Eastern boys

ECRANS | Évitant les clichés et s’aventurant vers le thriller, Robin Campillo raconte dans un film fort et troublant les rapports d’amour et de domination entre un quadra bourgeois et un immigré ukrainien sous la coupe d’une bande violente. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 1 avril 2014

La première demi-heure d'Eastern boys fait un peu peur. Après avoir dragué dans une gare Marek, un jeune et bel Ukrainien, en lui proposant contre rémunération de le rejoindre dans son grand appartement de la région parisienne, Daniel, gay quadra étouffé dans sa morgue bourgeoise, voit en fait débarquer toute sa bande qui va piller consciencieusement meubles, écran plat, Playstation et œuvres d'art. La scène, étirée jusqu'au malaise, pourrait passer pour un spot de pub en faveur du FN sur le mode du "méfiez-vous de ces hordes d'immigrés prêts à voler vos biens et violer votre propriété privée". Mais Robin Campillo, qui avait déjà réussi avec son premier long Les Revenants — matrice de la fameuse série — et ses scénarios pour Laurent Cantet à explorer des zones troubles de la société française contemporaine, a un dessein beaucoup plus dérangeant.

Le marché de dupe initial – du sexe contre de l'argent — va se concrétiser quand Marek revient, seul cette fois, chez lui : une relation de dépendance mutuelle se noue entre eux, Daniel fixant règles et tarifs, Marek conservant un pied dans sa "famille" à qui il cache ses activités de prostitué. Cette relation reflète celle de l'Europe avec ses "satellites", à la fois source d'une main-d'œuvre bon marché et menace sourde pour son propre confort. Pour Daniel, un gigolo ukrainien ou une femme de ménage, c'est la même chose : la solution la plus simple et la moins coûteuse pour mettre de l'ordre dans sa vie et ses désirs.

A l'Est des dermes

Film gigogne, Eastern boys ne se laisse toutefois pas réduire à sa portée politique, aussi forte soit-elle. Campillo va emmener le récit sur des chemins plus inattendus, au gré de chapitres aux titres mystérieux et une deuxième moitié qui ose le suspens, puisque Daniel pousse Marek à rompre les attaches avec sa bande, et notamment son chef inquiétant et violent.

Dans une structure qui rappelle certains scénarios de Schrader — sans l'apogée cathartique, petite déception finale — le film prend des accents de thriller tendu et prenant, bousculant les habitudes tranquilles du naturalisme français. Dans cette assez épatante dernière partie, Campillo n'en oublie toutefois pas de densifier sa dialectique du maître et de l'esclave amoureux, surtout lorsque Daniel, ayant essoré son désir pour Marek, le contraint de troquer sa place d'amant contre celle de fils adopté. Comme en d'obscurs temps féodaux, c'est le riche qui décide du sort du pauvre, celui-ci ne pouvant que le remercier humblement de sa magnanimité.

Eastern boys
De Robin Campillo (Fr, 2h03) avec Olivier Rabourdin, Kirill Emelyanov…


Eastern Boys

De Robin Campillo (Fr, 2h08) avec Olivier Rabourdin, Kirill Emelyanov...

De Robin Campillo (Fr, 2h08) avec Olivier Rabourdin, Kirill Emelyanov...

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Daniel aborde Marek dans une gare parisienne où ce dernier traine avec sa bande. Il lui propose de le retrouver chez lui le jour suivant. Mais lorsque Daniel ouvre la porte de son appartement le lendemain, il est loin d’imaginer le piège dans lequel il s’apprête à tomber et qui va bouleverser sa vie.


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Dura lex, sed Frontex : "L'Ordre des choses"

Politique | de Andrea Segre (It-Fr-Tun, 1h55) avec Paolo Pierobon, Giuseppe Battiston, Olivier Rabourdin…

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Dura lex, sed Frontex :

Jadis bretteur de compétition, Rinaldi est désormais un superflic chargé par le gouvernement italien de garantir l’étanchéité de la frontière européenne avec la Libye. En visite dans un camp de réfugiés dirigé par ses interlocuteurs africains, il est abordé par une jeune femme. Va-t-il l’aider ? Toute l’ambiguïté de la politique européenne en matière et d’accueil, et d’aide humanitaire aux réfugiés (qu’ils soient politiques, climatiques ou économiques) se trouve résumée dans ce film, illustrant à sa manière le concept du mort/kilomètre. Tant que ce haut fonctionnaire gère des flux abstraits, étudie des dossiers et peut rapporter de ses déplacements à l’étranger des bijoux typiques pour son épouse ou enrichir sa propre collection d’échantillons de sable, le cours confortable de son existence ne connaît pas de perturbation. La conscience en veilleuse, bien abritée derrière la raison d’État (ou plutôt des États de l’UE), Rinaldi — impeccable Paolo Pierobon — mène une vie i

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Robin Campillo : « Les films sont beaucoup plus forts quand on s’y perd un peu »

120 battements par minute | Auréolé du Grand Prix du Jury au Festival de Cannes, le scénariste et réalisateur de 120 battements par minute revient sur la genèse de ce film qui fouille dans sa mémoire de militant.

Vincent Raymond | Lundi 21 août 2017

Robin Campillo : « Les films sont beaucoup plus forts quand on s’y perd un peu »

Comment évite-t-on de tomber dans le piège du didactisme ? Robin Campillo : Ça fait longtemps que se pose pour moi le problème des scénarios qui prennent trop le spectateur par la main comme un enfant et qui expliquent absolument tout ce que vivent les personnages. La meilleure façon que j’aie trouvée, c’est de reprendre ce truc à Act Up Paris : il y avait un type qui fait l’accueil, qui expliquait très bien comment fonctionnait la prise de parole. Mais ensuite, quand on était dans le le groupe, on ne comprenait absolument plus rien à la manière dont fonctionnaient les gens : il y avait trop d’informations ! On s’apercevait que le sujet sida était éclaté en plein d’autre sujets, et on était perdus. J’ai donc voulu jeter le spectateur dans cette arène, comme dans une piscine pour qu’il apprenne à nager tout seul. Je voulais qu’il n’ait pas le temps de réagir à ce qui se produisait, aux discours ni aux actions, lui donner l’impression que les choses arrivaient sans qu’il ait le temps d’en prendre conscience. Les films sont beaucoup plus forts quand on s’y perd un peu, quand on ne sait pas ni où ni à quel moment on

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À Cannes, il a eu le Grand Prix : "120 battements par minute" de Robin Campillo

Act Up Paris | de Robin Campillo (Fr, 2h20) avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

À Cannes, il a eu le Grand Prix :

Histoires de révoltes et de combats. Celles des militants d’Act Up Paris à l’orée des années 1990, sensibilisant à coup d’actions spectaculaires l’opinion publique sur les dangers du sida et l’immobilisme de l’État. Et puis la romance entre Nathan et Sean, brisée par la maladie… Grand Prix à Cannes, ce mixte d’une chronique politique et d’une histoire sentimentale est aussi une autobiographie divergée de Robin Campillo. Ancien membre d’Act Up, il a toute légitimité pour évoquer le sujet de l’intérieur, en assumant sa subjectivité, et tenant compte du temps écoulé. Le portrait collectif qu’il signe n’est ainsi ni un mausolée aux victimes, ni un panégyrique aux survivants, ni un documentaire de propagande : il s’inscrit dans un contexte historique, à l’instar d’un conflit armée. Campillo emprunte d’ailleurs sa construction aux films de guerre, chaque génération ayant les siennes — les AG étant les réunions d’état-major avant les actions et manifs ; le champ de bataille les lieux d’intervention. Sauf qu’il y a ici deux guerres à mener : l’une, visible, contre les insti

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120 battements par minute

ECRANS | Grand Prix du Jury à Cannes — malgré Pedro Almodóvar qui, semble-t-il, aurait bien aimé le voir un cran plus haut dans le palmarès, soit lauré d’or — le (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

120 battements par minute

Grand Prix du Jury à Cannes — malgré Pedro Almodóvar qui, semble-t-il, aurait bien aimé le voir un cran plus haut dans le palmarès, soit lauré d’or — le film-fleuve de Robin Campillo consacré à l’épopée militante d’Act Up s’offre une séance lyonnaise en présence de son réalisateur deux mois avant sa sortie nationale. Et en pleine Fête du Cinéma. 120 battements par minute Au Comœdia le lundi 26 juin à 20h

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Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Portrait | Il a révélé en France Asghar Farhadi ou Joachim Trier, et accompagne désormais Nuri Bilge Ceylan ou Bruno Dumont. À Cannes cette année, le patron de Memento Films présente quatre films, dont 120 battements par minute de Robin Campillo, en lice pour la Palme d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Sur un plateau de tournage, il pourrait passer pour la doublure lumière de Pierre Deladonchamps ou de quelque jeune premier blond. Silhouette élancée et regard bleu franc, ce tout juste quadragénaire ne colle pas à ces portraits de producteurs dessinés par Hollywood : volumineux, grincheux, tonitruants ; bref, à l’image des frères Weinstein. Alexandre Mallet-Guy parle d’une voix mesurée. Et si son débit parfois se précipite avant de s’étouffer dans un sourire timide, n’en tirez pas de conclusions hâtives : il a le caractère aussi solide que son goût est affirmé. Depuis 2003 aux manettes de Memento Films, la structure de production, distribution et ventes internationales qu’il a créée ex nihilo, l’homme revendique une ligne éditoriale parmi les plus exigeantes de la profession. Ce qui ne le prive pas d’aligner un palmarès enviable. Le produit de la chance et d’un indubitable flair : « Chez Memento, il n’y a pas de comité de visionnement. Les personnes travaillant sur les acquisitions viennent avec moi sur les festivals, je les écoute… ma

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Gaz de France

ECRANS | De et avec Benoît Forgeard (Fr, 1h26) avec Olivier Rabourdin, Philippe Katerine, Alka Balbir…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Gaz de France

À l’image de son auteur-interprète Benoît Forgeard ou de son comédien principal Philippe Katerine (qui vont jusqu’à l’incarner à la ville dans leur esthétique vestimentaire et leur art de vivre kitsch-vintage), Gaz de France cultive un ton décalé épris de nonsense. Une sorte de burlesque froid et languide, dont les effets comiques naissent d’une improbable combinaison entre l’absurde, le contemplatif et le bavard musical. Pas tout à fait ratée, ni vraiment réussie, cette farce auteuriste et bariolée empruntant à la politique-(science)-fiction use de diverses stratégies pour compenser un budget qu’on suppose étriqué. Les décors, d’abord, sans doute voulus comme arty, design et épurés ; hélas, ils trahissent plutôt le carton-pâte fauché. Reste la distribution, solide, rehaussée par la présence magnétique d’Alka Balbir. Voilà en l’occurrence un procédé aussi déloyal que pervers, puisqu’il vise à obtenir notre libidineuse et concupiscente indulgence. Nous ne sommes pas dupes… *soupir*

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Le Festival Télérama, d’Est en Ouest

ECRANS | C’est la semaine du festival Télérama, un des derniers prescripteurs culturels de la presse écrite, qui a transformé cette semaine de hard discount sur (...)

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2015

Le Festival Télérama, d’Est en Ouest

C’est la semaine du festival Télérama, un des derniers prescripteurs culturels de la presse écrite, qui a transformé cette semaine de hard discount sur l’art et essai — 3, 50€ le ticket avec le pass, qui dit mieux ? — en une grande séance de rattrapage pour cinéphiles distraits. Car il fallait vraiment avoir passé l’année dans un terrier pour louper The Grand Budapest Hotel, Mommy, Winter Sleep ou Ida, parmi les grands vainqueurs de 2014. Moins successful, Only Lovers Left Alive, Leviathan,

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