pourrait bien être aussi faste que la précédente pour le comédien récompensé à Cannes avec "La Loi du marché".

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Les Chevaliers blancs

Qu’il situe ses histoires dans le cadre intime d’une famille en train de se disloquer (Nue Propriété, À perdre la raison) ou, comme ici, au sein d’un groupe gagné par le doute et miné par les tensions, Joachim Lafosse suit film après film des shémas psychologiques comparables : il décrit des relations excessives, où un dominateur abusif exerce une subjugation dévastatrice sur son entourage. Cette figure charismatique n’est pas toujours ab initio animée d’intentions malveillantes : le personnage que joue Lindon dans Les Chevaliers blancs est mu par une mission humanitaire qu’il considère comme supérieure à toute autre considération, toute contingence, y compris la sécurité des membres de son équipe. La poursuite orgueilleuse de son idéal va le faire glisser dans une spirale perverse. Hors de tout manichéisme, Lafosse ne réduit pas ce mentor déviant aux seuls effets de sa malignité : sans chercher à l’exonérer, il le montre dévoré par de sincères souffrances ; pareil au Drogo du Désert des Tartares, écrasé par la chaleur, l’attente, l’impatience — plus éprouvé et manipulé en s

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La Loi du marché

ECRANS | Comment un chômeur de longue durée se retrouve vigile et fait l’expérience d’une nouvelle forme d’aliénation par le travail : un pamphlet de Stéphane Brizé, radical dans son dispositif comme dans son propos, avec un fabuleux Vincent Lindon. Critique et propos du cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 18 mai 2015

La Loi du marché

Thierry, 51 ans, 20 mois de chômage derrière lui, constate avec calme l’aporie sociale dans laquelle il se trouve : d’abord face à un conseiller Pôle Emploi qui a bien du mal à lui donner le change, puis à la table d’un café où ses anciens collègues syndiqués tentent de lui expliquer qu’il faut attaquer le mal à la racine. Et la racine, c’est la malhonnêteté et l’avarice du patron qui les a licenciés. Mais Thierry n’en démord pas : il veut seulement du travail pour sortir de cette foutue précarité dans laquelle il se trouve, cesser d’épousseter les meubles et faire vivre sa famille — dont un fils handicapé. Alors, de guerre lasse, il accepte un emploi de vigile dans un centre commercial, où on l’initie à la surveillance des clients, mais aussi des autres employés. L’itinéraire de Thierry a tout de la fiction édifiante, proche sur le papier de ceux accomplis par les personnages des frères Dardenne. Mais Stéphane Brizé a sa propre manière de filmer conflits moraux et injustices sociales liés au monde du travail. Celle-ci repose, comme c’était déjà le cas dans son très beau film précédent,

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Journal d’une femme de chambre

ECRANS | Même si elle traduit un certain regain de forme de la part de Benoît Jacquot, cette nouvelle version du roman d’Octave Mirbeau a du mal à tenir ses promesses initiales, à l’inverse d’une Léa Seydoux épatante de bout en bout. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Journal d’une femme de chambre

Après Jean Renoir et Luis Buñuel, Benoît Jacquot tente donc une nouvelle adaptation du livre d’Octave Mirbeau avec Léa Seydoux dans le rôle de Célestine, bonne à tout faire envoyée de Paris vers la Province pour servir les bourgeois Lanlaire. Co-écrit avec la jeune Hélène Zimmer — réalisatrice d’un premier long, À 14 ans, sorti le mois dernier en salles — ce Journal d’une femme de chambre a l’ambition de revenir au roman initial en en sélectionnant les épisodes plutôt qu’en l’actualisant. Pendant trente minutes, le film s’inscrit dans la droite ligne des Adieux à la Reine : la caméra et les comédiens prennent de vitesse la reconstitution historique, tandis que Jacquot, au diapason de son héroïne, pointe avec sarcasme les rapports de pouvoir et ce qui va avec — abus de pouvoir et droit de cuissage. C’est ce qui séduit le plus dans cette ouverture, sans doute ce que Jacquot a filmé de plus brillant depuis des lustres : comment, en replongeant dans la France du début du XXe siècle, il offre un commentaire très pertinent sur la nôt

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Soko en total look Cure

MUSIQUES | Soko se dit à ce point hyper-sensible qu'en réaction on finit par être hyper-sensible à son hyper-sensibilité de jeune femme/artiste torturée qui semble crier au (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 10 mars 2015

Soko en total look Cure

Soko se dit à ce point hyper-sensible qu'en réaction on finit par être hyper-sensible à son hyper-sensibilité de jeune femme/artiste torturée qui semble crier au loup pour qu'on la regarde. Il n'en demeure pas moins que c'est dommage : car aussi agaçant que soit le personnage, l'"artiste", elle, n'a pas besoin de ça pour exister. Après I Thought I Was an Alien, qui l'avait fait plus que remarquer, Soko, également comédienne, avait laissé entendre qu'elle arrêtait la musique – un musicien qui déclare qu'il va arrêter est à peu près aussi crédible qu'un Jean-Michel Aulas affirmant intransférable sa star du moment, des dollars plein les yeux. Elle n'en a rien fait ou plutôt si, puisqu'elle en fait une autre, de musique : du folk façon "chaton violent", Soko est passée à la new-wave tubesque, Echo & The Bunnymen, The Cure (ses idoles) et Siouxsie sont entrés dans sa tête (qu'elle a aujourd'hui peroxydée façon Blondie). Une approche pas si saugrenue : là où son folk était très ancré dans le présent, son présent, ici Soko se soigne en regardeant en arrière et se glisse donc dans le costume ad hoc de sonorités eighties, celle

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UN CNSMD sans frontière

MUSIQUES | Pour la cinquième édition de ses "nuits festives", le Conservatoire Supérieur de Musique et de Danse de Lyon entend nous faire passer une "Nuit (...)

Pascale Clavel | Mardi 4 novembre 2014

UN CNSMD sans frontière

Pour la cinquième édition de ses "nuits festives", le Conservatoire Supérieur de Musique et de Danse de Lyon entend nous faire passer une "Nuit transfrontalière" qui s'annonce étonnante. Et adresse là, en ces temps où les frontières ont plutot tendance à se fermer, un message quasi politique – qu'elle répètera à deux reprises ultérieurement dans la saison, articulant chaque soirée comme trois volets d’une seule et même œuvre. Et qui mieux que l’inclassable violoncelliste Vincent Ségal pour s'en faire l'écho ? Véritable touche-à-tout, le prochain invité de nos PB Live (au Temple Lanterne le 28 novembre avec Piers Faccini) expérimente avec avidité tout ce qui lui tombe sous l'archet : de la pop au hip-hop, de la musique africaine à l’électro, il cherche et recherche des mélanges d’une texture toujours inattendue. Dans une première partie en forme de carte blanche, il associera ainsi les classes de violoncelle, viole de gambe et violoncelle baroque pour ce qui promet d'être un beau moment de décalage, avant de s'offrir un tête-à-tête avec le griot malien et maître de la kora à vingt-et-une cordes Ballaké Sissoko. Les deux hommes ont beau être complices depuis longte

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3 Cœurs

ECRANS | De Benoît Jacquot (Fr, 1h46) avec Benoît Poelvoorde, Chiara Mastroianni, Charlotte Gainsbourg, Catherine Deneuve…

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

3 Cœurs

Benoît Jacquot ne se prive pas pour définir 3 Cœurs comme un «thriller sentimental» ; et il ne lésine pas sur les moyens pour le faire comprendre au spectateur dans l’introduction, où, en plus des notes sombres qui parsèment la musique mélodramatique de Bruno Coulais, circule un climat fantomatique pour narrer le coup de foudre entre un type qui vient de rater son train —Pœlvoorde — et une fille qui erre dans les rues — Gainsbourg. Ils se donnent rendez-vous à Paris, mais en chemin, il est foudroyé par une attaque cardiaque. Cette entame étrange, abstraite, à la lisière du fantastique, est en effet ce que Jacquot réussit le mieux, le moment où sa mise en scène dégage une réelle inquiétude. En revanche, tandis que l’histoire se resserre autour d’un nœud sentimental — confectionné grâce à un sacré coup de force scénaristique — où Poelvoorde tombe amoureux de la sœur de Gainsbourg (Chiara Mastroianni) ignorant les liens qui les unissent, le suspense est comme grippé par l’approche psychologique et réaliste du cinéaste. Il faut dire que lorsque Jacquot tente de ramener de la quotidienneté dans le récit — que ce soit les séquences à la direction des impôts,

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Mea culpa

ECRANS | De Fred Cavayé (Fr, 1h30) avec Vincent Lindon, Gilles Lellouche…

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Mea culpa

«Sur une idée d’Olivier Marchal» nous dit le générique de fin. Tout s’explique ! L’idée en question est en fait un fonds de commerce : un ex-flic traumatisé et au fond du trou va tenter de se racheter en protégeant son fils et en flinguant à tout va du méchant, ici des gangsters serbes dont les motivations sont très sommairement résumées : «les filles et la came». Justice expéditive, tirage de tronches et gros accès de virilité sont donc au programme, mais là n’est pas le problème de cet actionner à la française. Il y a d’un côté la minceur du scénario — pas grave — et de l’autre sa farandole d’incohérences, que Cavayé tente de noyer sous une pluie de fusillades, poursuites et bastons qui ne justifient jamais la réputation de "bon artisan" appliquée un peu vite au cinéaste. Rien ne tient debout donc, que ce soit la gestion du temps, de l’espace ou de l’élémentaire réalisme des situations — les flics interviennent une bonne heure après un carnage homérique dans une boîte de nuit, une bagnole va plus vite qu’un TGV… On a tendance à fustiger l’état de la comédie française ; mais entre Besson, Cavayé et Marchal, le polar d’ici n’est pas for

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Les Salauds

ECRANS | De Claire Denis (Fr, 1h40) avec Vincent Lindon, Chiara Mastroianni…

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Les Salauds

J’ai pas sommeil, Trouble every day, Les Salauds : trois films qui, dans l’œuvre de Claire Denis, forment une sorte de trilogie de l’horreur, où elle fouille les désirs monstrueux pour en sortir des récits en forme de cauchemars éveillés. On peut aussi y voir l’asymptote d’une carrière, du vouloir-dire omniprésent (J’ai pas sommeil) à un plus rien à dire franchement gênant (Les Salauds), avec au milieu un point d’équilibre fragile (Trouble every day, son meilleur film). Les Salauds donc, est une sorte de magma filmique incohérent, que ce soit dans l’enchaînement des séquences ou celui des plans, où Denis s’enfonce dans le ridicule à mesure qu’elle s’approche de l’immontrable. Grotesque, ce plan récurrent de Lola Creton avançant nue sur une route le vagin ensanglanté ; ridicules, ces scènes de cul entre Lindon et Mastroianni ; risible, ce porno final qui semble répondre à ceux que projetait Lynch dans Lost highway. Tout cela paraît assemblé à l’arrache sur un banc de montage, comme un work in progress dénué de sens, masquant à grand pe

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The Delano Orchestra

MUSIQUES | EITSOYAM (Kütü Folk/Differ-ant)

Stéphane Duchêne | Lundi 4 février 2013

The Delano Orchestra

A sa manière, le label Clermontois Kütü Folk a toujours été l'équivalent français de son collègue canadien Constellation. Au sens où chez l'un, Kütü, comme chez l'autre, Constellation – qui ajoute une dimension résolument politique à sa raison d'être –, l'on ne voit la pratique musicale et tout ce qui l'entoure que comme un artisanat. Ce qui, outre la découverte de quelques talents bien salés, a longtemps valu à Kütü Folk, d'être le label-où-l'on-coud-ses-pochettes-à-la-main – un usage de l'aiguille alors bien peu répandu dans l'univers du rock. Xxx De ce collectif devenu label qui abrite aujourd'hui joyaux locaux (St Augustine, également membre fondateur, Zak Laughed) aussi bien qu'« estrangers » (Hospital Ships, SoSo), The Delano Orchestra tire depuis toujours plus ou moins les ficelles. Longtemps celles-ci son restées résolument folk. Mais comme le label, TDO a opéré avec l'énigmatique EITSOYAM une mue esthétique aussi impressionnante que légèrement entrevue sur leur précédent disque Will anyone else leave me. Dans une atmosphère amniotique et une lumière de nuit américaine qui vire au crépuscule islandais avorté –

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Quelques heures de printemps

ECRANS | Un fils sort de prison et renoue des rapports électriques avec sa mère malade. Avec ce film poignant emmené par une mise en scène sans psychologie ni pathos et deux comédiens incroyables, Stéphane Brizé s’affirme comme un grand cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 14 septembre 2012

Quelques heures de printemps

C’est un malentendu qui persiste et qui s’agrandit : un fils, Alain, et sa mère, Yvette, deux échoués de la classe moyenne dans une banlieue pavillonnaire en Bourgogne. Lui vient de purger un an et demi de prison pour une connerie qui lui a coûté cher, elle souffre d’une tumeur au cerveau dont l’avancée inéluctable la pousse à envisager un suicide assisté en Suisse. Les voilà à nouveau sous le même toit, mais les épreuves ne les rapprochent pas ; au contraire, le fossé du ressentiment qui a toujours existé entre eux se creuse encore. Un ressentiment qui est surtout affaire de non-dits. Dans Mademoiselle Chambon, Stéphane Brizé mettait en scène des silences qui en disaient long sur le désir et le sentiment amoureux ; avec Quelques heures de printemps, le silence se fait douloureux, blessant, cruel. Commencé à la manière d’Un mauvais fils de Sautet, le film bifurque peu à peu vers un territoire qui lui est propre, où le cinéaste observe la dernière tentative de communication entre Alain et Yvette avec un vérisme constant (de l’accent des p

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Un beau petit saint

MUSIQUES | C'est le scoop de la semaine : le Transbordeur s'agrandit avec une troisième scène. Inutile d'en chercher trace sur votre prochaine feuille d'impôts locaux (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 21 juin 2012

Un beau petit saint

C'est le scoop de la semaine : le Transbordeur s'agrandit avec une troisième scène. Inutile d'en chercher trace sur votre prochaine feuille d'impôts locaux ou dans la rubrique Bâtiment et Travaux Publics des annonces en ligne de Pôle Emploi, l'équipe de Cyrille Bonin a simplement eu la bonne idée de s'étendre hors les murs, là où se dressait déjà un bar extérieur. Le nouvel espace ainsi délimité accueillera d'ici la trêve estivale un bal et quatre concerts baptisés «Summer Sessions». Et c'est le dénommé Saint-Augustine, figure de proue du collectif Kütu Folk (lequel, depuis le mitan des années 2000, fait fructifier l'héritage des grandes plumes de l'americana comme personne n'avait su le faire dans ce pays jusqu'alors), qui aura l'insigne honneur de l'inaugurer dimanche 1er juillet. Un perfect match, ainsi qu'on le dit en Anglo-Saxonnie, tant les chansons de ce jeune Clermontois, amples et délicates comme peuvent l'être celles de Bill Callahan ou Grandaddy, ont le chic pour vous donner envie de vous affaler dans l'herbe tel un ourson repu d'ultraviolets et d'eau minérale (ne chipotons pas, entre Valvert l'Ardennaise ou Volvic l'Auvergnate, c'est bouchon bleu et

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Faust

ECRANS | Dernier volet de la tétralogie d’Alexandr Sokourov, Faust emmène son cinéma vers des cimes de sophistication visuelle, longue hallucination cinématographique dont le texte très littéraire servirait de guide raisonné. Une expérience épuisante mais assez inoubliable. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 14 juin 2012

Faust

Faust arrive sur les écrans près d’un an après son sacre à la Mostra de Venise, mais il paraît appartenir déjà à une autre époque. Reste à savoir si cette époque est un futur proche où l’image numérique aurait été assimilée par les metteurs en scène les plus exigeants pour transcender leur cinéma ou un passé renvoyant à l’avant-garde de l’Est (Faust rappelle autant l’onirisme tchèque que le cinéma soviétique)… Ainsi, le 4/3 aux bords arrondis et le sfumato d’une image tirant vers le sépia signée Bruno Delbonnel (le chef opérateur de Jeunet) rencontrent des effets spéciaux inattendus, comme lors de ce subjuguant plan d’ouverture où un miroir traverse les nuages pour aller se déposer sur une petite ville elle aussi hors du temps. Passé et présent, jeunesse et éternité : c’est aussi Goethe qui rencontre l’imaginaire stylisé d’Alexandr Sokourov ou, bien sûr, le professeur Faust qui croise le chemin du Diable. Le Diable par la queue Comme Cosmopolis de Cronenberg, Faust est un film de texte et de mise en scène. On ne peut pas vraiment

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Bye Bye Blondie

ECRANS | De Virginie Despentes (Fr, 1h37) avec Béatrice Dalle, Emmanuelle Béart, Pascal Greggory...

Jerôme Dittmar | Vendredi 16 mars 2012

Bye Bye Blondie

Bloquée dans les 80's, ses années rebelles, Virginie Despentes continue de brandir le drapeau usé d'un féminisme baddass. Pour preuve Bye Bye Blondie, chronique sentimentale d'un couple de filles sous la forme vertigineuse et balourde d'un avant (l'adolescence et les années no future) après (l'embourgeoisement et l'âge adulte). Adaptation par elle-même de son roman, Despentes filme donc Gloria la punkette fan des Bérus devenue artiste au RSA, et Frances, son amoureuse en Fred Perry, qui deviendra star de la télé, mariée à un romancier gay pour une union libre. En se réunissant à quarante ans pour le grand amour, c'est évidemment plus que les sentiments qui sont mis à l'épreuve, mais les rêves de jeunesse au travers de la sexualité. Despentes se penche ainsi sur la fin des utopies, qu'elle découvre après tout le monde, pour un film nostalgique et utopique où l'âme punk (à choyer) fait un peu de peine. Depuis Baise moi, la mise en scène est devenue insipide et conformiste. Tout s'explique.Jérôme Dittmar

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Toutes nos envies

ECRANS | De Philippe Lioret (Fr, 2h) avec Marie Gillain, Vincent Lindon…

Dorotée Aznar | Mercredi 2 novembre 2011

Toutes nos envies

«Librement inspiré du roman d’Emmanuel Carrère», dit le générique. C’est un euphémisme. De D’autres vies que la mienne, Philippe Lioret n’a retenu que le squelette : le dernier combat d’une juge atteinte d’une maladie incurable contre les sociétés de crédit provoquant sciemment le surendettement de leurs clients. Tout le reste n’est qu’un remake de son précédent Welcome. Le plus frappant, c’est l’absence d’urgence dans la narration : plus occupé à mettre en scène les silences que l’action, Lioret en oublie que son sujet repose sur un double contre-la-montre. Seul le mélodrame l’intéresse ; même quand il invente une mère de famille surendettée, c’est pour la dépeindre comme une femme exemplaire (on n’est pas chez les Dardenne) et en faire une future maman de substitution à la juge condamnée. On ne s’intéresserait aux problèmes des autres que quand ils finissent par s’inviter dans notre quotidien… Chez Carrère, la chose était bien plus métaphysique ! Même le trouble amoureux qui devrait naître entre Gillain et Lindon ne donne lieu qu’à de pauvres rebondissements vite évacués par la pudibonderie du récit. Tout ici est aseptisé, plat, surtout le jeu des ac

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Les Bien-aimés

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 2h15) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier…

Christophe Chabert | Samedi 9 juillet 2011

Les Bien-aimés

Une mère et sa fille. Dans les années 60, la mère (Ludivine Sagnier) fait la pute pour se payer des chaussures et tombe amoureuse d’un médecin tchèque qu’elle quitte au moment du Printemps de Prague. Au début des années 2000, la fille (Chiara Mastroianni) s’éprend d’un gay malade du sida, tandis que la mère (Catherine Deneuve) retrouve son amant de l’époque (Milos Forman). Plus que jamais, le cinéma de Christophe Honoré joue de la référence (Truffaut et ses romans cinématographiques est le grand parrain du film) mais aussi de l’autoréférence : comme dans Les Chansons d’amour, Alex Beaupain a composé de pénibles intermèdes musicaux, sans doute ce qu’il y a de moins bien dans le film. Pénible aussi, la capacité d’Honoré dialoguiste à mettre dans la bouche de ses acteurs un texte bourré de poncifs sentencieux sur l’amour, la vie, le temps qui passe. Ratée enfin, l’évocation de l’époque : la reconstitution au début donne une sensation désagréable d’entre-deux, ni rigoureuse, ni fantaisiste, et quand le 11 septembre passe par là, on change vite de chaîne. Si Les Bien-aimés s’avère toutefois supérieur aux précédents Honoré, c’est grâce à l’énergie fantasque que lui c

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Pater

ECRANS | Alain Cavalier, président de la République, nomme Vincent Lindon Premier ministre, tâche qu’il prend très au sérieux, au point de se lancer dans la course à l’investiture contre son mentor. Ce n’est que du cinéma, bien sûr, mais à ce point d’intelligence ludique, le cinéma est bien plus que la réalité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 juin 2011

Pater

Il était une fois un cinéaste qui avait un acteur pour ami, et qui voulait faire un film avec lui. Précision importante : ce cinéaste, qui s’appelle Alain Cavalier, se méfie depuis vingt ans des acteurs professionnels et de la machinerie qu’implique un tournage de fiction, préférant filmer seul avec sa petite caméra des instants de réalité qu’il transforme par son regard singulier en spectacle cinématographique. Autre précision : l’acteur-ami, c’est Vincent Lindon, sans doute le comédien le plus passionnant du cinéma français, celui qui n’est jamais là où on l’attend, traversant tous les territoires avec un mélange de curiosité et d’intégrité. La rencontre entre ces deux figures rétives à la classification paraît tomber sous le sens, mais de quel film pouvait-elle accoucher ? Pater est d’abord l’histoire de ce tâtonnement : Cavalier retrouve Lindon dans un hôtel, ils discutent sans but précis, notamment de l’emploi du temps de Lindon (il tourne simultanément La Permission de minuit). Et puis, par un coup de force que Cavalier rend immédiatement naturel, les voilà de chaque côté d’une table : Alain Cavalier est président de la République, et il nomme Vincent Lin

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La Permission de minuit

ECRANS | De Delphine Gleize (Fr, 1h50) avec Vincent Lindon, Quentin Challal, Emmanuelle Devos…

Christophe Chabert | Mercredi 23 février 2011

La Permission de minuit

La Permission de minuit permet à Delphine Gleize de sublimer le thème qui parcourait ses courts et ses longs-métrages : la question de la normalité face au pathologique. À travers l’amitié entre un médecin quinquagénaire et un adolescent atteint d’une maladie génétique rare lui interdisant de s’exposer à la lumière, la cinéaste aborde la question avec la bonne distance. La maladie et le cérémonial qui l’entoure (des combinaisons futuristes, une maison aux vitres teintées…) introduisent une étrangeté presque fantastique dans le récit. Les rapports entre David et Romain, très crus et loin du sérieux de la relation médecin patient, sont un autre contre-pied au mélodrame attendu. Le choix de Vincent Lindon, acteur intense et intègre, est pour beaucoup dans ce naturel bienvenu. Dommage que Gleize soit meilleur cinéaste que scénariste : le deuxième acte perd du temps avec le personnage-fonction d’Emmanuelle Devos, et le film n’arrive pas à se choisir une fin. Il faut dire qu’il trouve son point d’orgue bien plus tôt, dans une très belle et très gonflée scène d’amour entre deux ados où Gleize ne détourne pas plus le regard de la nudité qu’elle ne le faisait de la maladie. CC

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Homme au bain

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 1h12) avec François Sagat, Chiara Mastroianni…

Christophe Chabert | Mardi 14 septembre 2010

Homme au bain

On ne voit que le scandaleux film de Valérie Donzelli "La Reine des pommes" pour égaler, au prix du foutage de gueule 2010, cet "Homme au bain" du multirécidiviste Christophe Honoré. Il détourne ici une commande de court-métrage du Théâtre de Gennevilliers (et de son directeur, le redoutable Pascal Rambert : association de malfaiteurs !) tournant autour de l’acteur porno gay François Sagat pour en tirer un long grossièrement cousu avec un home movie en DV de la présentation new-yorkaise de "Non ma fille tu n’iras pas danser" (d’où la présence de Chiara Mastroianni !). Dans "Homme au bain", il n’y a qu’une seule idée : faire du viril Sagat un amoureux fragile — ce qui ne l’empêche pas de rentrer dans tout ce qui bouge de sexe masculin, pendant que son ex jette son dévolu sur un soi-disant sosie d’Al Pacino. Le tous à poil général tient lieu de scénario, de mise en scène et de dialogue, agrémenté de deux moments politiques qui devraient logiquement faire rougir de honte l’auteur, en service commandé pour le PS. Ce cinéma français fier d’être vide, qui ne se regarde plus le nombril mais la bite, est pire que nul ; il est non avenu. CC

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Hadewijch

ECRANS | De Bruno Dumont (Fr, 1h45) avec Julie Sokolowski, Karl Sarafidis…

Dorotée Aznar | Vendredi 20 novembre 2009

Hadewijch

Après avoir tourné autour du pot dans ses films précédents, Bruno Dumont se confronte franchement au mystique. À travers le parcours de cette aspirante nonne redécouvrant le monde extérieur et ses enjeux humains, il oriente sciemment son discours en apportant un soin maniaque à la composition de ses cadres, formellement sublimes, magnifiant la quête du sacré de son héroïne. Avec toujours cette caractéristique envahissante de son cinéma, ce désir d’enfermer le spectateur dans un dispositif où la temporalité s’étire de tout son long afin de faire sens. Un procédé pas franchement agréable, auquel Dumont assortit l’éternel naturalisme de sa direction d’acteurs et la froideur rigoriste de son atmosphère. Dès que le film bifurque vers la découverte de l’Islam par le personnage principal, le système se retourne contre lui-même, et donne la fâcheuse impression d’un point de vue nébuleux (pour rester poli) sur la question. D’autant plus regrettable au vu des ambitions toujours aussi prégnantes du metteur en scène… FC

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Mademoiselle Chambon

ECRANS | De Stéphane Brizé (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain…

Dorotée Aznar | Lundi 12 octobre 2009

Mademoiselle Chambon

Jean tombe sous le charme de Mademoiselle Chambon, l’institutrice de son fils. Il s’improvise gauchement maçon du cœur et propose de réparer la fenêtre de son appartement. Pour le remercier, elle fait pleurer son violon dans l’austérité de son salon. Ils se recroisent, s’échangent des regards, se frôlent à grand-peine. Jean fuit son épouse, Mademoiselle Chambon souffle le chaud mais surtout le froid. Déjà pas franchement survoltée, l’ambiance s’abîme dans les non-dits, les silences chastes, les œillades intéressées, le tout dans une dynamique à faire passer ‘Les Regrets’ de Cédric Kahn pour ‘Bad Boys 2’. Stéphane Brizé choisit sciemment de se focaliser sur l’expression quotidienne de la passion, freinant systématiquement ses personnages dans leurs élans, quitte à en faire les représentations statufiées de l’indécision, d’une certaine idée de la transparence amoureuse. C’est quand ils finissent par quitter leur routine mécanique que le film prend son envol, dans des scènes où la réserve du film comme ses partis pris esthétiques finissent par prendre tout leur sens : Brizé soigne particulièrement ces séquences pudiques, où le talent des acteurs principaux brille de façon intense.

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Non ma fille tu n'iras pas danser

ECRANS | Portrait de femme en mère, fille, épouse et amante contrainte, le nouveau Christophe Honoré confirme l’anachronisme du cinéaste dans le cinéma français contemporain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 août 2009

Non ma fille tu n'iras pas danser

Il y a deux belles scènes dans le dernier film de Christophe Honoré : celle où un père s’adosse à un arbre pour s’adresser au spectateur et raconter, sur un ton grave, le roman familial. Le texte est beau, le mouvement de caméra fluide, la mélancolie règne… L’autre séquence réussie du film est plus tardive et plus longue : c’est un vieux conte breton qu’Honoré met en images, interrompant avec audace le cours de son récit pour mieux l’éclairer de cette allégorie. Il y est question d’une fille promise à un mariage de raison et qui, le jour de ses noces, voit son mari puis tous les hommes du village mourir à ses pieds, foudroyés alors qu’ils dansaient avec elle. L’héroïne du film, Léna (Chiara Mastroianni), est elle aussi contrainte par les désirs qui l’entourent et lui dictent sa conduite : le clan familial, son futur ex-mari, son amant… De tout cela, elle va chercher maladroitement à s’échapper, pour assumer son statut de mère libre et de femme indépendante. Danse solitaire Certes, le discours d’Honoré est bien rodé. Le problème, énorme, de son film, c’est que ce discours est un spectre qui ne s’incarne jamais

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Un chat un chat

ECRANS | De Sophie Fillières (Fr, 1h47) avec Chiara Mastroianni, Agathe Bonitzer…

Christophe Chabert | Mercredi 18 mars 2009

Un chat un chat

Déconnecté. C’est le mot qui vient à l’esprit après ce troisième film de Sophie Fillières (on gardait, sans savoir pourquoi, un souvenir évanescent mais agréable du précédent, Gentille). Un chat un chat, c’est une sorte d’abîme de l’auteurisme français, qui pense sérieusement que Jean-Claude Biette et Gérard Frot-Couttaz sont les plus grands cinéastes hexagonaux des trente dernières années. Ça, c’est pour la déconnection cinéphile… Un chat un chat, ce sont des situations à l’étrangeté calculée et du coup jamais drôles, des personnages qui sentent bon l’autofiction mal déguisée (une auteur de roman, une élève de khâgne), des dialogues avec une langue impossible, ni musicale, ni réaliste, juste décalée pour être décalée. Ça, c’est pour la déconnection scénaristique… Un chat un chat, c’est enfin un sommet de non-réalisation, avec un mouvement de caméra tous les trente plans, souvent un simple recadrage sur une action hiératique. Pas de direction artistique, certes, mais ni coiffeurs, ni costumes, à peine un chef opérateur, du son direct crade : une esthétique fière de sa pauvreté. Oh ! Y a quelqu’un derrière la caméra ? Et à la production

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